FRANÇOIS CHARLES-ROUX (1879-1961), FRANCE, FREDERIC LE MOAL, PAPAUTE, PIE XI (Pape ; 1857-1939), PIE XII : UN PAPE POUR LA FRANCE, RELATIONS ENTRE LE VATICAN ET LA FRANCE

Pie XII : un pape pour la France de Frédéric Le Moal

Pie XII – Un pape pour la France 

Frédéric Le Moal

Paris, Le Cerf, 2019. 416 pages

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Ce livre éclaire d’une façon magistrale une face méconnue des relations entre la France et le Vatican. De part et d’autre on assiste aux efforts entrepris pour renouer des liens qui s’étaient distendus après les Lois de Séparation entre l’Eglise et l’Etat en 1905 et la rupture des relations diplomatiques qu’en était suivie. D’un côté comme de l’autre on mesure combien il était nécessaire de renouer ces liens. Les voyages du Cardinal Pacelli en France (Lisieux, Paris et Lourdes) y furent pour beaucoup ainsi que l’action des ambassadeurs auprès le Saint-Siège qui surent avec intelligence être des relais précieux entre le Vatican et les gouvernements  français (même sous le Front Populaire avec Léon Blum). Il n’est guère étonnant de voir le prestige dont a joui le cardinal Pacelli dans la France d’après la Première Guerre mondiale de 1914-1918. Adulé par toute la presse française (même parfois au-delà du raiusonnable) il fut bien « le pape de la France » avant son élection sur le trône de Saint-Pierre. 

Il faut noter que cet engouement pour Pacelli fut de courte durée : les espoirs français de voir le Pape Pie XII se ranger du côté des démocraties contres les Etats totalitaires (Allemagne, Italie) se heurtèrent à une autre réalité car le Secrétaire d’Etat était devenu non plus un diplomate mais le chef de la chrétienté et de ce fait de toute la catholicité.

®Claude-Marie T.

Présentation de l’éditeur

Il y eut un temps où Paris faisait les papes. C’est parce qu’elle avait vérifié son anti-germanisme que la IIIe république contribua à l’élection de Pacelli, le futur Pie XII, pontife de la Seconde Guerre mondiale. Le Récit secret d’un grand jeu politico-religieux décrypté par l’un des historiens majeurs d’aujourd’hui.

En 1939, Pie XII est élu grâce aux cardinaux français. La presse de l’Hexagone exulte. La France a son pape, un antinazi qui la soutiendra dans la lutte contre l’hydre brune. Depuis, la réputation du souverain pontife de la Seconde Guerre mondiale a été remise en cause et on a oublié qu’il était alors considéré comme le plus humaniste des prélats. 
Fondé sur des archives inédites et exhumées en France, en Italie, en Belgique et au Vatican, ce livre démontre que, du rétablissement des relations diplomatiques entre Paris et le Saint-Siège en 1920 à l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, l’Église et sa fille aînée ont fait front commun contre les totalitarismes. L’homme à la manoeuvre de cette alliance n’était autre que le jeune secrétaire d’État et futur pape Pacelli. 
Cet ouvrage détonant éclaire d’un nouveau jour le rôle fondamental de Pie XII, militant acharné de l’humanisme chrétien. 
Une contribution majeure à l’histoire du xxe siècle.

Un mot de l’auteur

Docteur en histoire, Frédéric Le Moal est professeur au lycée militaire de Saint-Cyr et à l’Institut Albert-le-Grand. Son dernier livre, Histoire du fascisme , a reçu en 2018 le prix Ernest Lemonon par l’Académie des sciences morales et politiques.

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Quand la France s’enthousiasmait pour le futur Pie XII

 

Le pape Pie XII (1939-1958) fait partie de ces héros discrets mais dont l’action contre le nazisme a été colossale.

Que s’est-il passé lors du conclave de 1939 qui a élu Pie XII et quel rôle la France y a-t-elle joué ? L’auteur de « Pie XII, un pape pour la France », qui vient de paraître au Cerf, a mené l’enquête dans les archives françaises, belges, italiennes et vaticanes. Il a découvert nombre de documents prouvant la grande proximité à partir des années 1930 entre Paris et le Saint-Siège autour du cardinal Pacelli, le futur pape. Très vite, les Français lui apportent un soutien inconditionnel et en font le candidat de la France contre l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie.

Si la période 1922-1925 s’avère trop lourde de tensions pour permettre à la diplomatie française de recueillir les fruits de son retour auprès de la papauté en 1920, tout change avec l’arrivée du cardinal Pacelli à la tête de la secrétairerie d’État puis avec celle d’Hitler au pouvoir en Allemagne. La convergence franco-vaticane devient alors aussi évidente que forte, soigneusement entretenue par les ambassadeurs Joseph de Fontenay et François Charles-Roux qui, tour à tour, œuvrent à exploiter les bonnes dispositions de Pacelli dont la profonde hostilité à l’encontre du régime hitlérien est évidente. Ses différents entretiens avec les diplomates des démocraties nous le font apparaître comme un responsable très au fait des réalités de son temps, sans illusions sur le programme hitlérien et les méthodes du IIIe Reich.

 L’homme de la France

Mais à partir de 1937 la santé du vigoureux Pie XI se dégrade brutalement, ouvrant la perspective d’un conclave inédit : le premier depuis les accords du Latran. Dès lors les diplomaties française et italienne se livrent une guerre sourde dans les chancelleries et les couloirs du Vatican pour influencer le prochain vote des cardinaux. L’Italie fasciste paraît la plus inquiète devant la perspective de la montée sur le trône pétrinien du cardinal Pacelli qui lui apparaît comme l’homme de la France. N’a-t-il pas effectué deux voyages, l’un à Lourdes en 1935, l’autre à Paris en 1937, véritables triomphes que le Quai d’Orsay et la presse ne se sont pas fait faute d’exploiter ?

Sans surprise, à la mort de Pie XI en 1939, le Sacré Collège choisit le cardinal Pacelli en faveur duquel les cardinaux français ont usé de toute leur influence pendant la Sede Vacante. Notons bien qu’ils le font en toute connaissance de cause de sa volonté d’apaisement avec l’Italie et l’Allemagne car ils en ont compris le sens. Loin d’être l’expression d’une complicité ou d’une lâcheté, elle vise à sauver l’Église allemande et à affaiblir l’Axe Rome-Berlin. La presse française quant à elle exulte, y compris Le Populaire, le journal de Léon Blum, et même L’Humanité ! La France a son pape, un antinazi qui devra lui servir de caution morale. Elle envoie une délégation prestigieuse aux grandioses cérémonies du couronnement. Qu’il est loin le temps du laïcisme de Combes et des violences anticléricales ! La fille aînée renoue avec l’Église.

Les archives parlent

Or, très vite, les Français s’aperçoivent que Pie XII n’est pas à leur service mais à celui du Saint-Siège, que la papauté défend d’abord ses intérêts qui ne coïncident pas forcément avec les leurs et que le Vatican a sa propre conception du système international. La désillusion de l’été 1939 est cruelle et annonce les attaques contre Pie XII dont beaucoup viendront de France. En fin de compte, les archives parlent. Encore une fois en faveur de Pie XII.

Site Aleteia

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Diplomatie papale entre les deux guerres

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S’appuyant sur des archives inédites, l’historien étudie le rôle d’Eugenio Pacelli (1876-1958) dans la reprise des relations entre Paris et le Saint-Siège.

D’un côté, on a vu depuis une trentaine d’années un grand nombre d’ouvrages paraître sur Pie XII, que ce soit des biographies ou des monographies consacrées à son attitude durant la Seconde guerre mondiale, d’un autre côté, le jeune historien Martin Dumont publiait l’an dernier, toujours au Cerf, un très beau petit livre sur les relations entre la France et le pape depuis Pie VI.

Aujourd’hui, Frédéric Le Moal, docteur et enseignant en histoire, spécialiste des Balkans et de l’Italie (surtout à l’époque fasciste) sur lesquels il a déjà écrit une demi-douzaine d’ouvrages, en consacre un à la France et Pie XII, et, plus précisément encore, au conclave qui vit en mars 1939 l’élection de ce dernier. Autant dire que le livre parle aussi abondamment de son prédécesseur et mentor, à savoir Pie XI, que l’on voit vivant, même si très affaibli par la maladie, durant la plus grande partie du livre (il meurt seulement à la page 218 !). Le pontificat de Pie XI a vu le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège après la rupture de 1905 due à la loi de séparation des Églises et de l’État et l’abrogation de fait du Concordat plus de cent ans après sa signature, en 1801.

 Un des conclaves les plus courts de l’histoire

Le Moal montre bien toutes les tensions diplomatiques dans lesquelles étaient pris le Saint-Siège avec la montée du nazisme en Allemagne et celle du fascisme en Italie. Pie XI a gardé jusqu’au bout une attitude critique intransigeante et, à sa mort, un certain nombre de cardinaux souhaitaient un pape plus diplomate. Les cardinaux français, eux, emmenés par leur chef de file, le cardinal Verdier, archevêque de Paris (que d’aucuns qualifièrent alors de ‘faiseur de roi’ !), penchaient fortement tous, sauf un (le cardinal Tisserant) pour la cardinal Eugenio Pacelli qui était le secrétaire d’État de Pie XI depuis 1930. Ses deux venues en France, en 1935 à Lourdes et en 1937 à Lisieux et Paris, avaient été un vrai triomphe. Bref, il fut élu au terme d’un des conclaves les plus courts de l’histoire puisqu’il dura à peine deux jours ! La joie fut alors grand à tous les niveaux dans la République française mais retomba aussi assez vite car, en quelques mois, voire quelques semaines, beaucoup de voix dans notre pays s’élevèrent pour critiquer l’attitude du nouvel élu, jugée pas assez offensive face aux totalitarismes naissants, et, en particulier, trop dépendant de la politique italienne. Et, le livre se clôt sur le début de la guerre, à la fin de l’été 1939 !

Le Moal a réalisé ici une œuvre impressionnante, à partir d’archives encore peu connues du Vatican ou en France, en Italie et même en Belgique et à partir de nombreux journaux français, depuis l’Action française jusqu’à l’Humanité. On dirait qu’il a tout lu et tout assimilé ! Et, cet ouvrage, qui se lit facilement malgré des coquilles, présente donc avec une grande précision un moment très particulier, important dans l’histoire du monde et de l’Église. Pour autant, il nous apparaît un brin excessif qu’il soit présenté en quatrième de couverture comme « une contribution majeure à l’histoire du vingtième siècle » ! En tout cas, très orienté vers les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la France, il met bien en exergue le rôle de celui qui était alors, entre 1932 et 1940, l’ambassadeur de France auprès du Vatican, le Marseillais François Charles-Roux, père de Jean, futur prêtre, de Cyprienne, épouse du prince Del Drogo, proche du comte Ciano, et d’Edmonde, future femme de Gaston Defferre. D’autres ambassadeurs sont souvent cités dans ce livre, en particulier ceux, toujours auprès du Saint-Siège, d’Allemagne, Diego von Bergen, et d’Italie, Bonifacio Pignatti Morano di Custoza (il semble que notre auteur l’ait confondu dans son index des noms de personnes avec son parent, de même patronyme, mais prénommé Carlo, qui, lui, était amiral…).

 Un homme prudent et cohérent ?

En toute fin d’ouvrage, Le Moal livre sa pensée personnelle sur Pie XII, le réhabilitant largement après toutes les accusations dont il fut l’objet quant à son attitude jugée trop passive durant la Seconde guerre mondiale. Voici donc les dernières phrases de son dernier chapitre : « Foi et politique dans l’action, mais la seconde au service de la première, et même à travers elle : telle était, telle est et telle sera toujours la ligne du Saint-Siège. Le défaut si souvent reproché à Pie XII était en réalité une vertu cardinale, celle de la prudence présentée par Saint Augustin comme ‘l’amour faisant un choix judicieux’ et par Saint Thomas d’Aquin comme ‘la droite règle de l’action’. Une vertu que n’avait rien avoir avec la peur, la duplicité ou la dissimulation. Pie XII correspondait ainsi à la définition qu’avait donnée Cicéron de l’homme prudent : celui ‘qui se projette vers un avenir toujours incertain, qui se préoccupe des conséquences’. Des Pères de l’Église à ses maîtres en politique, Pacelli naviguait avec cohérence. » Ne doutons pas que de pareilles considérations paraîtront un peu courtes à plus d’un lecteur…

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/diplomatie-vaticane-entre-les-deux-guerres/2019/06/19/

 

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 12 mars 1939 : Élection du pape Pie XII

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Le 12 mars 1939, les cardinaux réunis en conclave au Vatican élisent Eugenio Pacelli (63 ans) à la succession du vieux pape Pie XI (81 ans), mort quelques semaines plus tôt, le 10 février.

Le nouveau pape est intronisé dix jours plus tard sous le nom de Pie XII.

 Un moment crucial

Eugenio Pacelli était le cardinal le plus connu de la planète du fait de ses nombreux voyages en qualité de secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères) du Vatican. Il prend le nom de Pie XII. Son intronisation se déroule sous les acclamations de plusieurs centaines de milliers de fidèles.

La cérémonie, pleine de magnificence, est pour la première fois radiodiffusée dans le monde entier. Elle est à l’image du nouveau pontificat.

Avec l’élection de Pie XII, l’Église catholique semble atteindre le summum de son autorité morale et spirituelle.

Le catholicisme réunit à cette époque 500 millions de fidèles sur un total de 2 milliards d’hommes (le quart de la population mondiale). Mais au-delà des apparences, l’élection amorce le déclin de l’Église triomphaliste héritée de Pie IX.

De l’autre côté des Alpes, au même moment, un dictateur furibond (Hitler) dépèce ce qui reste de la Tchécoslovaquie et s’apprête à porter la guerre dans le monde entier…

 Né pour la papauté

Eugenio Pacelli a vu le jour à Rome le 2 mars 1876, dans une famille d’avocats attachés au Saint-Siège, qui ruminent leur désolation depuis la prise de Rome par l’armée italienne et l’enfermement volontaire du pape au Vatican.

Au séminaire, pour des raisons de santé, Eugenio Pacelli échappe au lot commun et obtient de rentrer chaque soir au domicile parental. Notons que, devenu adulte, il entrera très tôt dans la diplomatie vaticane et n’aura pas davantage l’occasion de côtoyer le peuple, si l’on excepte les domestiques à son service. Il ne connaîtra jamais les hommes ordinaires qu’à travers les dossiers. Mais, polyglotte, il connaîtra jusqu’à six langues.

Dès l’âge de 25 ans, il est remarqué par un fonctionnaire de la secrétairerie d’État et va rapidement grimper tous les échelons de cette institution. C’est ainsi qu’il devient nonce (ambassadeur) en Bavière puis à Berlin en 1920 (en 1915, il est chargé de présenter à l’empereur Guillaume II les plans de paix de Benoît XV). Pour finir, il devient secrétaire d’État en 1930 et va le rester jusqu’à son élection à la papauté en 1939. Fin diplomate, charismatique et séducteur, élégant dans la pourpre cardinalice, Eugenio Pacelli sait recevoir ses interlocuteurs dans ses résidences de Munich comme de Berlin.

En 1919, comme Munich est livrée à une bande de révolutionnaires brutaux qui se réclament du communisme, le nonce est heurté dans sa chair par ces individus qui le menacent de leurs fusils. Il doit être hospitalisé pour dépression nerveuse. De cette expérience, il va conserver une méfiance viscérale à l’égard des communistes.

Dans les années 1920, il prépare d’arrache-pied un Concordat entre le Vatican et les Allemands qui donnerait au Saint-Siège la haute main sur les nominations d’évêques. Mais les négociations achoppent sur des broutilles. Rappelé en 1929, Eugenio Pacelli reçoit le chapeau de cardinal et succède au cardinal Gasparri comme Secrétaire d’État.

Finalement, le Concordat avec l’Allemagne sera signé le 20 juillet 1933 avec le gouvernement dirigé par Hitler, celui-ci s’étant habilement servi de son vice-chancelier, le conservateur Franz von Papen, pour endormir la méfiance du Vatican.

Cinq mois après son arrivée au pouvoir, Hitler gagne avec le Concordat la légitimité internationale qui lui faisait encore défaut. Dans le même temps, à Berlin, Monseigneur Ludwig Kaas, chef du parti catholique du Centre, le Zentrum, vote les pleins pouvoirs à Hitler puis saborde son parti. Plus tard, les détracteurs du futur pape soupçonneront celui-ci d’avoir poussé son ami Ludwig Kaas à voter les pleins pouvoirs en contrepartie du Concordat. Aucune preuve, toutefois, ne vient corroborer ces accusations, note l’historien John Cornwell (Le pape et Hitler , Albin Michel, 1999).

Dans les faits, le pape Pie XI et son secrétaire d’État, pas plus que leurs contemporains, auraient été bien en peine en 1933 de discerner la nature foncièrement criminelle du nazisme. Mais dans les mois et les années qui suivent l’accession de Hitler au pouvoir, ils prennent très vite conscience de la monstruosité du régime. Qui sait d’ailleurs si la lettre adressée par la philosophe Edith Stein au pape en avril 1933 n’a pas contribué à cette prise de conscience ?…

Dès février 1934, le pape dénonce la fierté raciale et la même année, à Pâques, dans une lettre écrite de sa main à la jeunesse catholique allemande, il s’en prend à « cette nouvelle conception de vie s’éloignant du Christ et ramenant au paganisme».

Sa dénonciation du nazisme culmine avec l’encyclique Mit brennender Sorge (Avec un souci brûlant). Ce texte, écrit avec le concours d’Eugenio Pacelli, dénonce avec virulence l’idéologie de la race. Publié en allemand le 14 février 1937, il est lu en chaire le 21 mars 1937 dans les églises catholiques d’Allemagne.

Entre temps, le 19 mars, le pape Pie XI a publié une encyclique en latin (Divini Redemptoris) pour dénoncer parallèlement le communisme athée (on est à l’époque des grands procès de Moscou et les victimes de Staline se comptent déjà par millions). Mais il a aussi approuvé la conquête de l’Éthiopie par l’Italie fasciste, bourde que son Secrétaire d’État Eugenio Pacelli a eu le plus grand mal à rattraper.

 « Protestez !»

En 1939, à la mort de Pie XI, Eugenio Pacelli est de tous les papabile le favori. Il est élu sans surprise au trône de Saint Pierre au terme du conclave le plus bref des trois derniers siècles ! Mais pour nous qui connaissons la suite de l’Histoire, il ne fait guère de doute que ce n’était pas l’homme de la situation.

Pie XII s’avère plus proche de ses contemporains Chamberlain et Daladier, partisans d’un accommodement avec Hitler, que de Churchill, partisan de la rupture. Deux mois après son accession au pontificat, il adresse au Führer une lettre on ne peut plus conciliante : « Nous désirons rester liés par une intime bienveillance au peuple allemand confié à vos soins».

Mais le 28 décembre 1939, pour sa première visite au Quirinal, le palais royal, il supplie Victor-Emmanuel III, roi d’Italie, de s’abstenir d’entrer en guerre aux côtés des Allemands. Il se fait éconduire et cet échec va dès lors le décourager de toute intervention trop voyante dans les affaires politiques.

À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, il hésite à protester contre les persécutions que les nazis infligent aux institutions catholiques d’Allemagne dans la crainte d’occasionner de plus grands torts à ses fidèles. D’un autre côté, en 1940, il s’entremet imprudemment dans un complot secret contre Hitler, à la demande d’amis allemands antinazis.

Après l’invasion de la Yougoslavie par Hitler et la création d’un État croate fantoche, le Vatican tarde à prendre ses distances avec les Oustachis, bandes de criminels responsables d’innombrables atrocités contre les Juifs et les Serbes.

Quand arrivent les premières informations sur l’extermination programmée des Juifs en Europe centrale, le pape, pas davantage que quiconque, n’est disposé à y croire. Certains responsables le pressent néanmoins de parler. Parmi eux l’ambassadeur britannique auprès du Saint-Siège, lord Osborne.

L’appel vient enfin dans l’homélie de Noël 1942. Le pape évoque le sort des personnes persécutées en raison de leur naissance ou de leur race (mais par un excès de prudence diplomatique, il évite de nommer les Juifs et les nazis). Son message tient en quelques mots, après le vœu de ramener le monde à la loi divine : « L’humanité doit ce vœu  aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont destinées à mourir ou à disparaître peu à peu». Le pape n’osera pas en dire plus. Sa réserve diplomatique suscitera plus tard des interrogations légitimes.

Mais est-il sûr que des appels pressants de sa part eussent brisé le mur d’incrédulité et de propagande de l’époque ? Ceux-ci n’eussent-ils pas entraîné au contraire un redoublement de répression des organisations catholiques, en première ligne dans l’aide aux Juifs et aux persécutés ? Le pape en est convaincu à la lumière du drame hollandais : en août 1942, les évêques de ce pays ayant publiquement dénoncé les persécutions, celles-ci redoublèrent aussitôt d’intensité et, en une nuit, les nazis raflèrent 40 000 Juifs, y compris dans les institutions catholiques (dont Edith Stein) !

Se taire ou parler au risque d’aggraver les choses ? Le dilemme devient pathétique le samedi 16 octobre 1943. Mussolini ayant été renversé, les Allemands occupent Rome. Un détachement de SS rafle le matin de ce jour les juifs romains. Trois mille trouvent refuge dans les couvents qui leur ouvrent les portes. Mais un millier sont embarqués par les SS et prennent la direction du camp d’extermination d’Auschwitz. Les convois passent devant la basilique Saint-Pierre.

Convoqué par le secrétaire d’État du Vatican, l’ambassadeur allemand Van Weizsäcker l’aurait encouragé à mots couverts à réagir. « Protestez !» lui aurait-il dit à plusieurs reprises, suggérant que lui-même saurait faire relâcher les Juifs en cas de protestation claire du pape. Mais ni le pape ni son secrétaire d’État, le cardinal Maglione, ne dénoncent publiquement la rafle…

 Un pape adulé

Une fois le nazisme vaincu, Pie XII devient le pape de la lutte contre le communisme. Il pèse de tout son poids pour que la Démocratie chrétienne l’emporte aux élections de 1948 en Italie. En 1949, il excommunie les catholiques membres du parti communiste…

Notons que Pie XII a joui pendant son pontificat comme après sa mort (8 octobre 1958) d’une immense ferveur populaire. Chacun lui a été reconnaissant d’avoir porté le message de l’Église pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les représentants juifs n’étaient pas en reste. Le 29 novembre 1944, une délégation de 70 rescapés exprima à Pie XII, au nom de la United Jewish Appeal, sa reconnaissance pour les institutions catholiques qui ont accueilli, aidé et caché les juifs persécutés dans toute la mesure du possible. Le grand rabbin de Rome alla lui-même jusqu’à se convertir et prendre le prénom d’Eugenio.

L’aura du pape s’est accrue pendant les dernières années de son pontificat, jusqu’en 1958. L’israélienne Golda Meir déclara à sa mort, le 9 octobre de cette année-là : « Pendant la décennie de terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du pape s’est élevée pour condamner les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs victimes…. Nous pleurons un grand serviteur de la paix».

C’est en 1963 seulement que le doute sur l’action de Pie XII s’est insinué dans l’opinion publique avec la sortie en Allemagne de la pièce de théâtre Le Vicaire (Der Stellvertreter). L’auteur, Rolf Hochhuth, est un dramaturge allemand au parcours ambigu (membre des Jeunesses hitlériennes dans son enfance, plus tard défenseur du « négationniste» David Irving !). De la pièce, le cinéaste Costa-Gavras a tiré en 2002 le film Amen.. Une inscription du mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, illustre ce nouveau regard sur l’action du pape Pie XII.

 Commentaire : trompeuse prophétie

Pie XII a témoigné d’indéniables qualités à l’origine de son immense popularité : une piété parfois ostentatoire dans sa manière de bénir à tout propos, une humilité sincère, une immense capacité de séduction, une vive sensibilité aux peines de ses interlocuteurs… Mais il avait aussi des faiblesses non moins indéniables. Enfant de la bourgeoisie, éloigné du peuple et mûri dans la haute diplomatie, il était porté à préférer les conversations entre gens bien élevés aux harangues populistes.

Le contexte antidémocratique de son époque a encouragé Pie XII à prendre sa place au sommet de la structure pyramidale du Saint-Siège, voulue par Pie IX et renforcée par ses successeurs. Il était tout le contraire d’un tribun et on l’imagine mal, comme son successeur Jean-Paul II, lançant un appel à l’insoumission.

Le pape Pie XII a été, d’une certaine manière, leurré par la fausse prophétie de Malachie qui désignait le 260e pape (lui-même) sous le surnom de Pastor angelicus (pasteur angélique). Il s’est appliqué à aligner son comportement sur cette appellation. Il a même fait réaliser au plus fort de la guerre un film de propagande tout simplement intitulé « Pastor angelicus».

Le pape aurait peut-être agi autrement face au nazisme si la prophétie l’avait désigné par exemple sous l’appellation de Lion féroce ainsi que le suggère l’ambassadeur anglais auprès du Saint-Siège ?… Mais rien ne permet d’affirmer que cela aurait modifié l’attitude vis-à-vis de la Shoah de ses contemporains.

  

Bibliographie

Sur l’itinéraire de Pie XII, son portrait psychologique et son attitude vis-à-vis du nazisme, on peut lire l’essai de John Cornwell : Le pape et Hitler, l’histoire secrète de Pie XII (Albin Michel, 1999).

On regrette le parti pris systématique de l’auteur, son ignorance du contexte (le rôle de la Curie – le gouvernement du Vatican -, et l’attitude des autres dirigeants de l’époque) et la sous-estimation du rôle de Pie XI, prédécesseur de Pie XII. On peut déplorer aussi quelques erreurs manifestes de l’auteur, lorsqu’il s’éloigne de son sujet, et des indications bibliographiques presque exclusivement anglo-saxonnes.

Sur un ton plus convenu, on peut lire : Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, de Pierre Blet, chez Perrin.

À retenir enfin un excellent document historique sur la diplomatie vaticane depuis Pie IX (milieu du XIXe siècle), par un témoin de premier choix qui fut conseiller des éditions de la Bibliothèque vaticane et des Archives secrètes : Histoire secrète de la diplomatie vaticane, d’Eric Lebec (320 pages, Albin Michel, 1997).

https://www.herodote.net/12_mars_1939-evenement-19390312.php

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Pie XII (1876 – 1958)

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Biographie

Eugenio Maria Giuseppe Giovanni Pacelli (Rome, 2 mars 1876–Castel Gandolfo, 9 octobre 1958), élu pape le 2 mars 1939 sous le nom de Pie XII (en latin Pius XII, en italien Pio XII). Sa béatification, un temps prévue en même temps que celle de Jean XXIII, le 2 septembre 2000, a été différée.

Eugenio Pacelli naît à Rome dans une famille de petite noblesse très liée, depuis le XIXe siècle, aux milieux du Vatican. Son père, Filippo Pacelli, est avocat à la Rote romaine puis avocat consistorial ; il se montre défavorable à l’intégration des États pontificaux au royaume d’Italie. Sa mère vient d’une famille distinguée pour ses services rendus au Saint-Siège.

Eugenio fait ses études au lycée Visconti, un établissement public. Il entame en 1894 sa théologie à l’Université grégorienne, comme pensionnaire du Collège capranica. De 1895 à 1896, il effectue également une année de philosophie à la Sapienza, l’université d’État de Rome. En 1899, il rejoint l’Apollinaire, où il obtient trois licences, l’une de théologie et les autres in utroque jure (« dans les deux droits », c’est-à-dire droit civil et droit canonique). Au séminaire, pour des raisons de santé, il échappe au lot commun et obtient de rentrer chaque soir au domicile parental.

Il est ordonné prêtre le 2 avril 1899 par Mgr Cassetta, vice-régent de Rome et grand ami de la famille.

En 1901, il entre à la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires, chargée des relations internationales du Vatican, suite à la recommandation du cardinal Vannutelli, ami de la famille. Il y devint minutante. Pacelli assiste au conclave d’août 1903, qui voit l’empereur d’Autriche porter la dernière exclusive contre le cardinal Rampolla. En 1904, il est nommé par le cardinal Gasparri secrétaire pour la Commission pour la codification du droit canonique. Il devient également camérier secret, signe de confiance de la part du pape. Il publie une étude sur La Personnalité et la territorialité des lois, spécialement dans le droit canon, puis un livret blanc sur la séparation de l’Église et de l’État en France. Pacelli doit décliner de nombreuses offres de chaires de droit canonique, aussi bien à l’Apollinaire qu’à l’université catholique de Washington. Il accepte cependant d’enseigner à l’Académie des nobles ecclésiastiques, vivier de la Curie romaine. En 1905, il est promu prélat domestique.

Ses promotions continuent d’être rapides et régulières :

en 1911, il devient sous-secrétaire aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires. Ceci le porte parmi les têtes pensantes de la diplomatie vaticane ;

en 1912, Pie X le nomme secrétaire adjoint, puis secrétaire le 1er février 1914. Il conserve ce poste sous le règne de Benoît XV et assume alors la tâche de promouvoir la politique du pape pendant la Première Guerre mondiale. En particulier, il tente de dissuader l’Italie d’entrer en guerre, en partie parce qu’il craint une révolution communiste à Rome ;

en 1915, il voyage à Vienne et travaille en collaboration avec Mgr Scapinelli, nonce apostolique à Vienne, pour convaincre l’empereur François-Joseph de se montrer plus patient à l’égard de l’Italie.

Le 20 avril 1917, Benoît XV nomme Pacelli nonce apostolique en Bavière — Munich est alors l’unique représentation pontificale de l’Empire allemand. Trois jours plus tard, le nouveau nonce est nommé archevêque in partibus de Sardes. Il oeuvre pour la réception de la note du 1er août 1917 de Benoît XV, mais n’obtient que des résultats décevants. Il s’efforce également de mieux connaître l’Église catholique allemande, visitant les diocèses et assistant aux principales manifestations catholiques, comme le Katholikentag, en ramenant soeur Pasqualina qui lui servira de gouvernante jusqu’à la fin de sa vie. Parallèlement, il prend connaissance des discussions entre le Vatican et l’URSS. Il relaie des propositions soviétiques pour l’organisation du catholicisme. En 1926, il consacre évêque le jésuite D’Herbigny, chargé de constituer un clergé en Russie.

Depuis 1919, la nonciature en Bavière était reconnue compétente pour l’ensemble du territoire allemand. Le 23 juin 1920, une nonciature en Allemagne est créée. Pacelli y est transféré en même temps qu’il reçoit la nonciature de Prusse, double casquette purement formelle puisque le personnel et l’adresse sont les mêmes. Lorsque des troubles éclateront en Bavière, des révolutionnaires menaceront Pacelli de leurs fusils, ce qui entraînera son hospialisation pour dépression nerveuse.

Afin de régulariser les relations entre le Saint-Siège et les autres États et d’y défendre les activités catholiques, il négocie plusieurs concordats avec différents pays. Avec la Lettonie en 1922, la Bavière en 1924, la Pologne en 1925, la Roumanie en 1927. Il est accrédité à Berlin en 1920. En 1929, il signe un concordat avec la Prusse, est élevé à la dignité de cardinal et nommé cardinal secrétaire d’État. Il devient le principal collaborateur de Pie XI.

Le 20 juillet 1933, il signe, au nom du Saint-Siège, le concordat avec Hitler, qui venait d’être élu chancelier de la république de Weimar.

L’Allemagne nazie n’entend pas respecter cet accord. Pacelli envoya 55 notes de protestations au gouvernement allemand de 1933 à 1939. En conséquence, en mars 1937, il durcit le texte de l’encyclique Mit brennender Sorge, préparé par le cardinal-archevêque de Munich. Le concordat n’est cependant pas dénoncé.

En 1933, il signe également un concordat avec l’Autriche, et en 1935, avec la Yougoslavie.

En 1938, il critique l’approbation immédiate de l’Anschluss par l’épiscopat autrichien et exige du cardinal Innitzer, archevêque de Vienne, une déclaration prenant position contre l’invasion. Innitzer s’exécute le 6 mai, dans un article paru dans l’Osservatore Romano, qui n’aura cependant pas de répercussions d’ampleur.

Armoiries de Pie XIIÀ la mort de Pie XI, le cardinal Pacelli semble le candidat le plus probable, d’autant que le feu pape a laissé échapper quelques phrases tendant à le désigner comme son successeur (« Sarà un bel papa ! », « il sera un beau pape ! »).

De fait, Pacelli est élu pape le 2 mars 1939, au troisième tour de scrutin. Le conclave a à peine duré 24 heures et cette courte durée accrédite une rumeur selon laquelle l’élection avait été unanime. Il est cependant probable que plusieurs cardinaux italiens eussent préféré le cardinal Dalla Costa, archevêque de Florence. Pacelli est élu avec probablement 48 voix sur 62. Le nouveau pape choisit le nom de règne de Pie XII (Pius XII), dans la continuité du pontificat précédent.

Il nomme le cardinal Maglione, ancien nonce à Paris, secrétaire d’État. Fait remarquable, Pie XII est le premier secrétaire d’État élu pape depuis Clément IX en 1667.

Aussitôt, Pie XII se trouve plongé dans la Seconde Guerre mondiale. Après l’invasion de la Tchécoslovaquie, la diplomatie vaticane intervient pour empêcher la guerre, sans succès. Après le pacte Ribbentrop-Molotov, le Vatican tente au moins de garder l’Italie hors du conflit. Dans sa première encyclique, Summi pontificatus (20 octobre 1939), il dénonce l’engrenage de la guerre. Fin 1939, Pie XII visite même le roi Victor-Emmanuel III dans sa résidence du Quirinal, ancienne résidence pontificale.

Pie XII choisit de maintenir l’Église hors du conflit des belligérants. À la supplique des évêques polonais décrivant les atrocités des Nazis, il réplique par la voix de Mgr Tardini :

« Tout d’abord, il ne semblerait pas opportun qu’un acte public du Saint-Siège condamne et proteste contre tant d’injustices. Non pas que la matière manque (…) mais des raisons pratiques semblent imposer de s’abstenir.»

Mgr Tardini ajoute qu’une condamnation officielle du Vatican « accroîtrait les persécutions ». Pie XII précise lui-même :

« Nous laissons aux pasteurs en fonction sur place le soin d’apprécier si, et dans quelle mesure, le danger de représailles et de pressions, comme d’autres circonstances dues à la longueur et à la psychologie de la guerre, conseillent la réserve — malgré les raisons d’intervention — afin d’éviter des maux plus grands. C’est l’un des motifs pour lesquels nous nous sommes imposés des limites dans nos déclarations.»

Cherchant à mener une politique de compromis, Pie XII ouvre les institutions du Vatican aux victimes du nazisme dans la Rome occupée, mais n’intervient pas publiquement contre les persécutions, celles contre le clergé ayant déjà été évoquées dans Mit brennender Sorge.

Dans l’ensemble, la diplomatie vaticane se heurte à de nombreux échecs pendant le conflit. Elle ne parvient pas à maintenir des relations satisfaisantes avec l’Allemagne nazie, ni avec l’Italie fasciste. Les rapports avec l’URSS se révèlent inexistants. En revanche, le Vatican peut nouer des liens avec les États-Unis. Le président Roosevelt a nommé un représentant personnel auprès du Saint-Siège, Myron Taylor. D’après les travaux d’Annie Lacroix-Ruiz, ce dernier fut le relais pour l’évacuation vers l’Amérique latine de certains dirigeants nazis.

Au début de la guerre, les puissances de l’Axe tentent de lever le drapeau de la croisade contre l’URSS pour légitimer leur action. Mgr Tardini répond que « la croix gammée n'[était] pas précisément celle de la croisade. » En septembre 1944, à la demande de Myron Taylor, il rassure les catholiques américains, inquiets de l’alliance de leur pays avec les soviétiques.

La fin de la guerre permet la pénétration du communisme en Europe de l’Est. Les rapports, inexistants durant la guerre, empirent. Les gouvernements liés à Moscou font fermer peu à peu les représentations du Saint-Siège. En 1952, le maréchal Tito rompt les relations diplomatiques avec le Vatican. L’arrestation brutale en 1948 du prince-primat de Hongrie, le cardinal Mindszenty, archevêque d’Esztergom, symbolise la tension entre les régimes communistes et l’Église catholique romaine. De même, Mgr Stepinac, archevêque de Zagreb et primat de Yougoslavie, subit l’emprisonnement et la torture. Mgr Beran, archevêque de Prague, se voit interdire d’exercer son ministère. Les Églises catholiques de rite byzantin d’Ukraine et de Roumanie sont incorporées de force dans des Églises indépendantes. Les gouvernements communistes accusent en effet le pape d’être le « chapelain de l’Occident ».

En juillet 1949, le Saint-Office excommunie globalement les communistes. Pie XII y fait allusion dans son discours de béatification d’Innocent XI, affirmant sa volonté de « défense de la chrétienté ». Les deux parties se crispent donc dans des attitudes d’opposition. Quelques exceptions voient le jour en Europe de l’Est. Ainsi, en Pologne, le primat, Mgr Wyszynski, signe un accord garantissant quelques libertés à l’Église catholique polonaise, en échange de son soutien dans la politique de défense des frontières. Le Vatican se montre réservé face à cet accord, et Mgr Wyszynski est arrêté peu après par le gouvernement polonais.

Pie XII se distingue par son usage intensif de nouveaux moyens de communication, comme la radio. Durant la guerre, il adresse cinq messages radio :

le 1er juin 1941, sur l’anniversaire de Rerum novarum ;

à Noël 1941, sur l’ordre international ;

à Noël 24 décembre 1942, sur l’ordre intérieur des nations : « …Ce voeu (de retour à la paix), l’humanité le doit à des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, pour le seul fait de leur nationalité ou de leur origine ethnique, ont été vouées à la mort ou à une progressive extinction »…

le 1er septembre 1944, sur la civilisation chrétienne ;

à Noël 1944, sur les problèmes de la démocratie.

Par la suite, il utilisera également la télévision. Pie XII a proclamé le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie par la constitution apostolique Munificentissimus Deus du 1er novembre 1950. La même année, le 23 décembre, il annonça la découverte de la tombe de saint Pierre, retrouvée exactement à l’aplomb de la coupole de Michel-Ange (sous l’autel majeur) à la suite de fouilles archéologiques.

Il canonisa Pie X en 1954. On a pu parler de Pie XII comme d’un « docteur universel » (Yves-Marie Hilaire) : il s’exprima sur un grand nombre de sujets. Il est le pape le plus cité dans les textes de Vatican II. On le surnomme aussi Pastor Angelicus, « pasteur angélique » d’après la prophétie de saint Malachie. Il eut une réputation de saint et de mystique. La presse parla des apparitions de Fátima dont il aurait été témoin. Vivant avec son temps, une photo de lui tapant à la machine à écrire lui aurait, selon Roger Peyrefitte gagné la haute finance américaine par sa modernité. La polémique et le soupçon  n’interviendront qu’à partir de 1963.

En janvier 1954, Pie XII tombe gravement malade. Mal soigné, il sort très diminué de cette attaque. Il meurt le 9 octobre 1958 à Castel Gandolfo, résidence d’été des papes, où depuis 1954 il faisait de longs séjours de repos.

Il est enterré dans les grottes Vaticanes, près de la chapelle ad caput, qui touche à la tombe de saint Pierre. Jean XXIII lui succède.

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 François Charles-Roux

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François Charles-Roux, né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 19 novembre 1879 et mort à Paris le 26 juin 1961, est un diplomate, historien et homme d’affaires français.

Biographie

Fils de l’armateur Jules Charles-Roux, il est licencié en droit et en lettres, diplômé d’études supérieures d’histoire et de géographie, ainsi que de l’École libre des sciences politiques. Il mène une carrière diplomatique à Paris (notamment comme inspecteur des postes diplomatiques et consulaires), Saint-Petersbourg,  Constantinople, Le Caire, Londre et avant d’être nommé ambassadeur de France en Tchécoslovaquie puis auprès du Saint-Siège en 1932.

En mai 1940, il succède à Alexis Léger au poste de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, mais, en opposition avec la politique mise en place, il quitte ses fonctions au mois d’octobre suivant.

Après guerre, il est fervent défenseur du maintien de l’empire colonial français et anime notamment le groupe ultra « Présence française » qui lutte pour le maintien du protectorat au Maroc. Il préside de 1944 à 1956 un lobby colonial, le Comité central de la France d’outre-Mer ( CCFOM ), héritier de l’Union coloniale française que son père avait présidée. Il préside également la Compagnie universelle du canal maritime de Suez de 1948 à 1956. Accumulant les charges, il préside aussi le Secours catholique.

Ses travaux d’historien lui valent d’être élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1934.

François Charles-Roux épouse en 1914 Sabine Gounelle, d’une famille de négociants marseillais propriétaire de la Villa Valmer. Il est le père de l’écrivain Edmonde Charles-Roux, de Cyprienne, princesse del Drago, et du prêtre rosminien Jean-Marie Charles-Roux.

 

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EGLISE CATHOLIQUE, PAPAUTE, PIE X (saint ; 1835-1914), SAINTETE, SAINTS

Saint Pie X (1835-1914)

Le Pape Pie X

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Pie X né Giuseppe Melchiorre Sarto à Riese en Vénétie (alors dans le royaume de Lombardie-Vénétie, maintenant Riese Pie X, dans la province de Trévisse, en Italie, le 2 juin 1835, mort le 20 août 1914 à Rome,  il fut le 257e pape de l’Église catholique du 4 août 1903 à sa mort. Il a été béatifié le 3 juin 1951, puis canonisé le 29 mai 1954 : il est donc saint Pie X pour les catholiques.

Sa fête liturgique est alors fixée au 3 septembre, puis au 21 août, dans le nouveau calendrier.

 

Itinéraire pastoral

Il est né dans une famille très modeste : son père Giovanni Battista Sarto (1792-1852) est facteur rural et appariteur de Riese. Sa mère Margherita Sanson (1813-1894) est couturière

Deuxième d’une famille de dix enfants, le petit Giuseppe avait la vocation d’être prêtre depuis son enfance. Cependant la situation économique de sa famille ne permettait pas de concrétiser ses espérances. C’est le curé de sa paroisse qui trouva le soutien financier grâce auquel Giuseppe put entrer au grand séminaire de Padoue, à l’âge de 19 ans, en novembre 1854. Il y suivit une formation qui dura quatre ans. La dernière année, le jeune Giuseppe fut nommé « directeur du chant des clercs » de l’école de chant grégorien, créée par l’évêque de Padoue Grégoire Barbarigo († 1697).

Une fois ses études terminées avec d’excellentes notes, Giuseppe Sarto est ordonné prêtre le 27 février 1858. Dans le même temps, se répand la nouvelle qu’une jeune française, dénommée Bernadette Soubirous, aurait bénéficié d’apparitions de la Vierge Marie.

Giuseppe Sarto est nommé vicaire de la paroisse de Tombolo. Il crée une petite école de chant grégorien pour que les paroissiens puissent participer au chant de la messe.

L’année suivante, répondant aux provocations du gouvernement Sarde, l’empereur François-Joseph Ier d’Autriche déclare la guerre au Royaume de Sardaigne. Allié à l’empereur des Français Napoléon III, le roi Victor-Emmanuel II de Sardaigne défait les troupes Autrichiennes. L’Autriche cède la riche province de Lombardie et sa capitale Milan mais la Vénétie reste Autrichienne. Ayant annexé la quasi-totalité de la botte Italienne – sauf le Latium et Rome, seuls vestiges des États Pontificaux protégés par l’armée Française – le roi Victor-Emmanuel II de Sardaigne se proclame roi d’Italie et transfère sa capitale à Florence. En 1866, l’Autriche est vaincue par la Prusse qui l’écarte de la sphère politique Allemande. Pour prix de sa neutralité, la France reçoit la Vénétie qu’elle rétrocède immédiatement à son allié Italien. L’abbé Sarto n’est plus sujet du très catholique empereur d’Autriche mais du libéral roi d’Italie.

L’abbé Sarto est nommé archiprêtre de Salzano en 1867, puis chanoine de la cathédale de Trévisse en 1875. Parallèlement, il devient directeur spirituel du séminaire diocésain.

En 1870, profitant de la chute de l’Empire Français, le roi d’Italie annexe la Latium et transfère sa capitale à Rome. Le pape Pie IX, se considérant prisonnier, s’enferme dans ses palais du Vatican. Il meurt en 1878. Le conclave élit l’archevêque de Pérouse qui prend le nom de Léon XIII et prône une politique de réconciliation et d’ouverture.

En 1882, lors du congrès européen d’Arezzo pour la musique sacrée, en tant que chancelier de l’évêché et directeur spirituel du grand séminaire, le chanoine Sarto soutient les moines de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en faveur de la restauration du chant grégorien, alors que le pape Léon XIII défend plutôt le chant néo-médicéen issu de celui qui a été publié à Rome de 1614 à 1615.

En 1884, il est consacré évêque de Mantoue.

Il effectue deux visites pastorales et organise un synode diocésain avant d’être nommé contre son gré Patriarche de Venise en 1893. Il reçoit la barrette de cardinal-prêtre (pour la paroisse de San Bernardo alle Terme) lors d’un consistoire secret en juin 1893. Le gouvernement italien refuse d’abord son exequatur au motif que sa nomination a été le fait du gouvernement austro-hongrois. Mgr Sarto devra attendre 18 mois avant d’être reçu — triomphalement — dans son nouveau diocèse.

À Venise, il publie le 1er mai 1895 une Lettre pastorale sur le chant d’Église en présentant des principes généraux pour l’organisation et la réalisation de la prière commune, chantée et liturgique.

 

Élection

Le cardinal Sarto, futur Pie X.

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Léon XIII meurt en 1903. Son successeur le plus probable est le secrétaire d’État, le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, qui totalise 29 voix lors du premier scrutin, Mgr Sarto 5. Mais chaque vote voit progresser le score de ce dernier tandis que celui de Rampolla tend à se tasser. La révélation au conclave de l’exclusive lancée par l’Autriche-Hongrie à l’encontre de Mgr Rampolla scandalise l’ensemble du Sacré-Collège tandis que Mgr Sarto, en larmes, refuse absolument la perspective d’être élu pontife. Cependant, ayant cédé aux instances du cardinal-doyen Luigi Oreglia di Santo Stefano, et de l’archevêque de Milan, Mgr Ferrari, il accepte de se soumettre au vœu de ses confrères si tel est leur désir. Le 4 août, Mgr Sarto est élu pape en dépassant très largement les deux tiers des suffrages nécessaires (50 sur 62).

Il choisit de prendre le nom de Pie X en souvenir des papes du xixe siècle qui « [avaient] courageusement lutté contre les sectes et les erreurs pullulantes ». Il est intronisé le 9 août. Un de ses premiers actes est d’interdire l’exclusive, pratique qui avait empêché Mgr Rampolla d’être élu.

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Pontificat

Le nouveau pape a pour particularité de n’avoir aucune expérience diplomatique, ni véritable formation universitaire. Toutefois, il assimile extrêmement vite et a le don de la synthèse ; il compense également ces handicaps en s’entourant de gens compétents comme le cardinal Rafael Merry del Val, Espagnol de 38 ans, polyglotte et directeur de l’Académie des nobles ecclésiastiques, dont Pie X fait son secrétaire d’État.

Issu d’un milieu populaire et voulant continuer de vivre dans la plus grande simplicité, Pie X fait aménager au Vatican un appartement d’une particulière austérité. Il tient à préserver sa vie privée et à ne réduire en rien ses temps de prière.

 Conservateur et réformateur

Le nouveau pape s’écarte de la conception conciliatrice de son prédécesseur, et affiche tout de suite une politique conservatrice. En matière administrative, il se montre pourtant réformateur : il confie à Mgr Gasparri une refonte du droit canonique, qui aboutit à la promulgation du Code de droit canonique de 1917.

Il publie le Catéchisme de la Doctrine chrétienne (qui est appelé aujourd’hui Catéchisme de Pie X), ainsi que les Premiers éléments de la Doctrine chrétienne (ou Petit catéchisme de S. Pie X). Ce catéchisme a fait l’objet d’un éloge pontifical public de Benoît XVI lors de l’Audience générale du 18 août 2010 :

« Depuis les années où il était curé, il avait rédigé lui-même un catéchisme et au cours de son épiscopat à Mantoue, il avait travaillé afin que l’on parvienne à un catéchisme unique, sinon universel, tout au moins italien. En authentique pasteur, il a compris que la situation de l’époque, notamment en raison du phénomène de l’émigration, rend nécessaire un catéchisme auquel chaque fidèle puisse se référer indépendamment du lieu et des circonstances de vie. En tant que souverain pontife, il prépare un texte de doctrine chrétienne pour le diocèse de Rome, diffusé par la suite dans toute l’Italie et dans le monde. Ce catéchisme « de Pie x », a été pour de nombreuses personnes un guide sûr pour apprendre les vérités de la foi en raison de son langage simple, clair et précis et de sa présentation concrète. »

— Benoît XVI, 18 août 2010.

Sur le plan financier, il réunit les revenus du denier de Saint-Pierre et ceux du patrimoine du Vatican puis fait acheter de nouveaux bâtiments. Il réforme l’organisation de la curie romaine par la constitution Sapienti consilio du 29 juin 1908, supprimant des dicastères devenus inutiles et en concentrant les prérogatives des différents organes.

Avec le décret « Quam Singulari » du 8 août 1910, Pie X demande que les enfants fassent leur première communion dès l’âge de 7 ans, ce qui aboutit en pratique à une inversion de l’ordre traditionnel des sacrements, en plaçant la communion avant la confirmationRite de passage important du début de l’adolescence, l’ancienne première communion qui se célébrait vers douze ans est alors maintenue en France en se transformant en cérémonie de profession de foi ou « communion solennelle ».

 

Antimodernisme

Le modernisme est à l’époque une tendance théologique considérée par les courants intransigeants, dominant les autorités catholiques d’alors, comme déviante et menant à l’hérésie. S’appuyant sur une nouvelle lecture de la Bible, les modernistes acceptent l’idée d’une évolution dynamique de la doctrine de l’Église par opposition à un ensemble de dogmes fixes.

Dans la constitution apostolique Lamentabili sane exitu (1907)), Pie X condamne formellement 65 propositions dites « modernistes », rappelées dans l’encyclique Pascendi. Celle-ci rejette notamment les thèses d’Alfred Loisy qui est excommunié.

Le résumé de la position antimoderniste est donné dans le motu proprio Sacrorum antistitum de 1910, encore appelé serment antimoderniste que chaque prêtre est tenu de prononcer jusqu’à sa suppression en 1967 et en 1914 sont publiées 24 thèses soutenant le thomisme. Quarante ecclésiastiques refusent de prêter serment.

Parallèlement, Pie X encourage personnellement la constitution du réseau dit La Sapinière créé par Mgr Umberto Benigni et destiné à lutter contre les catholiques soupçonnés de modernisme, dans une organisation que l’historien Yves-Marie Hilaire décrit comme un système de « combisme ecclésiastique »8.

Portrait officiel du pape Pie X, le 14 septembre 1903, après son élection.

 

La « question française »

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Il fait face à la loi française de séparation de l’Église et de l’État, votée par le parlement le 9 décembre 1905, et qui s’inscrit dans le prolongement de la politique anticléricale menée par le précédent gouvernement d’Émile Combes, qui a ordonné la dissolution des congrégations religieuses et l’expulsion des religieux réguliers : enseignants, personnel des hospices, etc. (pendant de longues années, les religieux congréganistes désireux d’enseigner devront porter la soutane du clergé séculier).

Pie X se montre moins conciliant et plus dogmatique que son prédécesseur, Léon XIII.

Bien que la majorité des évêques français conseille de se plier à la loi, Pie X interdit toute collaboration par l’encyclique Vehementer nos (11 février 1906), l’allocution consistoriale Gravissimum (21 février), et l’encyclique Gravissimo officii munere (10 août), que Mgr Louis Duchesne baptise malicieusement « Digitus in oculo » (« doigt dans l’œil »). Le pape affirme alors que la « loi […], en brisant violemment les liens séculaires par lesquels [la] nation [française] était unie au siège apostolique, crée à l’Église catholique, en France, une situation indigne d’elle et lamentable à jamais ».

Cette opposition du pape à la loi française a pour conséquence de compromettre la création des associations cultuelles, prévues par la loi, et de faire transférer les biens immobiliers de l’Église au profit de l’État. Ce n’est qu’en 1923 que la situation est débloquée par la création des associations diocésaines.

En 1911, le concordat portugais prend pareillement fin.

 

Dernières années

Dans l’encyclique Lacrimabili Statu du 7 juin 1912, Pie X s’élève contre le sort réservé aux Indiens d’Amérique du Sud et appelle les archevêques et évêques à agir en leur faveur, dénonçant les massacres, l’esclavage et les autres traitements indignes auxquels étaient soumises les populations indigènes, y compris par des catholiques, comme l’avait déjà dénoncé son prédécesseur Benoît XIV en 1741 mais sans grand effet.

Pie X est bouleversé lorsque éclate la Première Guerre mondiale, mais la question se pose de savoir s’il a tenté de la prévenir et si son entourage l’y encourageait. Même si, selon une anecdote encore acceptée par Y.-M. Hilaire mais mise en doute par plusieurs historiens, y compris des catholiques, le pape refuse sa bénédiction aux armées austro-hongroises, disant « Je ne bénis que la paix », Rafael Merry del Val, toujours secrétaire d’État, ne tente rien, dans le même temps, pour dissuader l’Autriche-Hongrie d’entrer en guerre contre la Serbie. En tout état de cause, l’influence papale reste faible face à la montée des passions nationalistes et l’attitude du Saint-Siège semble incohérente.

La guerre éclate et s’étend à toute l’Europe dans les premiers jours d’Août 1914. Pie X, âgé de 79 ans, est affecté par une bronchite et, tourmenté par les hostilités qu’il semble avoir pressenties meurt le 20 août 1914 (à 79 ans), causant une grande émotion chez les fidèles angoissés, auprès desquels il est populaire.

 

La canonisation

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Le pape Pie X (carte stéréoscopique).

Après sa mort, la dévotion envers Pie X ne cesse pas. Sa cause est ouverte dès le 24 février 1923 et on érige à Saint-Pierre de Rome un monument en sa mémoire pour le vingtième anniversaire de son accession au pontificat. Devant l’afflux des pèlerins venus prier sur sa tombe dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, on fait sceller une croix de métal sur le sol de la basilique, afin que les pèlerins puissent s’agenouiller juste au-dessus de son tombeau. Des messes y sont dites jusqu’à l’avant-guerre.

Le 19 août 1939, Pie XII prononce un discours à sa mémoire et le 12 février 1943, en pleine guerre, « l’héroïcité de ses vertus » est proclamée. Peu après il est déclaré « serviteur de Dieu ».

C’est alors que la Sacrée Congrégation des rites ouvre le procès de béatification examinant en particulier deux miracles. En premier lieu, celui intervenu auprès de Marie-Françoise Deperras, religieuse qui, d’après les Acta Apostolicæ Sedis, était atteinte d’un cancer des os dont elle aurait été guérie en décembre 1928 et en second lieu celui d’une Sœur Benedetta de Maria, de Boves (Italie), qui aurait été guérie d’un cancer de l’abdomen en 1938.

Ces deux miracles sont officiellement approuvés par Pie XII, le 11 février 1951, et aboutissent à la lettre de béatification de  Pie X le 4 mars suivant. La cérémonie en elle-même a lieu le 3 juin 1951 en la basilique Saint-Pierre en présence de 23 cardinaux, de centaines d’archevêques et d’évêques et d’une foule de 100 000 pèlerins. Pie XII parle alors de Pie X comme du « pape de l’Eucharistie », pour avoir permis l’accès de la communion aux jeunes enfants et autorisé la communion eucharistique quotidienne.

Le 17 février 1952 son corps est transféré de la crypte à son emplacement actuel sous l’autel de la chapelle de la Présentation, à l’intérieur de la basilique, dans un sarcophage de bronze ajouré par un vitrage.

Le 29 mai 1954, deux miracles sont reconnus par l’Église catholique, en premier lieu celui qui aurait permis la guérison d’un avocat italien — Francesco Belsami — d’un abcès pulmonaire, et l’autre celui qui aurait permis la guérison d’une religieuse — Sœur Maria-Ludovica Scorcia — affectée d’un virus du système nerveux. La messe de canonisation célébrée par Pie XII est suivie par une foule de 800 000 fidèles.

Pie X est le premier pape depuis le xvie siècle à être canonisé, le dernier ayant été en 1712 Pie V qui avait régné de 1566 à 1572.

La fête de Saint-Pie X est célébrée le 21 août dans le nouveau calendrier liturgique. Il est fêté le 3 septembre dans l’ancien calendrier. Dans les paroisses de la FSSPX (Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X), sa fête est une fête de 1re classe.

La basilique souterraine, plus récente et plus vaste des basiliques de Lourdes, est placée sous son patronage. Une relique de Saint Pie X est exposée à la chapelle ‘Pax Christi’.

 

Dans le domaine de la liturgie

Avec sa profonde connaissance du chant grégorien et de sa restauration, Pie X achève la plus importante centralisation de la liturgie de l’Église romaine depuis l’époque de Charlemagne, par la publication des livres en latin pour l’Église universelle, à la place des liturgies locales. Désormais, l’Église catholique va célébrer ses offices de la même manière, jusqu’au IIe concile du Vatican.

Aussitôt élu, Pie X expédie son motu proprio « Inter pastoralis officii sollicitudes » le 22 novembre 1903, fête de Sainte-Cécile, patronne de la musique. Dans ce motu proprio, il précise ses instructions concernant la musique sacrée de l’Église romaine.

Le 25 avril 1904, le pape annonce la création d’une édition officielle du chant pour l’Église universelle, à la base du chant grégorien scientifiquement restauré. Pour la publication de cette Édition Vaticane, il crée une commission pontificale composée des musicologues de toute l’Europe, présidée par Dom Joseph Pothier, abbé bénédictin de Saint-Wandrille. Comme la commission à Rome ne peut pas accéder directement aux matériaux, un grand nombre de photographies des manuscrits anciens auprès de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Pie X doit renoncer à ce projet, mais demande à Dom Pothier de publier les livres de chant sans délai, d’après les éditions bénédictines de Solesmes.

La première publication est achevée en 1908, il s’agit de la nouvelle édition vaticane du graduel :

Graduale sacrosanctæ romanæ ecclesiæ de tempore et de sanctis SS. D. N. Pii X. pontificis maximi jussu restitutum et editum, Typis Vaticanis, Rome 1908 fac-similé [archive]

L’antiphonaire, quant à lui, paraît en 1912 :

Antiphonale sacrosanctæ romanæ ecclesiæ pro diurnis horis SS. D. N. Pii X. pontificis maximi jussu restitutum et editum, Typis polyglottis vaticanis, Rome 1912 fac-similé [archive]

Le pape Pie X est également le fondateur de l’Institut pontifical de musique sacrée à Rome, en 1910. La fondation de cet établissement avait été proposée par Dom Angelo de Santi, le théologien et musicologue de Léon XIII et vieil ami de Pie X, qui est donc nommé le premier directeur de l’institut.

 

Constitution apostolique

Le pape Pie X bénéficie d’une image de simplicité et d’homme vigoureux. Il gouverne l’Église d’une main ferme à une époque où elle doit faire face à un laïcisme virulent et à une mise en question des connaissances bibliques et théologiques. Il invite les chrétiens à participer activement à la liturgie, souhaitant ainsi les ramener aux sources de la foi.

Constitution apostolique « Divino Afflatu » (1911).

« Les psaumes recueillis dans la Bible ont été composés sous l’inspiration divine. Certes, dès les débuts de l’Église, ils ont merveilleusement contribué à nourrir la piété des fidèles, qui offraient à Dieu, en toute circonstance, un sacrifice de louange, c’est-à-dire l’acte de foi qui sortait de leurs lèvres en l’honneur de son nom. Mais il est certain aussi que, selon un usage déjà reçu sous la Loi ancienne, ils ont tenu une place éminente dans la liturgie proprement dite et dans l’Office divin[…] »

 

Pie X dans la littérature

En 1913, Guillaume Apollinaire, exprimant la lassitude de l’Antiquité gréco-romaine et lui opposant le christianisme, qui « seul en Europe n’est pas antique », écrit dans son poème Zone un éloge paradoxal du pape qui avait condamné le modernisme :

« L’Européen le plus moderne c’est vous pape Pie X. »

 

Bibliographie

Georges Buraud, Pie X – le pape de l’unité, Desclée de Brouwer, 1951.

Yves-Marie Hilaire (dir.), Histoire de la papauté. 2 000 ans de missions et de tribulations, Tallandier, 1993.

Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, article « Pie X », Fayard, 1994.

Mgr Yves MarchassonLes Papes du xxe siècle, Desclée, 1990.

Yves ChironSaint Pie X, Courrier de Rome, 1er avril 1999 370 pages.

Christian-Philippe ChanutL’élection de saint Pie X, Sicre éd., 2003.

Xavier Lecoeur, Petite vie de Pie X, Desclée de Brouwer, 2007, 174 p. 

Pie X Pape, Lettre encyclique « Pascendi Dominici Gregis » du pape saint Pie X contre le modernisme, Groupe Saint-Remi, 2011, 42 p. 

Pie X Pape, Catéchisme de saint Pie X, Groupe Saint-Remi, 2011, 211 p. 

Pierre Fernessole, Pie X – Essai historique, Clovis, 2015, 700 p. (Père Jérôme Dal Gal, Pie X (Biographie), Clovis, 2015, 400 p. 

Saint Pie X (Auteur) et Éditions Saint Sébastien (Sous la direction de), Catéchisme de la doctrine chrétienne, Editions Saint-Sébastien, 2016, 166 p. 

R.P. TH.- Dom.- C. Gonthier, Pie X et le modernisme, Editions Saint-Sébastien, 2016, 38 p. 

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), PAPAUTE, PIERRE (saint ; apôtre), SAINTETE, SAINTS

Saint Pierre apôtre dans la Légende dorée

SAINT PIERRE, APÔTRE **

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Pierre eut trois noms : il s’appela 1° Simon Barjona. Simon veut dire obéissant, ou se livrant à la tristesse. Barjona, fils de colombe, en syrien bar veut dire fils, et en hébreu; Jona signifie (173) colombe. En effet, il fut obéissant; quand J.-C. l’appela, il obéit, au premier mot d’ordre du Seigneur: il se livra à la tristesse. quand il renia J.-C. « Il sortit dehors et pleura amèrement. » Il fut fils de colombe parce qu’il servit Dieu avec simplicité d’intention. 2° Il fut appelé Céphas, qui signifie chef ou pierre, ou blâmant de bouche: chef, en raison qu’il eut 1a primauté dans la prélature; pierre, en raison de la fermeté dont il fit preuve dans sa passion; blâmant de bouche, en raison de la constance de sa prédication. 3° Il fut appelé Pierre, qui veut dire connaissant, déchaussant, déliant: parce qu’il connut la divinité de J.-C. quand il dit: « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; il se dépouilla de toute affection pour les siens, comme de toute oeuvre morte et terrestre, lorsqu’il dit: « Voilà que nous avons tout quitté pour vous suivre » ; il nous délia des chaînes du péché par les clefs qu’il reçut du Seigneur. Il eut aussi trois surnoms : 1° on l’appela Simon Johanna, qui veut dire beauté du Seigneur; 2° Simon, fils de Jean, qui veut dire à qui il a été donné ; 3° Simon Barjouay qui veut dire fils de colombe. Par ces différents surnoms on doit: entendre qu’il posséda la beauté de moeurs, les dons des vertus, l’abondance des larmes, car la colombe gémit au lieu de chanter. Quant au nom de Pierre, ce fut J.-C. qui permit qu’on le lui donnât puisqu’il dit (Jean, I) : « Vous vous appellerez Céphas, qui veut dire Pierre. » 2° Ce fut encore J.-C. qui le lui donna après le lui avoir promis, selon qu’il est dit dans saint Marc (III) : « Et il donna. à Simon le nom de Pierre. » 3° Ce fut J.-C. qui le lui confirma, puisqu’il dit dans saint Mathieu (XVI) « Et moi je vous dis que vous êtes Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église.» Son martyre fut écrit par saint Marcel, par saint Lin, pape, par Hégésippe et par le pape Léon.

** La plupart des faits qui: ont rapport à saint Pierre et que signalent les livres saints sont consignés ici. Le reste est tiré d’un livre connu sous le nom d’Itinéraire de saint Clément, regardé comme apocryphe, mais cité par un grand nombre d’auteurs des premiers siècles.

 

Saint Pierre, fut celui de tous les apôtres qui eut la plus grande ferveur : car il voulut connaître celui qui trahissait le Seigneur, en sorte que s’il l’eût connu, dit saint Augustin, il l’eût déchiré avec les dents : et c’est pour cela que le Seigneur ne voulait pas révéler le nom de ce traître. Saint Chrysostome dit aussi que (174) si J.-C. avait prononcé son nom, Pierre aussitôt se serait levé et l’aurait massacré sur l’heure. 11 marcha sur la mer pour aller au-devant du Seigneur ; il fut choisi pour être le témoin de la Transfiguration de son maure et pour assister à la résurrection de la fille de Jaïre; il trouva, dans la bouche du poisson, la pièce d’argent de quatre dragmes pour le tribut ; il reçut du Seigneur les clefs du royaume des cieux; il eut la commission de faire paître les brebis ; au jour de la Pentecôte, par sa prédication, il convertit trois mille hommes ; il prédit la mort d’Ananie et de Saphire : il guérit Enée de sa paralysie; il baptisa Corneille; il ressuscita Tabithe; il rendit la santé aux infirmes par l’ombre de son corps ; mis en prison par Hérode, il fut délivré par un ange. Pour sa nourriture et son vêtement, il nous témoigne lui-même quels ils furent, au livre de saint Clément : « Je ne me nourris, dit-il, que de pain avec des olives et rarement avec des légumes ; quant à mon vêtement, vous le voyez, c’est une tunique et un manteau, et avec cela je ne demande rien autre chose. » On rapporte aussi qu’il portait toujours dans son sein un suaire pour essuyer les larmes qu’il versait fréquemment ; car quand la douce allocution du Seigneur et la présence de Dieu lui venaient à la mémoire, il ne pouvait retenir ses pleurs, tant était grande la tendresse de son amour. Mais quand il se rappelait la faute qu’il commit en reniant J.-C., il répandait des torrents de larmes : il en contracta tellement l’habitude de pleurer, que sa figure paraissait toute brûlée, selon I’expression de saint Clément. Le même saint rapporte qu’en entendant le chant du coq, (175) saint Pierre avait coutume de se lever pour faire oraison et de pleurer abondamment. Saint Clément dit encore, comme on le trouve dans l’Histoire ecclésiastique*, que lorsqu’on menait au martyre la femme de saint Pierre, celui-ci tressaillit d’une extraordinaire joie, et l’appelant par son propre nom, il lui cria : « O ma femme, souvenez-vous du Seigneur. » Une fois, saint Pierre avait envoyé deux de ses disciples prêcher; après avoir cheminé pendant vingt jours, l’un d’eux mourut, et l’autre revint trouver saint Pierre, et lui raconter l’accident qui était arrivé (on dit que ce fut saint Martial, ou selon quelques autres, saint Materné. On lit ailleurs que le premier fut saint Front, et que son compagnon, celui qui était mort, c’est-à-dire le second, fut le prêtre Georges). Alors saint Pierre lui donna soli bâton avec ordre d’aller retrouver son compagnon et de poser ce bâton sur le cadavre. Quand il l’eut fait, ce mort de quarante jours se leva tout vivant **.

En ce temps-la, il se trouvait à Jérusalem un magicien, nommé Simon, qui se disait être la première vérité; il avançait que ceux qui croyaient en lui devenaient immortels ; enfin il prétendait que rien ne lui était impossible. On lit aussi, dans le livre de saint Clément; que Simon avait dit: « Je serai adoré comme un Dieu ; on me rendra publiquement les honneurs divins; et tout ce que j’aurai voulu faire, je le pourrai. Un jour que ma mère Rachel  m’ordonnait d’aller dans les

* Eusèbe, lib. III, c. XXX ; — Clément d’Alexand., l. VII. Ses paroles à sa femme qu’on menait au martyre.

** Harigarus, c. VI ; — Orton de Friocesque, Chronique, III., XV; – Pierre de Cluny, Contre les Petrobrusiens.

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champs pour faire la moisson, je vis une faux parterre à laquelle je commandai de faucher d’elle-même : et elle faucha dix fois plus que les autres moissonneurs. » Il ajouta, d’après saint Jérôme: « Je suis la parole de Dieu; je suis beau, je suis le paraclet, je suis tout-puissant, je suis le. tout de Dieu. » Il faisait aussi mouvoir des serpents d’airain ; rire des statues de bronze ou de pierre, et chanter des chiens: Simon donc, comme le dit saint Lin, voulant discuter avec saint Pierre et montrer qu’il. était Dieu, saint Pierre vint le jour indiqué, au lieu de la conférence, et dit aux assistants : « La paix soit avec vous, mes frères, qui aimez la vérité. » Simon lui dit : « Nous n’avons pas besoin de la paix, nous : car si la paix et la concorde existent ici, nous ne pourrons parvenir à trouver la vérité : ce sont les larrons qui ont la paix entre eux ; n’invoque donc pas la paix, mais la lutte : entre deux champions il y aura paix, quand l’un aura été supérieur à l’autre. » Et Pierre répondit : « Qu’as-tu à craindre d’entendre parler de paix ? C’est du péché que naît la guerre, et là où n’existe pas le péché, règne la paix. On trouve la vérité dans les discussions et la justice dans les oeuvres. » Et Simon reprit : « Ce que tu avances n’a pas de valeur, mais je te montrerai la puissance de ma divinité afin que tu  m’adores aussitôt. Je suis la première vertu et je puis voler parles airs, créer de nouveaux arbres, changer les pierres en pain, rester dans le feu sans en être endommagé et tout ce que je veux, je le puis faire. » Saint Pierre donc discutait contre lui et découvrait tous ses maléfices. Alors Simon, voyant qu’il ne pouvait résister au saint apôtre, jeta (177) dans la mer tous ses livres de magie, de crainte d’être dénoncé comme magicien ; et alla à Rome afin de s’y faire passer pour Dieu. Aussitôt que saint Pierre eut découvert cela, il le suivit et partit pour Rome.

La quatrième année de l’empire de Claude, saint Pierre arriva à Rome, où il resta vingt-cinq ans. Et il ordonna évêques Lin et Clet, pour être ses coadjuteurs, l’un, comme le rapporte Jean Beleth *, dans l’intérieur de la ville, l’autre dans la partie qui était hors des murs. En se livrant avec grand zèle à la prédication, il convertissait beaucoup de monde à la foi, et guérissait la plupart des infirmes. Et comme dans ses discours il louait et recommandait toujours de préférence la chasteté, il convertit les quatre concubines d’Agrippa qui se refusèrent à retourner davantage au près de ce gouverneur. Alors celui-ci entra en fureur et il cherchait l’occasion de nuire à l’Apôtre. Ensuite le Seigneur apparut à saint Pierre et lui dit: « Simon et Néron forment des projets contre ta personne; mais ne crains rien, car je suis avec toi pour te délivrer, et je te donnerai la consolation d’avoir auprès de toi mon serviteur Paul qui demain entrera dans Rome. Or, saint Pierre, sachant, comme le dit saint Lin, que dans peu de temps il devait quitter sa tente, dans l’assemblée des frères, il prit la main de saint Clément, l’ordonna évêque et le força à siéger en sa place dans sa chaire. Après cela Paul arriva à Rome, ainsi que le Seigneur l’avait prédit, et commença à prêcher J.-C. avec saint Pierre. Or, Néron avait un tel attachement

* Cap. CXXXVIII.

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pour Simon qu’il le pensait certainement être le gardien de sa vie, son salut, et celui de toute la ville. Un jour donc, devant Néron (c’est ce qu’en dit saint Léon, pape), sa figure changeait subitement, et il paraissait tantôt plus vieux et tantôt plus jeune. Néron, qui Noyait cela, le regardait comme étant vraiment le fils de Dieu. C’est pourquoi Simon le magicien dit à Néron, toujours d’après saint Léon : « Afin que tu saches, illustre empereur, que je suis le fils de Dieu, fais-moi décapiter et trois jours après je ressusciterai. » Néron ordonna donc au bourreau qu’il eût à décapiter Simon. Or, le bourreau, en croyant couper la tête à Simon, coupa celle d’un bélier: grâce à la magie,Simon échappa sain et entier, et ramassant les membres du bélier il les cacha ; puis il se cacha pendant trois jours : or, le sang du bélier resta coagulé dans la même place. Et le troisième jour Simon se montra à Néron et lui dit

« Fais essuyer mon sang qui a été répandu ; car me voici ressuscité trois jours après que j’ai été décollé, comme je l’avais promis. » En 1e voyant Néron fut stupéfait et le regarda comme le vrai fils de Dieu. Un jour encore qu’il était dans une chambre avec Néron, le démon qui avait pris sa forme parlait au peuple dehors : enfin les Romains l’avaient en si grande vénération qu’ils lui élevèrent une statue sur laquelle ils mirent cette inscription : Simoni Deo sancto *, A Simon le Dieu saint.

Saint Pierre et saint Paul, au témoignage de saint Léon, allèrent chez Néron et dévoilèrent tous les

* Voyez Eusèbe, lib. II, c. XIII, et Tillemont, t. II, p. 482.

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maléfices de Simon, et saint Pierre ajouta due, de même, qu’il y a en J.-C. deux substances, savoir : celle de Dieu et celle de l’homme, de même en ce magicien, se trouvaient deux substances, celle de l’homme et celle du diable.

Or, Simon dit, d’après le récit de Marcel et de saint Léon * : « Je ne souffrirai pas plus longtemps cet ennemi ; je commanderai à mes anges de me venger de cet homme. » Pierre lui répondit, : « Tes anges, je ne les crains point, mais ce sont eux qui me craignent. » Néron ajouta : « Tu ne crains pas Simon qui prouve sa divinité par ses oeuvres? » Pierre lui répondit : « Si la divinité existe en lui, qu’il nie dise en ce moment ce que je pense ou ce que je fais : je vais d’avance te dire tout bas à l’oreille quelle est ma pensée pour qu’il n’ait pas l’audace de mentir. » « Approche-toi, reprit Néron, et dis-moi ce que tu penses. » Or, Pierre s’approchas et dit à Néron tout bas : « Ordonne qu’on  m’apporte un pain d’orge et qu’on me le donne en cachette. » Or, quand on le lui eut apporté, Pierre le bénit et le mit dans sa manche, et dit ensuite : « Que Simon, qui s’est fait Dieu, dise ce que. j’ai pensé, ce que j’ai dit, ou .ce qui s’est fait. » Simon, répondit : « Que Pierre dise plutôt ce que je pensé moi-même. » Et Pierre dit : « Ce que pense Simon, je prouverai que je le sais, pourvu que je fasse ce à quoi il a pensé. » Alors Simon en colère s’écria : « Qu’il vienne de grands chiens et qu’ils te dévorent. » Tout à coup apparurent de très grands chiens qui se jetèrent sur

* Sigebert de Gemblours, Trithème, Conrad Gessner.

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saint Pierre : mais celui-ci leur présenta le pain bénit, et à l’instant, il les mit en fuite. Alors saint Pierre dit à Néron : « Tu le vois, je t’ai montré que je savais ce que Simon méditait contre moi, et ce ne fut point par des paroles, mais par des actes : Car celui qui avait promis qu’il viendrait des anges contre moi, a fait venir des chiens, afin de faire voir que les anges de Dieu, ne sont autres que des chiens. » Simon dit alors : « Écoutez, Pierre et Paul ; si je ne puis vous rien faire ici, nous irons où il faut que je vous juge; mais pour le moment, je veux bien vous épargner. »

Alors, selon que le rapportent Hégésippe et saint Lin, Simon, enflé d’orgueil, osa se vanter de pouvoir ressusciter des morts; et il arriva qu’un jeune homme mourut. On appela donc Pierre et Simon et de l’avis de Simon on convint unanimement que celui-là serait tué. qui ne pourrait ressusciter le mort. Or, pendant que Simon faisait ses enchantements sur le cadavre, il sembla aux assistants que la tête du défunt s’agitait. Alors tous se mirent à crier en voulant lapider saint Pierre. Le saint apôtre put à peine obtenir le silence qu’il réclama : « Si le mort est vivant, dit-il, qu’il se lève, qu’il se promène, qu’il parle : s’il en est autrement, sachez que l’action d’agiter là tête du cadavre est de la fantasmagorie. Qu’on éloigne Simon du lit afin que les ruses du diable soient pleinement mises à nu. » On éloigné donc Simon du lit, et l’enfant resta immobile. Alors saint Pierre, se tenant éloigné, fit une prière, puis élevant la voix : « Jeune homme, s’écria-t-il, au nom de Jésus de Nazareth qui a été crucifié, lève-toi et marche. » Et à l’instant il se leva en (181) vie et marcha. Comme le peuple voulait lapider Simon saint Pierre dit : « Il est bien assez puni de se reconnaître vaincu dans ses artifices; or, notre maître nous a enseigné à rendre le bien pour le mal. » Alors Simon dit : « Sachez, vous, Pierre et Paul, que vous n’obtiendrez rien de ce que vous désirez ; car je ne daignerai pas vous faire gagner la couronne du martyre. » Saint Pierre reprit : « Qu’il nous arrive ce que nous désirons : mais à toi il ne peut arriver rien de bon, car chacune de tes paroles est un mensonge. » Saint Marcel dit qu’alors Simon alla à la maison de son disciple Marcel, et qu’il y lia à la porte un chien énorme en disant : « Je verrai à présent si Pierre, qui vient d’ordinaire chez toi, pourra entrer. » Peu d’instants après saint Pierre arriva, et eu faisant le signe de la croix, il délia le chien. Or, ce chien se mit à caresser tout le monde, et ne poursuivait que Simon : il le saisit, le renversa par terre, et il voulait l’étrangler, quand saint Pierre accourut et cria au chien de ne point lui faire de mal; or, cette bête, sans toucher son corps, lui arracha tellement ses habits qu’elle le laissa nu sur la terre. Alors le peuple et surtout les enfants coururent après le chien en poursuivant Simon jusqu’à ce qu’ils l’eussent chassé bien loin de la ville, comme ils eussent fait d’un loup. Simon ne pouvant supporter la honte de cet affront resta un an sans reparaître. Marcel, en voyant ces miracles, s’attacha désormais à saint Pierre. Dans la suite, Simon revint et rentra de nouveau dans les bonnes grâces de Néron. Simon donc, d’après saint Léon, convoqua le peuple, et déclara qu’il avait été outrageusement traité par les Galiléens, et pour ce (182)  motif, il dit vouloir quitter cette ville qu’il avait coutume de protéger; qu’il fixerait un jour où il monterait au ciel, car il ne daignait plus rester davantage sur la terre. Au jour fixé, il monta donc sur une tour élevée, ou bien, d’après saint Lin, il monta au Capitole et, couvert de laurier, il se jeta en l’air et se mit à voler. Or, saint Paul dit à saint Pierre : « C’est à moi de prier et à vous de commander. » Néron dit alors: « Cet homme est sincère, et vous n’êtes que des séducteurs. »Or, saint Pierre dit à saint Paul : « Paul, levez la tête et voyez. » Et quand Paul eut levé la tête et qu’il eut vu Simon dans les airs, il dit à Pierre : « Pierre, que tardez-vous? achevez ce que vous avez commencé déjà le Seigneur nous appelle. » Alors saint Pierre dit « Je vous adjure, Anges de Satan, qui le soutenez dans les airs, par N.-S. J.-C., ne le portez plus davantage, mais laissez-le tomber. » A l’instant il fut lâché, tomba, se brisa la cervelle, et expira *. Néron, à cette nouvelle, fut très fâché d’avoir perdu, quant à lui, un pareil homme et il dit aux apôtres : « Vous vous êtes rendus suspects envers moi ; aussi vous punirai-je d’une manière exemplaire. » Il les remit donc entre les mains d’un personnage très illustre, appelé Paulin, qui les fit enfermer dans la prison Mamertine sous la garde de Processus et de Martinien, soldats que saint Pierre convertit à la foi : ils ouvrirent la prison et laissèrent aller les apôtres en liberté. C’est pour cela que,

* Ce fait de la chute et de la mort de Simon le magicien est constaté par les Constitutions apostoliques d’Arnobe, par saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise, saint Augustin, Isidore de Peluse, Théodorat, Maxime de Turin, etc.

après le martyre des apôtres, Paulin manda Processus et Martinien, et quand il eut découvert qu’ils étaient chrétiens, on leur trancha la tête par ordre de Néron. Or, les frères pressaient Pierre de s’en aller, et il ne le fit qu’après avoir été vaincu par leurs instances. Saint Léon et saint Lin assurent qu’arrivé à la porte où est aujourd’hui Sainte-Marie ad passus *, Pierre vit J.-C. venant à sa rencontre, et il lui dit : « Seigneur, où allez-vous? » J.-C. répondit : « Je viens à Rome pour y être crucifié encore une fois. » « Vous seriez crucifié encore une fois, répartit saint Pierre. » « Oui, lui répondit le Seigneur. » Alors Pierre lui dit : « Seigneur, je retournerai donc, pour être crucifié avec vous. » Et après ces paroles, le Seigneur monta au ciel à la vue de Pierre qui pleurait. Quand il comprit que c’était de son martyre à lui-même que le Sauveur avait voulu parler, il revint, et raconta aux frères ce qui venait d’arriver. Alors il fut pris par les officiers de Néron et mené au préfet Agrippa. Saint Lin dit que sa figure devint comme un soleil. Agrippa lui dit : « Es-tu donc celui qui se glorifie dans les assemblées ou ne se trouvent que la populace et de pauvres femmes que tu éloignes du lit de leurs maris? » L’apôtre le reprit en disant qu’il ne se glorifiait que dans la croix du Seigneur. Alors Pierre, en qualité d’étranger, fut condamné à

*  Origène sur saint Jean, saint Ambroise, sermon 68, saint Grégoire le Grand, sur le Psaume ci.

Cette église existe encore sur la voie Appienne et est connue sous le nom Domine quo vadis.

Hetychius, De excidio Hierosol.; saint Athanase, De fuga sua ; Innocent III, Pierre de Blois.

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être crucifié, mais Paul, en sa qualité de citoyen romain, fut condamné à avoir la tête tranchée.

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A l’occasion de cette sentence, Denys en son épître à Timothée parle ainsi de la mort de saint Paul : « O mon frère Timothée, si,tu avais assisté aux derniers moments de ces martyrs, tu aurais défailli de tristesse et de douleur.0ui est-ce qui n’aurait pas pleuré quand fut rendue la sentence qui condamnait Pierre à être crucifié et Paul à être décapité ? Tu aurais alors vu la foule des gentils et des Juifs les frapper et leur cracher au visage. » Or, arrivé l’instant où ils devaient consommer leur affreux martyre, on les sépara l’un de l’autre et on lia ces colonnes du monde, non sans que les frères fissent entendre des gémissements et des sanglots. Alors Paul dit à Pierre: « La paix soit avec vous, fondement des églises, pasteur des brebis et des agneaux de J.-C. » Pierre dit à Paul : « Allez en paix, prédicateur des bonnes moeurs, médiateur et guide du salut des justes. » Or, quand on les eut éloignés l’un de l’autre, je suivis mon maître; car on ne les tua point dans le même quartier (saint Denys). Quand saint Pierre fut arrivé à la croix, saint Léon et Marcel rapportent qu’il dit : « Puisque mon maître est descendu du ciel en terre, il fut élevé debout sur la croix; pour moi qu’il daigne appeler de la terre au ciel, ma croix doit montrer ma tête sur la terre et diriger mes pieds vers le ciel. Donc, parce que je ne suis pas digne d’être sur la croix de la même manière que mon Seigneur, retournez ma croix et crucifiez-moi la tête en bas. » Alors on retourna la croix et on l’attacha les pieds en haut et les mains en bas. Mais, en (185) ce moment, le peuple rempli de fureur voulait tuer Néron et le gouverneur, ensuite délivrer l’apôtre qui les priait de ne point empêcher qu’on le martyrisât. Mais le Seigneur, ainsi que le disent Hégésippe et Lin, leur ouvrit les yeux, et comme ils pleuraient, ils virent des anges avec des couronnes composées de fleurs de roses et de lys, et Pierre au milieu d’eux sur la croix recevant un livre que lui présentait J.-C., et dans lequel il lisait les paroles qu’il proférait. Alors saint, Pierre, au témoignage du même Hégésippe, se mit à dire sur la croix : « C’est vous, Seigneur, que j’ai souhaité d’imiter; mais je n’ai pas eu la présomption d’être crucifié droit : c’est vous qui êtes toujours droit, élevé et haut ; nous sommes les enfants du premier homme qui a enfoncé sa tête dans la terre, et dont la chute indique la manière avec laquelle l’homme vient au monde ; nous naissons en effet de telle sorte que nous paraissons être répandus sur la terre. Notre condition a été renversée, et ce que le monde croit être à droite est certainement à gauche. Vous, Seigneur, vous me tenez lieu de tout; tout ce que vous êtes, vous l’êtes,pour moi, et il n’y a rien autre que vous seul. Je vous rends grâce de toute mon âme par laquelle je vis, par laquelle j’ai l’intelligence et par laquelle je parle. » On connaît par là deux autres motifs pour lesquels il ne voulut pas être crucifié droit. Et saint Pierre voyant que les fidèles avaient été témoins de sa gloire, rendit grâces à Dieu, lui recommanda les chrétiens et rendit l’esprit. Alors Marcel et Apulée qui étaient frères, disciples de saint Pierre, le descendirent de la croix et l’ensevelirent en l’embaumant avec divers (186) aromates: Isidore dans son livre de la Naissance et de la Mort des Saints s’exprime ainsi : « Pierre après avoir fondé l’église d’Antioche, vint à Rome, sous l’empereur Claude, pour confondre Simon ; il prêcha l’Evangile pendant vingt-cinq ans en cette ville dont il occupa le siège pontifical ; et la trente-sixième année après la Passion du Seigneur,- il fut crucifié par Néron, la tête en bas, ainsi qu’il l’avait voulu. Or, ce jour-là même, saint Pierre et saint Paul apparurent à Denys, selon qu’il le rapporte en ces termes dans la lettre citée plus haut: « Ecoute le miracle, Timothée, mon frère, vois le prodige, arrivé au jour de leur supplice: car j’étais présent au moment de leur séparation. Après leur mort, je les ai vus, se tenant par la main l’un et l’autre, entrer par les portes de la ville, revêtus d’habits de lumière, ornés clé couronnes de clarté et de splendeur. »

Néron ne demeura pas impuni pour ce crime et bien d’autres encore qu’il commit; car il se tua de sa propre main. Nous allons rapporter ici en peu de mots quelques-uns de ses forfaits. On lit dans une histoire apocryphe, toutefois, que Sénèque, son précepteur, espérait recevoir de lui une récompense digne de son labeur ; et Néron lui donna à choisir la branche de l’arbre sur laquelle il préférait être pendu, en lui disant que c’était là la récompense qu’il en devait recevoir. Or, comme Sénèque lui demandait à quel titre il avait mérité ce genre de supplice, Néron fit vibrer plusieurs fois la pointe d’une épée au-dessus de Sénèque qui baissait la tête pour échapper aux coups dont il était menacé ; car il ne voyait point sans effroi le moment où il allait recevoir la mort. Et (187) Néron lui dit : « Maître, pourquoi baisses-tu la tête sous l’épée dont je te menace ? » Sénèque lui répondit: « Je suis nomme, et voilà pourquoi je redouté la mort, d’autant que je meurs malgré moi. » Néron lui dit: « Je te crains encore comme je le faisais alors que j’étais enfant : c’est pourquoi tant que tu vivras je ne pourrai vivre tranquille. » Et Sénèque lui dit « S’il est nécessaire que je meure, accordez-moi au moins de choisir le genre de mort que j’aurais voulu. » « Choisis vite, répondit Néron, et ne tarde pas à mourir. » Alors Sénèque fit préparer un bain où il se fit ouvrir les veines de chaque bras et il finit ainsi sa vie épuisé de sang. Son nom de Sénèque fut pour lui comme un présage, se necans, qui se tue soi-même : car ce fut lui qui en quelque sorte se donna la mort, bien qu’il y eût été forcé. On lit que ce même Sénèque eut deux frères : le premier fut Julien Gallio, orateur illustre qui se tua de sa propre main; le second fut Méla, père du poète Lucain ; lequel Lucain mourut après avoir eu les veines ouvertes par l’ordre de Néron, d’après ce qu’on lit. On voit, dans la même histoire apocryphe, que Néron, poussé par un transport infâme; fit tuer sa mère et la fit partager en deux pour voir comment il était entretenu dans son sein. Les médecins lui adressaient des remontrances par rapport au meurtre de sa mère et lui disaient : «Les lois s’opposent et l’équité défend qu’un fils tue sa mère : elle l’a enfanté avec douleur et elle t’a élevé avec tant de labeur et de sollicitude. » Néron leur dit : « Faites-moi concevoir un enfant et accoucher ensuite, afin que je puisse savoir quelle a été la douleur de ma mère. » Il avait (188) encore conçu cette volonté d’accoucher parce que, en passant dans la ville, il avait entendu les cris d’une femme en couches. Les médecins lui répondirent « Cela n’est pas possible ; c’est contre les lois de la nature; il n’y a pas moyen de faire ce qui n’est pas d’accord avec la raison. » Néron leur dit donc: « Si vous ne me faites pas concevoir et enfanter, je vous ferai mourir tous d’une manière cruelle. » Alors les médecins, dans des potions qu’ils lui administrèrent, lui firent avaler une grenouille sans qu’il s’en aperçût, et, par artifice, ils la firent croître dans son ventre : bientôt son ventre, qui ne pouvait souffrir cet état contre nature, se gonfla, de sorte que Héron se croyait gros d’un enfant ; et les médecins lui faisaient observer un régime qu’ils savaient être propre à nourrir la grenouille, sous prétexte qu’il devait en user ainsi en raison de la conception. Enfin tourmenté par une douleur intolérable, il dit aux médecins : « Hâtez le moment des couches, car c’est à peine si la langueur où me met l’accouchement futur me donne le pouvoir de respirer. » Alors ils lui firent prendre une potion pour le faire vomir et il rendit une grenouille affreuse à voir, imprégnée d’humeurs et couverte de sang. Et Néron, regardant son fruit, en eut horreur lui-même et admira une pareille monstruosité : mais les médecins lui dirent qu’il n’avait produit un foetus aussi difforme que parce qu’il n’avait pas voulu attendre le temps nécessaire. Et il dit : « Ai-je été comme cela en sortant des flancs de ma mère ? » « Oui, lui répondirent-ils. » Il recommanda donc de nourrir son foetus et qu’on l’enfermât dans une pièce (189) voûtée pour l’y soigner. Mais ces choses-là ne se lisent pas dans les chroniques; car elles sont apocryphes. Ensuite s’étant émerveillé de la grandeur de l’incendie de Troie, il fit brûler Rome pendant sept jours et sept nuits, spectacle qu’il regardait d’une tour fort élevée, et tout joyeux de la beauté de cette flamme, il chantait avec emphase les vers de l’Iliade. On voit encore dans les chroniques qu’il pêchait avec des filets d’or, qu’il s’adonnait à l’étude de la musique, de manière à l’emporter sur les harpistes et les comédiens : il se maria avec un homme, et cet homme le prit pour femme, ainsi que le dit Orose *. Mais les Romains, ne pouvant plus supporter davantage sa folie, se soulevèrent contre lui et le chassèrent hors de la ville. Lorsqu’il vit qu’il nie pouvait échapper, il affila un bâton avec les dents et il se perça par le milieu du corps : et c’est ainsi qu’il termina sa vie. On lit cependant ailleurs qu’il fut dévoré par les loups. A leur retour, les Romains trouvèrent la grenouille cachée sous la voûte ; ils la poussèrent hors de la ville et la brûlèrent : et cette partie de la ville oit avait été cachée la grenouille reçut, au dire de quelques personnes, le none de Latran (Lateus rana) (raine latente) **.

Du temps du pape saint Corneille, des chrétiens

* Hist., lib. III, cap. VII.

** Sulpice Sévère, Hist., liv. II, n° 40, Dialogue II; — Saint Augustin, Cité de Dieu, liv. XX, chap. IX, rapportent des traditions étranges sur cet odieux personnage. Consultez une dissertation du chanoine d’Amiens de L’Estocq, sur l’auteur du livre intitulé : De morte persecutorum.

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grecs volèrent les corps des apôtres et les emportèrent; mais les démons, qui habitaient dans les idoles, forcés par une vertu divine, criaient : «Romains, au secours, on emporte vos dieux. » Les fidèles comprirent qu’il s’agissait des apôtres, et les gentils de leurs, dieux. Alors fidèles et infidèles, tout le monde se réunit pour poursuivre les Grecs. Ceux-ci effrayés jetèrent les corps des apôtres dans un puits auprès des catacombes ; mais dans la suite les fidèles les en ôtèrent. Saint Grégoire raconte dans son Registre (liv. IV, ép. XXX,) qu’alors il se fit un si affreux tonnerre et des éclairs en telle quantité que tout le monde prit la fuite de frayeur, et qu’on les laissa dans les catacombes. Mais comme on ne savait pas distinguer les ossements de saint Pierre de ceux de saint Paul, les fidèles, après avoir eu recours aux prières et aux jeûnes, reçurent cette réponse du ciel : « Les os les plus grands sont ceux du prédicateur, les plus petits ceux du pêcheur. » Ils séparèrent ainsi les os les uns des autres et les placèrent dans les églises qui avaient été élevées à chacun d’eux. D’autres cependant disent que saint Silvestre, pape, voulant consacrer les églises, pesa avec un grand respect les os grands et petits dans une balance et qu’il en mit la moitié dans une église et la moitié dans l’autre. Saint Grégoire rapporte dans son Dialogue *, qu’il y avait, dans l’église où le corps de saint Pierre repose, un saint homme d’une grande humilité, nommé Agontus : et il se trouvait, dans cette même église, une jeune fille paralytique qui y habitait; mais réduite à ramper sur

* Liv. III, c. XXIV et XXV.

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les mains, elle était obligée de se traîner, les reins et les pieds par terre: et depuis longtemps elle demandait la santé à saint Pierre; il lui apparut dans une vision et lui dit : « Va trouver Agontius, le custode, et il te guérira lui-même. » Cette jeune fille se mit donc à se traîner çà et là de tous côtés dans l’église, et à chercher qui était cet Agontius : mais celui-ci se trouva tout à coup au-devant d’elle : « Notre pasteur et nourricier, lui dit-elle, le bienheureux Pierre, apôtre,  m’a envoyé vers vous, pour que vous me délivriez de mon infirmité. » Il lui répondit : « Si tu as été envoyée par lui, lève-toi. » Et lui prenant la main, il la fit lever et elle fut guérie sans qu’il lui restât la moindre trace de sa maladie. Au même livre, saint Grégoire dit encore que Galla, jeune personne des plus nobles de Rome, fille du consul et patrice Symmaque, se trouva veuve après un an de mariage. Son âge, et sa fortune demandaient qu’elle convolât à de secondes noces ; mais elle préféra s’unir à Dieu par une alliance spirituelle, dont les commencements se passent dans la tristesse mais par laquelle on parvient an ciel, plutôt chie de se soumettre à des noces charnelles qui commencent toujours par la joie pour finir dans la tristesse. Or, comme elle était d’une constitution toute de feu, les médecins prétendirent que si elle n’avait plus de commerce avec un homme, cette ardeur intense lui ferait pousser de la barbe contre l’ordinaire de la nature. Ce qui arriva en effet peu de temps après. Mais Galla ne tint aucun compte de cette difformité extérieure, puisqu’elle aimait la beauté intérieure : et elle n’appréhenda point , malgré cette laideur, de n’être point (192) aimée de l’époux céleste. Elle quitta donc ses habits du monde, et se consacra dans le monastère élevé auprès de l’église de saint Pierre, où elle servit Dieu avec simplicité et passa de longues années dans l’exercice, de la prière et de l’aumône. Elle fut enfin attaquée d’un cancer au sein. Comme deux flambeaux étaient toujours allumés devant son lit, parce que, amie de la: lumière, elle avait en horreur les ténèbres spirituelles comme les corporelles, elle vit le bienheureux Pierre,. apôtre, au milieu de ces deux flambeaux, debout devant son lit. Son amour lui fit concevoir de l’audace et elle dit : « Qu’y a-t-il, mon maître ? Est-ce que mes péchés me sont remis? » Saint Pierre inclina la tête avec la plus grande bonté, et lui répondit : « Oui, ils sont remis, viens. » Et elle dit : « Que sueur Benoîte vienne avec moi, je vous en prie. » Et il dit : « Non, mais qu’une telle vienne avec toi. » Ce qu’elle fit connaître à l’abbesse qui mourut avec elle trois jours après. — Saint Grégoire raconte encore dans le même ouvrage, qu’un prêtre d’une grande sainteté réduit à l’extrémité, se mit à crier avec grande liesse : « Bien, mes seigneurs viennent ; bien, mes seigneurs viennent; comment avez-vous daigné venir vers un si chétif serviteur? Je viens; je viens, je vous remercie, je vous remercie. » Et comme ceux qui étaient là lui demandaient à qui il parlait de la sorte, il répondit avec admiration : « Est-ce que vous ne voyez pas que les saints apôtres Pierre et Paul sont venus ici ensemble ? » Et comme il répétait une seconde fois les paroles rapportées plus haut, sa sainte âme fut délivrée de son corps. — Il y a doute, chez quelques auteurs, (193) si ce fut le même jour que saint Pierre et saint Paul souffrirent. Quelques-uns ont avancé que ce fut le même jour, mais un an après. Or, saint Jérôme et presque tous les saints qui traitent cette question s’accordent à dire que ce fut le même jour et la même année, comme cela reste évident d’après la lettre de saint Denys, et le récit de saint Léon (d’autres disent saint Maxime), dans un sermon où il s’exprime comme il suit : « Ce n’est pas sans raison qu’en un même jour et dans le même lieu, ils reçurent leur sentence du même tyran. Ils souffrirent le même jour afin d’aller ensemble à J.-C. ; ce fut au même endroit, afin que Rome les possédât tous les deux; sous le même persécuteur, afin qu’une égale cruauté les atteignît ensemble.

Ce jour fut choisi pour célébrer leur mérite; le lieu pour qu’ils y fussent entourés de gloire ; le même persécuteur fait ressortir leur courage. » Bien  qu’ils aient souffert le même jour et à la même heure, ce ne fut pourtant pas au même endroit, mais dans des quartiers différents : et ce que dit saint Léon qu’ils souffrirent au même endroit, doit s’entendre qu’ils souffrirent tous les deux à Rome. C’est à ce sujet qu’un poète composa ces vers:

Ense coronatur Paulus, cruce Petrus, eodem

Sub duce, luce, loco, dux Nero, Roma locus *.

* Traduction de Jean Batallier:

Pol fut couronné d’une épée;

Pierre eut la croix renversée.

Néron fut duc, si comme l’on nomme

Le lieu fut la cité de Romme.

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Un autre dit encore :

Ense sacrat Paulum, par lux, dux, urbs, cruce Petrum* .

Quoiqu’ils aient souffert le même jour, cependant saint Grégoire ordonna qu’aujourd’hui on célébrerait, quant à l’office, la solennité de saint Pierre, et que le lendemain, on ferait la fête de la Commémoration de saint Paul ; en voici les motifs : en ce jour fut dédiée l’église de saint Pierre; il est plus grand en dignité; il est le premier qui fut converti; enfin il eut la primauté à Rome.

* Paul est sacré par le glaive, Pierre par la croix : à tous deux, la même gloire, le même bourreau, et Rome pour théâtre.

 
VITAL                 CHAIRE DE SAINT PIERRE, APOTRE

chaire

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Il y a trois sortes de chaires: savoir, la royale (II, Rois, XXIII) : « David s’assit dans la chaire, etc. ; la sacerdotale (I, Rois, 1) : « Héli était assis sur son siège, etc. » ; la magistrale (saint Matth., XXIII) : « Ils sont assis sur la chaire de Moïse, etc. » Or, saint Pierre s’assit sur la chaire royale, parce qu’il fut le premier de tous les rois : sur la sacerdotale, parce qu’il fut le pasteur de tous les clercs; sur la magistrale, parce qu’il fut le docteur de tous les chrétiens.

L’Eglise fait la fête de la chaire de saint Pierre parce que l’on rapporte que saint Pierre fut élevé à Antioche sur le siège cathédrale. On peut attribuer l’institution de cette solennité à quatre motifs. Le premier c’est que saint Pierre, prêchant à Antioche, Théophile, gouverneur de la ville, lui dit : « Pierre, pour quelle raison bouleverses-tu mon peuple ? » Or, comme Pierre lui prêchait la foi de J.-C., le gouverneur le fit enchaîner avec ordre de le laisser sans boire ni manger. Mais comme Pierre allait presque défaillir, il reprit un peu de force, et, levant les yeux au ciel, il dit : « Jésus-Christ, secours des malheureux, venez à mon aide; je vais succomber dans ces tribulations. » Le Seigneur lui répondit : « Pierre, tu crois que je t’abandonne ; tu fais injure à ma bonté, si tu ne crains pas de parler ainsi contre moi. Celui qui subviendra à ta misère est proche. » Or, saint Paul, apprenant que saint Pierre était en prison, vint trouver Théophile et s’annonça

 

* Le plus ancien martyrologe, connu sous le nom de Libère,

à lui comme un ouvrier très habile en toutes sortes de travaux et d’art ; il dit qu’il savait sculpter le bois et, les tables, peindre les tentes et que son industrie s’exerçait sur beaucoup d’autres objets encore. Alors Théophile le pria instamment de se fixer à sa cour. Quelques jours se passèrent, et Paul entra en cachette dans la prison de, saint Pierre. En le voyant presque mort et tout défait, il se mit à pleurer très amèrement, et pendant qu’il fondait en larmes et au milieu de ses embrassements il s’écria : « O Pierre, mon frère, ma gloire, ma joie, la moitié de mon âme, me voici, j’entre, reprenez des forces.» Alors Pierre, ouvrant les veux et le reconnaissant, se mit à pleurer, mais il ne put lui parler, et Paul, s’approchant, parvint à peine à lui ouvrir la bouche; et en lui faisant avaler quelque nourriture il le ranima un peu. La nourriture ayant rendu de la force à saint Pierre, celui-ci se jeta dans les bras de saint Paul, l’embrassa et ils pleurèrent beaucoup tous les deux. Paul étant sorti avec précaution vint dire à Théophile : « O bon Théophile, vous jouissez d’une grande gloire ; votre courtoisie est celle d’un ami honorable. Un petit mal déshonore grand bien rappelez-vous la manière dont vous avez traité un adorateur de Dieu, qui s’appelle Pierre; comme s’il avait grande importance. Il- est couvert de haillons, défiguré, il est consumé de maigreur, tout est vil chez lui : ses discours seuls le font valoir : et vous tenez pour bien séant de le mettre en prison? Si plutôt il jouissait de son ancienne liberté, il pourrait vous rendre de meilleurs services, car selon qu’on le dit de cet homme, il guérit les infirmes, il ressuscite (308) les morts. » Théophile lui dit : « Ce sont des fables. que tu me dis là, Paul; car s’il pouvait ressusciter des morts, il se délivrerait lui-même de sa prison. » Paul? répondit: « De même que son Christ est ressuscité d’entre les morts; d’après ce qu’on dit, lui quine voulut pas descendre de la croix, on dit encore qu’à son exemple, Pierre ne se délivre pas et ne craint nullement de souffrir pour le Christ. » Théophile répondit : « Alors dis-lui qu’il ressuscite mon fils qui est mort depuis quatorze ans déjà et je le rendrai libre et sauf: » Paule entra, donc dans la prison de saint Pierre et lui dit comment il avait promis la. résurrection du fils du prince. Pierre lui dit  : « C’est énorme, Paul, ce que tu as promis; mais avec la puissance de Dieu elle est très facile. » Or, Pierre ayant été tiré du cachot, fit ouvrir le tombeau, pria pour le mort qui ressuscita à l’instant * : (Il ne parait cependant pas vraisemblable. en tout point que, ou bien saint Paul aurait avancé qu’il savait travailler de toute sorte de métiers par lui-même, ou que la sentence de ce jeune homme aurait . été tenue-en suspens pendant quatorze ans.) Alors Théophile et le peuple entier d’Antioche et d’autres encore en grand nombre crurent au Seigneur et bâtirent une, grande église; au milieu de laquelle ils placèrent une chaire élevée pour saint Pierre afin qu’il plat être vus et écouté de tous. Il y siégea sept ans, puis il vint à Rome où il siégea vingt-cinq ans sur la chaire romaine. L’Eglise célèbre la mémoire de ce premier honneur, parce que, à dater de cette époque, les prélats

* Guillaume Durand, liv. VII, c. VIII.

de l’Eglise commencèrent à être; exaltés en puissance, en nom et en lieu. Alors fut accomplie cette parole du Psaume CVI : « Qu’on l’exalte dans l’assemblée du peuple. » Il faut observer qu’il y a trois églises où saint Pierre fut exalté : dans l’église militante, dans l’église méchante et dans l’église triomphante. De là trois fêtes que l’Eglise célèbre en son nom. Il a été exalté dans l’église militante, en la présidant, et en la dirigeant avec, honneur par son esprit, sa foi et ses mœurs. C’est l’objet de la fête de ce jour qui est appelée Chaire, parce qu’il reçut le pontificat de l’Eglise d’Antioche, et qu’il la gouverna glorieusement l’espace de sept ans. Secondement il fut exalté dans l’église des méchants, en la détruisant et en la convertissant à la foi. Et c’est l’objet de la seconde fête qui est celle de saint Pierre aux liens: Ce fut en effet en cette occasion qu’il détruisit l’église des méchants, et qu’il en convertit beaucoup à la foi. Troisièmement, il fut exalté dans l’Eglise triomphante, en entrant dans le ciel avec bonheur, et c’est l’objet de la troisième fête de saint Pierre qui est celle de son martyre, parce qu’alors il, entra en l’Eglise triomphante.

On peut remarquer qu’il y a plusieurs autres raisons pour lesquelles l’Eglise célèbre trois fêtes en l’honneur de saint Pierre; pour son privilège, pour sa charge, pour ses bienfaits, pour la dette dont nous lui sommes redevables et pour l’exemple. 1° Pour son privilège. Il en est trois que saint Pierre reçut à l’exclusion des autres apôtres, et c’est pour ces trois privilèges que l’église l’honore trois fois chaque année. Il fut le plus digne en autorité, parce qu’il a été le prince des apôtres (310) et qu’il a reçu les clefs du royaume des cieux : il fut plus fervent dans son amour; en effet il aima J.-C. d’un amour plus grand que les autres, comme cela est manifeste d’après différents passages de l’Évangile. Sa puissance fut plus efficace, car on lit dans les Actes des Apôtres que sous l’ombre de Pierre étaient, guéris les infirmes. 2° Pour sa charge, car il remplit lés fonctions de la prélature: sur l’Église universelle; et de même que Pierre fut le prince et le prélat de toute l’Église répandue dans les trois parties du monde, qui sont l’Asie, l’Afrique et l’Europe, de même l’Église célèbre sa fête trois fois par an. 3° Pour ses bienfaits, car. saint Pierre, qui a reçu le pouvoir de lier et d’absoudre, nous délivre de trois sortes de péchés, qui sont les péchés de pensée, de parole et d’action, ou bien des péchés que nous avons commis contre Dieu, contre: le prochain et contre nous-mêmes. Ou ce bienfait peut être le triple, bienfait que le pécheur obtient en l’Église: par la puissance des clefs : le premier, c’est la déclaration de l’absolution de la faute; le second, c’est la commutation de la peine éternelle en une peine temporelle; le troisième, c’est la rémission d’une partie de la peine temporelle. Et c’est pour ce triple bienfait. que saint Pierre doit être honoré par trois fois. 4° Pour la dette dont nous lui sommes redevables, car il nous soutient et nous a soutenus de trois manières, par sa. parole; par son exemple, et par des secours temporels, ou bien tsar le suffrage de ses prières ; c’est pour cela que nous sommes obligés à l’honorer par trois fois. 5° Pour l’exemple; afin, qu’aucun pécheur ne désespère, quand bien même il eût renié Dieu trois fois, (311) comme saint Pierre, si toutefois, il veut le confesser comme lui de coeur, de bouche et d’action.

Le second motif pour lequel cette fête a été instituée est pris de l’itinéraire de saint Clément. Lorsque saint Pierre, qui prêchait la parole de Dieu, était près d’Antioche, tous les habitants de cette ville allèrent nu-pieds au-devant de lui, revêtus de cilices, la tête couverte de cendres; en faisant pénitence de ce qu’ils avaient partagé les sentiments de Simon le magicien contre lui. Mais Pierre, envoyant leur repentir, rendit grâces à Dieu : alors ils lui présentèrent tous ceux qui étaient tourmentés par les souffrances, et les possédés dû démon. Pierre les ayant fait placer devant lui et ayant invoqué sur’ eux le nom du Seigneur, une immense lumière apparut en ce lieu, et tous furent, incontinent guéris. Alors ils accoururent embrasser les traces des pieds de saint Pierre. Dans l’intervalle de sept jours, plus de dix mille hommes reçurent le baptême, en sorte que Théophile, gouverneur de la ville, fit consacrer sa maison comme basilique, et y fit placer une chaire élevée afin que saint Pierre fût vu et entendu de tous. Et ceci ne détruit pas ce qui a été avancé plus haut.: Il peut en effet se faire que saint Pierre, par le moyen de saint Paul, ait été reçu magnifiquement par Théophile et par tout le peuple; mais . qu’après le départ de saint Pierre, Simon le magicien ait perverti le peuple, l’ait excité contré saint Pierre, et que, dans la suite, il ait fait pénitence et reçu une seconde fois l’apôtre avec de grands honneurs. Cette fête de la mise en chaire de saint Pierre est ordinairement appelée la fête du banquet de saint Pierre et (312) c’est le troisième motif de son institution. Maître Jean Beleth dit * que c’était une ancienne coutume des gentils; de faire chaque. année, au mois de février, à jour fixe, des offrandes de viandes sur les tombeaux de leurs parents : ces viandes étaient, consommées la nuit par les démons; mais les païens pensaient qu’elles étaient saccagées par les âmes errantes autour des tombeaux, auxquelles ils donnaient le nom d’ombres. Les anciens en effet avaient l’habitude de dire, ainsi que le rapporte le même auteur,  que dans les corps humains ce sont des âmes, dans les enfers ce sont des mânes : mais ils donnaient aux âmes le nom d’esprits quand elles montaient au ciel et celui d’ombres quand la sépulture était récente ou quand elles erraient autour des tombeaux. Or, cette coutume touchant ces banquets fut abolie difficilement chez les chrétiens : les saints Pères, frappés de cet abus et décidés à l’abolir, tout à fait, établirent la fête de l’intronisation de saint Pierre, aussi bien de celle  qui eut lieu à Rome que de celle qui se fit à Antioche; ils la placèrent à pareil, jour que se tenaient ces banquets, en sorte que quelques-uns lui donnent encore le nom de fête du banquet de saint Pierre **.

Le quatrième motif de l’institution de cette fête se tire de la révérence que l’on doit à la couronne cléricale : car d’après une tradition, c’est là l’origine de la tonsure. En effet quand saint Pierre prêcha à Antioche,

* Chapitre: LXXXIII.

** Saint Augustin, au livre VI de ses Confessions, parle de cet usage qui subsistait encore en 570, dans les Gaules, d’après un concile de Tours.

on lui rasa le haut de la tête, en haine du nom chrétien : et ce qui avait été pour saint Pierre un signe de mépris par rapport à J.-C. devint dans la suite une marque d’honneur pour tout le clergé. Mais il faut faire attention à trois particularités par rapport à la couronne des clercs : la tête rasée, les cheveux coupés à la tête, et le cercle qui la forme. La tête est rasée dans sa partie supérieure pour trois raisons. Saint Denys; dans sa Hiérarchie ecclésiastique, en assigne deux que voici : « Couper les cheveux, signifie une vie paré et sans forme : car trois choses résultent des cheveux coupés ou de la tête rasée, qui sont : conservation de propreté, changement de forme, et dénudation. Il y a conservation de propreté puisque les cheveux font amasser des ordures dans la tête ; changement de forme, puisque les cheveux sont pour l’ornement de da tête ; la tonsure signifie donc une vie pure et sans forme. Or, cela veut dire que les clercs doivent avoir la pureté de cœur  à l’intérieur, et une manière d’être sans forme, c’est-à-dire sans recherche, à l’extérieur. La dénudation indique qu’entre eux et Dieu, il ne doit se trouver rien, mais qu’ils doivent être unis immédiatement à Dieu et contempler la gloire du Seigneur sans avoir de voile qui leur couvre le visage. On coupe les cheveux de la tête pour donner à comprendre par là que les clercs doivent retrancher de leur esprit toutes pensées superflues, avoir toujours l’ouïe prête et disposée à la parole de Dieu, et se détacher absolument des choses temporelles, excepté dans ce qui est de nécessité. La tonsure a la figure d’un cercle pour bien des raisons : 1° parce que cette (314) figure n’a ni commencement ni fin; ce qui indique que les clercs sont les ministres d’un Dieu qui n’a aussi ni commencement ni fin; 2° parce que cette figure, qui n’a aucun angle, signifie qu’ils ne doivent point avoir d’ordures en leur vie; car, ainsi que dit saint Bernard, ou il y a angle, il y a ordures ; et ils doivent conserver la vérité dans, la doctrine; car, selon saint Jérôme, la vérité n’aime pas les angles; 3° parce que cette figure est la plus belle de toutes ; ce qui a porte Dieu. à faire les créatures célestes avec cette figure, pour signifier que les clercs doivent avoir la beauté de l’intérieur dans le cœur  et celle de l’extérieur dans la manière de vivre ; 4° parce que cette figure est de toutes la plus simple : d’après saint Augustin, aucune figure n’est obtenue avec une seule ligne, il n’y a que le cercle seulement qui n’en renferme qu’une; on voit par là que les clercs doivent posséder la simplicité des colombes, selon cette parole de l’Evangile : « Soyez simples comme des colombes. »

 La Légende dorée de Jacques de Vorogine,  nouvellement traduite en français avec introduction, notes et recherches sur les sources par l’Abbé J.-M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d’Amiens. Paris, Edouard Rouveyre éditeur, 1902.

© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais en la fête de la chaire de Saint Pierre 22 février 2004

EGLISE CATHOLIQUE, PAPAUTE, PIE V (pape ; saint ; 1504-1572), SAINTS

Saint Pie V

Pie V (1504-1572).

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Antonio Michele Ghislieri (17 janvier 1504 à Bosco Marengo dans le Piémont – 1er mai 1572 à Rome)) fut le 225e pape de l’Eglise catholique de 1566 à 1572, sous le nom de sous le nom de Pie V. Il est canonisé en 1712.

 

Jeunesse et débuts

Né dans une famille de paysans aisés, il entre chez les dominicains à l’âge de 14 ans et est ordonné prêtre en 1528. Il enseigne la philosophie et la théologie pendant 16 ans au sein de l’ordre, et devient maître des novices.

En 1546, il entre au Saint-Office. Son activité à Côme et Bergame attire l’attention du cardinal Carafa, futur Paul IV qui le nomme commissaire général de l’Inquisition à Rome en 1551. En 1556 Paul IV le nomme évêque de Sutri et inquisiteur de la foi à Milan et en Lombardie.

En 1557, il reçoit le chapeau de cardinal au titre de Santa Maria sopra Minerva créé à cette occasion par Paul IV et est fait grand inquisiteur en 1558 par le même pape.

En 1559 il est transféré au diocèse de Mondovi. Il y mène une intense activité pastorale. Il se bat contre le duc de Savoie pour maintenir les privilèges de l’Église et protège les Barnabites, de fondation récente (1553).

Au sein du Sacré Collège, il s’oppose vigoureusement mais en vain au successeur de Paul IV, mort en 1559, le pape Pie IV, qui entend y admettre le fils du grand-duc de Toscane, Ferdinand de Médicis, , âgé d’à peine 13 ans, ainsi qu’à l’empereur Maximilien II, , qui, influencé par les idées luthériennes, veut autoriser le mariage des prêtres. Il tombe en disgrâce.

Pendant le Concile de Trente, il reste fidèle au clan Carafa..

 

Pape

À la mort de Pie IV, il est élu pape le 7 janvier 1566   et couronné le 19. Le conclave n’a duré que 18 jours.

Le caractère ascétique du nouveau pape, qui apparaît sur ses portraits, contraste avec le tempérament jouisseur de ses prédécesseurs notamment Alexandre Vi, Jules II, Léon X et Pie IV.

Dès son élection, il s’emploie à réduire le luxe et la dissipation à la cour pontificale. Sa première cible est la collection de statues gréco-romaines du Belvédère, qu’il considère comme des idoles. Les statues sont cachées au public et les plus sensuelles transférées au Capitole.

Il décrète des peines qui « sanctionnaient la profanation du dimanche et des jours de fête, punissaient le concubinage ou le blasphème. Dès la première année de son pontificat, il posa la première pierre du Palais de l’Inquisition qui remplacerait celui que le peuple avait démoli au lendemain de la mort de Paul IV ».

En 1566, Pie V fait réviser le procès institué par son prédécesseur, le pape Pie IV, contre la famille de Paul IV, la famille Carafa, dont plusieurs membres avaient été exécutés, les autres exilés ou frappés d’interdit. La sentence, estimée injuste, fut cassée et les Carafa furent réintégrés dans leurs titres et honneurs. Enfin, Pie V créa cardinal Antonio Carafa, l’un des neveux bannis de Paul IV, en 1568.

Le 1er novembre 1567, Pie V publie la Bulle De salute Gregis dominici interdisant formellement et pour toujours les courses de taureaux, et décrétant la peine d’excommunication immédiate contre tout catholique qui les autorise et y participe, ordonnant également le refus d’une sépulture religieuse aux catholiques qui pourraient mourir des suites d’une participation à quelque spectacle taurin que ce soit. Face aux réticences de Philippe II d’Espagne, , son successeur le Pape Grégoire XIII reviendra sur cette décision dès 1575.

« Pour Nous donc, considérant que ces spectacles où taureaux et bêtes sauvages sont poursuivis dans l’arène ou sur la place publique sont contraires à la piété et à la charité chrétiennes, et désireux d’abolir ces sanglants et honteux spectacles dignes des démons et non des hommes et d’assurer avec l’aide divine, dans la mesure du possible, le salut des âmes : à tous et à chacun des princes chrétiens, revêtus de n’importe quelle dignité aussi bien ecclésiastique que profane, même impériale ou royale, quels que soient leurs titres ou quelles que soient la communauté ou république auxquelles ils appartiennent, Nous défendons et Nous interdisons, en vertu de la présente constitution à jamais valable, sous peine d’excommunication ou d’anathème encourus ipso facto, de permettre qu’aient lieu dans leurs provinces, cités, terres, châteaux forts et localités, des spectacles de ce genre où l’on donne la chasse à des taureaux et à d’autres bêtes sauvages. Nous interdisons également aux soldats et aux autres personnes de se mesurer, à pied ou à cheval, dans ce genre de spectacle, avec les taureaux et les bêtes sauvages. »

Extrait de De salute Gregis dominici, bulle de Pie V du 1er novembre 1567.

Il entreprend également de réformer la Curie romaine. Il modifie la daterie, chargée de la concession des bénéfices ecclésiastiques, et la Pénitencerie apostolique. En 1569, Il met fin à la controverse sur la primauté de construction des deux basiliques du Latran et du Vatican en accordant celle-ci à l’église du Latran.

Pour favoriser l’unité du monde catholique il étend à toute l’Eglise latine l’usage de la forme tridentine du rite romain (appelé ainsi car il fait suite au Concile de Trente) par la bulle Quo primum, en 1570. Par cette décision il ne crée pas un nouveau rite mais rend obligatoire la célébration des sacrements selon le rite en usage à Rome depuis fort longtemps.

Il crée également en 1571 la congrégation de l’Index, dont la mission est de veiller à l’orthodoxie et au niveau moral des publications. Enfin, il fait rédiger le Catéchisme romain issu du Concile de Trente, , un bréviaire et un missel latin, qui feront autorité jusqu’aux réformes liturgiques de Vatican II en 1965. Il réaffirme la primauté du pape face au pouvoir civil par la bulle In Cœna Domini.

Décidé d’en finir avec l’anglicanisme, il excommunie Elisabeth Ière en 1570 par la bulle Regnans in Excelsis. Il surveille de près la politique religieuse des princes européens catholiques, notamment Maximilien II du Saint-Empire, proche des protestants et disposé à leur faire des concessions. Il met en garde la reine de France, Catherine de Médicis, contre l’entourage huguenot de son fils Charles IX et soutient le duc d’Albe dans sa répression dans les Pays-Bas espagnols.

Il publie une Constitution contre les Juifs et les expulse de ses États, sauf de Rome, d’Ancône et du Comtat Venaissin, par la bulle Hebraeorum gens.

À l’extérieur, Pie V s’efforce d’unir la Chrétienté contre les Turcs. La première année de son règne, il proclame un jubilé pour implorer de Dieu la victoire. Dans cette même optique, il soutint les chevaliers de Malte et les chrétiens de Hongrie. Cette entreprise va lui sourire : la Sainte Ligue qu’il a formée avec l’Espagne et la République de Venise remporte le 7 octobre 1571 la victoire navale de Lepante. Si la victoire peut être imputée à la supériorité technique écrasante de la flotte de Don Juan d’Autriche sur celle des Turcs, le pape l’attribue également à la dévotion au rosaire : ainsi la tradition catholique attribue la victoire de Lépante à la Vierge Marie, d’autant que le pape Pie V avait appelé à un rosaire universel pour obtenir la victoire et qu’Il en eut surnaturellement connaissance avant que la nouvelle ne fut parvenue à Rome. L’anniversaire de la bataille fut inscrit sous le nom de Notre-Dame-du-Rosaire dans le calendrier liturgique romain ; par conséquent, il dédie le premier dimanche du mois d’octobre à la fête du rosaire, et ajoute « secours des chrétiens » à la litanie de Notre-Dame-de-Lorette. La victoire est fêtée dans les rues de Rome comme un triomphe antique.

Pie V meurt le 1er mai de la maladie de la pierre. Ses réformes ont engagé l’Église sur une voie nouvelle et opéré un redressement moral de l’institution ecclésiale.

Il sera béatifié par Clément X en 1672 et canonisé par Clément XI le 4 août 1712.

 

Bibliographie

Charles Hirschauer, La politique de St Pie V en France (1566-1572). Choix de pièces des archives vaticanes précédé d’une étude sur les relations de Rome et de la France à la veille de la saint Barthélémy. Paris, Fontemoing & Cie, 1922.

Nicole Lemaître, Saint Pie V, Fayard, Paris, 1994.

Philippe Verdin, Saint Pie V, le pape intempestif, Le Cerf, 2018, 218 p.

Robin Anderson, St Pius V, TAN Books and Publishers, Inc., 1973-1978.

Philippe Levillain. (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 2003 .

EGLISE CATHOLIQUE, FOUILLES DU VATICAN, NECROPOLE DU VATICAN, PAPAUTE, TOMBEAU DE SAINT PIERRE, VATICAN

La nécropole du Vatican et le tombeau de Saint Pierre

Nécropole du Vatican

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La nécropole du Vatican également connue sous le nom de Scavi, s’étend sous la Cité du Vatican, à une profondeur qui varie de 5 à 12 mètres, sous la basilique Saint-Pierre.

Elle a été un lieu de sépulture romaine abritant des tombes païennes et chrétiennes qui datent de la fin du Ier siècle av. J.-C. au IVè siècle ; elle n’est accessible que depuis les fouilles des années 1940.  Dans la nécropole du Vatican se trouve ce que l’on pense être la tombe de saint Pierre, l’apôtre.

La nécropole du Vatican ne doit pas être confondue avec les grottes du Vatican appelées également Nécropole papale. Celles-ci résultent de la construction de Saint-Pierre et se trouvent au niveau du sol de l’ancienne basilique constantinienne. La nécropole du Vatican, un ancien cimetière, était située sur la colline du Vatican, le long de la Voie triomphale.

Historique

Origine de la nécropole

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La nécropole du Vatican est, à l’origine, un lieu de sépulture, où se côtoient les tombes païennes et chrétiennes, à proximité d’un cirque romain (le Cirque de Caligula et de Néron ou Cirque du Vatican) sur la colline du Vatican, en dehors de la ville de Rome. Conformément à la loi romaine, il était interdit d’enterrer les morts dans les murs de la ville. Pour cette raison, plusieurs cimetières sont apparus le long des routes en dehors de Rome entre la Via Cornelia, qui cheminait au nord le long de la colline du Vatican et la Via Trionfale (« Voie Triomphale ») situé entre le Vatican et le centre de la cité (celle-ci passait par le mausolée d’Hadrien qui se trouve au château Saint-Ange).

Au milieu du cirque, construit par l’empereur Caligula, se trouvait un obélisque égyptien qui marquait le centre de la spina mur central partageant la piste). Une tradition immémoriale place le martyre de l’apôtre Pierre à quelques mètres du monument. Il s’agit de l’obélisque qu’on voit actuellement sur la place Saint-Pierre-de-Rome et qui fut déplacé d’environ 250 mètres par Domenico Fontana sur l’ordre du pape Sixte V  entre 1586 et 1587. L’emplacement d’origine (marqué d’ailleurs par une plaque sur le sol) se trouvait alors sur le côté sud de la basilique Saint-Pierre, juste avant l’actuel bureau d’excavation (Scavi) de la Fabrique de Saint Pierre. À moitié enseveli sous des ruines, il fallut 37 jours pour lui faire franchir la distance, 160 chevaux attelés à 40 cabestans, et 900 hommes marchant au son de la trompette et s’arrêtant à celui de la cloche.

 

Construction de la première basilique

La tradition veut que l’apôtre Pierre, en l’an 64 ou 67, sous l’empereur Néron a souffert le martyre puis il aurait été enterré dans la nécropole. Entre 326 et 333, l’empereur Constantin fait construire l’ancienne basilique connue comme l’antique basilique vaticane ou encore la basilique de Constantin. La construction nécessite la démolition du Circus Vaticanus ou Cirque de Caligula qui s’étendait sur la partie sud du chantier. Pendant ce temps, les cimetières étaient, en vertu d’une protection juridique spéciale, intouchables. La basilique de l’empereur Constantin I est située juste au-dessus de la tombe de l’apôtre Pierre. Pour obtenir une surface suffisamment grande pour la construction envisagée, l’empereur Constantin I ordonne de démanteler les parties du bâtiment du cimetière, tous les mausolées de la nécropole ainsi que des parties de la colline du Vatican. Avec les matériaux retirés de la colline du Vatican, le cimetière est comblé à l’exception de la tombe de saint Pierre, les chambres funéraires sont nivelées, pour être réduit à un plateau où est fondé l’édifice de la première basilique.

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Les fouilles

Cette nécropole est reconnue en 1543 lors de la construction d’un des bastions des fortifications de l’Etat du Vatican.

Les premières fouilles de la nécropole sont entreprises à la demande de Pie XI qui voulait être enterré dans un lieu des grottes vaticanes aussi proches que possible de la tombe de saint Pierre. Elles débutent sous le pontificat de Pie XII, entre 1940 et 1949. Le but de ces fouilles était aussi de trouver la tombe de saint Pierre sous la basilique. Comme les lieux étaient étroits, il est décidé d’abaisser le sol pour rendre la tâche plus facile. C’est ainsi que sont découverts les restes d’un premier sarcophage ; un examen plus approfondi, révèle qu’il s’agit en fait de la corniche d’un immeuble.

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La tombe de Saint-Pierre

Puis les fouilles font apparaître une double rangée de bâtiments funéraires, situés sur la pente de la colline du Vatican, placés côte à côte à partir de l’Ouest vers l’Est. Ils sont construits en maçonnerie de briques et l’intérieur est orné de stucs, de peintures et de mosaïques. D’autres fouilles révèlent une nécropole dont le noyau principal remonte au iie siècle, mais qui aurait été utilisée pendant une longue période entre le ier siècle et le début du ive siècle.

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Au centre du cimetière, autour duquel les enfouissements ultérieurs se sont faits, est découvert un mausolée aux murs rouges, portant en graffiti, des lettres grecques qui font penser que Pierre y aurait été enterré. Ce mémorial, sans corps, serait le trophée de Gaïus du nom d’un prêtre, Gaïus, qui affirmait que l’Église de Rome avait été fondée par les apôtres Pierre et Paul. Il aurait placé une tombe sur la colline du Vatican. Une cachette aménagée sur un mur perpendiculaire, contient les ossements d’un individu de sexe masculin âgé de soixante à soixante-dix ans, de robuste constitution. En 1950, Pie XII annonce triomphalement, sur Radio Vatican, « On a découvert le tombeau du prince des Apôtres ». Le pape Paul VI annonce, en 1968, après avoir pris connaissance des études scientifiques réalisées, qu’il doit s’agir, selon toute probabilité, des restes du corps de saint Pierre.

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La restauration

En 1998, les travaux de restauration sont entrepris dans la nécropole du Vatican, sous la responsabilité de la Fabrique de Saint-Pierre et la contribution de Enel. Le but du travail était de préserver les murs, stucs et les fresques mais aussi d’installer un système d’éclairage qui permettrait d’améliorer les bâtiments et en particulier le tombeau de Pierre. Un soin particulier a été placé dans l’éclairage qui présente la situation originale de la nécropole.

La restauration est précédée d’une enquête approfondie, consacrée à l’étude du micro-climat, l’identification des micro-organismes   présents, la détérioration bio et l’analyse de salinisation trouvés sur les murs et les fresques. Afin de protéger l’équilibre thermohygrométrique entre l’intérieur des structures et le milieu environnant, certains mausolées ont été fermés par des portes en verre. D’autres obstacles similaires, à ouverture automatique, sont placés à l’entrée des fouilles du cimetière et le long du chemin. Le flux d’air est filtré et humidifié, les pressions à l’intérieur ainsi que les conditions microclimatiques de l’excavation sont également améliorées par des trappes spéciales. Lors de la restauration, les meilleurs agents sont identifiés pour prévenir une agression microbienne (bactéries, champignons et algues) et chimique (sels, plus précisément, les sulfates, les nitrates et les chlorures). En outre, les fresques sont consolidées au plâtre et des pigments sont rajoutés à leur substrat.

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Bibliographie

(Vatican, la nécropole et le tombeau de Saint-Pierre éd. Collectif

Les Trésors du Vatican. (basilique de saint -pierre, galeries et musées pontificaux, trésor de saint-pierre, grottes vaticanes et nécropole, palais du Vatican) de CALVESI (M.)

Le Vatican, son histoire et ses trésors de Paul Poupard

Le Vatican de Paul Poupard (PUF, collection Que sais-je ?)

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EGLISE CATHOLIQUE, FERULE PAPALE, PAPAUTE

La férule papale

Férule papale

 

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La férule papale ou férule pontificale est un bâton liturgique (surmonté, ou non, d’une croix) utilisé par le pape. Elle se différencie de la crosse épiscopale des évêques.

 

Description

En 1965, Paul VI utilise pour la première fois une nouvelle férule créée par l’orfèvre Lello Scorzelli. Ce bâton liturgique a pour particularité de représenter un crucifix et non une simple croix comme les précédentes férules. Cette férule sera réutilisée par ses successeurs Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et Benoît XVI.

Le 16 mars 2008, lors des célébrations du dimanche des Rameaux sur la place Saint-Pierre, le pape Benoît porte la croix papale qui avait été précédemment utilisée par Pie IX (et occasionnellement par les papes pour les ouvertures des années saintes).

Cette croix est utilisée jusqu’au 28 novembre 2009, date à partir de laquelle le pape Benoît XVI utilise une nouvelle férule. La nouvelle croix est un cadeau de Pietro San Circolo (Le cercle de Saint Pierre, une organisation fondée auXIXè siècle qui soutient la papauté) : selon Monseigneur Guido Martini,   le maître des cérémonies du pape, « elle peut être considérée, dans son usage et son intention, comme étant le bâton personnel de Benoît XVI ».

Le pape François a continué à utiliser la férule de Benoît XVI au début de son pontificat. Le 7 avril 2013, à la messe de la prise de possession de la chaire d’évêque de Rome, François utilise de nouveau la férule de Paul VI avec le crucifix représenté dessus. L’usage de ces deux férules est alors alterné. Le pape François a également utilisé d’autres férules de façons plus occasionnelles. Lors de la messe du 8 juillet 2013 à Lampedusa, le pape en a utilisé une en bois, réalisée à partir du bois d’embarcations naufragées. Le 1er novembre 2013, le pape François a utilisé une toute nouvelle férule, œuvre du sculpteur-orfèvre romain Maurizio Lauri et réalisée en bois de kaoba, bronze et argent. Le 13 avril 2014 pour la messe des Rameaux, une autre férule en bois, sculptée pour l’occasion par les détenus de la prison de San Remo, est utilisée5. François en fait usage à plusieurs reprises, comme lors de son voyage en Terre sainte en mai 2014. Il l’utilisera encore lors d’un des plus longs et denses voyages de son pontificat, en se rendant successivement en Équateur, en Bolivie et au Paraguay .

Les légats peuvent aussi la recevoir temporairement puisqu’ils représentent le pape.

Le camerlingue de la Sainte Eglise romaine  étant chargé des biens temporels du Saint-Siège pendant la période sede vacante du pouvoir pontifical, il reçoit des mains du pape qui le nomme une férule d’or.

 

Symbolique

La croix papale est aussi un emblème officiel des fonctions papales. Variante de la croix patriarchale , elle a la forme d’une croix à trois branches ou croisillons d’inégale longueur qui vont en se réduisant vers le haut. Elle symbolise, comme les trois couronnes de la tiare, le triple pouvoir d’ordre, de juridiction et de magistère du pape. Elle figure dans la statuaire ou l’iconographie mais il s’agit en réalité non d’une férule mais d’une croix processionnelle que le pape ne prend en main que pour franchir la Porte Sainte

 

LA FÉRULE, CET OBJET LITURGIQUE QUI EN DIT BEAUCOUP SUR LE PAPE FRANÇOIS

En cinq ans, le Saint-Père a utilisé une vingtaine de férules, son « bâton liturgique », attribut de son pouvoir spirituel et temporel.

Une crosse en bois sculpté offerte par des jeunes Italiens a été utilisée par le pape François le 3 octobre 2018 pour la messe d’ouverture du synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel « . Quoi de plus normal, penserez-vous, pour l’évêque de Rome si tous les évêques ont la leur. C’est leur bâton pastoral, signe du rôle qu’ils exercent auprès du peuple chrétien. Sauf que pour le Pape, on parle de « férule papale » pour faire la distinction. Ce bâton liturgique est en effet un attribut de son pouvoir spirituel et temporel. Il fait partie des huit ornements spécifiques réservés aux successeurs de Pierre : la soutane blanche, la calotte blanche, l’anneau du pêcheur, la mosette…

Au tout début de son pontificat, François a continué d’utiliser la férule de Benoît XVI. Mais le 7 avril 2013, à sa première Eucharistie dans la basilique du Latran, il a utilisé la férule de Paul VI avec le crucifix représenté dessus, alternant ensuite les deux férules. Ce bâton liturgique est aujourd’hui porté uniquement pour les processions et les bénédictions des messes solennelles. Mais avant Paul VI, il s’agissait encore d’un simple « bâton pastoral surmonté d’une croix » dont les papes se servaient exceptionnellement pour ouvrir et refermer les portes saintes lors des jubilés. Puis son usage est tombé en désuétude. Et c’est Paul VI, à la faveur du Concile Vatican II, qui a repris la tradition en donnant à cette crosse un usage liturgique.

Une nouvelle férule en argent, avec cette particularité de représenter un crucifix et non une simple croix comme les précédentes, avec laquelle il a clôturé les assises, et qui sera reprise ensuite par ses successeurs. En juin 2015, petit accident… La férule s’est rompue pendant la visite de François à Sarajevo, dans la confusion juste avant la messe dans le stade olympique de la capitale bosnienne. Vite réparée avec du ruban adhésif, le souverain pontife est entré dans le stade avec elle, sûrement désolé mais nullement gêné de se montrer ainsi.

Après avoir utilisé la férule de Paul VI jusqu’en 2008, Benoît XVI lui a préféré une férule traditionnelle portant une croix sans crucifix, celle du Pape Pie IX adaptée au nouvel usage, avant de passer à sa propre férule qui, comme le veut la Tradition, lui a été offerte par Le Cercle Saint-Pierre. Sur le recto de la férule sont représentés, au centre, l’agneau pascal et sur les côtés de la croix, les symboles des quatre évangélistes Matthieu, Marc, Luc et Jean. Le motif du filet apparaissant sur les bras de la croix rappelle celui de Pierre, le pêcheur de Galilée. Sur le verso sont gravés : au centre, le monogramme du Christ, et aux quatre extrémités, les visages des Pères de l’Église d’Occident et d’Orient: Augustin et Ambroise, Athanase et Jean Chrysostome. 

Des férules « spéciales »
Le pape François a également utilisé d’autres férules – près d’une vingtaine – de façon plus occasionnelle. Par exemple, lors de la messe du 8 juillet 2013 à Lampedusa, réalisée à partir du bois d’embarcations des naufragées ; Le 13 avril 2014 pour la messe des Rameaux, une autre férule en bois, sculptée pour l’occasion par les détenus de la prison de San Remo, qu’il utilisera à plusieurs reprises, comme lors de son voyage en Terre sainte en mai 2014. Il l’utilisera encore lors d’un des plus longs et denses voyages de son pontificat, en se rendant successivement en Équateur, en Bolivie et au Paraguay, en juillet 2015. Autre férule de prédilection, celle fabriquée et offerte par les réfugiés de la minorité chrétienne de l’Etat du Kachin, durant sa visite apostolique en Birmanie, du 27 décembre au 2 novembre 2017.

LA FÉRULE QUI LUI RESSEMBLE LE PLUS

Depuis le 1 novembre 2013, le pape François a lui aussi sa férule personnelle. Intitulée « Crux glorios », celle-ci lui a été offerte par une délégation du « Groupe de recherche sur les métaux éthique », lors d’une audience privée le mois précédent. Une férule bien à son image, faite avec des matières premières « éthiques » (bois de kaoba, bronze et argent) provenant du Honduras, qui représente une synthèse de la Rédemption, de la mort et de la résurrection du Seigneur. C’est pourquoi l’image du Christ sur la croix sèche et tordue, se détache comme signe de la résurrection.

 

PAPAUTE, PIE X (1835-1914)

LE PAPE PIE X (1835-1914)

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Pie X (en latin Pius X, en italien Pio X), né Giuseppe Melchiorre Sarto à Riese en Vénétie (alors dans le royaume de Lombardie-Vénétie, maintenant Riese Pie X, dans la province de Trévise, en Italie) le 2 juin 1835, mort le 20 août 1914 à Rome, pape du 4 août 1903 à sa mort. Il a été béatifié le 3 juin 1951, puis canonisé le 29 mai 1954 : il est donc saint Pie X pour les catholiques.

Sa fête liturgique est alors fixée au 3 septembre, puis au 21 août, dans le nouveau calendrier.

 

Itinéraire pastoral

Né dans une famille de condition modeste — son père Giovanni Battista Sarto (1792-1852) est facteur rural et appariteur de Riese et sa mère Margherita Sanson (1813-1894), couturière —, il reçoit la tonsure en 1850 et entre au séminaire de Padoue[a 1] où ses supérieurs le chargent de diriger le chant des séminaristes[a 2]. En bénéficiant de son talent musical, il est nommé maître de chapelle et y organise une schola[a 3]. Il est ordonné prêtre en 1858.

Il devient vicaire de la paroisse de Tombolo[a 3] à laquelle il crée une petite école du chant grégorien de sorte que tous les fidèles puissent prendre part au chant de la messe.

La Vénétie devient italienne en 1866.

L’abbé Sarto est nommé archiprêtre de Salzano en 1867, ensuite chanoine de la cathédrale de Trévise en 1875. Parallèlement, il devient directeur spirituel du séminaire du diocèse.

En 1882, lors du congrès européen d’Arezzo pour la musique sacrée, en tant que chancelier de l’évêché et directeur spirituel du grand séminaire, il soutient les moines de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en faveur de la restauration du chant grégorien, alors que le pape Léon XIII défend toujours le chant néo-médicéen, issu de celui qui a été publié à Rome de 1614 à 1615.

En 1884, il est consacré évêque de Mantoue.

Il effectue deux visites pastorales et organise un synode diocésain, avant de devenir Patriarche de Venise en 1893 et de recevoir la barrette de cardinal-prêtre (pour la paroisse de San Bernardo alle Terme) lors d’un consistoire secret en juin 1893. Le gouvernement italien refuse d’abord son exequatur, sous prétexte que sa nomination a été le fait du gouvernement austro-hongrois. Sarto doit attendre 18 mois avant de recevoir son nouveau diocèse.

Il publie à Venise le 1er mai 1895, la Lettre pastorale sur le chant d’Église, en présentant des principes généraux pour l’organisation et la réalisation de la prière commune, chantée et liturgique

 

Élection

À la mort de Léon XIII, son successeur considéré le plus probable est son secrétaire d’État le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, qui totalise 29 voix lors du premier scrutin mais l’Autriche-Hongrie use de son droit d’exclusive à l’encontre dudit cardinal.

Le cardinal Sarto est élu le 4 août par 50 voix contre 10 à Rampolla, et prend le nom de Pie X, en souvenir des papes du XIXe siècle qui « [avaient] courageusement lutté contre les sectes et les erreurs pullulantes ». Il est intronisé le 9 août. Un de ses premiers actes est d’interdire l’exclusive, pratique qui avait empêché Rampolla d’être élu.

 Pontificat

 Le nouveau pape a pour particularité de n’avoir aucune expérience diplomatique, ni véritable formation universitaire. Il compense toutefois ces handicaps en s’entourant de gens compétents, comme le cardinal Rafael Merry del Val, âgé de 38 ans, polyglotte et directeur de l’Académie des nobles ecclésiastiques, dont Pie X fait son secrétaire d’État.

Pie X, issu d’un milieu populaire, tente de rester accessible et fait aménager un appartement particulier dans le palais des papes, pour préserver sa vie privée marquée par la personnalité de ses sœurs.

 Conservateur et réformateur

Le nouveau pape s’écarte de la conception conciliatrice de son prédécesseur, et affiche tout de suite une politique conservatrice. En matière administrative, il se montre pourtant réformateur : il confie à Mgr Gasparri une refonte du droit canonique, qui aboutit en 1917 à la promulgation d’un Code de droit canonique.

Il publie le Catéchisme de la Doctrine chrétienne (qui est appelé aujourd’hui Catéchisme de saint Pie X), ainsi que les Premiers éléments de la Doctrine chrétienne (ou Petit catéchisme de S. Pie X). Ce Catéchisme a fait l’objet d’un éloge pontifical public de Benoît XVI lors de l’Audience générale du 18 août 2010 

Sur le plan financier, il réunit les revenus du Denier de Saint-Pierre et ceux du patrimoine du Vatican puis fait acheter de nouveaux bâtiments. Il réforme l’organisation de la Curie romaine par la constitution Sapienti consilio du 29 juin 1908, supprimant des dicastères devenus inutiles et en concentrant les prérogatives des différents organes.

Avec le décret « Quam Singulari » du 8 août 1910, Pie X demande que les enfants fassent leur première communion dès l’âge de 7 ans, ce qui aboutit en pratique à une inversion de l’ordre traditionnel des sacrements, en plaçant la communion avant la confirmation[3]. Rite de passage important du début de l’adolescence, l’ancienne première communion qui se célébrait vers douze ans est alors maintenue en France en se transformant en cérémonie de profession de foi ou « communion solennelle ».

 Antimodernisme

Le modernisme est à l’époque une tendance théologique considérée par les courants intransigeants, dominant les autorités catholiques d’alors, comme déviante et menant à l’hérésie. S’appuyant sur une nouvelle lecture de la Bible, les modernistes acceptent l’idée d’une évolution dynamique de la doctrine de l’Église par opposition à un ensemble de dogmes fixes.

Dans la constitution apostolique Lamentabili sane exitu (1907), Pie X condamne formellement 65 propositions dites « modernistes », rappelées dans l’encyclique Pascendi. Celle-ci rejette notamment les thèses d’Alfred Loisy.

Le résumé de la position antimoderniste est donné dans le motu proprio Sacrorum antistitum de 1910, encore appelé serment antimoderniste que chaque prêtre est tenu de prononcer jusqu’à sa suppression en 1967 et en 1914 sont publiées 24 thèses soutenant le thomisme. Quarante ecclésiastiques refusent de prêter serment.

Parallèlement, Pie X encourage personnellement la constitution du réseau dit La Sapinière créé par Mgr Umberto Benigni et destiné à lutter contre les catholiques soupçonnés de modernisme, dans une organisation que l’historien Yves-Marie Hilaire décrit comme un système de « combisme ecclésiastique ».

 La « question française »

Il fait face à la loi française de séparation de l’Église et de l’État, votée par le parlement le 9 décembre 1905, et qui s’inscrit dans le prolongement de la politique anticléricale menée par le précédent gouvernement d’Émile Combes, qui a ordonné la dissolution des congrégations religieuses et l’expulsion des religieux réguliers : enseignants, personnel des hospices, etc. (pendant de longues années, les religieux congréganistes désireux d’enseigner devront porter la soutane du clergé séculier).

Pie X se montre moins conciliant et plus dogmatique que son prédécesseur, Léon XIII.

Bien que la majorité des évêques français conseille de se plier à la loi, Pie X interdit toute collaboration par l’encyclique Vehementer nos (11 février 1906), l’allocution consistoriale Gravissimum (21 février), et l’encyclique Gravissimo Officii Munere (10 août), que Mgr Louis Duchesne baptise malicieusement « Digitus in oculo » (« doigt dans l’œil »). Le pape affirme alors que la « loi […], en brisant violemment les liens séculaires par lesquels [la] nation [française] était unie au siège apostolique, crée à l’Église catholique, en France, une situation indigne d’elle et lamentable à jamais » .

Cette opposition du pape à la loi française a pour conséquence de compromettre la création des associations cultuelles, prévues par la loi, et de faire transférer les biens immobiliers de l’Église au profit de l’État. Ce n’est qu’en 1923 que la situation est débloquée par la création des associations diocésaines.

En 1911, le concordat portugais prend pareillement fin.

 

Dernières années

Dans l’encyclique Lacrimabili Statu du 7 juin 1912[6], Pie X s’élève contre le sort réservé aux Indiens d’Amérique du Sud et appelle les archevêques et évêques à agir en leur faveur, dénonçant les massacres, l’esclavage et les autres traitements indignes auxquels étaient soumises les populations indigènes, y compris par des catholiques, comme l’avait déjà dénoncé son prédécesseur Benoît XIV en 1741 mais sans grand effet.

Pie X est bouleversé lorsque éclate la Première Guerre mondiale, mais la question se pose de savoir s’il a tenté de la prévenir et si son entourage l’y encourageait. Même si, selon une anecdote encore acceptée par Y.-M. Hilaire mais mise en doute par plusieurs historiens, y compris des catholiques, le pape refuse sa bénédiction aux armées austro-hongroises, disant « Je ne bénis que la paix », Rafael Merry del Val, toujours secrétaire d’État, ne tente rien, dans le même temps, pour dissuader l’Autriche-Hongrie d’entrer en guerre contre la Serbie. En tout état de cause, l’influence papale reste faible face à la montée des nationalismes et l’attitude du Saint-Siège semble incohérente.

Pie X est affecté par une bronchite et, tourmenté par les hostilités qu’il semble avoir pressenties et qui enflamment l’Europe, meurt le 20 août 1914 (à 79 ans), causant une grande émotion chez les fidèles, auprès desquels il est populaire.

 La canonisation

 Après sa mort, la dévotion envers Pie X ne cesse pas. Sa cause est ouverte le 24 février 1923 et on érige à Saint-Pierre de Rome un monument en sa mémoire pour le vingtième anniversaire de son accession au pontificat. Devant l’afflux des pèlerins venus prier sur sa tombe dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, on fait sceller une croix de métal sur le sol de la basilique, afin que les pèlerins puissent s’agenouiller juste au-dessus de son tombeau. Des messes y sont dites jusqu’à l’avant-guerre.

Le 19 août 1939, Pie XII prononce un discours à sa mémoire et le 12 février 1943, en pleine guerre, « l’héroïcité de ses vertus » est proclamée. Peu après il est déclaré « serviteur de Dieu ».

C’est alors que la Sacrée Congrégation des Rites ouvre le procès de béatification examinant en particulier deux miracles. En premier lieu, celui intervenu auprès de Marie-Françoise Deperras, religieuse qui, d’après les Acta Apostolicae Sedis, était atteinte d’un cancer des os dont elle aurait été guérie en décembre 1928 et en second lieu celui d’une Sœur Benedetta de Maria, de Boves (Italie), qui aurait été guérie d’un cancer de l’abdomen en 1938

Ces deux miracles sont officiellement approuvés par Pie XII, le 11 février 1951 et aboutissent à la lettre de béatification de Pie X le 4 mars suivant. La cérémonie en elle-même a lieu le 3 juin 1951 en la basilique Saint-Pierre en présence de 23 cardinaux, de centaines d’archevêques et d’évêques et d’une foule de 100 000 pèlerins. Pie XII parle alors de Pie X comme du « pape de l’Eucharistie », en référence à l’accès de la communion aux jeunes enfants facilité par le nouveau bienheureux.

La fête de Saint Pie X est célébrée le 21 août dans le nouveau calendrier liturgique. Il est fêté le 3 septembre dans l’ancien calendrier. Dans les paroisses de la FSSPX, sa fête est une fête de 1ère classe.

Le 17 février 1952 son corps est transféré de la crypte à son emplacement actuel sous l’autel de la chapelle de la Présentation, à l’intérieur de la basilique, dans un sarcophage de bronze ajouré par un vitrage.

Le 29 mai 1954, deux miracles sont reconnus par l’Église catholique, en premier lieu celui qui aurait permis la guérison d’un avocat italien  d’un abcès pulmonaire, et l’autre celui qui aurait permis la guérison d’une religieuse affectée d’un virus du système nerveux. La messe de canonisation célébrée par Pie XII est suivie par une foule de 800 000 fidèles.

Pie X est le premier pape depuis le XVIe siècle à être canonisé, le dernier ayant été en 1712 Pie V qui avait régné de 1566 à 1572.

En plus d’être considéré comme le pape de l’Eucharistie, Pie X est celui qui a autorisé la communion eucharistique de façon quotidienne.

 Dans le domaine de la liturgie

Avec sa profonde connaissance du chant grégorien et de sa restauration, Pie X achève la plus importante centralisation de la liturgie de l’Église romaine depuis l’époque de Charlemagne], par la publication des livres en latin pour l’Église universelle, à la place des liturgies locales. Désormais, l’Église catholique va célébrer ses offices de la même manière, jusqu’au IIe concile du Vatican.

Aussitôt élu, Pie X expédie son Motu proprio « Inter pastoralis officii sollicitudes » le 22 novembre 1903, fête de Sainte Cécile, patronne de la musique. Dans ce motu proprio, il précise ses instructions concernant la musique sacrée de l’Église romaine.

Le 25 avril 1904, le pape annonçe la création d’une édition officielle du chant pour l’Église universelle, à la base du chant grégorien scientifiquement restauré. Pour la publication de cette Édition Vaticane, il crée une commission pontificale composée des musicologues de toute l’Europe, présidée par Dom Joseph Pothier, abbé bénédictin de Saint-Wandrille. Comme la commission à Rome ne peut pas accéder directement aux matériaux, un grand nombre de photographies des manuscrits anciens auprès de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Pie X doit renoncer à ce projet, mais demande à Dom Pothier de publier les livres de chant sans délai, d’après les éditions bénédictines de Solesmes.

La première publication est achevée en 1908, il s’agit de la nouvelle édition vaticane du gaduel :

L’antiphonaire, quant à lui, parait en 1912 :

Le pape Pie X est également le fondateur de l’Institut pontifical de musique sacrée à Rome, en 1910[18]. La fondation de cet établissement avait été proposée par Dom Angelo de Santi, le théologien et musicologue de Léon XIII et vieil ami de Pie X, qui est donc nommé le premier directeur de l’institut.

 Pie X dans la littérature

En 1913, Apollinaire, exprimant la lassitude de l’antiquité gréco-romaine et lui opposant le christianisme, qui « seul en Europe n’est pas antique », écrit dans son poème Zone un éloge paradoxal du pape qui avait condamné le modernisme :

« L’Européen le plus moderne c’est vous pape Pie X. »