FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, LIBERATION DE PARIS (25 août 1944), PARIS (France)

Libération de Paris (25 août 1944)

25 août 1944

La Libération de Paris

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Le vendredi 25 août 1944, à 15h 30, le général Philippe Leclerc de Hauteclocque (43 ans) reçoit à Paris, devant la gare Montparnasse, la capitulation des troupes d’occupation de la capitale.

Le document est signé par le général Dietrich von Choltitz, commandant du 84e corps d’armée. Il est aussi contresigné par le colonel Henri Rol-Tanguy, chef régional des FTP-FFI (Francs-tireurs et partisans des Forces Françaises de l’Intérieur).

Une heure plus tard, le général Charles de Gaulle lui-même arrive à la gare et se voit remettre par Leclerc l’acte de capitulation (il fait la moue en voyant la signature de Rol-Tanguy, représentant de la résistance intérieure, communiste de surcroît).

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On le voit ci-contre face aux généraux Philippe Leclerc, Alphonse Juin et Jacques Chaban-Delmas (de dos).

Peu après, cependant, il consent à tendre la main à la résistance intérieure et se rend à l’Hôtel de Ville où il est reçu par Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance. Comme celui-ci lui demande de proclamer le rétablissement de la République, de Gaulle rétorque qu’elle n’a jamais cessé d’exister.

Sur le perron, devant une foule enthousiaste et joyeuse, sous un beau soleil estival, il célèbre en des termes flamboyants la Libération de Paris : « Paris martyrisé ! mais Paris libéré !… ». Son discours improvisé est aussitôt retransmis à la radio.

« Paris libéré ! »

Le soir, de Gaulle s’installe au ministère de la Guerre en qualité de chef du gouvernement provisoire de la République française et le lendemain, 26 août 1944, le chef de la France libre descend en triomphe les Champs-Élysées, suivi de Leclerc et de ses fidèles de la première heure auxquels il a recommandé de se tenir derrière lui.

Dans une joyeuse pagaille, acclamé par deux millions de Parisiens, il arrive à la Concorde. Là éclatent des coups de feu sporadiques. Puis le général gagne Notre-Dame pour un Te Deum passionné.

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S’insurger ou attendre ?

La Libération de Paris a débuté le 10 août. Ce jour-là, les cheminots se mettent en grève. Ils sont suivis cinq jours plus tard par les policiers et les employés du métro, enfin par les postiers le 18 août. Dans le même temps, les troupes allemandes de la capitale commencent à plier bagage en prévision de l’arrivée prochaine des troupes alliées.

Celles-ci ont débarqué en Normandie deux mois plus tôt et progressent avec quelques difficultés vers l’est et l’Allemagne. Il est à noter que leurs chefs, les généraux américains Eisenhower et Bradley, n’envisagent pas un seul instant d’entrer à Paris. Ils ne veulent pas disperser leurs forces ni perdre du temps, encore moins prendre en charge 3 à 4 millions de Parisiens plus ou moins démunis. Ils préfèrent contourner l’agglomération et l’encercler.

Pour sa part, le général Pierre Koenig, chef d’état-major des Forces Françaises de l’Intérieur, souhaite qu’un soulèvement populaire précède l’arrivée des troupes alliées dans la capitale. Koenig ainsi que de Gaulle et le Comité national de la Résistance veulent de la sorte éviter une administration alliée, affirmer la souveraineté du peuple français et prouver que la résistance n’est pas un mythe.

Le soulèvement n’est pas sans risques.

Quelques jours plus tôt, le 1er août, les résistants de Varsovie ayant fait le même choix ont subi une répression d’une extrême violence. D’autre part, le risque existe d’un affrontement entre gaullistes et communistes. 

C’est à ces derniers, sous les ordres de Rol-Tanguy, que revient l’initiative du soulèvement proprement dit. Dès le 18 août, Paris se couvre d’affiches appelant la population à s’insurger.

Le 19 août, des combats sporadiques éclatent un peu partout. 3 000 policiers de Paris sont invités en secret à rejoindre la Préfecture de police de l’île de la Cité, au coeur de la capitale, en tenue civile et avec leur arme de service. Le drapeau tricolore est hissé au sommet de l’édifice au nez et à la barbe des Allemands. Mais les Alliés n’étant pas attendus dans la capitale avant le 1er septembre, les gaullistes jugent l’insurrection prématurée. Ils le font savoir à Rol-Tanguy par le biais d’une note transmise par l’intermédiaire de Jacques Chaban-Delmas (29 ans), délégué militaire national.

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Capitaine Rol-Tanguy

Au terme d’une violente discussion, les représentants du Comité national de la Résistance conviennent de négocier une trêve par l’intermédiaire du consul général de Suède, Raoul Nordling. Celui-ci a déjà obtenu du gouverneur militaire de Paris, von Choltitz, qu’il libère des prisonniers, dont 1482 juifs détenus dans le camp de Drancy, au nord de Paris.

Dans les faits, la trêve ne sera appliquée que de façon intermittente puis plus du tout. À l’aube du 20 août, un groupe de maquisards, sous les ordres du futur journaliste Roger Stéphane, occupent l’Hôtel de ville et arrêtent le président du conseil municipal, Pierre Taittinger, auquel on reproche ses compromissions avec l’occupant.

Le colonel Rol-Tanguy coordonne tant bien que mal les opérations à partir de son quartier général installé dans les catacombes de la place Denfert-Rochereau, en utilisant le réseau téléphonique du métro. Opposé à la trêve, il lance l’ordre de constituer partout des barricades. La population, aussitôt, se met avec frénésie à la tâche. On dépave les rues, on entasse des meubles et l’on coupe des arbres pour dresser un total de plus de 400 barricades comme au temps de la Commune ou des Journées de juin 1848.

Au nombre de plusieurs dizaines de milliers mais manquant d’armes lourdes et de munitions, les insurgés doivent faire face aux 16 000 soldats allemands, nerveux et lourdement armés, qui sillonnent la capitale à bord de 80 chars et d’autres véhicules blindés, le doigt sur la détente.

De la légende à la réalité

Dietrich Von Choltitz (48 ans), général de la vieille école, hésite sur la conduite à tenir. Il a prouvé en Russie, en rasant la ville de Sébastopol, qu’il était capable du pire.

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Maintenant, il est conscient que la défaite allemande est proche. Le consul Raoul Nordling lui signifie qu’il aura à répondre de ses actes devant les Alliés. Mais par ailleurs, sa femme et ses enfants sont à Nuremberg et répondent de sa loyauté au Führer. Lui-même a le souci de protéger la vie de ses hommes et de limiter les dégâts.

Comme il est habituel aux militaires en pareil cas, le général allemand fait miner les ponts de Paris en vue de ralentir les troupes alliées si elles venaient à pénétrer dans la ville. Ses artificiers commencent également à miner certains édifices (Palais-Bourbon et palais du Luxembourg).

On dit qu’il aurait reçu de Hitler, dès sa prise de fonctions le 7 août, l’ordre de détruire complètement Paris. L’ordre aurait été réitéré par un télégramme comminatoire du Führer mais le général l’aurait rejeté. Paris a-t-il vraiment été menacé de destruction ? Cette rumeur a été entretenue par le livre de Dominique Lapierre et Larry Collins, Paris brûle-t-il ? (1964) et le film à grand spectacle qui en a été tiré deux ans plus tard. Mais elle repose seulement sur les témoignages de von Choltitz lui-même et de quelques interlocuteurs soucieux comme lui de se donner belle figure.

Le 22 août, les événements se précipitent. Un chef FFI, le commandant Gallois, adjoint de Rol-Tanguy, traverse les lignes, rejoint le général Leclerc et lui fait part de la situation désespérée des insurgés parisiens.

Le même jour, de Gaulle et Koenig parviennent à convaincre le général Eisenhower d’intervenir. Ils obtiennent de celui-ci qu’il autorise le général Leclerc à faire un crochet vers la capitale. De Gaulle insiste auprès du généralissime américain pour que l’honneur de libérer la capitale revienne à un détachement français.

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Pêcheurs à la ligne

La presse parisienne est demeurée collaborationniste jusqu’au 19 août. Elle disparaît alors brusquement des kiosques et se voit remplacée par de nouveaux titres issus de la clandestinité. Parmi ceux-ci figure Combat, un journal dirigé par le jeune philosophe Albert Camus. L’un de ses collaborateurs est un autre philosophe, Jean-Paul Sartre. Il publie jour après jour sa chronique : « Un promeneur dans Paris insurgé »

Ainsi écrit-il : « L’insurrection n’est pas visible en tous lieux. Rue de la Gaîté, un accordéoniste aveugle joue la Traviata, assis sur un fauteuil pliant. Les gens se pressent dans un bistrot à demi ouvert et boivent un coup de vin. Sur les berges de la Seine, des hommes et des femmes se baignent ou se dorent au soleil en maillot de bain. »

Ultimes combats

À la tête des 15 000 hommes et femmes de sa 2e division blindée, sous uniforme et sous commandement américains, Leclerc se lance en avant. De Laval, il a 200 km à parcourir avant d’atteindre son but. Il contourne la banlieue ouest où le dispositif allemand est encore menaçant et contourne l’agglomération par le sud.

Le jeudi 24 août, en milieu de journée, il envoie un avion au-dessus de Paris. Celui-ci largue un message d’encouragement aux insurgés de la Préfecture de police, sur l’île de la Cité : « Tenez bon, nous arrivons ».

Après de rudes combats, ses hommes arrivent exténués à une cinquantaine de kilomètres de la capitale. À la Croix-de-Berny, pendant que les troupes prennent quelques heures de repos, Leclerc demande au capitaine Raymond Dronne de prendre les devants et d’entrer à Paris dès le soir.

Ce baroudeur commande la 9e compagnie du 1er Régiment de marche du Tchad, surnommée La Nueve du fait qu’elle comprend 120 vétérans espagnols de la guerre d’Espagne sur un total de 150 hommes ; il dispose aussi de trois chars (MontmirailChampaubertRomilly). Il avait inscrit sur une jeep sa profession de foi : « Mort aux cons » (« Vaste programme ! » aurait opiné le général de Gaulle en la voyant).

Dronne a donc l’honneur insigne d’être le premier Français libre à entrer dans la capitale par la porte d’Italie, le 25 août vers 20h30. À la tête de sa compagnie, il se rend derechef à l’Hôtel de Ville et se met en position de résister aux tirs des Allemands qui tiennent encore solidement la ville.

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Le reste de la 2e DB entre dans Paris le lendemain matin dès 9h, par les portes d’Italie, d’Orléans et d’Ivry. Les colonnes blindées doivent lutter partout contre les poches de résistance allemandes.

Le général Leclerc, qui est entré par la porte d’Orléans, gagne immédiatement la gare Montparnasse où il établit son quartier général.

Dans la rue de Rivoli, les 200 hommes qui défendent l’Hôtel Meurice, siège du commandement militaire allemand, se rendent vers 14h30 après une résistance de principe.

Von Choltitz lui-même se rend à un soldat de Leclerc, un ancien républicain espagnol, qui l’amène aussitôt au QG de la gare Montparnasse.

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Bilan affligeant

En quelques jours, la libération de Paris aura causé la mort de 76 soldats de la 2e division blindée ainsi que de 901 FFI et 3 200 Allemands. 12 800 soldats allemands ont été aussi faits prisonniers. Un bilan somme toute modéré si on le compare à l’effroyable répression du soulèvement de Varsovie.

Certains soldats allemands ont été lynchés par des « résistants de la 25e heure » cependant que des « coiffeurs de septembre » venus d’on ne sait où s’occuperont de tondre les femmes suspectées d’avoir couché avec l’occupant.

Parmi les drames les plus désolants, gardons en mémoire le souvenir de 35 garçons et filles qui avaient maladroitement confié à un agent double leur désir de combattre. Dans la nuit du 16 au 17 août, celui-ci les a livrés à la Gestapo (police allemande) qui les a fusillés près de la cascade du bois de Boulogne.

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https://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19440825&ID_dossier=125

CATHEDRALE DE PARIS, PARIS (France), THEOPHILE GAUTIER, VICTOR HUGO

Notre-Dame de Paris : en prose, en vers

Notre Dame de Paris  » Monde de poésie, en ce monde de prose »

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Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée.

Notre Dame de Paris (1831), Victor Hugo

I
(…)
Comme, pour son bonsoir, d’une plus riche teinte, 
Le jour qui fuit revêt la cathédrale sainte, 
Ébauchée à grands traits à l’horizon de feu ; 
Et les jumelles tours, ces cantiques de pierre, 
Semblent les deux grands bras que la ville en prière, 
Avant de s’endormir, élève vers son Dieu.
 (…)
III
Et cependant, si beau que soit, ô Notre-Dame, 
Paris ainsi vêtu de sa robe de flamme, 
Il ne l’est seulement que du haut de tes tours. 
Quand on est descendu tout se métamorphose, 
Tout s’affaisse et s’éteint, plus rien de grandiose, 
Plus rien, excepté toi, qu’on admire toujours.

Car les anges du ciel, du reflet de leurs ailes, 
Dorent de tes murs noirs les ombres solennelles, 
Et le Seigneur habite en toi. 
Monde de poésie, en ce monde de prose, 
A ta vue, on se sent battre au cœur quelque chose ; 
L’on est pieux et plein de foi !

Aux caresses du soir, dont l’or te damasquine, 
Quand tu brilles au fond de ta place mesquine, 
Comme sous un dais pourpre un immense ostensoir ; 
A regarder d’en bas ce sublime spectacle, 
On croit qu’entre tes tours, par un soudain miracle, 
Dans le triangle saint Dieu se va faire voir.
 (…)

Théophile Gautier

 

Quelques lignes pour rendre hommage à Notre Dame de Paris ; se souvenir de ce qu’elle a été et rêver – avec espérance – à ce qu’elle deviendra car :

Qu’est-ce qu’il y aurait à la fin si tout était au commencement ?  Notre Dame de Paris, Victor Hugo

PARIS (France), POEME, POEMES, TABLEAU DE PARIS A CINQ HEURES DU SOIR

Tableau de Paris à cinq heures du soir de Marc-Antoine Desaugiers

Marc-Antoine Desaugiers (1772-1827)

Tableau de Paris à cinq heures du soir
(1802)
1673
Notice.

DÉSAUGIERS, après avoir tracé la peinture de Paris à cinq heures du Matin, voulut faire un pendant à son tableau, et esquissa Paris à cinq heures du Soir. Je dis esquissa, car quel pinceau pourrait rendre complètement la physionomie de l’immense capitale, à cette heure où commencent tant de scènes dramatiques et bouffonnes, tant d’orgies et de mystères lugubres, tant de misères et de brillantes folies. Et comment circonscrire ce qui ferait le sujet d’un vaste poème, dans le cadre étroit d’une Chanson.

Si l’auteur voulait prendre le ton de la satire, il lui fallait lutter avec Boileau et avec Voltaire. Tout le monde sait par cœur cette philippique qui commence par ces vers :

Qui frappe l’air, bon Dieu, de ces lugubres cris ?
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris ?

Ce sont les embarras de la rue que Boileau a dépeints. Les scènes d’intérieur ont été retracées de la manière la plus piquante dans la pièce de Voltaire où il fait le tableau d’un salon de son époque :

Après dîner, l’insolente Glycère
Sort pour sortir, sans avoir rien à faire.
Le Chansonnier dans une revue rapide et générale aiguise un trait, moins acéré peut être, mais d’une philosophie plus gaie et olus rieuse ; car ce qui distingue Désaugiers des faiseurs de chansons qui remplissent leurs couplets de banalités, et qui amènent tant bien que mal un refrain vulgaire, c’est qu’il pense souvent en philosophe et écrit en poète.

Le gai Désaugiers, avec son extérieur joyeux, était un homme mélancolique. Épanoui dans la société, son ame était rêveuse dans la solitude. Bouffon en apparence, boute-en-train à table, il était au fond épicurien, dans l’acception que l’on doit donner à ce mot. Epicurien à la façon de Chaulieu et de Saint-Evremond.

Désaugiers avait fait d’excellentes études, il était nourri de plusieurs modèles, et quand il s’élevait, il était à leur hauteur, autant que le lui permettait le genre auquel il avait voué sa muse. Il chante son refrain Il faut rire, ou il faut boire, comme Horace disait : Nunc est bibendum.

La Chanson de l’Epicurien est le code philosophique d’un homme dont le cœur est sensible ; et plusieurs Romances, où Désaugiers a laissé tomber ses pensées mélancoliques, respirent une grace touchante. Tant il est vrai que malgré soi, l’homme se peint toujours dans un coin de ses écrits.

Marc-Antoine Désaugiers, né à Fréjus en 1772, reçut bien jeune encore les leçons du malheur. C’est à cette école que les ames se trempent fortement ; la sienne résista aux plus rudes épreuves. Il raconte lui-même dans la préface de son premier recueil de chansons, comment la gaité le soutint dans les circonstances les plus pénibles, au milieu des horreurs de l’insurrection de Saint-Domingue, au moment où, condamné par un conseil de guerre, et les yeux déjà couverts d’un bandeau, il allait recevoir le coup fatal, lorsque par miracle il fut soustrait à la mort. Il appelle gaité ce qui était le courage de la résignation.

Il revoit sa patrie, et le goût de la poésie et du théâtre qui est si rarement la route de la fortune, l’entraîne par ces jouissances qui ne sont connues que de ceux qui aiment les lettres pour elles-mêmes. Il s’essaye dans ces petits spectacles où l’on retirait de ses pièces un gain bien léger, à cette époque où les théâtres supérieurs offraient eux-mêmes aux auteurs d’assez faibles ressources. Il voyage avec quelques amis, et leur bourse légère étant épuisée, ils se font acteurs de circonstance. Leur talent ne répondant pas à leur bonne volonté, ils fuyent la scène ingrate qui ne les nourrissait pas, et laissent jusqu’à leurs vêtements pour gages.

Mais de retour à Paris, Désaugiers parvient enfin à faire connaître son esprit, et bientôt son talent et son caractère lui assurent une position.

Dès lors, il marche de succès en succès. Sa verve s’anime, il chante, il est partout reçu, accueilli, fêté. Ses jours s’écoulent dans la joie, on l’applaudi au théâtre, on l’applaudit dans les banquets, où ses Chansons, chantées par lui, avaient un double attrait, car il les chantait aussi bien qu’il les faisait.

Le Caveau moderne nomme son président, celui qui avait hérité de l’esprit de Collé, de la gaité de Vadé, et du sel de Panard. Le Théâtre du Vaudeville choisit pour directeur l’émule des Piis et des Barré.

Mais Désaugiers n’économisait ni ses forces ni son esprit, il abrégea sa carrière en la remplissant trop. Il n’avait que cinquante-cinq ans, lorsque sa santé robuste chancela sous les rudes assauts qu’il lui faisait soutenir. Un lit de douleurs fut le dernier asyle de sa gaité. L’esprit lutta en vain contre le corps épuisé. Il fit en riant son épitaphe, et ses amis la lurent en pleurant.

Le 9 août 1827, Désaugiers ne chantait plus.

 

DU MERSAN.

 

Texte.

 

 

En tous lieux la foule
Par torrents s’écoule ;
L’un court, l’autre roule ;
Le jour baisse et fuit,
Les affaires cessent ;
Les dîners se pressent,
Les tables se dressent ;
Il est bientôt nuit.

Là, je devine
Poularde fine,
Et bécassine,
Et dindon truffé ;
Plus loin je hume
Salé, légume,
Cuits dans l’écume
D’un bœuf réchauffé.

Le sec parasite
Flaire… et trotte vite
Partout où l’invite
L’odeur d’un repas ;
Le surnuméraire
Pour vingt sous va faire
Une maigre chère
Qu’il ne paiera pas.

Plus loin qu’entends-je ?
Quel bruit étrange
Et quel mélange
De tons et de voix !
Chants de tendresse,
Cris d’allégresse,
Chorus d’ivresse
Partent à la fois.

Les repas finissent ;
Les teints refleurissent ;
Les cafés s’emplissent ;
Et trop aviné,
Un lourd gastronome
De sa chûte assomme
Le corps d’un pauvre homme
Qui n’a pas dîné.

Le moka fume,
Le punch s’allume,
L’air se parfume ;
Et de crier tous :
« Garçons, ma glace !
– Ma demi-tasse !…
– Monsieur, de grâce,
L’Empire après vous. »

Les journaux se lisent ;
Les liqueurs s’épuisent,
Les jeux s’organisent ;
Et l’habitué,
Le nez sur sa canne,
Approuve ou chicane,
Défend ou condamne
Chaque coup joué.

La Tragédie,
La Comédie,
La Parodie,
Les escamoteurs ;
Tout, jusqu’au drame
Et mélodrame,
Attend, réclame
L’or des amateurs.

Les quinquets fourmillent ;
Les lustres scintillent ;
Les magasins brillent ;
Et l’air agaçant
La jeune marchande
Provoque, affriande
Et de l’œil commande
L’emplette au passans.

Des gens sans nombre
D’un lieu plus smbre
Vont chercher l’ombre
Chère à leurs desseins.
L’époux convole,
Le fripon vole,
Et l’amant  vole
A d’autres larcins.

                       
Jeannot, Claude, Blaise,
Nicolas, Nicaise,
Tous cinq de Falaise
Récemment sortis,
Elevant la face,
Et cloués sur place,
Devant un Paillasse
S’amusent gratis.

La jeune fille,
Quittant l’aiguille,
Rejoint son drille
Au bal du Lucquet ;
Et sa grand’mère
Chez la commère,
Va coudre et faire
Son cent de piquet.

Dix heures sonnées,
Des pièces données
Trois sont condamnées
Et se laissent choir.
Les spectateurs sortent,
Se poussent, se portent…
Heureux s’ils rapportent
Et montre et mouchoir !

« Saint-Jean, la Flèche,
Qu’on se dépêche…
Notre calêche !
– Mon cabriolet ! »
Et la livrée,
Quoiqu’enivrée,
Plus altérée
Sort du cabaret.

Les carrosses viennent,
S’ouvrent et reprennent
Leurs maîtres qu’ils mènent
En se succédant ;
Et d’une voix âcre,
Le cocher de fiacre
Peste, jure et sacre
En rétrogradant.                     
Quel tintamarre !
Quelle bagarre !
Aux cris de gare
Cent fois répétés,
Vite on traverse,
On se renverse,
On se disperse
De tous les côtés.

La sœur perd son frère,
La fille son père,
Le garçon sa mère
Qui perd son mari ;
Mais un galant passe,
S’avance avec grâce,
Et s’offre à la place
De l’époux chéri.

Plus loin des belles
Fort peu rebelles,
Par ribambelles
Errant à l’écart,
Ont doux visage,
Gentil corsage…
Mais je suis sage…
D’ailleurs il est tard.

Faute de pratique,
On ferme boutique,
Quel contraste unique
Bientôt m’est offert !
Ces places courues,
Ces bruyantes rues,
Muettes et nues,
Sont un noir désert.

Une figure
De triste augure
M’approche et jure
En me regardant…
Un long qui vive ?
De loin m’arrive,
Et je m’esquive
De peur d’accident.

Par longs intervalles,
Quelques lampes pâles,
Faibles, inégales,
M’éclairent encor…
Leur feu m’abandonne
L’ombre m’environne ;
Le vent seul résonne,
Silence !… tout dort.

 

http://www.miscellanees.com/d/paris02.htm

MARC-ANTOINE DESAUGIERS (1772-1827), PARIS (France), POEME, POEMES, TABLEAU DE PARIS A CINQ HEURES DU MATIN

Paris cinq heures du matin (Marc-Antoine Désaugiers)

Marc-Antoine Désaugiers (1772-1827)

Tableau de Paris à cinq heures du matin (1802)

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Que de tableaux on a faits de cette grande capitale de la France et de la civilisation ! sous combien d’aspects, en effet, on peut la peindre ! Mercier, ce bizarre écrivain, ou plutôt fabricateur d’écrits en tout genre, qui se donnait tant de peine pour singer l’originalité, fut le premier qui entreprit ce portrait en grand. Jusque-là, on s’était borné à en décrire les monuments et les édifices ; il voulut en retracer aussi les usages et les mœurs. Son Tableau de Paris ne manquait point, dans quelques parties, d’observation et de vérité ; mais un philosophisme frondeur et bavard, un manque presque total de vues saines et élevées, condamnaient cette œuvre à la médiocrité. Son style, sans correction et sans couleur, acheva de la vouer à l’oubli. Aussi n’en reste-t-il guère aujourd’hui dans nos souvenirs que cet arrêt porté sur elle par un ingénieux critique : « Livre pensé dans la rue et écrit sur la borne ! » 

Mercier, toutefois, se crut, d’après cette ébauche, promu en quelque sorte à l’emploi de peintre officiel et permanent de notre capitale. En 1796, il en recommençait le tableau sous le titre du Nouveau Paris ; mais cette fois ce fut pis encore. Outre ses divagations personnelles, il y entassa les doctrines et rêveries politiques de l’époque : ce qui en rendit la lecture dès lors très fastidieuse, et aujourd’hui à peu près impossible.

Au temps où il avait entrepris son premier travail, c’était tenter une espèce de voyage de découvertes dans cette cité-monde. Il en avait laissé beaucoup à faire à ses successeurs, et vingt années de révolutions les avaient multipliées pour eux. Aussi un assez grand nombre d’observateurs se lancèrent dans cette carrière, avec plus ou moins de succès. Salgues, Gallois, Saint-Victor, Dulaure, etc., y consacrèrent tour à tour leurs pinceaux. Ajoutons que, pour justifier un adage de nos jours : 

Tout s’entreprend par compagnie. 

La capitale a également fourni les sujets de deux ouvrages assez volumineux, éclos de l’association de divers écrivains, le Livre des Cent-Un, et le Nouveau Tableau de Paris.

Paris a aussi inspiré, comme on sait, des compositions moins graves ; ainsi le spirituel Ermite de la Chaussée-d’Antin en crayonna, sous l’Empire, avec une légèreté railleuse les mœurs et les ridicules, et Picard voulut en transporter sur le théâtre le panorama critique ; mais il fut moins heureux avec la Grande Ville qu’avec la Petite.

Depuis longtemps la Poésie avait aussi trouvé des couleurs sur sa palette pour retracer au moins quelques traits de la physionomie de cette vaste cité, et la verve satyrique de Boileau en avait les embarras, qui, de nos jours, auraient fourni un ample supplément à ses descriptions. Désaugiers ne voulut pas que la Chanson fût déshérité dans ce partage ; il saisit, pour faire poser Paris devant lui, l’instant où le portrait devait être et rester le plus vrai, cinq heures du matin, moment où n’ayant point encore fait sa toilette, Paris s’offrait à lui 

 

……. Dans le simple appareil
D’une cité qui vient d’échapper au sommeil.

 

Grâce à cet habile choix, ce tableau a conservé, après un demi-siècle, toute sa fraîcheur, tout son coloris. Son exécution finie l’a rendu il est vrai l’un des chefs-d’œuvre de son auteur. Là ne brille pas seulement sa vive et franche gaité ; observation fine, critique maligne, morale enjouée, tout s’y trouve réuni et disposé avec un art qui a tout le charme du naturel. 

Dans cette production, Désaugiers s’imposa en outre la tâche et mérita le prix de la difficulté vaincue par le choix de son rythme. Sur la contredanse du Ballet de la rosière, de Gardel aîné, il fit courir pour ainsi dire une foule de vers rapides, courts et légers, de rimes redoublées, qui constituent ce que l’on appelle chez nous le couplet de facture. C’est un mérite de plus, quand il n’a rien coûté au sens, au goût et à la vérité ; et, à tous ces titres, cette jolie miniature restera l’un des ornements de notre Musée lyrique.

OURRY, membre du Caveau moderne.

 

 

 

L’ombre s’évapore
Et déjà l’aurore
De ses rayons dore
Les toits alentours
Les lampes pâlissent,
Les maisons blanchissent
Les marchés s’emplissent :
On a vu le jour.

De la Villette
Dans sa charrette,
Suzon brouette
Ses fleurs sur le quai,
Et de Vincenne,
Gros-Pierre amène
Ses fruits que traîne
Un âne efflanqué.

Déjà l’épicière,
Déjà la fruitière,
Déjà l’écaillère
Sautent au bas du lit.
L’ouvrier travaille,
L’écrivain rimaille,
Le fainéant baille,
Et le savant lit.

J’entends Javotte,
Portant sa hotte,
Crier : Carotte,
Panais et chou-fleur !
Perçant et grêle,
Son cri se mêle
A la voix frêle
Du noir ramoneur.

 

L’huissier carillonne,
Attend, jure, sonne,
Ressonne, et la bonne,
Qui l’entend trop bien,
Maudissant le traître,
Du lit de son maître
Prompte à disparaître,
Regagne le sien.

Gentille, accorte
Devant ma porte
Perrette apporte
Son lait encor chaud ;
Et la portière,
Sous la gouttière,
Pend la volière
De Dame Margot.

Le joueur avide,
La mine livide,
et la bourse vide,
Rentre en fulminant ;
Et sur son passage,
L’ivrogne, plus sage,
Rêvant son breuvage,
Ronfle en fredonnant.

Tout, chez Hortense,
Est en cadence ;
On chante, on danse,
Joue, et cætera…
Et sur la pierre
Un pauvre hère,
La nuit entière,
Souffrit et pleura.

Le malade sonne,
Afin qu’on lui donne
La drogue qu’ordonne
Son vieux médecin ;
Tandis que sa belle,
Que l’amour appelle,
Au plaisir fidèle,
Feint d’aller au bain.

Quand vers Cythère,
La solitaire,
Avec mystère,
Dirige ses pas,
La diligence
Part pour Mayence,
Bordeaux, Florence,
Ou les Pays-Bas.

« Adieu donc, mon père,
Adieu donc, mon frère,
Adieu donc, ma mère,
– Adieu, mes petits. »
Les chevaux hennissent,
Les fouets retentissent,
Les vitres frémissent :
Les voilà partis.

 

Dans chaque rue,
Plus parcourue,
La foule accrue
Grossit tout à coup :
Grands, valetaille,
Vieillards, marmaille,
Bourgeois, canaille,
Abondent partout.

Ah ! quelle cohue !
Ma tête est perdue,
Moulue et fendue,
Où donc me cacher !
Jamais mon oreille
N’eut frayeur pareille…
Tout Paris s’éveille…
Allons nous coucher.

 

http://www.miscellanees.com/d/paris01.htm

PARIS (France), POEME, POEMES

Paris vue par les poètes

Paris célébrée par les poètes

 

Des poèmes qui rendent hommage à la capitale française. Chaque poète décrit Paris à sa manière en mettant en avant des attributs différents, de l’architecture à la joie de vivre des habitants en passant par les lieux cultes et des souvenirs personnels.

 

  

Enfants de la haute ville, Jacques Prévert

 

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Enfants de la haute ville
filles des bas quartiers
le dimanche vous promène
dans la rue de la Paix
Le quartier est désert
les magasins fermés
Mais sous le ciel gris souris
la ville est un peu verte
derrière les grilles des Tuileries
Et vous dansez sans le savoir
vous dansez en marchant
sur les trottoirs cirés
Et vous lancez la mode
sans même vous en douter
Un manteau de fou rire
sur vos robes imprimées
Et vos robes imprimées
sur le velours potelé
de vos corps amoureux
tout nouveaux tout dorés

Folles enfants de la haute ville
ravissantes filles des bas quartiers
modèles impossibles à copier
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colored girls
de la Goutte d’Or ou de Belleville
de Grenelle ou de Bagnolet.

 

  

La Seine a rencontré Paris, Jacques Prévert

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Qui est là
toujours là dans la ville
et qui pourtant sans cesse arrive
et qui pourtant sans cesse s’en va
C’est un fleuve répond un enfant
un devineur de devinettes.
Et puis l’œil brillant il ajoute
et le fleuve s’appelle la Seine
quand la ville s’appelle Paris
et la Seine c’est comme une personne
des fois elle court elle va très vite
elle presse le pas quand tombe le soir
des fois au printemps elle s’arrête et
vous regarde comme un miroir.
Et elle pleure si vous pleurez
ou sourit pour vous consoler
et toujours elle éclate de rire quand
arrive le soleil d’été…

 

  

La Tour Eiffel, Maurice Carême

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Mais oui, je suis une girafe,
M’a raconté la tour Eiffel,
Et si ma tête est dans le ciel,
C’est pour mieux brouter les nuages,
Car ils me rendent éternelle.
Mais j’ai quatre pieds bien assis
Dans une courbe de la Seine.
On ne s’ennuie pas à Paris :
Les femmes, comme des phalènes,
Les hommes, comme des fourmis,
Glissent sans fin entre mes jambes
Et les plus fous, les plus ingambes
Montent et descendent le long
De mon cou comme des frelons
La nuit, je lèche les étoiles.
Et si l’on m’aperçoit de loin,
C’est que très souvent, j’en avale
Une sans avoir l’air de rien.

 

 

Sous le pont Mirabeau, Guillaume Apollinaire

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Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

 

 

Chanson de la Seine, Jacques Prévert

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La Seine a de la chance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement, sans bruit…
Sans sortir de son lit
Et sans se faire de mousse,
Elle s’en va vers la mer
En passant par Paris.
La Seine a de la chance
Elle n’a pas de souci
Et quand elle se promène
Tout au long de ses quais
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse,
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s’en balance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s’en va vers le Havre
Et s’en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris

 

 

Paris blanc, Pierre Coran

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La neige et la nuit
Tombent sur Paris,
A pas de fourmi.

Et la ville au vent
Peint l’hiver en blanc,
A pas de géant.

La Seine sans bruit
Prend couleur d’encens
Et de tabac gris.

A l’hiver en blanc,
Le temps se suspend,
A pas de fourmi.

A pas de géant
Tombent sur Paris
La neige et la nuit.

 

  

Sur la ville de Paris, Isaac de Benserade

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Rien n’égale Paris ; on le blâme, on le louë ;
L’un y suit son plaisir, l’autre son interest ;
Mal ou bien, tout s’y fait, vaste grand comme il est
On y vole, on y tuë, on y pend, on y rouë.

On s’y montre, on s’y cache, on y plaide, on y jouë ;
On y rit, on y pleure, on y meurt, on y naist :
Dans sa diversité tout amuse, tout plaist,
Jusques à son tumulte et jusques à sa bouë.

Mais il a ses défauts, comme il a ses appas,
Fatal au courtisan, le roy n’y venant pas ;
Avecque sûreté nul ne s’y peut conduire :

Trop loin de son salut pour être au rang des saints,
Par les occasions de pécher et de nuire,
Et pour vivre longtemps trop prés des médecins.

 

  

Paris, Louis Aragon

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Où fait-il bon même au cœur de l’orage
Où fait-il clair même au cœur de la nuit
L’air est alcool et le malheur courage
Carreaux cassés l’espoir encore y luit
Et les chansons montent des murs détruits

Jamais éteint renaissant dans sa braise
Perpétuel brûlot de la patrie
Du Point-du-Jour jusqu’au Père Lachaise
Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris

Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre
Rien n’est si pur que son front d’insurgé
Rien n’est si fort ni le feu ni la foudre
Que mon Paris défiant les dangers
Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai

Rien ne m’a fait jamais battre le cœur
Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré
Paris Paris soi-même libéré

 

 

Le Spleen de Paris, Charles Baudelaire

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Le cœur content, je suis monté sur la montagne
D’où l’on peut contempler la ville en son ampleur,
Hôpital, lupanars, purgatoire, enfer, bagne,
Où toute énormité fleurit comme une fleur.
Tu sais bien, ô Satan, patron de ma détresse,
Que je n’allais pas là pour répandre un vain pleur ;
Mais comme un vieux paillard d’une vieille maîtresse,
Je voulais m’enivrer de l’énorme catin
Dont le charme infernal me rajeunit sans cesse.
Que tu dormes encor dans les draps du matin,
Lourde, obscure, enrhumée, ou que tu te pavanes
Dans les voiles du soir passementés d’or fin,
Je t’aime, ô capitale infâme ! Courtisanes
Et bandits, tels souvent vous offrez des plaisirs
Que ne comprennent pas les vulgaires profanes.

BASILIQUE SAINTE-GENEVIEVE, HISTOIRE DE FRANCE, PANTHEON, PARIS (France)

Le Panthéon

Le Panthéon à Paris

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Aux grands hommes la patrie reconnaissante

 

Église à l’origine, le monument parisien a été récupéré par la Révolution pour la célébration de ses gloires –masculines, cela va sans dire -. Cette vocation a été reprise par la République un siècle plus tard…

Le Panthéon, l’un des monuments les plus imposants de Paris, est sorti d’un long sommeil le 19 mai 1981, quand François Mitterand a inauguré son premier mandat présidentiel par un hommage solennel aux mânes de quelques hôtes de la nécropole nationale : Victor Schoelcher, Jean Jaurès et Jean Moulin.

Depuis lors, lui-même et ses successeurs se sont fait un devoir de renouer avec les inhumations en grande pompe. Pas moins de sept en ce qui concerne François Mitterrand, soit un dixième de l’effectif total : René Cassin (1987), Jean Monnet (1988), l’abbé Grégoire, Gaspard Monge et Condorcet (1989), Pierre et Marie Curie (1995). Deux avec Jacques Chirac : André Malraux (1996) et Alexandre Dumas (2002). Quatre avec François Hollande (2015)… La liste est provisoirement close avec Simone Veil et son mari le 1er juillet 2018 à l’initiative d’Emmanuel Macron. 

Ce rituel républicain avait été délaissé par les premiers présidents de la Ve République, quand la France regardait avec confiance vers l’avenir (de Gaulle s’était limité à célébrer Jean Moulin, en 1964). Son retour pourrait exprimer une quête d’identité nationale dans un pays perclus de doutes.

 

Voeu inabouti

Gravement malade à Metz en 1744, le roi Louis XV fait le voeu, en cas de guérison, de reconstruire l’église Sainte-Geneviève.

Située sur la «montagne» du même nom, au cœur  du Quartier Latin, cette église était l’héritière de la basilique des Saints-Apôtres érigée sur ordre du roi Clovis à l’endroit où mourut et fut ensevelie sa conseillère Geneviève, sainte patronne de Paris.

C’est seulement en 1755, onze ans après le vœu de Louis XV, que l’architecte Jacques Soufflot commence la construction de l’église en style néo-classique, avec une nef intérieure en marbre.

Construit dans une époque où ne souffle plus l’esprit religieux d’antan, le massif monument à coupole semble anticiper les lourds monuments de l’époque stalinienne. Il est tout juste achevé à la veille de la Révolution.

 

Un Panthéon à Paris comme à Rome

Quand meurt Mirabeau, l’un des inspirateurs de la Révolution, le 2 avril 1791, l’Assemblée nationale décide de l’inhumer dans l’édifice et de convertir celui-ci en nécropole nationale, à l’image de l’abbatiale de Westminster, à Londres. 

L’église prend le nom de Panthéon, d’après un mot grec qui désigne l’ensemble des dieux et que l’on retrouve dans le nom d’une splendide basilique romaine, construite sur le même plan circulaire, avec une audacieuse coupole sous laquelle repose le peintre Raphaël.

Premier hôte du Panthéon parisien, Mirabeau en est exclu en 1793, suite à des révélations sur sa trahison, et remplacé par Marat, lequel en sera à son tour exclu quand les révolutionnaires renieront la Terreur. Dès après Mirabeau, c’est à Voltaire d’entrer au Panthéon en 1791. Il y est rejoint en 1794 par son vieil ennemi, Rousseau.

Sous le Premier Empire, en 1806, l’église est rendue au culte mais sa crypte continue de recevoir les dépouilles des célébrités. Sous la Restauration, en 1821, la crypte des célébrités est fermée. Revirement sous Louis-Philippe Ier. Le «roi-bourgeois» enlève le monument au culte et le rétablit comme nécropole nationale. 

Le fronton du Panthéon est adorné par David d’Angers de l’inscription célèbre : «Aux grands hommes la patrie reconnaissante»  (dans le même temps, dans le souci de rassembler la Nation autour de son Histoire, le roi inaugure à Versailles un musée de l’Histoire de dédié «aux gloires de la France»)

Sous le Second Empire, l’inscription est effacée et le monument restitué au culte catholique. En 1871, nouveau retour de balancier : la IIIe République enlève les symboles du christianisme. En 1885, les républicains affirment le triomphe définitif du régime sur la monarchie et l’Église. Ils remettent une bonne fois pour toute la nécropole du Panthéon en service à l’occasion des funérailles de Victor Hugo

 

Des hôtes pour la plupart inconnu

Les hôtes les plus connus : Marcellin Berthelot (et sa femme), Lazare et Sadi Carnot, Félix Eboué, Léon Gambetta   (le coeur seulement !), Victor Hugo, Jean Jaurès, Paul Lagrange, Paul Langevin, Lannes, Paul Painlevé, Jean Perrin, Emile Zola…

Derniers arrivés : André Malraux, Pierre et Marie Curie,  Condorcet (tombeau vide), Monge, abbé Grégoire, Jean Monnet, René Cassin, Jean Moulin, Braille, Victor Schoelcher (et son père), Alexandre Dumas et les « Justes des Nations ».

Dumas a quitté Villers-Cotterêts, où il est né en 1802 et a été inhumé peu après sa mort, survenue à Dieppe en 1870, pour rejoindre, le 30 novembre 2002, dans une atmosphère de joyeux carnaval, le caveau où reposent son ami Victor Hugo et un autre grand romancier populaire, Émile Zola.

Son entrée au Panthéon est une forme de revanche posthume pour son père, général de la Révolution tombé en disgrâce du fait des préjugés raciaux de Napoléon 1er.

L’auteur des Trois Mousquetaires (1844) n’est jamais que le sixième écrivain accueilli au Panthéon ès-qualité, après Voltaire, Rousseau, Hugo, Zola et Malraux. Sur un total de 71 hôtes (2013) dont une majorité d’illustres inconnus, c’est peu pour un pays qui se targue de posséder l’une des plus riches littératures du monde.

À quand le tour d’Honoré de Balzac, George Sand, Jules Michelet, Alexis de Tocqueville, Charles Baudelaire, Marcel Proust, Marc Bloch, Raymond Aron, Albert Camus…?

 

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