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Lourdes :le film

Lourdes – la critique du film

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En nous faisant partager la vie de tous ceux qui font vivre cette ville à la réputation kitsch, Thierry Demaizière et Alban Teurlai rendent attrayant ce lieu de processions, de messes et de maladies, mais aussi d’espoir et de fraternité. Un vrai miracle !

 Réalisateurs : Thierry Demaizière – Alban Teurlai

 Genre : Documentaire

 Nationalité : Français

 Distributeur : Mars Films

 Date de sortie : 8 mai 2019

 Durée : 1h31mn

 Festival : Festival 2 Valenciennes 2019

 

Résumé : Le rocher de la grotte de Lourdes est caressé par des dizaines de millions de personnes qui y ont laissé l’empreinte de leurs rêves, leurs attentes, leurs espoirs et leurs peines. A Lourdes convergent toutes les fragilités, toutes les pauvretés. Le sanctuaire est un refuge pour les pèlerins qui se mettent à nu, au propre – dans les piscines où ils se plongent dévêtus – comme au figuré – dans ce rapport direct, presque charnel à la Vierge.

Notre avis : L’évocation de Lourdes, cette ancienne résidence des Ducs de Bigorre devenue un immense pôle d’attraction spirituel depuis 1858, date à laquelle Bernadette Soubirous assiste à plusieurs apparitions de la Vierge, suscite souvent quelques a priori que Thierry Demaizière et Alban Teurlai surpassent avec élégance.

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Si quelques fictions (on se souvient de Lourdes, le long métrage subtilement cruel de Jessica Hausner porté par une Sylvie Testud divine) et de nombreux reportages télévisés ont été consacrés aux sanctuaires ou à l’aspect marchand des rues, aucun documentaire ne s’est encore jamais intéressé aux pèlerins et à leurs accompagnateurs. Troublé par le témoignage d’une amie hospitalière, le journaliste Thierry Demaizière, qui s’est fait connaître grâce aux portraits qu’il a longtemps réalisés dans le cadre de l’émission de TF1 Sept sur sept, avant de s’associer avec Alban Teurlai pour tracer ceux de nombreux comédiens ou couturiers célèbres, pose un regard sensible sur ce creuset d’humanité qui, bien au-delà de la foi, nous interroge sur notre rapport à la souffrance et à la mort. Pourtant, aucune tristesse ne se dégage de l’énumération de ces parcours fracassés. Elle est, au contraire, avantageusement remplacée par une solidarité évidente, d’autant plus frappante qu’elle est ailleurs devenue si rare. Du départ en convoi, où tout est minutieusement organisé pour un confort maximum, à l’accueil fait par des bénévoles (souvent des jeunes qui sacrifient leur temps libre, non pas pour s’acheter une bonne conscience, mais pour recevoir autant qu’ils donnent), au dévouement sans faille, jusqu’à ces scènes merveilleusement filmées, au cours desquelles les pèlerins s’immergent dans les piscines, le respect et l’entraide dominent.

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Issus de tous les coins de France et de toutes les catégories sociales, les malades sont unis par le même besoin viscéral d’espérer. Cette détermination absolue touche droit au cœur. Du militaire en uniforme, vibrant d’une volonté inflexible à adoucir les derniers jours de son tout jeune fils, au chef d’entreprise atteint de la maladie de Charcot, doté d’une force de caractère si puissante, qu’il aborde sereinement l’idée de sa mort toute proche, en passant par le travesti qui n’aspire qu’à une fin de vie paisible ou par Jean-Louis qui, après une tentative de suicide, a perdu l’usage de la parole et de la mobilité, mais pas le sens de l’humour, les histoires s’enchaînent, tantôt drôles, parfois incongrues, toujours émouvantes. 

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Une mise en scène délicate atténue la lourdeur des tragédies relatées et réussit même à occulter ces invalidités, dérangeantes pour nos yeux accoutumés à la dictature de l’apparence, et parvient à nous époustoufler, à partir d’une atmosphère qui suscite admiration et émotion. La caméra accorde la même attention aux intervenants et nous livre sans détour leurs réactions, leurs doutes et leurs craintes, leur maladresse, mais souligne aussi ce lien indéfectible d’amitié tissé entre malades et bénévoles, sans que jamais ne pointe la moindre once de pitié ou de servilité. Si Thierry Demaizières et Alban Teurlai font le choix de privilégier la condition humaine plutôt que la dimension spirituelle, la religion s’invite pourtant de manière décomplexée, par l’intermédiaire d’un jeune curé chaleureux et décontracté, dont le franc-parler savoureux fait allégrement voler en éclats les clichés d’une religion chrétienne compassée. On lui doit assurément les plus fervents instants de gaieté.
En accrochant tous ces morceaux de vie tragi-comiques les uns aux autres, Lourdes ne se contente pas de donner la parole à ceux que la société préfère habituellement cacher, mais en profite pour clamer haut et fort que face à l’adversité, l’union fait la force, et se transforme ainsi en un hymne au pouvoir de réconfort du vivre-ensemble.

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Claudine Levanneur

https://www.avoir-alire.com/lourdes-la-critique-du-film

LOURDES, PELERINAGE A LOURDES, PRIERES

Retour de pèlerinage à Lourdes

RETOUR

Neuvaine à Notre-Dame du retour, pour prolonger sa prière, après un pèlerinage à Lourdes.

 

Neuvaine à Notre Dame du Bon Retour

Dans les jours qui suivent un pèlerinage à Lourdes, il peut être bon de revenir sur les aspects principaux du message en se posant, à chaque fois, cette question : «Comment vais-je en vivre, maintenant ?»

 

L’ordre des neuf jours n’a aucune importance.

 

La prière

Marie,  toi qui conservais avec soin toutes choses et les méditais dans ton cœur , garde-moi de l’oubli.  Toi qui as vécu dans la discrétion de Nazareth, donne-moi d’aimer ma vie de tous les jours.  Toi qui as veillé sur la croissance de Jésus, fais grandir en moi ce que j’ai vécu dans ce pèlerinage.  Je te prie aussi pour tous ceux que j’ai rencontrés à Lourdes, en particulier les personnes atteintes dans leur santé.  Toi qui as demandé de construire une chapelle, je te prie pour la communauté dont je suis membre.  Et continue de veiller sur moi, toi l’Immaculée Conception, Mère de miséricorde. Amen

 

JOUR 1 « Il était facile de prier»

A Lourdes, quels ont été les lieux et les moments qui ont favorisé votre prière ? Le plus souvent, c’est à la Grotte, dans le silence, que les pèlerins ont préféré prier. «Oui, justement, à Lourdes, il y avait la Grotte !» Un crucifix, une reproduction d’icône, une statue de la Vierge, une bible sont aussi des signes du sacré. Et toutes les églises ne sont pas fermées…

Réflexion : Quelle est ma vie de prière ? Comment aller plus loin ?

Méditer l’annonce du Royaume : « Je vous salue Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et celui qui nous a donné le « Notre Père », Jésus, votre Enfant, est béni, Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen»

 

JOUR 2 «A Lourdes, je me suis confessé»

A Lourdes, qu’est-ce qui vous a aidé à faire cette démarche ? Ces circonstances ne se reproduiront pas. Mais si vous avez éprouvé le bienfait du sacrement, réfléchissez dès maintenant aux occasions de le recevoir dans l’année qui vient.

Réflexion : Utilisez-vous les possibilités données par votre paroisse ? Dans la plupart des grandes villes, l’une ou l’autre église a reçu mission de proposer en permanence la possibilité de se confesser : renseignez-vous ! N’oubliez pas, non plus, la demande du « Notre Père » («pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi…»), le «Je confesse à Dieu», les prières pénitentielles de la Messe. Evitons de les dire mécaniquement.

Méditer la mort du Christ sur la croix :  » … et celui qui nous a délivrés du péché, Jésus, votre Enfant, est béni… »

 

JOUR 3 «J’ai été frappé par le témoignage des malades et des hospitaliers»

Autrefois, la présence des malades à Lourdes était très spectaculaire. Elle l’est moins de nos jours, grâce à l’évolution de la médecine. Peu importe : la question de la souffrance et des limites humaines est bien posée à Lourdes. Ce qui frappe, à Lourdes, c’est aussi la connivence entre les malades et les hospitaliers. Ceux-ci aiment à dire qu’ils reçoivent plus qu’ils ne donnent. La maladie ne doit pas nous enlever le goût de vivre mais elle nous fait considérer toutes choses comme provisoires. La santé n’est pas la plénitude du bonheur.

Réflexion : Dans notre entourage, les personnes atteintes dans leur santé ne manquent pas. Y faisons-nous attention ? Avons-nous peur ? Leur consacrons- nous du temps gratuitement ?  Malade ou handicapé, comment surmonter les tentations contre la foi («Dieu m’a abandonné»), l’espérance («Je vais vers la mort »), la charité («Je me replie sur moi-même») ?

Méditer la Visitation :  » … et celui qui a guéri les malades, Jésus, votre Enfant, est béni… » 

 

JOUR 4 «Un des moments forts a été le passage au cachot»

Le cachot… Dans ces quelques mètres carrés, obscurs et humides, vivaient les parents de Bernadette et leurs quatre enfants. A ce spectacle, nous sommes émus. Nous admirons la prédilection de Dieu pour les petits et les humbles. Mais nous risquons de considérer l’histoire de Bernadette comme un conte de fées : la petite fille pauvre, malade et analphabète qui, depuis 150 ans, a fait venir un demi-milliard de pèlerins!

Réflexion  : Si nous avions habité Lourdes en 1858, comment aurions-nous considéré les Soubirous ? Aurions-nous fait attention à eux ? Aurions-nous ajouté foi aux rumeurs qui circulaient sur eux ? Qu’aurions-nous fait pour les aider ? Evidemment, nous ne sommes plus en 1858. Mais les Soubirous ne manquent pas : qui sont-ils pour nous?

Méditer la flagellation de Jésus :  » … et celui qui a été flagellé, Jésus, votre Enfant, est béni… »

 

JOUR 5 «Trouver ma place dans l’Eglise»

La Dame avait chargé Bernadette d’un message : aller dire aux prêtres qu’on vienne en procession et qu’on bâtisse une chapelle. La procession rappelle que l’Eglise est en marche, au long de l’Histoire, vers le Royaume. La chapelle est le lieu du rassemblement, surtout pour l’Eucharistie.  A Lourdes, vous avez participé à la procession, symbole de l’Eglise en marche. Vous avez formé une communauté internationale de prière, notamment aux Messes du mercredi et du dimanche. «Mais la vie chez moi, dans ma paroisse, n’est pas facile. Je ne suis pas à l’aise». La paroisse de Lourdes en 1858 n’était certainement pas parfaite. Mais c’est à la paroisse que Bernadette était devenue chrétienne par le baptême et c’est à la paroisse que la Vierge l’envoie porter son message.

Réflexion : Que demandez-vous à l’Eglise et qu’êtes-vous prêt à faire pour qu’elle réponde mieux à sa mission ?

Méditer la Pentecôte :  » … et celui qui vit dans son Eglise, Jésus, votre Enfant, est béni… « 

 

JOUR 6 «Bernadette, quel courage !»

Bernadette a trouvé sur son chemin ses parents, le commissaire de police, les religieuses chez qui elle allait à l’école, le juge, le procureur, le maire, le clergé : tous s’opposent à elle pour des motifs divers, et parfois compréhensibles. Bernadette tient bon. Comment ne pas évoquer la parole de Pierre et de Jean, la première fois qu’ils comparurent devant le sanhédrin : «Nous ne pouvons pas ne pas publier ce que nous avons vu et entendu» ? On prête à Bernadette la formule : «Je ne suis pas chargée de vous le faire croire. Je suis chargée de vous le dire».

Réflexion : Dans quelles occasions ai-je à rendre témoignage ? Que Bernadette me donne son courage tranquille !

Méditer Jésus devant Pilate :  » … et celui qui a comparu devant Pilate, Jésus, votre Enfant, est béni… »

 JOUR 7 «Lourdes, la ville fraternelle»

Depuis le début, le pèlerinage a mélangé les groupes sociaux : non seulement les classes, mais aussi les malades et les bien-portants, les ruraux et les urbains, les jeunes et leurs parents ou grands parents. A Lourdes, bien des échanges se passent dans la discrétion, voire le silence : ce sont des regards, des sourires, les gestes simples de l’entraide. Comme ils sont beaux, les visages éclairés, le soir, par les cierges de la procession : chacun éclaire plutôt son voisin que lui-même.

Réflexion : Comment la vie fraternelle est-elle possible dans un monde qu’on dit de plus en plus individualiste ? Par l’attention à l’autre et un a priori favorable envers lui ? En laissant à l’autre la liberté d’exister ? En pardonnant ? En me faisant pardonner ?

Méditer le couronnement de Marie, reine de la Paix : « … et celui qui a fait de vous la reine de la paix, Jésus, votre Enfant, est béni…»

 

JOUR 8 «Je suis le Pain de vie»

Au centre de la Grotte, l’autel. Au milieu de l’après-midi, la procession eucharistique. Lourdes a bien mérité son nom de «trône eucharistique». Bernadette a fait sa première communion le 3 juin 1858. A partir de cette date, l’Eucharistie fut la vraie nourriture de sa vie spirituelle. Dans le service des malades et dans sa propre souffrance, elle s’unissait à l’offrande du Christ. Car la vie eucharistique ne se limite pas à la célébration.

Réflexion : Quelles sont les conditions pour que l’Eucharistie soit notre nourriture ? Est-ce une question d’organisation ? de préparation personnelle ? de motivation ? L’adoration du Saint-Sacrement, en dehors de la messe ou la prière devant le tabernacle, sont une aide pour vivre plus intensément de l’Eucharistie : en profitons-nous ?

Méditer l’institution de l’Eucharistie : « … et celui qui est le pain de vie, Jésus, votre Enfant, est béni…»

 

JOUR 9 «Faites tout ce qu’il vous dira»

Marie est honorée dans tous les sanctuaires du monde. La parole du Magnificat se réalise : «Toutes les générations me diront bienheureuse». Mais elle a d’abord vécu dans l’obscurité de Nazareth et, de sa vie auprès des apôtres, nous ne savons pas grand-chose. Marie restera donc avec nous quand nous reviendrons à la banalité de notre vie quotidienne. Avec Marie, nous serons toujours unis à son Fils et à l’Eglise. Un des moyens de resserrer ce lien, c’est la prière du chapelet ; à chaque dizaine, nous méditons un moment de la vie du Christ et nous prions en communion avec des catholiques de tous pays : la radio, l’internet, la télévision permettent de concrétiser ce lien.

Réflexion : Que m’apporte Marie dans ma vie chrétienne ? Dans quelles circonstances m’arrive-t-il de penser à elle ? de la prier ? La prière du chapelet m’est-elle familière ? Pourrait-elle le devenir ?

Méditer Cana : « … et celui qui vous a exaucée à Cana, Jésus, votre Enfant, est béni…»

 

http://fr.lourdes-france.org/prier/neuvaines/neuvaine-a-notre-dame-du-bon-retour 

FRANCIS JAMMES, LOURDES, PELERINAGE A LOURDES, POEME, POEMES

J’allais à Lourdes

J’allais à Lourdes…

 

 

J’allai à Lourdes par le chemin de fer,
le long du gave qui est bleu comme l’air.

Au soleil les montagnes semblaient d’étain.
Et l’on chantait : sauvez ! sauvez ! dans le train.

Il y avait un monde fou, exalté,
plein de poussière et du soleil d’été.

Des malheureux avec le ventre en avant
étendaient leurs bras, priaient en les tordant.

Et dans une chaire, où était du drap bleu,
Un prêtre disait : « un chapelet à Dieu ! »

Et un groupe de femmes, parfois passait,
qui chantait : sauvez ! sauvez ! sauvez ! sauvez !

Et la procession chantait. Les drapeaux
se penchaient avec leur devises en or.

Le soleil était blanc sur les escaliers.
dans l’air bleu, sur les clochers déchiquetés.

Mais sur un brancard, portée par ses parents,
son pauvre père tête nue et priant,

et ses frères qui disaient : « ainsi soit-il »,
une jeune fille sur le point de mourir.

Oh ! qu’elle était belle ! elle avait dix-huit ans,
et elle souriait ; elle était en blanc.

Et la procession chantait. Les drapeaux
se penchaient avec leurs devises en or.

Moi je serrais les dents pour ne pas pleurer,
et cette fille, je me sentais l’aimer.

Oh ! elle m’a regardé un grand moment,
une rose blanche en main, souriant.

Mais maintenant où es-tu ? dis, où es-tu ?
Es-tu morte ? je t’aime, toi qui m’as vu.

Si tu existes, Dieu, ne la tue pas :
elle avait des mains blanches, de minces bras.

Dieu, ne la tue pas ! — et ne serait-ce que
pour son père nu-tête qui priait Dieu.

 

Francis Jammes (1889)

Extrait du recueil De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir

 
Francis Jammes est né à Tournay (Hautes-Pyrénées) en 1868 et mort à Hasparren (Pyrénées-Atlantiques) en 1938. Poète français, également romancier, dramaturge et critique. Il passa la majeure partie de son existence dans le Béarn et le Pays basque, ses principales sources de son inspiration.lourdes

ANNEE SAINTE - BULLE D'INDICTION, MISERICORDE, PELERINAGE, PELERINAGE A LOURDES

Comment vivre le Jubilé de l’Année Sainte à Lourdes

MISERICORDE

Avec ces paroles le Saint Père nous invite à célébrer l’Année jubilaire de la Miséricorde qui commencera avec l’ouverture de la Porte Sainte à Rome, dans les cathédrales et sanctuaires du monde entier, du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016.

Le Sanctuaire de Lourdes, par décision de Mgr Brouwet, se fait écho de cette invitation du Pape François et c’est avec une joie immense qu’il offre ces réflexions autour de la miséricorde pour aider tous les pèlerins à vivre cette Année Jubilaire accompagnés de Notre-Dame de Lourdes, Mère de Miséricorde, et Bernadette témoin de la miséricorde de Dieu.

1 – Qu’est-ce que la Miséricorde ?

Dans le langage quotidien, la miséricorde est un sentiment qui inspire une attitude et certains gestes. Le dictionnaire donne la définition suivante : «C’est le sentiment par lequel la misère d’autrui touche notre cœur.» Il s’agit en effet, d’un cœur qui devient sensible à toute situation de misère que traverse notre prochain. La compassion, est une manière d’exprimer la miséricorde, elle consiste à compatir avec celui qui souffre, même si l’on ne peut prendre totalement la place de celui qui est dans la souffrance. Mais la miséricorde se pratique aussi à l’égard de celui qui ne souffre pas et fait souffrir les autres. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’un sentiment, mais d’un acte de notre volonté qui consiste à pardonner. Ainsi, lorsque nous parlons de la miséricorde nous faisons à la fois référence au sentiment de compassion à l’égard de celui qui est dans la souffrance et à l’acte volontaire de pardonner, et d’effacer le mal qu’il a commis.

Dieu est Miséricorde

Si Dieu est miséricorde cela signifie que la miséricorde est un don. Don du Père parce qu’il nous livre son Fils unique «car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… (Jn 3,16). Il a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.» (Jn 3, 17) Don du Fils qui se livre à nous pour nous révéler la miséricorde du Père : «Voici pourquoi le Père m’aime: parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de  moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père.» (Jn 10, 17) Don de l’Esprit Saint… « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé,  proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.»(Lc 4, 18-19) Ainsi, «le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux, nous pouvons accueillir l’amour de la Sainte Trinité. La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa  plénitude. L’évangéliste Jean affirme pour la première et unique fois dans toute l’Écriture : «Dieu est amour» (1 Jn 4, 8-16). Cet amour est désormais rendu visible et tangible dans toute la vie de Jésus. Sa personne n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les relations avec les personnes qui s’approchent de lui ont quelque chose d’unique et de singulier. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde.  Rien en lui ne manque de compassion.» (Pape François, “Misericordiæ vultus”, § 8)

L’Église, sacrement de la Miséricorde du Christ

«La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son action pastorale, tout devrait être  enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux hommes. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne au monde, rien ne peut être privé de miséricorde. La crédibilité de l’Église passe par le chemin de l’amour miséricordieux et de la compassion. L’Église “vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde”. Peutêtre avons-nous parfois oublié de montrer et de vivre le chemin de la miséricorde. D’une part, la tentation d’exiger seulement la justice a fait oublier qu’elle n’est qu’un premier pas, nécessaire et indispensable, mais l’Église doit aller au-delà pour atteindre un but plus haut et plus significatif. D’autre part, il est triste de voir combien l’expérience du pardon est toujours plus rare dans notre culture. Même le mot semble parfois disparaître. Sans le témoignage du pardon, il n’y a qu’une vie inféconde et stérile, comme si l’on vivait dans un désert. Le temps est venu pour l’Église de retrouver la joyeuse annonce du pardon. Il est temps de revenir à l’essentiel pour se charger des faiblesses et des difficultés de nos frères. Le pardon est une force qui ressuscite en vie nouvelle et donne le courage pour regarder l’avenir avec espérance.» (Pape François, “Misericordiæ Vultus”, § 10)

«Le langage et les gestes de l’Église doivent transmettre la miséricorde pour pénétrer le cœur des personnes et les inciter à retrouver le chemin du retour au Père. Là où l’Église est présente, la  miséricorde du Père doit être manifestée… là ou il y a des chrétiens, quiconque doit pouvoir trouver une oasis de miséricorde. » (Pape François, “Misericordiæ vultus”, § 12)

La miséricorde crée la fraternité : «les œuvres de miséricorde»

«J’ai un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles…

Redécouvrons les œuvres de miséricorde corporelles: Donner à manger aux affamés. Donner à boire à ceux qui ont soif. Vêtir ceux qui sont nus. Accueillir les étrangers. Assister les malades. Visiter les prisonniers. Ensevelir les morts. Et n’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelles : Conseiller ceux qui sont dans le doute. Enseigner les ignorants. Avertir les pécheurs. Consoler les affligés. Pardonner les offenses. Supporter patiemment les personnes ennuyeuses. Prier Dieu pour les vivants et les morts. » (Pape François, “Misericordiæ Vultus”, § 15)

Dans l’Évangile, la Béatitude de la Miséricorde : «Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde» (Mt. 5, 7), nous apprend : – qu’elle est solidarité et engagement d’amour efficace à l’égard des frères qui sont dans le besoin et dans la misère, – et qu’elle est pardon et réconciliation des offenses reçues et commises. Le Seigneur nous apprend que la pratique de la miséricorde est une voie universelle qui crée des liens de fraternité entre les hommes. C’est le message de la parabole du bon Samaritain (Lc. 10, 29-37). A la fin de la parabole, Jésus pose cette question : «Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ?» Cela veut dire que tous n’ont pas été frères du blessé. Ils auraient pu l’être mais en fait le seul fut «celui qui s’est montré miséricordieux avec lui». Pour Jésus, être frère n’est pas quelque chose d’“automatique”, comme un droit acquis. Nous ne sommes pas frères tant que nous n’avons pas agi en tant que tel, nous sommes invités à le devenir par la pratique de la miséricorde.

L’Évangile nous apprend que de fait nous ne sommes pas frères. L’expérience de la haine, de la division, de l’injustice et de la violence nous prouve tous les jours que c’est le contraire. Nous ne sommes pas frères, mais nous sommes invités à le devenir. En effet, Jésus nous invite et nous donne la force pour «devenir frères». Mais cela dépend d’un choix concret que nous devons faire et qui engage notre liberté, celui d’être charitables et miséricordieux.

Le Samaritain est devenu le frère du blessé. Non pas à cause de sa religion, de sa race, de sa nationalité, de son idéologie mais tout simplement par la pratique d’une attitude de miséricorde. Ainsi mon prochain n’est pas celui qui partage ma religion, ma patrie, ma famille ou mes idées. Mon prochain est celui avec qui je partage ma vie parce que nous avons besoin les uns des autres. Pour s’approcher de l’homme blessé, le bon Samaritain a dû faire un effort pour sortir de lui-même, de sa race, de sa religion, de ses préjugés. «… En effet, les juifs ne fréquentent pas les Samaritains.» (Jn.4, 9) Il a dû laisser de  côté son monde et ses intérêts personnels. Il a abandonné ses projets, il a donné son temps et son argent. En ce qui concerne les autres personnages de la parabole, le prêtre et le lévite, eux n’ont pas voulu abandonner leurs projets les considérant plus importants que l’invitation à devenir frères du blessé.

Être frère de quelqu’un suppose donc de sortir de «son monde» pour entrer dans le «monde de l’autre». Partager sa culture, sa mentalité, ses besoins, sa pauvreté. Devenir le frère de l’autre, c’est comme un exode, une réconciliation. Les «œuvres de la miséricorde» sont l’occasion qui nous est donnée durant le pèlerinage de notre vie, pour être «miséricordieux comme le Père», c’est-à-dire, justes et charitables pour être en communion les uns avec les autres.

La miséricorde qui va plus loin que la justice : le pardon

La miséricorde en tant que pardon des offenses est l’autre visage de l’amour fraternel. Si la miséricorde en tant qu’engagement construit la fraternité, le pardon mutuel reconstruit et consolide la fraternité. Elle évite que la division et la rancune que produisent les offenses ne paralysent la communauté.

Qu’est-ce que la réconciliation chrétienne ? La réconciliation est le retour de l’amitié ou de la fraternité entre personnes, familles, groupes sociaux ou pays, appelés à être frères, qui ont cassé cette fraternité ou cette amitié. La réconciliation est plus grande que la «conciliation» (qui est un compromis plus ou moins provisoire entre les partis) : c’est la restauration de la fraternité détruite. C’est pour cela que la réconciliation prend la formule d’un «retour», d’une reconstruction, de retrouvailles : «Je me lèverai et j’irai vers mon père…» (Lc. 15,18) «…il se leva et s’en alla vers son père…» (Lc 15, 20), dans cette parabole,  l’enfant prodigue cherche à revenir à la maison du père.

La célébration du sacrement de la réconciliation est le lieu où la conversion à Dieu et la réconciliation avec Lui et les autres devient un événement réel dans nos vies. Là, réellement et sacramentellement nous regrettons les fautes commises et nous accueillons la présence de Dieu, qui nous attend pour recevoir notre conversion et nous donner sa grâce d’amour et de miséricorde. Dans la célébration de ce sacrement, la rencontre vivifiante avec le Christ prend la forme du pardon et de la miséricorde. C’est vrai que nous sommes invités à nous repentir et à demander pardon, en dehors du sacrement de la   réconciliation. Mais ces repentirs sont comme une préparation pour la grande rencontre sacramentelle  avec Celui qui est la source de toute miséricorde : le Christ. En même temps, notre repentir et notre conversion sont confirmés par la grâce du sacrement, et acquièrent ainsi une dimension ecclésiale, ils contribuent au bien de tout le Corps du Christ et de toute l’Église.

En conclusion, notre authentique participation au sacrement de la réconciliation nous introduit dans une authentique expérience de l’Esprit Saint qui nous identifie avec la mort du Christ, et nous fait mourir à nos propres péchés, à nos racines, aux tendances profondes du mal qui sont en nous, et que seul l’Esprit  peut arracher. La célébration de ce sacrement est toujours un recommencement, un renforcement de notre esprit pour aller au-delà de nos faiblesses et de nos tentations: c’est une expérience qui nous fait rencontrer le visage miséricordieux du Christ.

2 – Lourdes, le pèlerinage de la Miséricorde

La porte de la Miséricorde

«Le pèlerinage est un signe particulier de l’Année sainte : il est l’image du chemin que chacun parcourt au long de son existence. La vie est un pèlerinage, et l’être humain un «viator» (marcheur), un pèlerin qui parcourt un chemin jusqu’au but désiré. Pour passer la Porte Sainte à Rome, et en tout lieu, chacun devra, selon ses forces, faire un pèlerinage. Ce sera le signe que la miséricorde est un but à atteindre, qui demande engagement et sacrifice. Que le pèlerinage stimule notre conversion : en passant la Porte sainte, nous nous laisserons embrasser par la miséricorde de Dieu, et nous nous engagerons à être miséricordieux avec les autres comme le Père l’est avec nous.» (Pape François, “Misericordiæ Vultus”, § 14).

En cette année jubilaire, notre pèlerinage, personnel ou communautaire, aura l’opportunité de traverser la porte de la Miséricorde qui sera située à l’entrée Saint-Michel. Cette porte sera en communication directe avec le Calvaire Breton. Là nous pourrons contempler Jésus crucifié, mort pour nous et porte de la  miséricorde. Au même moment nous contemplerons la Vierge Marie, mère du crucifié, au pied de la  Croix. «Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: “Femme, voici ton fils.” Puis il dit au disciple : “Voici ta mère.” Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.» (Jn. 19, 25-27)

«Voici ton fils…», cette parole prononcée par Jésus n’est pas une simple recommandation que Jésus fait à sa mère, c’est une manière de mettre en évidence une nouvelle façon d’être engendré grâce à la  maternité de Marie. «Le disciple que Jésus aimait…» est celui que Jésus aime d’un amour préférentiel, l’amour qui occupe la première place dans la relation : «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure.» (Jn. 15,16) Il s’agit  aussi d’un amour qui fait de l’autre un «disciple», un «ami», c’est l’amour qui perfectionne (rend parfait) :  «Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour.» (Jn. 15, 10) Et le fruit de cet amour est la joie parfaite : «Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.» (Jn. 15, 11)

L’expression «le disciple que Jésus aimait» est moins l’indication d’un amour de prédilection pour un disciple en particulier, qu’une explication visant à situer le disciple en tant que tel dans la sphère de l’amour et de la miséricorde. L’expression a donc une valeur symbolique et désigne tous les croyants. C’est le croyant qui est confié à Marie et qui la reçoit comme Mère. C’est le pèlerin qui est confié à Marie. C’est dans cette perspective qu’il faut entendre qu’«à partir de cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui» (Jn 19,27). Ce «chez lui» ne désigne pas la seule maison, mais désigne aussi les biens propres qui lui appartiennent en tant que disciple : le lien de foi qui le rattache au Christ et qui s’exprime dans la pratique du commandement de l’amour. C’est dans cet espace spirituel que le disciple reçoit Marie comme mère. C’est dans cet espace spirituel que Bernadette et les pèlerins de tous les temps accueillent la présence de Marie comme mère.

Marie, mère de miséricorde, est toujours présente dans la vie du croyant au service de l’alliance entre son Fils et ses disciples. Et cette alliance a un nom : la miséricorde.

Le 11 février 1858 Bernardette reçoit la grâce de «bien faire le signe de la croix» : «J’ai voulu faire le  signe de la croix, ma main tomba elle était paralysée ; jusqu’à ce que la Dame l’eût fait et à ce moment-là, moi aussi, j’ai pu le faire.» Pour «bien faire le signe de la croix» il lui a suffi de regarder la Dame et de le faire comme elle-même l’accomplit. De nombreux témoins nous diront que par ce simple geste, bien faire le signe de la croix, elle semblait, en effet, entrer dans une autre réalité.  Cette autre réalité est celle que le Seigneur nous propose dans l’Évangile : passer du péché à la grâce, de l’égoïsme au partage, de la division à la communion, de l’isolement à la rencontre, de la tristesse à la joie, de la haine au pardon, etc.

En franchissant la Porte de la Miséricorde nous sommes invités, avec Marie et Bernadette, à faire le signe de la croix pour ainsi montrer notre décision d’entrer dans la réalité de la grâce de la  miséricorde pour nous et pour tous ceux que nous côtoyons.

La Grotte

La Grotte de Lourdes est le lieu où Bernadette Soubirous a rencontré 18 fois, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, la Vierge Marie, la Mère de Dieu. Cette rencontre entre ces deux personnes était en vue d’une troisième rencontre, celle du Christ. En effet, tout au long des apparitions, la Vierge se présente toujours comme celle qui se met au service de Bernadette pour lui faire découvrir petit à petit, et à travers une catéchèse et une pédagogie formidable, la présence de la source au fond de la cavité. La source, que Bernadette découvrira lors de la neuvième apparition, est le symbole même de tout le message que Marie confie à Bernadette. Cette source symbolise la personne même du Christ. Lorsque la Dame dit à Bernadette : «Allez boire à la source et vous y laver», c’est une invitation qu’Elle lui adresse à entrer dans le mystère de la vie de son Fils. Il ne suffit pas de découvrir la source (le Christ), il faut encore boire à la source et s’y laver. Cela veut dire se nourrir de la Parole de Dieu et se laisser transformer par sa présence sacramentelle dans la Réconciliation et l’Eucharistie.

La Grotte est aussi le lieu du silence et de la prière nécessaires pour dialoguer avec le Seigneur. La Grotte est aussi le lieu d’un commencement, d’un début, d’un départ, d’une nouveauté, la Grotte est un lieu de rencontre où l’homme et la femme se découvrent beaux aux yeux de Dieu, aimables aux yeux des autres.

A la Grotte de Lourdes, naissent des amours et des amitiés de toute une vie et nombreux sont ceux qui entendent l’appel et reçoivent la grâce de consacrer leur existence au Seigneur et à leurs frères.

Devant la Grotte, nous découvrons la présence maternelle de Marie et nous faisons l’expérience de ce visage maternel de l’Église, c’est pour cela que la Grotte est un lieu d’accueil, d’écoute, de compréhension, d’ouverture à l’autre, de la préférence de l’autre à soi exprimée par le don de soi, du service de l’autre.

La Grotte est le reflet de l’humanité nouvelle, d’une création nouvelle.

La Grotte, c’est la beauté de l’Immaculée Conception, la merveilleuse rencontre entre la Sainte Vierge et Bernadette, et la grâce qui s’ensuivit a marqué à jamais ces lieux.

La Grotte est un lieu qui accueille notre humanité telle qu’elle est, avec ses joies et ses peines, ses  blessures, ses frustrations, ses échecs et ses triomphes. Et en même temps, c’est un lieu où nous faisons l’expérience de l’irruption de Dieu dans la personne de Marie. Comme le dit l’Apôtre Paul : «Là où le péché a abondé, là-même a surabondé la Grâce.» (Rm. 5, 20)

La Grotte est ainsi le lieu de toutes les miséricordes.

Les piscines et les fontaines

A la Grotte de Lourdes, Marie introduit Bernadette dans l’Évangile. La catéchèse de Marie rejoint Bernadette dans ce qu’elle est : sa condition humaine marquée par le péché. En même temps, elle est rejointe dans sa réalité, sa pauvreté, son ignorance, sa maladie, son indigence.

Durant les apparitions pénitentielles (8ème-11ème), à la demande de la Dame, Bernadette réalisera trois gestes : marcher à genoux et embrasser le sol de la Grotte, manger quelques herbes et se  barbouiller le visage avec la boue de la Grotte. Ces gestes sont des gestes bibliques, éminemment pénitentiels qui nous renvoient aux grands moments de la Passion du Fils de Dieu.

Marcher à genoux et embrasser le sol de la Grotte : c’est le geste de l’abaissement du Fils de Dieu, c’est le geste de l’Incarnation : «Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.  Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu  homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.»  (Ph. 2, 5-8)

Manger quelques herbes qui poussaient à l’intérieur de la Grotte. Les herbes amères du Livre de l’Exode nous parlent de l’agneau immolé avec lequel les Hébreux appelleront les bonnes grâces de Dieu : «Le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera  sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères.» (Ex. 12, 3b-8). Les herbes amères dans la Bible signifient le péché, ce qui fait du mal à l’homme. Et  voilà Bernadette à l’image de l’agneau de Dieu qui mange ces herbes pour nous signifier que l’homme est libéré du péché par le sacrifice de l’agneau de Dieu, le Christ.

La boue qui défigure le visage de Bernadette est l’image du «serviteur souffrant de Dieu» dont nous parle le prophète Isaïe (Is. 52, 14).

Ces gestes réalisés par Bernadette à la demande de la Dame de manière répétée ont pour objectif de nous faire découvrir une autre réalité. Marcher à genoux et embrasser le sol sont des gestes d’abaissement qui sont aussi des gestes de tendresse envers le sol de la Grotte. Les deux autres, manger de l’herbe et prendre de la boue, expriment le désir de désencombrer ce sol. Il faut passer  par cette purification pour que puisse apparaître ce qui est caché et qui est le véritable trésor : la  source.

Il faut aimer l’homme, enfant de Dieu, qui est pécheur, pour le libérer du péché, afin qu’il puisse découvrir dans son cœur la source d’amour et de charité, car l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu : «Allez à la source, boire et vous y laver», dira Marie à Bernadette le 25 février, lors de la neuvième apparition. Dans la contemplation du Fils de l’Homme défiguré, couronné d’épines, ensanglanté, nous contemplons le tragique de l’histoire des hommes. Mais  simultanément, dans le Fils de l’Homme, se manifeste l’amour de Dieu envers l’humanité : «L’un  des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau.» (Jn. 19, 34) En faisant le geste de boire et de nous laver nous exprimons le besoin de cette purification de nos sentiments et de nos paroles afin que nous puissions communiquer avec nos frères, non pas au niveau superficiel, mais au niveau de la source de charité qui sommeille en nous. À l’exemple de la Samaritaine, notre conversion est possible selon les paroles du Christ : «L’eau que je lui donnerai  deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle.» (Jn. 4, 14)

En passant par les piscines et en faisant le geste de l’eau, le pèlerin que nous sommes veut signifier ce besoin d’être purifié par la grâce de Dieu et en même temps il explicite le désir de faire jaillir du plus profond de son cœur la charité qui est déjà en lui pour la communiquer aux autres.

En conclusion, nous sommes invités à nous donner à boire les uns aux autres. Cela veut dire donner à l’autre le meilleur de nous-mêmes. J’ai soif de la miséricorde de mon frère et mon frère a soif de la miséricorde de mon cœur. L’époux doit pouvoir boire et se laver dans le cœur miséricordieux de son épouse et vice versa. La famille est appelée à communiquer au niveau le plus profond de la miséricorde.

La chapelle de la réconciliation

Le 11 février 1858, Bernadette, déjà marquée par l’asthme, la malnutrition et la faim, se rend devant une grotte humide et obscure à la recherche de bois sec et d’os. Et c’est à ce moment précis, après avoir écouté «comme un coup de vent», qu’elle tourne son regard vers la Grotte et voit une Dame vêtue de blanc et enveloppée de lumière. Celle-ci se reflète sur son visage qui devient ainsi le signe de la lumière. Marie réfléchit la lumière de Celui qui est la lumière, le Christ. Et si Bernadette réfléchit cette lumière sur son visage, c’est parce que son cœur est illuminé par cette lumière. En même temps, cette lumière lui  montre les ténèbres de son cœur. C’est pour cela que la jeune fille, le samedi suivant, va chercher l’Abbé Pomian pour lui confier l’extraordinaire expérience qu’elle vient de vivre et se confesser pour la première fois de sa vie. Rencontre avec le prêtre hautement significative, puisqu’elle nous suggère que cette même lumière qu’elle voit dans la Grotte se trouve dans le sacrement de la réconciliation, de l’eucharistie, dans la vie sacramentelle, dans la vie en l’Église.

«Le Christ est la lumière des peuples. Le Saint Concile souhaite donc, en annonçant à toutes les  créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église.» (Con. Vat. II Lumen Gentium, n°1)

En face de l’Accueil Notre-Dame, lieu de rencontre des personnes malades et des hospitaliers, sur l’autre rive du Gave, se trouve la chapelle de la réconciliation. Elle occupe l’ancien Asile Notre-Dame. C’est un beau symbole : Dieu veut la guérison totale de l’homme. Maladie et péché doivent être bien distingués. Jésus est très clair sur ce point. Mais l’être humain souffre d’être divisé. Il aspire à la réconciliation: avec lui-même, avec les autres, avec le monde qui l’entoure mais aussi avec Dieu, son Créateur et son Sauveur.

La chapelle de la réconciliation est la plus belle de toutes les chapelles du Sanctuaire, non pas par sa beauté matérielle mais par la beauté de ce qui se vit à l’intérieur de ce bâtiment: un pénitent, animé par un désir de conversion à travers le pardon demandé et reçu, et un prêtre, ministre de la miséricorde, redisent d’une manièreconcrète le Oui de l’alliance de miséricorde que Dieu fait avec toute l’humanité.

Les accueils de malades : Notre-Dame, Saint-Frai et Salus

«Les accueils des malades ne seraient que des structures collectives analogues à toutes les autres s’il n’y avait pas les Hospitalités, ces dizaines de milliers de bénévoles qui, chaque année, donnent de leur temps et dépensent de leur argent pour accompagner ou accueillir à Lourdes des personnes malades ou handicapées. Lourdes est un lieu où il est possible à bien des personnes de vivre la parabole du bon Samaritain. Le Samaritain s’est arrêté, alors qu’il était peut-être pressé. Il n’a pas reculé devant la blessure de l’homme à demi mort. De même, les Hospitaliers arrêtent la course de leurs occupations ou de leurs loisirs et acceptent de regarder ceux que notre mode de vie actuel relègue souvent dans des lieux à part. Le Samaritain est bien content de trouver une auberge où il peut conduire en toute sécurité le blessé du bord de la route. Il le confie à quelqu’un d’autre, sans se désintéresser de lui puisqu’il repassera et réglera le supplément. C’est un bon exemple pour les hospitaliers : le malade ne leur appartient pas. Ce ne serait plus Lourdes si nous avions construit de beaux Accueils, gérés par un personnel qualifié, mais sans la gratuité de la présence des bénévoles. Ce serait dommage pour les personnes accueillies mais, tout autant, pour les bénévoles, car servir est un chemin de découverte, un chemin de foi au Serviteur. Il est heureux que tant de jeunes aiment à remplir ce service » (Mgr Jacques Perrier «L’Évangile de Lourdes»).

Père Horacio Brito, Missionnaire de l’Immaculée Conception de Lourdes, chapelain

Prière du Jubilé de la Miséricorde

Seigneur Jésus-Christ,

toi qui nous as appris à être miséricordieux comme le Père céleste, et nous as dit que te voir, c’est Le voir. Montre-nous ton visage, et nous serons sauvés.

Ton regard rempli d’amour a libéré Zachée et Matthieu de l’esclavage de l’argent, la femme adultère et Madeleine de la quête du bonheur à travers les seules créatures ; tu as fait pleurer Pierre après son  reniement, et promis le paradis au larron repenti. Fais que chacun de nous écoute cette parole dite à la Samaritaine comme s’adressant à nous : Si tu savais le don de Dieu ! Tu es le visage visible du Père invisible, du Dieu qui manifesta sa toute puissance par le pardon et la miséricorde : fais que l’Eglise soit, dans le monde, ton visage visible, toi son Seigneur ressuscité dans la gloire. Tu as voulu que tes serviteurs soient eux aussi habillés de faiblesse pour ressentir une vraie compassion à l’égard de ceux qui sont dans l’ignorance et l’erreur : fais que quiconque s’adresse à l’un d’eux se sente attendu, aimé, et pardonné par Dieu. Envoie ton Esprit et consacre-nous tous de son onction pour que le Jubilé de la Miséricorde soit une  année de grâce du Seigneur, et qu’avec un enthousiasme renouvelé, ton Eglise annonce aux pauvres la bonne nouvelle, aux prisonniers et aux opprimés la liberté, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue. Nous te le demandons par Marie, Mère de la Miséricorde, à toi qui vis et règnes avec le Père et le Saint Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.

Pape François