FRANCE, LE MONT-SAINT-MICHEL (Normandie, France), MONT-SAINT-MICHEL (Normandie, France), NORMANDIE (France), PELERINAGE, TOURISME

Le Mont-Saint-Michel

Le Mont-Saint-Michel

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Le Mont-Saint-Michel est une commune française située dans le département de la Manche en Normandie. Elle tire son nom de l’îlot rocheux consacré à saint Michel où s’élève aujourd’hui l’abbaye du Mont-Saint-Michel.

L’architecture du Mont-Saint-Michel et sa baie en font le site touristique le plus fréquenté de Normandie et l’un des dix plus fréquentés en France — premier site après ceux d’Île-de-France — avec près de deux millions et demi de visiteurs chaque année (3 250 000 en 2006, 2 300 000 en 2014).

Une statue de saint Michel placée au sommet de l’église abbatiale culmine à 157,10 mètres au-dessus du rivage. Élément majeur, l’abbaye et ses dépendances sont classées au titre des monuments historiques par la liste de 1862 (60 autres constructions étant protégées par la suite) ; l’îlot et le cordon littoral de la baie figurent depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ainsi que le moulin de Moidrey depuis 2007. Par ailleurs le mont bénéficie d’une seconde reconnaissance mondiale en tant qu’étape des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France pour « les pèlerins du Nord de l’Europe (qui) passaient par le Mont lorsqu’ils se rendaient en Galice ».

En 2017, la commune comptait 30 habitants, appelés les Montois. L’îlot du mont Saint-Michel est devenu au fil du temps un élément emblématique du patrimoine français.

 

Géographie

Le mont Saint-Michel, situé à 48° 38′ 10″ de latitude nord et à 1° 30′ 40″ de longitude ouest, dans le « pays » de l’Avranchin, est un îlot rocheux à l’est de l’embouchure du Couesnon, lequel se jette dans la Manche. Pointement granitique d’environ 960 mètres de circonférence, cet îlot s’élève au-dessus d’une plaine sablonneuse à 92 mètres d’altitude. La construction de l’abbaye modifie cette perception : la hauteur du rocher à l’abbatiale fait 78,60 mètres, celle du sol de l’abbatiale au sommet de la tour fait 34,70 m, la flèche atteint une hauteur de 39,80 m. La statue de saint Michel de 4 m de hauteur culmine ainsi à 157,10 mètres.

Au niveau géologique, ce pointement est une intrusion leucogranitique   (leucogranite à biotite et muscovite) de petite dimension mise en place dans le socle cadomien (encaissant schisteux briovérien) au cours de l’orogenèse calédonienne (525 Ma). Cette intrusion dégagée de sa gangue schisteuse et mise en relief par l’érosion (le leucogranite présentant une plus grande résistance à l’érosion que le schiste), offre une superficie émergée d’environ 7 ha, au-dessus de laquelle se dresse l’abbaye. La partie essentielle du rocher est couverte par l’emprise au sol de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et de son domaine. Le rocher ne représente qu’une petite partie de la commune qui s’étend aussi sur la digue et plusieurs dizaines d’hectares de polders.

En 1846, Édouard Le Héricher le décrivait ainsi : « Le Mont Saint-Michel apparaît comme une montagne circulaire qui semble s’affaisser sous la pyramide monumentale qui la couronne. On voudrait prolonger sa cime en une flèche aiguë qui monterait vers le ciel (la flèche actuelle ne date que de 1899), dominant son dais de brouillards ou se perdant dans une pure et chaude lumière. De vastes solitudes l’environnent, celle de la grève ou celle de la mer, encadrées dans de lointaines rives verdoyantes ou noires ».

 

Le mont Saint-Michel vu par le satellite Spot en 2003.

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Caractéristiques de la baie

Le mont Saint-Michel (l’îlot ou l’abbaye) a donné à son tour son nom à la baie du Mont-Saint-Michel, dont le cordon littoral est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

La baie du Mont-Saint-Michel est le théâtre des plus grandes marées d’Europe continentale, jusqu’à 15 mètres de marnage, différence entre basse et haute mers. La mer rejoint ensuite les côtes « à la vitesse d’un cheval au galop », comme le dit l’adage.

 

Territoire communal et communes limitrophes

La commune s’étend sur environ 4 kilomètres carrés Hormis le rocher d’une superficie de 7 ha, le territoire communal comprend deux parties terrestres disjointes totalisant 393 ha, limitrophes des communes de Beauvoir (pour l’essentiel) et de Pontorson.

La partie la plus importante (environ 387 ha), à l’ouest du Couesnon, est constituée des hameaux de Belmontet, Saincey et Camus, et des polders Molinié et Tesnières. Cette partie est limitrophe de la commune de Beauvoir au sud.

La plus petite partie (environ 6 ha), à l’est du Couesnon, forme la partie occidentale du lieu-dit la Caserne, entre la route du Mont-Saint-Michel et le fleuve côtier. Elle est enclavée entre les territoires des communes de Beauvoir (au sud et à l’ouest) et Pontorson (à l’est) On y trouve quatre hôtels.

 

Histoire du rocher

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Vue aérienne du mont Saint-Michel en 2005.

À l’origine, il était connu sous l’appellation de mont Tombe. Il devait s’y trouver une pierre ou un monument mégalithique destiné à un culte païen, auquel succédèrent deux oratoires, l’un dédié à saint Symphorien, l’autre à saint Étienne, édifiés par des ermites aux VIe et VIIe siècles, ainsi que le rapporte la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis archangeli in Monte Tumba. A la suite de cette première christianisation du mont Tombe, fut érigé un oratoire en l’honneur de l’archange saint Michel en 708 (709 pour la dédicace), comme l’indiquent les Annales du Mont-Saint-Michel rédigées au début du XIIe siècle. Aubert, évêque d’Avranches, installa sur le site une communauté de douze chanoines pour servir le sanctuaire et accueillir les pèlerins. C’est à cette époque que le mont accueillit, à l’est du rocher, les premiers villageois qui fuyaient les raids vikings. Ce premier habitat a dû abriter les différents corps de métier nécessaires à l’édification du premier sanctuaire : tailleurs de pierre, maçons, tâcherons et charpentiers. Puis il a dû accueillir les laïcs chargés d’approvisionner la communauté religieuse. « Malgré les nombreuses reconstructions qui ont, petit à petit, façonné le bourg que nous connaissons aujourd’hui, le noyau primitif du village demeure encore perceptible : il correspond en effet à une zone caractérisée par une organisation parcellaire relativement complexe et un enchevêtrement de constructions desservies par des ruelles tortueuses ». Il s’agit, grosso modo, du secteur où se trouvent implantés l’église paroissiale Saint-Pierre et son cimetière. La plupart des habitations devaient être construites en bois et en torchis.

À partir de l’an 710 et pendant tout le Moyen Âge, le mont fut couramment surnommé par les clercs « mont Saint-Michel au péril de la mer » (Mons Sancti Michaeli in periculo mari).

Le Mont était rattaché depuis la formation des circonscriptions ecclésiastiques au diocèse d’Avranches, en Neustrie, ce qui reflétait vraisemblablement une situation antérieure, c’est-à-dire l’appartenance du Mont au territoire des Abrincates, membres de la confédération armoricaine, sur lequel va se plaquer le cadre administratif romain, puis le cadre religieux chrétien, conformément à un processus observé ailleurs dans la future Normandie et au-delà.

En 867, le traité de Compiègne attribua le Cotentin, ainsi que l’Avranchin (bien que ça ne soit pas clairement stipulé), au roi de Bretagne, Salomon. L’Avranchin, tout comme le Cotentin, ne faisaient donc pas partie du territoire normand concédé au chef viking Rollon en 911. Le mont Saint-Michel restait breton, bien que toujours attaché au diocèse d’Avranches, lui-même dans l’antique province ecclésiastique de Rouen, dont la ville principale était aussi devenue capitale de la nouvelle Normandie. Il l’était encore en 933 lorsque Guillaume Ier de Normandie, dit Guillaume Longue Épée, « obtint du roi de France un agrandissement notable de son territoire, avec le Cotentin et l’Avranchin, jusqu’alors contrôlés par les Bretons. C’est donc à cette date que le Mont est officiellement rattaché à la Normandie », la frontière politique de l’Avranchin se fixant transitoirement à la Sélune, fleuve côtier qui se jetait à l’est du Mont. Guillaume Longue Épée fit d’importants dons de terres à la communauté des chanoines montais, ces domaines étant presque tous situés entre le Couesnon et la Sélune.

Richard Ier de Normandie, fils de Guillaume Longue Épée, eut à cœur de poursuivre l’œuvre de réforme monastique de son père et il ordonna aux chanoines à qui le Mont avait été confié de renoncer à leur vie dissolue ou de quitter les lieux. Tous partirent sauf un, Durand, qui se réforma par amour pour l’archange. C’est ainsi que s’y établirent en 966 des bénédictins issus de différentes abbayes telles, sans doute, Saint-Taurin d’Évreux et Saint-Wandrille. L’histoire de cette fondation est relatée dans l’Introductio monachorum, qui figure au début du Cartulaire du Mont-Saint-Michel. Le premier abbé fut Mainard Ier. Une tradition bien établie veut qu’il s’agisse du réformateur Mainard, chargé de restaurer l’abbaye de Saint-Wandrille mais cette hypothèse reste controversée. C’est lui qui aurait fait édifier l’église préromane appelée Notre-Dame-sous-Terre, construite à cette même période. Son neveu, Mainard II, lui succéda jusqu’en 1009, qui était aussi abbé de Redon. « À cette époque, le Mont scelle la bonne entente entre les deux ducs, de Normandie et de Bretagne ».

Sont inhumés dans la chapelle Saint-Martin de l’abbaye les ducs de Bretagne, de la maison de Rennes :

Conan I le Tort (mort en 992), qui, lors de la confirmation d’une donation faite à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, le 28 juillet 990 en présence de l’ensemble des évêques de Bretagne, prend le titre de Princeps Britannorum ;

Geoffroy I Béranger (mort en 1008), époux d’Havoise de Normandie, grand bienfaiteur de l’abbaye en donnant les revenus de Saint-Méloir-des-Ondes et Saint-Benoît-des-Ondes.

Pendant le premier quart du xie siècle, les bonnes relations perdurent entre les moines du Mont et les ducs, sous les abbés Hildebert Ier (1009-1017) puis Hildebert II (1017-1023). Mais elles se gâtent lorsque le duc normand Richard II , qui protégeait l’abbaye à l’instar de son père, décide de remplacer l’abbé montois par un abbé extérieur et réformateur, d’abord le Romain Supo puis le Bourguignon Thierry, déjà abbé de l’abbaye de Jumièges et gardien de l’abbaye de Bernay, alors dépendance de l’abbaye de Fécamp.

Le nouveau duc Robert Ier de Normandie, dit Robert le Magnifique, nomma en 1027 un abbé d’origine mancelle, Aumode, à qui il confia en 1032 sa nouvelle fondation, l’abbaye de Cerisy. L’abbé Supo fut donc rappelé et dirigea l’abbaye montoise jusqu’à sa retraite à l’abbaye de Fruttuaria avant 1048.

Le duc Guillaume le Conquérant s’intéressa de près aux successions abbatiales et octroya des bénéfices, tant temporels que spirituels, à l’abbaye du Mont qui avait soutenu financièrement la conquête de l’Angleterre. Ainsi, certains moines montois furent appelés à diriger des abbayes anglaises. Grâce aux revenus des terres et prieurés octroyés par le duc, l’abbatiale romane fut rapidement achevée. A la mort du Conquérant, le Mont traversa une période trouble mais grâce à l’excellente administration de ses abbés, notamment Bernard du Bec,l’abbaye connut un grand développement intellectuel. Elle échappa, en août 1138, au grand incendie que déclenchèrent les habitants d’Avranches et qui ravagea le village montois, à la suite d’un désaccord avec les moines sur la succession d’Henri Ier Beauclerc.

En 1009, le duc de Normandie décide d’exercer un contrôle direct sur l’abbaye du Mont-Saint-Michel et l’abbé Maynard Ier, issu de la communauté de Saint-Wandrille, est évincé et doit se replier à l’abbaye Saint-Sauveur de Redon. pour être remplacé par l’abbé Hildebert Ier, préféré par Richard II.

Profitant de la Régence d’Havoise de Normandie, sa sœur, sur la Bretagne et de l’agression du chef viking Olaf sur Dol-de-Bretagne en 1014, le duc Richard II de Normandie repousse vers 1027-1030 la frontière avec la Bretagne de la Sélune au Couesnon.

En 1030, Alain III de Bretagne, duc de Bretagne, entre en conflit avec son cousin, le duc Robert Ier de Normandie fils de Richard II. C’est la toute puissance de Robert « le Magnifique » qui a dans son duché de Normandie, solidement rétabli le pouvoir ducal. C’est dans cette optique d’hégémonie qu’il demande à son cousin Alain III de lui prêter un serment de fidélité. Celui-ci refuse et résolut le duc de Normandie d’utiliser la force. Après la construction d’une forteresse, celle de Cheruel, le duc de Normandie lance une expédition en Bretagne. Alain riposte en lançant une contre-offensive dans l’Avranchin, mais il est repoussé avec de lourdes pertes. Leur oncle Robert le Danois, archevêque de Rouen, sert de médiateur lors d’une entrevue au Mont-Saint-Michel. En 1031, Alain et son frère Eon de Penthièvre font une donation au Mont-Saint-Michel.

L’histoire et la légende se brouillent à cette date. Les textes de l’époque ne précisent pas le sort du mont Saint-Michel, mais son rattachement à la Normandie est attesté quelques décennies plus tard, et il est déjà effectif depuis longtemps lorsque les Bretons de Guy de Thouars incendient le Mont en avril 1204.

Or, une légende affirme que le Couesnon, lors d’une de ses fréquentes divagations, se serait mis à déboucher à l’ouest du Mont, faisant ainsi passer ce dernier en Normandie. Si cette légende est exacte, le Mont aurait été situé à l’ouest du Couesnon en 1009 et la divagation du Couesnon se situerait quelques décennies plus tard. Si elle est fausse, le Couesnon se jetait déjà à l’ouest du mont Saint-Michel en 1009.

Quoi qu’il en soit, le Mont-Saint-Michel aura été breton de 867 à 1009, de manière géopolitique, sans jamais avoir été intégré à l’archidiocèse de Dol, de même, la fondation d’un collège de chanoine par l’évêque d’Avranches dès le viie siècle, le choix de saint Michel comme saint protecteur de l’empire par Charlemagne, puis les donations de Rollon pour restaurer la collégiale et enfin sa conversion en abbaye bénédictine en 966 par une communauté de moines issue des abbayes de Saint-Wandrille, de Jumièges et de Saint-Taurin d’Évreux, toutes situées en Normandie, indiquent clairement l’appartenance permanente du Mont à la sphère d’influence de l’église franque puis normande, distinctes de l’église bretonne, ce qui rend la question de la localisation géographique exacte plutôt secondaire. La limite officielle entre la Bretagne et la Normandie est désormais fixée indépendamment de la localisation d’un cours d’eau – et précisément à 4 km à l’ouest, au pied du massif de Saint-Broladre.

Il faut noter que l’hypothèse d’une divagation importante du Couesnon est parfaitement cohérente et vraisemblable, tant les lits des cours d’eau pouvaient varier, en l’absence de toute canalisation – et parfois de plusieurs dizaines de kilomètres. Le fait que l’embouchure du Couesnon se trouvait à 6 km du rocher au xviiie siècle n’apporte aucune information sur sa position au fil des siècles précédents – la topographie rend même inévitable qu’il ait bougé régulièrement. En revanche, aucun texte n’atteste qu’il ait basculé d’un côté du mont Saint-Michel à l’autre.

 

Histoire

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Le mont Saint-Michel sur une carte au XVIIIè  siècle.

L’histoire ancienne de la commune étant peu dissociable de l’histoire de l’abbaye elle-même, nous renvoyons à l’article consacré à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, y compris pour les périodes gauloise et romaine.

 

Le temps des pèlerinages

Le pèlerinage du mont Saint-Michel est attesté au IXè siècle et il est vraisemblable que les miquelots trouvent à cette époque le gîte et le couvert dans l’une des auberges du village, apparues pour les accueillir au pied du mont. Le village s’est ainsi développé à l’ombre de son abbaye médiévale, grandissant au tournant de l’an mille grâce à la protection des abbés bénédictins.

En 1204, durant la conquête de la Normandie par Philippe Auguste contre Jean sans Terre, les chevaliers bretons de Guy de Thouars, attaquent le mont Saint-Michel en représailles de l’assassinat d’Arthur par Jean sans Terre. Durant les combats, ils y mettent le feu, ce qui ravage entièrement le site. Les chevaliers de Guy de Thouars passent ensuite par l’épée tous ceux qui tentent de s’échapper.

L’économie du Mont est tributaire, depuis douze siècles, des nombreux pèlerinages, notamment jusqu’à la Révolution française. On vient de toute l’Europe du Nord en pèlerinage à l’abbaye : depuis l’Angleterre, la France, notamment du nord et de l’ouest.

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Le mont Saint-Michel sur une carte de 1758.

C’est sous l’épiscopat de Mgr Abel-Anastase Germain qu’ont lieu le 3 juillet 1877, les fêtes grandioses du couronnement de saint Michel en présence d’un cardinal, de huit évêques, d’un millier de prêtres et d’une foule innombrable. Ce jour-là, alors que le canon tonne et que joue une musique militaire, l’évêque manque perdre la vie : en effet, juché au sommet d’une échelle pour couronner la tête de l’Archange, Mgr Germain est sur le point de perdre l’équilibre et de tomber dans le vide.

 

Le temps du tourisme

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Un chemin de fer fut aménagé dès le début du xxe siècle pour desservir le mont.

Déjà depuis le XIXè  siècle, les auteurs et peintres romantiques venaient au mont, pour son charme unique et ses qualités pittoresques, tel Guy de Maupassant. À la fin du siècle, plusieurs hôtels sont établis au Mont. Dans la deuxième moitié du xxe siècle, la mutation du site en un lieu de visite de rang mondial a fait de la petite commune normande l’une des premières destinations touristiques de France.

La fréquentation du site et de l’abbaye est concentrée dans le temps. Elle est la plus forte au cours de la période estivale et de certains week-ends printaniers qui concentrent le tiers des visiteurs du Mont-Saint-Michel, avec une moyenne journalière approchant les 12 000 visiteurs et des pics dépassant les 16 000 visiteurs par jour, avec un flux de visiteurs de moins en moins dense au fur et à mesure de l’ascension vers l’abbaye (un tiers seulement montant jusqu’à l’abbaye). Le temps moyen de visite est de deux à trois heures. « Au cours d’une journée, c’est entre 11h et 16h que la densité de visiteurs sur le site est la plus forte ».

Le Mont connaît un déclin de fréquentation depuis le début du xxie siècle, passant de 3,5 millions de visiteurs à 2,2 millions en 2013. Le site pâtit en effet des nouvelles conditions de desserte de la presqu’île et de la mauvaise réputation du Mont-Saint-Michel qui fait payer cher des prestations médiocres.

Depuis le 22 juillet 2014, les visiteurs peuvent se rendre au Mont par les nouveaux ouvrages d’accès créés par l’architecte Dietmar Feichtinger qui a remporté le concours du projet Saint-Michel. Une nouvelle digue et une passerelle sur pilotis laissant passer l’eau en dessous desservent désormais l’île. Cependant, le déclin touristique se poursuit, en raison notamment de la hausse des tarifs de stationnement, de la traversée à pied qui prend 50 minutes ou des navettes qui n’effectuent qu’une partie du parcours

 

Politique et administration

Administration municipale

Le conseil municipal est composé de sept membres dont le maire et deux adjoints.

 Jumelage

Le grand torii du sanctuaire d’Itsukushima

Population et société

Démographie

L’évolution du nombre d’habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir de 2006, les populations légales des communes sont publiées annuellement par l’Insee. Le recensement repose désormais sur une collecte d’information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d’une période de cinq ans. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations légales des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2006.

En 2017, la commune comptait 30 habitants, en diminution de 26,83 % par rapport à 2012 (Manche : -0,49 %, France hors Mayotte : +2,36 %).

Au Moyen Âge, 300 à 400 personnes vivaient au Mont. La population est tombée à 234 en 1800 avant que l’abbaye devienne une centrale pénitentiaire en 1810. La prison ferme en 1863 et la population, revenue aux valeurs antérieures, décline depuis, l’inconfort des maisons du Rocher (exiguës, humides car construites à même la roche qui suinte en permanence, et non accessibles en voiture) incitant les habitants à s’installer dans des maisons plus agréables dans la baie. Parmi les 44 Montois dénombrés en 2013, 20 habitent dans les polders, 24 intra-muros (une famille avec deux enfants, une commerçante, l’administrateur du monument, deux pompiers, un agent de sécurité, cinq moines, sept moniales et trois prêtres).

La commune accueille jusqu’à 20 000 visiteurs par jour pendant la saison estivale.

 

Manifestations culturelles et festivités

 Concerts et expositions à l’abbaye

Soucieux de redonner un rayonnement culturel au Mont, le Centre des monuments nationaux organise depuis 2010 une série de concerts de prestige à l’abbaye entre mai et septembre. Ainsi ont été invités Jordi Saval / Hespèrion XXI, le chœur accentus / Laurence Equilbey, le Concert spirituel / Hervé Niquet, Anne Queffélec, Jean-Guihen Queyras, l’Orchestre de Basse-Normandie, l’Orchestre de la Garde républicaine, les organistes Vincent Warnier, Didier Hennuyer et Thierry Escaich…

À cette occasion, la restauration de l’orgue est achevée en 2012.

Des expositions sont proposées chaque année par le CMN, dont une exposition Arnulf Rainer en 2012.

 

Festival « 13 siècles entre ciel et mer »

Lors de l’élaboration des festivités du 13e centenaire de la fondation du mont, le diocèse de Coutances et Avranches et l’association Robert-de-Torigni décidèrent, entre autres, de créer un festival d’Art chrétien pour « sensibiliser le visiteur au côté spirituel du Mont-Saint-Michel ». Celui-ci aurait lieu en juillet 2008 et concorderait avec les Journées mondiales de la jeunesse 2008 organisées à Sydney.

C’est ainsi, que durant ce mois de juillet, avec l’aide des Fraternités monastiques de Jérusalem du Mont-Saint-Michel, deux semaines de festival ont été proposées, composées d’une semaine de concerts et d’animations variées (classique, gospel…) et une autre d’exposition (calligraphie, reliure, dessin). De plus, des célébrations, veillées et autres festivités ont eu lieu, en relation avec les JMJ de Sydney.

Après cette édition fondatrice, le festival a été pérennisé, se déroulant durant une semaine chaque été.

 

Économie

Le Mont-Saint-Michel a longtemps « appartenu » à quelques familles, qui se partageaient les commerces de la commune, et se succédaient à l’administration du village. Le tourisme est en effet la principale, et même quasi unique source de revenus de la commune malgré l’agriculture sur les polders. On compte une cinquantaine de commerces pour 3 millions de touristes, alors que seulement 25 personnes dorment chaque soir sur le mont (moines inclus) hormis dans les hôtels.

Aujourd’hui, se partagent les principaux établissements de la commune :

Éric Vannier, propriétaire du groupe de la Mère Poulard (détenant la moitié des restaurants, commerces et hôtels de la commune intra- et extra-muros, ainsi que trois musées) ;

Jean-Yves Vételé, président-directeur général de la Sodetour (cinq hôtels, un supermarché et des commerces tous extra-muros, dont le Mercure La Caserne) ;

Patrick Gaulois, ancien édile, hôtelier et restaurateur intra-muros (et à Saint-Malo) ;

des commerçants indépendants.

Le Mont-Saint-Michel est dénommé « commune touristique » depuis août 2009.

 

Culture locale et patrimoine

Monuments et lieux touristiques

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L’entrée du village qui débouche sur la cour de l’Avancée est constituée d’une porte charretière et d’une porte piétonne. Les pèlerins qui l’empruntaient étaient contrôlés par les gardes puis pouvaient se désaltérer, à l’angle de l’escalier de la cour, dans la fontaine d’eau potable dont la vasque affecte la forme d’une coquille Saint-Jacques. La cour de l’Avancée qui forme un espace triangulaire, est aménagée en 1525 par le lieutenant Gabriel du Puy. Défendue par un chemin de ronde surélevé et par une tour en demi-lune flanquant les ouvertures de la cour suivante, cette cour protégeait les abords de la cour du Boulevard L’escalier mène à l’ancien corps de garde aux bourgeois, construction en granite couverte en essentes, qui abrite désormais l’office du tourisme du Mont-Saint-Michel. Cette cour expose deux michelettes, bombardes longues respectivement de 3,64 m et 3,53 m, de 0,48 et 0,38 de diamètre intérieur, et pesant 2,5 tonnes. Ces deux pièces d’artillerie sont fabriquées au moyen de douves en fer plat cerclées au feu par des colliers également en fer, solidement frettées. La tradition montoise rapporte que ces canons ont été abandonnés par les troupes de Thomas de Scales le 17 juin 1434 lors de la guerre de Cent Ans et ont été rapatriés intra-muros comme trophée par les habitants du Mont qui en ont fait le symbole de leur indépendance.

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Au fond de la cour, la porte du lion (référence à cet animal gravé sur un écusson aux armes de l’abbé Robert Jollivet) ouvre sur la cour du Boulevard construite en 1445 par Louis d’Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel et gouverneur de Normandie. Cette cour exiguë est occupée par des constructions modernes du xixe siècle, dont le restaurant de la Mère Poulard et l’hôtel les Terrasses Poulard, propriétés du groupe Mère Poulard, groupe industriel et hôtelier qui possède près de la moitié des hôtels et restaurants du mont. Unique entrée du village à l’origine, la porte du roi est construite vers 1435 par Louis d’Estouteville. Elle est protégée dix ans plus tard par une barbacane appelée désormais cour du Boulevard. Dotée d’une herse, elle est précédée par un pont-levis reconstitué en 1992 par l’architecte Pierre-André Lablaude et par un fossé empli d’eau les jours de grande marée. Au-dessus de cette porte se trouve le logis du Roi, appartement à deux étages qui servait de logement à l’officier représentant le pouvoir royal et chargé par le souverain de garder l’entrée du village. Ce logement abrite aujourd’hui la mairie montoise. Le cadre rectangulaire situé au-dessus de la porte charretière était autrefois décoré par un relief aujourd’hui estompé. Il représentait les armoiries du roi, de l’abbaye et de la ville : deux anges supportant le blason royal à trois fleurs de lys surmonté de la couronne royale, au-dessous deux lignes de coquilles posées deux à deux (rappel du Mont, vassal du roi de France) et pour support deux poissons posés en doubles fasces ondées (évocation des vaguelettes lors des marées).

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Le visiteur accède ensuite de plain-pied dans la Grand-Rue du village, voie étroite qui monte vers l’abbaye en serpentant entre deux rangées de maison qui datent pour la plupart de la fin du xixe siècle et du début du xxe siècle (maison de l’Arcade en encorbellement, maison de l’Artichaut, hôtel Saint-Pierre, pastiche de la famille Picquerel-Poulard construit en 1987 en face de l’hôtellerie de La Licorne, logis de Tiphaine qui abrite le quatrième musée privé du mont et qui appartient toujours aux descendants de Bertrand du Guesclin). La montée finale vers la porte de l’abbaye se réalise par le grand degré (escalier) extérieur. Large de 4 mètres, il était barré à mi-rampe par une porte pivotante, gardée par un veilleur installé dans un renfoncement visible à gauche. Les Montois appellent cet escalier le Monteux.

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Le chemin de ronde des remparts offre de nombreux points de vue sur la baie, à perte de vue mais aussi sur les maisons du bourg. Les îlots d’habitations sont composés de deux types de constructions, des maisons en pan de bois et en pierre mais la colorisation des façades ne permet pas toujours de les différencier.

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Un petit escalier rejoint sur la droite la cour de la barbacane crénelée conçue à la fin du xive siècle durant l’abbatiat de l’abbé Pierre Le Roy. Dotée de postes de surveillance percés de meurtrières, elle protégeait le châtelet d’entrée de l’abbaye constitué de deux tours rondes posées en encorbellement, supportées par des culs-de-lampe pyramidaux moulurés. La cour est dominée par le pignon oriental de la Merveille et par la silhouette fuselée de la tour des Corbins qui la flanque. Sous l’arc surbaissé de l’entrée, s’engage un escalier très raide qui se perd dans l’ombre de la voûte, ce qui lui vaut d’être appelé « le Gouffre ». Il conduit à la salle des Gardes, véritable entrée de l’abbaye.

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Soixante-et-un immeubles situés sur l’îlot sont protégés au titre des monuments historiques par plusieurs campagnes de protection, réalisées notamment en 1928 et 1934.

 L’abbaye et le Centre des monuments nationaux

L’abbaye, les remparts et certains immeubles, dont le bâtiment dit les Fanils, sont propriétés de l’État et gérés par le Centre des monuments nationaux, établissement public administratif placé sous la tutelle du ministère de la Culture. En 2011, l’abbaye a reçu 1 335 000 visiteurs. Elle est le second monument national le plus visité, après Notre-Dame de Paris (la tour Eiffel et le château de Versailles n’étant pas gérés par le CMN).

 Les Fraternités monastiques de Jérusalem

Depuis 2001, des frères et des sœurs des Fraternités monastiques de Jérusalem, venues de l’église Saint-Gervais de Paris, assurent une présence religieuse toute l’année. Ils remplacent les moines bénédictins, qui étaient revenus au Mont depuis 1966. Ils sont les locataires du Centre des monuments nationaux et n’interviennent pas dans la gestion de l’abbaye.

Ainsi, chaque jour, la communauté se retrouve pour les offices dans l’abbatiale (ou dans la crypte Notre-Dame des Trente Cierges en hiver), rendant ainsi à l’édifice sa destination originelle, pour prier et chanter la gloire de Dieu. Cela ne manque pas d’attirer visiteurs et pèlerins qui, nombreux, viennent assister aux diverses célébrations.

La restauration d’une maison du Mont, le « Logis Saint-Abraham », a été entreprise par la communauté, et permet, depuis octobre 2012, d’héberger des pèlerins retraitants.

 

Héraldique

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Personnalités liées à la commune

Robert de Thorigny, célèbre abbé du mont ;

Guillaume de Saint Pair, moine de l’abbaye auteur du Roman du Mont-Saint-Michel ;

Le duc de Chartres (futur Louis-Philippe Ier), venu démolir la « cage de fer » ;

Mathurin Bruneau, sabotier, escroc et faux Louis XVII, prisonnier au mont en 1821-1822 ;

Louis Auguste Blanqui, prisonnier politique au mont ;

Armand Barbès, prisonnier politique au mont ;

Monseigneur Jean-Pierre Bravard, sacré évêque de Coutances le 28 octobre 1862, il démissionne le 27 novembre 1875 pour s’éteindre moins d’un an plus tard ; il est le restaurateur de l’abbaye ;

Henri Voisin, né à Saint-Mandé (Val-de-Marne) le 6 août 1861, mort en Indre-et-Loire le 4 décembre 1945 est une personnalité artistique de la Manche, illustrateur et graveur ; il consacre à la Merveille pas moins de trois cents gravures à l’eau-forte. En outre, il écrit plusieurs livres et brochures et en illustre de nombreux autres. Conjointement à cette activité artistique intense, Henri Voisin, désireux d’assurer la sauvegarde du Mont, fonde, le 27 décembre 1911, avec l’aide de Paul Deschanel, l’association « les Amis du Mont-Saint-Michel » dont il est le secrétaire général durant vingt-sept ans. Selon David Nicolas, « de 1912 à 1938, chaque année, il a réalisé et remis une gravure grand format à chacun des membres de l’association qui ont ainsi pu se constituer une superbe collection de 27 gravures différentes ». En 1938, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur pour son action en faveur du Mont-Saint-Michel ;

la Mère Poulard, restauratrice (voir ci-dessous) ;

Émile Couillard, écrivain, historien du Mont et abbé du Mont-Saint-Michel.

 

Gastronomie locale

Le mont Saint-Michel se situe à l’embouchure du Couesnon. Côté terre, des aménagements de digues déjà anciens ont permis jusqu’à aujourd’hui de gagner sur la mer des terrains consacrés à l’agriculture et à l’élevage (dont celui des ovins, qualifiés de moutons de pré-salé). Le mouton ou l’agneau de pré-salé est ainsi une spécialité locale, à déguster de préférence grillé au feu de bois.

Une grande activité médiatique, à laquelle a participé de facto le dessinateur Christophe avec sa famille Fenouillard entoure la préparation de l’omelette de la mère Poulard, cette Bourguignonne née à Nevers arrivée à 21 ans en Normandie (du nom du restaurant situé dans le village et réputé pour cette spécialité). Celle-ci est faite d’œufs et de crème fraîche, abondamment battus en neige dans une bassine de cuivre avec un long fouet sur un rythme spécial que peuvent entendre les passants avant d’être cuite dans une poêle de cuivre sur un feu de bois.

 

Manifestations sportives

Le marathon de la baie du Mont-Saint-Michel relie depuis 1998 Cancale au mont.

Le mont a accueilli à plusieurs reprises le Tour de France cycliste. Le grand départ 2016 y a été donné.

 

Le Mont-Saint-Michel et les arts

Dans la peinture800px-Folio_195r_-_The_Mass_of_Saint_Michael

La Fête de l’ArchangeLes Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé, Chantilly, ms.65, f.195

Dès le Moyen Âge, le Mont-Saint-Michel fait l’objet de représentation, particulièrement dans des manuscrits enluminés. La représentation la plus célèbre se trouve sans doute dans les Très Riches Heures du duc de Berry, illustrant la fête de l’archange dans le livre d’heures. La miniature est attribuée à l’un des frères de Limbourg, qui l’a peinte entre 1411 et 1416. Mais on retrouve le mont représenté dans au moins sept autres livres d’heures du xve siècle. C’est le cas notamment dans Les Très Belles Heures du duc de Berry ou heures de Bruxelles, dans une scène de fuite en Égypte (vers 1400), dans les Heures du Maréchal Boucicaut (musée Jacquemart-André) au folio 11v (vers 1405), dans les Heures Sobieski conservées au château de Windsor, (f.204v) attribué au Maître de Bedford, le Livre d’heures à l’usage de Nantes conservé à la Bodleian Library (1450-1455).

 

Dans la littérature

En 1832, le roman fantastique La Fée aux miettes de l’écrivain Charles Nodier évoque les sables mouvants de la baie du Mont-Saint-Michel.

En 1850, le roman historique de Paul Féval, La Fée des grèves, dont l’action se situe en 1450, évoque les légendes du Mont-Saint-Michel et du mont Tombelaine.

En 1887, dans Le Horla, récit fantastique de Guy de Maupassant, le personnage principal termine son voyage thérapeutique au Mont-Saint-Michel.

En 1890, dans Notre cœur, roman de Guy de Maupassant, les deux personnages principaux, André Mariolle et Michèle de Burne, se promènent au Mont-Saint-Michel.

En 1967, dans son cycle des Princes d’Ambre, Roger Zelazny s’est inspiré des aménagements et particularités du Mont-Saint-Michel pour créer sa cité d’Ambre.

En 1984, le ministère de la Culture publie le livre découpage du créateur François Rouillay, permettant de revivre les mille ans d’histoire et d’architecture du Mont-Saint-Michel, avec une préface de Françoise Chandernagor.

En 2004, le roman La Promesse de l’ange, par Frédéric Lenoir et Violette Cabesos, est un polar archéologique dont l’action se situe principalement au Mont-Saint-Michel.

En 2005, le thriller Le Sang du temps de Maxime Chattam se déroule au Mont-Saint-Michel en 2005 et dans l’Égypte des années 1920.

En 2011, le roman de science-fiction L’Ère du Vent de Pierre Bameul dans lequel le MontSaint-Michel est devenu le siège d’un Nouveau Vatican post-apocalyptique.

En 2014, le roman Saint-Michel, priez pour eux ! de Jean-Pierre Alaux où le conservateur Séraphin Cantarel est mandaté pour restaurer la statue de l’archange.

 

Dans la bande dessinée

En 1961, Jacques Martin fait évoluer Guy Lefranc en partie sur le rocher dans L’Ouragan de feu, deuxième volet des aventures du journaliste.

En 1999 et 2000, Bruno Bertin publie aux Éditions P’tit Louis deux bandes dessinées jeunesse des Aventures de Vick et Vicky ayant pour cadre le Mont-Saint-Michel, sous le titre commun Les Archanges du Mont-Saint-Michel : Le Testament (tome 1) et La Malédiction (tome 2).

En 2008, la bande dessinée Le Diable & l’Archange, texte et dessin de Guillaume Néel, couleur de Julien Gondouin, reprend une vieille légende médiévale sur la création du Mont-Saint-Michel, et se trouve agrémenté d’un livret pédagogique pour mieux comprendre le Diable et l’Archange, l’historique du Mont, la ville.

L’Établissement scolaire de l’univers du manga Blue Exorcist, appelé « True Cross Academy », est inspiré du Mont-Saint-Michel.

Dans le manga Rosario+Vampire II, le quartier général de l’organisation Fairy Tale est très fortement inspiré du Mont-Saint-Michel.

En 2012, dans la série de comics américains Glory de Joe Keatinge et Ross Campbell publiée par Image Comics, l’action prend place au Mont Saint Michel.

Gilles Chaillet fait également évoluer son héros Vasco au Mont Saint-Michel dans Le dogue de Brocéliande.

 

Dans la musique

Le 28 juillet 1993, le compositeur Jean-Michel Jarre y donne un concert, spectacle ouvrant sa tournée mondiale honorant les merveilles architecturales classées au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

En 1996, le compositeur anglais Mike Oldfield publie l’album Voyager, dont un des titres est consacré au Mont-Saint-Michel.

En 1998, le compositeur français Patrick Broguière publie sous le titre Mont Saint-Michel un concept album de rock progressif entièrement consacré aux légendes du Mont-Saint-Michel.

En 1999, le musicien harpiste breton Kirjuhel publie l’album Echo of Mont-Saint-Michel.

En 2001, le musicien anglais Aphex Twin, originaire de Cornouailles, publie l’album de musique électronique Drukqs, dont le titre Mt Saint Michel + St Michaels Mount est inspiré à la fois par le Mont-Saint-Michel et le St Michaels’ Mount, situé en Cornouailles.

En 2003, le groupe Oldelaf et Monsieur D publie la chanson Le Mont St-Michel sur l’album Chansons Cons.

 

Au cinéma

1975 : L’Incorrigible de Philippe de Broca, où le rêve d’un des personnages est d’empêcher l’ensablement du mont Saint-Michel

1983 : Pauline à la plage d’Éric Rohmer (visible sur un court et unique plan)

1990 : Il y a des jours… et des lunes de Claude Lelouch

1991 : Le Secret de Sarah Tombelaine de Daniel Lacambre

1998 : Armageddon de Michael Bay

2003 : Le mont Saint-Michel a servi d’inspiration à l’équipe de Peter Jackson pour la cité de Minas Tirith dans le film Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi.

2009 : Une semaine sur deux (et la moitié des vacances scolaires) d’Ivan Calbérac

2010 : L’équipe artistique des studios Disney s’est inspirée du Mont-Saint-Michel pour réaliser le royaume de Raiponce

2013 : À la merveille de Terrence Malick

2016 : Tout pour être heureux de Cyril Gelblat – scène de pré-générique (source : générique).

2010 : L’Ombre du Mont-Saint-Michel de Klaus Biedermann (téléfilm)

 

En philatélie

Dès 1930 la poste a émis un timbre de 5 F brun.

En 1966, nouveau timbre de 25 centimes, noir, vert et rouge sur paille est émis à l’occasion du millénaire du Mont-Saint-Michel.

En 1998, nouveau timbre de 3 francs, multicolore. Ce timbre sera élu plus beau timbre de l’année.

En 2006, la poste dans une émission commune avec les Nations unies de Genève émet deux timbres dont l’un est le Mont-Saint-Michel et son abbaye (Manche) dont la valeur est de 90 centimes d’euro. Le thème était : Monuments. Patrimoine mondial.

 

Dans les jeux vidéo

Le mont Saint-Michel est représenté à l’époque de la Renaissance dans Assassin’s Creed Brotherhood (2010), jeu vidéo édité par Ubisoft Montréal. La ville est en effet proposée comme terrain de jeu (« carte ») pour des parties multijoueurs dans le premier contenu téléchargeable sorti en décembre 2010.

Le mont Saint-Michel est également représenté à l’époque contemporaine dans le jeu vidéo Onimusha 3: Demon Siege (2004) édité par Capcom.

Le mont Saint-Michel a aussi été représenté à l’époque de la Renaissance dans un jeu pour 3DS, Kingdom Hearts 3D: Dream Drop Distance (2012), jeu vidéo créé par Square Enix et Disney Interactive Studios.

Le mont est aussi présent dans le jeu Civilization VI en tant que merveille constructible.

Le mont est à l’honneur dans un jeu sur Phillips CD-I intitulé l’Ange et le Démon. le jeu est constitué de nombreuses prises de vue intérieures du mont et quelques aériennes. le joueur doit trouver des objets afin de réveiller l’Archange Saint-Michel afin qu’il puisse empêcher le Démon de détruire le monde.

Dans Pokémon X et Y, le mont Saint-Michel est représenté par la tour Maîtrise, un lieu de la région de Kalos.

 

Dans l’ésotérisme

Selon certains sites ésotériques, le Mont-Saint-Michel est situé sur un axe qui relie différents lieux dédiés à Saint Michel en Europe, en partant de l’ancien monastère consacré à Saint Michel, sur l’île Great Skelling en Irlande, puis par St Michael’s Mount en Cornouailles, jusqu’au Monte Gargano dans les Pouilles italiennes, l’île de Délos en Grèce, et la Lydie où Saint Georges aurait tué le dragon. Un autre mont est surmonté par l’abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse en val de Suse.

 

Bibliographie

Édouard Jules Corroyer, Guide descriptif du mont Saint-Michel, Paris, André, Daly Fils et Cie, 1886, 158 p.

Lomig Guillo, Les Secrets du mont Saint-Michel. Enquête sur 1300 ans d’histoire et de légendes, éditions Prisma, 2017 (

Édouard Le Héricher, Avranchin monumental et historique, t. II, Avranches, Nabu Press, 4 octobre 2011 (1re éd. 1846 (Tostain)), 764 p. ), p. 197-439.

Daniel Leloup, Le Village du Mont-Saint-Michel : histoire d’un patrimoine mondial, Chasse-Marée, 2004.

Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel : guide de la baie, du village et de l’abbaye, Siloë, 1999.

Jean-Charles Peguet, La 7e porte, éditions Dervy-Medecis, coll. « Les Lieux de la Tradition », 2002 — Étude sur la symbolique du jardin de pierre qui orne l’intérieur du cloitre.

Guillaume de Saint Pair, Le Roman du mont Saint-Michel (xiie siècle), Presses universitaires de Caen, 2009 pages=400.

Patrick Sbalchiero, Histoire du Mont Saint-Michel, Paris, Perrin, 2005 — réédition en 2014, collection « Tempus ».

Nicolas Simonnet, Mont-Saint-Michel, Casa Editrice Bonechi, 2001.

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PELERINAGE, SAINTE MARIE-JACOME, SAINTE MARIE-MADELEINE, SAINTE MARTHE, SAINTES-MARIES-DE-LA-MER

Les Saintes Maries-de-la-Mer : le village et le sanctuaire

Saintes-Maries-de-la-Mer

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Saintes-Maries-de-la-Mer ou Les Saintes-Maries-de-la-Mer sont une commune française du département des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur. C’est la troisième commune de France métropolitaine en superficie, après Arles qu’elle jouxte au Nord-Est, et Val-Cenis.

Capitale de la Camargue, elle est également un lieu de pèlerinage et une station balnéaire de Provence.

Construite autour de son église des xie et xiie siècles et longtemps enserrée dans une enceinte, la commune conserve encore aujourd’hui trace de ce passé historique dans la configuration de ses ruelles souvent étroites.

Ses habitants sont appelés les Saintois.

 

Géographie

Localisation

La commune est située dans le sud de la France, sur la côte méditerranéenne, en Camargue, à environ un kilomètre à l’est de l’embouchure du Petit-Rhône, où elle s’étend sur les 2 rives, et à 30 kilomètres à vol d’oiseau au sud-ouest d’Arles.

 Géologie et relief

La superficie de la commune est de 37 461 hectares ; son altitude varie entre 0 et 6 mètres

Très étendue, c’est la troisième commune de France métropolitaine après Arles,  sa voisine, et Val-Cenis (Savoie). Elle comprend essentiellement des terres alluviales et des marais. Les terres agricoles sont situées à l’ouest de la commune, le long du petit-Rhône et les marais à l’est où se trouve l’étang du Vaccarès.

Voies de communication et transports

Elle est reliée à la ville d’Arles, distante de 38 km, et à la petite Camargue vers Aigues-Mortes et Montpellier par le bac du Sauvage,, le pont de Sylvéeal et le pont de Saint-Gilles. Une piste permet d’accéder au phare de la Gachole puis à ceux deBeauduc et de Faraman.

Il n’y a plus de gare mais une ligne d’autocars publics permet d’accéder tous les jours à Arles.

Toponymie

En occitan provençal, le nom de la commune est Lei Santas / Lei Santei Marias de la Mar selon la norme classique ou Li Santo / Li Sànti Marìo de la Mar selon la norme mistralienne, en occitan médiéval La Vila de la Mar / Nòstra Dòna de la Mar). La prononciation locale est /li ˈsaŋtɔ/.

Histoire

Antiquité

La première mention explicite du village qui soit connue date du ive siècle. Elle nous vient du poète et géographe Avenus, qui au ive siècle, signalant plusieurs peuplades dans la région, cite oppidum priscum Ra, que le grand historien des Gaules Camille Jullian place à l’endroit de l’actuelle commune. Oppidum signifiant forteresse et priscum ancienne, ce serait donc « l’ancienne forteresse Ra ». Aviennus y voyait le nom égyptien d’une île consacrée à Râ, le dieu du Soleil et père de tous les dieux. Mais, cet oppidum priscum traduit probablement le plus ancien mot gaulois rātis « forteresse »

 Moyen Âge

En 513, le pape Symmaque donne à Césaire le droit de porter le pallium et fait de lui son représentant en Gaule. À cette époque, l’évêque d’Arles évangélise les campagnes encore fortement imprégnées de cultes païens ou romains en transformant si nécessaire d’anciens lieux cultuels en édifices chrétiens. Il crée ainsi un monastère ou une église aux Saintes, ce qui constitue un argument en faveur de la présence d’un temple païen plus ancien en ces lieux. On ne dispose pas de la date exacte de la naissance de cette nouvelle appellation, mais l’on sait que saint Césaire d’Arles a légué par testament, à sa mort en 542, Sancta Maria de Ratis à son monastère.

Le village devint donc Saintes Maries de la Barque (ou Saintes Maries de Ratis), aussi nommé parfois Notre-Dame de la Barque (ou Notre-Dame de Ratis).

Pendant l’hiver 859-860, resté comme le plus rude du ixe siècle, les Vikings hivernent en Camargue et selon toute vraisemblance, aux Saintes, avant d’entreprendre leur razzia dans la basse vallée du Rhône jusqu’à Valence où ils sont arrêtés par Girart de Roussillon.

En septembre 869, les Sarrasins surprennent lors d’un raid en Camargue, l’évêque d’Arles Rotland en train de superviser la mise en défense de la région. L’évêque, fait prisonnier, est échangé contre des armes, des esclaves, et autres richesses. Malheureusement, les Arlésiens ne récupèrent que son cadavre, habillé et mis sur un siège par les Sarrasins au moment de la remise de rançon qui se tient probablement sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer, à l’embouchure du Rhône de Saint-Ferréol, bras encore actif à cette époque.

L’église telle qu’elle se dresse aujourd’hui date des xie et xiie siècles, les deux dernières travées ayant toutefois été refaites en partie (partie supérieure des murs et toit) au milieu du xviiie siècle. Le clocher a subi de son côté de nombreuses réfections, l’état actuel datant de 1901.

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C’est environ au xiie siècle que ce nom se transformera en Notre-Dame-de-la-Mer.

En 1448, sous l’impulsion du Roi René, a lieu l’invention des reliques des saintes-Maries Jacobé et Salomé. L’archevêque d’Arles, Louis Aleman n’assiste pas à cette événement, car il est excommunié depuis 1440 à la suite du concile de Bâle ; en son absence, l’autorité papale est représentée par son légat, Pierre de Foix, l’archevêque d’Aix Robert Damiani et l’évêque de Marseille Nicolas de Brancas. Les comptes rendus de l’époque signalent une église primitive à l’intérieur de la nef actuelle. Pour certains, ce bâtiment pourrait correspondre à une chapelle mérovingienne du vie siècle.

 Les temps modernes

La peste de 1720 qui tue la moitié de la population marseillaise et le tiers de celle d’Arles, a épargné, contrairement à celle de 1348, la communauté des Saintes qui s’oppose avec véhémence à l’accueil de réfugiés arlésiens. À la Révolution, le culte est suspendu entre 1794 et 1797. Les créneaux de l’église sont démolis et leurs pierres vendues ; ils seront rénovés en 1873.

En 1838, le village prend le nom des « Saintes-Maries-de-la-Mer » et, peu après, le pèlerinage des Gitans est mentionné pour la première fois : au mois de mai, ils viennent de toute l’Europe honorer ici leur sainte patronne, Sara, la Vierge noire. Au début du mois de juin 1888, Vincent van Gogh, juin qui vient d’arriver en Provence, fait un court séjour de cinq jours aux Saintes. Il y dessine et peint notamment les barques sur la plage, le village vu des dunes côtières et quelques cabanes couvertes de sagne.

Peu de temps après au mois d’août 1892, est inauguré la ligne Arles – les Saintes, de la compagnie des Chemins de fer de Camargue, appelée le « petit train ». La ligne, devenue non rentable à la suite du développement de l’automobile, ferme en octobre 1953.

En 1899, le Marquis de Baroncelli s’installe aux Saintes sur la petite route du Sauvage, au mas de l’Amarée ; il s’attelle avec d’autres à la reconquête de la pure race Camargue, tout comme il participe activement à la codification de la course camarguaise naissante. En juillet 1909, il crée la Nacioun gardiano (Nation gardiane), qui a pour objectif de défendre et maintenir les traditions camarguaises.

Dès la fin du xixe siècle, mais surtout après la Première Guerre mondiale, le village reçoit la visite d’artistes et d’écrivains : Yvan Pranisnikoff en 1899, Hemingway en 1920, et plus tard celles des peintres Picasso et Brayer dans les années 1950.

De nombreux films y sont tournés, comme Crin Blanc en 1952 et D’où viens-tu Johnny ? en 1963.  De même, la séquence d’ouverture du film, Le Professionnel (1981) située en Afrique a été tournée sur le territoire du Grand Radeau aux Saintes-Maries-de-la-Mer. En 1975, Bob Dylan passe quelques jours dans la cité lors du pèlerinage du mois de mai.

En 1948, Mgr Roncalli, nonce apostolique en France célèbre aux Saintes le cinq centième anniversaire de l’invention des reliques.

Depuis 1960, la cité vit principalement du tourisme dont le développement à compter des années 1980 se veut mieux maîtrisé. Toutefois, cette évolution marquée par un accroissement démographique, de 1 687 habitants en 1946 à environ 2 500 en 2005, entraîne de profonds changements :

au niveau socio-professionnel, avec la disparition des pêcheurs et des agriculteurs au bénéfice des commerçants et des retraités, ces derniers souvent étrangers à la région,

sur le plan de l’urbanisme, avec le creusement d’un port et la création de nombreux lotissements comprenant un pourcentage important de résidences secondaires4 et d’habitations de location.

Ces changements se retrouvent notamment au niveau politique avec le basculement à droite d’une mairie longtemps détenue par les partis de gauche.

Démographie.

L’évolution du nombre d’habitants est connue à travers les recensements de la populations effectués dans la commune depuis 1793. En 2016, la commune comptait 2 504 habitants, en augmentation de 4,51 % par rapport à 2011.

Manifestations culturelles et festivités

Chaque 24 mai, plus de 10 000 gens du voyage (Yéniches, roms, manouches, gitans, sintis…)  affluent de toute l’Europe vers Saintes-Maries-de-la-Mer pour vénérer leur sainte Sara la noire ou Sara-la-Kali, et baptiser leurs enfants selon le rituel catholique.

En juin, le village accueille une Fête Votive, au cours de laquelle les jeunes et les « festaïres » du village animent les rues et places, vêtus aux couleurs de la Fête, se mesurant aux taureaux au cours d’abivado, de bandido et de courses de taureaux, improvisées.

Autour du 14 juillet, le village organise pendant trois jours une Feria du Cheval, qui présente des spectacles inspirés des piliers de l’identité camarguaise que sont le Cheval, le Taureau et la musqiue gitane.

Le 11 novembre, le Festival d’Abrivado regroupe plus de 200 gardians et 1000 chevaux venus de toute la Provence sur les plages des Saintes Maries exceptionnellement ouvertes aux cavaliers et à leurs montures ce jour-là.

Pendant les fêtes de fin d’année entre Noël et jour de l’An, le village présente un programme d’animations témoins de la tradition camarguaise. Ainsi, on peut assister à un Abrivado aux Flambeaux (lâcher de taureaux emmenés par des gardians portant des flambeaux), que les visiteurs peuvent admirer à la tombée du jour.

Chaque année a lieu aussi la Festo Vierginenco, qui est la cérémonie, pour les filles âgées de 16 ans, de passage du statut d’adolescente à celui de jeune femme

Culture locale et patrimoine

Lieux et monuments

L’Eglise fortifiée des xie et xiie siècles destinée à protéger les reliques des saintes (mais aussi les Saintois) en cas d’incursion des Sarrasins : la chapelle haute forme un véritable donjon, entouré, à la base, d’un chemin de ronde et surmonté d’une plate-forme crénelée.

Le pèlerinage les 24-25 mai   et de fin octobre (saintes Marie-Jacobé et Salomé) ;   celui du 24 mai est aussi célébré pour la patronne des Gitans, la « Vierge noire » sainte Sarah. Les deux premiers pèlerinages sont historiquement très anciens et évoquent une tradition chrétienne, celle du débarquement des premiers chrétiens sur le rivage de Camargue. Celui des Gitans, plus récent, n’est pas mentionné avant le milieu du xxe siècle.

Le musée et la maison du marquis de Baroncelli : installé dans l’ancienne mairie, le musée présente des documents recueillis par le marquis Folco de Baroncelli-Javon : mode de vie traditionnel de Camargue de , histoire de la ville, dioramas présentant la faune camarguaise (dont une héronnière), le mobilier provençal du xviiie siècle, les vitrines consacrées à Van Gogh, au Marquis et à ses amis comme le peintre russe Yvan Pranishnikoff.

Les arènes des Sainte-Marie-de-la-Mer construites au début des années 1930. La ville est membre du l’Union des villes taurines françaises.. Dans une région où la tauromachie est très ancrée depuis le xvie siècle et même selon certains chercheurs, depuis le xiie siècle, les arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer font partie des hauts lieux de tauromachie française. Elles proposent trois formes de course de taureuax : la course camarguaise, la corrida, et la corrida de rejon

La Croix et Mas de Méjanes, mieux connu sous le vocable domaine Paul Ricard, sur les rives de l’étang de Vaccarès.

La sculpture de Ben K, baptisée « Camargue », érigée au centre du village, à l’occasion du passage au nouveau millénaire, est inaugurée par le maire Roland Chassain, le 1er janvier 2001.

La mairie, construite dans les années 1930 et décorée par le peintre Marcel Dyf.

Les marchés : tous les lundis et vendredis sur la place de la mairie.

La présence à proximité du village d’un plan d’eau spécialement aménagé pour les tentatives de record de vitesse en planches à voile.

 Les cabanes des Launes

Une trentaine de cabanes de gardians se dressent, alignées face à la mer, entre le front de mer et l’étang des Launes, à l’ouest de l’agglomération. Apparues dans les années 1950 sur une bande de terre alors quasiment vierge, elles ont pour origine l’initiative prise par le maire de l’époque, Roger Delagnes, , de créer, à l’entrée ouest du village, une zone réservée à la seule construction de cabanes camarguaises à couverture de sagne (roseau des marais). Construites par des artisans cabaniers, ces cabanes semblent être sorties du même moule. Il s’agissait, pour la plupart d’entre elles, de résidences destinées à un séjour saisonnier, balnéaire, et, pour quelques-unes, de points de départ pour randonnées équestres.

Immortalisées par de nombreuses cartes postales dans les années 1950 à 1970, elles constituent, outre un pan du passé récent des Saintes-Maries, une curiosité architecturale et urbanistique unique en son genre en Europe.

 Personnalités liées à la commune

Folco de Baroncelli Javon, (1869-1943), écrivain, poète, manadier, mainteneur et rénovateur des traditions camarguaises, est enterré à l’emplacement de son mas du Simbèu, près de l’embouchure du Petit-Rhône, fondateur de la Nacioun gardiano

Ivan Petrovitch Pranishnikoff, peintre russe, mort et inhumé en 1909 aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

Vincent van Gogh : lors de son séjour aux Saintes-Maries-de-la-Mer, du 10 au 16 juin 1888, l’artiste peint trois tableaux et réalise onze dessins.

Hermann Paul, peintre français, mort et inhumé en 1940 aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

Denys Colomb de Daunant, écrivain, poète, photographe et cinéaste connu pour être l’auteur et le coscénariste du film Crin-Blanc (1952) réalisé par Albert Lamorisse.

Manitas de Plata venait toujours aux Saintes-Maries-de-la-Mer à l’occasion du pèlerinage.

Bibliographie

J.H. Esteban, L’été gitan en Camargue, Nîmes, Christian Lacour. Louis Borel, Histoire des Saintes-Maries de la Mer, Editions Errance,  2012.

Jean Lamoureux, Les Saintes Maries de Provence. Leur vie et leur culte, éditions Belisane, 1999.

Frédéric Simien, Camargue, fille du Rhône et de la mer, Editions Alan Sutton, 2010.

Frédéric Simien, Saintes-Maries-de-la-Mer, Editions Alan Sutton, 2012.

Frédéric Simien, Saintes-Maries-de-la-Mer, tome II, Editions Alan Sutton, 2013.

Jean-Baptiste Maudet, Terres de taureaux – Les jeux taurins de l’Europe à l’Amérique, Madrid, Casa de Velasquez, 2010, 512 p.  Annexe CD-Rom 112 pages

Jean-Baptiste Maudet, Terres de taureaux – Les jeux taurins de l’Europe à l’Amérique, Madrid, Casa de Velasquez, 2010, 512 p. (

Véronique Flanet (dir.) et Pierre Veilletet (dir.), Le Peuple du toro : ouvrage collectif, Paris, Hermé, 1986

Sophie Bergaglio, L’histoire du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-mer, 2016, Éditions des Lilas (www.bergaglio.fr) 

 

Pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Le pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer, dit encore pèlerinage des Gitans est une manifestation religieuse, doublée d’un phénomène touristique, qui se déroule en Camargue aux Saintes-Maries-de-la-Mer, , chaque année les 24 et 25 mai. Ce pèlerinage, avec la présence massive de tsiganes venus de toute l’Europe, est l’objet d’une forte médiatisation. Cette tradition camarguaise est pourtant récente puisqu’elle a été instaurée sous sa forme actuelle par le marquis Folco de Baroncelli, en 1935.

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Des origines au xixe siècle

Comme le rappelle Jean-Paul-Clébert, Strabon indiquait que c’est sur l’emplacement des Saintes-Maries-de-la-Mer que les Phocéens de Massalia érigèrent un temple à Artémis. De plus des vestiges sous-marins ont été identifiés comme un habitat antique au large de la côte. Ils sont antérieurs à la colonisation grecque.

La première mention d’une cité est faite dans les Ora maritima d’Acenus. Il la nomme oppidum priscium Râ. Ce vieil oppidum devint au vie siècle Sancta Maria de Ratis (du radeau)., nom qui évolua vers Notre-Dame-de-la-Barque lorsque se popularisa la légende du débarquement des Trois-Maries   sur la côte camarguaise. Cette mutation se passa à partir de 547, quand Césaire d’Arles   y installa une communauté de religieuses avec comme mission de veiller sur des reliques.

En 1926, le chanoine Chapelle écrivit à ce propos : « C’est là que va être plantée la première croix, là que va être célébrée la première messe sur la terre des Gaules. C’est de là que va partir l’étincelle qui portera la lumière de l’Évangile à la Provence d’abord, ensuite au reste de la France ». Selon cet auteur les Saintes-Maries étaient un lieu de pèlerinage dès avant l’arrivée des Saintes, et il décrit les restes d’un temple païen successivement dédié à Mythra puis à Diane d’Ephèse.

La seule chose qui est assurée est qu’un culte chrétien se juxtaposa au païen et que la construction de l’église-forteresse au xiie siècle l’annexa définitivement au christianisme. Au xive siècle, sous le pontificat des papes d’Avignon, le pèlerinage y était très populaire. À tel point qu’en 1353, Benoît XII fixa la célébration des Saintes au 25 mai et au 22 octobre.

Jean de Venette, , auteur d’un poème sur l’Histoire des Trois Maries raconte qu’il visita Pierre de Nantes, évêque de Saint-Pol-de-Léon, alors atteint de la goutte et que ce dernier n’aurait dû sa guérison qu’à l’intercession des trois Maries. L’évêque accomplit alors en remerciement un pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer en 1357.

Ce pèlerinage ne put qu’être connu des premiers Gitans qui entrèrent en Europe au début du xve siècle. Primitivement associée aux deux autres Maries, Marie Madeleine avait vu son culte se centrer sur la Sainte-Baume, et Sara la noire l’avait remplacé dans la triade. Au cours de l’été 1419, les premières tribus gitanes apparurent sur le territoire de la France actuelle en trois lieux différents : Châtillon-sur-Chalaronne, Mâcon et Sisteron. Ces nouveaux venus furent craints car identifiés aux bandes armées qui dévastaient ces régions. Aussi, préférait-on les payer pour obtenir d’eux une passade rapide.

Les archives de la ville d’Arles conservent la trace de leur passage en avril 1438. Ils étaient alors à dix lieues des Saintes-Maries-de-la-Mer. Dix ans plus tard, en 1448, ce fut l’invention des reliques sous le règne du roi René. Sous l’autel de l’église ont découvrit des ossements. Ils furent placés dans des châsses et transportés dans la chapelle haute. Lors des fouilles que le comte de Provence avait ordonnées trois cippes furent exhumés, ils furent considérés comme les oreillers des Saintes. Toujours visibles dans la crypte de l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer, les deux premiers sont consacrés aux Junon et le troisième est un autel taurobolique ayant servi au culte de Mithra. Jean-Paul Clébert suggère que le culte des trois Maries (les Tremaie) s’était substitué à un antique culte rendu aux trois Matres, divinités celtiques de la fécondité, et qui avait été romanisées sous le vocable des Junons.

La découverte des reliques attribuées aux Saintes-Maries s’accompagna de la décision de les ostenter trois fois l’an, le 25 mai, pour la fête de Marie-Jacobé, le 22 octobre pour celle de Marie-Salomé et le 3 décembre. Une procession à la mer, avec la barque et les deux saintes, eut désormais lieu en mai et en octobre. Au cours de celle du 24 mai était associée Sara la Noire.

La première mention de Sara se trouve dans un texte de Vincent Philippon, bayle du viguier du comté de Provence, rédigé vers 1521 : La légende des Saintes Maries et dont le manuscrit est à la bibliothèque d’Arles. On l’y voit quêtant à travers la Camargue pour subvenir aux besoins du pèlerinage. En vérité, nul ne sait qui est Sara la Noire, ni comment son culte s’instaura aux Saintes-Maries. Ce qui est certain, c’est que la dévotion à Sara commença dans l’église des Saintes bien avant la venue des Gitans en Camargue.

On les retrouve, en 1595, au pied du mont Ventoux, au village de Faucon arrivant de Basse-Provence. Leur passade est rétribuée avec quatre pichets de vin. Comme ils reviennent le 19 du même mois, ils n’ont plus droit qu’à trois pichets. Nouvelle venue, le 23 juillet d’une bande de seize personnes qui accepte de ne pas s’attarder contre un pichet. Le vin étant apprécié, le 14 octobre une troupe plus nombreuse apparaît qui accepte de partir contre deux pichets. Le pichet valant alors trois sols, ce village du Comtat Venaissin  s’en tirait à bon compte.

Quatre ans après, le village voisin du Crestet, résidence des évêques de Vaison, voit arriver Jean Delagrange, dit le comte des Bohémiens, avec sa tribu. Il achète sa passade contre quinze sous. Un demi-siècle plus tard, en 1655, le même village se trouve confronté à « la compagnie des Égyptiens du capitaine Simon ». Le ton a changé, il n’est plus question de négocier et les consuls ordonnent qu’ils soient expulsés « attendu le dégât que la compagnie aurait fait aux vignes et autres fruits du terroir »

Seule la Révolution française interrompit momentanément le pèlerinagequi reprit au début du xixe siècle lorsqu’on commença à reparler des miracles et guérisons attribués aux reliques des Saintes femmes.

Pourtant aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c’est le « royaume de la misère et de la fièvre », comme l’explique le baron de Rivière dans son Mémoire sur la Camargue publié en 1825. Dans toute la Camargue sévissaient les fièvres paludéennes, le village des Saintes-Maries-de-la-Mer se désertifiait. Tour à tour avaient déserté le juge, les régents d’école, le médecin et les notaires. À la fin du siècle, Vidal de la Blache, après avoir passé une journée en Camargue, notait : « … En somme, pays en pleine décomposition sociale ».

Conscients de cette situation, les Saintois réclament le désenclavement de leur village, uniquement desservi par des chemins impraticables plusieurs mois dans l’année. Le projet des commerçants qui dirigent la mairie, en 1850, est de développer un tourisme balnéaire, le pèlerinage rapportant peu.

Pas question alors de Gitans puisque leur présence n’est attestée qu’à la moitié du xixe siècle. La première mention de leur participation aux pèlerinages des Saintes figure dans un article d’un journaliste de L’Illustration, Jean-Joseph-Bonaventure Laurens, en 1852, avec une gravure de l’auteur.

Frédéric Mistral racontant sa visite en Camargue, en 1855 nota : « L’église était bondée de gens du Languedoc, de femmes du pays d’Arles, d’infirmes, de bohémiens, tous les uns sur les autres. Ce sont d’ailleurs les bohémiens qui font brûler les plus gros cierges, mais exclusivement à l’autel de Sara qui, d’après leur croyance, serait de leur nation ».

En 1903, bénédiction de la mer par le chanoine Ribon, curé des Saintes-Maries, lors des processions de mai et d’octobre avec une présence uniquement provençale

Les Gitans ne sont pas signalés y compris dans les archives de police. Celles de la paroisse les ignorent, tout comme le journal du curé Escombard, qui fut en fonction aux Saintes-Maries de 1861 à 1893.

Les Gitans qui participent au pèlerinage durant cette période se fondent parmi les autres pèlerins. Ils dorment soit sous des tentes, soit dans l’église, ce que confirme le curé de la paroisse des Saintes : « C’est surtout par des gens du Languedoc qu’est fréquenté le pèlerinage du 25 mai ; on couche dans l’église ». Même si la présence, depuis la fin du xixe siècle, de l’archevêque d’Aix-en-Provence en mai et octobre confirmait l’importance accordée à ces pèlerinages, cette présence populaire gêna certains puisqu’en 1873, le curé fit installer des tribunes payantes et numérotées dans l’église. Elles demeurèrent en place durant un siècle, garantissant à la fois une vue imprenable et le respect de la hiérarchie sociale.

À partir de 1892, l’arrivée du train aux Saintes-Maries-de-la-Mer facilite l’accès au village. Les voitures de chemin de fer bondées déversent les pèlerins par centaines6. En conséquence, les horaires des cérémonies s’adaptent aux horaires du train. Le guide de voyage de Baedeker, dans son édition de 1886, ne mentionnait que l’existence des Saintes-Maries-de-la-Mer, mais, en 1897, il décrit la petite ville camarguaise accessible par voie ferrée, signale le pèlerinage et de la présence des Gitans.

Le journal paroissial, tenu par les curés des Saintes de 1861 à 1939,   quand il mentionne leur présence insiste sur « l’aspect étrange, déroutant ou les manifestations exubérantes et quelque peu encombrantes de leur dévotion ». Vers 1900, un curé se demanda même ce que ces Gitans venaient faire au pèlerinage de mai et quelles raisons peu avouables les faisaient se mêler aux pèlerins locaux.  Par ailleurs, l’occupation nocturne de l’église donnait lieu à toutes sortes d’élucubrations que publiaient les journaux, il y était question d’élection de la reine des gitans, de célébration de messe noire,   de rituels secrets et même de sacrifices sanglants.

Un autre curé moins hostile à leur présence, notait : « Les bohémiens sont déjà arrivés. Usant d’un droit très ancien qu’on leur a laissé d’occuper, sous le chœur de l’église, la crypte de Sainte Sara, leur patronne légendaire, ils sont là accroupis au pied de l’autel, têtes crépues, lèvres ardentes, maniant des chapelets, couvrant de leurs baisers la châsse de leur sainte, et suant à grosses gouttes au milieu de centaines de cierges qu’ils allument ».

Il est assez admiratif quand il rapporte : « Jour et nuit, ils chantent des cantiques et marmonnent des prières que personne ne comprend, dans un langage qui n’a pas plus de nom que d’histoire… C’est un spectacle unique que leur présence à ces fêtes. Elle donne au pèlerinage un caractère d’originalité qui ne manque pas de pittoresque et de grandeur ».

Si le curé des Saintes souligne « leur zèle excessif, leur démonstration enthousiaste, leur abandon diligent », il se demande s’ils sont véritablement chrétiens et il serait tenté d’en douter. Il explique : « Tout incline à croire qu’ils ne font aucune attention aux offices et ne prennent aucune part au culte traditionnel. Ils semblent consacrer toute leur dévotion à l’autel de leur sainte privilégiée. Au moment des acclamations aux Saintes Maries, la plupart restent muets ou s’obstinent à répondre par le cri unique de Vive sainte Sara ».

Il reconnait cependant que nombreux sont ceux qui sont attachés à la religion catholique, qui font baptiser leurs enfants ou qui appellent un prêtre pour leurs malades. Il constate de plus que « pendant les fêtes des Saintes Maries, leur attitude est des plus respectueuses. Les longues heures qu’ils passent à la crypte, la vénération qu’ils ont pour les saintes châsses, l’empressement qu’ils mettent à porter, toucher, baiser, faire baiser à leurs enfants, à la procession, la barque qui contient les statues des Saintes, se disputent les fleurs qui la parent, témoignent de leurs sentiments chrétiens. Pour être quelques fois bruyante et exagérée, leur dévotion ne dénote pas moins chez eux un certain esprit de foi et de confiance qui les honore et fait plaisir à voir ».

Dans le journal de la paroisse se trouvent aussi quelques indications sur le nombre de Gitans qui fréquentaient alors le pèlerinage. Jusqu’en 1939, sur un total de dix à vingt mille pèlerins, ils étaient un bon millier arrivant dans une centaine de roulottes.

Église et pouvoirs publics en cette fin de xixe siècle, début de xxe, ne savent point trop quelle attitude adopter face aux Gitans. En 1895, un arrêté préfectoral interdit leur présence lors des fêtes de mai. Il est annulé trois ans plus tard, mais il est institué un registre des visiteurs pour entrer dans l’église. En 1907, une proposition de loi est déposée par Fernand David, député de Savoie, pour interdire tout rassemblement gitan lors du pèlerinage de printemps.

Le marquis de Baroncelli crée une tradition

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Un avignonnais, le marquis Folci de Baroncelli Javon s’installe en Camargue en 1895. Sa présence sur place va tout changer car il va devenir le personnage incontournable de ce pèlerinage.

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Folco de Baroncelli, extrêmement attaché aux traditions provençales suit les recommandations de Mistral, il écrit de la poésie et se charge d’organiser des manifestations populaires En 1904, installé à la mande de l’Amarée, proche du village, il crée la Nacioun gardiani. Les gardians qui la composent participent aux processions, montés sur ses chevaux blancs. Ils sont très rapidement rejoints par les Arlésiennes en costume.

Le syndicat d’initiative de Provence ayant organisé un voyage spécial de Marseille aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour quelque deux cents touristes, le 17 mai 1908, , le marquis de Baroncelli prend l’initiative de les accueillir à la gare, à cheval avec ses gardians, puis de les accompagner jusqu’au village. Cela fait grand bruit et dès lors la « tradition » devient un des atouts majeurs du tourisme saintain.

En 1921, l’archevêque d’Aix, Maurice-Louis-Marie Rivière, autorise une messe réservée aux Gitans dans la crypte et ils participent pour la première fois à la descente des châsses de l’église haute. Baroncelli sent une nouvelle opportunité et, quatre ans plus tard, à la tête de ses gardians, le marquis escorte la barque des Saintes Maries le jour de la procession.

Mais son successeur, l’archevêque Emmanuel Coste, interdit le prêche en provençal et défend aux Bohémiens de porter la statue de Sara lors de la procession du 25 mai 1934. Afin que les Gitans aient leur place pleine et entière aux fêtes de mai, le Marquis se bat pour que le culte de Sara soit reconnu par l’Église. Le nouvel archevêque, Clément Roques l’écoute et il obtient gain de cause. Il accepte que lors de la bénédiction de la mer la statue de Sara soit présente et portée les Gitans en procession jusqu’à la mer. C’est l’évènement historique du 24 mai 1935. Le clergé, réticent, ne participe pas à cette procession en faisant savoir qu’elle n’était que toléré. Baroncelli contre-attaque et l’année suivante, c’est l’archevêque d’Aix qui précède et bénit la procession.

Fini le temps où, afin de préserver « la dignité des cérémonies dans le chœur », l’accès des Gitans à la crypte de Sara la noire ne se faisait que par une porte dérobée. Les liens étroits que le Marquis entretenait avec certaines familles gitanes de Saint-Gilles et l’archevêché d’Aix a payé. La fierté des Gitans est immense, le pèlerinage vient de changer définitivement d’aspect.

Tout faillit être remis en cause en 1958 par l’Aumônerie nationale des Gitans. Pour contrer Sara la noire dont elle conteste la sainteté, elle introduit dans le pèlerinage gitan une Notre-Dame des Roulottes. Cette initiative relègue Sara au second plan. La presse locale ne manque pas de rappeler que dans la tradition catholique, Sara n’est en fait qu’une servante venue avec les Trois Maries.

La réplique se fit sur le même terrain du légendaire provençal. La Nacioun gardiano et les tenants du pèlerinage gitan rappelèrent que pour le Marquis Sara était la fille d’un roi des premiers occupants de la Camargue, les ancêtres des Gitans, et accueille sur la plage les premiers chrétiens arrivés de Palestine. Le diadème la rétablit dans son rang princier et de première chrétienne d’Europe.

L’Église tenta de reprendre l’initiative en annonçant qu’elle avait l’intention de transformer la procession en chemin de croix. Cette proposition se heurta à un tollé général et à une opposition déterminée non seulement des Gitans, qui se voyaient déposséder de leur pèlerinage, mais aussi de la municipalité des Saintes qui voyait d’un mauvais œil disparaître une de ses principales ressources touristiques. Ce front unique contraignit le clergé à céder. Et depuis 1965, il participe, archevêque en tête, à la procession des Gitans et Sara à la bénédiction de la mer.

Le pèlerinage des Gitans

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Par la volonté de Folco de Baroncelli, l’intégration des Gitans au pèlerinage l’a métamorphosé. Tout d’abord il est devenu le pèlerinage international de tous les Gens du Voyage.

Durant la semaine qui précède la procession, des veillées se succèdent dans l’église de Notre-Dame-de-ma-Mer dont la crypte est embrasée de cierges et baigne dans une chaleur d’étuve. Les fidèles sont précédés des violons et des guitares. Chacun se doit de prier très fort, de clamer des invocations, de présenter ses enfants à bout de bras devant les statues. Outre les messages déposés dans la boite aux intentions, on y glisse des linges d’enfants ou des bijoux. Les femmes habillent Sara qui est alors revêtue d’une cinquantaine de robes différentes. De nombreuses familles profitent de ce rassemblement pour faire baptiser leurs enfants, dans le sanctuaire camarguais.

Fernand Benoît, qui fut le premier historien à décrypter ce folklore, souligne pour les trois Maries et pour Sara, l’importance de la procession à la mer. L’immersion de la sainte noire, que font les Bohémiens, précède d’un jour celle des Maries en leur barque. La statue de Sara est immergée jusqu’à mi-corps.

En Camargue, l’immersion rituelle dans la mer obéit à une tradition séculaire. Déjà au XVIIè siècle, les Camarguaises et Camarguais se rendaient à travers les bois et les vignes, sur la plage, alors éloignée de plusieurs kilomètres de l’église des Saintes, et se prosternaient à genoux dans la mer.

« Le rite de la navigation du « char naval », dépouillé de la légende du débarquement, apparaît comme une cérémonie complexe qui unit procession du char à travers la campagne et pratique de l’immersion des reliques, il se rattache aux processions agraires et purificatrices qui nous ont été conservées par les fêtes des Rogations et du Carnaval »

 Fernand Benoit, La Provence et le Comtat Venaissin, Arts et traditions populaires

Et l’historien de souligner que ces processions à la mer participent au caractère même de la civilisation provençale et à sa crainte respectueuse de la Méditerranée puisqu’elles se retrouvent tant aux Saintes-Maries-de-la-Mer, qu’à Fréjus, Monaco, Saint-Tropez, qu’à Fréjus, Monaco ou Collioure,  liées à d’autres saints ou saintes

Si le pèlerinage s’est transformé et renforcé jusqu’à nos jours, s’il a évolué, il l’a fait dans le cadre de l’évolution des rapports de la société saintoise et des populations gitanes. Comme l’explique Marc Bordigoni : « Le caractère emblématique de ce moment s’est traduit, par exemple en 2001, par la tenue de l’assemblée générale de deux importantes associations intervenant dans le monde du voyage, par la venue de dix élèves de l’École nationale d’Administration en voyage d’études, par un débat avec le préfet responsable des Gens du Voyage au ministère de l’Intérieur, par la présence d’un émissaire du Vatican »

Des quelques dizaines de verdines hippomobiles qui se garaient sans peine dans les rues du village, souvent devant la même maison, ce qui permettait de tisser des liens avec l’habitant, l’affluence des Gens du Voyage comme des touristes a modifié les règles du jeu. Les stationnements sont réglementés, les renforts de gendarmerie et de gardes mobiles omniprésents, les besoins en sanitaires et en points d’eau extérieurs importants. Il n’est même plus possible de faire des feux de camp.

Au cœur des Saintes se trouve la place des Gitans. Là stationnaient et stationnent encore, nombre de caravanes, tandis que les huit ou dix mille gens du voyage s’installent péniblement dans le bourg camarguais. Les caravanes forment une cité éphémère avec ses avenues, ses venelles et ses quartiers

Le pèlerinage a connu une croissance de quelques milliers de personnes au début du xxe siècle pour atteindre 40 000 personnes certaines années. Aujourd’hui on compte entre sept et dix mille Gitans pour quatre à cinq mille pèlerins venus des départements voisins

C’est une limite due à la situation géographique des Saintes, village entouré d’eau, par la mer au sud et par les étangs au nord. Mais tel qu’il est devenu le pèlerinage des Gitans bénéficie d’une large couverture médiatique, en particulier les médias privilégiant la photographie ou le film.

Il est sûr que la mise en scène voulue par le Marquis a donné à ce pèlerinage un impact touristique immense. Déjà, la descente de châsses et les deux processions à la mer constituaient un fait touristique important. Mais la présence majoritaire des Gitans, accueillis en Provence camarguaise est devenu l’élément le plus attractif.

Pour rompre avec la conception traditionnelle du Gitan et de sa famille, une exposition est organisée chaque année dans les locaux du Relais culturel. Elle permet de répondre aux interrogations des touristes, tout en mettant en valeur quelques artistes d’exception, dont les joueurs de flamenco. Le principal étant Manitas de Plata qui a ébloui Pablo Picasso et que Lucien Clergue a souvent photographié aux Saintes.

En l’an 2000 une soirée musicale s’est déroulée dans les arènes. Elle était organisée par Chico Bouchikhi (ex*Gipsy-Kings) et mêla un public de Saintois, de touristes et de gens du voyage, « tous devenant également spectateurs, chacun retrouvant sa place particulière dès le lendemain ». La gitanité était devenue à la mode.

Cette culture gitane a fait la renommée des Saintes. Elle est d’ailleurs indispensable à ce village, vivant du tourisme. Ses habitants s’en servent puisque nombre d’enseignes commerciales ont choisi un nom faisant référence au monde gitan.

Par contrecoup, certains touristes considèrent les Saintes à l’égal d’un Disneyland camarguo-gitan. Ils en réclament tous les services qu’ils pensent être en droit d’exiger. À contrario, certains restaurateurs tiennent à conserver leurs horaires, et refusent le service continu que d’autres offrent déjà. Ce tourisme de masse influence fortement la vie du village et induit plus de mutations que le traditionnel pèlerinage n’a jamais pu le faire.

Le spectacle est en ville. Il y a d’abord les musiciens, guitaristes de flamenco, accordéonistes roms, violonistes manouches. Ils provoquent ou accompagnent les danses gitanes, où s’exercent jeunes et moins jeunes, et se régalent d’accompagner des « dames originales, qui souvent d’une année sur l’autre reviennent et se voient attribuer un sobriquet, comme la Sardinha, par exemple ».

Pendant ce temps, les Romnia, ne se privent pas de lire les lignes de la main et de dire la bonne aventure sur la place de l’église. Les appareils photos crépitent et les caméscopes tournent. Photographes et cameramen ne sont pas tous des touristes. Chaque année, viennent une cinquantaine de professionnels pour couvrir l’évènement, dont quinze équipes de télévision.

Autre moment important lors des processions, la présence des Arlésiennes et des gardians en costumes traditionnels. Ces Provençaux sont un des sujets favoris des preneurs d’image.

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L’aspect le plus frappant de ces festivités est l’habit, ou plus précisément la gamme très variée des habits. Marc Bordigoni remarque : « On croise des Romnia avec leurs longues robes à fleurs, des Gitanes superbement habillées à la mode andalouse, des jeunes filles perchées sur des chaussures compensées de quinze centimètres et aux tenues plutôt sexy, des jeunes hommes en costume ou chemise blanche mais portant de la marque, de grosses chevalières d’or aux doigts, des tatouages plus ou moins discrets sur le bras, quelques enfants dépenaillés – presque grimés en pauvres gavroches dirait-on – une guitare à la main, des hommes sur leur trente et un avec ou sans chapeau, quelques types épatants de Voyageurs ». Cette variété vestimentaire n’est pas le seul fait des pèlerins Gitans et se retrouve chez tous les autres groupes sociaux.

Et l’ethnologue d’énumérer : « Mais l’on voit aussi des prêtres, des aumôniers et des religieuses, tantôt en civil, tantôt portant des aubes décorées de guitare, de feux de camp ou de roulotte ; des évêques avec mitre ; des gendarmes, en grand nombre, par groupes de six, en tenue d’été le jour, le soir gardes mobiles en « tortues Ninja », la police municipale de blanc vêtue, des fausses gitanes…, des gardians de tous âges et toutes nationalités, des Arlésiennes, d’Arles… de Savoie ou du Poitou, des originales, amatrices de flamenco comme la Sardinha ; des bourgeoises blondes et bronzées de Marseille ou Montpellier en T-shirt Thierry Lacroix au bras de leur compagnon arborant chemise camarguaise, jean et bottes texanes ; des bikers en cuir noir garant leurs trente Harley-Davidson devant l’office du tourisme ; quelques hippies ayant traversé l’espace-temps, etc. ».

Nul n’échappe à cette attraction vestimentaire, que Marc Bordigoni décrit comme une « mise en scène de soi » et les simples touristes, qui vont venir pour la première fois, ne manquent pas de s’informer auprès du syndicat d’initiative pour connaître la manière de s’habiller pour ne pas « passer pour des touristes ».

Le pèlerinage des Gitans aux Saintes-Maries-de-la-Mer donne donc, pendant quelques jours, la possibilité à tout un chacun de se costumer, et ainsi de « dépasser les ennuis de la vie quotidienne, les incertitudes d’un monde de plus en plus monotone et agressif, en interrogeant leur passé, tant personnel que collectif, et à rompre ainsi leur solitude ».

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Bibliographie

Sophie Bergaglio (feat. Sébastien AUBLANC), L’histoire du pèlerinage des Saintes-Mariesde-la-mer, (2016) Edition des Lilas,

Jean-Paul Clébert.  Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972.

Fernand Benoît. La Provence et le Comtat Venaissin, Atrs et traditions populaires, Éd. Aubanel, Avignon, 1992

Marc Bordigoni, Le pèlerinage des Gitans, entre foi, tradition et tourisme, Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative (Idemec), Aix-en-Provence

Pierre Causse, Saintes-Maries-de-la-Mer, les deux Maries, in La Roulotte, no 149, avril 1999

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Source ; Wikipédia

CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, PELERINAGE, PROVENCE, SAINTES-MARIES-DE-LA-MER

Santuaire des Saintes-Marie-de-la-Mer

Sanctuaire des  Saintes-Maries-de-la-Mer

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Historique

LE PREMIER SANCTUAIRE

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Une église primitive de dimensions modestes est construite autour du puits avant le VI°. Conservée à l’intérieur de l’église forteresse, elle est démolie lors des fouilles ordonnées par le roi René en 1448.

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Dans son testament de 542, saint Césaire, évêque d’Arles, mentionne une église dédiée à Notre Dame du Radeau. De dimensions modestes – on parle d’environ 15 mètres – elle était fermée devant par une grille de fer  et sur les trois autres cotés par une muraille de pierre de taille. Elle occupait la partie centrale de la nef actuelle, touchant le chœur. On l’avait construite autour du puits que l’on peut toujours voir de nos jours car la tradition disait que les Saintes avaient élevé là un autel à la Sainte Vierge, le premier sur la terre des Gaules, et avaient vécu près de ce puits.

Au moment de l’édification du premier sanctuaire, le pays jouissait d’un temps de paix : on ne le fortifia donc pas. A partir du IX°, les incursions des sarrasins venus de la mer entrainent la construction d’une église forteresse qui englobe l’église primitive. Celle-ci gênait la circulation : pour aller de la nef au cœur, il fallait passer par des couloirs entre les murs des deux églises ! On la conserva cependant car on pensait qu’elle renfermait le corps des Saintes et parce que c’est là que les pèlerins les priaient et déposaient des couronnes. En 1448, le roi René ordonna les fouilles pour retrouver les corps des Saintes. On les retrouve ! Les reliques, placées dans les châsses sont élevées à la chapelle haute. Le premier sanctuaire est alors démoli.

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LES SAINTES

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Les Saintes

PARENTES DE LA VIERGE ET MÈRES DES APÔTRES

Qui sont les Saintes ? Comment sont-elles arrivées ici ?

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Nos Saintes, Marie-Salomé et Marie-Jacobé, nous sont connues par l’Evangile (Mt 27/56; Jn 19,25; Mc 15,40; 16,1, etc…).

Marie-Salomé est la mère de Jacques le Majeur, vénéré à Compostelle, et de Jean l’évangéliste.

Marie-Jacobée est la mère de plusieurs apôtres dont Jacques le Mineur et José.

Proches parentes de Jésus, elles le suivent jusqu’au pied de la Croix avec d’autres femmes dont Marie-Madeleine. Venues au tombeau le dimanche de Pâques avec des parfums pour embaumer le corps du Christ, elles sont les premiers témoins de la Résurrection.

Lors de la persécution des chrétiens dans les années 45, elles sont chassées de Palestine.

La tradition les dit poussées à la mer, sur une barque sans voile ni rame, promises à une mort certaine, avec Marie-Madeleine, Marthe, Lazare, Maximin, et d’autres disciples.

Elles parviennent en Camargue où commence l’évangélisation de la Gaule.

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Dans l’Évangile de Saint Matthieu : Mt 27/50 – 28/10

Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent,
les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent :
ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens.
Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! »
27/55-56 : Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient,entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus.
Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît.
Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre.
et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla.
27/61 : Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre.

28/1 : Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre.
Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit

Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige.
A sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts.
28/5-10 : Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié.
Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait,et vite allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez. Voilà, je vous l’ai dit. »
Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre :
 » Je vous salue « , dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui.
Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. »

 Dans l’Évangile de Saint Marc : Mc 15/37-16/6.

Jésus, jetant un grand cri, expira.
Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas.
Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! »

15/40-41 : Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé,qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat,

Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus.
Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps.
Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph.
Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau.
15/47 : Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis.


16/1-6 : Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre le corps.

Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil s’étant levé.
Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau ? »

Et ayant levé les yeux, elles virent que la pierre avait été roulée de côté : or elle était fort grande.
Étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de stupeur.
Mais il leur dit :  » Ne vous effrayez pas. C’est Jésus le Nazarénien que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici. Voici le lieu où on l’avait mis

 Dans l’Évangile de Saint Jean : Jn 19/25-27.

Jn 19/25 : Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.
Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »
Puis il dit au disciple :  » Voici ta mère.  » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui.

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Le message des Saintes

PRÉSENTATION DU PÈRE JEAN-RÉMY FALCIOLA

Novembre 2016

Au moment où je viens de faire mes premiers pas en Terre de Camargue et plus précisément à la Paroisse Sanctuaire des Saintes Maries de la Mer je souhaitais à vous Saintois, pèlerins ou personnes de passage vous adresser ces quelques mots ayant été nommé prêtre desservant en étroite collaboration avec P. Michel DESPLANCHES, Vicaire Général du Diocèse d’Aix et Arles et qui en sera l’Administrateur.

Mon nom P. FALCIOLA est très chantant…marquant mes origines familiales de la région des lacs du nord de l’Italie mais aussi ardéchois du sud, mon prénom Jean-Rémy a un petit accent provençal ayant vécu quelques années dans la région de Nîmes, Avignon et Carpentras.

Mes passions ont d’abord été liées au théâtre puis sans transition au monde financier de la banque mais sans éteindre en moi ma passion pour le Christ et l’Evangile dès ma petite enfance pour la concrétiser en devenant prêtre diocésain. Mon ministère dans le Diocèse de Lyon d’où je suis natif a été très varié et m’a toujours apporté de grandes joies, en paroisse, dans des services diocésains, dans des Mouvements de Jeunes le MEJ, les Scouts puis comme Recteur du Sanctuaire de ND de Fourvère et Curé de la Cathédrale St Jean.

Mais assez parlé de moi… sinon vous saurez tout de moi alors que je souhaite d’abord vous connaître, vous découvrir pour me révéler progressivement le « Mystère spirituel » de ce haut lieu de la foi qu’est l’Eglise des Saintes.

C’est le bout du monde m’avait-on dit…pourtant en peu de jours, ayant vécu déjà des moments de grande profondeur spirituelle j’ai pris conscience que se trouvaient là à mes pieds la vague déferlante qui avait ancré le commencement de l’évangélisation de notre pays à ses origines chrétiennes.

Quelle joie de penser et de croire que le « bout du monde » est à l’origine de la merveilleuse Annonce de la Bonne Nouvelle : « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité… »

Ici nous touchons du doigt grâce aux Saintes Femmes Marie Jacobé, Marie Salomé et Sainte Sara notre proximité au Christ dans l’ordinaire de notre vie.

Combien sont bénies ces rives de la mer qui ont accueilli le message des premiers témoins de la Foi. En débarquant en Terre de Camargue « les Saintes Maries » ont permis que le noble fleuve Rhône unisse ses deux bras pour faire remonter à contre courant jusqu’à Lyon (Lugdunum) et au-delà le souffle puissant de l’Evangile qui nous a offert le plus des cadeaux : la Miséricorde de Dieu.

Chers(es) Amis(es) ne cessons pas d’en rendre grâce chaque jour….   

Père Jean-Rémy 

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Sara

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Sainte Sara, humble servante ?
Patronne des gens du voyage, sainte Sara reste une énigme. L’histoire a conservé plusieurs traditions qui évoquent cette figure non attestée par l’Evangile. On raconte ce qu’elle a vécu de façon symbolique, comme bien des récits bibliques.

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Qui donc est sainte Sara ? La question revient sans cesse, très naturellement. D’autant plus que jusqu’à nos jours personne ne peut donner de réponse historique et scientifique définitive. Nos anciens prêtres, Père Morel et Causse, pour ne citer qu’eux, ont régulièrement répondu à cette question, se référant au mot de Mgr de Provenchères, ancien Archevêque d’Aix et Arles, qui disait : « Le culte de Sara est immémorial, c’est pourquoi je le maintiens sous sa forme traditionnelle ». Nous reproduisons ici un article du Père Causse paru dans LA ROULOTTE, journal de l’aumônerie des Gitans, en avril 1999 : « Quant à SARA, la légende chrétienne nous la présente comme l’humble servante, la familière, qui pleure sur la grève le départ de ses maîtresses Jacobé et Salomé, que la fureur des Juifs a jetées avec d’autres dans cette « barque sans rame ni voile ». Révoltée, Sara veut partager le sort des condamnées, quel qu’il soit. Alors, Salomé lui jette son manteau sur lequel elle marche à travers les flots et vient prendre place auprès de ses amies.
Tout autre est le récit de la tradition camarguaise. Pas plus qu’elle n’est servante, Sara n’est du voyage.

Une prêtresse ?
Comme la tige de lotus sacré, Sara, issue de race noble, monte des profondeurs mystérieuses s’épanouir au soleil. Reine autochtone de sa tribu, elle campe dans les forêts de pins parasols qui ombragent le territoire. Sylves et marécages, boeufs et chevaux sauvages font de ce pays une source d’abondance incomparable. Longtemps avant le Christ, cette population nomade avait en Camargue son port d’attache, sa vie, son temple. Sara ne serait-elle pas une de ses prêtresses? A l’arrivée des Saintes, Sara les accueillit, se convertit à leur prédication et reçut le baptême ainsi que sa tribu. Selon d’autres versions, il s’agirait de Sara l’Egyptienne, abbesse d’un grand couvent de Libye et fêtée par l’Eglise le 13 juillet. Ou bien encore, d’une Sara qui figurait dans un groupe de martyrs persans avec deux Maries et une Marthe et dont les reliques seraient parvenues jusqu’en Gaule. Enfin, la lettre apocryphe des Apôtres remontant incontestablement au II° siècle, nous présente une Sara découvrant, avec Marthe et Marie le tombeau vide et partant annoncer aux apôtres la Résurrection du Christ.

Honorée le 24 mai
La première version de Sara se trouve dans un texte de Vincent Philippon, baïle (ou préposé) du viguier du comté de Provence, rédigé vers 1521: « La légende des Saintes Maries » et dont le manuscrit est à la bibliothèque d’Arles. On l’y voit quêtant à travers la Camargue pour subvenir aux besoins de la petite communauté chrétienne. En vérité, nul ne sait qui est Sainte Sara, ni comment son culte s’instaura aux Saintes Maries de la Mer. Ce qui est certain, c’est que la dévotion à Sara commença dans cette église bien avant que les Gitans la fassent leur. Toutes les versions concordent en tout cas à montrer que Sara aimait nos Saintes, qu’elle a cru en leur parole, en leur témoignage sur la Résurrection du Christ. Nous ne pouvons mieux faire que de lui ressembler, et d’aimer nous aussi Marie-Salomé et Marie-Jacobé comme elle les a aimées. Sainte Sara est à jamais associée dans notre prière aux Saintes Femmes de l’Évangile. Nous l’acclamerons donc avec ferveur lors du pèlerinage du 24 Mai qui lui est particulièrement consacré : « Vive Sainte Sara ! »

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http://www.sanctuaire-des-saintesmaries.fr/le-sanctuaire-au-quotidien.html

 

 

COMPOSTELLE, JACQUES LE MAJEUR, PELERINAGE

La légende de saint Jacques le Majeur à Compostelle

SAINT JACQUES LE MAJEUR

selon la « Légende dorée » de Jacques de Vorogine

Traduction de l’abbé Roze publiée en 1900

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Cet apôtre fut appelé Jacques, fils de Zébédée, Jacques, frère de Jean, Boanergès, c’est-à-dire fils du tonnerre, et Jacques le Majeur.

On appelle Jacques, fils de Zébédée, non pas seulement parce qu’il fut son fils selon la chair, mais pour faire comprendre son nom. Zébédée signifie donnant ou donné, et saint Jacques se donna lui-même à J. C. par sa mort qui fut un martyre; et il a été donné de Dieu pour être notre patron* spirituel.
* Le lecteur se rappelle que l’auteur s’appelle Jacques.

On l’appelle Jacques, frère de Jean, parce qu’il fut son frère et, selon la chair et selon la ressemblance de la conduite. Tous les deux en effet eurent le même zèle, le même désir de savoir, et firent les mêmes souhaits. Ils eurent le même zèle pour venger le Seigneur ; en effet comme les Samaritains ne voulaient pas recevoir J. C., Jacques et Jean dirent: « Voulez-vous que nous commandions que le feu du ciel descende et qu’il consume ces gens-là ? » Ils eurent le même goût pour apprendre : ce furent eux principalement qui interrogèrent J. C. au sujet du jour du jugement et des autres choses à venir. Ils firent les mêmes souhaits, car tous les deux voulurent avoir leur place pour s’asseoir l’un à la droite et l’autre à la gauche de J. C.

On l’appelle fils du tonnerre, en raison du bruit que faisaient ses prédications, parce qu’il effrayait les méchants, il excitait les paresseux, et il s’attirait l’admiration générale par la profondeur de ses paroles. II en fut de lui comme de saint Jean; dont Bède dit: « Il a retenti si haut que s’il eût retenti un peu plus, le monde entier n’aurait pu le contenir. »

On l’appelle Jacques le Majeur comme l’autre est appelé le Mineur : 1° en raison de vocation ; car il fut appelé le premier par J. C. 2° en raison de familiarité ; car J. C. parait avoir été plus familier avec lui qu’avec l’autre ; on en a la certitude, puisque le Sauveur l’admettait dans ses secrets ainsi il l’admit à la résurrection de la jeune fille et à sa glorieuse transfiguration; 3° en raison de sa passion ; car ce fut le premier des apôtres qui souffrit le martyre. De même qu’on l’appelle majeur pour avoir été le premier à l’honneur de l’apostolat, de même on peut l’appeler majeur pour avoir été appelé le premier à la gloire de l’éternité.

Saint Jacques, apôtre, fils de Zébédée, après l’ascension du Seigneur, prêcha en Judée et dans le pays de Samarie ; il vint enfin en Espagne, pour y semer la parole de Dieu ; mais comme il voyait que ses paroles ne profitaient pas, et qu’il n’y avait gagné que neuf disciples, il en laissa deux seulement pour prêcher, dans le pays, et il revint avec les autres en Judée. Cependant maître Jean Beleth dit qu’il ne convertit qu’un seul homme en Espagne.

 

Pendant qu’il prêchait en Judée, la parole de Dieu, un magicien nommé Hermogène, d’accord avec les Pharisiens, envoya à saint Jacques un de ses disciples, nommé Philétus, pour prouver à l’apôtre que ce qu’il annonçait était faux. Mais l’apôtre l’ayant convaincu devant une foule de personnes par des preuves évidentes, et opéré en sa présence de nombreux miracles, Philétus revint trouver Hermogène, en justifiant la doctrine de saint Jacques : il raconta en outre les miracles opérés par le saint, déclara vouloir devenir son disciple et l’exhorta lui-même à l’imiter.

 

Mais Hermogène en colère, le rendit tellement immobile par sa magie qu’il ne pouvait remuer un seul membre : « Nous verrons, dit-il, si ton Jacques te déliera. » Philétus informa Jacques de cela par son valet, l’apôtre lui envoya son suaire et dit : « Qu’il prenne ce suaire et qu’il dise : « Le Seigneur relève ceux qui sont abattus ; il délie ceux qui sont enchaînés (Ps. CXLV). » Et aussitôt qu’on eut touché Philétus avec le suaire, il fut délié de ses chaînes, se moqua des sortilèges d’Hermogène et se hâta d’aller trouver saint Jacques.

 

Hermogène irrité convoqua les démons, et leur ordonna de lui amener Jacques garrotté avec Philétus, afin de se venger d’eux et qu’à l’avenir les disciples de l’apôtre n’eussent plus l’audace de l’insulter. Or, les démons qui vinrent vers Jacques se mirent à hurler dans l’air en disant : « Jacques, apôtre, ayez pitié de nous ; car nous brûlons dès avant que notre temps soit venu. » Saint-Jacques leur dit : « Pourquoi êtes-vous venus vers moi ? » Ils répondirent : « C’est Hermogène qui nous a envoyés pour vous amener à lui, avec Philétus ; mais à peine nous dirigions-nous vers vous que l’ange de Dieu nous a liés avec des chaînes de feu et nous a beaucoup tourmentés. » « Que l’ange du Seigneur vous délie, reprit l’apôtre; retournez à Hermogène et amenez-le moi garrotté, mais sans lui faire de mal. »

 

Ils s’en allèrent donc prendre Hermogène, lui lièrent les mains derrière le dos et l’amenèrent ainsi garrotté à saint Jacques, en disant : « Où tu nous as envoyés, nous avons été brûlés et horriblement tourmentés. » Et les démons dirent à saint Jacques :  » Mettez-le sous notre puissance, afin que nous nous vengions des injures que vous avez reçues et du feu qui nous a brûlés. » Saint Jacques leur dit : « Voici Philétus devant vous, pourquoi ne le tenez-vous pas ? » Les démons répondirent : « Nous ne pouvons même pas toucher de la main une fourmi qui est dans vôtre chambre. » Saint Jacques alors dit à Philétus . « Afin de rendre le bien pour le mal, selon que J. C. nous l’a enseigné, Hermogéne vous a liés; vous, déliez-le. »

 

Hermogène libre resta confus et saint Jacques lui dit : « Va librement où tu voudras ; car nous n’avons pas pour principe de convertir quelqu’un malgré soi. » Hermogène répondit : « Je connais trop la rage des démons : Si vous ne me donnez un objet que je porte avec moi, ils me tueront. » Saint Jacques lui donna son bâton : alors Hermogène alla chercher tous ses livres de magie et les apporta à l’apôtre pour que celui-ci les brûlât. Mais saint Jacques, de peur que l’odeur de ce feu n’incommodât ceux qui n’étaient point sur leur garde, lui ordonna de jeter les livres dans la mer. Hermogène, à son retour, se prosterna aux pieds de l’apôtre et lui dit : « Libérateur des âmes, accueillez un pénitent que vous avez épargné jusqu’ici, quoique envieux et calomniateur. » Dès, lors il vécut dans la crainte de Dieu, au point qu’il opéra une foule de prodiges.

 

Alors les Juifs, transportés de colère en voyant Hermogène converti, vinrent trouver saint Jacques et lui reprochèrent de prêcher Jésus crucifié. Mais il leur prouva avec évidence par les Écritures la venue du Christ et sa passion, et plusieurs crurent. Or, Abiathar, qui était grand-prêtre cette année-là, excita une sédition parmi le peuple; il fit conduire à Hérode Agrippa l’apôtre, une corde au cou. Le prince ordonna de décapiter saint Jacques et un paralytique couché sur le chemin lui cria de le guérir. Saint Jacques lui dit : « Au nom de J. C. pour la foi duquel on va me couper la tête, lève-toi guéri, et bénis ton créateur. » A l’instant il se leva guéri et bénit le Seigneur. Or, un scribe appelé Josias, qui avait mis la corde au cou de l’apôtre et qui le tirait, à la vue de ce miracle, se jeta à ses pieds, lui adressa des excuses et demanda à se faire chrétien. Abiathar à cette vue le fit empoigner et lui dit : « Si tu ne maudis le nom du Christ, tu seras décapité en même temps que Jacques. » Josias reprit : « Maudit sois-tu toi-même, maudites soient tes années, mais que le nom du Seigneur J. C. soit béni dans les siècles. » Alors Abiathar lui fit frapper la bouche à coups de poing et envoya demander à Hérode l’autorisation de le décapiter avec Jacques. Tous les deux allaient être décapités quand saint Jacques demanda au bourreau un vase plein d’eau, et baptisa Josias, immédiatement. L’un et l’autre consommèrent leur martyre, un instant après, en ayant la tête tranchée.

 

Saint Jacques fut décollé le 8 des calendes d’avril (25 mars), le jour de l’Annonciation du Seigneur; son corps fut transporté à Compostelle, le 8 des calendes d’août (25 juillet) et enseveli le 3 des calendes de janvier (30 décembre), parce que la construction de son tombeau dura de août à janvier. L’Église établit qu’on célébrerait universellement sa fête au 8 des calendes d’août, qui est un temps plus convenable. Or, après que saint Jacques eut été décollé, ainsi que le rapporte Jean Beleth, qui a écrit avec soin l’histoire de cette translation, ses disciples enlevèrent son corps pendant 1a nuit par crainte des Juifs, le mirent sur un vaisseau et abandonnant à la divine Providence le soin de sa sépulture, ils montèrent sur ce navire dépourvu de gouvernail ; sous la conduite de l’ange de Dieu, ils abordèrent en Galice, au royaume de Louve.

 

Il y avait alors en Espagne une reine qui portait réellement ce nom et qui le méritait. Les disciples déchargèrent le corps, et le posèrent sur une pierre énorme, qui, en se fondant comme de la cire sous le corps, se façonna merveilleusement en sarcophage. Les disciples vinrent dire à Louve : « Le Seigneur J. C. t’envoie le corps de son disciple, afin que tu reçoives mort celui que tu n’as pas voulu recevoir vivant. » Ils lui racontèrent alors le miracle par lequel il avait abordé en son pays sans gouvernail ; et lui demandèrent un lieu convenable pour sa sépulture. La reine entendant cela, toujours selon Jean Beleth, les adressa, par supercherie, à un homme très cruel, ou bien, d’après d’autres auteurs, au roi d’Espagne, afin d’obtenir là-dessus son consentement ; mais ce roi les fit mettre en prison. Or, pendant qu’il était à table, l’ange du Seigneur ouvrit la prison et les laissa s’en aller en liberté.

 

Quand le roi l’eut appris, il envoya à la hâte des soldats pour les ressaisir. Un pont sur lequel passaient les soldats vint à s’écrouler, et tous furent noyés dans le fleuve. A cette nouvelle, le roi, qui regrettait ce qu’il avait fait et qui craignait pour soi et pour les siens, envoya prier les disciples de revenir chez lui et leur permit de lui demander tout ce qu’ils voudraient. Ils revinrent donc et convertirent à la foi tout le peuple de la cité. Louve fut très chagrinée en apprenant ces: faits ; et quand les disciples la vinrent trouver pour lui présenter l’autorisation du roi, elle répondit : « Prenez mes boeufs qui sont en tel endroit ou sur la montagne ; attelez-les à un char, portez le corps de votre maître, puis dans le lieu qu’il vous plaira, bâtissez à votre goût. »

 

Or, elle parlait en louve, car elle savait que ces boeufs étaient des taureaux indomptés et sauvages ; c’est pour cela qu’elle pensa qu’on ne pourrait ni tes réunir, ni les atteler, ou bien que si on pouvait les accoupler, ils courraient çà et là, briseraient le char, renverseraient le corps et tueraient les conducteurs eux-mêmes. Mais il n’y a point de sagesse contre Dieu (Prov., XXI). Ceux-ci, ne soupçonnant pas malice, gravissent la montagne, où ils rencontrent un dragon qui respirait du feu ; il allait arriver sur eux, quand ils firent le signe de la croix pour se défendre et coupèrent ce dragon par le milieu du ventre. Ils firent aussi le signe de la croix sur les taureaux qui, instantanément, deviennent doux comme des agneaux ; on les attelle on met sur le char le corps de saint Jacques avec la pierre sur laquelle il avait été déposé. Les boeufs alors, sans que personne les dirigeât, amenèrent le corps au milieu du palais de Louve qui, à cette vue, resta stupéfaite. Elle crut et se fit chrétienne. Tout ce que les disciples demandèrent, elle le leur accorda ; elle dédia en l’honneur de saint Jacques son palais pour en faire une église qu’elle dota magnifiquement ; puis elle finit sa vie dans la pratique des bonnes œuvres.

 

Le pape Calixte dit qu’un homme du diocèse de Modène, nommé Bernard, était captif et enchaîné au fond d’une tour ; constamment il invoquait saint Jacques. Le saint lui apparut : « Viens, lui dit-il, suis-moi en Galice » ; puis il brisa ses chaînes et disparut ; alors le prisonnier suspendit ses chaînes à son cou, monta au haut de la tour d’où il ne fit qu’un saut sans se blesser, bien que la tour eût soixante coudées de hauteur.

 

Un homme, dit Bède, avait commis à plusieurs reprises un péché énorme ; or, l’évêque, peu rassuré en l’absolvant en confession, envoya cet homme à Saint-Jacques en lui donnant une cédule sur laquelle ce péché avait été écrit. Le pèlerin posa, le jour de la fête du saint, la cédule sur l’autel et pria saint Jacques de lui remettre le péché par ses mérites ; après quoi il ouvrit la cédule et trouva tout effacé ; il rendit grâces à Dieu et à saint Jacques et raconta publiquement le fait à tout le monde.

 

Trente hommes de la Lorraine, au rapport de Hubert de Besançon, allèrent vers l’an 1080 à Saint-Jacques, et se donnèrent l’un à l’autre, un seul excepté, la promesse de s’entr’aider. Or, l’un d’eux étant tombé malade, ses compagnons l’attendirent pendant 15 jours ; mais enfin tous l’abandonnent à l’exception de celui-là seul qui ne s’était pas engagé. Il le garda au pied du mont Saint-Michel ; mais sur le soir le malade mourut.  Or, le survivant eut une grande peur occasionnée par la solitude de l’endroit, par la présence du cadavre, par la nuit qui menaçait d’être noire, enfin par la férocité des barbares du pays ; à l’instant saint Jacques lui apparut, sous la figure d’un chevalier et le consola en disant : « Donne-moi ce mort, et toi, monte derrière moi sur le cheval. » Ce fut ainsi que, cette nuit-là avant le lever du soleil, ils firent quinze journées de chemin et arrivèrent à Montjoie qui n’est qu’à une demi-lieue de Saint-Jacques. Là le saint les mit à terre et commanda de convoquer les chanoines de Saint-Jacques pour ensevelir le pèlerin qui était mort, et de dire à ses compagnons, que, pour avoir manqué à leur promesse, leur pèlerinage ne vaudrait rien. Le pèlerin accomplit ces ordres, et ses compagnons furent très saisis et pour le chemin qu’il avait fait, et des paroles qu’il leur rapporta avoir été dites par saint Jacques.

 

D’après le pape Calixte, un Allemand, allant avec son fils à Saint-Jacques, vers l’an du Seigneur 1090, s’arrêta pour loger à Toulouse chez un hôte qui l’enivra et cacha une coupe d’argent dans sa malle. Quand ils furent partis le lendemain, l’hôte les poursuivit comme des voleurs et leur reprocha d’avoir volé sa coupe d’argent. Comme ils lui disaient qu’il les fît punir s’il pouvait trouver la coupe sur eux, on ouvrit leur malle et on trouva l’objet : on les traîna de suite chez le juge. Il y eut un jugement qui prononçait que tout leur avoir fût adjugé à l’hôte, et que l’un des deux serait pendu. Mais comme le père voulait mourir à la place du fils et le fils à la place du père, le fils fut pendu et le père continua, tout chagrin, sa route vers Saint-Jacques. Or, vingt-six jours après, il revint, s’arrêta auprès du corps de son fils et il poussait des cris lamentables, quand voici que le fils attaché à la potence se mit à le consoler en disant : « Très doux père, ne pleure pas, car je n’ai jamais été si bien ; jusqu’à ce jour saint Jacques m’a sustenté, et il me restaure d’une douceur céleste. » En entendant cela, le père courut à la ville, le peuple vint, détacha le fils du pèlerin qui était sain et sauf, et pendit l’hôte.

 

Hugues de Saint-Victor raconte qu’un pèlerin allait à Saint-Jacques, quand le démon lui apparut sous la figure de ce saint et lui rappelant toutes les misères de la vie présente, il ajouta qu’il serait heureux s’il se tuait en son honneur. Le pèlerin saisit une épée et se tua tout aussitôt. Et comme celui chez lequel il avait reçu l’hospitalité passait pour suspect et craignait beaucoup de mourir, voilà que, à l’instant, le mort ressuscite, et dit qu’au moment où le démon, à la persuasion duquel il s’était donné la mort, le conduisait au supplice, le bienheureux Jacques était venu, l’avait arraché des mains du démon et l’avait mené au trône du souverain juge ; et là, malgré les accusations du démon, il avait obtenu d’être rendu à la vie.

 

Un jeune homme du territoire de Lyon, selon le récit de Hugues, abbé de Cluny, avait coutume d’aller souvent à Saint-Jacques et avec dévotion. Une fois qu’il y voulait aller, il tomba, cette nuit-là même, dans le péché de fornication. Il partit donc; et une nuit, le diable lui apparut sous la figure de saint Jacques et lui dit : « Sais-tu qui je suis? » Le jeune homme lui demanda qui il était, et le diable lui dit : « Je suis l’apôtre Jacques que tu as coutume de visiter chaque année. Tu sauras que je me réjouissais beaucoup de ta dévotion, mais dernièrement, en sortant de ta maison, tu as commis une fornication et sans t’être confessé, tu as eu la présomption de t’approcher de moi, comme si ton pèlerinage pût plaire à Dieu et à moi. Cela n’est pas convenable : car quiconque désire venir à moi en pèlerinage doit d’abord s’accuser de ses péchés en confession et ensuite faire le pèlerinage pour expier ses péchés. » Après avoir dit ces mots; le démon disparut. Alors le jeune homme tourmenté se disposait à revenir, chez lui, à se confesser, et ensuite à recommencer son voyage. Et voici que le diable lui apparaissant de nouveau, sous la figure de l’apôtre, le dissuada complètement de son projet, en l’assurant que jamais son péché ne lui serait remis, s’il ne se coupait radicalement les membres qui servent à la génération, qu’au reste il serait plus heureux, s’il voulait se tuer et être martyr en son honneur et nom. Pendant la nuit, et quand ses compagnons dormaient, le jeune homme prit une épée, se coupa les membres de la génération, ensuite il se perça le ventre avec le même instrument. Ses compagnons à leur réveil, voyant cela, eurent grande peur, et prirent aussitôt la fuite de crainte de passer pour coupables de cet homicide. Néanmoins pendant qu’on préparait sa fosse, celui qui était mort revint à la vie. Tout le monde s’enfuit épouvanté, et le pèlerin raconta ainsi ce qui lui était arrivé : « Quand je me fus tué à la suggestion du malin esprit, les démons me prirent ; et ils me conduisaient vers Rome, quand voici saint Jacques qui accourut après nous, en reprochant vivement ces tromperies aux démons. Et après s’être disputés longtemps, saint Jacques les y forçant, nous vînmes dans un pré où la sainte Vierge s’entretenait avec un grand nombre de saints. Jacques l’ayant implorée pour moi, la sainte Vierge adressa des reproches sévères aux démons et ordonna que je revinsse à la vie. Alors saint Jacques me prit et me ressuscita, comme vous voyez. » Et trois jours, après il ne lui restait de ses blessures que des cicatrices ; après quoi il se remit en route, et quand il eut rejoint ses compagnons, il leur raconta tout ce qui s’était passé.

 

Un Français, ainsi que le raconte le pape Calixte, allait, en l’an 1100, avec sa femme et ses fils, à Saint Jacques, tant pour éviter la mortalité sévissant en France, que pour accomplir le désir de visiter saint Jacques. Arrivé à Pampelune, sa femme mourut, et son hôte s’empara de tout son argent et du cheval qui servait de monture à ses enfants. Il s’en alla désolé portant plusieurs de ses enfants sur ses épaules et menant les autres par la main. Un homme avec un âne le rencontra et touché de compassion, il lui prêta son âne, afin que les enfants montassent dessus. Quand le pèlerin fut arrivé à Saint-Jacques, pendant qu’il veillait et priait, le saint apôtre lui apparut et lui demanda s’il le connaissait ; et il répondit que non ; alors le saint lui dit : « Je suis l’apôtre Jacques qui t’ai prêté mon âne et je te le prête encore pour ton retour ; mais tu sauras d’avance que ton hôte mourra en tombant de l’étage de sa maison ; tu recouvreras alors tout ce qu’il t’avait volé. » Les choses étant arrivées ainsi, cet homme revint joyeux à sa maison ; et quand il eut descendu ses enfants de dessus l’âne, cet animal disparut.

 

Un marchand, injustement dépouillé par un tyran, était détenu en prison, et invoquait saint Jacques à son secours. Saint Jacques lui apparut en présence de ses gardes et le conduisit jusqu’au haut de la tour qui s’abaissa aussitôt de telle sorte que le sommet était au niveau de la terre : il en descendit sans faire un saut et s’en alla délivré. Les gardes qui le poursuivaient passèrent auprès de lui, sans le voir.

 

Hubert de Besançon raconte que trois militaires, du diocèse de Lyon, allaient à Saint-Jacques. L’un d’eux, à la prière d’une pauvre femme qui le lui avait demandé pour l’amour de saint Jacques, portait sur son cheval un petit sac qu’elle avait plus loin, il rencontra un homme malade et qui n’avait plus la force de continuer sa route, il le mit encore sur son cheval ; quant à lui, il portait le bourdon du malade avec le sac de la femme en suivant l’animal : mais la chaleur du soleil et la fatigue du chemin l’ayant accablé, à son arrivée en Galice, il tomba très gravement malade : et comme ses compagnons l’intéressaient au salut de son âme, il resta muet pendant trois jours ; mais au quatrième, alors que ses compagnons attendaient le moment de son trépas, il poussa un long soupir et dit : « Grâces soient rendues à Dieu et à saint Jacques, aux mérites duquel je dois d’être délivré. Je voulais bien faire ce que vous me recommandiez, mais les démons sont venus m’étrangler si violemment que je ne pouvais rien prononcer qui eût rapport au salut de mon âme. Je vous entendais bien, mais je ne pouvais nullement répondre. Cependant saint Jacques vient d’entrer ici portant à la main gauche le sac de la femme, et à sa droite le bâton du pauvre auxquels j’avais prêté aide en chemin, de sorte qu’il avait le bourdon en guise de lame et le sac pour bouclier, il assaillit les diables comme s’il eût été en colère, et en levant le bâton, il les effraya et les mit en fuite. Maintenant c’est grâce à saint Jacques que je suis délivré et que la parole m’a été rendue. Appelez-moi un prêtre, car je ne puis plus être longtemps en vie. » Et se tournant vers l’un deux, il lui dit : « Mon ami, ne reste plus davantage au service de ton maître, car il est vraiment damné et dans peu il mourra de malemort. » Quand cet homme eut été enseveli, le soldat rapporta à son maître ce qui avait été dit : celui-ci n’en tint compte, et refusa de s’amender : mais peu de temps après il mourut percé d’un coup de lance dans une bataille.

 

Le pape Calixte rapporte qu’un homme de Vézelay, dans un pèlerinage qu’il fit à Saint-Jacques, se trouvant à court d’argent, avait honte de mendier. En se reposant sous un arbre, il songeait que saint Jacques le nourrissait. Et à son réveil, il trouva près de sa tête un pain cuit sous la cendre, avec lequel il vécut quinze jours, tant qu’il arriva chez lui. Chaque jour il en mangeait deux fois suffisamment, et le jour suivant, il le retrouvait entier dans son sac.

 

Le pape Calixte raconte que vers l’an du Seigneur 1100, un citoyen de Barcelone, venu à Saint-Jacques, se contenta de demander de ne plus tomber à l’avenir dans les mains des ennemis. En revenant par la Sicile, il fut pris en mer par les Sarrasins et vendu plusieurs fois dans les marchés, mais toujours les chaînes qui le liaient se brisaient. Ayant été vendu pour la treizième fois, il fut garrotté avec des chaînes doubles. Alors il invoqua saint Jacques qui lui apparut et lui dit : « Quand tu étais dans mon église, tu as demandé la délivrance du corps au préjudice du salut de ton âme ; c’est pour cela que tu es tombé dans ces périls; mais parce que le Seigneur est miséricordieux, il m’a envoyé pour te racheter. » A l’instant ses chaînes se rompirent, et passant à travers le pays et les châteaux des Sarrasins, emportant avec lui une partie de sa chaîne pour témoigner du miracle, il arriva dans son pays, au vu et à l’admiration de tous. Lorsque quelqu’un le voulait prendre; il n’avait qu’à montrer sa chaîne et l’ennemi s’enfuyait : et quand les lions et autres bêtes féroces voulaient se jeter sur lui, en passant dans les déserts, seulement en voyant sa chaîne, ils étaient saisis d’une grande terreur et s’éloignaient.

 

L’an du Seigneur 1238, la veille de saint Jacques, en un château appelé Prato situé entre Florence et Pistoie, un jeune homme, déçu par une simplicité grossière, mit le feu aux blés de son tuteur qui voulait usurper son bien. Pris et convaincu, il fut condamné à être brûlé, après avoir été traîné à la queue d’un cheval. Il confessa son péché et se dévoua à saint Jacques. Après avoir été traîné en chemise sur un terrain pierreux, il ne ressentit aucune blessure sur le corps et sa chemise ne fut pas même déchirée. Enfin on le lie au poteau, on amasse du bois autour ; le feu est mis, le bois et les liens brûlent ; mais comme il ne cessait d’invoquer saint Jacques, aucune tache de feu ne fut trouvée ni à sa chemise, ni à son corps. On voulait le jeter une seconde fois dans le feu, le peuple l’en arracha, et Dieu fut loué magnifiquement dans la personne de son saint apôtre.      

FATIMA, MAHOMET, PELERINAGE, PORTUGAL

Fatima

fatima

Pourquoi la ville de Fatima porte le nom de la fille du prophète Mahomet ?

  Derrière ce symbole mystérieux se dessine une raison historique.

 

Fêtée le 13 mai, Notre-Dame de Fatima est mondialement connue et vénérée. Mais certains pourront être surpris par la toponymie peu catholique de ce village portugais où est apparue la Sainte Vierge. Fatima est en effet un prénom musulman, celui de la fille préférée de Mahomet, raison pour laquelle de nombreuses femmes musulmanes sont prénommées ainsi (ou Fatma, Fatoumata, Fatou, etc.). Fatima occupe une place éminente et singulière dans l’islam puisque Mahomet l’aurait qualifiée de « reine des femmes du Paradis ».

Si le petit village portugais, où se déroulèrent les apparitions de 1917, porte ce nom c’est probablement pour une raison historique. Au cours du VIIeet VIIIsiècle, l’expansion arabe s’étend de manière irrésistible. Le bannières de l’islam s’établissent en Afrique du Nord. En 711, c’est au tour de la péninsule ibérique de basculer sous la coupe maure, à l’issue de la sanglante bataille de Guadalete qui voit les Omeyyades triompher des Wisigoths. La région s’appelle désormais Al-Andalus.

 

Reconquista

Au XIsiècle, les chefs chrétiens reprennent le combat contre les Arabes qui n’avaient pas réussi à contrôler complètement les territoires ibériques. C’est l’aube de la « Reconquista » qui s’achèvera en 1492. Au cours d’une bataille menée par le comte d’Ourem (une localité proche de l’actuel sanctuaire marial) une princesse arabe, prénommée Fatima, est capturée. Au contact du comte, elle se convertit au catholicisme, prend le nom d’Oriane, et l’épouse en 1158. En hommage, la localité aurait été baptisée de son prénom musulman.

La Vierge Marie a t-elle sciemment choisi de s’adresser aux petits bergers en raison de cette toponymie ? C’est une question que peuvent légitimement se poser les mariologues et qui incitent de nombreux fidèles à prier Notre Dame de Fatima pour la conversion des musulmans.

 

Source : Aleteia

ANNEE SAINTE - BULLE D'INDICTION, MISERICORDE, PELERINAGE, PELERINAGE A LOURDES

Comment vivre le Jubilé de l’Année Sainte à Lourdes

MISERICORDE

Avec ces paroles le Saint Père nous invite à célébrer l’Année jubilaire de la Miséricorde qui commencera avec l’ouverture de la Porte Sainte à Rome, dans les cathédrales et sanctuaires du monde entier, du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016.

Le Sanctuaire de Lourdes, par décision de Mgr Brouwet, se fait écho de cette invitation du Pape François et c’est avec une joie immense qu’il offre ces réflexions autour de la miséricorde pour aider tous les pèlerins à vivre cette Année Jubilaire accompagnés de Notre-Dame de Lourdes, Mère de Miséricorde, et Bernadette témoin de la miséricorde de Dieu.

1 – Qu’est-ce que la Miséricorde ?

Dans le langage quotidien, la miséricorde est un sentiment qui inspire une attitude et certains gestes. Le dictionnaire donne la définition suivante : «C’est le sentiment par lequel la misère d’autrui touche notre cœur.» Il s’agit en effet, d’un cœur qui devient sensible à toute situation de misère que traverse notre prochain. La compassion, est une manière d’exprimer la miséricorde, elle consiste à compatir avec celui qui souffre, même si l’on ne peut prendre totalement la place de celui qui est dans la souffrance. Mais la miséricorde se pratique aussi à l’égard de celui qui ne souffre pas et fait souffrir les autres. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’un sentiment, mais d’un acte de notre volonté qui consiste à pardonner. Ainsi, lorsque nous parlons de la miséricorde nous faisons à la fois référence au sentiment de compassion à l’égard de celui qui est dans la souffrance et à l’acte volontaire de pardonner, et d’effacer le mal qu’il a commis.

Dieu est Miséricorde

Si Dieu est miséricorde cela signifie que la miséricorde est un don. Don du Père parce qu’il nous livre son Fils unique «car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… (Jn 3,16). Il a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.» (Jn 3, 17) Don du Fils qui se livre à nous pour nous révéler la miséricorde du Père : «Voici pourquoi le Père m’aime: parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de  moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père.» (Jn 10, 17) Don de l’Esprit Saint… « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé,  proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.»(Lc 4, 18-19) Ainsi, «le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux, nous pouvons accueillir l’amour de la Sainte Trinité. La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa  plénitude. L’évangéliste Jean affirme pour la première et unique fois dans toute l’Écriture : «Dieu est amour» (1 Jn 4, 8-16). Cet amour est désormais rendu visible et tangible dans toute la vie de Jésus. Sa personne n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les relations avec les personnes qui s’approchent de lui ont quelque chose d’unique et de singulier. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde.  Rien en lui ne manque de compassion.» (Pape François, “Misericordiæ vultus”, § 8)

L’Église, sacrement de la Miséricorde du Christ

«La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son action pastorale, tout devrait être  enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux hommes. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne au monde, rien ne peut être privé de miséricorde. La crédibilité de l’Église passe par le chemin de l’amour miséricordieux et de la compassion. L’Église “vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde”. Peutêtre avons-nous parfois oublié de montrer et de vivre le chemin de la miséricorde. D’une part, la tentation d’exiger seulement la justice a fait oublier qu’elle n’est qu’un premier pas, nécessaire et indispensable, mais l’Église doit aller au-delà pour atteindre un but plus haut et plus significatif. D’autre part, il est triste de voir combien l’expérience du pardon est toujours plus rare dans notre culture. Même le mot semble parfois disparaître. Sans le témoignage du pardon, il n’y a qu’une vie inféconde et stérile, comme si l’on vivait dans un désert. Le temps est venu pour l’Église de retrouver la joyeuse annonce du pardon. Il est temps de revenir à l’essentiel pour se charger des faiblesses et des difficultés de nos frères. Le pardon est une force qui ressuscite en vie nouvelle et donne le courage pour regarder l’avenir avec espérance.» (Pape François, “Misericordiæ Vultus”, § 10)

«Le langage et les gestes de l’Église doivent transmettre la miséricorde pour pénétrer le cœur des personnes et les inciter à retrouver le chemin du retour au Père. Là où l’Église est présente, la  miséricorde du Père doit être manifestée… là ou il y a des chrétiens, quiconque doit pouvoir trouver une oasis de miséricorde. » (Pape François, “Misericordiæ vultus”, § 12)

La miséricorde crée la fraternité : «les œuvres de miséricorde»

«J’ai un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles…

Redécouvrons les œuvres de miséricorde corporelles: Donner à manger aux affamés. Donner à boire à ceux qui ont soif. Vêtir ceux qui sont nus. Accueillir les étrangers. Assister les malades. Visiter les prisonniers. Ensevelir les morts. Et n’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelles : Conseiller ceux qui sont dans le doute. Enseigner les ignorants. Avertir les pécheurs. Consoler les affligés. Pardonner les offenses. Supporter patiemment les personnes ennuyeuses. Prier Dieu pour les vivants et les morts. » (Pape François, “Misericordiæ Vultus”, § 15)

Dans l’Évangile, la Béatitude de la Miséricorde : «Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde» (Mt. 5, 7), nous apprend : – qu’elle est solidarité et engagement d’amour efficace à l’égard des frères qui sont dans le besoin et dans la misère, – et qu’elle est pardon et réconciliation des offenses reçues et commises. Le Seigneur nous apprend que la pratique de la miséricorde est une voie universelle qui crée des liens de fraternité entre les hommes. C’est le message de la parabole du bon Samaritain (Lc. 10, 29-37). A la fin de la parabole, Jésus pose cette question : «Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ?» Cela veut dire que tous n’ont pas été frères du blessé. Ils auraient pu l’être mais en fait le seul fut «celui qui s’est montré miséricordieux avec lui». Pour Jésus, être frère n’est pas quelque chose d’“automatique”, comme un droit acquis. Nous ne sommes pas frères tant que nous n’avons pas agi en tant que tel, nous sommes invités à le devenir par la pratique de la miséricorde.

L’Évangile nous apprend que de fait nous ne sommes pas frères. L’expérience de la haine, de la division, de l’injustice et de la violence nous prouve tous les jours que c’est le contraire. Nous ne sommes pas frères, mais nous sommes invités à le devenir. En effet, Jésus nous invite et nous donne la force pour «devenir frères». Mais cela dépend d’un choix concret que nous devons faire et qui engage notre liberté, celui d’être charitables et miséricordieux.

Le Samaritain est devenu le frère du blessé. Non pas à cause de sa religion, de sa race, de sa nationalité, de son idéologie mais tout simplement par la pratique d’une attitude de miséricorde. Ainsi mon prochain n’est pas celui qui partage ma religion, ma patrie, ma famille ou mes idées. Mon prochain est celui avec qui je partage ma vie parce que nous avons besoin les uns des autres. Pour s’approcher de l’homme blessé, le bon Samaritain a dû faire un effort pour sortir de lui-même, de sa race, de sa religion, de ses préjugés. «… En effet, les juifs ne fréquentent pas les Samaritains.» (Jn.4, 9) Il a dû laisser de  côté son monde et ses intérêts personnels. Il a abandonné ses projets, il a donné son temps et son argent. En ce qui concerne les autres personnages de la parabole, le prêtre et le lévite, eux n’ont pas voulu abandonner leurs projets les considérant plus importants que l’invitation à devenir frères du blessé.

Être frère de quelqu’un suppose donc de sortir de «son monde» pour entrer dans le «monde de l’autre». Partager sa culture, sa mentalité, ses besoins, sa pauvreté. Devenir le frère de l’autre, c’est comme un exode, une réconciliation. Les «œuvres de la miséricorde» sont l’occasion qui nous est donnée durant le pèlerinage de notre vie, pour être «miséricordieux comme le Père», c’est-à-dire, justes et charitables pour être en communion les uns avec les autres.

La miséricorde qui va plus loin que la justice : le pardon

La miséricorde en tant que pardon des offenses est l’autre visage de l’amour fraternel. Si la miséricorde en tant qu’engagement construit la fraternité, le pardon mutuel reconstruit et consolide la fraternité. Elle évite que la division et la rancune que produisent les offenses ne paralysent la communauté.

Qu’est-ce que la réconciliation chrétienne ? La réconciliation est le retour de l’amitié ou de la fraternité entre personnes, familles, groupes sociaux ou pays, appelés à être frères, qui ont cassé cette fraternité ou cette amitié. La réconciliation est plus grande que la «conciliation» (qui est un compromis plus ou moins provisoire entre les partis) : c’est la restauration de la fraternité détruite. C’est pour cela que la réconciliation prend la formule d’un «retour», d’une reconstruction, de retrouvailles : «Je me lèverai et j’irai vers mon père…» (Lc. 15,18) «…il se leva et s’en alla vers son père…» (Lc 15, 20), dans cette parabole,  l’enfant prodigue cherche à revenir à la maison du père.

La célébration du sacrement de la réconciliation est le lieu où la conversion à Dieu et la réconciliation avec Lui et les autres devient un événement réel dans nos vies. Là, réellement et sacramentellement nous regrettons les fautes commises et nous accueillons la présence de Dieu, qui nous attend pour recevoir notre conversion et nous donner sa grâce d’amour et de miséricorde. Dans la célébration de ce sacrement, la rencontre vivifiante avec le Christ prend la forme du pardon et de la miséricorde. C’est vrai que nous sommes invités à nous repentir et à demander pardon, en dehors du sacrement de la   réconciliation. Mais ces repentirs sont comme une préparation pour la grande rencontre sacramentelle  avec Celui qui est la source de toute miséricorde : le Christ. En même temps, notre repentir et notre conversion sont confirmés par la grâce du sacrement, et acquièrent ainsi une dimension ecclésiale, ils contribuent au bien de tout le Corps du Christ et de toute l’Église.

En conclusion, notre authentique participation au sacrement de la réconciliation nous introduit dans une authentique expérience de l’Esprit Saint qui nous identifie avec la mort du Christ, et nous fait mourir à nos propres péchés, à nos racines, aux tendances profondes du mal qui sont en nous, et que seul l’Esprit  peut arracher. La célébration de ce sacrement est toujours un recommencement, un renforcement de notre esprit pour aller au-delà de nos faiblesses et de nos tentations: c’est une expérience qui nous fait rencontrer le visage miséricordieux du Christ.

2 – Lourdes, le pèlerinage de la Miséricorde

La porte de la Miséricorde

«Le pèlerinage est un signe particulier de l’Année sainte : il est l’image du chemin que chacun parcourt au long de son existence. La vie est un pèlerinage, et l’être humain un «viator» (marcheur), un pèlerin qui parcourt un chemin jusqu’au but désiré. Pour passer la Porte Sainte à Rome, et en tout lieu, chacun devra, selon ses forces, faire un pèlerinage. Ce sera le signe que la miséricorde est un but à atteindre, qui demande engagement et sacrifice. Que le pèlerinage stimule notre conversion : en passant la Porte sainte, nous nous laisserons embrasser par la miséricorde de Dieu, et nous nous engagerons à être miséricordieux avec les autres comme le Père l’est avec nous.» (Pape François, “Misericordiæ Vultus”, § 14).

En cette année jubilaire, notre pèlerinage, personnel ou communautaire, aura l’opportunité de traverser la porte de la Miséricorde qui sera située à l’entrée Saint-Michel. Cette porte sera en communication directe avec le Calvaire Breton. Là nous pourrons contempler Jésus crucifié, mort pour nous et porte de la  miséricorde. Au même moment nous contemplerons la Vierge Marie, mère du crucifié, au pied de la  Croix. «Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: “Femme, voici ton fils.” Puis il dit au disciple : “Voici ta mère.” Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.» (Jn. 19, 25-27)

«Voici ton fils…», cette parole prononcée par Jésus n’est pas une simple recommandation que Jésus fait à sa mère, c’est une manière de mettre en évidence une nouvelle façon d’être engendré grâce à la  maternité de Marie. «Le disciple que Jésus aimait…» est celui que Jésus aime d’un amour préférentiel, l’amour qui occupe la première place dans la relation : «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure.» (Jn. 15,16) Il s’agit  aussi d’un amour qui fait de l’autre un «disciple», un «ami», c’est l’amour qui perfectionne (rend parfait) :  «Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour.» (Jn. 15, 10) Et le fruit de cet amour est la joie parfaite : «Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.» (Jn. 15, 11)

L’expression «le disciple que Jésus aimait» est moins l’indication d’un amour de prédilection pour un disciple en particulier, qu’une explication visant à situer le disciple en tant que tel dans la sphère de l’amour et de la miséricorde. L’expression a donc une valeur symbolique et désigne tous les croyants. C’est le croyant qui est confié à Marie et qui la reçoit comme Mère. C’est le pèlerin qui est confié à Marie. C’est dans cette perspective qu’il faut entendre qu’«à partir de cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui» (Jn 19,27). Ce «chez lui» ne désigne pas la seule maison, mais désigne aussi les biens propres qui lui appartiennent en tant que disciple : le lien de foi qui le rattache au Christ et qui s’exprime dans la pratique du commandement de l’amour. C’est dans cet espace spirituel que le disciple reçoit Marie comme mère. C’est dans cet espace spirituel que Bernadette et les pèlerins de tous les temps accueillent la présence de Marie comme mère.

Marie, mère de miséricorde, est toujours présente dans la vie du croyant au service de l’alliance entre son Fils et ses disciples. Et cette alliance a un nom : la miséricorde.

Le 11 février 1858 Bernardette reçoit la grâce de «bien faire le signe de la croix» : «J’ai voulu faire le  signe de la croix, ma main tomba elle était paralysée ; jusqu’à ce que la Dame l’eût fait et à ce moment-là, moi aussi, j’ai pu le faire.» Pour «bien faire le signe de la croix» il lui a suffi de regarder la Dame et de le faire comme elle-même l’accomplit. De nombreux témoins nous diront que par ce simple geste, bien faire le signe de la croix, elle semblait, en effet, entrer dans une autre réalité.  Cette autre réalité est celle que le Seigneur nous propose dans l’Évangile : passer du péché à la grâce, de l’égoïsme au partage, de la division à la communion, de l’isolement à la rencontre, de la tristesse à la joie, de la haine au pardon, etc.

En franchissant la Porte de la Miséricorde nous sommes invités, avec Marie et Bernadette, à faire le signe de la croix pour ainsi montrer notre décision d’entrer dans la réalité de la grâce de la  miséricorde pour nous et pour tous ceux que nous côtoyons.

La Grotte

La Grotte de Lourdes est le lieu où Bernadette Soubirous a rencontré 18 fois, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, la Vierge Marie, la Mère de Dieu. Cette rencontre entre ces deux personnes était en vue d’une troisième rencontre, celle du Christ. En effet, tout au long des apparitions, la Vierge se présente toujours comme celle qui se met au service de Bernadette pour lui faire découvrir petit à petit, et à travers une catéchèse et une pédagogie formidable, la présence de la source au fond de la cavité. La source, que Bernadette découvrira lors de la neuvième apparition, est le symbole même de tout le message que Marie confie à Bernadette. Cette source symbolise la personne même du Christ. Lorsque la Dame dit à Bernadette : «Allez boire à la source et vous y laver», c’est une invitation qu’Elle lui adresse à entrer dans le mystère de la vie de son Fils. Il ne suffit pas de découvrir la source (le Christ), il faut encore boire à la source et s’y laver. Cela veut dire se nourrir de la Parole de Dieu et se laisser transformer par sa présence sacramentelle dans la Réconciliation et l’Eucharistie.

La Grotte est aussi le lieu du silence et de la prière nécessaires pour dialoguer avec le Seigneur. La Grotte est aussi le lieu d’un commencement, d’un début, d’un départ, d’une nouveauté, la Grotte est un lieu de rencontre où l’homme et la femme se découvrent beaux aux yeux de Dieu, aimables aux yeux des autres.

A la Grotte de Lourdes, naissent des amours et des amitiés de toute une vie et nombreux sont ceux qui entendent l’appel et reçoivent la grâce de consacrer leur existence au Seigneur et à leurs frères.

Devant la Grotte, nous découvrons la présence maternelle de Marie et nous faisons l’expérience de ce visage maternel de l’Église, c’est pour cela que la Grotte est un lieu d’accueil, d’écoute, de compréhension, d’ouverture à l’autre, de la préférence de l’autre à soi exprimée par le don de soi, du service de l’autre.

La Grotte est le reflet de l’humanité nouvelle, d’une création nouvelle.

La Grotte, c’est la beauté de l’Immaculée Conception, la merveilleuse rencontre entre la Sainte Vierge et Bernadette, et la grâce qui s’ensuivit a marqué à jamais ces lieux.

La Grotte est un lieu qui accueille notre humanité telle qu’elle est, avec ses joies et ses peines, ses  blessures, ses frustrations, ses échecs et ses triomphes. Et en même temps, c’est un lieu où nous faisons l’expérience de l’irruption de Dieu dans la personne de Marie. Comme le dit l’Apôtre Paul : «Là où le péché a abondé, là-même a surabondé la Grâce.» (Rm. 5, 20)

La Grotte est ainsi le lieu de toutes les miséricordes.

Les piscines et les fontaines

A la Grotte de Lourdes, Marie introduit Bernadette dans l’Évangile. La catéchèse de Marie rejoint Bernadette dans ce qu’elle est : sa condition humaine marquée par le péché. En même temps, elle est rejointe dans sa réalité, sa pauvreté, son ignorance, sa maladie, son indigence.

Durant les apparitions pénitentielles (8ème-11ème), à la demande de la Dame, Bernadette réalisera trois gestes : marcher à genoux et embrasser le sol de la Grotte, manger quelques herbes et se  barbouiller le visage avec la boue de la Grotte. Ces gestes sont des gestes bibliques, éminemment pénitentiels qui nous renvoient aux grands moments de la Passion du Fils de Dieu.

Marcher à genoux et embrasser le sol de la Grotte : c’est le geste de l’abaissement du Fils de Dieu, c’est le geste de l’Incarnation : «Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.  Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu  homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.»  (Ph. 2, 5-8)

Manger quelques herbes qui poussaient à l’intérieur de la Grotte. Les herbes amères du Livre de l’Exode nous parlent de l’agneau immolé avec lequel les Hébreux appelleront les bonnes grâces de Dieu : «Le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera  sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères.» (Ex. 12, 3b-8). Les herbes amères dans la Bible signifient le péché, ce qui fait du mal à l’homme. Et  voilà Bernadette à l’image de l’agneau de Dieu qui mange ces herbes pour nous signifier que l’homme est libéré du péché par le sacrifice de l’agneau de Dieu, le Christ.

La boue qui défigure le visage de Bernadette est l’image du «serviteur souffrant de Dieu» dont nous parle le prophète Isaïe (Is. 52, 14).

Ces gestes réalisés par Bernadette à la demande de la Dame de manière répétée ont pour objectif de nous faire découvrir une autre réalité. Marcher à genoux et embrasser le sol sont des gestes d’abaissement qui sont aussi des gestes de tendresse envers le sol de la Grotte. Les deux autres, manger de l’herbe et prendre de la boue, expriment le désir de désencombrer ce sol. Il faut passer  par cette purification pour que puisse apparaître ce qui est caché et qui est le véritable trésor : la  source.

Il faut aimer l’homme, enfant de Dieu, qui est pécheur, pour le libérer du péché, afin qu’il puisse découvrir dans son cœur la source d’amour et de charité, car l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu : «Allez à la source, boire et vous y laver», dira Marie à Bernadette le 25 février, lors de la neuvième apparition. Dans la contemplation du Fils de l’Homme défiguré, couronné d’épines, ensanglanté, nous contemplons le tragique de l’histoire des hommes. Mais  simultanément, dans le Fils de l’Homme, se manifeste l’amour de Dieu envers l’humanité : «L’un  des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau.» (Jn. 19, 34) En faisant le geste de boire et de nous laver nous exprimons le besoin de cette purification de nos sentiments et de nos paroles afin que nous puissions communiquer avec nos frères, non pas au niveau superficiel, mais au niveau de la source de charité qui sommeille en nous. À l’exemple de la Samaritaine, notre conversion est possible selon les paroles du Christ : «L’eau que je lui donnerai  deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle.» (Jn. 4, 14)

En passant par les piscines et en faisant le geste de l’eau, le pèlerin que nous sommes veut signifier ce besoin d’être purifié par la grâce de Dieu et en même temps il explicite le désir de faire jaillir du plus profond de son cœur la charité qui est déjà en lui pour la communiquer aux autres.

En conclusion, nous sommes invités à nous donner à boire les uns aux autres. Cela veut dire donner à l’autre le meilleur de nous-mêmes. J’ai soif de la miséricorde de mon frère et mon frère a soif de la miséricorde de mon cœur. L’époux doit pouvoir boire et se laver dans le cœur miséricordieux de son épouse et vice versa. La famille est appelée à communiquer au niveau le plus profond de la miséricorde.

La chapelle de la réconciliation

Le 11 février 1858, Bernadette, déjà marquée par l’asthme, la malnutrition et la faim, se rend devant une grotte humide et obscure à la recherche de bois sec et d’os. Et c’est à ce moment précis, après avoir écouté «comme un coup de vent», qu’elle tourne son regard vers la Grotte et voit une Dame vêtue de blanc et enveloppée de lumière. Celle-ci se reflète sur son visage qui devient ainsi le signe de la lumière. Marie réfléchit la lumière de Celui qui est la lumière, le Christ. Et si Bernadette réfléchit cette lumière sur son visage, c’est parce que son cœur est illuminé par cette lumière. En même temps, cette lumière lui  montre les ténèbres de son cœur. C’est pour cela que la jeune fille, le samedi suivant, va chercher l’Abbé Pomian pour lui confier l’extraordinaire expérience qu’elle vient de vivre et se confesser pour la première fois de sa vie. Rencontre avec le prêtre hautement significative, puisqu’elle nous suggère que cette même lumière qu’elle voit dans la Grotte se trouve dans le sacrement de la réconciliation, de l’eucharistie, dans la vie sacramentelle, dans la vie en l’Église.

«Le Christ est la lumière des peuples. Le Saint Concile souhaite donc, en annonçant à toutes les  créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église.» (Con. Vat. II Lumen Gentium, n°1)

En face de l’Accueil Notre-Dame, lieu de rencontre des personnes malades et des hospitaliers, sur l’autre rive du Gave, se trouve la chapelle de la réconciliation. Elle occupe l’ancien Asile Notre-Dame. C’est un beau symbole : Dieu veut la guérison totale de l’homme. Maladie et péché doivent être bien distingués. Jésus est très clair sur ce point. Mais l’être humain souffre d’être divisé. Il aspire à la réconciliation: avec lui-même, avec les autres, avec le monde qui l’entoure mais aussi avec Dieu, son Créateur et son Sauveur.

La chapelle de la réconciliation est la plus belle de toutes les chapelles du Sanctuaire, non pas par sa beauté matérielle mais par la beauté de ce qui se vit à l’intérieur de ce bâtiment: un pénitent, animé par un désir de conversion à travers le pardon demandé et reçu, et un prêtre, ministre de la miséricorde, redisent d’une manièreconcrète le Oui de l’alliance de miséricorde que Dieu fait avec toute l’humanité.

Les accueils de malades : Notre-Dame, Saint-Frai et Salus

«Les accueils des malades ne seraient que des structures collectives analogues à toutes les autres s’il n’y avait pas les Hospitalités, ces dizaines de milliers de bénévoles qui, chaque année, donnent de leur temps et dépensent de leur argent pour accompagner ou accueillir à Lourdes des personnes malades ou handicapées. Lourdes est un lieu où il est possible à bien des personnes de vivre la parabole du bon Samaritain. Le Samaritain s’est arrêté, alors qu’il était peut-être pressé. Il n’a pas reculé devant la blessure de l’homme à demi mort. De même, les Hospitaliers arrêtent la course de leurs occupations ou de leurs loisirs et acceptent de regarder ceux que notre mode de vie actuel relègue souvent dans des lieux à part. Le Samaritain est bien content de trouver une auberge où il peut conduire en toute sécurité le blessé du bord de la route. Il le confie à quelqu’un d’autre, sans se désintéresser de lui puisqu’il repassera et réglera le supplément. C’est un bon exemple pour les hospitaliers : le malade ne leur appartient pas. Ce ne serait plus Lourdes si nous avions construit de beaux Accueils, gérés par un personnel qualifié, mais sans la gratuité de la présence des bénévoles. Ce serait dommage pour les personnes accueillies mais, tout autant, pour les bénévoles, car servir est un chemin de découverte, un chemin de foi au Serviteur. Il est heureux que tant de jeunes aiment à remplir ce service » (Mgr Jacques Perrier «L’Évangile de Lourdes»).

Père Horacio Brito, Missionnaire de l’Immaculée Conception de Lourdes, chapelain

Prière du Jubilé de la Miséricorde

Seigneur Jésus-Christ,

toi qui nous as appris à être miséricordieux comme le Père céleste, et nous as dit que te voir, c’est Le voir. Montre-nous ton visage, et nous serons sauvés.

Ton regard rempli d’amour a libéré Zachée et Matthieu de l’esclavage de l’argent, la femme adultère et Madeleine de la quête du bonheur à travers les seules créatures ; tu as fait pleurer Pierre après son  reniement, et promis le paradis au larron repenti. Fais que chacun de nous écoute cette parole dite à la Samaritaine comme s’adressant à nous : Si tu savais le don de Dieu ! Tu es le visage visible du Père invisible, du Dieu qui manifesta sa toute puissance par le pardon et la miséricorde : fais que l’Eglise soit, dans le monde, ton visage visible, toi son Seigneur ressuscité dans la gloire. Tu as voulu que tes serviteurs soient eux aussi habillés de faiblesse pour ressentir une vraie compassion à l’égard de ceux qui sont dans l’ignorance et l’erreur : fais que quiconque s’adresse à l’un d’eux se sente attendu, aimé, et pardonné par Dieu. Envoie ton Esprit et consacre-nous tous de son onction pour que le Jubilé de la Miséricorde soit une  année de grâce du Seigneur, et qu’avec un enthousiasme renouvelé, ton Eglise annonce aux pauvres la bonne nouvelle, aux prisonniers et aux opprimés la liberté, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue. Nous te le demandons par Marie, Mère de la Miséricorde, à toi qui vis et règnes avec le Père et le Saint Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.

Pape François

ANNEE SAINTE - BULLE D'INDICTION, PAPE FRANÇOIS, PELERINAGE

ANNEE SAINTE (Extraits)

  1. PELERINAGE EN TERRE SAINTELe pèlerinage est un signe particulier de l’Année Sainte: il est limage du chemin que chacun parcourt au long de son existence. La vie est un pèlerinage, et l’être humain unviator, un pèlerin qui parcourt un chemin jusqu’au but désiré. Pour passer la Porte Sainte à Rome, et en tous lieux, chacun devra, selon ses forces, faire un pèlerinage. Ce sera le signe que la miséricorde est un but à atteindre, qui demande engagement et sacrifice. Que le pèlerinage stimule notre conversion: en passant la Porte Sainte, nous nous laisserons embrasser par la miséricorde de Dieu, et nous nous engagerons à être miséricordieux avec les autres comme le Père l’est avec nous.

Le Seigneur Jésus nous montre les étapes du pèlerinage à travers lequel nous pouvons atteindre ce but: «Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et lon vous donnera: cest une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous» (Lc 6, 37-38). Il nous est dit, dabord, de ne pas juger, et de ne pas condamner. Si lon ne veut pas être exposé au jugement de Dieu, personne ne doit devenir juge de son frère. De fait, en jugeant, les hommes s’arrêtent à ce qui est superficiel, tandis que le Père regarde les coeurs. Que de mal les paroles ne font-elles pas lorsqu’elles sont animées par des sentiments de jalousie ou d’envie! Mal parler du frère en son absence, cest le mettre sous un faux jour, c’est compromettre sa réputation et l’abandonner aux ragots. Ne pas juger et ne pas condamner signifie, de façon positive, savoir accueillir ce qu’il y a de bon en toute personne et ne pas permettre qu’elle ait à souffrir de notre jugement partiel et de notre prétention à tout savoir. Ceci n’est pas encore suffisant pour exprimer ce qu’est la miséricorde. Jésus demande aussi de pardonner et de donner, d’être instruments du pardon puisque nous l’avons déjà reçu de Dieu, d’être généreux à l’égard de tous en sachant que Dieu étend aussi sa bonté pour nous avec grande magnanimité.

Miséricordieux comme le Père, c’est donc la “devise de l’Année Sainte. Dans la miséricorde, nous avons la preuve de la façon dont Dieu aime. Il se donne tout entier, pour toujours, gratuitement, et sans rien demander en retour. Il vient à notre secours lorsque nous l’invoquons. Il est beau que la prière quotidienne de l’Eglise commence avec ces paroles: «Mon Dieu, viens me délivrer; Seigneur, viens vite à mon secours» (Ps 69, 2). L’aide que nous implorons est déjà le premier pas de la miséricorde de Dieu à notre égard. Il vient nous sauver de la condition de faiblesse dans laquelle nous vivons. Son aide consiste à rendre accessible sa présence et sa proximité. Touchés jour après jour par sa compassion, nous pouvons nous aussi devenir compatissants envers tous.