EMILE VERHAEREN (1855-1916), FRANCE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, GUERRE... ET PAIX..., GUERRES, HISTOIRE DE FRANCE, JEAN DE LA FONTAINE (1621-1695), LETTRE DE POLUS, POEME, POEMES

Guerre…. et paix…

Guerre…. et paix….

 

Une statue (soldat)

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Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair sous le soleil.

Masque d’airain, casque et panache d’or ;
Et l’horizon, là-bas, où le combat se tord,
Devant ses yeux hallucinés de gloire !

Un élan fou, un bond brutal
Jette en avant son geste et son cheval
Vers la victoire.
Il est volant comme une flamme,
Ici, plus loin, au bout du monde,
Qui le redoute et qui l’acclame.

Il entraîne, pour qu’en son rêve ils se confondent,
Dieu, son peuple, ses soldats ivres ;
Les astres mêmes semblent suivre,
Si bien que ceux
Qui se liguent pour le maudire
Restent béants : et son vertige emplit leurs yeux.

Il est de calcul froid, mais de force soudaine :
Des fers de volonté barricadent le seuil
Infrangible de son orgueil.

Il croit en lui — et qu’importe le reste !
Pleurs, cris, affres et noire et formidable fête,
Avec lesquels l’histoire est faite.

Il est la mort fastueuse et lyrique,
Montrée, ainsi qu’une conquête,
Au bout d’une existence en or et en tempête.
Il ne regrette rien de ce qu’il accomplit,
Sinon que les ans brefs aillent trop vite
Et que la terre immense soit petite.

Il est l’idole et le fléau :
Le vent qui souffle autour de son front clair
Toucha celui des Dieux armés d’éclairs.

Il sent qu’il passe en rouge orage et que sa destinée
Est de tomber en brusque écroulement,
Le jour où son étoile étrange et effrénée,
Cristal rouge, se cassera au firmament.

Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair dans le soleil.

Emile Verhaeren, Les Villes tentaculaires

 

Ode pour la paix

Jean de La Fontaine

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Le noir démon des combats
Va quitter cette contrée ;
Nous reverrons ici-bas
Régner la déesse Astrée.

La paix, soeur du doux repos,
Et que Jules va conclure,
Fait déjà refleurir Vaux ;
Dont je retire un bon augure.

S’il tient ce qu’il a promis,
Et qu’un heureux mariage
Rende nos rois bons amis,
Je ne plains pas son voyage.

Le plus grand de mes souhaits
Est de voir, avant les roses,
L’Infante avecque la Paix ;
Car ce sont deux belles choses.

O Paix, infante des cieux,
Toi que tout heur accompagne,
Viens vite embellir ces lieux
Avec l’Infante d’Espagne.

Chasse des soldats gloutons
La troupe fière et hagarde,
Qui mange tous mes moutons,
Et bat celui qui les garde.

Délivre ce beau séjour
De leur brutale furie,
Et ne permets qu’à l’Amour
D’entrer dans la bergerie.

Fais qu’avecque le berger
On puisse voir la bergère,
Qui court d’un pied léger,
Qui danse sur la fougère,

Et qui, du berger tremblant
Voyant le peu de courage,
S’endorme ou fasse semblant
De s’endormir à l’ombrage.

O Paix ! source de tout bien,
Viens enrichir cette terre,
Et fais qu’il n’y reste rien
Des images de la guerre.

Accorde à nos longs désirs
De plus douces destinées ;
Ramène-nous les plaisirs,
Absents depuis tant d’années.

Etouffe tous ces travaux,
Et leurs semences mortelles :
Que les plus grands de nos maux
Soient les rigueurs de nos belles ;

Et que nous passions les jours
Etendus sur l’herbe tendre,
Prêts à conter nos amours
A qui voudra les entendre.

Jean de La Fontaine, 1679

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Lettre d’un poilu à sa femme

« La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. »

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Le 30 mai 1917

Léonie chérie,

J’ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu’elle t’arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd’hui témoigner de l’horreur de cette guerre.

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n’est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l’odeur est pestilentielle.

Tout manque : l’eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n’avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.

Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus, la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens. Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi.

Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l’état major. Tous les combattants désespèrent de l’existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n’a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.

Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J’ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d’aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance, je ne crois pas qu’ils y parviendront.

Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d’une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l’histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l’aube, agenouillé devant le peloton d’exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t’infliger.

C’est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd’hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.

Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l’exemple est réhabilitée, mais je n’y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.

Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.

Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

Eugène ton mari qui t’aime tant.


 

POEME, POEMES, GUERRE MONDIALE 1914-1918, POILU, POILUS, ODE POUR UN SOLDAT INCONNU

Ode pour un soldat inconnu (11 novembre)

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Dors petit soldat inconnu

 

Dors petit soldat inconnu

Toi qui es parti au son du tocsin

Un matin de juillet 1914

Rejoindre le front

Emportant de maigres souvenirs

D’un monde qui te voulais porteur de la mort

Toi qui rêvais d’un bonheur paisible

Toi qui rêvais de la prochaine moisson

 

Dors petit soldat inconnu

Tu as bien combattu

De l’Artois jusqu’en Flandre

De la Champagne à la Somme

Tu as connu le froid et la faim

Les nuits sans sommeil

Dans les tranchées hâtivement construites

Au gré des mouvements de la guerre

Dors petit soldat inconnu

Quand la grande Faucheuse est venue

Cueillir ta vie pleine de promesses encore

Tu es tombé les armes à la main

Avec une dernière prière pour les tiens

Ton corps a embrassé une dernière fois

La terre gorgée de sang de ton cher pays  

Qui a recueilli ton corps brisé  

Dors petit soldat inconnu

Tu as fait ton devoir

Pardonne à ceux qui brisé tes rêves

Pardonne à ceux qui ont pris ta vie

Dors petit soldat inconnu 

Prie dans le silence de l’éternité

Pour  tous ceux-là

Qui parlent trop souvent  de paix

Pour mieux préparer une future guerre

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©Claude-Marie T.

11 novembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

FETE DE LA TOUSSAINT, LITTERATURE FRANÇAISE, PAUL VERLAINE, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, TOUSSAINT

Toussaint : poème de Paul Verlaine

Toussaint

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Ces vrais vivants qui sont les saints,
Et les vrais morts qui seront nous,
C’est notre double fête à tous,
Comme la fleur de nos desseins,

Comme le drapeau symbolique
Que l’ouvrier plante gaîment
Au faite neuf du bâtiment,
Mais, au lieu de pierre et de brique,

C’est de notre chair qu’il s’agit,
Et de notre âme en ce nôtre œuvre
Qui, narguant la vieille couleuvre,
A force de travaux surgit.

Notre âme et notre chair domptées
Par la truelle et le ciment
Du patient renoncement
Et des heures dûment comptées.

Mais il est des âmes encor,
Il est des chairs encore comme
En chantier, qu’à tort on dénomme
Les morts, puisqu’ils vivent, trésor

Au repos, mais que nos prières
Seulement peuvent monnayer
Pour, l’architecte, l’employer
Aux grandes dépenses dernières.

Prions, entre les morts, pour maints
De la terre et du Purgatoire,
Prions de façon méritoire
Ceux de là-haut qui sont les saints.

 

Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Liturgies intimes (1892).

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Paul Verlaine (1844-1896)

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Paul Marie Verlaine est un poète français.

Fils d’un officier napoléonien, Paul Verlaine fait ses études à Paris au lycée Bonaparte. Il travaille ensuite à l’hôtel de ville de la capitale. Ne pouvant supporter cet emploi médiocre, il fréquente les cafés et leurs poètes et commence à boire.

Ce rapport catastrophique à l’alcool est générateur de violence. Tout au long de sa vie, il est sujet, en état d’ivresse, à de très graves colères qui lui font commettre des actes brutaux.

Cette compagnie l’incite à rédiger ses premiers poèmes, empreints de mélancolie, où se mêlent préciosité et personnages de la commedia dell’arte (« Fêtes galantes » 1869) ainsi que son admiration pour Baudelaire (« Poèmes saturniens » 1866 à 22 ans) . En 1870, il fait la connaissance de Mathilde Mauté, qu’il épouse. Il écrit pour elle le recueil « La Bonne Chanson ».

En 1871, il rencontre Arthur Rimbaud pour lequel il sacrifie son couple et s’enfuit en Angleterre. A l’issue d’une dispute entre eux, il blesse à coups de pistolet le jeune poète. Condamné pour homosexualité, Verlaine est emprisonné pendant deux ans et c’est à cette époque qu’il rédige l’essentiel des recueils « Romance sans paroles » (1874) et « Sagesse » (1881). De retour à Paris, il sombre à nouveau dans l’alcoolisme. En 1884, paraît son recueil « Jadis et naguère » qui reprend des poèmes écrits une décennie plus tôt et que couronne Art poétique. La mort de sa mère en 1886, le condamne à la misère, malgré l’admiration des symbolistes.

Paul Verlaine est avant tout le poète des clairs-obscurs. L’emploi de rythmes impairs, d’assonances, de paysages en demi-teintes le confirment, rapprochant même, par exemple, l’univers des Romances sans paroles des plus belles réussites impressionnistes. Il s’ingénie à introduire le maximum de variété dans le rythme, initiant par là l’avènement du vers libre.

C’est lui qui a lancé la notion de « poètes maudits».

JEAN FERRAT (1930-2010), JEAN-MARIE GUSTAVE LE CLEZIO (1940-...), LOUIS ARAGON (1897-1982), MIGRANTS, PALAIDOYER DE LE CLEZIO POUR LES MIGRANTS, POEME, POEME POUR LA PAIX, UN JOUR UN JOUR

Plaidoyer de Le Clézio pour les migrants

« Comment pouvons-nous les renvoyer à la mort? »

Le Plaidoyer de Le Clézio

3 JANV. 2018

Jean-Marie Gustave Le Clézio a lu à l’antenne de France Inter un texte inédit dans lequel l’écrivain prend position pour les migrants. Un texte « indispensable » à lire (et écouter).

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« La vérité, c’est que chaque drame de la migration en provenance des pays pauvres pose la question qui s’est posée jadis aux habitants de Roquebillière, lorsqu’ils ont offert l’asile à ma mère et à ses enfants : la question de la responsabilité.

Dans le monde contemporain, l’histoire ne répartit plus les populations entre factions guerrières. Elle met d’un côté ceux qui, par le hasard de leur situation géographique, par leur puissance économique acquise au long des siècles, par leur expériences, connaissent les bienfaits de la paix et de la prospérité. Et de l’autre, les peuples qui sont en manque de tout, mais surtout de démocratie.

La responsabilité, ce n’est pas une vague notion philosophique, c’est une réalité.

Car les situations que fuient ces déshérités, ce sont les nations riches qui les ont créées. Par la conquête violente des colonies, puis après l’indépendance, en soutenant les tyrannies, et enfin aux temps contemporains, en fomentant des guerres à outrances dans lesquelles la vie des uns ne vaut rien, quand la vie des autres est un précieux trésor.

Bombardements, frappes ciblées depuis le ciel, blocus économiques, tous les moyens ont été mis en oeuvre par les nations puissantes pour vaincre les ennemis qu’elles ont identifiées. Et qu’importe s’il y a des victimes collatérales, des erreurs de tirs, qu’importe si les frontières ont été tracées à coups de sabre par la colonisation sans tenir compte des réalités humaines.

La migration n’est pas, pour ceux qui l’entreprennent, une croisière en quête d’exotisme, ni même le leurre d’une vie de luxe dans nos banlieues de Paris ou de Californie. C’est une fuite de gens apeurés, harassés, en danger de mort dans leur propre pays.

Pouvons-nous les ignorer, détourner notre regard ?

Accepter qu’ils soient refoulés comme indésirables, comme si le malheur était un crime et la pauvreté une maladie ?

On entend souvent dire que ces situations sont inextricables, inévitables. que nous, les nantis, ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. Qu’il faut bien des frontières pour nous protéger, que nous sommes sous la menace d’une invasion, comme s’il s’agissait de hordes barbares montant à l’assaut de nos quartiers, de nos coffre-forts, de nos vierges.

Quand bien même nous ne garderions que l’argument sécuritaire, n’est-il pas évident que nos murs, nos barbelés, nos miradors sont des protections illusoires ?

Si nous ne pouvons accueillir celles et ceux qui en ont besoin, si nous ne pouvons accéder à leur demande par charité ou par humanisme, ne pouvons-nous au moins le faire par raison, comme le dit la grande Aïcha Ech Chenna qui vient en aide aux enfants abandonnés du Maroc : « Donnez, car si vous ne le faites pas, un jour ces enfants viendront vous demander des comptes« .

L’histoire récente du monde nous met devant deux principes contradictoires mais non pas irréconciliables.

D’une part, l’espoir que nous avons de créer un jour un lieu commun à toute l’humanité. Un lieu où régnerait une constitution universelle et souvenons-nous que la première constitution affirmant l’égalité de tous les humains, fut écrite non pas en Grèce, ni dans la France des Lumières, mais en Afrique dans le Royaume du Mali d’avant la conquête.

Et d’autre part, la consolidation des barrières préventives contre guerres, épidémies et révolutions.

Entre ces deux extrêmes, la condition de migrants nous rappelle à une modestie plus réaliste. Elle nous remet en mémoire l’histoire déjà ancienne des conflits inégaux entre pays riche et pays sous équipé c’est le maréchal Mobutu qui, s’adressant aux Etats-Unis proposa une vraie échelle de valeur établie non pas sur le critère de la puissance économique ou militaire d’un pays mais sur sa capacité au partage des richesses et des services afin que soit banni le mot de « sous-développement » et qu’il soit remplacé par celui de « sous-équipement ».

Nous nous sommes habitués progressivement, depuis les guerres d’indépendances, à ce que des centaines de milliers d’être humains, en Afrique, au Proche Orient, en Amérique latine, naissent, vivent et meurent dans des villes de toiles et de tôles, en marge des pays prospères. Aujourd’hui avec l’aggravation de ces conflits, et la sous-alimentation dans les pays déshérités, on découvre que ces gens ne peuvent plus être confinés. Qu’il traversent forêts, déserts et mers pour tenter d’échapper à leur fatalité.

Ils frappent à notre porte, ils demandent à être reçus.

Comment pouvons-nous les renvoyer à la mort ?

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Dans son beau livre, le docteur Pietro Bartolo cite cette phrase de Martin Luther King, qui n’a jamais sonné aussi vraie : « Nous avons appris à voler comme des oiseaux et à nager comme des poissons, mais nous n’avons pas appris l’art tout simple de vivre ensemble comme des frères »

 

 

UN JOUR UN JOUR

 

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Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Poème de Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat

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CHANT D'AUTOMNE, CHARLES BAUDELAIRE (1821-1867), LES FLEURS DU MAL, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS

Chant d’automne de Charles Baudelaire

Chant d’automne (Partie I)

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Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

  

Charles Baudelaire (1821-1867)
Les fleurs du mal

 

FRANÇOIS COPPEE (1842-1908), POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, UN EVANGILE

Un évangile : François Coppée

Un évangile

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En ce temps-là, Jésus, seul avec Pierre, errait
Sur la rive du lac, près de Génésareth,
À l’heure où le brûlant soleil de midi plane,
Quand ils virent, devant une pauvre cabane,
La veuve d’un pêcheur, en longs voiles de deuil,
Qui s’était tristement assise sur le seuil,
Retenant dans ses yeux la larme qui les mouille,
Pour bercer son enfant et filer sa quenouille.
Non loin d’elle, cachés par des figuiers touffus,
Le Maître et son ami voyaient sans être vus.

 

Soudain, un de ces vieux dont le tombeau s’apprête,
Un mendiant, portant un vase sur sa tête,
Vint à passer et dit à celle qui filait:
« Femme, je dois porter ce vase plein de lait
Chez un homme logé dans le prochain village;
Mais tu le vois, je suis faible et brisé par l’âge,
Les maisons sont encore à plus de mille pas,
Et je sens bien que, seul, je n’accomplirai pas
Ce travail, que l’on doit me payer une obole. »

La femme se leva sans dire une parole,
Laissa, sans hésiter, sa quenouille de lin,
Et le berceau d’osier où pleurait l’orphelin,
Prit le vase, et s’en fut avec le misérable.
Et Pierre dit:
« Il faut se montrer secourable,
Maître! mais cette femme a bien peu de raison
D’abandonner ainsi son fils et sa maison,
Pour le premier venu qui s’en va sur la route.
À ce vieux mendiant, non loin d’ici, sans doute,
Quelque passant eût pris son vase et l’eût porté. »

Mais Jésus répondit à Pierre:
« En vérité,
Quand un pauvre a pitié d’un plus pauvre, mon père
Veille sur sa demeure et veut qu’elle prospère.
Cette femme a bien fait de partir sans surseoir. »

Quand il eut dit ces mots, le Seigneur vint s’asseoir
Sur le vieux banc de bois, devant la pauvre hutte.
De ses divines mains, pendant une minute,
Il fila la quenouille et berça le petit;
Puis se levant, il fit signe à Pierre et partit.

Et, quand elle revint à son logis, la veuve,
À qui de sa bonté Dieu donnait cette preuve,
Trouva sans deviner jamais par quel ami,
Sa quenouille filée et son fils endormi.

François Coppée, Les récits et les élégies (1878)

 

François Coppée (1842-1908)

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François Édouard Joachim Coppée est un poète, dramaturge et romancier français.

Après ses études au lycée Saint-Louis, il devient employé de bureau au ministère de la guerre et s’attira bientôt les faveurs du public comme poète de l’école parnassienne. Ses premiers vers imprimés datent de 1864.

Après avoir occupé un emploi à la bibliothèque du Sénat, François Coppée travailla comme archiviste de la Comédie Française de 1878 à 1884, année ou il fut élu à l’Académie française, ce qui l’amena à se retirer de toutes les charges publiques. Il continua à publier à intervalles rapprochés des volumes de poésie.

Il fut fait officier de la Légion d’Honneur en 1888.
Il prit une part importante aux attaques contre l’accusé dans l’affaire Dreyfus et fut un des créateurs de la Ligue de la patrie française fondée par Jules Lemaitre et sa maîtresse, Madame de Loynes et où il retrouve un ami, Paul Bourget.

Source : Wikipedia

LE MONDE EST DEVENU FOU, POEME, POEMES

Le monde est devenu fou

Le monde est devenu fou

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Le monde devient si  fou

Que nous serons un jour

Transformé transformant

Que  nous serons

Sans rêves sans désirs

Sans malheur sans bonheur

Un  royaume des robots

 

Le monde est devenu si fou

Que nous serons un jour

Des mécaniques rentables

Que  nous serons

Sans amour sans haine

Sujets loyaux sans révolte

Du Royaume de la Productivité

 

Le monde est devenu si fou

Que devenu inutiles

Sans avoir connu  la vie

Sans avoir connu l’amour

Nous finirons

Au grand cimetière des machines

 

Le monde est devenu si fou

Qu’il ne regarde pas

La beauté du monde

La gratuité de l’amour

Le monde est devenu si fou

Qu’il ne sait même pas

Qu’il est déjà mort

  

©Claude-Marie T.

22 Septembre 2019