DES DIMANCHES MATINS EN L'EGLISE DU SAINT-ESPRIT, EGLISE DU SAINT-ESPRIT (AIX-EN-PROVENCE), PAROISSE DU SAINT-ESPRIT (Aix-en-Provence : Bouches-du-Rhône), POEME, POEMES

Des dimanches matin…

aufildelapensée

Des dimanches matin en l’Eglise du Saint-Esprit

EGLISE DU SAINT ESPRIT

En plein cœur de la ville

Il faut ouvrir délicatement les vieilles portes

Qui résistent

Comme voulant sauvegarder un secret

Comme voulant cachés des trésors

Aux yeux des curieux

Comme voulant retenir en ses murs

Tant de confidences murmurées

Et confiées aux longs des siècles

Les dimanches matin

Quand la ville sommeille encore

Quand une porte est enfin ouverte

La vieille église

Consent à délivrer ses secrets

Les murs abimés par le temps

Disent des siècles de prières

Des siècles de cérémonies religieuses

A la lueur des luminions

Se découvrent lentement

Les grands saints qui veillent

Sans jamais se lasser

Se dévoilent comme à regrets

Les immenses toiles

Qui revisitent la Bible

Dans le silence

Dans la demi-pénombre

Résonnent encore le chapelet

Des innombrables prières

Le pas lent ou rapide

De ceux qui sont venus

Déposer tous leurs fardeaux

Le pas cérémonieux des…

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Non classé, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, SEPTEMBRE

Septembre de Henri de Régnier


Septembre

Septembre ! Septembre !
Cueilleur de fruits, teilleur de chanvre,
Aux clairs matins, aux soirs de sang,
Tu m’apparais
Debout et beau,
Sur l’or des feuilles de la forêt,
Au bord de l’eau.
En ta robe de brume et de soie,
Avec ta chevelure qui rougeoie
D’or, de cuivre, de sang et d’ambre
Septembre !
Avec l’outre de peau obèse,
Qui charge tes épaules et pèse,
Et suinte à ses coutures vermeilles
Où viennent bourdonner les dernières abeilles !
Septembre !
Le vin nouveau fermente et mousse de la tonne
Aux cruches ;
La cave embaume, le grenier ploie ;
La gerbe de l’été cède au cep de l’automne,
La meule luit des olives qu’elle broie.
Toi, Seigneur des pressoirs, des meules et des ruches,
O Septembre ! chanté de toutes les fontaines,
Ecoute la voix du poème.
Le soir est froid,
L’ombre s’allonge de la forêt
Et le soleil descend derrière les grands chênes.



Henri de REGNIER

ECOLOGIE, LA RELIGION, LOUIS RACINE (1692-1763), POEME, POEMES

La Religion : extrait d’un poème de Louis Racine

« Et d’un dessein si grand j’admire l’unité » – Louis Racine –

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Louis Racine, dans cet extrait de son poème « La Religion », nous rappelle combien la nature est un cadeau de Dieu, par laquelle il révèle toute sa bonté et sa grandeur.

 

LA RELIGION

 

… Oui, c’est un Dieu caché, que le Dieu qu’il faut croire.
Mais, tout caché qu’il est, pour révéler sa gloire
Quels témoins éclatants devant moi rassemblés !
Répondez, cieux et mers ; et vous, terre, parlez.
(…)
               La voix de l’univers à ce Dieu me rappelle.
La terre le publie. « Est-ce moi, me dit-elle,
Est-ce moi qui produis mes riches ornements ?
C’est celui dont la main posa mes fondements.
Si je sers tes besoins, c’est lui qui me l’ordonne :
Les présents qu’il me fait, c’est à toi qu’il les donne :
Je me pare des fleurs qui tombent de sa main ;
Il ne fait que l’ouvrir, et m’en remplit le sein.
Pour consoler l’espoir du laboureur avide,
C’est lui qui dans l’Egypte, où je suis trop aride,
Veut qu’au moment prescrit, le Nil loin de ses bords
Répandu sur ma plaine, y porte mes trésors.
A de moindres objets tu peux le reconnoître :
Contemple seulement l’arbre que je fais croître.
Mon suc dans la racine a peine répandu,
Du tronc qui le reçoit, à la branche est rendu :
La feuille le demande, et la branche fidèle,
Prodigue de son bien, le partage avec elle.
De l’éclat de ses fruits justement enchanté,
Ne méprise jamais ces plantes sans beauté,
Troupe obscure et timide, humble et faible vulgaire,
Si tu sais découvrir leur vertu salutaire,
Elles pourront servir à prolonger tes jours.
Et ne t’afflige pas si les leurs sont si courts :
Toute plante en naissant déjà renferme en elle,
D’enfants qui la suivront une race immortelle :
Chacun de ces enfants, dans ma fécondité,
Trouve un gage nouveau de sa postérité. »
               Ainsi parle la terre, et charmé de l’entendre,
Quand je vois par ces nœuds que je ne puis comprendre,
Tant d’êtres différents l’un et l’autre enchaînés,
Vers une même fin constamment entraînés,
A l’ordre général conspirer tous ensemble,
Je reconnais partout la main qui les rassemble ;
Et d’un dessein si grand j’admire l’unité,
Non moins que la sagesse et la simplicité …

Louis Racine

 

 « Si je sers tes besoins, c’est qu’il me l’ordonne » ; Louis Racine nous rappelle que la nature répond aux ordres de Dieu … et non à ceux de l’homme. Que nous ne sommes pas là pour l’exploiter, mais pour en prendre soin comme le trésor qu’elle est.

Quelques siècles après le fils de notre grand dramaturge, notre pape nous le rappelle avec toute l’urgence et la gravité que nous connaissons :

« Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée » (Evangelii gaudium, n°71) Pape François

Louis Racine

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Louis Racine est un poète français né à Paris le  et mort à Paris le  second fils et septième et dernier enfant du dramaturge Jean Racine.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'EPANOUISSEMENT, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, PRIERES, VICTOR HUGO

L’épanouissement, poème de Victor Hugo

« Dieu, tout objet froissé vous touche et vous émeut » –

V. Hugo

 

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L’épanouissement.

 

L’épanouissement, c’est la loi du Seigneur. 
Il a fait la beauté, l’amour et le bonheur, 
Il veut la fleur dans la broussaille. 
Son âme immense, à qui l’aube sert de clairon, 
Vibre à l’anxiété du moindre moucheron. 
Toute douleur en Dieu tressaille.

Quand on lie un oiseau, Dieu souffre dans le nœud. 
Dieu, tout objet froissé vous touche et vous émeut 
Dans l’ombre où votre esprit repose ; 
Couché sur l’univers qu’emplit votre rayon, 
Vous sentez, vous aussi, dans la création, 
 Le pli d’une feuille de rose.

 Victor Hugo

CRETATION, DIEU, GERMAIN NOUVEAU, POEME, POEMES, PRIERE, PRIERES, SA BEAUTE EST MERE DE LA FLEUR, DE L'AUBE ET DE L'ETE

« Dieu, c’est la beauté »

« Sa beauté est mère de la fleur, de l’aube et de l’été » – Germain Nouveau

 

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« Dieu, c’est la beauté, Dieu, beauté même, a parlé 
Dans le buisson de flamme à son peuple assemblé, 
Aux lèvres de Moïse, aux lèvres des prophètes, 
Et ses discours profonds sont clairs comme des fêtes. 
Son livre est un chœur vaste où David a chanté, 
Et c’est un fleuve, il coule avec l’immensité 
De ses vagues, noyant dans leur écume ardente 
Ton navire, ô Milton, et ta galère, ô Dante ! 
Et Jésus a parlé, rouge et bleu sous le ciel, 
Et des mots qu’il a dits la terre a fait son miel. 
Les lys ont confondu sa robe avec l’aurore
Sa voix, sur la montagne, elle résonne encore. 
Paroles de Jésus, source sous les palmiers 
Où s’abattent les cœurs ainsi que des ramiers, 
Où les âmes vont boire ainsi que des chamelles ! 
Nourrice, tu suspends le monde à tes mamelles ! 
Car Il est aussi beau qu’Il est vrai ; sa beauté 
Est mère de la fleur, de l’aube et de l’été. 
Le Beau n’est qu’un mot creux, l’idéal qu’un mot vide, 
Mais la beauté, c’est Dieu dont notre âme est avide ; 
La beauté, mais, poète, elle est au cœur de Dieu 
Le lotus de lumière et la rose de feu ; 
De plus haut que les Tyrs et les Sions sublimes, 
Elle descend sur l’ange, elle est vouée aux cimes, 
Soleil des paradis, étoile des matins, 
Et nos regards sont faits de ses rayons éteints. 
— Beauté, face de Dieu, gouffre des purs délices 
Formidable aux élus, devant vous les milices 
Célestes dont les seins sont cuirassés d’ardeur, 
Guerriers gantés de grâce et chaussés de candeur, 
Dont les ailes de feu battent le dos par douze, 
Capitaines d’amour dont l’aurore est jalouse 
Et dont l’épée au poing n’est qu’un rayon vermeil, 
Tremblent comme la brume au lever du soleil ! 
— Alléluia vers vous, beauté du Père, et gloire ! 
Gloire à vous sur la terre et sur les luths d’ivoire
Des riants chérubins, votre escabeau vivant ! 

Gloire à vous sur la lyre et les harpes au vent 
Des séraphins chantant dans les apothéoses ! 
Doigts des anges, courez sur les violons roses ! 
Formez-vous, doux nuage, autour des encensoirs ! 
Brûlez, soleils levants ! fumez, parfums des soirs ! 
Montez vers la colombe, ô blanches innocences, 
Montez ! Et vous, Vertus, Principautés, Puissances, 
Menez, parmi les lys, le cortège des dieux, 
 Sur les pas de Jésus miséricordieux ! »

Germain Nouveau

AUGUSTE LACAUSSADE (-, AUGUSTE LACAUSSADE (1815-1897), LES JOURS DE JUIN, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS

Les jours de juin d’Auguste Lacaussade

Les Jours de Juin

 

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A EUGÈNE L…

Eugène, puisque Juin, le plus feuillu des mois,
Est de retour, veux-tu tous deux aller au bois ?
Ensemble et seuls, veux-tu, sous l’épaisse ramure,
Prendre un long bain de calme, et d’ombre, et de verdure ?
Viens-t-en sous la forêt de Meudon ou d’Auteuil
Ouïr gaîment siffler le merle et le bouvreuil.
Vois, ami, le beau ciel ! la belle matinée !
Tout nous promet sur l’herbe une bonne journée.
Qui te retient ? Partons, amis au cœur joyeux,
Allons vivre ! fermons nos livres ennuyeux !
Oublions nos travaux, nos soucis, notre prose !
Sur sa tige allons voir s’épanouir la rose !
Dans la mousse odorante où croît le serpolet,
Quel bonheur d’égrener des fraises dans du lait,
Et, d’un tabac ambré fumant des cigarettes,
Assis sur le gazon jonché de pâquerettes,
De discourir de tout, de demain, d’aujourd’hui,
Et du passé d’hier, bel âge évanoui,
Jours si vite envolés de collège et d’études,
Et de nos froids pédants aux doctes habitudes,
Et des maîtres aimés, nos bons vieux professeurs,
Les Ménard, les Duguet, aux sévères douceurs !
Nous nous rappellerons nos longues promenades
Au Pont du Sens, nos bains l’été, nos camarades,
Chers enfants dispersés à tous les vents du sort,
Ceux-là pris par le monde, et ceux-ci par la mort,
Hélas ! Et le silence aux molles rêveries
Alors remplacera nos vives causeries ;
Et des dômes ombreux qu’attiédit le soleil,
Descendra sur nos fronts un transparent sommeil,
Sommeil fait de lumière et de vague pensée ;
Et, comme une onde errante et d’un doux vent bercée,
Abandonnant notre âme à ses songes flottants,
Les yeux à demi clos nous rêverons longtemps…
Puis, renouant le fil des longues confidences,
Nous dirons nos travaux, nos vœux, nos espérances ;
Et, tels que dans l’églogue aux couplets alternés,
Deux pasteurs devisant sur leurs vers nouveau-nés,
Nous nous réciterons, toi ta chère Vendée,
Beau livre où ton esprit couve une grande idée ;
Moi, mes chants sur mon île aux palmiers toujours verts,
Éclose au sein des eaux comme une fleur des mers.
Et tu verras passer dans ces vers sans culture
Un monde jeune et fort, une vierge nature,
Des savanes, des monts pleins de mâles beautés,
Et, creusés dans leurs flancs, ces vallons veloutés
Où, près des froids torrents bordés de mousse fraîche,
Mûrissent pour l’oiseau le jam-rose et la pêche ;
Un soleil merveilleux, un ciel profond et clair,
Des bengalis, des fleurs, joie et parfums de l’air,
Tout un Éden baigné de splendeur et d’arôme
Où tout est poétique et grand, excepté l’homme !

Puis les oiseaux viendront, gazouillant leurs amours,
A mes lointains pensers donner un autre cours.
Ils diront leurs amours, et moi, sous la ramée,
Comme eux, je te dirai ma pâle bien-aimée,
Aux longs cheveux plus noirs que l’aile du corbeau,
Aux yeux d’ébène, au front intelligent et beau,
Sa bouche jeune et mûre, et sur ses dents nacrées
Le rire éblouissant de ses lèvres pourprées,
Et sa belle indolence et sa belle fierté,
Et sa grâce plus douce encor que sa beauté !
Alors, adieu mon île et les vertes savanes,
Et les ravins abrupts tapissés de lianes,
Les mimosas en fleur, le chant des bengalis !
Adieu travaux et vers, la Muse et mon pays !
J’aurai tout oublié, radieux et fidèle,
Pour ne me souvenir et ne parler que d’elle !
Je te raconterai – souvenir embaumé ! –
Comment, un soir d’avril, je la vis et l’aimai ;
Comment de simples fleurs, de douces violettes,
Furent de notre amour les chastes interprètes ;
Comment, un autre soir, à son front j’ai posé
Des lèvres où mon cœur palpitait embrasé ;
Comment dans un éclair de volupté suprême,
Pressant contre mon sein le sein brisé qui m’aime,
Foudroyé de bonheur et me sentant mourir,
J’ai crié : « Maintenant, ô mort ! tu peux venir ! »

Mais, vois ! le ciel serein ! la belle matinée !
Tout nous promet sur l’herbe une bonne journée.
Viens-t’en ! fuyons la ville ! Amis au cœur joyeux,
Allons vivre ! fermons nos livres ennuyeux !
Ensemble et seuls, allons sous l’épaisse ramure
Prendre un long bain d’oubli, de calme et de verdure.

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Auguste Lacaussade, Poèmes et Paysages

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Auguste Lacaussade

Nationalité : France 
Né(e) à : Saint-Denis , le 17/02/1817
Mort(e) à : Paris , le 31/07/1897
Biographie : 

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Né à Saint-Denis le 17 février 1817 , il est issu d’une union libre, son père avocat d’origine bordelaise, Pierre-Augustin Cazenave de Lacaussade, sa mère une esclave affranchie, Fanny-lucile Déjardin. A cause de ses origines colorées d’illégitimité il lui est interdit d’intégrer le collège Royal des Colonies. Il part donc à Nantes pour faire ses études à l’age de 10 ans. 

Ses études secondaires achevées il revient à l’île de la Réunion, pour une période de deux ans. Lacaussade décide de repartir pour Paris, il souhaite combattre en faveur de l’abolition de l’esclavage. Il débute sa carrière d’écrivain par des vers insérés dans  » La Revue de Paris« . En 1839, il publie son premier recueil intitulé « Les Salaziennes » dédicacé à Victor Hugo sa référence. Par la suite il traduit les auteurs britanniques : Ossian en 1842, Léopardi, Anacréon.

Pendant la Révolution de 1848, il rejoint le groupe d’abolitionnistes. Le gouvernement provisoire proclame le principe de l’abolition de l’esclavage, une victoire pour Auguste Lacaussade.

En 1852, paraissent ses pièces majeures, rassemblées sous le titre « Poèmes et Paysages ».

La légion d’honneur et la pension votée en 1853, par le Conseil Colonial récompensent son talent. En 1861 il publie « Les épaves« .

Le 14 mai 1870 il est nommé conservateur de la bibliothèque du ministère de l’instruction publique, le 1er janvier 1873, bibliothécaire à la bibliothèque du Luxembourg, devenu le 1er juillet 1876, celui de bibliothécaire du Sénat, poste qu’il conserva jusqu’à sa mort le 31 juillet 1897.

Source : http://www.mi-aime-a-ou.com/auguste_lacaussade.htm

AUX ELEVES DU LYCEE STANISLAS, ECRIVAIN ANGLAIS, EDMOND ROSTANT (1898-1918), EDMOND ROSTANT A DES ELEVES, POEME, POEMES

Edmond Rostant à des élèves

Aux élèves du collège Stanislas

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Merci. – Je voudrais vous parler. – Mais qu’on me laisse,
Avant de vous parler, vous regarder encor.
Laissez que je regarde un peu cette jeunesse,
Et laissez que je reconnaisse
Ces képis et ces boutons d’or !

Nous vous ressemblions quand nous avions vos âges.
Mais quoi ! ce Stanislas, c’est celui de mon temps !
Tes classes, vieux collège, ont les mêmes visages,
Comme ton parc a des feuillages
Toujours les mêmes au printemps !

Je ne comprends plus bien. Hier, j’étais cet élève !
Je crois me voir, là-bas, moi-même, au dernier rang.
Je ne m’applaudis pas, – mais, pâle, je me lève,
Et tout ceci me semble un rêve,
Et je me regarde en pleurant.

Oui, ce sont là vraiment des minutes uniques.
Il me semble sentir, et c’est attendrissant,
Tant à ce que je fus je vous trouve identiques,
Sous chacune de vos tuniques,
Battre mon cœur d’adolescent !

Ah ! Stanislas ! Je vois tout. Je me rappelle.
J’entends la cloche encor nous tirer de nos draps ;
Et par la longue cour où l’on bat la semelle,
Je crois partir pour la chapelle,
Mon petit tapis sous le bras.

Le ronron glorieux du palmarès m’enivre ;
Je fais le geste encor de me serrer au flanc,
Avant d’aller chercher, sur l’estrade, mon livre,
Le ceinturon bouclé de cuivre
Où luit une S en métal blanc.

Stanislas ! maîtres chers ! rires sous les portiques !
Bruits des feuillets tournés à l’étude du soir !
La Fête-Dieu ! le parc envahi de cantiques,
Et les chassepots pacifiques
Qu’on présentait à l’ostensoir !

Tout est resté pareil, me dit-on : les concierges,
Les portes, le parloir au parquet bien frotté.
Dans la chapelle, aux murs, mêmes croix, mêmes Vierges,
Seulement un peu moins de cierges,
Un peu plus d’électricité.

Pour tous ces souvenirs, merci. Que vous dirai-je ?
Vous m’avez rassuré. Sur mon âme, soudain,
Les mots des envieux fondent comme de neige :
Si j’ai des amis au collège,
Je serai donc aimé demain ? …

Je voudrais vous parler. Oui, vos maîtres s’étonnent,
Je n’ai nul titre. Je le sais. Vous m’excusez ?
Je n’ai que l’amitié dont vos cœurs me couronnent,
Et cette gravité que donnent
Quelques rêves réalisés.

Monsieur de Bergerac est mort ; je le regrette.
Ceux qui l’imiteraient seraient originaux.
C’est la grâce, aujourd’hui, qu’à tous je vous souhaite.
Voilà mon conseil de poète :
Soyez des petits Cyranos.

S’il fait nuit, battez-vous à tâtons contre l’ombre.
Criez éperdument, lorsque c’est mal : C’est mal !
Soyez pour la beauté, soyez contre le nombre !
Rappelez vers la plage sombre
Le flot chantant de l’Idéal !

L’Idéal est fidèle autant que l’Atlantique ;
Il fuit pour revenir, – et voici le reflux !
Qu’une grande jeunesse ardente et poétique
Se lève ! On eut l’esprit critique ;
Ayez quelque chose de plus !

Ayez une âme ; ayez de l’âme ; on en réclame !
De mornes jeunes gens aux grimaces de vieux
Se sont, après un temps de veulerie infâme,
Aperçus que, n’avoir pas d’âme,
C’est horriblement ennuyeux.

Balayer cet ennui, ce sera votre tâche.
Empanachez-vous donc ; ne soyez pas émus
Si la blague moderne avec son rire lâche
Vient vous dire que le panache
À cette heure n’existe plus !

Il est vrai qu’il va mal avec notre costume,
Que, devant la laideur des chapeaux londoniens,
Le panache indigné s’est enfui dans la brume,
En laissant sa dernière plume
Au casoar des saint-cyriens.

Il a fui. Mais malgré les rires pleins de baves
Qui de toute beauté furent les assassins,
Le panache est toujours, pour les yeux clairs et graves,
Aussi distinct au front des braves
Que l’auréole au front des saints.

Sa forme a pu céder, mais son âme s’entête !
Le panache ! et pourquoi n’existerait-il plus ?
Le front bas, quelquefois, on doute, on s’inquiète…
Mais on n’a qu’à lever la tête :
On le sent qui pousse dessus !

Une brise d’orgueil le soulève et l’entoure.
Il prolonge en frissons chaque sursaut de cœur.
On l’a dès que d’un but superbe on s’enamoure,
Car il s’ajoute à la bravoure
Comme à la jeunesse sa fleur.

Et c’est pourquoi je vous demande du panache !
Cambrez-vous. Poitrinez. Marchez. Marquez le pas.
Tout ce que vous pensez, soyez fiers qu’on le sache,
Et retroussez votre moustache,
Même si vous n’en avez pas !

Ne connaissez jamais la peur d’être risibles ;
On peut faire sonner le talon des aïeux
Même sur des trottoirs modernes et paisibles,
Et les éperons invisibles
Sont ceux-là qui tintent le mieux !

3 mars 1898.

(Edmond Rostand, Le Cantique de l’Aile, 1922)

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Nationalité : France 
Né(e) à : Marseille , le 1/4/1868
Mort(e) à : Paris , le 2/12/1918
Biographie : 

Edmond Eugène Alexis Rostand est un auteur dramatique. 

Issu d’une famille bourgeoise commerçante et banquière, il passe plus de vingt-deux étés à Luchon, qui lui inspire ses premières œuvres. Il y écrit notamment une pièce de théâtre en 1888, « Le Gant rouge », et surtout un volume de poésie en 1890, « Les Musardises« . C’est dans cette station thermale et touristique qu’il se lie d’amitié avec un homme de lettres luchonais, Henry de Gorsse avec lequel il partage le goût pour la littérature.

Après des premières études au lycée de sa ville natale, il les complète à Paris au collège Stanislas. Muni de son baccalauréat, son père le dirige vers l’école de Droit car il souhaite en faire un diplomate. Il passe sa licence, puis s’inscrit au barreau sans y exercer avant de se décider à se consacrer à la poésie.

En 1888, il fonde avec son ami Maurice Froyez le « Club des natifs du premier avril ».

Le 8 avril 1890, Edmond épouse Rosemonde, poétesse elle aussi. Ils auront deux fils, Maurice, né en 1891, et Jean, né en 1894. Or, Edmond quitte Rosemonde en 1915 pour son dernier amour, l’actrice Mary Marquet.

Edmond Rostand obtient son premier succès en 1894 avec « Les Romanesques », pièce en vers présentée à la Comédie-Française, mais le triomphe vient avec « Cyrano de Bergerac », dès la première en 1897. En 1900, il connaît un nouveau succès avec « L’Aiglon ». 

Mal remis d’une pleurésie après la première représentation de cette pièce, il part, quelques mois après, en convalescence à Cambo-les-Bains. Séduit par le lieu, il y acquiert des terrains sur lesquels il fait édifier sa résidence, la villa Arnaga. Dans les années 1910, il collabore à La Bonne Chanson, Revue du foyer, littéraire et musicale, dirigée par Théodore Botrel.

Pendant plusieurs années, il travaille irrégulièrement à la pièce « Chantecler », dont la première a lieu le 7 février 1910. Après son relatif insuccès critique, Rostand ne fait plus jouer de nouvelles pièces. À partir de 1914, il s’implique fortement dans le soutien aux soldats français.

Associé au courant néoromantique, ses pièces offraient au public une alternative au théâtre naturaliste, populaire à la fin du XIXe siècle.