BIOGRAPHIE DE PIERRE LAVAL, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME POLITIQUE FRANÇAIS, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PIERRE LAVAL (1883-1945), POLITIQUE FRANÇAISE, POLITIQUE FRANCAISE

Une biographie de Pierre Laval

Pierre Laval, un mystère français,

Renaud Metz

Paris, Perrin, 2018.

maxresdefault (4)

Après le Pétain[1] de Bénédicte Vergez-Chaignon, le monumental Pierre Laval de Renaud Meltz fera date. Pour retracer le destin du numéro 2 du régime de Vichy, l’auteur synthétise une masse peu commune de témoignages et d’archives. Il a écumé les papiers déposés par le clan Laval à la Fondation Josée et René de Chambrun, mais aussi des fonds diplomatiques, ministériels, judiciaires et policiers. Sont aussi épluchés la presse du temps, les biographies apologétiques ou à charge publiées du vivant de Laval, les journaux intimes des contemporains. Les documents vont des bulletins scolaires du jeune Pierre aux précieux souvenirs de Charlotte Charpentier, sa discrète maîtresse, fortuitement redécouverts. En passant par les innombrables lettres de sollicitation, soutien ou blâme, reçues par l’Auvergnat au cours de sa longue carrière. Des notes saisissantes de début juillet 1940 montrent comment Laval liste, cerne et entreprend chaque parlementaire à qui il veut faire voter le suicide de la République.

Le lecteur fera ses délices de ce travail riche et complet, aux analyses fines, à l’écriture fluide et agréable, à l’architecture habile. Chercheur ou amateur passionné, il suivra Laval pas à pas, parfois heure par heure (vote du 10 juillet 1940, Montoire, attentat du 27 août 1941, intrigue ultime en se servant d’Herriot à la veille de la libération de Paris, procès et exécution). Loin du biographisme pur, le livre reconstitue les forces qui appuient ou contestent Laval à chaque étape. L’ouvrage reconstitue ses réseaux de fidèles et d’agents (il n’a pas d’amis), ses clientèles (l’élu du Puy-de-Dôme et d’Aubervilliers rend constamment service, jusque sous l’Occupation), ses soutiens et adversaires dans la classe politique et dans l’opinion, sa perception par la presse nationale et étrangère. À travers le livre défile ainsi toute une galerie de journalistes, diplomates, hauts fonctionnaires ou hommes d’État. Tantôt le lecteur comprend que bien des erreurs de Laval se révèlent assez partagées du temps, tantôt il saisit que son aveuglement et son isolement sortent de l’ordinaire. 

On redécouvre l’enfance du fils d’un aubergiste de Châteldon (Puy-de-Dôme), qui n’est pas si désargenté qu’il voudra bien le dire. Disgracié par ses origines modestes, sa laideur physique et ses manières mal dégrossies, l’ambitieux précoce prend sa revanche en jouant de ses capacités de charme. Dès avant 1914, il est l’un des plus jeunes avocats de France, l’un des plus jeunes députés socialistes, et un pacifiste inscrit au carnet B des personnes à arrêter en cas de conflit. Dès ses jeunes années de pion en collège puis d’avocat, il est habitué à négocier et à ne raisonner qu’en terme d’intérêts, d’échanges de biens ou de services rendus : les idées abstraites lui sont étrangères, tout comme les valeurs morales ou religieuses (superstition et astrologie exceptées). Le « maquignon » ne peut dès lors aimer le conflit ni a fortiori la guerre, ce gâchis où nul n’a rien à gagner : sa répulsion pour la guerre et pour l’armée est l’un des rares invariants de sa vie entière.

Ne sacrifiant pas à la logorrhée patriotique en 1914-1918, Pierre Laval n’en est pas moins un assoiffé de pouvoir qui mange à tous les râteliers : le pacifiste quasi défaitiste épargne et renseigne en sous-main le gouvernement jusqu’au-boutiste de Clemenceau, dans l’espoir de l’intégrer. Au début des années 1920, quittant la SFIO en silence, il n’évolue que progressivement et imperceptiblement vers la droite : le ministre de la deuxième moitié de la décennie est encore perçu comme un socialiste indépendant, le président du Conseil de 1931 comme un rassembleur à la charnière des droites et des gauches, et ce n’est qu’au terme de son dernier gouvernement d’avant-guerre qu’il se retrouve définitivement classé à droite, à la suite de la déflation de 1935-1936.

Manœuvrier habile, le disciple autoproclamé d’Aristide Briand sait aussi précipiter la retraite de ce dernier en torpillant en coulisses son élection à la présidence de la République (1932). Il se fait tour à tour ennemi ou allié de circonstance de Caillaux, Herriot, Flandin ou Daladier, et c’est dès le milieu des années 1930 qu’il songe au maréchal Pétain pour couvrir de son prestige un gouvernement aux pouvoirs renforcés, dont lui-même serait le chef réel. Indéniable charmeur, Laval sait retourner par sa gouaille et ses boniments aussi bien des parlementaires méfiants que des syndicalistes hostiles ; en avril 1945, en pleine débâcle du Reich, il persuade encore des requis du Service du travail obligatoire (STO) qu’il a évité le pire.

Dans l’entre-deux-guerres, Laval ménage assez les notables et les électorats de tous bords pour être constamment réélu dans la banlieue populaire d’Aubervilliers ; il se l’attache par une vaste œuvre sociale et de travaux publics. Ministre du Travail en 1930, il est l’un fondateur de l’État-Providence par ses lois sur les assurances sociales, malgré la violente opposition conjointe de la bourgeoisie et… du mouvement ouvrier, inquiet du caractère obligatoire des cotisations. Au pays natal, le clientéliste devient un puissant patron de presse et un riche homme d’affaires. Il est des rares politiques du temps à accumuler une fortune aussi colossale en partant de si peu. Après enquêtes minutieuses, l’historien ne peut conclure avec certitude à une malhonnêteté pénalement répréhensible, mais « défenseur des profiteurs de guerre, spéculateur favorisé par des prêts complaisants et probablement jamais remboursés, ministre corruptible, trafiquant d’influence, il a fait feu de tout bois, tôt affranchi de la morale et de la loi » (p. 268).

Cette fortune lui permet d’accéder à un mode de vie petit-bourgeois assumé, mais aussi d’assouvir sa passion sincère pour la terre et l’agriculture. Le notable qui a pu racheter le château de sa commune natale peut aussi faire faire en 1935 un beau mariage à Josée, sa fille unique. René de Chambrun joue par la suite un grand rôle dans les intrigues politiques et financières de son beau-père ; il est l’intermédiaire-clé entre lui et Pétain, puis gère à Vichy sa propagande personnelle.

Brouillon et superficiel, Laval marche à l’intuition, sans connaissance approfondie des dossiers, et sans écouter de conseil. Il ignore l’histoire, la géographie ou la stratégie, et sa vision est étroitement hexagonale (l’Empire n’est qu’une monnaie d’échange). Incapable de penser la nouveauté (il n’est pas le seul), il ne perçoit jamais que la déflation est une politique économique anachronique, que l’Italie du Duce a rejoint l’Axe sans retour, que l’Allemagne d’Hitler n’est pas celle de Weimar, que l’épuration en 1945 n’est pas le procès de Caillaux ou Malvy en Haute Cour après 1918.

Pragmatique pur, cet amoral n’a aucune doctrine. Tout n’est pour lui que négociations matérielles et question d’intérêts. Il ne veut préserver de la France que son patrimoine matériel et humain, pas son honneur ou ses valeurs humanistes. Il ne croit pas à la Société des Nations (SDN), a cessé tôt d’être internationaliste et la guerre ne le dérange pas si c’est la lointaine Éthiopie qui est agressée par son ami Mussolini (1935). Il ne voit pas la démocratie comme un universel, et s’en détache peu à peu dans les années 1930. L’antifascisme se réduit pour lui à un risque de compromettre cette alliance italienne qui est son obsession de 1935 à 1940. Le communisme répugne à son individualisme de parvenu, mais il ne devient pas plus fasciste, nazi ou pétainiste : à Vichy, il méprise la Révolution nationale et maintient des références à la République et au socialisme.

Dès avant-guerre, Laval tend à tout céder sans contrepartie, en espérant que sa démonstration de bonne volonté lui vaudra des renvois d’ascenseur jamais survenus. Jamais il ne se laisse décourager par les démentis du réel. Confiant jusqu’à la présomption en son pouvoir de séduction, il croit que tout s’arrangera toujours en s’expliquant avec l’interlocuteur, en jouant des relations personnelles et des négociations bilatérales. En 1935, le premier dirigeant français reçu en URSS ne fait rien pour établir une vraie alliance franco-soviétique, au demeurant refusée aussi par une large part de l’opinion, par le Quai d’Orsay et par l’armée : tous jugent le pays des Soviets peu fiable et craignent qu’il n’entraîne la France dans un conflit anti-allemand. En revanche, Laval tient des propos pro-allemands au Haut Comité militaire, devant un général Gamelin bouleversé. Une simple discussion avec Göring, aux obsèques de Pilsudski à Cracovie, suffit à lui faire croire durablement qu’une entente est possible avec ce Reich dont il prend les protestations pacifistes pour argent comptant. Par ses ambiguïtés délibérées, il laisse croire à Mussolini qu’il a les « mains libres » pour envahir l’Éthiopie – Laval espérait qu’il se cantonne à une mise sous influence. Il n’y gagne que de se démonétiser sans retour aux yeux du Duce lorsque son gouvernement est bien obligé de voter les (médiocres) sanctions contre l’Italie, par fidélité à l’alliance britannique. Ultérieurement, son soutien obstiné à l’Italie ne lui vaut même pas la gratitude de Rome, qui le récuse comme ambassadeur ou intermédiaire potentiel. Antimunichois inattendu en 1938, mais défaitiste en 1939-1940, Laval se croit l’homme clairvoyant et indispensable : sa mission serait de réparer une situation que ses ennemis auraient gravement compromise en l’évinçant. Il n’admet jamais n’avoir en fait rien obtenu avant janvier 1936 – ou avant le renvoi humiliant du 13 décembre 1940 –, ni que son maintien au pouvoir n’aurait pas rapporté davantage à la France.

Empli de rancœur, revanchard, Laval est en juin-juillet 1940 à la pointe du défaitisme et de l’anglophobie, il est le liquidateur empressé de la République – alors que Pétain et maints ministres ne croyaient pas que le Parlement accepterait de se suicider et se seraient accommodés de sa simple mise en sommeil. Il est le premier à réclamer le procès des « responsables de la défaite » et il est prêt à une législation autoritaire, antisémite et antimaçonnique pour rapprocher la France du modèle des vainqueurs. Avec plus de zèle qu’aucun ministre, il est « l’inventeur de la collaboration », jamais définie précisément. Aucun fiasco ne lui fait jamais saisir que le Reich n’y voit qu’un encouragement à toujours exiger plus. Étant le plus expérimenté au sein de l’État français et s’étant arrogé le monopole des relations avec l’Allemagne, il se croit incontournable et ne voit pas venir la disgrâce du 13 décembre 1940. Il revient au pouvoir après l’échec de Darlan, faute d’alternative, et en faisant croire qu’il a le soutien de l’Allemagne, ce qui est initialement faux (avril 1942).

Avec le STO et la fondation de la Milice, la livraison des juifs de France accable le plus sa mémoire. L’auteur démontre un Laval dissimulateur et indifférent au sort de ceux qu’il livre, inhabituellement hostile aux « déchets » étrangers. Tout à son approche « nationalitaire », Laval sacrifie les juifs étrangers non couverts par d’autres pays, dans le vain espoir de préserver les juifs français. Il ne songe pas à se retrancher derrière le droit d’asile qui lui fait obligation de protéger aussi quiconque a placé sa confiance en la France. Il ne veut pas considérer que la fermeté aussi peut payer : ce qui se vérifie pourtant fin 1942, lorsque sans grande réaction ni représailles des Allemands, il ralentit la coopération aux déportations, par peur des réactions de l’opinion, ou lorsqu’il louvoie avec succès, en 1943, pour ne pas dénaturaliser les juifs français. Si à l’été 1942, Laval livre aussi les enfants, initialement non demandés par les nazis, ce n’est pas par souci de ne pas séparer les familles, mais par peur que l’atteinte à leur unité choque la population, et faute de savoir que faire d’eux. S’il n’a pas connaissance des modalités exactes de la Solution finale, il soupçonne bel et bien un sort plus tragique que la simple transplantation qu’il dépeint à ses interlocuteurs : tandis que son féal chef de la police René Bousquet affirme froidement à l’archevêque de Paris que les Juifs sont « destinés à disparaître du continent », Laval convient avec la Gestapo des éléments de langage qui permettront de cacher la vérité à la population.

Fin août 1944, seul l’exil forcé en Allemagne le convainc de faire enfin la grève de l’action politique. Bouté hors de l’ingrate Espagne franquiste, il préfère se livrer à la France que finir sa vie en fuite, en Irlande ou ailleurs. Le naufrage de son procès inspire une prompte réforme de la Haute Cour, mais nul ne conteste le verdict de mort en soi, tant l’homme est de longue date le plus haï de France. Son rival Monzie l’avait cruellement comparé à un mulet : têtu et stérile. De fait sa descendance physique s’arrête avec sa fille, et politiquement, nul ne se revendiquera jamais de sa figure ni de son héritage. Laval espérait qu’au moins, la postérité le réhabiliterait et lui donnerait tardivement raison. Une fois de plus, il se berçait d’illusions.

 

Notes :

[1] Bénédicte Vergez-Chaignon, Pétain, Paris, Perrin, 2014.

 

http://histoire-politique.fr/index.php?numero=37&rub=comptes-rendus&item=697&fbclid=IwAR3R2dPyiunzUBnLZVdUo7GsBoLKl6U1xwk0hJ_D23it8awTPjw8PVeLOqA

JERÔME FOURQUET, L'ARCHIPEL FRANÇAIS, LIVRES - RECENSION, POLITIQUE FRANÇAISE, POLITIQUE FRANCAISE, SOCIETE FRANÇAISE, SOCIOLOGIE

L’Archipel français de Jérôme Fourquet

 

L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée 

Jérôme Fourquet, avec la collaboration de Sylvain Manternach

 

L-archipel-francais-de-Jerome-Fourquet-Prix-du-livre-politique-2019

 

Présentation de l’éditeur

En quelques décennies, tout a changé. La France, à l’heure des gilets jaunes, n’a plus rien à voir avec cette nation une et indivisible structurée par un référentiel culturel commun. Et lorsque l’analyste s’essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c’est un archipel d’îles s’ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur.

C’est que le socle de la France d’autrefois, sa matrice catho-républicaine, s’est complètement disloqué. Jérôme Fourquet envisage d’abord les conséquences anthropologiques et culturelles de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de pratiques comme le tatouage et l’incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l’animalité (le veganisme en donne la mesure). Mais, plus spectaculaire encore, l’effacement progressif de l’ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d’« archipelisation » de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d’un réduit catholique, instauration d’une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes (comme l’illustre, par exemple, la spectaculaire diversification des prénoms).

À la lumière de ce bouleversement sans précédent, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l’agrégation des intérêts particuliers au sein de coalitions larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l’élection présidentielle de 2017 et les suites que l’on sait…

 

Avec de nombreuses cartes, tableaux et graphiques originaux réalisés par Sylvain Manternach, géographe et cartographe.

Jérôme Fourquet est analyste politique, directeur du département Opinion à l’IFOP.

 

Recension dans la Revue Etudes

Armé de sondages et d’enquêtes d’opinion, de cartes, de tableaux et de graphiques en tous genres, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion à l’Ifop, fait l’état des lieux de la France. À l’en croire, elle est travaillée par un syndrome de division et même, désormais, une «archipelisation» sans remède. C’en est fini de toutes les vieilles divisions binaires, pour une part structurantes, de la République : celles de la France « catho-laïque », des France du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, de droite et de gauche, des France industrielle et rurale, citadine et villageoise, bourgeoise et ouvrière, du centre et de la périphérie, etc. Ou si elles n’ont pas disparu, elles sont désormais enfouies. Partout ont émergé des îles et des îlots qui exhibent surtout leurs différences et des intérêts divergents. Derrière ce qui pourrait s’appeler aussi balkanisation voire « tribalisation » en grands ensembles territoriaux, culturels et autres, opère de surcroît le travail d’émiettement et de dissolution de l’individualisme.

Les causes de la fragmentation sont bien sûr multiples mais, sans vraie surprise, c’est l’effondrement du socle catholique (et finalement, avec lui mais autrement, du socle laïque et républicain) qui reste le fond de ­l’explication. L’affaissement de la pratique religieuse est bien connu, mais Jérôme Fourquet en indique avec justesse des conséquences anthropo­logiques et culturelles invisibles, telles que le tatouage en très forte hausse, la diversification des prénoms (avec l’effondrement du prénom chrétien le plus typique : Marie), la déculpabilisation générale et la permission donnée aux identités et aux expériences sexuelles, à des pratiques comme l’Ivg, etc. Effondrée aussi, bien sûr, l’«Église rouge» (le Parti communiste). Fragmentés, les médias et l’information. En sécession, les élites. Éloignées de la culture et des idéologies communes, les catégories populaires. En hausse, l’hétérogénéité ethnoculturelle. Marqués à la fois par des dynamiques de réislamisation et de «sortie de la religion», les musulmans. Le tout répercuté dans l’école et le tissu urbain. Il est intéressant de noter la place importante – pour l’évolution économique et sociologique – du trafic de stupéfiants (cannabis), dans toutes les villes de France : il enfonce, à cause de l’insécurité, de la pauvreté, de la délinquance, etc., de nombreux quartiers dans la sécession. La fracture sociale s’affiche sans surprise aussi sur la carte scolaire (écoles choisies en fonction de la qualité, de la sécurité, de la non-mixité ethnique, etc.), de même qu’elle se répercute dans les réactions différenciées aux «grands événements» (1983 : affirmation du Front national et marche des Beurs ; 2005 : victoire du « Non » lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen, émeutes dans les banlieues ; 2015 : attentats de janvier 2015 contre ­Charlie-Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, où tout le monde, loin de là, n’a pas été « Charlie »).

En fin de compte, la présidentielle de 2017 a été le reflet inattendu de ces nouvelles partitions françaises. Chiffres et cartes en mains, Jérôme Fourquet démontre impeccablement comment la dualité droite-gauche a été pratiquement balayée et absorbée par une nouvelle configuration politique. Alors que le Rassemblement (auparavant Front) national avait déjà réuni, sur son programme et ses chefs, la révolte et les ressentiments de la France des «perdants de la mondialisation», Macron a pu, grâce à une série d’événements favorables, fédérer tout l’archipel des «gagnants», du centre-droit à la gauche socialiste, consacrant ainsi un «nouveau clivage de classe[1]», où le niveau d’étude constitue aujourd’hui «la variable la plus discriminante» et explique la «constitution dun bloc libéral-­élitaire». La répartition de ces deux nouvelles entités – grossièrement : un «haut» et un «bas», eux-mêmes divers et fragmentés – se reflète en particulier dans la géographie. Encore ce tableau est-il partiel car, par exemple, Jérôme Fourquet radiographie aussi plus brièvement le devenir des communautés turques, africaines, asiatiques, polonaises et portugaises, tout en faisant le récit de divers émiettements sociologiques et politiques. Curieusement, il insiste peu sur le rôle d’Internet et des réseaux sociaux, sinon pour rappeler leurs délires complotistes et signaler la perte d’influence des grands médias (surtout dans les jeunes générations).

Que tirer de tout cela, qui paraît peu contestable ? La difficulté, bien sûr, de gouverner un pays si fragmenté, où chacun (même les gagnants de la mondialisation) réclame ses droits en ayant peu de souci du «commun». Mais c’est moins la détresse des «perdants», plus ou moins connue et souvent évoquée, qui surprend que la description de la «sécession des élites», de la frange supérieure de la société donc, qui s’est ménagé un entre-soi et se protège culturellement, géographiquement, économiquement… Le livre éclaire donc à la fois sur des aspects «neufs» de l’insurrection des Gilets jaunes (par exemple, le choix de manifester dans les centres-villes cossus, où les vitrines exposent crûment le monde luxueux des riches et leur bien-être) et sur les réactions (hostiles ou favorables) qui les ont accueillis. Mais en lisant Jérôme Fourquet, on comprend aussi que les affinités entre Gilets jaunes et Rassemblement national (et, au contraire, leur surdité aux sirènes de gauche) viennent de loin. Quoi qu’il en soit, on ne voit plus ce qui fait lien, ce qui créerait davantage qu’une coexistence sans communauté de destin (hors de moments brefs de communion nationale et lors d’éphémères triomphes sportifs). L’invocation, comme un mantra, du «vivre-ensemble» n’est que l’envers d’un vide (de même, d’ailleurs, que la fraternisation sur les ronds-points).

Mais si Jérôme Fourquet analyse avec pertinence la défection, essentielle, de l’Église catholique, il est pratiquement silencieux sur celle, concomitante, de sa vieille rivale, la République. Même si les républicains anticléricaux ne le reconnaissent pas, la conflictualité ou la tension entre les deux étaient sources de rivalité et de vitalité civiques. Après tout, on aurait pu imaginer que ce pilier politique survive, avec la Nation. Force est de constater qu’il s’est effondré et que les néo-­républicains du moment semblent brasser du vide, comme si, dans la « catho-laïcité », l’énergie fondatrice restait malgré tout, invisiblement, la tradition chrétienne. En tout cas, la disjonction, depuis les années 1970, entre les deux forces – l’Église et la République laïque[2] –, dans le sens de la résistance au «progrès» de l’individualisation éthique et aux nouveautés «sociétales» ou au contraire du soutien à leur donner, n’y a rien fait : elles sont à terre toutes deux. Jérôme Fourquet ne se risque pas à des prévisions, encore moins à des solutions de sortie de crise : on le comprend. Les religions languissantes peuvent compter sur des «réveils», mais les Républiques ? Sur des révolutions ?

 

[1] - Voir Jérôme Fourquet, Le Nouveau Clivage. Mondialisation, libre-échange, métropolisation, flux migratoires: état des démocraties occidentales, Paris, Cerf, 2018.

 

[2] - Voir Olivier Roy, L’Europe est-elle chrétienne?, Paris, Seuil, 2019.

https://esprit.presse.fr/actualite-des-livres/esprit/l-archipel-francais-naissance-d-une-nation-multiple-et-divisee-jerome-fourquet-avec-la-collaboration-de-sylvain-manternach-42100

CAHIERS DE DOLEANCES, FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, PLEBISCITE, POLITIQUE FRANÇAISE, POLITIQUE FRANCAISE, REDERENDUM D'INITIATIVE POPULAIRE, REFERENDUM

Cahiers de doléances et référendum

Des cahiers de doléances au référendum

 

24 janvier 1789

Les Français rédigent leurs cahiers de doléances

4ElbJ3bKhoY1q8qm0HdQ2O25E4k

Suite à la convocation officielle des états généraux par le roi Louis XVI, en janvier 1789, tous les habitants du royaume se réunissent pour délibérer et débattre en vue d’élire leurs représentants et présenter leurs doléances au souverain.

Ces cahiers de doléances, que l’on croyait tombés dans les oubliettes de l’Histoire, reviennent dans l’actualité en 2018 à la faveur de la révolte des  « Gilets jaunes ».

Leurs origines sont lointaines. Elles remontent au XVe siècle et à la fin du Moyen Âge. Dans l’organisation territoriale complexe et touffue du royaume, ces registres participaient d’une forme de démocratie « délibérative » : chaque fois qu’ils le jugeaient nécessaire, les gens se réunissaient à l’échelon d’une paroisse (village ou quartier) ou d’un métier pour délibérer de tel ou tel sujet.

Ils exprimaient des souhaits, des réclamations, des remontrances prenant souvent la forme de plaintes, d’où leur nom de « cahier de doléances » (doléance venant du mot latin dolore« souffrir »« se plaindre »). Ils élisaient enfin un mandataire en vue de soumettre leur cahier de doléances au représentant du roi.

 

Les cahiers de doléances et les états généraux

Ouverture des États généraux à Versailles en 1789 / Tableau d'Auguste Couder / 1839

Les cahiers de doléances avaient en particulier vocation à nourrir la réflexion des Etats généraux.

Cette assemblée extraordinaire, dont l’origine remonte à Philippe le Bel (1302), réunissait des représentants des trois ordres ou états du royaume : clergé (ceux qui prient), noblesse (ceux qui combattent) et tiers état (ceux qui travaillent de leurs mains). Elle était convoquée par le roi quand celui-ci avait besoin de l’assentiment général pour faire passer des réformes importantes ou la création de nouveaux impôts.

Les états généraux furent assez fréquemment réunis aux XIVe et XVe siècles. Leur dernière réunion remonte à 1614, sous la réfence de Marie de Médicis. Ensuite, le régime monarchique consolidé par Richelieu et Mazarin se dispensa d’y recourir jusqu’à la Révolution.

C’est dire que lorsque le roi Louis XVI et son ministre Necker décidèrent de convoquer à nouveau les états généraux, on en avait depuis longtemps oublié les modalités et il fallut mobiliser les archivistes pour les retrouver et les mettre à jour.

Soixante mille cahiers de doléances

Cahier_des_doléances,_demandes_et_représentations_de_l’ordre_du_Tiers-État_de_l’Isle_de_Corse,_1_-_Archives_Nationales_-_B-a-34_dossier_8_pièce_4.jpg

Sur fond de déficit public et de dette (déjà !), la France de Louis XVI connaissait une situation financière dont elle ne parvenait pas à s’extraire.

C’est pourquoi, le 24 janvier 1789, le roi se résolut à convoquer les états généraux pour le 27 avril de la même année – en réalité ils s’ouvriront le 5 mai.

C’est un total de soixante mille cahiers environ qui furent rédigés sur l’ensemble du territoire  avant d’être réduits au niveau national à douze cahiers par ordre, enfin à une synthèse générale. Beaucoup de ces cahiers étaient calqués les uns sur les autres ou s’inspiraient d’une brochure de l’abbé Sieyès.  

Sans surprise, les cahiers du clergé et de la noblesse défendent globalement leurs privilèges,mais ce sont les cahiers du tiers état qui se révèlent les plus riches d’enseignements. Certes, ils recouvrent des préoccupations les plus disparates, parfois d’une grande naïveté, mais deux traits essentiels se dégagent des aspirations populaires : un profond respect envers le roi et une vive exaspération fiscale.

 À quelques mois de la Révolution, loin d’aspirer à un changement de régime, les couches populaires du tiers état renouvellent leur confiance envers Louis XVI qu’elles considèrent comme un bon roi et qu’elles savent gré d’organiser des états généraux pour leur donner la parole. Elles voient en lui une figure protectrice, paternelle, qu’elles encouragent à défendre les plus faibles.

En revanche, les mêmes se montrent plus critiques envers la gouvernance et notamment la politique fiscale unanimement décriée et tenue pour responsable de la misère du peuple.

Des villageois auvergnats décrivent l’inflation fiscale qui accule les paysans à la pauvreté : « Dans les premiers temps de la monarchie, l’impôt de la taille était isolé. Dans la suite, et à mesure que l’imagination s’est fortifiée, les accessoires ont paru et se sont multipliés. De là les capitations, les vingtièmes et tant d’autres impôts qui par leurs accroissements rapides sont devenus autant de fléaux pour les habitants des campagnes… » (…)

 

 

 

Référendums

référendum

De l’Appel au peuple aux « votations »

La crise de la démocratie, palpable depuis le début du XXIe siècle, a remis à l’ordre du jour le référendum, un scrutin par lequel les citoyens sont invités à se prononcer en lieu et place de leurs députés. Il se veut l’expression d’une démocratie directe et souveraine mais il y a loin du principe à la réalité.

Depuis la Révolution, en France, le recours au référendum est très irrégulier. Napoléon Ier et son neveu Napoléon III s’en sont servis à plusieurs reprises pour légitimer leur pouvoir. Charles de Gaulle l’a aussi utilisé pour installer la Ve République. Mais lui-même a appris à ses dépens en 1969 qu’il pouvait se retourner contre son initiateur…

Ces échecs relatifs ont réveillé en France l’intérêt des citoyens pour le référendum d’initiative citoyenne (RIC), à l’image des « votations suisses » à la fois exemplaires et inimitables !

 

De l’Appel au peuple républicain au plébiscite bonapartiste

ob_e92239_plebiscite

C’est pendant la Révolution française que se tient la première consultation populaire, désignée alors par l’expression « appel au peuple ». Il s’agit de soumettre au vote des citoyens la Constitution de l’An I, qui a été promulguée par la Convention le 24 juin 1793. C’est la première Constitution républicaine de la France.

Le résultat de cet « appel au peuple » est sans ambiguïté : une très large approbation de la Constitution (1 801 918 oui contre 11 610 non, 4 300 000 abstentions, soit une participation de 40% du corps électoral). La forte abstention s’explique en grande partie par l’oralité du vote et la nécessité de se déplacer à pied au chef-lieu de canton. 

Pour la Convention, ce référendum est une victoire. Mais en raison de la radicalisation de la Révolution durant l’année 1793, la Constitution de l’An I ne sera jamais appliquée. Le premier référendum français n’aura servi à rien. Sauf à ouvrir une voie démocratique directe qui jalonnera de manière inconstante la vie politique française jusqu’à nos jours.

Bonaparte (Napoléon 1er) et après lui son neveu Louis-Napoléon (Napoléon III) détourneront quant à eux le référendum à des fins plébiscitaires. Après le coup d’Etat du 18 Brumaire, une nouvelle constitution attribue des pouvoirs quasiment illimités au Premier, indéfiniment rééligible.

Promulguée le 13 décembre 1799, la Constitution de l’an VIIIest plébiscitée en février 1800 par trois millions de voix contre 1562 opposants. Plébiscitée vraiment ? On peut en douter car ce référendum a été largement truqué et en réalité, il n’y aurait eu qu’un million et demi de « oui » exprimés.

L’expérience napoléonienne va conduire à une distinction sémantique entre le référendum authentique, par lequel on demande aux citoyens leur avis sur une mesure constitutionnelle ou législative et le plébiscite,  une consultation très peu démocratique par laquelle les citoyens expriment leur confiance envers le chef de l’exécutif. Le mot vient du latin plebiscitum (« décret du peuple »). Il désignait dans la Rome antique des votes de l’assemblée de la plèbe qui n’avaient de valeur que pour les plébéiens.

Le référendum connaît une longue éclipse sous la IIIe République, un régime parlementaire dans lequel les députés s’estiment suffisamment sûrs de leur légitimité pour n’avoir pas besoin de consulter les citoyens… Il ne resurgit que le 21 octobre 1945, lorsque le général de Gaulle, qui préside le gouvernement provisoire, l’exhume afin de redonner une légitimité démocratique à la refondation constitutionnelle du pays.

Neuf référendums seront ainsi organisés sous la Ve République en un demi-siècle. Entre janvier 1961 et avril 1962, trois sont consacrés à la politique algérienne du chef de l’État ; ils sont tous trois largement approuvés, les Français se montrant désireux d’en finir avec cette interminableguerre d’Algérie.  De Gaulle peut alors se tourner vers la politique intérieure jusqu’au référendum de 1969 qui le poussera à quitter le pouvoir le « non » l’ayant emporté..

Les référendums suivants auront des résultats beaucoup plus contrastés, jusqu’à celui de 2005 par lequel les Français rejetteront le projet de traité constituionnel européen.

ric

 

CRISE ECONOMIQUE, CRISE SOCIALE, GILETS JAUNES, GRAND DEBAT NATIONAL, POLITIQUE FRANÇAISE, POLITIQUE FRANCAISE

Le grand débat national : les cinq « garants »

LES « GARANTS » DU DEBAT NATIONAL

le-site-internet-du-grand-debat-est-en-ligne-photo-capture-d-ecran-dr-1547618570

Qui sont les cinq « garants » du débat national ?

 

Le « collège des garants et observateurs » du « grand débat national » est composé de cinq membres : Jean-Paul Bailly et Isabelle Falque-Pierrotin (désignés par le gouvernement), Guy Canivet (choisi par le président de l’Assemblée nationale), Pascal Perrineau (par le président du Sénat) et Nadia Bellaoui (par le président du Conseil économique, social et environnemental).

Le premier ministre les a réunis pour la première fois vendredi 18 janvier 2019 à l’hôtel de Matignon.

Un collège de cinq personnalités chargées de « garantir l’indépendance » du « grand débat national » a été désigné jeudi 17 janvier par Matignon, le Sénat, l’Assemblée nationale et le Conseil économique, social et environnemental (CESE). /

 

Jean-Paul Bailly, spécialiste du dialogue social

FRANCE-SOCIAL-ECONOMY-GOVERNMENT-CONSUMPTION

La nomination le 17 décembre de Jean-Paul Bailly par le premier ministre comme « garant » de l’indépendance du grand débat national  n’est pas une surprise. Ce polytechnicien et diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT), né à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et âgé de 72 ans, faisait partie depuis plusieurs jours des pressentis pour cette mission.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement fait appel à cet ancien joueur de rugby qui a signé en 2016 un livre dont le titre fait écho à l’actualité : Réformez! Par le dialogue et la confiance(1) avec une préface… d’Emmanuel Macron. En 2013, Jean-Paul Bailly avait été ainsi chargé d’une mission sur le travail le dimanche. En 2016, c’est Air France-KLM qui lui demandait de consulter syndicats et direction dans le but d’établir un constat partagé de la situation de la compagnie aérienne.

Réputé pour être un spécialiste de l’apaisement des questions sociales au sein des entreprises, ce père de deux enfants a fait toute sa carrière dans la sphère publique et même dans deux entreprises. D’abord à la RATP, qu’il a intégrée en 1970 et dont il a monté les échelons avant d’en devenir le PDG de 1994 à 2002. Il y mettra notamment en place un accord « d’alarme sociale » après les grandes grèves de 1995.

À La Poste ensuite, qu’il a dirigée de 2002 à 2013 et dont il a mené sans doute la plus grande transformation, à commencer par son passage en société anonyme à capitaux publics, dans un contexte de déclin du volume des courriers. Les dernières années, les relations s’étaient d’ailleurs tendues avec les syndicats lors de la réorganisation de l’entreprise et avec les suppressions d’emplois. Jean-Paul Bailly avait aussi lancé « un grand dialogue » social au sein de La Poste après plusieurs suicides de salariés.

 

Isabelle Falque-Pierrotin, spécialiste de la protection des données numériques

isabelle-falque-pierrotin.jpg

Choisie par Matignon, Isabelle Falque-Pierrotin, conseillère d’État âgée de 58 ans et diplômée de l’École nationale d’administration (ENA), dirige depuis 2011 la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Elle achève en février son deuxième mandat à la tête de cette autorité administrative indépendante, chargée de « protéger les données personnelles, accompagner l’innovation, préserver les libertés individuelles », notamment au regard du respect de la vie privée. Elle était pressentie ces dernières semaines pour être nommée à la présidence du Conseil supérieur de l’audiovisuel, le mandat d’Olivier Schrameck s’achevant le 23 janvier.

Isabelle Falque-Pierrotin a fait toute sa carrière dans le numérique et l’Internet, y compris dans des instances internationales, à une époque où ces enjeux n’étaient pas aussi présents dans le débat public. Interviewée à l’occasion des 40 ans de la CNIL, elle rappelle que la commission a été créée en 1978 pour « protéger le citoyen contre les fichiers publics », avant de devenir « un régulateur économique de la donnée » et de « participer à des combats majeurs », comme le droit à l’oubli ou le contrôle des fichiers de renseignement (elle avait notamment émis des critiques sur la dernière loi adoptée en 2015).

Isabelle Falque-Pierrotin a notamment œuvré à l’élaboration puis à l’application du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui renforce la protection des données des habitants de l’Union européenne. Depuis son application, en mai dernier, la CNIL a reçu 6 000 plaintes de particuliers concernant la collecte et l’utilisation de leurs données.

► Guy Canivet, un « grand serviteur de l’Etat »

guy-canivet_bd

Âgé de 75 ans, l’ancien magistrat a été désigné par Richard Ferrand (LREM), le président de l’Assemblée nationale. Il fut membre du Conseil constitutionnel entre 2007 et 2016, déjà nommé par le président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré (UMP).

Diplômé d’études supérieures spécialisées de droit privé et de sciences criminelles puis de l’École nationale de la magistrature, sa carrière l’a porté au sommet de la hiérarchie judiciaire en tant que premier président de la Cour de cassation de 1999 à 2007.

Dans son communiqué, Richard Ferrand a expliqué son choix en la qualifiant de « grand serviteur de l’intérêt général, dont les qualités connues de tous lui permettront de veiller au bon déroulement du « grand débat national », à son indépendance, son impartialité et sa transparence ». Guy Canivet a effectué des missions de réflexion pour des ministres de la justice de gauche (Elizabeth Guigou en 1999-2000) comme de droite (Pascal Clément en 2006-2007).

 

► Pascal Perrineau, un analyste politique reconnu

AVT_Pascal-Perrineau_6180.jpeg

Âgé de 68 ans, le politologue a été désigné comme « observateur » par Gérard Larcher (LR), le président du Sénat. Pascal Perrineau appartient d’ailleurs au conseil d’administration de Public Sénat. Professeur des universités et directeur du Centre de recherches politiques de Sciences-Po Paris entre 1991 et décembre 2013, il est réputé pour savoir avec pédagogie exposer dans les médias ses analyses sur les élections ou l’évolution des forces et des clivages politiques. Il a récemment coordonné l’ouvrage Le Vote disruptif: Les élections présidentielle et législatives de 2017 (Presses de Sciences-Po).

Engagé au Parti socialiste dans sa jeunesse, Pascal Perrineau appartient aujourd’hui aux conseils scientifiques de la Fondation Jean Jaurès, d’inspiration sociale-démocrate de gauche, et de la Fondation pour l’innovation politique, de droite libérale. Inventeur après l’élection présidentielle de 1995 du concept de « gaucho-lepénisme », il travaille notamment sur les nationalismes et les populismes en Europe.

 

Nadia Belloui, un pilier de la vie associative

olri8ivc

Désignée par Patrick Bernasconi, le président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Nadia Belloui, 43 ans, peut compter sur une très riche expérience associative pour mener à bien sa mission.

Née à Marrakech d’un père marocain et d’une mère alsacienne, arrivée en France, à Strasbourg, à l’âge de 16 ans, elle a fait ses premières armes sur les campus universitaires en créant avec plusieurs camarades Animafac, un réseau national d’associations étudiantes dont elle a été longtemps la secrétaire générale. « Lorsque j’étais étudiante en droit public, on parlait de la jeunesse comme d’une  » génération bof « , un peu apathique et consumériste. En fait, son engagement n’était pas visible, car il était éclaté dans des organisations sans lien les unes avec les autres », confiait-elle il y a quelques années à La Croix.

Son engagement au service de l’intérêt général l’a aussi conduite, dès 2000, vers la Ligue de l’enseignement, dont elle est aujourd’hui secrétaire générale. Parmi ses objectifs : développer la citoyenneté des plus jeunes, notamment dans les quartiers populaires.

Parallèlement, Nadia Bellaoui a présidé Le Mouvement associatif, qui représente 60 000 associations et qui, en 2014, a organisé la conférence de consensus « 14 millions de bénévoles, à quoi ça sert ? ». Un rendez-vous qui déjà, vante un communiqué publié par la Ligue de l’enseignement, faisait de la place à la participation des citoyens.

 

https://www.la-croix.com/France/Politique/Qui-sont-les-cinq-garants-du-debat-national-2019-01-18-1200996387

 

 

CRISE ECONOMIQUE, CRISE SOCIALE, GILETS JAUNES, GRAND DEBAT NATIONAL, POLITIQUE FRANÇAISE, POLITIQUE FRANCAISE

Le grand débat national : tous les détails pour y participer

Le grand débat national : c’est quoi ? Comment y participer ?

le-site-internet-du-grand-debat-est-en-ligne-photo-capture-d-ecran-dr-1547618570

Promis par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des gilets jaunes, le grand débat national est organisé du 15 janvier au 15 mars 2019 partout en France. À travers des débats locaux ou des consultations citoyennes, tous les Français sont invités à échanger sur quatre grands sujets prédéfinis.

Le grand débat national, une réponse à la colère des gilets jaunes

« Un débat sans précédent au niveau national » pour aborder « toutes les questions essentielles » : c’est au cours de son allocution télévisée du 10 décembre 2018 qu’Emmanuel Macron a mis sur les rails son projet de « grande concertation nationale ». Objectif affiché par le chef de l’État : « Prendre le pouls vivant de notre pays »

Ce rendez-vous permettra « à chaque Français de faire part de son témoignage, d’exprimer ses attentes et ses propositions de solutions », avait ensuite fait valoir le gouvernement dans le compte rendu du Conseil des ministres du 12 décembre 2018.

En fait, l’exécutif mise sur ce grand débat public pour apporter une réponse « plus profonde et plus structurelle » à la crise des gilets jaunes, qui dénoncent unanimement un manque d’écoute du pouvoir.

Le mouvement, lancé au départ pour protester contre la hausse des prix des carburants, agrège, depuis, une multitude de revendications. Si certains gilets jaunes justifient leur grogne en mettant l’accent sur la baisse de leur pouvoir d’achat ou leurs fins de mois difficiles, d’autres demandent pêle-mêle le retour de l’impôt de solidarité sur la fortune (l’ISF, supprimé en 2017), la revalorisation du salaire minimum de croissance (Smic) ou encore l’instauration du Référendum d’initiative citoyenne (Ric).

Autant de thèmes qui devraient être au menu des débats locaux organisés dans le cadre de la grande consultation nationale promise par Emmanuel Macron. Sauf que l’exécutif s’est montré très clair : pas question de remettre en cause les réformes mises en place depuis le début du quinquennat. Certains sujets ont même été purement et simplement exclus des discussions (interruption volontaire de grossesse, peine de mort, mariage pour tous…).

Calendrier : les dates du grand débat national

Le gouvernement indiquait jusque-là sur son portail Internet que le grand débat public se tiendrait de la mi-janvier à la mi-mars 2019. Le 14 janvier, le premier ministre Édouard Philippe a confirmé la date du lancement du processus : le 15 janvier. Cela coïncide aussi avec le coup d’envoi du tour de France des maires d’Emmanuel Macron.

Décembre 2018 : annonce du grand débat national

Lors de son allocution radiotélévisée, le 10 décembre 2018, le chef de l’Etat a annoncé le lancement d’« un débat sans précédent » pour répondre à la colère des gilets jaunes. Le président de la République espérait lancer cette concertation dès le 15 décembre. Seulement la Commission nationale du débat public (CNDP), initialement chargée d’« accompagner » et de « conseiller » le gouvernement dans sa démarche, a estimé à l’époque manquer de temps pour mener ses travaux liminaires.

Au terme d’une réunion organisée le 18 décembre 2018 avec le gouvernement pour tracer les grandes lignes de ce débat public, Emmanuel Macron a finalement indiqué que la « grande concertation nationale » se déroulerait en deux phases.

– De mi-décembre 2018 à mi-janvier 2019 : au cours de cette étape, tous les maires étaient invités à échanger avec leurs administrés via l’action « Mairie ouverte ». Des cahiers de doléances ont été installés dans certaines mairies pour permettre aux édiles de répertorier les revendications de leurs citoyens. L’Association des maires ruraux de France (AMRF) a remis l’intégralité du contenu des propositions le 14 janvier au président de la République, au premier ministre, au président du Sénat et à celui du Conseil économique, social et environnementale (Cese).

Le gouvernement avait demandé à une vingtaine de préfets d’éplucher les premières remontées, histoire de cerner les sujets les plus récurrents.

– Du 15 janvier au 15 mars 2019 : tous les Français sont conviés à prendre part à la consultation autour de quatre thèmes majeurs (transition écologique, fiscalité, services publics, démocratie-citoyenneté).

15 janvier 2019 : démarrage des consultations

Comme annoncé à l’issue du séminaire gouvernemental de rentrée, le 9 janvier 2018, les débats se dérouleront sous des formes variées. Outre des débats dans les mairies, sur les marchés ou sur les lieux de travail, le premier ministre avait évoqué des « réunions d’initiative locale », des « stands mobiles » ou encore des « conférences citoyennes régionales ». Des annonces confirmées par Matignon le 14 janvier 2019.

Emmanuel Macron a précisé les contours exacts de la « grande concertation de terrain » dans une « lettre aux Français » dévoilée par l’Élysée le 13 janvier 2019. La missive a été relayée par la presse et les réseaux sociaux. Tout au long de cette seconde séquence, le chef de l’État a prévu d’aller à la rencontre des maires dans toute la France.

Le site internet du grand débat national (granddebat.fr) a été mis en ligne le 15 janvier. Il comporte notamment quatre fiches thématiques sur les thèmes de la consultation. Il permettra de recueillir les contributions des Français à partir du 21 janvier.

15 mars 2019 : fin programmée du grand débat national

L’Élysée ayant indiqué, à l’issue de sa réunion préparatoire du 18 décembre 2018, que la deuxième phase du grand débat durerait « deux mois pleins », la concertation doit finalement s’achever le 15 mars, et non au 1er mars comme cela avait initialement été annoncé. Une date confirmée par le premier ministre Édouard Philippe à la veille du lancement du grand débat.

Grand débat public : les modalités d’organisation

Alors qu’un certain flou a longtemps entouré les circonstances de l’organisation du grand débat national, le premier ministre Édouard Philippe en a dévoilé toutes les modalités le 14 janvier 2019, après d’ultimes réunions à Matignon avec les partenaires sociaux et les élus.

La Commission nationale du débat public (CNDP) aux manettes du débat ?

La Commission nationale du débat public (CNDP) pilotera-t-elle la grande concertation nationale destinée à sortir de la crise des gilets jaunes ? Non. Après le retrait de autorité administrative indépendante, Matignon a fait savoir dans un communiqué, le 14 janvier 2019, que deux ministres ont été désignés pour cette mission. Le ministre des Collectivités territoriales Sébastien Lecornu et la secrétaire d’État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon. « Ils se chargeront de faire vivre le débat, en suivre l’évolution et d’organiser la mobilisation de tous pour faire de ce grand débat un succès démocratique », précise le texte.

Par ailleurs, une « mission grand débat national » est créé par un décret publié le 15 janvier 2019. «Placée sous l’autorité du Premier ministre, cette mission interministérielle organisera la logistique du grand débat et se mettra à la disposition de tous ceux qui souhaitent participer à son organisation », indique le communiqué..

Après une polémique suscitée par son salaire à la tête de la CNDP, Chantal Jouanno avait annoncé, le 8 janvier 2019, son désistement du pilotage du grand débat, tout en restant présidente de la Commission. Dans un entretien au Figaro, le 11 janvier, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy et ex-sénatrice centriste de Paris précisait que « la commission a constaté que sa contribution s’arrêtera au lancement du grand débat national, c’est-à-dire le 15 janvier ».

 

Un collège indépendant de cinq « garants » chargé de superviser les concertations

Conformément à l’annonce de l’éxécutif, un collège de cinq personnalités a été désigné pour veiller au bon déroulement du grand débat national censé répondre à la crise des gilets jaunes. Deux de ces « garants » ont été désignés par le gouvernement. Il s’agit de Jean-Paul Bailly, l’ancien patron de la RATP, et d’Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).

Les trois autres ont été respectivement nommés par le président de l’Assemblée nationale, le président du Sénat et celui du Conseil économique, social environnemental (Cese). Richard Ferrand a ainsi choisi l’ancien membre du Conseil constitutionnel Guy Canivet. Gérard Larcher a porté son dévolu sur le politologue Pascal Perrineau. Quant à Patrick Bernasconi, il a désigné Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l’enseignement, pour être son « garant ».

Outre ces cinq « garants », deux membres du gouvernement, le ministre des Collectivités territoriales Sébastien Lecornu et la secrétaire d’État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon, sont chargés de « faire vivre le débat et d’en suivre l’évolution ».

Le gouvernement a aussi proposé « à toutes les formations politiques représentées à l’Assemblée nationale ou au Sénat » de participer à un « comité de suivi, chargé de veiller au plein respect du principe de pluralisme ».

« C’est un exercice inédit qui doit permettre aux Français de dire ce qu’ils souhaitent. Il faut que ce soit bien organisé, avec des principes de transparence et d’impartialité », a insisté le premier ministre Édouard Philippe peu après la diffusion du communiqué.

Un kit de méthodologie pour la tenue des débats

Tous ceux qui souhaitent organiser des réunions locales à l’échelle du quartier, de la commune, de la région ou d’une association (les citoyens, les associations, les collectifs, les élus, les entreprises ou encore les syndicats) peuvent s’inscrire sur le portail granddebat.fr, qui a ouvert le 15 janvier.

Les organisateurs des débats locaux et les participants peuvent y trouver des kits méthodologiques pour la tenue des réunions. Ces kits (il en est prévu un par intercommunalité, soit 1.264 au total), présentés le 14 janvier 2019 aux associations d’élus, doivent venir « en appui pour aider les animateurs des débats », selon les termes d’une lettre adressée aux préfets par le ministère de l’Intérieur.

Parmi les informations qui doivent figurent dans ces kits : l’obligation d’indiquer le lieu, la date, l’heure et le nombre de participants sept jours avant la tenue d’une réunion. Chaque réunion sera confiée à un animateur supposé neutre.

 

Grand débat national, comment y participer ?

Débats dans les mairies, réunions d’initiatives locales, conférences citoyennes… Le gouvernement a dévoilé les nombreuses formes que prendra la concertation publique jusqu’au 15 mars 2019.

Via des cahiers de doléances dans des mairies

Ouvert à tous, le grand débat national a été précédé d’initiatives locales au mois de décembre 2018, essentiellement au niveau des mairies des petites villes et des villages. Jusqu’au 11 janvier, dans certaines communes, les citoyens français qui le désiraient ont pu faire remonter leurs doléances au niveau local.

Une vingtaine de préfets mandatés ont été chargés de récolter et d’éplucher les premières remontées. Le 14 janvier, l’Association des maires ruraux de France (AMRF) a transmis l’intégralité des doléances et propositions « sans tri, ni hiérarchisation ».

Via des stands, dans les gares et les marchés

Des réunions locales se tiennent depuis le 15 janvier dans divers lieux, tels que dans les mairies, sur les marchés, dans les gares ou sur les lieux de travail. Un ou plusieurs thèmes (parmi les quatre sélectionnés par le gouvernement) devront être choisis lors de ces rendez-vous. La liste des débats organisés dans chaque région sera consultable en ligne sur le internet du grand débat.

Les remontées d’information se feront également par le biais de « stands mobiles » mis à la disposition de ceux qui veulent participer à l’organisation.

Les personnes qui ne peuvent se rendre à l’une de ces réunions mises en place ont la possibilité d’envoyer leurs contributions par courrier (Mission Grand Débat – 244, bd Saint-Germain, 75007 Paris) ou directement sur le site http://www.granddebat.fr.

Pour toute information, un numéro vert est disponible pour la France métropolitaine : il s’agit du 0 800 97 11 11. Pour l’Outre-Mer ou les Français résidant à l’étranger, il faut composer le 0033 1 82 71 03 39.

Via des conférences de citoyens nommés par tirage au sort

Le 14 janvier 2019, le premier ministre a confirmé que de Conférences citoyennes régionales seront organisées à partir du 1er mars pour élaborer des pistes concrètes à partir des contributions qui auront été déposées sur le site granddebat.fr ou envoyées par courrier postal à compter du 21 janvier. Édouard Philippe a indiqué qu’elles réuniront « des Français tirés au sort dans chaque région à des représentants de diverses parties prenantes ».

D’après nos recherches, ni les modalités du tirage au sort, ni les personnes éligibles (personnes inscrites sur les listes électorales ou pas ?) n’ont été rendus publics à ce jour.

Via des débats en ligne sur une plateforme numérique dédiée

Enfin, des débats auront également lieu sur Internet. Dans ce cadre, une plateforme numérique dédiée permettra aux Français de s’exprimer entre le 21 janvier et le 15 mars en déposant des contributions. Cet outil est accessible à l’adresse http://www.granddebat.fr.

Grand débat national : quatre thèmes majeurs retenus

Pour éviter que les débats ne tournent au défouloir, le gouvernement a retenu quatre sujets principaux.

Logement, transport, énergie

Ce thème recouvre celui de la transition énergétique, autour de trois questions :

– Comment isoler son logement ?
– Comment se déplacer ?
– Comment se chauffer ?

Fiscalité et dépenses publiques

La consultation autour du sujet de l’impôt et des dépenses publiques tourne autour de quatre interrogations :

– Quels sont les bons prélèvements ?
– Quel est le bon niveau de dépense ?
– Qu’est-ce qu’une fiscalité efficace et compétitive aujourd’hui ?
– Comment la rendre plus simple, plus lisible ?

Démocratie, citoyenneté, immigration

Le sujet résumé sous l’intitulé « Démocratie, citoyenneté, immigration » tourne autour de quatre grandes questions posées aux Français :

– Comment mieux associer les citoyens à la prise de décision ?
– Comment mieux représenter les sensibilités ?
– Comment répondre aux questions des Français sur l’immigration ?
– Comment mieux vivre ensemble et mener une politique d’intégration plus efficace et plus juste ?

À noter : l’immigration, présenté dans un premier temps par Emmanuel Macron comme un cinquième thème à part entière du grand débat, a finalement été intégré à la problématique sur le débat démocratique.

 

Organisation de l’État et des services publics

« Dans un monde qui change, dans une France où les mouvements de populations n’ont jamais été aussi massifs depuis 20 ou 30 ans, il est nécessaire de rendre les administrations et les services publics plus accessibles, plus efficaces et plus transparents », peut-on lire sur le portail Internet du gouvernement. Trois interrogations sont soulevées :

– Comment organiser la présence de l’État et des services publics sur le territoire national ?
– Comment prendre en compte la révolution numérique dans cette organisation ?
– Comment lutter contre le réflexe de la concentration ?).

IVG, peine de mort, mariage pour tous… Les sujets exclus du débat

Pourra-t-on vraiment parler de tout lors de la grande concertation nationale ? « Le grand débat ce n’est pas le grand déballage », a prévenu le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à l’issue du conseil des ministres, le 9 janvier 2019. Il a précisé que les thèmes de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), de la peine de mort et du mariage pour tous n’étaient « pas sur la table » du grand débat, arguant qu’il n’était « pas question » de revenir sur ces « avancées conquises de haute lutte ».

Avant de renoncer à piloter le débat, Chantal Jouanno avait pourtant affirmé le 7 janvier 2019 qu’aucun thème ne serait « interdit ». Y compris l’abrogation de la loi Taubira sur le mariage pour tous, arrivée en tête d’une consultation en ligne réalisée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour laquelle se sont mobilisés des militants anti-mariage pour tous.

Dans sa missive, Emmanuel Macron affirme que le grand débat national n’est « ni une élection, ni un référendum » et appelle « le plus grand nombre » à y participer. Il y annonce qu’il « rendra compte directement » de cette consultation, dans le mois qui suivra sa fin, prévue le 15 mars.

Lettre aux Français Emmanuel Macron publié par tsmf.infomedia

Emmanuel Macron à la rencontre des maires de France

Dans la foulée de l’envoi de sa « lettre aux Français », et toujours dans le cadre du grand débat national lancé pour répondre au mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron a entamé mi-janvier un tour de France auprès des maires.

« J’irai rencontrer les maires, région par région », pour bâtir le socle d’un « nouveau contrat pour la nation », avait-il promis lors de son allocution du 10 décembre 2018.

C’est dans la ville normande de Grand Bourgtheroulde, près de Rouen (Eure), que le président de la République a effectué son premier déplacement, le 15 janvier 2019. Il s’est ensuite rendu le 18 janvier à Souillac (Lot) pour un deuxième débat avec des maires.

Aucun programme officiel n’a été communiqué concernant les dates et les lieux des futures visites d’Emmanuel Macron. Invité sur RTL le 18 janvier, Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales et co-animateur du grand débat, a simplement annoncé qu’une « nouvelle rencontre avec les élus » était programmée pour la semaine du 21 janvier, ajoutant que « ce sera le président de la République qui annoncera l’endroit ».

 

Grand débat national en ligne : le site Internet officiel

Le site du grand débat lancé par Emmanuel Macron a été mis en ligne le 15 janvier 2019, à l’adresse www.granddebat.fr. Cette plateforme numérique permettra de recueillir les contributions des Français à partir du 21 janvier.

Cet outil, qui s’ouvre en page d’accueil sur la « lettre aux Français » du président de la République, propose quatre fiches thématiques sur les grands sujets de la consultation : transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté, organisation des services publics. Chaque fiche propose aux internautes de répondre à des questionnaires portant sur ces quatre thématiques.

La plateforme permet également l’indiquer l’organisation d’un débat local et de voir où sont organisés ces débats sur l’ensemble du territoire.

Précision apportée par le site : la synthèse des contributions est prévue pour le mois d’avril.

Grand débat national : quelles suites ?

Le grand débat national n’a qu’une vocation : recenser les opinions des Français. À l’issue de la deuxième phase, qui s’achèvera mi-mars, toutes les doléances seront remontées à l’exécutif.

La concertation publique débouchera « fin mars – mi-avril » sur des « décisions très concrètes, en fonction des consensus identifiés », a d’ores et déjà expliqué le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Le calendrier parlementaire bousculé pour tenir compte du grand débat

La grande consultation nationale lancée pour apporter des solutions à la grogne des gilets jaunes va en tout cas ébranler le rythme des réformes. Et donc le calendrier parlementaire. Interrompu en juillet 2018 en pleine affaire Benalla, le projet de loi constitutionnelle devait revenir devant les députés en janvier. Il est finalement ajourné. Et pour cause, cette thématique institutionnelle est l’un des quatre grands thèmes de réflexion fixés par le gouvernement dans le cadre du débat public. « Il n’y aurait pas de sens à discuter au Parlement de cette réforme avant que les Français se soient exprimés », a admis Édouard Philippe.

Deux textes sur lesquels les sénateurs devaient plancher les premiers ont aussi été renvoyés à plus tard : la Loi d’orientation des mobilités (LOM), qui n’arrivera pas pas avant fin mars prochain devant la haute chambre, selon son rapporteur ; et la loi introduisant de nouvelles règles d’organisation territoriale. Ces deux seront nourris par les éléments venus du grand débat.

Le chantier de la refonte des impôts locaux risque aussi de tarder à arriver devant les sénateurs. D’abord, la réflexion autour de la fiscalité est l’un des grands enjeux du débat national. Ensuite, la suppression de la taxe d’habitation pour les 20% les plus aisés a fait naître dernièrement la cacophonie au sein du gouvernement.

 

https://www.toutsurmesfinances.com/vie-pratique/a/le-grand-debat-national-mode-d-emploi

 

 

 

 

A MARTIGUES (Bouches-du-Rhône), CHARLES MAURRAS (1868-1952), ECRIVAIN FRANÇAIS, L'AVENIR DE L'INTELLIGNCE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, POLITIQUE FRANÇAISE

L’avenir de l’intelligence de Charles Maurras

 

L’avenir de l’intelligence et autres textes

Charles Maurras

Sous la direction de Martin Motte ; préface de Jean-Christophe Buisson.

Paris, Bouquins, 2018. 1280 pages.

 

l-avenir-de-l-intelligence-et-autres-textes_full_guide

Présentation de l’éditeur

Rééditer Maurras ? À l’heure où paraît ce volume, la question fera probablement débat. Au nom de quels principes des livres déjà existants devraient-ils se voir interdits de nouvelle publication ? Ce serait abdiquer face à des diktats incompatibles à nos yeux avec cette liberté d’expression dont notre pays reste l’un des meilleurs symboles. Pour autant, faut-il livrer tels quels des textes d’auteurs réprouvés à juste titre pour certains de leurs engagements ? L’un des intérêts de les exhumer est précisément de pouvoir apporter aux lecteurs, en s’appuyant sur le travail des meilleurs historiens, tous les moyens de les apprécier en connaissance de cause.

Charles Maurras fut au XXe siècle une figure centrale de notre histoire nationale. Après l’avoir influencée de son vivant, ses écrits ont continué d’irriguer, de manière plus souterraine, la vie politique de notre pays, en inspirant aussi bien l’esprit monarchique de nos institutions que les choix géopolitiques de notre diplomatie.
Maurras fut aussi l’un des écrivains les plus admirés de sa génération : Proust, Apollinaire ou Malraux ont salué en lui un esthète exigeant et un poète métaphysique dont l’œuvre puise aux sources gréco-latines, toscanes et provençales.
Ce sont tous ces aspects du kaléidoscope Maurras, des polémiques les plus ignobles aux méditations les plus élevées, qui sont présentés dans ce volume. Il rassemble la plupart des grands textes politiques de Maurras, un choix de ses articles de L’Action française, des poèmes érotiques inédits, ainsi que des extraits de son procès de 1945. Le tout accompagné d’un appareil critique non seulement nécessaire, mais surtout parfaitement éclairant.
Jean-Luc Barré

Charles Maurras (1968-1952)

48b8c8d3da686c3094398c75f62bedc9

Écrivain et théoricien politique français (Martigues 1868-Saint-Symphorien 1952).

  1. Du félibre provençal au monarchiste antidreyfusard

Venu à Paris, il fréquente, dans les milieux littéraires, Maurice Barrès, Anatole France, Jean Moréas,  Ses conceptions philosophiques, politiques et littéraires se précisent entre 1889 et 1900. À cette époque, le jeune Maurras est un félibre provençal, proche de Frédéric Mistral : il se proclame autonomiste et fédéraliste. C’est parce qu’il a la conviction que la monarchie d’avant 1789 ménageait aux provinces et aux communes plus de libertés que les régimes ultérieurs issus de la Révolution qu’il devient royaliste en 1896. Il appelle désormais de ses vœux une « monarchie fédérale » qui restaurerait l’ancien « provincialisme ».

Parallèlement, l’influence de M. Barrès l’amène au nationalisme et à se ranger dans le camp des antidreyfusards. Il mène la lutte contre tout ce qu’il croit engendrer le désordre dans tous les domaines : l’art (il est un fervent admirateur du classicisme grec et un adversaire acharné du romantisme), la philosophie (il adopte le positivisme d’Auguste Comte), la politique : il exalte la monarchie et, pour son rôle social, l’Église catholique, et il hait ceux qu’il considère comme des agents de désagrégation de la France éternelle : les républicains, les francs-maçons, les protestants, les Juifs, les socialistes, les catholiques démocrates.

  1. L’idéologue de l’Action française

C’est cette idéologie qu’il communique à la revue l’Action française, née en 1899 et d’abord républicaine. C’est alors qu’il publie son Enquête sur la monarchie (1900-1909). À partir de 1908, C. Maurras dirige avec Léon Daudet l’Action française quotidienne. Il se révèle un journaliste de grand talent en même temps qu’un polémiste violent, marqué par le nationalisme, l’antisémitisme et l’antiparlementarisme. Influencé par le scientisme de la fin du xixe siècle, il recherche les lois de fonctionnement de la société et considère la politique comme une « physique sociale ».

L’influence de Maurras est considérable dès avant 1914 dans les milieux intellectuels (la jeunesse étudiante surtout) et politiques. Le « maurrassisme » renouvelle la pensée royaliste française, imprègne largement les milieux catholiques et conservateurs et prépare les esprits à la revanche contre l’Allemagne. Avant 1914 comme durant la Première Guerre mondiale, Maurras dénonce les pacifistes (Jaurès par exemple, puis Caillaux) comme autant de défaitistes et d’agents de l’Allemagne.

En raison de sa germanophobie vigilante, son rôle politique se maintient jusqu’à la fin de la guerre. Mais il décline à la fin des années 1920 surtout lorsque le Saint-Siège, reprochant à Maurras de ne voir dans l’Église qu’un instrument de l’Ordre et non le véhicule de l’Évangile, condamne l’Action française en 1926 (Pie XII reviendra sur cette condamnation en 1939).

En 1937, le prétendant au trône désavoue à son tour Maurras, qui, pour la violence de ses écrits, a été condamné en justice à trois reprises en 1912, en 1929 et en 1936. S’il est peu favorable à Hitler et au national-socialisme en raison de son anti-germanisme, Maurras s’enthousiasme pour Mussolini, qui se reconnaît redevable envers lui au plan doctrinal, et à partir de 1936 pour Franco, tandis que ses idées inspirent au Portugal le mouvement de Salazar. L’arrivée au pouvoir de Pétain  en juillet 1940 est pour lui une « divine surprise », et il est vrai que beaucoup de ses idées passent alors dans le programme de la « Révolution nationale ».

Durant l’Occupation, s’il est hostile aux ultracollaborateurs de Paris, Maurras n’en continue pas moins à écrire dans son journal contre ses ennemis de toujours (Juifs, francs-maçons, marxistes), soutenant le gouvernement de Vichy.. Arrêté en septembre 1944, il est condamné le 27 janvier 1945 à la réclusion perpétuelle et à la dégradation civique. Détenu à Riom puis à Clairvaux, il est placé en avril 1952 en résidence surveillée dans une clinique de la banlieue de Tours, où il meurt.

  1. Une œuvre abondante

L’œuvre de Maurras, très abondante, peut être classée en : ouvrages politiques (Enquête sur la monarchie,1900-1909 ; l’Avenir de l’intelligence, 1905 ; le Dilemme de Marc Sangnier, 1906 ; la Politique religieuse, 1912 ; l’Action française et la religion catholique, 1913 ; le Mauvais Traité : de la victoire à Locarno, 1928 ; Nos raisons,1933 ; Dictionnaire politique et critique, 1934 ; Mes idées politiques, 1937 ; la Seule France, 1941 ; De la colère à la justice, 1942 ; Pour un réveil français, 1943 ; l’Ordre et le Désordre, 1948 ; Au grand juge de France, 1949 ; Pascal puni, 1950) ; souvenirs (Au signe de Flore, 1931 ; les Vergers sur la mer, 1937 ; Mon jardin qui s’est souvenu, 1949 ; le Beau Jeu des reviviscences, 1952) ; ouvrages sur sa Provence natale (l’Étang de Berre,1915 ; la Sagesse de Mistral, 1926 ; Mar et Lono, 1930 ; Quatre Nuits de Provence, 1931) ; ouvrages philosophiques et littéraires (le Chemin de Paradis, 1895 ; Anthinea, d’Athènes à Florence, 1901 ; les Amants de Venise, 1902). [Acad. fr., 1938 ; exclu en 1945.]

http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Charles_Maurras/132376

 

Biographie de Martin Motte, directeur de la publication de l’oeuvre de Charles Maurras.

Martin Motte est directeur d’études à l’École pratique des hautes études- PSL. Il a notamment codirigé avec Georges-Henri Soutou (de l’Institut) Entre la vieille Europe et la seule France : Charles Maurras, la politique extérieure et la Défense nationale (Economica, 2009).
Jean-Christophe Buisson est directeur adjoint du Figaro Magazine et présentateur de l’émission  » Historiquement show  » sur la chaîne Histoire. Il est notamment l’auteur de 1917, l’année qui a changé le monde (Perrin, 2016).

 

Recension de la revue Famille chrétienne (22 juin 2018)

 Maurras dérange toujours ; le récent refus du ministère de la Culture de commémorer son 150e anniversaire en témoigne. Le mieux n’est-il pas de se reporter aux textes, par-delà les on-dit ? Il faut donc saluer l’initiative de l’historien Martin Motte d’avoir rassemblé dans un fort volume les grands textes d’un penseur plus complexe qu’on ne croit. Violent ? Oui, mais c’est aussi un poète délicat. Antiromantique ? Oui, mais on sent dans ses souvenirs une sensibilité frémissante. Attaché au passé ? Oui, mais visionnaire en ce qui concerne Hitler ou l’islam en France, sur lesquels il est d’une lucidité rare. Antisémite ? Indéniablement. Dans sa préface, le journaliste et historien Jean-Christophe Buisson souligne l’erreur d’analyse consistant à voir le Juif comme inassimilable par nature.

Mais Maurras fut, aussi, un grand esprit politique et un remarquable écrivain, qui exerça une influence bien au-delà de sa famille de pensée grâce à une doctrine cohérente destinée à rallier tous les patriotes à l’idée monarchiste. En bref, l’homme a besoin de la nation, en qui «il trouve incomparablement plus qu’il n’y apporte», et la nation a besoin d’un roi, qui seul peut lui apporter la durée, la stabilité, l’unité qui lui font si cruellement défaut aujourd’hui. Oui, méfions-nous des idées reçues !

Antisémite, nationaliste, royaliste… : ainsi parlait Charles Maurras

Une réédition de Maurras (« L’Avenir de l’intelligence et autres textes ») permet de mesurer l’importance qu’a pu avoir le « maître de Martigues » dans l’histoire intellectuelle.

 

Recension du Nouvel Observateur (juin 2018).

Charles Maurras et les hussards

Antisémite, nationaliste, royaliste, antidémocrate, Charles Maurras (1868-1952) n’inspire guère la sympathie. Peu réédités, ses textes ne se trouvaient jusqu’à récemment que chez des bouquinistes baroques, qui vous glissaient un clin d’œil factieux au moment du passage en caisse. Seule une poignée de Camelots se revendiquent du maurrassisme et «l’Action française» a perdu son lustre d’antan – elle fut autrefois une véritable école de pensée, avec ses codes vestimentaires et ses faits d’armes, grands ou petits (les ligues émeutières, la fessée publique d’un professeur de la Sorbonne).

Pourtant, si Maurras n’est plus un idéologue en vogue, ses thèses ont laissé des traces dans la culture politique française. On les repère lorsque Laurent Wauquiez parle du «pays réel» (à opposer au «pays légal», celui des gratte-papier parisiens), lorsque Philippe de Villiers cartonne en librairie avec ses livres teintés de souverainisme et de catholicisme traditionnel, ou lorsque Marion Maréchal raconte tout ce que sa «conscience politique» doit à l’historien royaliste Jacques Bainville, proche de Charles Maurras.

Cela s’est confirmé en début d’année, quand l’inscription de ce directeur de «l’Action française» au livre des commémorations nationales lui a soudain apporté une gloire inattendue. L’épisode a provoqué un tollé, qui aurait probablement inspiré à l’intéressé des lignes vengeresses contre le «despotisme anonyme» à cause duquel «des couches entières de ce peuple ombrageux et fier [les Français] sont pis que terrorisées: intimidées.»

 

La France doit-elle célébrer Charles Maurras en 2018 ?

« Tout ce qui est national est nôtre »

Quelques semaines plus tard, la sortie en librairie d’un copieux volume de Maurras, intitulé «l’Avenir de l’intelligence et autres textes», permet d’imaginer ce que put être le prestige du «maître de Martigues». Dans son introduction, Jean-Christophe Buisson, directeur-adjoint du «Figaro-Magazine», rappelle l’importance de Maurras dans l’histoire intellectuelle et littéraire du XXe siècle, en égrenant la liste des écrivains qu’il a influencés : Drieu la Rochelle, Brasillach, Rebatet, mais aussi Proust, Péguy, Claudel… Sur le plan politique, un esprit généreux a même comparé Maurras à Marx. C’était il y a longtemps. Aujourd’hui, Marx n’en finit plus de faire son retour, tandis que Maurras demeure une pensée méconnue.

Cette grosse anthologie s’attache à suivre Maurras dans ses œuvres, et d’abord dans la littérature. Le théoricien du nationalisme intégral établissait une correspondance étroite entre la vie politique et le climat esthétique d’une époque. Sa prose et sa poésie se voulaient d’un classicisme latin dégagé des influences allemande, russe ou anglaise : «Ô naufragé battu par le flot du destin», etc. C’est un peu barbant, passons.

Passons à sa politique, dont on ne connait habituellement que quelques slogans («Tout ce qui est national est nôtre»). Maurras abhorre l’individualisme de son temps et insiste sur la dette de l’enfant qui vient de naître vis-à-vis des «hommes qui, durant des années, le feront grandir dans différents cercles de vie». Pour éviter que la France se défasse, il faut consolider les corps intermédiaires (et les «libertés locales»), protéger la religion catholique et rétablir la monarchie. Celle-ci est jugée bien supérieure à la démocratie parlementaire, rongée par les intérêts particuliers et la noirceur des «quatre Etats confédérés» (les Juifs, les Francs-maçons, les métèques et les protestants).

 

Charles Maurras : le nationalisme contre la République

« Tout arbre doit être jugé à ses fruits »

Les aspects les moins reluisants de la pensée maurrassienne sont surtout abordés ici à travers une sélection d’articles de «l’Action française», qui renseigne sur son antisémitisme («Ce dont il est surtout question, c’est d’interdire aux Juifs les postes d’administration, de direction, de formation des intelligences») et son rapport au nazisme (avant-guerre, il réclame la traduction de «Mein Kampf» pour alerter sur l’expansionnisme allemand).

Le recueil se termine par les minutes du procès de 1945. Maurras est accusé d’intelligence avec l’ennemi. «Tout arbre doit être jugé à ses fruits», lit-on dans le réquisitoire. Qu’ont apporté les théories maurrassiennes, demande le commissaire du gouvernement ? Il résume assez bien les choses :

Lui-même refuse de collaborer avec l’Allemand, c’est entendu, […] mais quand c’est Vichy qui ordonne […], Maurras célébrera aussi bien la Relève, la Milice, les luttes contre les Juifs, et autres campagnes.»

Rémi Noyon

https://bibliobs.nouvelobs.com/critique/20180618.OBS8311/antisemite-nationaliste-royaliste-ainsi-parlait-charles-maurras.html

ACTION FRANÇAISE, HISTOIRE DE FRANCE, POLITIQUE FRANÇAISE

L’Action française

L’Action française

action-francaise10-journal

 

7 clés pour comprendre

 

Aujourd’hui, l’Action française est devenue un mouvement marginal. Elle suscite l’anathème dans l’opinion publique, du moins pour ceux qui en ont entendu parler car peu de personnes mesurent le rôle qu’elle a joué dans la vie politique et intellectuelle de notre pays durant toute la première moitié du XXe siècle.

Il faut donc replonger dans les débats de la IIIe République pour découvrir cette histoire militante, avec ses fidélités durables et ses haines tenaces.

 

 Qu’est-ce que l’Action française ? Pourquoi ce mouvement nationaliste, dont la doctrine royaliste a été élaborée par Charles Maurras, a-t-il séduit de nombreux catholiques ? Quelles sont les raisons qui expliquent sa condamnation par le pape Pie XI en 1926, provoquant de douloureux déchirements dans les familles ?

Les ligueurs et les Camelots du roi « pensent clair et marchent droit ». Ils donnent de la visibilité à l’organisation en tenant la rue, parfois avec violence. Mais le journal reste le nerf de la guerre. Le combat se joue ici surtout au niveau des idées. Il faut donc les diffuser largement, à coup de scandales et de longs raisonnements.

Voilà une façon de voir la France. Voilà une façon de voir la religion. Une alternative à la culture républicaine qui a su réveiller la vieille tradition royaliste en la modernisant, au moins pour un temps. Elle laisse des traces dans l’inconscient collectif et de vraies lignes de fracture.

Jean-Yves Riou
Revue Codex, 2000 ans d’aventure chrétienne, été 2017, #4.

L’Action française : les grandes heures de la ligue

Cet article est tiré du dossier « L’Action française contre « l’anti-France » »Codex #04, été 2017, 176 pages

 

 

1 ★ Au temps de l’affaire Dreyfus ★ 

Pour bien comprendre les origines de l’Action française, il faut remonter à la guerre de 1870. La France sort humiliée par sa défaite face à l’Allemagne. Elle perd l’Alsace-Lorraine et doit affronter ses propres divisions manifestées (épisode de la Commune). La défaite laisse un goût amer.

Surtout, la chute de Napoléon III inaugure une période d’instabilité institutionnel. Il faut changer de régime. Les monarchistes remportent les élections législatives de 1871 mais les républicains s’emparent du pouvoir en quelques années à peine en ralliant les campagnes.

Leur enracinement s’accompagne d’une nouvelle constitution qui accorde une place importante au Parlement. Dans cette  IIIe République. le vote se fait au suffrage universel masculin, les chambres contrôlent le gouvernement. Les élites traditionnelles se voient concurrencées par une nouvelle génération d’élus.

En 1886-1889, l’épopée populaire du général Boulanger fait vaciller le régime en rassemblant autour de lui une foule hétéroclite de patriotes. Les forces nationalistes s’infléchissent vers la droite. Divers scandales fragilisent le pouvoir : l’’affaire des décorations (1887), scandale financiers.

 En 1898, Émile Zola publie son « J’accuse » dans L’Aurore. Il demande la révision du procès d’Alfred Dreyfus, condamné quatre ans plus tôt pour haute trahison. L’affaire vient cristalliser toutes les oppositions dans un climat de guerre civile.

C’est alors que Maurice Pujo et Henri Vaugeois créent un Comité d’action française : une ligue parmi d’autres qui brandit la menace allemande, l’affaiblissement de l’institution militaire, l’irresponsabilité des politiques sur fond  d’un antisémitisme qui s’inquiète de l’influence croissante des « Juifs de laRépublique ». Une revue est créée en 1899.

 

2 ★ L’Action française, un journal et un réseau ★ 

Le mot  Action française désigne un mouvement nationaliste qui a marqué la vie politique française durant la première moitié du XXe siècle. Il se compose de trois entités :

Le journal : En juin 1899, Maurice Pujo et Henri Vaugeois fondent une petite revue grise, L’Action française, d’abord  bimensuel puis quotidien en 1908. Charles Maurras rejoint la rédaction dès le deuxième numéro où il écrit jusqu’en 1944 (date de sa dernière publication). Léon Daudet et Jacques Bainville font partie des grandes signatures qui conduisent une équipe dynamique.

La rédaction prend parti sur tous les sujets d’actualité, mêlant l’analyse à la provocation, la politique aux critiques littéraires…. L’Action française développe un véritable savoirfaire pour mobiliser l’opinion dans des campagnes de presse qui dénoncent les scandales de la IIIè République, ce qui lui vaut ses meilleurs tirages en 1917 et 1934. C’est l’organe structurel du mouvement.

Le réseau des militants : Il offre une vie de section stimulante qui permet de s’engager totalement pour la cause. La Ligue d’Action française est fondée en 1905, la Fédération des étudiants la même année et les Camelots du roi en 1908. Les activités allient la formation (conférence, groupe d’études) et la présence sur le terrain  (parade, manifestation, vente du journal, campagne d’affichage, agitation autour d’un cours ou d’une pièce de théâtre). Adhérer nécessite des convictions et des sacrifices.

L’Institut : L’Action française crée un centre de formation en 1906. C’est  Contre-Sorbonne qui propose un idéal alternatif à celui de la République : anti-modernisme, politique positiviste, nationalisme français, histoire des idées politiques, relations extérieures et économie sociale.

 

3 ★ Maurras apporte la solution monarchique ★ 

Au départ, les fondateurs de l’Action française ne souhaitent pas rompre avec la République, juste une réforme pour relever la France dans un esprit conservateur qui ne cache pas certaines sympathies avec la gauche. Mais l’arrivée de Charles Maurras vient tout bouleverser.

En 1900, ce jeune journaliste féru de littérature s’est déjà forgé une doctrine politique. Il prône le « nationalisme intégral » qui remet en le système républicain pour lui préférer un régime monarchique. Il convertit l’Action française au royalisme, usant de son charisme et de son intelligence pour convaincre. Et cela marche.

En quelques années, il obtient l’adhésion de Henri Vaugeois, Léon de Montesquiou, Lucien Moreau, Jacques Bainville… Ces intellectuels sont souvent agnostiques, issus de milieux républicains mais surtout nationalistes et antidreyfusards.

Ils vont jouer un rôle majeur dans l’organisation du mouvement, par leurs écrits, leur talent d’orateur et leur zèle de néophyte. Ceci constitue  une véritable école autour du maître. Léon Daudet les rejoint en 1904, avec sa stature de tribun, et puis Jules Lemaître en 1907. Seul Maurice Barrès résiste : écrivain nationaliste,  l’un des chefs de file du camp antidreyfusard. il  reste r républicain malgré son amitié pour Maurras.

 

4 ★ Une doctrine structurante pour le nationalisme français ★ 

Les idées nationalistes s’affirment fortement dans l’Europe des XIXe et XXe siècles. Apparues en France  avec les révolutionnaires qui s’en réclament pour défendre la patrie contre la coalition de 1792 soutenue par les émigrés, elles s’ancrent à droite au moment de la crise boulangiste (1886-1889) et de l’affaire Dreyfus (1898).

Ces événements montrent que la cause mobilise mais qu’elle manque encore d’assise doctrinale. Charles Maurras va en poser les fondements : le principe des intérêts nationaux. L’actualité lui permet d’établir un diagnostic, tandis que l’histoire apporte des expériences comparatives. La monarchie est le régime qui offre le plus de garanties pour l’unité, la sécurité et la souveraineté de la France.

Cette pensée à contre-courant rassemble dans un système cohérent des éléments divers présents dans la société de l’époque : le sentiment diffus de décadence, l’hostilité envers les  Allemands, la critique de l’individualisme, le rejet du parlementarisme, la recherche d’une autorité forte, l’antisémitisme, la fascination pour les démonstrations scientifiques… Elle offre une grille de lecture efficace pour comprendre le monde. En somme, Maurras convertit les nationalistes au royalisme et les royalistes au nationalisme.

 

5 ★ L’alliance avec les catholiques tourne au divorce ★ 

Très vite, l’Action française se pose en défenseur de l’Église. Cette stratégie lui permet de séduire les catholiques qui depuis les années 1880 vivent une période d’affrontement avec la République. Cet affrontement  culmine avec les lois de Séparation et de l’Etat en 1905. En 1906, les inventaires des églises donnent lieu à des querelles où les ligueurs n’hésitent pas à monter en première ligne. L’Action française y gagne des reconnaissances durables. En outre  sur le plan doctrinal elle soutient Rome dans son combat contre le modernisme.

L’encyclique Pascendi (1907) et la condamnation du Sillon (1910) l’encouragent dans cette voie. Pour beaucoup de catholiques sincères, le mouvement devient un allié indispensable, même si son maître soit un païen. Cela jette le trouble chez certains catholiques (ainsi la réaction de Maurice Blondel face aux idées de Charles Maurras).Ce sentiment n’est pas partagé par tous. 

Le Saint-Office reçoit régulièrement des courriers qui s’inquiètent du contenu de cette doctrine influente sur la jeunesse. En 1914, Pie X signe une première condamnation qui reste secrète pour des raisons conjoncturelles. Mais les temps changent. L’Église peut se permettre de se défaire d’un soutien encombrant.

En 1926, Pie XI interdit la lecture de sept ouvrages de Maurras ainsi que celle du journal. Le nationalisme excessif et surtout la primauté absolue du politique constituent des dangers pour la foi. Cette décision va susciter des souffrances et des incompréhensions car les fidèles sont sommés de choisir leur camp, sous peine de se voir priver des sacrements.

 

6 ★ Les grandes heures de la ligue ★ 

C’est en 1908 que l’Action française commence véritablement sa croissance avec le lancement du quotidien et la création des Camelots du roi. Une vitalité qui attire les adversaires du parti républicain. Le mouvement connaît ensuite sa phase d’influence maximale entre 1914 et 1924. Les idées nationalistes nourrissent la période de la guerre contre l’Allemagne, de la négociation du traité de Versailles et de la chambre bleu horizon.

Surtout  l’Action française sait mettre ses convictions royalistes entre parenthèses pour soutenir l’Union sacrée et le gouvernement de Clémenceau. Certains républicains ne l’oublieront pas. Le milieu des années 1920 apporte une succession de coups durs : la victoire  du cartel des gauches (1924), la dissidence de Georges Valois (1926) et surtout la crise avec Rome (1926-1927) qui réduit les effectifs.

De ce fait l’influence de l’Action française commence à décliner. D’autres organisations lui font concurrence pour défendre les intérêts catholiques (Fédération nationale catholique) ou les idées nationalistes (Croix de feu). L’affaire Stavisky offre un sursaut en 1934 avec les événements de février. Mais les départs se multiplient car le mouvement est incapable de se renouveler et surtout il n’apporte aucune réponse face enjeux posés par la crise économique, la standardisation industrielle, l’ascension de Hitler ou de Mussolini

Pendant la guerre, Maurras choisit la fidélité absolue au maréchal Pétain qui pour lui  incarne d’une certaine façon les idéaux de l’Action française. Mais le mouvement ne survivra pas à la chute du régime de Vichy. . En 1945, il est mort politiquent et il explose en plusieurs courants.

 

7 ★ Échec ou réussite ? ★ 

L’Action française a su imprégner les esprits de son temps grâce à sa puissance doctrinale et à sa force de communication. Elle a fait tomber plus d’un ministère, elle a donné le ton à la politique étrangère de la France après 1919 en demandant une application rigoureuse du traité de Versailles, elle a contribué à la remise en question du parlementarisme à cause des failles de la IIIe République.

Mais son  but premier était de travailler à la restauration du roi. En ce sens, force est de constater que l’échec a été complet. En 1937, le prétendant au trône lui-même désavoue le mouvement qu’il accuse d’avoir instrumentalisé la cause royaliste. Les évènements de la nuit 6 février 1934 et la mise en cause par de nombreux de l’autorité de Maurras ont fragilisé le mouvement. 

Les mots ne leur suffisent plus. Il faut passer à l’action et de faire ce « coup de force » qu’on leur promet depuis si longtemps. Mais sans véritable stratégie politique concrète, les dirigeants de l’Action française n’ont pas su ou pas voulu se préparer pour exercer le pouvoir.

Face à ces échecs, déçus et amers Déçus, certains dissidents choisiront des modes opératoires plus radicaux, comme les militants du XVIIe arrondissement qui fonderont le groupe terroriste la Cagoule (1935). L’Action française inspirera cependant d’autres nationalismes au Québec, en Suisse, en Espagne ou en Italie.

 

D’après diverses sources ; Hérodote.et et revue Codex (avril 2017).