BERNARD DE CLAIRVAUX, BERNARD DE CLAIRVAUX (saint ; 1091-1153), FETE DE LA TOUSSAINT, FETE LITURGIQUE, JOHN HNERY NEWMAN (1801-1890), PRIERE, SERMONS

Premier novembre : fête de la Toussaint

Le premier novembre : Fête de tous les saints

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« Recherchons les choses d’en-haut « ,

Une homélie de saint Bernard pour la Toussaint

 

 Du fond des siècles, la prédication de St. Bernard de Clairvaux nous parvient et n’a rien perdu de sa fougue! Il nous confie une chose essentielle: les saints ne sont pas faits que pour être admirés! Nous sommes tous appelés à faire partie de “la foule immense des témoins” dont le grand bonheur est de voir un jour le visage du Seigneur et d’être semblable à lui (1 Jn 3,2). Tel est le sens de la fête de la Toussaint célébrée le 1er novembre.

Pourquoi notre louange à l’égard des saints, pourquoi notre chant à leur gloire, pourquoi cette fête même que nous célébrons ? Que leur font ces honneurs terrestres, alors que le Père du ciel, en réalisant la promesse du Fils, les honore lui-même ? De nos honneurs les saints n’ont pas besoin, et rien dans notre culte ne peut leur être utile. De fait, si nous vénérons leur mémoire, c’est pour nous que cela importe, non pour eux. […] Pour ma part, je l’avoue, je sens que leur souvenir allume en moi un violent désir […]

Le premier désir, en effet, que la mémoire des saints éveille, ou plus encore stimule en nous, le voici : nous réjouir dans leur communion tellement désirable et obtenir d’être concitoyens et compagnons des esprits bienheureux, d’être mêlés à l’assemblée des patriarches, à la troupe des prophètes, au groupe des Apôtres, à la foule immense des martyrs, à la communauté des confesseurs, au chœur des vierges, bref d’être associés à la joie et à la communion de tous les saints. […] Cette Église des premiers-nés nous attend, et nous n’en aurions cure ! Les saints nous désirent et nous n’en ferions aucun cas ! Les justes nous espèrent et nous nous déroberions !

Réveillons-nous enfin, frères ; ressuscitons avec le Christ, cherchons les réalités d’en haut ; ces réalités, savourons-les. Désirons ceux qui nous désirent, courons vers ceux qui nous attendent, et puisqu’ils comptent sur nous, accourrons avec nos désirs spirituels. {…] Ce qu’il nous faut souhaiter, ce n’est pas seulement la compagnie des saints, mais leur bonheur, si bien qu’en désirant leur présence, nous ayons l’ambition aussi de partager leur gloire, avec toute l’ardeur et les efforts que cela suppose. Car cette ambition-là n’a rien de mauvais : nul danger à se passionner pour une telle gloire. […]

Et voici le second désir dont la commémoration des saints nous embrase : voir, comme eux, le Christ nous apparaître, lui qui est notre vie, et paraître, nous aussi, avec lui dans la gloire. Jusque-là, il ne se présente pas à nous comme il est en lui-même, mais tel qu’il s’est fait pour nous : notre Tête, non pas couronnée de gloire, mais ceinte par les épines de nos péchés […] Viendra le jour de l’avènement du Christ : alors on n’annoncera plus sa mort de manière à nous faire savoir que nous aussi sommes morts et que notre vie est cachée avec lui. La Tête apparaîtra dans la gloire, et avec elles les membres resplendiront de gloire, lorsque le Christ restaurera notre corps d’humilité pour le configurer à la gloire de la Tête, puisque c’est lui la Tête.

Cette gloire, il nous faut la convoiter d’une absolue et ferme ambition. […] Et vraiment, pour qu’il nous soit permis de l’espérer, et d’aspirer à un tel bonheur, il nous faut rechercher de tout cœur l’aide et la prière des saints : ce qui est au-dessus de nos forces puisse-t-il nous être donné par leur intercession !

 

Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153)

 

 

Rayonne à travers moi !

 

A l’approche de la Toussaint, voici une prière du Cardinal Newman (1801-1890) qui pourrait être un programme de sainteté.

Seigneur Jésus,
inonde-moi de ton Esprit et de ta vie.
Prends possession de tout mon être
pour que ma vie ne soit
qu’un reflet de la tienne

Rayonne à travers moi, habite en moi,
et tous ceux que je rencontrerai
pourront sentir ta Présence auprès de moi,
en me regardant ils ne verront plus que Toi seul,
Seigneur!

Demeure en moi et alors je pourrai,
comme Toi, rayonner,
au point d’être à mon tour
une lumière pour les autres,
lumière, Seigneur,
qui émanera complètement de Toi,
c’est Toi qui, à travers moi,
illuminera les autres.

Ainsi ma vie deviendra une louange à ta gloire,
la louange que tu préfères,
en te faisant rayonner sur ceux qui nous entourent.
Par la plénitude éclatante de l’amour
que te porte mon cœur. Amen.

 

https://www.jeunes-cathos.fr/toussaint/recherchons-les-choses-den-haut-une-homelie-de-saint-bernard-pour-la-toussaint

ANGES, JOHN HNERY NEWMAN (1801-1890), PRIERE, PRIERE DU CARDINAL NEWMAN A SON ANGE GARDIEN, PRIERES

Prière du cardinal Newman à son ange gardien

La Prière du Bx Cardinal J H Newman à son ange gardien 

« Mon plus vieil ami » :

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« Mon plus vieil ami, ami depuis mon premier souffle de vie  ; mon ami fidèle, tu le seras, sans trahir, jusqu’à ma mort.

Tu as toujours été auprès de moi  ; mon Créateur à ta garde confia mon âme, dès qu’Il forma l’enfant tiré de la poussière.

Ni la ferveur du cœur dans la prière, ni la foi droitement formée, ne m’ont donné pour tuteur Joseph, ou la puissance conquérante de Michel.

Nul saint patron, ni l’amour de Marie, le plus cher, le meilleur, ne me connais, moi, comme tu me connais, et m’a béni, comme tu m’as béni.

Tu me portas sur les fonts baptismaux  ; et toi, chaque année, allant croissant, tu as murmuré les rudiments de la vérité dans mes oreilles d’enfant.

Et quand l’adolescence fut dépassée, et que mon esprit rebelle eut cédé, Ah ! Oui, tu as vu, et tu tremblais aussi, et cependant supportais ce qui mène en Enfer.

Alors, quand le jugement venait, et que la frayeur me reprenait, ton souffle doux s’empressait d’apaiser et de sanctifier toutes mes peines.

Oh ! Qui de tes labeurs et de tes soucis peut faire entièrement le récit, toi qui m’as placé sous le sourire de Marie, et conduit aux pieds de Pierre !

Et tu te pencheras sur mon lit, à l’heure où de la vie les ombres s’allongent  ; toi, du doute, de l’impatience et de la tristesse, l’ennemi vigilant et jaloux.

Mon ami, moi devant le Juge  ; mon ami, si, épargné, je peux demeurer dans le feu de la mort dorée, le temps que mon péché tout entier soit consumé.

Mon ami, ô frère de mon âme, quand le jour de ma libération sera arrivé  ; alors tes bras doucement me relèveront, tes ailes me porteront à mon foyer d’éternité.

Amen. »

Cardinal John Henry Newman (1801-1890)

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, EGLISE CATHOLIQUE, EPHREM LE SYRIEN (saint ; 306-373), PRIERE, PRIERES, VIERGE MARIE

Assomption de la Vierge Marie

Prière de Saint Éphrem à la Sainte Vierge

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« Vierge Souveraine, Génitrice de Dieu, Salut de la famille unie des chrétiens, Tu ne cesses de jeter sur nous le regard d’une tendre mère.

Tu nous aimes comme si nous étions tes enfants, toujours disposée à nous chérir, Tu répands sur nous d’ineffables bienfaits :

Tu nous protèges et Tu nous sauves ; veillant sur nous avec sollicitude, Tu nous délivres du danger des tentations, et de la multitude des pécheurs qui nous environnent; pleins de reconnaissance, nous Te remercions, nous célébrons Ta munificence, nous publions Tes bienfaits, nous chantons à haute voix Tes merveilles, nous louons Ta sollicitude, Ta prévoyance, nous élevons dans nos hymnes Ta puissance tutélaire, nous immortalisons Ton inépuisable miséricorde.

Les bienfaits que Tu as répandus sur nous par le passé sont gravés dans notre mémoire, et nous nous souvenons à quels dangers imminents

Tu nous as arrachés; nous T’adressons ce cantique de grâces, comme une dette que nous acquittons, cantique toujours au-dessous de Tes bienfaits : eh ! Quelle voix pourrait les célébrer dignement ? Cependant, nous prenons courage, nous implorons humblement Ta miséricorde, pour que Tu entendes les cris de détresse de tes serviteurs.

Dépose notre demande aux Pieds de ce Dieu que Tu as engendré, pour qu’Il nous sauve de la damnation éternelle, et que nous puissions louer le Nom trois fois saint du Père, du Fils et du saint Esprit; et aujourd’hui et dans l’éternité des siècles.

Tu vois, ô Très Sainte Souveraine Enfantrice de Dieu, Tu vois tous les pièges dont nous enveloppe l’esprit malin, l’esprit impur. Vois toutes les passions criminelles qu’il éveille en nous, et dont il nous enlace comme d’un réseau.

Apparais et ne repousse point notre prière. Pourquoi détourner Ton visage et oublier notre faiblesse ?

Écarte les embûches du démon qui nous tente, sois notre asile dans cette guerre, apaise par Ton intercession bienfaisante la Colère divine que nos égarements ont excitée; ajoute ce nouveau bienfait à tant d’autres, et nous célébrerons dans nos cantiques Ton nom, Celui de ton Fils et notre Dieu qui, de même que son Père, est sans commencement. Souveraine Mère de Dieu qui enfantas le Christ Dieu notre Sauveur, je place toute mon espérance en Toi qui es au-dessus de toutes les puissances du ciel.

Ô Vierge, emblème de la pureté, fortifie-moi de Ta sainte grâce; dans cette vie, sois mon guide, conduis-moi selon la Volonté de ton auguste Fils notre Dieu.

Obtiens-moi la rémission de mes péchés, sois mon refuge, ma protection, ma délivrance, sois la main qui me dirige vers la vie éternelle. Souveraine, Souveraine, ne m’abandonne pas à l’heure suprême, hâte-toi de m’apporter le secours qui m’est nécessaire, arrache-moi de la cruelle tyrannie des esprits de l’enfer. T

u es la très bonne Mère du Christ notre Dieu, tout ce que Tu veux, Tu dois le pouvoir. Toi, seule Souveraine et Génitrice de Dieu, Tu es dans une sphère élevée au-dessus de toute la terre.

Quant à nous, Épouse de Dieu, nous Te bénissons avec foi, nous T’honorons avec amour, nous Te rendons un culte respectueux, nous chantons Tes louanges et nous proclamons Ta béatitude dans le langage de la vénération. Tu es en effet la gloire des gloires, la récompense des récompenses, la puissance des puissances.

Ô Souveraine, mon bonheur après Dieu, rosée divine qui apaises l’ardeur brûlante qui me dévore, source jaillissante du sein de Dieu même, à laquelle se rafraîchit mon cœur embrasé, lumière éclatante de mon âme plongée dans les ténèbres, guide du faible, appui du pauvre, manteau de la nudité, richesse de l’indigent, remède des plaies incurables, Tu taris les pleurs, Tu apaises les soupirs, Tu allèges les infortunes, Tu guéris les douleurs, Tu brises les chaînes; Espérance de mon salut, exauce mes prières; aie pitié de mes gémissements, accueille mes lamentations, aie compassion de moi, laisse-toi fléchir par mes larmes.

Que pour moi tes entrailles soient émues; n’es-Tu pas la Mère d’un Dieu bienfaisant ?

Jette un regard de bonté, accueille favorablement ma prière, réponds à mon désir, étanche ma soif; unis-moi à ma famille, à mes compagnons de service, dans la terre des hommes pacifiques, dans le sanctuaire des justes, dans le chœur des saints, et rends-moi digne, Toi, protection et joie de tous et volupté pure, de participer à Ta félicité, je Te le demande, à la joie inénarrable du Dieu et Roi que Tu as engendré, à ses noces inexplicables aux délices inépuisables, à son Règne éternel et sans fin.

Car tu es ma Souveraine, mon refuge, ma vie, ma protection, mon armure, ma joie, mon espérance, ma force; fais-moi jouir, de concert avec Toi, vers les régions célestes, des Dons indicibles et inconcevables de ton Fils. Tu as, je le sais, une puissance égale à Ta volonté, telle enfin que doit l’avoir la Mère du Très-Haut.

Aussi me suis-je enhardi; fais que je ne sois pas trompé dans mon attente, fais que cette attente soit remplie, ô très pure Souveraine, Épouse de Dieu, Toi qui, contre les lois de la nature, as enfanté le Seigneur attendu de tous, notre Seigneur et vrai Dieu Jésus Christ à qui revient toute gloire, tout honneur et toute vénération, avec son Père sans commencement et son très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Amen. » 

Saint Éphrem le Syrien de Nisibe (306-373), Diacre et Docteur de l’Eglise, Grand Théologien et chantre des Eglises de langue syriaque du IVe siècle.

DOMINIQUE DE GUZMAN (saint ; 1170-1221), PRIERE, PRIERES, SAINTETE, SAINTS

Les neufs manières de prier de saint Dominique

 

Les neufs manières de prier de saint Dominique

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Des docteurs comme saint Augustin, saint Grégoire, saint Hilaire, saint Isidore, saint Jean Chrysostome, saint Jean Damascène, saint Bernard, et d’autres très pieux docteurs grecs et latins, ont longuement traité de l’oraison. Ils l’ont recommandée et décrite, en ont montré la nécessité et la bienfaisance, en ont expliqué la méthode, la préparation et les obstacles. De plus notre glorieux et vénérable frère Thomas d’Aquin et Albert, de l’ordre des Prêcheurs, dans leurs divers écrits ; comme aussi Guillaume dans son traité des vertus, ont exposé avec noblesse, sainteté, dévotion et élégance, la manière de prier, suivant laquelle l’âme se sert des membres du corps afin de se porter vers Dieu avec plus de ferveur ; de telle sorte que l’âme, qui anime le corps, est à son tour mue par celui-ci, et entre parfois en extase comme saint Paul, ou bien en de saints transports comme le prophète David. Il convient de raconter a ce propos ce que faisant saint Dominique qui recourait fréquemment à ce mode d’oraison. On remarque que les saints de l’Ancien et du Nouveau Testament ont ainsi prié quelquefois. Cette méthode, en vérité, excite la dévotion, par l’action réciproque de l’âme sur le corps et du corps sur l’âme. Grâce à elle, saint Dominique en venait à verser d’abondantes larmes ; il accroissait la ferveur de sa bonne volonté à tel point, qu’il ne pouvait empêcher les membres de son corps de manifester sa piété par quelque signe indubitable. De là, avec quelle élévation son esprit ne s’adonnait-il pas aux demandes, aux supplications, aux actions de grâces ! 
Nous ne parlerons pas ici des grands mouvements de ferveur qui lui étaient habituels dans la célébration de la sainte messe et la prière de la psalmodie. Souvent, en effet, quand il remplissait ces fonctions saintes, au chœur comme en voyage, on le voyait tout à coup ravi au-dessus de lui-même, et perdu en Dieu dans la compagnie des anges. Mais voici quelles furent ses autres manières de prier.

 

I 
La première manière était la suivante. Humblement prosterné devant l’autel, comme si Jésus-Christ, représenté par cet autel, lui était réellement et personnellement présent, et non pas seulement dans son symbole, il disait « Mon Dieu, vous avez toujours eu pour agréable la prière des hommes humbles et doux [Judith IX, 16]. N’est-ce point par leur humilité que la Chananéenne et l’enfant prodigue se virent exaucés ? Pour moi « je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit » [Matth. VIII, 8] ; « mais voici que je me suis humilié jusqu’à terre devant vous, ô mon Dieu » [Ps. CXLVI, 6 ; cxviii, 107]. 
Après avoir prié de la sorte, le saint père se relevait, inclinait la tête, et considérant avec humilité son chef Jésus-Christ, comparant sa propre position d’esclave avec l’excellence du Christ, il appliquait tout son être à lui manifester sa vénération. Il enseignait aux frères à faire de même quand ils passaient devant le crucifix, signe de l’humiliation de Jésus-Christ ; afin, que, si profondément humilié par amour de nous, il nous vît aussi humiliés devant sa majesté. 
Cette sorte d’humilité, il la demandait aussi en l’honneur de la Sainte Trinité, lorsqu’on chantait le verset : « Gloria Pat ri et Filio et Spiritui Sancto. » Cette manière d’incliner profondément la tête, comme le montre la figure, était le point de départ de ses dévotions.

II

Souvent aussi le bienheureux Dominique priait entièrement étendu la face contre terre. Il entretenait alors dans son cœur de vrais sentiments de componction. Il se rappelait les enseignements des divines Écritures, prononçant quelquefois, à voix haute pour être entendue, cette parole du saint Évangile « O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur » [Luc xviii, 13]. Pieusement et avec une crainte respectueuse, il redisait ce verset de David : « C’est bien moi qui ai péché et accompli l’iniquité » [Ps. L, 5, ou mieux II Reg. xxiv, 17]. Alors, il pleurait et il poussait de grands gémissements. Ensuite il s’écriait « Je ne suis pas digne de lever mes yeux vers le ciel à cause de la grandeur de mon péché, car j’ai provoqué votre colère, Seigneur, et fait ce qui est mal à vos yeux. » Et dans le psaume Deus auribus nostris audivimus, il disait avec force et dévotion ce passage « Mon âme est humiliée jusque dans la poussière, mon corps est attaché à la terre » [Ps. XLIII, 25] ; ou encore ces autres paroles « Mon âme est enchainée à la terre, mon Dieu, rendez-moi la vie selon votre parole » [Ps. CXVIII, 25]. 
Lorsqu’il se proposait d’enseigner aux frères avec quelle crainte respectueuse ils devaient prier, il leur disait « Les mages, ces rois si remplis de dévotion, entrèrent dans la maison et trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère ; et se prosternant, ils l’adorèrent » [Matth. ii, 11]. Il n’y a donc point de doute que nous ne trouvions l’Homme-Dieu avec Marie, sa servante. « Venez, prosternons-nous devant notre Dieu et adorons-le, pleurons en présence du Seigneur notre Créateur [Ps. xciv, 6]. 
Il exhortait aussi les plus jeunes en ces termes : « Si vous ne pouvez pleurer vos péchés parce que vous n’en avez pas, Pensez au grand nombre de pécheurs qui peuvent être préparés à la miséricorde et à la charité pour eux les prophètes et les apôtres ont adressé au ciel leurs gémissements ; pour eux aussi Jésus, qui les pénétrait de son regard, pleura douloureusement. C’est bien ainsi que le saint roi David pleurait déjà lorsqu’il s’écriait « À la vue des prévaricateurs j’ai senti mon âme défaillir de douleur » [Ps. CXVIII, 158].

III

Pouf ce motif, comme suite naturelle de ce qui vient d’être dit, il se relevait pour se donner la discipline avec une chaîne de fer, en disant « Votre discipline m’a corrigé jusqu’à la fin » [Ps. xvii, 36]. C’est pourquoi l’ordre entier a statué que tous les frères, en mémoire de cet exemple de saint Dominique, les jours de féries, après complies, recevraient la discipline avec des verges de bois sur les épaules nues ; pendant ce temps, ils réciteraient avec dévotion le Miserere ou le De Profundis. Ils feraient cette pénitence soit pour leurs propres fautes, soit pour celles des bienfaiteurs qui les font vivre de leurs aumônes. Aussi personne, si innocent qu’il puisse être, ne doit se soustraire à cet usage.

 

IV

Ensuite saint Dominique se rendait devant l’autel, ou bien au chapitre. Là, le regard fixé sur le crucifix, il le considérait avec une incomparable pénétration. Devant lui il faisait de nombreuses génuflexions. Parfois aussi, depuis complies jusqu’au milieu de la nuit, tantôt il se relevait, tantôt il s’agenouillait comme l’apôtre saint Jacques. À l’exemple du lépreux de l’évangile, il disait, le genou en terre « Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me guérir » [Matth. viii, 2]. À genoux encore, comme saint Étienne, il criait avec force « Ne leur imputez pas ce péché, Seigneur » [Act. VII, 59]. Il se formait alors dans notre père saint Dominique, un grand sentiment de confiance dans la miséricorde de Dieu pour lui-même, pour tous les pécheurs et pour la conservation des frères plus jeunes qu’il envoyait au milieu du monde prêcher l’évangile aux âmes. Aussi bien lui arrivait-il de ne pouvoir contenir sa voix, et les frères l’entendaient s’écrier « C’est vers vous que je crie, mon Dieu, ne restez pas sourd à ma voix, de peur que si vous gardez le silence, je ne ressemble à ceux qui descendent dans la fosse. » [Ps. XXVII, 1] ; ou d’autres paroles semblables de la Sainte Écriture. 
Quelquefois cependant il se parlait au-dedans de lui-même, et l’on n’entendait plus du tout sa voix. Il restait parfois très longtemps en génuflexion, l’âme perdue dans le ravissement. Et quelquefois il semblait que dans cette sorte de regard son intelligence pénétrait le ciel, et tout aussitôt rempli d’une céleste joie, il essuyait les larmes qui coulaient de ses yeux. Il se laissait alors aller à de saints transports, comme un homme altéré qui parvient à la source, comme un voyageur qui va enfin retrouver sa patrie. Son animation et son ardeur croissaient, comme on le pouvait voir à la rapidité de ses mouvements, qui gardaient cependant toute leur dignité, quand il se relevait et s’agenouillait. Il était tellement habitué à fléchir les genoux que, même en voyage, dans les hôtelleries, après les fatigues de la route et jusque sur les chemins, pendant que ses compagnons dormaient ou se reposaient, il revenait à ses génuflexions comme à son art et à son ministère particuliers. Et par son exemple plus que par ses paroles, il enseignait aux frères cette manière de prier.

 

V

Quand il était au couvent, le saint père Dominique se tenait aussi quelquefois debout devant l’autel, bien droit de tout son corps sur les pieds, sans se soutenir ou s’appuyer à quoi que ce fût, les mains étendues devant la poitrine à la façon d’un livre ouvert. Ainsi se comportait-il dans la manière de se tenir debout avec grand respect et dévotion, comme s’il eût fait sa lecture en la présence visible de Dieu. Alors plongé en oraison, on le voyait méditer la parole de Dieu, et comme se la redire à lui-même avec suavité. Il avait pris cette habitude pour imiter le Seigneur. Saint Luc nous dit en effet que « selon sa coutume, Jésus entra dans la synagogue, le jour du sabbat et se leva pour faire la lecture » [Luc iv, 16]. Le psalmiste dit aussi que Phinées se leva, adressa à Dieu sa prière, et le fléau cessa [Ps. cv, 30]. 
Tantôt il joignait les mains et les tenait fortement unies devant ses yeux en se ramassant sur lui-même ; tantôt il les élevait à la hauteur des épaules, comme le prêtre a coutume de le faire quand il célèbre la sainte messe. Il semblait vouloir tendre l’oreille pour mieux écouter quelque parole qui lui aurait été dite de l’autel. À voir sa dévotion lorsqu’il priait ainsi debout, vous auriez cru voir un prophète s’entretenir avec un ange ou avec Dieu, tour à tour parlant, écoutant, méditant en silence les révélations qui lui auraient été faites. En voyage il dérobait bien vite et en secret le temps nécessaire à la prière ; et fixant pour ainsi dire toute son âme, il se hâtait de l’appliquer aux pensées du ciel. Alors sans doute vous l’eussiez entendu prononcer, avec une douceur et une délicatesse exquises, quelques suaves paroles tirées de la moelle et de la graisse de la Sainte Écriture. En vérité il semblait l’avoir puisée aux sources mêmes du Sauveur. 
Témoins de cet exemple, les frères étaient très impressionnés en présence de leur père et de leur maître ; et, devenus plus fervents, ils se trouvaient merveilleusement entraînés à une prière admirable de piété et de constance : « Comme l’œil de la servante est fixé sur la main de sa maîtresse, et l’œil du serviteur sur la main de son maître, ainsi nos yeux se tiennent élevés vers le Seigneur » [Ps. CXXII, 2].

 

VI

On a vu aussi d’autres fois le saint père Dominique prier les mains ouvertes, les bras fortement tendus en forme de croix, et debout, le corps bien droit autant qu’il le pouvait. C’est ainsi qu’il pria quand, sur sa prière, Dieu ressuscita le jeune Napoléon, dans la sacristie du couvent de Saint-Sixte, à Rome. De même à l’église, lorsqu’il fut élevé de terre pendant qu’il célébrait la messe, comme le raconte la pieuse et sainte sœur Cécile, qui était présente, et qui le vit en compagnie d’un grand nombre de témoins. Ainsi avait fait le prophète Élie lorsqu’il ressuscita le fils de la veuve, après s’être étendu sur l’enfant [III Reg. xvii, 21]. Il pria semblablement quand, près de Toulouse, il sauva des pèlerins anglais en danger de se noyer dans le fleuve. N’est-ce pas ainsi que pria le Seigneur, cloué en croix les mains et les bras étendus, poussant des cris puissants accompagnés de larmes abondantes et méritant d’être exaucé pour l’excellence de sa piété [Hebr. V, 7]. 
Le saint homme Dominique n’avait recours à cette manière de prier que dans les circonstances où, sous l’inspiration de Dieu, il savait que quelque chose de grand et de merveilleux allait se produire par la vertu de sa prière. S’il ne défendait pas aux frères de prier ainsi, il ne les y exhortait pas davantage. 
Et lorsqu’il ressuscita le jeune Napoléon, en priant les mains et les bras étendus en forme de croix, nous ignorons quelles paroles il prononça. Peut-être répéta-t-il celles mêmes du prophète Élie : « Seigneur, mon Dieu, je vous en prie, que l’âme de cet enfant revienne au dedans de lui » [III Reg. xvii, 21]. Frères et sœurs, seigneurs et cardinaux, et tous ceux qui étaient présents à ce miracle, se souvinrent bien de la manière dont il pria, nouvelle pour eux et vraiment extraordinaire ; mais aucun ne retint ses paroles. Et plus tard, personne n’osa interroger notre saint et admirable Dominique, qui inspira à tous sur ce point une respectable réserve. 
Il prononçait avec lenteur, gravité et mûre réflexion les paroles du psautier qui font mention de ce genre de prière. C’est ainsi qu’il disait avec grande attention le psaume : « Seigneur, Dieu de mon salut, j’ai crié vers vous et le jour et la nuit… », jusqu’à ces mots : « Je vous invoque tout le jour, Seigneur, et vers vous j’étends les mains » [Ps. LXXXVII, 2-10] ; ou bien encore cet autre psaume : « Seigneur, écoutez ma prière, prêtez l’oreille à mes supplications… » jusqu’à ces paroles « J’étends vers vous des mains suppliantes, hâtez-vous de m’exaucer, Seigneur » [Ps. CXLII, 1-6]. 
Ainsi, tout homme pieux pouvait admirer à la fois et la dévotion et la science de notre père quand il priait de la sorte, soit qu’il voulût comme exercer sur Dieu une grande violence, par la vertu de son oraison ; soit plutôt que, sous l’effet d’une inspiration intérieure, il eût le sentiment que Dieu le poussait à demander quelque grâce singulière pour lui ou pour le prochain. Il puisait alors sa force dans la doctrine de David, dans le feu d’Élie, dans la charité du Christ, dans une dévotion toute divine.

 

VII

On le voyait souvent aussi se dresser de toute sa taille vers le ciel, à la manière d’une flèche qu’un arc bien tendu aurait lancée droit dans l’azur. Il élevait au-dessus de la tête les mains fortement tendues, jointes l’une contre l’autre, ou légèrement ouvertes comme pour recevoir quelque chose du ciel. On croit qu’il était alors l’objet d’un accroissement de grâce et que, ravi à lui-même, il obtenait de Dieu, pour l’ordre dont il avait jeté les fondements, les dons du Saint-Esprit ; pour lui même et pour les frères, un peu de la suavité délectable qui se trouve dans les actes des béatitudes et qui fait qu’on s’estime heureux dans les rigueurs de la pauvreté, l’amertume de la douleur, la violence de la persécution, la faim et la soif de la justice, les étreintes de la miséricorde, et qu’on se maintient dans une joyeuse ferveur, pour l’observance des préceptes et la pratique des conseils évangéliques. 
Dans ces moments, le saint père semblait entrer comme à la dérobée dans le Saint des Saints, et jusqu’au troisième ciel aussi, après une telle prière, s’il avait à corriger, à donner quelques avis ou à prêcher, il se comportait vraiment comme un prophète. Le saint père ne priait pas longtemps de cette manière, mais reprenant possession de lui-même, il paraissait arriver d’une région lointaine, et ressemblait un moment à un étranger, comme il était facile de le remarquer à son air et à ses manières. Quelquefois les frères l’entendaient prier à haute voix et dire comme le prophète « Écoutez, Seigneur, la voix de mes supplications quand je crie vers vous, quand j’élève mes mains vers votre temple saint » [Ps. xxvii, 2). Par sa parole et son saint exemple, il ne cessait d’enseigner les frères à prier de même, leur redisant le psaume « Bénissez le Seigneur, vous tous ses serviteurs » [Ps. Cxxxiii] jusqu’à : « pendant les nuits levez vos mains vers le sanctuaire » ; et cet autre 
« Seigneur, je crie vers vous, exaucez-moi, prêtez l’oreille à ma voix lorsque je vous invoque. [Que ma prière soit devant vous comme l’encens, et l’élévation de mes mains comme l’offrande du soir » [Ps. CXL, 1 et 2].

 

VIII

Notre père saint Dominique avait encore une autre manière de prier, toute pleine de beauté, de dévotion et de charmes. Il s’y livrait après les heures canoniales et après l’action de grâces commune qui suit les repas. 
Ce bon père, admirable de sobriété et débordant de l’esprit de dévotion, qu’il avait puisé dans les divines paroles qui se chantaient au chœur ou au réfectoire, se mettait bien vite dans un endroit solitaire, en cellule ou ailleurs, pour lire et prier, recueilli en lui-même et fixé en Dieu. Paisiblement il s’asseyait, et après avoir fait le signe de la croix, il lisait dans quelque livre ouvert devant lui ; son âme éprouvait alors une douce émotion, comme s’il eût entendu le Seigneur lui-même lui adresser la parole selon qu’il est écrit « J’écouterai la parole que le Seigneur Dieu dira au-dedans de mon cœur, etc. » [Ps. Lxxxiv, 9]. Et comme s’il disputait avec un compagnon, il paraissait tantôt ne pouvoir contenir ses paroles et sa pensée, tantôt écouter paisiblement, discuter et lutter. On le voyait rire et pleurer tour à tour, regarder fixement et baisser les yeux, puis se parler bas et se frapper la poitrine. 
Si quelque curieux, en secret, voulait le voir, le saint père Dominique lui apparaissait tel que Moïse lorsque ce patriarche, s’enfonçant dans le désert, parvint à la montagne de Dieu, à Horeb, contempla le buisson ardent, parla au Seigneur et s’humilia, en sa présence. Cette montagne de Dieu n’est-elle pas comme l’image prophétique de la sainte coutume qu’avait notre père, de s’élever bien vite de la lecture à la prière, de la prière à l’oraison, de l’oraison à la contemplation ? 
Et tandis qu’il lisait ainsi dans la solitude, il vénérait son livre ; et, s’inclinant vers lui, le baisait avec amour, surtout quand c’était le livre des Évangiles, et qu’il lisait les paroles que Jésus-Christ avait daigné prononcer de sa bouche. 
D’autres fois il détournait le visage, le voilait de sa chape, le mettait dans ses mains ou se couvrait un moment la tête de son capuce. Alors, ou bien il versait d’abondantes larmes sous l’action d’une crainte ou d’un désir véhément ; ou bien il s’élevait médiocrement en faisant une inclination de tête, comme s’il eût voulu remercier quelque grand personnage pour un bienfait reçu. Puis, satisfait et paisible au-dedans de lui-même, il poursuivait sa lecture.

 

IX

Il gardait ces pratiques de dévotion quand il voyageait d’un pays à un autre, surtout s’il se trouvait en quelque région solitaire. Toute sa joie était de se livrer à ses méditations, de retrouver sa contemplation. Tout en cheminant il disait parfois à son compagnon : « Il est écrit dans le prophète Osée : « Je conduirai mon épouse au désert et lui parlerai au cœur » [Os. n. 14]. Aussi bien s’écartait-il de son compagnon, le devançant ou mieux le suivant à distance. Ainsi, il cheminait seul et priait ; et le feu de sa charité puisait dans sa méditation un surcroît d’ardeur. Il lui arrivait, en ces sortes d’oraisons, de faire des gestes comme pour écarter les cendres légères ou des mouches importunes ; et il se munissait souvent du signe de la croix. 
Dans la pensée des frères, c’est en priant de la sorte que le saint acquérait cette plénitude de connaissance de la Sainte Écriture, pénétrait la moelle même des paroles divines, apprenait les saintes audaces de son ardente prédication, et vivait dans cette intime familiarité avec l’Esprit Saint, d’où lui venait la connaissance des choses cachées.

 

* Le texte est extrait de : « Saint Dominique – La vie apostolique » – Textes présentés et annotés par M.-H. Vicaire, o.p., CERF, 1965. 
Imprimi potest : 1953, E. Suarez, o.p., maître général. 

Le texte qui va suivre date pour sa rédaction entre 1260-1262 et 1272-1288, d’après Vicaire (voir ouvrage cité plus haut, p.28).

MERCI POUR CE JOUR QUI FINIT, PRIERE, PRIERE DU SOIR, PRIERES

Prière du soir

 

Merci de ce jour qui finit

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Merci de ce jour qui finit, merci de cette nuit qui vient.

Mon Dieu, qu’elle berce le sommeil des Hommes endormis,

qu’elle berce ceux que j’aime,

qu’elle me berce moi-même, jusqu’à demain.

Dans ce jour qui finit des hommes ont souffert.

Guérissez, si possible, diminuez le mal, ou le chagrin.

Faites que quelque chose vienne apaiser leur peine,

faites que quelqu’un s’en aille les aider et que cette nuit leur fasse du bien.

Dans ce jour qui finit, nous n’avons pas été ce que nous aurions dû être.

Faites-nous meilleurs, mon Dieu, si possible, moins durs envers les autres, plus doux, plus patients.

Faites-nous plus forts, plus décidés aussi, plus exigeants pour nous-mêmes,

plus vrais que nos paroles, plus fidèles que nos promesses,

plus actifs dans nos travaux, plus obéissants,

plus rieurs aussi, et que demain soit plus beau qu’aujourd’hui, plus grand.

Merci de ce jour qui finit, merci de cette nuit qui vient…

Prière anonyme

CRETATION, DIEU, GERMAIN NOUVEAU, POEME, POEMES, PRIERE, PRIERES, SA BEAUTE EST MERE DE LA FLEUR, DE L'AUBE ET DE L'ETE

« Dieu, c’est la beauté »

« Sa beauté est mère de la fleur, de l’aube et de l’été » – Germain Nouveau

 

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« Dieu, c’est la beauté, Dieu, beauté même, a parlé 
Dans le buisson de flamme à son peuple assemblé, 
Aux lèvres de Moïse, aux lèvres des prophètes, 
Et ses discours profonds sont clairs comme des fêtes. 
Son livre est un chœur vaste où David a chanté, 
Et c’est un fleuve, il coule avec l’immensité 
De ses vagues, noyant dans leur écume ardente 
Ton navire, ô Milton, et ta galère, ô Dante ! 
Et Jésus a parlé, rouge et bleu sous le ciel, 
Et des mots qu’il a dits la terre a fait son miel. 
Les lys ont confondu sa robe avec l’aurore
Sa voix, sur la montagne, elle résonne encore. 
Paroles de Jésus, source sous les palmiers 
Où s’abattent les cœurs ainsi que des ramiers, 
Où les âmes vont boire ainsi que des chamelles ! 
Nourrice, tu suspends le monde à tes mamelles ! 
Car Il est aussi beau qu’Il est vrai ; sa beauté 
Est mère de la fleur, de l’aube et de l’été. 
Le Beau n’est qu’un mot creux, l’idéal qu’un mot vide, 
Mais la beauté, c’est Dieu dont notre âme est avide ; 
La beauté, mais, poète, elle est au cœur de Dieu 
Le lotus de lumière et la rose de feu ; 
De plus haut que les Tyrs et les Sions sublimes, 
Elle descend sur l’ange, elle est vouée aux cimes, 
Soleil des paradis, étoile des matins, 
Et nos regards sont faits de ses rayons éteints. 
— Beauté, face de Dieu, gouffre des purs délices 
Formidable aux élus, devant vous les milices 
Célestes dont les seins sont cuirassés d’ardeur, 
Guerriers gantés de grâce et chaussés de candeur, 
Dont les ailes de feu battent le dos par douze, 
Capitaines d’amour dont l’aurore est jalouse 
Et dont l’épée au poing n’est qu’un rayon vermeil, 
Tremblent comme la brume au lever du soleil ! 
— Alléluia vers vous, beauté du Père, et gloire ! 
Gloire à vous sur la terre et sur les luths d’ivoire
Des riants chérubins, votre escabeau vivant ! 

Gloire à vous sur la lyre et les harpes au vent 
Des séraphins chantant dans les apothéoses ! 
Doigts des anges, courez sur les violons roses ! 
Formez-vous, doux nuage, autour des encensoirs ! 
Brûlez, soleils levants ! fumez, parfums des soirs ! 
Montez vers la colombe, ô blanches innocences, 
Montez ! Et vous, Vertus, Principautés, Puissances, 
Menez, parmi les lys, le cortège des dieux, 
 Sur les pas de Jésus miséricordieux ! »

Germain Nouveau

ECRIVAIN FRANÇAIS, GUY DE MAUPASSANT (1850-1893), IL Y A TOUJOURS A L'ÂME UN RAYON D'ESPERANCE, PRIERE, PRIERES

Il y a toujours l’âme un rayon d’espérance

« Il a toujours à l’âme un rayon d’espérance » –

Guy de Maupassant

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Pour commencer cette semaine, un poème de Guy de Maupassant, un poème qui parle de lumière et d’espérance …

 

Seigneur, Dieu tout-puissant, quand je veux te comprendre,
Ta grandeur m’éblouit et vient me le défendre.
Quand ma raison s’élève à ton infinité
Dans le doute et la nuit je suis précipité,
Et je ne puis saisir, dans l’ombre qui m’enlace
Qu’un éclair passager qui brille et qui s’efface.
Mais j’espère pourtant, car là-haut tu souris!
Car souvent, quand un jour se lève triste et gris,
Quand on ne voit partout que de sombres images,
Un rayon de soleil glisse entre deux nuages
Qui nous montre là-bas un petit coin d’azur;
Quand l’homme doute et que tout lui paraît obscur,
Il a toujours à l’âme un rayon d’espérance;
Car il reste toujours, même dans la souffrance,
Au plus désespéré, par le temps le plus noir,
 Un peu d’azur au ciel, au cœur  un peu d’espoir.

 

(1868)

Guy de Maupassant, Poésie Diverses

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Guy de Maupassant 

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Nationalité : France 
Né(e) à : Tourville-sur-Arques , le 05/08/1850
Mort(e) à : Passy , le 06/07/1893
Biographie :

Henry-René-Albert-Guy de Maupassant est écrivain français.

Il passe une enfance heureuse à Étretat, au bord du littoral normand et reçoit son instruction d’un abbé et de sa mère, qui possède une vaste culture littéraire. Les parents de Guy déménagent souvent. Il passe donc le reste de son temps entre le port et la campagne, où il se lie avec les pêcheurs et les paysans des environs qui lui inspireront plus tard plusieurs personnages.

Il intègre le lycée de Rouen en 1868. Il commence à écrire ses premiers sonnets à l’âge de 13 ans.
Au sortir du collège, Maupassant est mobilisé pour la guerre de 1870 contre la Prusse. Il sert dans l’intendance à Rouen jusqu’à la débâcle de 1871.

Il travaille ensuite à Paris comme fonctionnaire au Ministère de la Marine pendant près de dix ans, puis au Ministère de l’Instruction publique. Il se consacre pleinement à l’écriture en 1880. C’est cette même année qu’il reçoit la reconnaissance du public. Il est introduit dans les milieux littéraires par Flaubert qui le considère comme son fils spirituel.

Dans les dernières années de sa vie, Maupassant est atteint de troubles nerveux dus à la syphilis. Son aversion progressive pour la société, qui croît à mesure que sa paranoïa augmente, le conduit à vivre reclus. Dépressif, physiquement diminué et sombrant peu à peu dans la folie, il décède à l’âge de 43 ans. 

Guy de Maupassant a marqué la littérature française par ses six romans, dont « Une vie » (1883), « Bel-Ami » (1885), « Pierre et Jean » (1887-1888, avec sa célèbre préface dans laquelle il expose sa vision du roman naturaliste et critique le genre de l’étude psychologique), et surtout par ses nouvelles (parfois intitulées contes) comme « Boule de suif », qui l’a fait connaître, les « Contes de la bécasse » (1883) ou « Le Horla » (1887).