ANCIEN TESTAMENT, DEUXIEME LETTRE DE SAINT PAUL AUX THESSALONICIENS, LIVRE DE LA SAGESSE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 144

Dimanche 3 novembre 2019 : 31è dimanche du Temps Ordinaire : textes et commentaires

Dimanche 3 novembre 2019 :

31è dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – livre de la Sagesse 11,22 – 12 ,2

11, 22 Seigneur, le monde entier est devant toi
comme un rien sur la balance,
comme la goutte de rosée matinale
qui descend sur la terre.
23 Pourtant, tu as pitié de tous les hommes,
parce que tu peux tout.
Tu fermes les yeux sur leurs péchés,
pour qu’ils se convertissent.
24 Tu aimes en effet tout ce qui existe,
tu n’as de répulsion envers aucune de tes oeuvres ;
si tu avais haï quoi que ce soit,
tu ne l’aurais pas créé.
25 Comment aurait-il subsisté,
si tu ne l’avais pas voulu ?
Comment serait-il resté vivant,
si tu ne l’avais pas appelé ?
26 En fait, tu épargnes tous les êtres,
parce qu’ils sont à toi,
Maître qui aimes les vivants,
12, 1 toi dont le souffle impérissable les anime tous.
2 Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu,
tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent,
pour qu’ils se détournent du mal,
et croient en toi, Seigneur.

Il est superbe ce texte ! Tout entier rédigé à la deuxième personne, comme une prière : ce n’est pas une méditation sur Dieu, c’est une parole adressée à Dieu, une parole de gratitude ; et ce genre littéraire tout à fait particulier nous donne un texte très émouvant. Plutôt que « gratitude », il faudrait dire « reconnaissance » au double sens du terme ; dans la « reconnaissance », il y a deux choses : il y a d’abord la connaissance et parce qu’il y a la connaissance, il peut y avoir la gratitude ; Israël a reçu ce privilège extraordinaire de la Révélation et donc d’une certaine connaissance et reconnaissance de Dieu. Or le livre de la Sagesse est un texte très tardif (il a été écrit seulement dans les années 50 av.J.C.) ; cela veut dire qu’il vient au terme de l’histoire biblique et qu’il a bénéficié de toute la maturation de la foi d’Israël ; on ne s’étonne donc pas d’y trouver une sorte de synthèse de toutes les découvertes que le peuple élu a faites au long des siècles.
Le texte que nous lisons ici est une hymne adressée au Dieu créateur ; « Le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre ». Images superbes pour dire notre petitesse devant Dieu : l’univers entier et l’humanité comme une minuscule goutte de rosée face à la grandeur de Dieu ! Spontanément, cette conscience de la puissance de Dieu et de notre propre impuissance pourrait nous remplir de peur : historiquement, c’est certainement le premier sens de l’expression « crainte de Dieu ». Mais Dieu s’est révélé progressivement à Israël comme celui dont il ne faut pas avoir peur.
Car la première découverte d’Israël, on le sait bien, ou si l’on préfère, le premier article du credo d’Israël c’est « Dieu libère son peuple », Dieu accompagne son peuple dans son entreprise de libération, et cela gratuitement, sans aucun mérite du peuple, simplement par amour. La foi d’Israël est née de cette expérience vécue de l’Alliance avec ce Dieu qui libère, le Dieu de l’Exode, le « Dieu de tendresse et de fidélité », comme il s’est révélé lui-même à Moïse. Et donc, quand Israël réfléchit sur l’oeuvre de la Création, il l’envisage à partir de son expérience et il en déduit que la Création est elle aussi une oeuvre d’amour. Alors la peur n’est plus de mise : dans la foi, Israël garde une grande conscience de sa petitesse, mais il sait que la puissance de Dieu n’est qu’amour. Et alors, petit à petit, l’expression « crainte de Dieu » a changé de sens. Désormais, cette conscience de notre petitesse alimente une grande confiance.
Cette Révélation progressive accordée à Israël tout au long de son expérience d’Alliance avec Dieu affleure à plusieurs reprises dans ce passage d’aujourd’hui. En voici quelques traces : par exemple, nous lisons dans le livre de la Sagesse : « Tu aimes tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes oeuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté si tu ne l’avais pas voulu ?… Maître qui aimes les vivants »*… Il y a là un écho du merveilleux poème de la Création, au premier chapitre de la Genèse avec cette phrase qui revient comme un refrain « Dieu vit que cela était bon ». D’un bout à l’autre, ce poème de la Genèse affirme que Dieu aime ses créatures.
« Maître qui aimes les vivants », cela veut dire aussi que la mort n’aura pas le dernier mot : c’est cette découverte que Dieu aime la vie et les vivants qui a progressivement amené Israël à croire à la résurrection des morts. « Toi, dont le souffle impérissable anime tous les êtres » : là encore il y a une résonance avec la Genèse, mais avec le chapitre 2 cette fois, le deuxième récit de création : « Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. » Magnifique image pour dire que l’homme vit suspendu au souffle de Dieu.
Mais surtout, ce qui suscite la gratitude du croyant, c’est que l’amour du Créateur résiste à toutes nos infidélités ; sa puissance n’est pas domination : pour nous, elle est soutien et relèvement ! C’est cela la vraie puissance : « Tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout ». On sait bien que le pardon demande beaucoup plus de force que la vengeance ; un peu plus loin le livre de la Sagesse le dit très clairement : « Celui dont le pouvoir absolu est mis en doute fait montre de sa force… mais toi, Dieu, ta maîtrise sur tous te fait user de clémence envers tous » (Sg 12,13-18)**. Si Dieu pardonne, c’est parce qu’il aime la vie et les vivants justement, et c’est pour qu’on vive : « Tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout… Tu fermes les yeux sur leurs péchés POUR qu’ils se convertissent… Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent POUR qu’ils se détournent du mal et croient en toi. » On entend là un écho du livre d’Ezéchiel : « Je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais bien plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive » (Ez 33,11).
Autre écho : le livre de la Sagesse dit « Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis » ; le livre du Deutéronome comparait la patiente pédagogie de Dieu envers son peuple à celle d’un père « Le SEIGNEUR ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils » (Dt 8, 5). Force est bien d’admettre que Dieu n’a pas fini de déployer sa patience à notre égard, que sa pédagogie n’est pas terminée, qu’il reste beaucoup à faire pour que nous soyons vraiment détournés du mal… mais il a toute la patience qu’il faut. Comme dit Saint Pierre, « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans sont comme un seul jour » (2 P 3,8).
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Compléments
– * Sg 11,26 : « Maître qui aimes les vivants » : cela veut dire que les solutions de mort sont contraires au projet de Dieu.
– ** Dans le film « La liste de Schindler », il y a un moment très intense où le héros du film, Schindler, est en face du chef du camp de concentration : le chef du camp a le pouvoir de vie et de mort sur les prisonniers et, à cet instant précis, il a envie de tuer un jeune garçon. Schindler lui explique qu’il serait beaucoup plus grand en usant de son pouvoir pour faire vivre que pour faire mourir.

 

PSAUME – 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

1 Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
2 Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais !

8 Le SEIGNEUR est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
9 la bonté du SEIGNEUR est pour tous,
sa tendresse pour toutes ses oeuvres.

10 Que tes oeuvres, SEIGNEUR, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
11 Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

13 Le SEIGNEUR est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
14 Le SEIGNEUR soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

On ne pouvait pas trouver mieux que ce psaume 144/145 pour faire écho à la première lecture de ce dimanche ! Le Livre de la Sagesse résumait en quelques versets toute la foi d’Israël : la découverte d’un Dieu qui accompagne son peuple, depuis l’aube de la Création et tout au long de son histoire ; le psaume 144/145 redit la même chose dans un autre style mais avec le même émerveillement.
Cela commence par la forme du psaume qui est alphabétique : que l’on se reporte à une Bible ou à un livre de prières en hébreu, c’est clairement indiqué ; non seulement le psaume 144/145 comporte vingt-deux versets, autant que de lettres dans l’alphabet hébreu, mais surtout chaque verset commence réellement par l’une des lettres de l’alphabet hébreu, dans l’ordre alphabétique ; c’est ce qu’on appelle un acrostiche ; nous savons déjà que ce n’est pas un hasard : nous avons acquis le réflexe : en face d’un psaume alphabétique, nous savons d’avance qu’il s’agit d’une action de grâce pour l’Alliance : manière de dire « toute notre vie, de A à Z, (en hébreu de aleph à tav) baigne dans l’Alliance, dans la tendresse de Dieu ».
On ne s’étonne pas que ce psaume figure dans la prière juive de chaque matin : pour le Juif croyant, depuis la première aube du monde, Dieu accompagne son peuple, chaque matin jusqu’à l’aube du JOUR définitif, celui du monde à venir, celui de la Création renouvelée… Si je vais un peu plus loin dans la spiritualité juive, le Talmud (c’est-à-dire l’enseignement des rabbins des premiers siècles de notre ère), affirme que celui qui récite ce psaume trois fois par jour, « peut être assuré d’être un fils du monde à venir ». Car la prière est un véritable apprentissage : répétée inlassablement, pourvu que ce soit du fond du coeur, elle nous convertit insensiblement. Parce que ces mots ont été inspirés par l’Esprit Saint, ils nous font peu à peu entrer dans la pensée de Dieu. On se souvient que le livre du Deutéronome nous disait que Dieu éduque l’homme comme un père éduque son fils… La prière est l’une des méthodes de cette pédagogie.
Si on regarde d’un peu plus près les huit versets précis qui ont été retenus pour ce dimanche, il me semble premièrement qu’on a là un condensé de la Révélation à la fois très complet et très concis… et, deuxièmement qu’ils entrent en résonance parfaite avec les autres lectures de ce dimanche… Nous retrouvons la contemplation du livre de la Sagesse sur le Dieu d’Amour et de pardon à la fois créateur et libérateur.
« Seigneur, tu aimes tout ce qui existe », disait le livre de la Sagesse ; le psaume répond en écho : « La bonté du SEIGNEUR est pour tous, sa tendresse pour toutes ses oeuvres. » Ou encore, le livre de la Sagesse insistait sur le pardon de Dieu : « Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout… Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes, pour qu’ils se convertissent », le psaume, lui, reprend la fameuse révélation de Dieu à Moïse, « Le SEIGNEUR est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. » (Ex 34,6). C’est le meilleur résumé qu’on puisse donner de toute la révélation biblique. Le pardon accordé à Zachée dans l’évangile de ce dimanche s’en fera l’écho, dans le Nouveau Testament cette fois.
On entend également dans ces deux textes du livre de la Sagesse et du psaume 144/145 la même insistance sur l’universalisme de l’amour et du projet de Dieu : la tendresse et la pitié du SEIGNEUR dont le peuple élu a eu le premier la Révélation, elles sont POUR TOUS ! Et cela, c’est une énorme découverte pour l’humanité… une découverte que nous devons au peuple élu… il ne faudrait jamais l’oublier. C’est un thème que nous avons rencontré très souvent dans l’Ancien Testament : Dieu aime toute l’humanité, et son projet d’amour, son « dessein bienveillant » concerne toute l’humanité.
Un autre accent de ce psaume insiste sur la royauté de Dieu : « Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi… Tes fidèles diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits ». Et l’affirmation de la royauté de Dieu revient à plusieurs reprises dans d’autres versets. Mais ce n’est pas un roi comme ceux que l’on connaît sur la terre. Imaginez un roi à la fois tout-puissant et bon : parce qu’il serait tout-puissant, il aurait les moyens de faire à son gré le bonheur ou le malheur de ses sujets ; mais parce qu’il serait bon il ne ferait que leur bonheur… on en rêve.
Et justement, Dieu est ce roi à la fois tout-puissant et bon, sa puissance est celle de l’amour ; c’est la découverte qu’Israël a faite au long de son histoire. Quand on parle des exploits de ce roi pas comme les autres, il s’agit toujours de son oeuvre pour son peuple : nous savons bien que le mot « exploit » dans la Bible est toujours une référence à la libération d’Egypte : Dieu a libéré son peuple… et d’ailleurs, je ne devrais pas dire « Dieu A LIBERE » comme si c’était du passé… la foi d’Israël, c’est que « Dieu libère aujourd’hui son peuple, et ce depuis la première libération, et même depuis la Création ».
Pour terminer, si l’on se reporte au texte complet de ce psaume, on découvre une parenté très grande entre ce texte et celui du Notre Père : or on sait que le Notre Père était une prière juive avant d’être chrétienne. Par exemple, le Notre Père s’adresse à Dieu non seulement comme à un Père (« Notre Père… donne-nous… pardonne-nous… délivre-nous du mal… »), un Père qui est le Dieu de tendresse et de pitié dont parle ce psaume… Mais le Notre Père s’adresse également à Dieu comme à un roi : « Que ton Règne vienne »… En répétant régulièrement cette phrase, nous apprenons peu à peu à désirer vraiment que vienne le Règne de Dieu pour le bonheur et le salut de toute l’humanité. Le psaume disait quelque chose d’équivalent : « Que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits. »
Comme le dit le Talmud, en disant ce psaume de tout notre coeur, nous nous préparons à être « les fils du monde à venir ».

 

DEUXIEME LECTURE –

deuxième lettre de Saint Paul aux Thessaloniciens 1, 11 – 2, 2

Frères,
1, 11 nous prions pour vous à tout moment,
afin que notre Dieu vous trouve dignes
de l’appel qu’il vous a adressé ;
par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir
tout le bien que vous désirez,
et qu’il rende active votre foi.
12 Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous,
et vous en lui,
selon la grâce de notre Dieu
et du Seigneur Jésus Christ.
2, 1 Frères, nous avons une demande à vous faire
à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ
et de notre rassemblement auprès de lui :
2 si l’on nous attribue une inspiration,
une parole ou une lettre
prétendant que le jour du Seigneur est arrivé,
n’allez pas aussitôt perdre la tête,
ne vous laissez pas effrayer.

Si Paul juge utile de dire aux Thessaloniciens « je prie continuellement pour vous », c’est que les choses ne sont pas si simples ; Thessalonique est l’une des premières communautés fondées par Paul et la première en Grèce ; on se souvient que son premier voyage missionnaire avait été pour la Turquie ; et c’est au cours de son deuxième voyage qu’il a abordé en Grèce, d’abord à Philippes puis à Thessalonique. Partout Paul et ses compagnons de voyage adoptaient la même ligne de conduite : en bons Juifs pratiquants, ils se rendaient à la synagogue le matin du sabbat (donc le samedi matin) et là, après la lecture traditionnelle de l’Ancien Testament, ils prenaient la parole pour annoncer que le Messie attendu dans l’Ancien Testament était bel et bien venu en la personne de Jésus de Nazareth, crucifié, mort et ressuscité à Jérusalem, environ vingt ans auparavant.
Et partout les choses se passaient à peu près de la même façon : un certain nombre de leurs auditeurs les croyaient et demandaient à être baptisés ; mais au fur et à mesure que leur succès grandissait, ils se faisaient des ennemis de plus en plus farouches ; qui venaient les contredire puis les chasser ou les faire emprisonner, sous prétexte qu’avec ces nouvelles idées, les Chrétiens semaient la révolution. Et un jour ou l’autre, il fallait quitter la ville en laissant sur place de tout nouveaux baptisés qu’on avait eu plus ou moins le temps de former. A Thessalonique, les choses se sont passées exactement de cette manière et, si l’on en croit le livre des Actes des Apôtres, Paul n’a pu y rester que le temps de trois sabbats, c’est-à-dire au maximum trois semaines. Au bout de ces trois semaines, il a été obligé de fuir Thessalonique pour éviter d’être emprisonné. Trois semaines pour une conversion, c’est quand même peu ! Il est vrai qu’il a suffi d’un instant à Paul lui-même sur le chemin de Damas pour être complètement retourné, converti au vrai sens du terme, par Jésus-Christ, mais ensuite, il avait été enseigné longuement dans la foi par d’autres Chrétiens.
Les Chrétiens tout frais de Thessalonique ont donc eu trois semaines pour se convertir… mais après cette prédication sûrement enthousiasmante de Paul, ils se sont quand même retrouvés un peu seuls face à leurs frères juifs qui refusaient cette conversion… Et, comme toujours en pareil cas, tant qu’une nouvelle religion n’est pas reconnue comme une véritable religion, elle est traitée de secte ; les premiers Chrétiens ont vécu cela. Voilà donc la première difficulté à laquelle s’affrontent les premiers convertis de Thessalonique : à peine baptisés, les voilà laissés seuls à eux-mêmes ; Paul a dû repartir et eux restent face aux Juifs, leurs proches, leurs amis d’hier, devenus tout d’un coup des persécuteurs. Rude épreuve pour leur foi toute neuve. Paul a donc une première bonne raison de leur dire « je prie continuellement pour vous ».
Il en a aussi une autre, d’un tout autre ordre ; la deuxième difficulté de cette jeune communauté, trop vite laissée à elle-même, c’est de ne plus trop bien savoir où elle en est, de « perdre la tête » comme dit Paul : puisque maintenant, on connaît le Messie, puisque le Royaume de Dieu est arrivé avec la Résurrection du Christ, puisque nous sommes dans les derniers temps, alors on laisse tout tomber ; il paraît que certains en abandonnaient leur travail ; sans aller jusque-là, d’autres se font trop facilement l’écho des bruits les plus divers concernant de prétendus événements ou révélations sur la fin du monde ; cela risque d’égarer les plus fragiles.
Paul les met en garde : « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer ». Le texte du Concile Vatican II sur la Révélation (« Dei Verbum » – la Parole de Dieu) reprend le même thème pour les Chrétiens d’aujourd’hui : « Aucune révélation publique n’est à attendre avant la manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Ne nous laissons donc pas effrayer par quiconque, ne perdons pas la tête, mais attendons en confiance l’accomplissement du projet de Dieu : et si nous en croyons Paul, à la suite d’ailleurs de toute la révélation biblique : « Selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui. » (2 Th 1,12).
Attendre en confiance ne veut pas dire pour autant rester passifs ; c’est très exactement ce que veut dire Paul ; il est on ne peut plus clair. C’est Dieu qui a l’initiative : il a un projet sur nous, il nous a appelés. « Que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé » ; la formule est superbe ; elle dit l’honneur et la responsabilité qui sont les nôtres de par notre Baptême. Il n’est donc pas question de rester inactifs, au contraire. Paul continue sa prière : « Par sa puissance, que Dieu vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. » C’est nous qui accomplissons, mais c’est Dieu qui nous donne l’énergie pour le faire. C’est bien ce qui s’est passé pour Zachée : c’est Jésus qui a pris l’initiative de s’inviter chez lui, manière de lui proposer l’Alliance avec Dieu au coeur même de sa vie concrète peu conforme à l’Alliance ; ce faisant, Jésus lui manifestait qu’on n’est jamais perdu pour Dieu. Alors Zachée a pu, dans un deuxième temps, changer de comportement et conformer sa vie au projet de Dieu. Avis aux Thessaloniciens et à nous-mêmes : Dieu nous appelle, à nous d’y répondre dans notre vie concrète, il n’y a pas de temps à perdre.

 

EVANGILE – selon Saint Luc 19, 1-10

En ce temps-là,
1 entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait.
2 Or il y avait un homme du nom de Zachée ;
il était le chef des collecteurs d’impôts,
et c’était quelqu’un de riche.
3 Il cherchait à voir qui était Jésus,
mais il ne le pouvait pas à cause de la foule,
car il était de petite taille.
4 Il courut donc en avant
et grimpa sur un sycomore
pour voir Jésus qui allait passer par là.
5 Arrivé à cet endroit,
Jésus leva les yeux et lui dit :
« Zachée, descends vite :
aujourd’hui il faut que j’aille demeurer ta maison. »
6 Vite, il descendit,
et reçut Jésus avec joie.
7 Voyant cela, tous récriminaient :
« Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »
8 Zachée, debout, s’adressa au Seigneur :
« Voici, Seigneur :
je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens,
et si j’ai fait du tort à quelqu’un,
je vais lui rendre quatre fois plus. »
9 Alors Jésus dit à son sujet :
« Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison,
car lui aussi est un fils d’Abraham.
10 En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver
ce qui était perdu. »

Quelques lignes auparavant, Jésus a eu cette phrase terrible : « Oui, il est plus facile à un chameau d’entrer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. » Alors ses auditeurs lui ont aussitôt posé la question qui nous vient spontanément aux lèvres : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Et Jésus a répondu : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » L’histoire de Zachée vient nous en apporter la preuve.
Jéricho, c’est paraît-il la ville la plus basse du monde, à moins trois cents mètres d’altitude : dans la vallée du Jourdain, un peu au Nord de la Mer Morte ; de là à Jérusalem, il y a trente-cinq kilomètres de montée dans un paysage désertique superbe. Ce jour-là, Jéricho était bruyante, les gens étaient dans la rue pour voir passer le prophète et la petite troupe de disciples qui le suivait ; il y avait donc la foule, Jésus … et ce Zachée perché dans le sycomore ; Zachée le publicain, responsable des impôts, ce qui signifiait pour tout le monde qu’il était à la fois collaborateur avec l’ennemi, l’occupant romain, et soupçonné de voler allègrement ses compatriotes. C’est justement chez lui, Zachée, que Jésus s’invite ; Luc nous raconte que la foule est horrifiée que Jésus aille manger chez un pécheur ; mais ces gens sont logiques : selon la loi juive, on ne doit pas frayer avec les impurs, or Zachée est rendu impur du seul fait de son contact avec les Romains qui sont des païens. Si Jésus était vraiment le prophète qu’on prétend, il respecterait la Loi. Mais c’est la logique des hommes et une fois de plus, l’Ecriture nous montre que la logique de Dieu n’est pas la nôtre.
Zachée, donc, reçoit Jésus avec joie, nous dit Luc, et les choses auraient pu en rester là ; mais alors il se passe quelque chose : « Zachée, s’avançant, dit au Seigneur : Voilà, Seigneur… » Arrêtons-nous là : Zachée vient de reconnaître Jésus comme le Seigneur… et c’est cela être sauvé. Le changement de comportement de Zachée ne viendra qu’ensuite, il en sera la suite logique, évidente. Le salut, c’est d’abord Jésus reconnu et accueilli comme présence de Dieu… Une Présence offerte à tous, mais ce sont les petits, ceux qui se reconnaissent en situation de précarité qui l’accueillent.
« Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » : il y a deux fois le mot « aujourd’hui » dans ce passage ; première fois, Jésus dit « Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » ; Jésus fait le premier pas, mais Zachée est encore tout à fait libre : il ne va certainement pas refuser de recevoir le prophète, puisqu’il est grimpé sur le sycomore pour le voir…
Mais cette rencontre inespérée avec Jésus aurait pu rester une simple rencontre, qui serait devenue avec le temps un bon souvenir. Zachée pouvait en rester là. Il était libre de recevoir Jésus très poliment comme un hôte de marque, sans s’engager lui-même en profondeur, sans que cela change quoi que ce soit à sa vie.
Il était libre aussi d’en faire tout autre chose, de saisir la proposition de Jésus et d’en faire l’aujourd’hui du salut pour lui. Et, on l’aura remarqué, c’est seulement quand, librement, Zachée a annoncé sa décision de changer de vie que Jésus parle de salut ; reprenons le texte : « Zachée, s’avançant, dit au Seigneur : voilà, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors, et alors seulement, Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. »
Au fond, la leçon est la même que dans la parabole du pharisien et du publicain de dimanche dernier, ou dans l’histoire du bon larron : Zachée, comme le bon larron, comme le publicain, est « justifié » (selon le mot de Jésus à propos du publicain), parce qu’il a ouvert les yeux, il a fait la vérité.
Quand il ajoute « Zachée aussi est un fils d’Abraham », Jésus ne cherche certainement pas là à nous donner une précision d’état-civil ! Il rappelle seulement la promesse qui lie pour toujours Dieu à la descendance d’Abraham : on pourrait traduire « fils de la promesse » : « Aujourd’hui le Salut est arrivé chez Zachée, car lui aussi est un fils de la promesse ». Les honnêtes gens qui étaient là, scandalisés que Jésus fréquente ce collaborateur de Zachée, ce malhonnête, ce vendu… ces honnêtes gens ne doivent pas oublier que le salut est toujours offert à tous parce que Dieu, lui, est toujours fidèle à sa promesse. Comme dit saint Paul, « Si nous manquons de foi, Dieu, lui, reste fidèle, car il ne peut se rejeter lui-même ». (2 Tm 2,13). C’est le même Luc, d’ailleurs, qui nous rapporte le Magnificat : « Il se souvient de la promesse faite à nos pères en faveur d’Abraham et de sa race à jamais » (Lc 1,55).
On retrouve ici le double accent que nous avions déjà noté dans la parabole du pharisien et du publicain : le salut est « cadeau », le publicain « est justifié » (sous-entendu il ne se justifie pas lui-même). Mais il n’est pas passif pour autant : il « est justifié » parce qu’il accueille le salut donné par Dieu ; c’est la même chose ici. Le salut est don de Dieu, cadeau de Dieu ; ce n’est pas Zachée qui est la cause de son salut, et pourtant son attitude d’accueil est indispensable pour que le salut advienne « aujourd’hui » pour lui.
Comment ne pas faire le rapprochement avec le nom même de la ville de Zachée, Jéricho, la première ville de la Terre Promise conquise par les tribus d’Israël ; ils ont toujours considéré cette conquête comme un don de Dieu et non comme une victoire due à leurs propres forces. Décidément, nous dit Saint Luc, le salut est toujours un cadeau. Jéricho, c’est aussi pour Jésus, (dont le nom signifie Dieu sauve) la dernière étape de la montée à Jérusalem où s’accomplira le salut de l’humanité tout entière. Certainement, en choisissant de s’inviter chez Zachée, Jésus ne cherche pas à donner une leçon : simplement, il révèle qui est Dieu, irrésistiblement attiré par ceux qui sont en train de se perdre.

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Cinquième dimanche de Pâques : lectures et commentaires

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 19 mai 2019

5éme dimanche de Pâques

1ère leture

Psaume

2ème lecture

Evangile

aimez-vous-1

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PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 14, 21b-27

 

En ces jours-là, Paul et Barnabé,
21 retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie ;
22 ils affermissaient le courage des disciples ;
ils les exhortaient à persévérer dans la foi,
en disant :
« Il nous faut passer par bien des épreuves
pour entrer dans le royaume de Dieu. »
23 Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Eglises
et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur
ces hommes qui avaient mis leur foi en lui.
24 Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie.
25 Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé,
ils descendirent vers Attalia,
26 et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie,
d’où ils étaient partis ;
c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu
pour l’œuvre  qu’ils avaient accomplie.
27 Une fois arrivés, ayant réuni l’Eglise,
ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux,
et comment il avait ouvert aux nations païennes la porte de la foi.

 

Ceci se passe au cours du premier voyage missionnaire de Saint Paul, sur le trajet du retour. Je vous rappelle le début de cette première mission : d’Antioche de Syrie, Paul et Barnabé étaient partis par bateau vers la côte sud de ce que nous appelons aujourd’hui la Turquie en passant par Chypre. Puis ils avaient fait étape à Antioche de Pisidie, Iconium (Konya aujourd’hui), Lystres et Derbé. Partout, nous l’avons vu dimanche dernier, les choses se passent de la même façon : Paul et Barnabé s’adressent d’abord aux Juifs, et reçoivent un accueil plutôt « contrasté » : à la fois enthousiasme de la part de certains qui se convertissent, et refus violent de la part d’autres qui se situeront résolument en opposition et qui finiront par les chasser. Et c’est à Antioche de Pisidie qu’ils ont décidé d’adresser la parole non seulement aux Juifs mais également à ceux que l’on appelait des « craignant Dieu », c’est-à-dire des pratiquants de la religion juive mais non encore intégrés par la circoncision, donc encore en rigueur de termes, des païens. C’est pour cette raison que Paul dit que « Dieu a ouvert aux nations païennes la porte de la foi ».
Aujourd’hui, nous les retrouvons sur le chemin du retour : ils refont le même périple en sens inverse et revisitent les communautés qu’ils ont récemment fondées : elles aussi certainement sont affrontées déjà à des persécutions puisque Luc précise : « Paul et Barnabé les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». Jésus, déjà, avait employé à son propre sujet des expressions analogues : par exemple « il faut que le Fils de l’Homme souffre beaucoup et qu’il soit rejeté par cette génération » (Luc 17, 25)… ou encore en s’adressant aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24, 26). Ce « il faut » ne dit pas, bien sûr, une exigence qui viendrait de Dieu : Dieu ne nous impose pas des épreuves ou des souffrances préalables ; cette formule « il faut » dit une nécessité malheureusement due à la dureté de cœur des hommes, c’est-à-dire concrètement l’inévitable opposition à laquelle se heurtent les véritables prophètes tant que le monde n’est pas converti à l’amour, à la justice, au partage.
Paul et Barnabé se préoccupent donc d’affermir la foi et le courage des nouveaux convertis ; ils doivent également veiller à la bonne organisation des communautés ; et là on peut remarquer deux choses : tout d’abord, ils désignent des responsables, ceux qu’ils appellent les « Anciens » ; c’est le mot grec « presbuteros » (d’où vient notre mot français « prêtre »).
Deuxième remarque : Luc dit bien « Ils désignèrent des Anciens… puis après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en Lui ». Il s’agit ici précisément de ces Anciens qu’ils viennent de désigner à la tête des communautés. Luc insiste ici sur la place de la prière et du jeûne : l’équilibre est bien gardé ; on veille à l’organisation mais on ne se fie pas qu’à elle : prière, et jeûne sont aussi importants ! Tout à fait dans la même veine, un Evêque d’Amérique Latine, au congrès Eucharistique de Lourdes, en 1981, disait : « Un évangélisateur qui ne prie plus, bientôt n’évangélisera plus » ; petite phrase peut-être pas superflue pour nous qui sommes si préoccupés d’organisation… ?
Luc nous dit encore que tout ceci se passe dans la confiance : « ils confièrent ces hommes au Seigneur » ; ils leur ont donné des responsabilités : maintenant, à eux de « jouer », le Seigneur les accompagne. Les apôtres en sont bien convaincus ; ils l’expérimentent déjà pour eux-mêmes : la mission qu’ils assument n’est pas leur œuvre à eux tout seuls ; il suffit de reprendre le texte : « Ils prirent le bateau jusqu’à Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre  qu’ils venaient maintenant d’accomplir ». Ils ont été remis à la grâce de Dieu, et à leur tour ils viennent de remettre à la grâce de Dieu les responsables qu’ils ont désignés pour les jeunes communautés.
Luc continue : « A leur arrivée, ils racontaient aux membres de la communauté d’Antioche de Syrie tout ce que Dieu avait fait avec eux. » Le rapprochement est intéressant : Luc parle ET de « l’œuvre  que les Apôtres viennent d’accomplir » ET de « ce que Dieu avait fait avec eux » ; on ne peut pas dire plus clairement que la mission que Dieu confie aux croyants est une œuvre commune : œuvre  de Dieu confiée à l’homme, œuvre  de l’homme soutenu, accompagné, sans cesse inspiré par Dieu. Si nous nous souvenions en permanence que l’évangélisation est d’abord l’œuvre  de Dieu, peut-être serions-nous plus sereins ?

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PSAUME – 144 (145), 8-13

8 Le SEIGNEUR est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
9 la bonté du SEIGNEUR est pour tous,
sa tendresse pour toutes ses œuvres .

10 Que tes œuvres , SEIGNEUR, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
11 Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

12 Ils annonceront aux hommes tes exploits,
la gloire et l’éclat de ton règne :
13 ton règne, un règne éternel,
ton empire, pour les âges des âges.

Le psaume 144 (145) que la liturgie a sélectionné pour ce cinquième dimanche de Pâques comporte en réalité vingt-et-un versets alors que nous venons d’en entendre seulement six… Bien sûr, c’est un peu frustrant de ne l’entendre que partiellement, mais on peut aussi se demander pourquoi ces six versets-là précisément et alors, cela devient très intéressant.
Vingt-et-un versets, autant que de lettres dans l’alphabet hébreu* ; nous savons déjà que ce n’est pas un hasard : qui plus est, ce psaume est vraiment alphabétique en ce sens qu’il s’agit de ce qu’on appelle un acrostiche ; chaque verset commence réellement par une des lettres de l’alphabet hébreu, dans l’ordre alphabétique… nous avons acquis le réflexe : en face d’un psaume alphabétique, nous savons d’avance qu’il s’agit d’un psaume d’action de grâce pour l’Alliance : manière de dire « toute notre vie, de A à Z, (en hébreu de aleph à tav) baigne dans l’Alliance, dans la tendresse de Dieu.
Mais pourquoi ce psaume 144 (145) aujourd’hui ? Et pourquoi non pas la totalité du psaume, mais ces six versets précisément ?
Première remarque : ce psaume figure dans la prière juive de chaque matin : pour le Juif croyant, le matin (l’aube du jour neuf) évoque irrésistiblement l’aube du JOUR définitif, celui du monde à venir, celui de la création renouvelée… On voit immédiatement la résonance qu’il prend alors pour nous, Chrétiens, en ce temps pascal… notre foi, c’est précisément que le Jour du Règne définitif de Dieu est déjà inauguré sous nos yeux par la Résurrection du Christ.
Si nous allons un peu plus loin dans la spiritualité juive, le Talmud (c’est-à-dire l’enseignement des rabbins des premiers siècles après J.C.), affirme que celui qui récite ce psaume trois fois par jour, « peut être assuré d’être un fils du monde à venir ». Or pour nous Chrétiens, encore une fois, le monde à venir dont parle la foi juive, c’est justement la création renouvelée par Jésus-Christ.
Si l’on regarde d’un peu plus près les six versets précis qui ont été retenus pour aujourd’hui, il me semble premièrement qu’on a là un condensé de la Révélation à la fois très complet et très concis… et, deuxièmement, qu’il entre en résonance parfaite avec les accents du temps pascal et, en particulier, les autres lectures de ce dimanche…
Premier verset entendu aujourd’hui : « Le SEIGNEUR est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ». C’est le meilleur résumé qu’on puisse donner de toute la révélation biblique : puisque c’est le nom que Dieu a donné de lui-même à Moïse (Ex 34, 6).
Deuxième verset : « La bonté du SEIGNEUR est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres » ; la tendresse et la pitié du Seigneur dont le peuple élu a eu le premier la Révélation, elles sont POUR TOUS ! Et cela, c’est une énorme découverte pour l’humanité… une découverte que nous devons au peuple élu… C’est un thème que nous avons rencontré déjà à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament : Dieu aime toute l’humanité et son projet d’amour, son « dessein bienveillant », comme dit Paul, concerne toute l’humanité.
Aujourd’hui, nous entendons une résonance particulière avec le livre des Actes des Apôtres que nous lisons pendant tout le temps pascal : en particulier, le récit du livre des Actes proposé en première lecture dans la même messe de ce cinquième dimanche de Pâques insiste justement sur le fait que l’annonce de l’amour de Dieu n’est pas réservée aux Juifs, mais est proposée à toutes les nations païennes comme dit Saint Luc… soit dit en passant, c’est pour cela que nous sommes nous aussi croyants, plus de deux mille ans plus tard, même si nous ne sommes pas d’origine juive.
Une autre particularité de ce psaume, et surtout des versets lus aujourd’hui : il insiste sur la royauté de Dieu : « Tes fidèles diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits, ils annonceront aux hommes tes exploits, la gloire et l’éclat de ton règne : ton règne, un règne éternel, ton empire pour les âges des âges »… quatre fois le mot « règne », (sans parler du mot « empire »)… deux fois le mot « exploit ».
Nous savons bien que le mot « exploit » dans la Bible est toujours une référence à la libération d’Egypte : Dieu a libéré son peuple… je ne devrais pas dire « Dieu A LIBERE « comme si c’était du passé… la foi juive dit « Dieu libère aujourd’hui son peuple, et ce depuis la première libération »…).
Et, bien sûr, la libération ultime, c’est la victoire sur la mort. Ce psaume est donc tout particulièrement indiqué pour le temps pascal ; le Ressuscité du matin de Pâques expérimente dans sa chair la royauté de Dieu.
Si vous avez le courage de vous rapporter au texte complet de ce psaume, vous verrez qu’il y a une parenté très grande entre ce texte et celui du Notre Père : par exemple, le Notre Père s’adresse à Dieu à la fois comme à un Père : « Notre Père… donne-nous… pardonne-nous… délivre-nous du mal… »… un père qui est le Dieu de tendresse et de pitié dont parle ce psaume… ET comme à un roi (que ton Règne vienne) … Soit dit en passant, ce rapprochement n’a rien d’étonnant quand on sait que toutes les phrases rassemblées par Jésus dans le Notre Père faisaient déjà partie, de son temps, des prières habituelles des Juifs !
Je reviens à notre psaume : très certainement, quand le peuple d’Israël composait ce psaume, cette insistance sur la royauté de Dieu, ou sur son empire, était une manière de dire : plus jamais nous ne ferons confiance à des idoles : notre seul roi, notre seul maître, c’est Dieu, le Dieu d’amour… « le Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour »…
Quand les fidèles du Christ disent ce psaume à leur tour, ils savent de quoi ils parlent, si j’ose dire : en Jésus-Christ, le roi serviteur, le roi humble de la Passion ET triomphant de la mort par la Résurrection, ils ont découvert la présence du roi de l’univers : « Qui m’a vu a vu le Père » disait Jésus à ses apôtres.
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* Selon que l’on compte pour une ou deux lettres le signe Sin/Shin (le même signe se prononce tantôt Sin, tantôt Shin), on comptabilisera 21 ou 22 lettres dans l’alphabet hébreu. Les grammairiens nomment les deux signes Sin et Shin, et comptent donc 22 lettres dans l’alphabet, le psalmiste, lui, n’a utilisé que la lettre Shin et donc 21 versets.

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DEUXIEME LECTURE – Apocalypse de Saint Jean 21, 1-5a

 

Moi, Jean,
1 j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle,
car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés
et, de mer, il n’y en a plus.
2 Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle,
je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari.
3 Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône.
Elle disait :
« Voici la demeure de Dieu avec les hommes ;
il demeurera avec eux,
et ils seront ses peuples,
et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux,
et la mort ne sera plus,
et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur :
ce qui était en premier s’en est allé. »
5 Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara :
« Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

 

« Voici que je fais toutes choses nouvelles » : ciel nouveau, terre nouvelle, Jérusalem nouvelle ; voilà notre avenir, nous dit Saint Jean, notre « à-venir » en deux mots, ce qui vient. Finies les larmes, la mort, finis les pleurs, les cris, la tristesse… c’est du passé : premier ciel, première terre ont disparu. Autrement dit, le passé est passé, FINI. Evidemment Jean anticipe ; il nous a bien prévenus : son livre est un livre de visions, il révèle l’avenir pour donner le courage d’affronter le présent.
Premier ciel, première terre, cela nous renvoie au récit biblique de la Création ; donc pour aborder ce passage de l’Apocalypse, il faut ouvrir le livre de la Genèse. Le premier chapitre présentait la Création, ce que l’Apocalypse appelle « la première création » comme tout entière bonne : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. » (Gn 1,31). Et pourtant, nous faisons chaque jour l’expérience des pleurs, des cris, de la tristesse, de la mort, comme dit encore l’Apocalypse. Et c’est la suite du livre de la Genèse, le récit du fruit défendu, qui nous dit ce qui pervertit la bonté de la Création ; il nous dit que la racine de toutes nos souffrances est dans la faille qui s’est creusée entre Dieu et l’humanité : ce soupçon originel qui ruine sans merci l’Alliance proposée… soupçon qui pousse l’humanité à prendre des chemins qui ne lui réservent que des échecs.
Tout au long de l’histoire biblique, le peuple élu s’est entendu rappeler par les prophètes dans la voie de l’Alliance : la seule voie du vrai bonheur, c’est que Dieu habite vraiment parmi nous… que nous soyons son peuple, qu’il soit notre Dieu, que l’Alliance soit restaurée sans faille, comme un dialogue d’amour, comme des fiançailles… c’est la soif d’Israël tout au long de son histoire. Et des textes prophétiques innombrables annoncent très exactement ce que l’auteur de l’Apocalypse voit désormais réalisé ; le prophète Isaïe, par exemple : « Oui, je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle… on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit… Exultez sans fin, réjouissez-vous de ce que je vais créer… Car je crée une Jérusalem de joie, un peuple d’allégresse. Je retrouverai mon allégresse en Jérusalem, ma joie en mon peuple. On n’y entendra plus de cris ni de pleurs… On n’y verra plus de nouveau-né emporté en quelques jours, ni d’homme qui ne parvienne pas au bout de sa vieillesse. » (Is 65,17-20).
Symboliquement, ce renouvellement de toutes choses est représenté par la disparition de la mer : Israël n’est pas un peuple de marins, c’est clair ! Rappelons-nous aussi que la Création de l’univers est réfléchie dans la Bible à partir de la création du peuple élu ; or cette naissance du peuple extirpé à l’esclavage en Egypte, a été une victoire sur la mer : Dieu a fait apparaître la terre ferme pour le passage de son peuple ; le peuple sauvé a traversé à pied sec, et les forces du mal, les forces de l’esclavage, de l’oppression ont été englouties… Plus tard, cette fois dans le Nouveau Testament, au cours de sa vie terrestre, le Fils de Dieu fait homme a manifesté sa victoire sur le mal, sur les forces de l’abîme en marchant sur la mer…
Désormais la victoire est totale, suggère l’Apocalypse : la mer a disparu ! Et avec elle, toute forme de mal : toute forme de souffrance, de larmes, de cris, de mort. Ce que l’humanité attend, sans toujours le savoir, ce que l’univers tout entier attend, c’est l’accomplissement de ce grand projet que Dieu forme depuis la création du monde : instaurer avec l’humanité une Alliance sans ombre, un dialogue d’amour. Le thème des noces de Dieu avec l’humanité nous paraît toujours audacieux, mais il est très présent dans la Bible dès l’Ancien Testament, chez les prophètes Osée ou Isaïe, par exemple, et dans le Cantique des Cantiques. Il est présent aussi dans le Nouveau Testament, à commencer par le récit des noces de Cana, pour ne citer que lui. Et dans notre texte de l’Apocalypse, on réentend cette promesse sous deux formes : d’abord, dans l’image de la Jérusalem nouvelle, « toute prête, comme une fiancée parée pour son époux » ; et ensuite dans l’expression « Dieu avec eux » : le mot « avec » ici est très fort, il dit l’Alliance de l’amour, l’Alliance d’un couple. « Et j’ai entendu la voix puissante qui venait du Trône divin ; elle disait : Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux. » Tous ceux qui, parmi nous, portent le merveilleux prénom d’Emmanuel (qui signifie littéralement « Dieu avec nous ») sont des rappels vivants des promesses de Dieu…
Et voici que la Jérusalem nouvelle « descend d’auprès de Dieu ». Le centre de la nouvelle Création porte le nom de la ville sainte qui, depuis tant de siècles, symbolise l’attente du peuple élu : le nom même de Jérusalem signifie « Ville de la justice et de la paix »… Et, en même temps, cette nouvelle cité « descend d’auprès de Dieu », et elle est dite « nouvelle » : ce qui veut dire qu’elle n’est pas seulement œuvre humaine. Cela signifie que le Royaume de Dieu que nous attendons et auquel nous essayons de travailler est à la fois en continuité ET en rupture avec cette terre : voilà de quoi galvaniser notre énergie ! Nous sommes invités tout simplement à collaborer avec Dieu. Notre œuvre  sur cette terre contribue au renouvellement de la Création, car l’intervention de Dieu transfigurera nos efforts.
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Complément
On entend résonner ici les paroles de Paul : « Les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la Création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu… elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet : la Création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8,19-22).

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EVANGILE – selon Saint Jean 13, 31…35

 

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples
31 quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara :
« Maintenant le Fils de l’homme est glorifié,
et Dieu est glorifié en lui.
32 Si Dieu est glorifié en lui,
Dieu aussi le glorifiera ;
et il le glorifiera bientôt.
33 Petits enfants,
c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous.
34 Je vous donne un commandement nouveau :
c’est de vous aimer les uns les autres.
Comme je vous ai aimés,
vous aussi aimez-vous les uns les autres.
35 À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples :
si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

 

Les premières phrases de ce texte sont comme une sorte de variations sur le mot « gloire » : « quand Judas fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant, le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire » : tout ceci nous paraît un peu compliqué, mais en fait, c’est une manière bien juive de parler : elle dit la réciprocité des relations entre le Père et le Fils, ou mieux leur union fondamentale : « Qui m’a vu a vu le Père », c’est aussi une phrase que Saint Jean a retenue (14, 8) ; ou encore « Moi et le Père, nous sommes un. » (10, 30) ; ici, dire que « le Fils de l’homme est glorifié, ou que Dieu est glorifié en lui », c’est dire que le Fils est le reflet du Père ; au passage, nous notons une fois de plus l’effort qu’il nous faut faire pour comprendre le vocabulaire de Jésus et de ses contemporains.
Je reviens au texte : d’après Jésus, c’est donc au moment précis où Judas part dans la nuit de la trahison, que lui, Jésus accomplit sa vocation d’être le reflet du Père. Mais Jean ne l’a pas compris tout de suite. Remettons-nous dans l’état d’esprit des apôtres au moment de la sortie de Judas et dans les heures qui vont suivre : ils ont d’abord assisté impuissants à la Passion et à la mort du Christ ; ils ont vécu cette succession d’événements comme un moment d’horreur ; mais après coup, Jean a compris que c’était en réalité l’heure de la gloire de Jésus : car c’est là que le Fils révélait jusqu’où va l’amour du Père.
Et parce que le Fils trahi, abandonné de tous, persécuté par tous, persiste, lui seul contre tous, à n’être qu’amour, bienveillance, pardon, il révèle au monde jusqu’où va l’amour du Père, c’est-à-dire jusqu’à l’infini, sans limites : et alors, et c’est la deuxième partie de notre texte, ceux qui contemplent ce mystère de l’amour fou de Dieu deviennent capables d’aimer comme lui à leur tour. Car Jésus lie bien les deux choses : il dit « maintenant, je vais révéler au monde jusqu’où va l’amour du Père » et « maintenant je vous donne un commandement nouveau, c’est d’aimer de la même manière ». (Sous-entendu, maintenant vous en serez capables parce que vous puiserez en moi mon propre amour) ;
Je m’attarde un peu là-dessus : en fait, la nouveauté, ce n’est pas le commandement d’aimer, Jésus ne l’invente pas : le commandement d’amour existe bel et bien dans l’enseignement des rabbins de son temps. Ce qui est nouveau, c’est d’aimer comme lui, mais non pas seulement à sa manière, c’est-à-dire au point d’être prêt à donner sa vie, en refusant toute puissance, toute domination, toute violence ; ce qui est nouveau, c’est encore plus que cela, c’est d’aimer vraiment comme lui, c’est-à-dire en étant complètement guidé par son Esprit ; et alors nous comprenons désormais tout autrement la fameuse phrase « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres ». Bien plus qu’un commandement, c’est un constat : si nous sommes réellement ses disciples, c’est son propre Esprit qui dicte nos comportements. Pour le dire autrement, Dieu sait si l’amour au jour le jour est difficile ; c’est presque un miracle ! Eh bien, si nous y parvenons dans nos communautés chrétiennes, le monde sera bien obligé d’admettre cette évidence que l’Esprit du Christ agit en nous !
Nous sommes donc invités d’abord à un acte de foi ! Croire que son Esprit d’amour nous habite, que ses ressources d’amour nous habitent : que nous avons désormais des capacités d’amour insoupçonnées, parce que ce sont les siennes… et alors il nous devient possible d’aimer « comme » lui parce que c’est son Esprit qui agit en nous.
Tout cela n’est-il pas un peu trop beau ? Nous savons par expérience que cela ne va pas de soi d’aimer notre entourage : il y a des gens avec qui cela va tout seul, comme on dit ; il y en a d’autres avec qui c’est bien difficile… sans parler de ceux pour lesquels nous éprouvons une véritable allergie… ou pire encore, ceux qui ont agi envers nous d’une manière impardonnable. Jésus n’ignore certainement pas tout cela quand il donne ce commandement à ses disciples ; mais il ne faut pas confondre amour et sensibilité : Jésus vient de montrer en actes de quel amour nous devons nous aimer ; rappelons-nous le contexte : cela se passe pendant son dernier repas avec ses disciples. Jésus a commencé par leur laver les pieds, à leur grand étonnement : lui, le Seigneur et le Maître, s’est fait leur serviteur. Et il a terminé en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné ; ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi ». C’est donc cela aimer « comme » il nous a aimés… et, après tout, si on y réfléchit, il est possible de se mettre au service les uns des autres, même de ceux pour lesquels nous n’éprouvons pas d’attirance. Or notre fidélité à ce commandement est vitale, nous dit-il, puisque c’est à cela que nos communautés seront jugées : d’après lui, le plus important, ce n’est pas la qualité de nos discours, de notre théologie, ou de nos connaissances, pas non plus la beauté de nos cérémonies ; c’est la qualité de l’amour que nous nous offrons les uns aux autres… (Pourtant il est rare qu’on ait l’idée de juger l’histoire de l’Eglise sur ce critère).
En attendant, nous ne devons jamais oublier ce cri de victoire de Jésus le dernier soir : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié (c’est-à-dire révélé comme Dieu), et Dieu est glorifié en lui. » En Jésus, l’humanité est introduite dans la gloire de Dieu, dans la présence de Dieu, dans la vie de Dieu, par l’événement de la passion-Mort-Résurrection. Et parce qu’ils sont désormais introduits dans la gloire de Dieu, les disciples de Jésus-Christ peuvent vivre leur vie sous le signe de l’amour… puisque Dieu est amour et que désormais sa présence rayonne à travers eux. Peut-être suffit-il d’y croire pour le laisser agir en nous.

 

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 144, PSAUMES

Le Psaume 144

PSAUME 144

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Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais !

Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais.

 Il est grand, le Seigneur, hautement loué ; à sa grandeur, il n’est pas de limite.

D’âge en âge, on vantera tes oeuvres, on proclamera tes exploits.

 Je redirai le récit de tes merveilles, ton éclat, ta gloire et ta splendeur.

On dira ta force redoutable ; je raconterai ta grandeur.

On rappellera tes immenses bontés ; tous acclameront ta justice.

 Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ;

la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres .

Que tes œuvres , Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent !

 Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits,

annonçant aux hommes tes exploits, la gloire et l’éclat de ton règne :

 ton règne, un règne éternel, ton empire, pour les âges des âges. Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait.

Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés.

 Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;

tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

 Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait.

 Il est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

Il répond au désir de ceux qui le craignent ; il écoute leur cri : il les sauve.

 Le Seigneur gardera tous ceux qui l’aiment, mais il détruira tous les impies.

Que ma bouche proclame les louanges du Seigneur ! * Son nom très saint, que toute chair le bénisse toujours et à jamais !