LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MELCHIOR, GASPAR & BALTHASAR, MICHEL TOURNIER (1924-2016), ROIS MAGES

Gaspar, Melchior & Balthasar : roman de Michel Tournier

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Gaspard, Melchior & Balthazar 

Michel Tournier

Paris, Gallimard, 1982. 277 pages.

 

 

Présentation de l’éditeur

L’épisode des Rois Mages venus d’Arabie Heureuse pour adorer l’Enfant Jésus, s’il ne fait l’objet que de quelques lignes d’un seul des quatre Évangiles, a magnifiquement inspiré la peinture occidentale. Mais qui étaient ces rois ? Pourquoi avaient-ils quitté leur royaume ? Qu’ont-ils trouvé à Jérusalem – chez Hérode le Grand – puis à Bethléem ? L’Histoire et la légende étant également muettes, il incombait à un romancier de répondre à ces questions. C’est ce qu’a tenté Michel Tournier avec ce récit naïf et violent qui plonge aux sources de la spiritualité occidentale qui en profite également pour camper un quatrième roi qui arrivera en retard après de multiples aventures mais grâce à quoi il boira au calice et se retrouvera au paradis auprès de Celui qu’il aura manqué sur terre pendant son périple.

 

Biographie de l’auteur

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Michel Tournier est né en 1924, d’un père gascon et d’une mère bourguignonne, universitaires et germanistes. Les parents envoient chaque année leurs quatre enfants en vacances à Fribourg-en-Brisgau dans un foyer d’étudiants catholiques où ils peuvent pratiquer la langue. Michel Tournier est alors, selon ses dires, «un enfant hypernerveux, sujet à convulsions, un écorché imaginaire». En 1931, il est envoyé dans un home d’enfants, en Suisse, pour des raisons de santé. Il se passionne pour la musique. De ses séjours en Allemagne, il dit : «J’ai connu le nazisme à neuf ans, à dix ans, à onze ans, à douze ans. Ensuite ç’a été la guerre». Il se souvient des parades militaires du nazisme, des discours du Führer, dénoncés par son père. «Mauvais écolier», il est exclu de plusieurs établissements puis, dès 1935, fait ses études au collège Saint-Erembert de Saint-Germain-en-Laye avant d’être inscrit comme pensionnaire chez les pères d’Alençon. En 1941, la famille quitte la grande maison familiale de Saint-Germain-en-Laye, occupée par l’armée allemande, pour un appartement à Neuilly. Michel Tournier découvre alors la philosophie au lycée Pasteur de Neuilly, où il a pour maître Maurice de Gandillac et pour condisciple Roger Nimier. Les livres de Gaston Bachelard, découverts pendant les vacances, le décident à opter pour une licence de philosophie après le baccalauréat. Étudiant à la faculté des lettres de Paris, il soutient un diplôme de philosophie à la Sorbonne. En 1946, il obtient de se rendre en Allemagne, à Tübingen, où il rencontre Gilles Deleuze, pour apprendre la philosophie allemande. Il y reste quatre ans et, à son retour, se présente au concours de l’agrégation de philosophie, où il échoue. «Ma vie a été détruite, j’étais en morceaux» confie-t-il. Pour gagner sa vie, il fait des traductions chez Plon puis entre à la radio. En 1955, à la création d’Europe n° 1, il fait partie de l’équipe. Il rédige les messages publicitaires «de couches-culottes, de démaquillants et de la lessive». En 1959, il entre chez Plon. Il propose aussi à la télévision une émission mensuelle, Chambre noire, consacrée aux grands photographes. Il publie son premier roman en 1967, Vendredi ou les limbes du Pacifique, couronné par le grand prix de l’Académie française, d’après lequel il écrit par la suite Vendredi ou la vie sauvage, pour les jeunes lecteurs. Le Roi des Aulnes obtient le prix Goncourt en 1970. C’est le début d’une carrière entièrement dédiée à la littérature. Dès lors, Michel Tournier, dans son vieux presbytère de la vallée de Chevreuse, se consacre au «métier d’écrivain». Il voyage au Canada, en Afrique noire, au Sahara. Depuis 1972, il siège à l’Académie Goncourt, partage son temps entre écriture, articles, essais mais aussi rencontres avec son public, la jeunesse.

CATHEDRALE DE COLOGNE (Allemagne), COLOGNE (Allemagne), EPIPHANIE, EVANGILE SELON MATTHIEU, NOUVEAU TESTAMENT, ROIS MAGES

Les reliques des Rois Mages à Cologne

Pourquoi les reliques des rois mages se trouvent-elles à Cologne ?

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De l’Évangile de Matthieu à l’exhumation de trois squelettes par sainte Hélène au IVe siècle et leur arrivée à Cologne après un détour par Milan, découvrez l’histoire des reliques des rois mages.

La châsse contenant les reliques des rois mages de Cologne, est conservée dans la cathédrale de Cologne, la deuxième plus haute église d’Allemagne et du monde, où affluent des pèlerins du monde entier pour la vénérer. Réalisée entre 1181 et 1230 par un des plus fameux orfèvres médiévaux, Nicolas de Verdun, et ses successeurs, cette châsse occupe une place importante dans le culte rendu aux rois mages dont seul l’Évangile de Matthieu (Mt 1, 11) fait pourtant référence, parlant de « mages d’Orient » ayant appris la naissance du Christ, venus « l’adorer » et lui offrir de l’or, de l’encens et de la myrrhe. On ne connaît ni leur nombre, ni leurs noms, ni s’ils sont rois…

 De simples sages à « rois »

Depuis leur visite d’adoration et l’arrivée de leurs « saintes dépouilles » à Cologne, plusieurs interprétations et traditions se sont développées au fil des siècles, attribuant à cette châsse un rôle fondamental dans le culte rendu à ces trois rois, présentés par l’Église comme les premiers d’une longue procession de ceux qui, « tout au long de l’histoire, ont reconnu le signe de l’étoile et suivi les voies de l’Écriture pour rencontrer celui qui malgré son apparente fragilité offre au cœur de l’homme la plus haute félicité », selon les paroles de Benoît XVI en leur rendant hommage le jour de l’Épiphanie.

Dès le IIe siècle l’importance de ces personnages n’a cessé de grandir — Origène nous apprend qu’ils sont trois ; le siècle suivant Tertullien les élève au rang de royauté, reconnue par la liturgie et l’iconographie sept siècles plus tard ; au VIe siècle ils sont popularisés sous les noms de Gaspard, Melchior et Balthazar – entrant alors assez vite dans le cercle des personnages traditionnels des récits de la Nativité, pour ensuite se développer dans l’art chrétien.

 De Jérusalem à Milan

Quand leurs reliques arrivent à Cologne, les rois mages sont des personnages légendaires, et en même temps presque vivants qui représentent l’humanité entière. Les trois squelettes réputés, le plus sérieusement du monde, comme étant ceux des visiteurs orientaux de la crèche de Bethléem. Selon L’histoire des rois mages rapportée par le religieux Jean de Hildesheim (1315-1375), c’est Hélène de Constantinople – mère de Constantin et épouse de l’empereur romain Constance Chlore et future sainte Hélène – qui a fait exhumé les corps et les a ramenés la première fois, à l’occasion d’un pèlerinage à Jérusalem, au milieu d’autres reliques. Nous sommes au IVe siècle. Les reliques sont alors déposées dans la Grande Église (Megalo Ecclesia), là où sera construite quelques siècles plus tard la célèbre basilique Sainte-Sophie.

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Mais leur permanence est très brève car voilà que son fils, l’empereur Constantin, les offre à Eustorgius Ier, élu évêque de Milan, qui les emporte à Milan où elles resteront environ huit siècles. Aujourd’hui encore, dans Basilique Sant’Eustorgio construite pour l’abriter, et devenue un important lieu de pèlerinage, on peut y voir le sarcophage et, au sommet du campanile, une étoile à huit branches…

 À Cologne, proclamée quatrième ville sainte

C’est en 1164 que les reliques passent de Milan à Cologne, après la mise à sac de la ville par les troupes impériales de Frédéric Barberousse, furieux d’avoir été excommunié par le Pape. Celui-ci fait don alors des trois squelettes à Renaud de Dassel, l’archevêque de Cologne – figurant dans le programme iconographique de la châsse — qui les ramène en Allemagne et les dépose dans la cathédrale où elles se trouvent aujourd’hui. Depuis, les pèlerins n’ont cessé d’affluer. Et dès le XIIe siècle, Cologne est devenue la quatrième ville sainte du christianisme, aux côtés de Jérusalem, Rome et Constantinople.

Le pape Benoît XVI y a célébré les Journées mondiales de la jeunesse en 2005, déclarant dans son homélie :

« La ville de Cologne ne serait pas ce qu’elle est sans les Rois Mages, qui ont tant de poids dans son histoire, dans sa culture et dans sa foi. Ici, l’Église célèbre toute l’année, en un sens, la fête de l’Épiphanie (…) Se déplaçant à travers l’Europe, les reliques des Mages ont laissé des traces évidentes, qui subsistent encore aujourd’hui dans les noms de lieu et dans la dévotion populaire. Pour les Rois Mages, Cologne a fait fabriquer le reliquaire le plus précieux de tout le monde chrétien et a élevé au-dessus de lui un reliquaire encore plus grand : la cathédrale de Cologne. Avec Jérusalem, la “Ville Sainte”, avec Rome, la “Ville éternelle”, avec Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne, Cologne, grâce aux Mages, est devenu au fil des siècles un des lieux de pèlerinage les plus importants de l’Occident chrétien

 

Châsse des rois mages

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La châsse des rois mages de Cologne est un reliquaire conservé dans la cathédrale de Cologne. Il fut réalisé entre 1181 et 1230 par l’atelier de Nicolas de Verdun et ses successeurs colonais. Il s’agit d’une œuvre caractéristique du style 1200.

 

Fonction sacrée

La châsse de Cologne possède un rôle indispensable dans le culte rendu aux Rois MagesEn 1985, P. A. Sigal écrivait dans L’Homme et le miracle dans le France Médiévale, « L’idée qu’un Saint est présent par l’intermédiaire de ses reliques est une idée courante au Moyen-Âge […] Par l’intermédiaire de ses reliques, le compagnon invisible qu’est le Saint marque sa présence (praesentia) et sa puissance (potentia) ». Nous pouvons dire de la même manière que les reliques des Rois Mages sont présentes par l’intermédiaire du reliquaire et que ce dernier transcrit visuellement la praesentia et la potentia des Saints.

Son enveloppe qui cache pour la plus grande partie de l’année les reliques aux yeux des fidèles retranscrit de nombreux attributs de la sainteté. Ses matériaux, sa forme et son iconographie sont des constants rappels de son contenu ; quant à sa mise en scène, elle rappelle le pouvoir mystique qui s’en dégage. L’authenticité de la relique qui lui confère ses pouvoirs est également retranscrite dans le reliquaire. Cette enveloppe de métal inaltérable réhabilite les ossements dans leur statut de corpus inccoruptum, de même que le réemploi des pierres antiques sont la preuve de leur origine ancienne.

La pratique couramment attestée entre le xie et le XIIè siècle, consistant à se placer sous les reliques afin d’espérer bénéficier de leur flux miraculeux, est un bon exemple de l’importance du reliquaire.. Cette pratique était une reconstruction du miracle dit de l’imposition des mains durant lequel le Saint parvenait à guérir en se plaçant au-dessus du malade. En se tenant au-dessous du reliquaire et donc des reliques, le suppliant recréait ainsi la même relation avec le corps du Saint, par une sorte de transposition plus ou moins consciemment ressentie. La châsse de Cologne a fait l’objet de telle pratique comme le prouve la description de la procession organisée en 1322 à l’occasion de la translation des reliques dans le nouveau chœur gothique. Durant la procession, le reliquaire était précédé de seize autres châsses et de nombreuses haltes furent faites pour permettre aux fidèles de vénérer la relique et notamment de passer en dessous. Dans cette situation, et plus qu’à n’importe quelle autre, le reliquaire avait pour fonction de signifier le Saint.

 

Une construction visuelle de la Sainteté (praesentia)

Les matériaux

Comme de nombreux reliquaires médiévaux, la châsse des Rois Mages de Cologne est faite d’une alliance de multiples matériaux précieux. Son âme de bois est recouverte d’or, d’argent, de cuivre repoussé et doré ainsi que d’émaux champlevés et cloisonnés. D’abondantes pierres précieuses ou semi précieuses garnissent avec les gemmes et les camées antiques l’ensemble de la châsse. Seuls ces matériaux étaient jugés dignes de contenir son précieux dépôt. Mais si on exprimait ainsi l’estime que l’on portait à la dépouille d’un Saint, l’usage de l’or est bien moins anodin qu’il n’y parait.

Métal fabuleux, métal fétiche, l’or remplissait deux fonctions sociales au Moyen Âge : il était un instrument d’échange en même temps qu’un objet conférant prestige et puissance.. Le prestige social était naturellement lié à sa possession et aux largesses que celui-ci permettait. Il était la marque du pouvoir, il rehaussait la beauté et glorifiait la vaillance. Son rôle symbolique était donc capital. Dans l’art médiéval en particulier il était le synonyme de la spiritualité. L’or était le symbole du sacré. Il traduisait la splendeur d’un monde divin, figurait le ciel, auréolait les Saints, symbolisait un lien de perfection, de richesse et d’éternité. Dans le cas de la châsse de Cologne, cela créait une sorte de distanciation montrant que ce n’était pas totalement les restes d’hommes terrestres mais surtout ceux de Saints faisant partie du royaume de Dieu.

La châsse des Rois Mages possédait au xiiie siècle 222 pierres précieuses, semi-précieuses et camées antiques, dont seulement 138 sont encore en place. Aujourd’hui, c’est 304 qui y sont enchâssés. Les 166 pierres de différence correspondent à des rajouts effectués tout au long des siècles et dont la plupart (152) proviennent de restaurations récentes (1961 et 1973). Le premier plan d’interprétation de ces pierres précieuses voit généralement en elles de simples ornements contribuant à la préciosité de l’œuvre. Or elles entretiennent aussi des relations étroites avec la notion même de Sainteté. Très souvent de manière métaphorique, les Saints sont désignés comme les « pierres vives » (lapides vivi) de la foi en Dieu. Les pierres précieuses, le cristal de roche n’étaient pas des masses inertes. Elles étaient porteuses de sens : leur couleur changeante, leur transparence ou la force de leur éclat étaient pour les hommes du Moyen Âge autant de propriétés qui leur conféraient des vertus surnaturelles. Par ces pouvoirs, de nombreuses légendes leur furent rattachées et les pierres devinrent ainsi semblables aux Saints. Comme eux, elles avaient obtenu leurs vertus de Dieu. Leur utilisation sur cet objet liturgique était donc, au même titre que l’or, un élément qui signifiait aux fidèles le caractère sacré voir mystique de la relique.

Lumière et mise en situation

D’après un des documents recensé par R. Kroos, on apprend qu’en 1164, juste après leur arrivée, les reliques étaient fort probablement déposées au milieu de la nef de l’ancienne cathédrale, où un nouvel autel avait été érigé pour elles. Quand la châsse fut terminée aux alentours de 1230 un magnifique lustre -couronne fut suspendu au-dessus. Bien plus gros que celui des cathédrales d’Hildesheim ou d’Aix-la-Chapelle il pouvait supporter jusqu’à quatre-vingt-seize chandelles. L’explication de ce chiffre est trouvée dans l’Historia Scholastica de Petrus Comestor ; les 96 chandelles correspondent à la somme des douze Apôtres, des douze Prophètes et des soixante-douze disciples envoyés par Jésus pour répandre la Parole de Dieu (Luc, X, 1). Il est délicat de savoir si ce nombre avait un rapport iconographique avec sa position au-dessus de la châsse. Le lustre fut malheureusement détruit par l’incendie qui ravagea l’ancienne cathédrale en 1248. Mais, même si l’objet est perdu, il n’est pas difficile d’imaginer que l’or de la châsse ainsi éclairé devait réfléchir la lumière et faire briller le reliquaire dans la pénombre de l’édifice carolingien.

Depuis 2004, ces conditions primitives d’éclairement ont été restaurées, permettant aux touristes de s’identifier aux croyants d’autrefois. Encore aujourd’hui, en pénétrant par le portail Ouest de la cathédrale, le visiteur est surpris par cette châsse dont l’éclat semble un court instant être d’origine miraculeuse. Après le premier étonnement, il est aisé de constater que cette lumière «divine» provient de spots dardant sur l’œuvre un puits de lumière. Il nous semble néanmoins intéressant de s’arrêter sur cette première impression qui reflète la manière dont les hommes du Moyen Âge appréhendaient cet objet.

Tous les spécialistes du culte s’accordent à dire que les Saints, perçus comme des créatures du ciel, sont très souvent qualifiés d’êtres de lumière. Depuis des siècles, les artistes symbolisent la Sainteté chrétienne grâce à la lumière émanant des corps et des visages. L’auréole ou le nimbe est la marque concrète de leur élection divine. Dans le langage courant on dit d’un Saint que sa vie, ses paroles ou ses actions sont lumineuses et qu’il reflète la lumière de Dieu. Les récits tirés des pièces des procès de canonisation sont précis et circonstanciés. Globalement ils rapportent le fait suivant : un ou plusieurs témoins ont observé une lumière éclatante, parfois aveuglante émaner du corps d’une personne. Le sujet semble enveloppé de lumière comme le reliquaire d’or enveloppe de lumière ses restes.

Les trois Rois Mages en tant que Saints possédaient eux aussi la lumière comme attributs. D’après les Ecritures canoniques, nous savons peu de choses de ces trois personnages. Leur existence repose sur un seul texte extrêmement court dans l’Evangile de saint Matthieu (II, 7-16). Mais à partir du vie siècle, la légende embellit largement le texte évangélique trop sobre. De nombreux miracles relatés dans différents manuscrits furent mis à l’actif des Mages. C’est un certain Jean d’Hildesheim, qui en réalisa la synthèse au milieu du xive siècle, en écrivant Historia Trium Regum. Il raconte entre autres que le trépas de chacun des trois rois fut annoncé par une lumière aveuglante provenant d’un astre extraordinaire. Mais la dialectique de la lumière est également très présente sous la forme de l’étoile qui guida les Mages vers le lieu de naissance du Christ. Décrite dans tous les récits de la Nativité, elle est qualifiée, autant dans l’Évangile de Mathieu que dans les différents récits apocryphes de l’Epiphanie, d’étincelante : « Nous avons vu une étoile énorme qui brillait parmi ces étoiles-ci et qui les éclipsait au point que les autres étoiles n’étaient plus visibles. » (Protévangile de Jacques (XXI, 2). Si le statut de l’étoile, symbole crée et transitoire, fait l’objet de discussions, son caractère lumineux, quelle que soit sa forme, n’est jamais remis en question.

Dans ces conditions, l’utilisation de l’or et de ses propriétés réflectrices, ainsi que sa mise en situation dans la nef de la cathédrale donnent au reliquaire une dimension particulière. Tout d’abord ce métal permet de signifier au fidèle qu’il est désormais en présence du sacré mais il habille aussi littéralement de lumière les restes miraculeux afin de rappeler celle qui émanait des Saints, comme celle qui guida les Rois Mages.

La forme

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La forme de la châsse apporte elle aussi des éléments à la fonction du reliquaire. Sa forme architecturale n’est pas sans rappeler celle d’un édifice religieux chrétien. Elle se présente en quelque sorte comme une basilique miniature à trois nefs La plupart du temps, cette forme est interprétée comme l’image de la Ville Sainte, la Jérusalem céleste.. Cette notion chrétienne, issue du judaïsme, fait référence à l’Église qui descendra du ciel après la résurrection des morts pour le règne millénaire. Une sorte de Jérusalem nouvelle, comme l’image d’une église accueillant les croyants de toutes les races. Jean la décrit dans le chapitre XX de son apocalypse : « Et il m’a emporté en esprit sur une grande et haute montagne, il m’a montré la Ville Sainte, Jérusalem qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, avec la gloire de Dieu. Son éclat pareil à une pierre très précieuse comme du jaspe cristallin. […] La muraille est construite en jaspe et la ville en un or pur pareil à du verre pur. Les assises de la muraille sont faites de toutes pierres précieuses. […] La ville n’a pas besoin que brillent le soleil ni la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée et sa lampe c’est l’agneau. Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre lui apportent leur gloire. » (Jean, XXI, 10-27). L’aspect du reliquaire comme celui de nombreuses autres châsses rhénanes fait référence à cette description. Cela crée un parallèle entre le reliquaire servant de sarcophage terrestre et la Jérusalem Céleste qui sera au jour du Jugement Dernier la dernière demeure des Rois Mages comme celle de tous les Saints.

Cette notion de tombeau se retrouve également dans une autre interprétation de la forme de la châsse. En effet le pignon du revers laisse entrevoir une autre structure architectonique composée de deux sarcophages placés côte à côte dont le faîte est surmonté par un troisième. Cet agencement est sans équivalent à ce jour, car la majorité des grandes châsses médiévales évoquent seulement un seul sarcophage. Cette forme est très courante dans la région du Rhin et de la Meuse car quelle que soit sa taille, elle rappelle le statut du Saint qui est un avant tout mort glorieux. Seul l’autel reliquaire de l’abbaye de Saint-Denis, aujourd’hui disparu, possédait une forme semblable et des dimensions aussi imposantes. En ce qui concerne la châsse de Cologne, la cause de cette augmentation de volume serait peut être dû au contenu même de la châsse. En effet selon une source des débuts du xiiie siècle, la châsse ne renfermait pas seulement les reliques des Mages mais également celles des Saints Félix et Nabor ainsi que celles de Grégoire de Spolète. Selon la légende, Felix et Nabor, soldats Maures dans l’armée de Maximien, furent martyrisés aux environs de 303 apr. J.-C. Leur culte a été instauré à Milan, où leurs restes furent préservés jusqu’au jour de leur translation à Cologne en 1164. Ils sont anachroniquement représentés sur la châsse en croisés du xiiie siècle vêtus de cotte-de-mailles. Quant aux reliques de Grégoire de Spolète, prêtre martyrisé sous le règne du même empereur aux alentours de 304 apr. J.-C., elles furent transportées à Cologne sous l’archevêque Bruno (953-965 apr. J.-C.) et transférées dans la châsse en même temps que celle des trois Rois. Selon la même source du xiiie siècle, les reliques des Rois Mages étaient conservées dans les petits sarcophages du bas et que celles des autres Saints dans celui du haut. De cette manière la forme du reliquaire de Cologne entretient aussi un lien étroit avec les reliques qui figure leur abondance ainsi que leur dernière demeure, qu’elle soit terrestre (les sarcophages) ou céleste (forme basilicale).

Programme iconographique

Le programme iconographique fait lui aussi partie de cet ensemble d’éléments qui donnent au reliquaire des Rois Mages une transcription visuelle de la Sainteté. Ce programme qui s’étend sur de grandes dimensions a été minutieusement décrit, identifié et analysé par de nombreux historiens d’art.

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La vierge Marie, Mère de Dieu trône au centre du pignon central. À sa gauche sont représentés les trois Rois Mages apportant leurs offrandes. Un quatrième personnage non couronné, identifié comme Otton IV suit leur procession. Le baptême est représenté à la droite de la Vierge. Le Christ   du Jugement domine l’ensemble du pignon. Il trône entouré des deux anges portant les ustensiles eucharistiques et une couronne. Au-dessus, les archanges Gabriel, Michel et Raphaël (Michel a été remplacé en 1684 par une topaze) portent les instruments de la Passion Sur le premier niveau des deux bas-côtés sont représentés sous une série d’arcades trilobées douze prophètes de l’Ancien Testament au milieu desquels les rois David et Salomon. Dans les écoinçons étaient autrefois placés des bustes des Vertus qui s’incarnent dans le Christ (aujourd’hui placés au second niveau). Sur les versants du toit qui les surmontent, étaient autrefois représentés en complément, des scènes de la vie du Christ et de sa glorification. Elles ont aujourd’hui disparu. Au niveau supérieur sous les mêmes arcades, les douze apôtres ainsi qu’un chérubin et un séraphin forment une assemblée assistant le Christ lors du Jugement Dernier et proclament la Bonne Nouvelle. Ils tiennent en leurs mains des villes miniatures symbolisant leur siège épiscopal. Les scènes des versants du toit, elles aussi disparues, représentaient des visions relatives aux événements de la fin du monde et du Jugement Dernier. Le cycle se poursuit sur le second pignon avec au premier niveau à gauche, la Flagellation surmontée d’anges et d’une personnification de la Patienta. La scène de droite représente la Crucifixion du Sauveur surmontée par Sol, Luna et un ange. Ces deux événements sont séparés par l’effigie du prophète Isaïe. Au-dessus dans le triangle formé par les deux pignons et l’étage supérieur, Rainald von Dassel, translator des reliques, apparaît à mi-corps. À l’étage supérieur, au-dessus du Christ couronnant les deux martyrs Felix et Nabor, les trois Vertus théologales Fides, Spes et Caritas.

Avant même une signification théologique, ce programme n’est que constant rappel du caractère sacré de la relique. Ces images désignent le contenu du reliquaire et en nourrissent le commentaire liturgique, doctrinal ou dévot. Les différents épisodes de l’Histoire Sainte, la représentation des anciens prophètes et des évangélistes sont là pour rappeler aux fidèles, au même titre que l’or ou la lumière qui s’en échappent, le caractère sacré de cette châsse. Les représentations des Rois Mages, de Saint Felix et de Saint Nabor sont présentes afin d’indiquer son contenu. Les scènes de la Passion du Christ sont quant à elles, une sorte d’archétype des martyres endurés par les Saints.

Il est cependant étonnant de constater à quel point, contrairement à la plupart des grandes châsses rhénanes, les Saints contenus dans le reliquaire sont peu présents dans ce programme iconographique. En effet les Rois Mages et les Saint Felix et Nabor n’apparaissent qu’une seule fois sur l’ensemble du programme et Gregor de Spoleto en est absent. On constate habituellement sur la plupart des châsses que les longs côtés sont certes réservés aux figures bibliques, mais que les pans du toit contiennent des scènes de la vie du Saint et plus particulièrement ses faits miraculeux. Les pignons sont quant à eux fréquemment réservés au Christ ou à Marie ainsi qu’au(x) Saint(s) dont les ossements sont sauvés, mais ils ne s’étendent pas autant que sur le reliquaire de Cologne. C’est le cas par exemple du reliquaire de Saint Héribert conservé dans l’église de Saint-Héribert à Cologne (1160-1170) ou encore de la châsse de Charlemagne conservée dans la cathédrale d’Aix-la-Chapelle (1185-1215). L’abondance du programme iconographique de la châsse des Rois Mages est due à une volonté marquée de magnificence. Durant les siècles d’apogée de l’orfèvrerie rhénane, une forte concurrence existait entre les différentes villes pour la possession du plus beau reliquaire. La ville de Cologne, carrefour commercial, centre économique et important lieu de pèlerinage, se devait de posséder un reliquaire à sa mesure.

Cependant la complexité du programme iconographique, et notamment l’absence de représentation hagiographique, est une des conséquences du rôle « politique » attribué aux reliques.

Construction visuelle de l’authenticité (potentia)

Tant qu’il reste anonyme, un ossement en vaut un autre. Ce qui fait de lui une relique (et lui donne donc son pouvoir mystique) c’est son authenticité. Elle l’identifie en garantissant son origine divine. Attestée en premier lieu par une reconnaissance sociale, l’authenticité de la relique est confortée ensuite par une reconnaissance institutionnelle, celle de l’évêque du lieu. Dans le cas de la châsse de Cologne il est fort probable que les ossements qu’elle contient ne sont pas ceux des Mages. Il ne s’agit pas ici de savoir si ces reliques sont authentiques ou non, mais de savoir comment elles pouvaient passer pour telles aux yeux des hommes du Moyen Âge.

Incorruptibilité

Avant d’être une qualité de l’âme ou un état spirituel, la Sainteté, dans la mentalité commune médiévale, est d’abord une énergie (virtus) qui se manifeste à travers un corps. Sa présence est perçue d’après un certain nombre d’indices d’ordre physiologiqueLe signe le plus important est l’incorruptibilité du corps et des restes du Saint, soit le corpus incorruptum. Une fois que la vie s’est retirée du corps, celui-ci devient « tendre comme une chair d’enfants », en opposition bien sûr avec la raideur naturelle des cadavres. Ceci constitue un premier signe de leur élection divine. Et une fois inhumé il ne se décompose pas.

Les Rois Mages en tant que Saints n’échappent pas à cette règle. Plusieurs sources écrites, contemporaines de la translation des reliques, parlent de l’incorruptibilité des corps des trois Rois Mages. L’historien Guillaume de Newburg, mort en 1208, rapporte dans Rerum anglicarum libri quinique une version de la découverte des reliques. Pendant le siège de Milan par Frédéric Barberousse, les Milanais décidèrent de raser les faubourgs de la ville dans la crainte qu’ils ne soient utiles aux assiégeants. En démolissant un antique monastère situé hors les murs ils découvrirent, parmi les ruines de l’abbatiale, les reliques identifiées comme celles des Trois Rois qui avaient adoré le Christ au moment de sa naissance. Il décrit leur corps comme intacts et leurs cercueils entourés d’un cercle doré, comme si on avait voulu ne jamais les séparer. Un autre récit contemporain de la translation fait état de la même conservation des corps. Il s’agit de la chronique de Robert de Thorigny rédigée aux environs de 1182 : « En 1164, Renaud transféra les corps des trois Rois Mages de Milan à Cologne. Les corps qui avaient été embaumés étaient intacts, même la peau et les cheveux ». Le chroniqueur r qui affirme les avoir vus ajoute que les Mages semblaient être âgés de quinze, trente, et soixante ans.

Mais cette reconnaissance unanime exigeait une mise en scène matérielle et imagée. C’est ici que le reliquaire intervient une fois de plus. En lui offrant une enveloppe de métal « inaltérable » il donne à la notion corpus incorruptum une dimension esthétique concrète, présente devant les yeux du fidèle et qui ne révèle plus seulement du monde des idées, de visions ou simplement d’une narration hagiographique.

Origine

Nous avons déjà vu que les pierres précieuses recouvrant la châsse lui donnaient non seulement un aspect précieux mais entretenaient également des liens étroits avec la Sainteté. Nous allons voir à présent que certaines d’entre elles, les camées antiques apportent aussi des éléments à l’authenticité nécessaire aux cultes des reliques.

Le trapèze richement orfévré qui surmonte les trois scènes du pignon central est la partie de la châsse qui possédait les plus beaux et les plus précieux camées. Au centre du trapèze se trouvait autrefois le célèbre camée dit de Ptolémée qui est aujourd’hui conservé au Kunsthistorischen Musuem de Vienne. Ce camée en agate est daté de 278 av. J.-C. Il représente deux profils, probablement celui de Ptolémée II et de sa femme Arisoné II. Il était flanqué autrefois de deux autres pierres antiques toujours en place : à gauche un camée d’agate (54-59 apr. J.-C.) représentant l’empereur Néron et l’impératrice Agrippa  ; à droite, une intaille (vers 75 apr. J.-C.) avec la déesse Vénus et le dieu Mars.. D’autres gemmes moins gros sont placés sur les côtés. On peut notamment reconnaître des héros antiques, des portraits d’empereurs ou encore des danseuses. Il est fort probable que le sens de cette iconographie avait été réinterprété en fonction des besoins chrétiens de l’époque.

Mais l’ancienneté des pierres avait plus d’importance que l’iconographie. En effet les Rois Mages étaient des Saints qui avaient vécu durant l’antiquité en même temps que le Christ. Ces pierres étaient sans doute, pour les hommes du Moyen Âge comme pour nous aujourd’hui, identifiées par leur style comme antiques ou en tout cas comme très anciennesLeur présence sur le reliquaire attestait ainsi de l’ancienneté des reliques et donc de leur authenticité.

 

Fonction politique

Si le rôle de la châsse de Cologne au sein du culte des rois Mages est à présent plus clair, il nous faut aussi nous pencher plus précisément sur le programme iconographique dont nous avons déjà relevé la particularité. Ses études iconographiques ne manquent pas et aboutissent très souvent au même résultat. Le programme est complexe, centré autour du thème de l’Épiphanie et sur les notions plus larges de royauté et de couronnement. En effet le programme iconographique, loin d’entretenir de seul rapport avec les reliques des Saints, est aussi la preuve de la réutilisation politique de cet objet liturgique par différentes personnalités ou institutions allemandes.

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Le rôle politique de la translation des reliques

En premier lieu, il est intéressant de savoir que la translation des reliques des Rois Mages dans la ville de Cologne est non seulement un acte religieux mais aussi un acte politique fort. C’est Rainald von Dassel (vers 1120-1164), archevêque de Cologne et chancelier de Frédéric Barberousse 1152-1190) qui amena dans la ville allemande en 1164 les restes des Rois Mages. Ils les avaient obtenus de son roi en 1162, juste après que Fréderic Ier eut envahi MilanLa légende qui entourait ces reliques racontait que Jésus lui-même avait, après l’Adoration, certifié le titre de rois des trois Mages. De cette manière, le Sauveur lui-même certifiait le caractère divin de la royauté. Celui qui se trouvait en leur possession recevait à son tour la légitimation de sa souveraineté chrétienne. Il n’est donc pas étonnant que Frédéric qui souhaitait mettre en place une politique de restauration de l’Empire romain chrétien ait fait appel au pouvoir symbolique de ces restes royaux. La notion d’Empire, de Reich, riche de significations et d’ambigüités, comporte une très noble et très haute idée de l’unité du peuple chrétien dont la paix et la puissance sont garanties par une structure impériale. Celle-ci s’étend, en théorie (et cette théorie fut surtout élaborée par les chancelleries de Frédéric Barberousse et de Frédéric II) à l’univers tout entier, le droit particulier de chaque personne, de chaque peuple et de chaque royaume étant garanti par l’universalité même de l’autorité impériale. C’est une conception d’un empire « Saint » parce que directement issu de la volonté divine. Certains médiévistes allemands pensent même que la translation des reliques des Mages fut un des éléments principaux de cette politique.

Les reliques des Rois Mages jouèrent aussi un rôle de premier plan dans l’histoire de la ville de Cologne. Tout d’abord parce que leur translation entraina la création d’un pèlerinage de renommée internationale et de là une économie florissante, mais aussi parce que leur présence dans la ville permettait à l’archevêque de consolider et sanctifier son droit de sacre du roi Allemand. En effet c’est l’archevêque de Cologne qui, assisté de l’archevêque de Mayence , était chargé de l’acte liturgique du couronnement du roi et plus particulièrement de l’onction royale. Le pouvoir de légitimation et de sanctification des reliques pouvait donc non seulement aider la politique de Barberousse mais également sacraliser le privilège des archevêques de Cologne.

Mais c’est incontestablement Othon von Braunschweig, couronné Otton IV en 1198, qui participa le plus au culte rendu aux Rois Mages et qui laissa sur le reliquaire de Cologne les traces les plus nettes de la réutilisation politique des reliques. À sa mort, l’empereur Henru VI (fils de Barberousse) laisse à l’empire un enfant unique, appelé Fréderic âgé seulement de quelques mois. L’idée d’une minorité de plus de dix ans parut intolérable à tous. Tandis que la domination allemande s’écroulait en Italie, une partie des princes germaniques se rallia au frère du défunt empereur, Philippe von Schwaben. L’autre partie décidée à rompre avec la tendance à l’hérédité du trône, choisit comme roi un grand du royaume, Otton IV qui, par sa mère était neveu des rois d’Angleterre (Richard Cœur  de Lion et Jean sans-Terre). Après une période de rivalité entre les deux prétendants au trône, Philippe von Schwaben fut assassiné en 1208 par un des proches d’Otton IV, laissant à ce dernier l’empire allemand. Otton IV avait été élu roi à Cologne et couronné à Aix-la-Chapelle le 12 juillet 1198. Il fut plus tard couronné empereur à Saint-Pierre de Rome le 4 octobre 1209 par le pape Innocent III.. Il tenta tout au long de son règne de légitimer sa couronne obtenue peu scrupuleusement. Son association aux reliques des Rois Mages est sans doute une conséquence de cette quête de légitimité.

 

Le programme iconographique

Pour ces hauts dignitaires politiques, le plus grand intérêt des reliques des Rois Mages était donc la légitimité divine qu’elle leur conféraitIl n’est alors pas étonnant que l’iconographie hagiographique retentisse dans le programme de la châsse avec moins d’intensité que les thèmes de la royauté et du couronnement. Ces derniers sont présents sur l’ensemble de la châsse et en particulier sur le pignon central. Nous n’allons pas décrire en détail les nombreuses significations théologiques de ce programme mais simplement en donner les grandes lignes afin de prouver que l’iconographie de cet objet ne sert pas seulement des fins religieuses mais également politiques.

C’est le successeur du translator des reliques, Philippe von Heinsberg qui est à l’origine de la commande du reliquaire passé à Nicolas de Verdun vers 1181. C’est sans doute ce dernier qui a créé les plans primitifs de la châsse, mais il n’est pas à l’origine de l’ensemble de la réalisation. Les spécialistes s’accordent sur le fait que ce célèbre orfèvre a seulement crée les figures d’apôtres et de prophètes placées sur les côtés de la châsse. La présence au milieu d’elles du roi David et du roi Salomon n’est pas due au hasard puisque ces deux rois sont de très nombreuses fois cités (960 fois) dans les oraisons et prières des couronnements royaux et qu’ils sont également représentés sur la couronne qui fut utilisée pour le couronnement d’Othon I en 962.

Le plan primitif de Nicolas de Verdun a certainement été plus ou moins respecté, mais en 1200, le pignon principal fut modifié sous l’influence d’Othon IV qui avait offert aux reliques l’ensemble des matériaux nécessaires à l’achèvement du reliquaire. Il marqua son dévouement aux reliques des Rois Mages en s’incrustant pour l’éternité dans le pignon principal de la châsse. Il est représenté en tant que quatrième roi dans la scène de l’Adoration située dans le registre inférieur. Une inscription au-dessus de lui l’identifie : OTTO REX. Barbu, sans couronne et vêtu d’une ample tunique, il est représenté plus petit que les Mages. Il tient dans ses mains une boite en or qui a sans doute été remplacée à l’époque baroque. Sa présence dans cette scène religieuse a été interprétée de manières différentes. L’objet dont il s’apprête à faire don peut faire référence à ses propres offrandes aux reliques. En effet il leur avait non seulement offert des matériaux précieux mais également trois couronnes qui furent placées sur les crânes des Mages le jour de l’Épiphanie de l’année 1200. Une autre interprétation voudrait que, de cette manière, l’empereur Othon IV place son propre couronnement sous la protection de la vierge Marie et sous la figure du Christ du Jugement Dernier placé dans le registre supérieur. En effet ce geste d’offrande pourrait également symboliser les propres gestes liturgiques effectués lors de son couronnement à Aix-la-Chapelle. De cette manière Othon IV légitime son trône en le plaçant sous protection et donc volonté divine.

Dans ce contexte la scène du Baptême du Christ située à la gauche de la Vierge Marie peut avoir une signification supplémentaire. Durant les messes de couronnement, il n’était pas rare qu’une association soit faite entre la descente de l’Esprit Saint sur le roi et son apparition lors du Baptême du Christ. Placé dans ce programme iconographique, le Baptême devient un élément de cette symbolique royale et est de nouveau un rappel du caractère sacré de la royauté.

Le même thème est présent dans le registre supérieur où le Christ du Jugement porte le Livre dans sa main gauche et fait de la main droite le geste du Jugement. Il est encadré par deux anges offrant de la vaisselle liturgique et une couronne. Comme l’a déjà étudié L. V. Ciresi, aucune référence directe du Canon n’explique l’offrande de cette couronne. Mais la tradition médiévale du aurum coronarium, dans laquelle un ange offre au Christ une couronne, est commune. Une autre tradition consistant à suspendre une couronne votive au-dessus d’un autel est également fréquente au Moyen Âge. Dans le cas de la châsse des rois mages, le donateur est Othon IV et la couronne offerte est peut être la sienne, ce qui expliquerait qu’il ne soit pas représenté couronné dans la scène de l’Adoration. La présence à cet endroit de cette couronne monterait que les insignes royales d’Othon IV lui ont été accordées par le Christ. De cette manière un parallèle est construit entre Othon IV et les Rois Mages dont les royautés ont toutes les deux été placées sous la protection de Dieu.

D’autres éléments de cette châsse comportent une iconographie faisant référence à cette liturgie du couronnement royal ; il s’agit des deux camées du trapèze amovible. En effet ils représentent tous les deux le triomphe d’un personnage assis, couronné par un deuxième debout. Dans le cas de l’iconographie de Venus et Mars, c’est aux pieds de la déesse que s’agenouille le Dieu, pendant qu’un petit être ailé la couronne d’une tresse de laurier. Le symbolisme du laurier peut s’apparenter à celui du diadème. Dans le deuxième camée c’est une couronne identique qu’Agrippa élève au-dessus de son mari assis. La réutilisation de ces deux pierres n’est donc pas seulement due à une volonté de rappeler les origines antiques des reliques mais fait aussi partie du thème iconographique du couronnement. Le thème du triomphe antique possède par bien des aspects des similitudes avec le celui de l’aurum coronarium médiéval et ceci n’a pas du passer inaperçu aux créateurs de la châsse.

Quand on sait que bien des penseurs médiévaux étaient convaincus qu’ils étaient eux-mêmes citoyens de l’illustre Empire fondé par Auguste et que toute la politique allemande entre Frédéric Barberousse et Frédéric II visait à sa restauration, l’ensemble des camées de la châsse est porteur de sens. Par eux, l’ancien Empire romain, si cher aux hommes politiques de l’époque était symbolisé sur la châsse et une continuité était créée entre les deux époques.

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Conclusion

La châsse de Cologne, et en particulier le pignon principal modifié par Othon IV, possède une iconographie riche qui est un constant rappel du caractère sacré des reliques comme de la souveraineté. La châsse en elle-même est donc une représentation visuelle de la Sainteté mais peut également s’interpréter (et sans cela que s’oppose) comme la représentation du royaume terrestre d’Othon, soit l’Empire romain allemand qui a réuni tous les empires de la chrétienté sous un même « toit ». De plus l’iconographie de la châsse est un constant rappel de la volonté d’Othon IV d’insister sur le caractère divin de son couronnement et de légitimer ainsi son accès au trône. Peut-être peut on y voir aussi, les futurs ambitions d’Othon IV qui n’était pas encore couronné empereur romain par le Pape lorsque la châsse fut terminée.

La châsse de Cologne a donc clairement ici été employée comme un média servant à la propagande du futur empereur. C’est à travers le reliquaire qu’Othon IV faisait passer son message politique. Le choix de cet objet est judicieux au vu de la renommée internationale du pèlerinage de Cologne et de la vénération du reliquaire par des milliers de pèlerins. Maintenant il serait intéressant de savoir dans quelle mesure les fidèles venus adorer les reliques percevaient ce message politique inscrit dans l’iconographie religieuse. En effet avaient ils la capacité (et la volonté ?) de décrypter ce message politique relativement caché alors qu’ils venaient avant tout pour les bienfaits miraculeux de la relique ? Ce message ne s’adressait-il pas qu’à une seule catégorie de fidèles, celle de la classe dirigeante et cultivée du pays ? Nous pouvons ainsi penser que ce reliquaire n’a pas véritablement plusieurs rôles préalablement définis mais des rôles changeants intrinsèquement suivant le spectateur.chasse

ADORATION DES MAGES, EPIPHANIE, EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, JESUS-CHRIST, NOEL, ROIS MAGES

Histoire de l’Adoration des Mages

Histoire de l’Adoration des Rois Mages

 Ces mosaïques sont situées dans l’église Santa Maria in Trastevere à Rome. Pour en savoir plus sur Rome et l’église Sainte Marie du Trastevere.

La basilique Santa Maria in Trastevere fut reconstruite et agrandie (entre 1140 et 1143) sous le pontificat d’Innocent III sur les fondations de la première église érigée par le pape Calixte Ier(217 – 222). Le chœur de la basilique est décoré de mosaïques commencées au XIIème siècle. Sous le couronnement de la Vierge les mosaïques de la vie de Marie sont de Pietro Cavallini.

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Adoration des Mages :

L’adoration des Mages ne se trouve que dans l’Evangile de Saint Matthieu traitant de l’enfance de Jésus. Des Mages, venus d’Orient, prévenus par l’apparition d’une étoile de la naissance du Roi des Juifs, se rendirent à Jérusalem pour interroger Hérode le Grand, Roi de Judée, sur le lieu de naissance du Messie. Ce dernier ayant consulté les prêtres et les scribes les envoya à Béthléem, ville indiquée par le prophète Michée comme lieu de naissance du Messie. Hérode leur demanda de se renseigner sur l’Enfant puis de revenir à Jérusalem pour que lui-même puisse aller lui rendre hommage.

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Arrivés à Béthléem, guidés par l’Etoile qui était réapparue, les Mages entrèrent dans la maison et se prosternèrent devant le Messie, lui offrant l’or, l’encens et la myrrhe, tous trois présents royaux. Avertis par un Ange de ne pas retourner à Jérusalem, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. Ils causèrent ainsi, malgré eux, le massacre de tous les enfants de Béthléem de 2 ans et moins (voir le Massacre des Saints Innocents).

Le texte de Saint Matthieu ne parle que de Mages, c’est-à-dire de Sages, et non de Rois. Cette assimilation apparaît au IIIème siècle avec Tertullien, Père de l’Eglise, et Origène au VIème siècle, autre Père de l’Eglise en fixera le nombre à 3. Au Xème siècle chaque Roi Mage fut identifié : Melchior, roi de Perse qui offrit l’or de la royauté, Gaspard venant d’Asie, l’encens pour la divinité de Jésus, et Balthasard, l’Africain, apporte la myrrhe qui sert à l’embaumement, allusion à la mort du Christ, mais aussi à sa résurrection. La tradition symbolise ainsi les trois continents connus de l’époque.

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L’Epiphanie célèbre la visite des Rois Mages le 6 janvier. Chez les Orthodoxes, la Théophanie fêtée elle aussi le 6 janvier, commémore le Baptême du Christ.

Dans les pays hispanophones les cadeaux aux enfants sont offerts à l’Epiphanie et non à Noël.

Les Rois Mages sont enterrés dans la cathédrale de Cologne dont ils sont les Saints Protecteurs.

L’oeuvre

La scène représente la Vierge vêtue d’un vêtement d’un bleu éblouissant, assise sur un trône dans une demeure suggérée par deux colonnes. L’Enfant Dieu, sur les genoux de sa Mère, se penche sur les présents, comme s’il voulait les saisir. Saint Joseph, à la barbe et aux cheveux blancs – montrant ainsi l’homme déjà âgé qu’il était en épousant Marie – se tient modestement à l’arrière.

Les Rois Mages, en habits persans, avec de riches manteaux et des couronnes royales, ploient le genou. A l’arrière-plan, une ville fortifiée représente Jérusalem. L’Etoile qui les a guidés ici se trouve au-dessus de la maison de la Sainte Famille. La mosaïque suit bien le texte de Saint Matthieu car les Rois Mages se présentent devant une maison et non une étable.
La beauté du style de Pietro Cavallini éclate ici. Il s’éloigne de la rigidité des mosaïques byzantines. Le mouvement des personnages est très fluide et la richesse des couleurs n’est pas dominée par le fond d’or.   

 En savoir plus sur l’artiste :

Pietro Cavallini (1250 – 1330) qui signait ses œuvres « Le Romain » est un peintre et mosaïste du Trecento. Il travailla à la décoration des plus importantes églises de Rome et de Naples. Il est enterré à Saint Paul Hors les Murs dont il avait réalisé les fresques de la nef et les mosaïques de la façade, les deux malheureusement disparues dans l’incendie de 1823.

 

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Source : Père Claude Gilliot – Chapelle des Pénitents Gris d’Aix-en-Provence

EPIPHANIE, Fête de l'Epiphanie, JESUS-CHRIST, LE CONCIERGE DU CIEL, ROIS MAGES

Fête de l’Epiphanie

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LES ROIS MAGES

Un conte : Le concierge du ciel

FUne invitation à espérer.

Après que l’étoile eut guidé les rois mages jusqu’à la crèche, le concierge du ciel se demanda : « Que faire de cette nouvelle étoile ? Où la placer ? »

Il sillonna le ciel, fit le tour des constellations et demanda aux myriades d’étoiles si elles ne pouvaient pas se serrer un peu, laisser un peu d’espace, faire une petite place à cette nouvelle venue…

« Il n’en est pas question, répondirent-elles, nous sommes installées dans cet ordre depuis toujours, il est impossible de changer notre ordonnance ! » Du côté de la Voie Lactée, même réponse de la Grande Ourse : « Pas de place ! »

« Que faire ? », se demanda-t-il. « Cette étoile a un destin particulier, elle a guidé les mages jusqu’au Sauveur du monde. Elle a obéi à des lois particulières. Elle est très proche de la Terre… Elle est très proche de la Terre : mais oui, la voilà la solution ! Je vais la donner au monde. »

Alors, il alla dans son atelier, et là, il cassa l’étoile en mille morceaux, en mille éclats dont il remplit son tablier. Il sortit et, comme le semeur, à la volée, il lança les éclats d’étoile partout sur la Terre.

Mais ils n’allèrent pas n’importe où : certains se logèrent dans les chambres des hôpitaux et devinrent les veilleuses dont les malades ont tant besoin pour ne pas être angoissés la nuit. D’autres descendirent au fond des mines, là où les mineurs de fond ont besoin d’être guidés par une lampe frontale. D’autres encore se placèrent comme fanaux sur les barques, dans les phares sur la mer, pour éviter aux embarcations de s’échouer sur les rochers. Enfin, le plus grand nombre vint habiter le cœur des hommes.

Chacun de nous a reçu un éclat de l’étoile de Noël. À nous de le faire briller, de raviver sans cesse cet éclat de lumière dans notre cœur.

 

Pour l’Epiphanie, le diocèse d’Annecy, a publié dans son bulletin paroissial ce conte qui trouve sa place entre Noël et l’Epiphanie

 

Conte paru dans la presse paroissiale du diocèse d’Annecy


 

BIBLE, EPIPHANIE, EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, JESUS CHRIST, NATIVITE DE JESUS, NOEL, ROIS MAGES

La fête de l’Epiphanie dans la Légende dorée de Jacques de Vorogine

L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR : DANS LA LEGENDE DOREE DE JACQUES DE VOROGINE

 

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L’Epiphanie du Seigneur est célèbre par quatre miracles, ce qui lui a fait donner quatre noms différents. En effet, aujourd’hui, les Mages adorent J.-C., Jean-Baptiste le Sauveur, J.-C. change l’eau en vin et il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains. Jésus avait treize jours, lorsque, conduits par l’étoile, les Mages vinrent le trouver, d’où vient le nom de Epiphanie, epi, au-dessus, phanos, apparition, ou bien parce que l’étoile apparut d’en haut, ou bien parce que J.-C. lui-même a été montré aux Mages, comme le vrai Dieu, par une étoile vue dans les airs. Le même jour, après vingt-neuf ans révolus, alors qu’il atteignait trente ans, parce qu’il avait vingt-neuf ans et treize jours ; Jésus, dit saint Luc, avait alors environ trente ans commencés, ou bien, d’après Bède, il avait trente ans accomplis, ce qui est aussi la croyance de l’Eglise romaine; alors, dis-je, il fut baptisé dans le Jourdain, et de là vient le nom de Théophanie, de Theos, Dieu et phanos apparition, parce que en ce moment la Trinité se manifesta : le Père dans la voix qui se fit entendre, le (148) Fils dans la chair et le Saint-Esprit sous l’apparence d’une colombe. Le même jour, un an après, alors qu’il avait trente ou trente et un ans, il changea l’eau en vin : d’où vient le nom de Bethanie, de beth, maison, parce que, par un miracle opéré dans une maison, il apparut vrai Dieu. En ce même jour encore, un an après, comme il avait trente et un ou trente-deux ans et treize jours, il rassasia cinq mille hommes avec cinq pains, d’après Bède, et cette hymne qu’on chante en beaucoup, d’églises et qui commence par ces mots : Illuminans altissimum *. De là vient le nom de Phagiphanie de phagé manger, bouchée. Il y a doute si ce quatrième miracle a été opéré en ce jour, tant parce qu’on ne le trouve pas ainsi en l’original de Bède, tant parce qu’en saint Jean (VI) au lieu où il parle de ce prodige, il dit : « Or, le jour de Pâques était proche. » Cette quadruple apparition eut donc lieu aujourd’hui. La première par l’étoile sur la crèche ; la seconde par la voix du Père sur le fleuve du Jourdain ; la troisième par le changement de l’eau en vin au repas et la quatrième par la multiplication des pains dans le désert. Mais c’est principalement la première apparition que l’on célèbre aujourd’hui, ainsi nous allons en exposer l’histoire.

 

Lors de la naissance du Seigneur, trois mages vinrent à Jérusalem. Leur nom latin c’est Appellius, Amérius, Damascus ; en hébreu on les nomme Galgalat, Malgalat et Sarathin ; en grec, Caspar, Balthasar, Melchior.

* Bréviaire mozarabe.

Mais qu’étaient ces mages ? Il y a là-dessus trois sentiments, selon les trois significations du mot mage. En effet, mage veut dire trompeur, magicien et sage. Quelques-uns prétendent que, en effet, ces rois ont été appelés mages, c’est-à-dire trompeurs, de ce qu’ils trompèrent Hérode en ne revenant point chez lui. Il est dit dans l’Evangile, au sujet d’Hérode « Voyant qu’il avait été trompé par les mages. » Mage veut encore dire magicien. Les magiciens de Pharaon sont appelés mages, et saint Chrysostome dit qu’ils tirent leur nom de là. D’après lui, ils seraient des magiciens qui se seraient convertis et auxquels le Seigneur a voulu révéler sa naissance, les attirer à lui, et par là donner aux pécheurs l’espoir du pardon. Mage est encore la même chose que sage. Car mage en hébreu signifie scribe, en grec philosophe, en latin sage. Ils sont donc nommés mages, c’est-à-dire savants, comme si on disait merveilleusement sages. Or, ces trois sages et rois vinrent à Jérusalem avec une grande suite. Mais on demande pourquoi les mages vinrent à Jérusalem, puisque le Seigneur n’y était point né. Remigius * en donne quatre raisons: La première, c’est que les mages ont bien su le temps de la naissance de J.-C., mais ils n’en ont pas connu le lieu or, Jérusalem étant une cité royale et possédant un souverain sacerdoce, ils soupçonnèrent qu’un enfant si distingué ne devait naître nulle part ailleurs si ce n’est dans une cité royale. La deuxième, c’était pour connaître plus tôt le lieu de la naissance, puisqu’il y avait là des docteurs dans la loi et des scribes.

* Moine d’Auxerre en 890, Bibliothèque des Pères, Homé1. VII.

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La troisième pour que les Juifs restassent inexcusables ; ils auraient pu dire en effet : « Nous avons bien connu le lieu de la naissance, mais nous en avons ignoré le temps et c’est le motif pour lequel nous ne croyons point. » Or, les Mages désignèrent aux Juifs le temps et les Juifs indiquèrent le lieu aux Mages. La quatrième, afin que l’empressement des Mages devînt la condamnation de l’indolence des Juifs : car les Mages crurent à un seul prophète et les Juifs refusèrent de croire au plus grand nombre. Les Mages cherchent un roi étranger, les Juifs ne cherchent pas celui qui est le leur propre : les uns vinrent de loin, les autres restèrent dans le voisinage. Ils ont été rois et les successeurs de Balaam ils sont venus eu voyant l’étoile, d’après la prophétie de leur père : « Une étoile se lèvera sur Jacob et un homme sortira d’Israël. » Un autre motif de leur venue est donné par saint Chrysostome dans son original sur saint Mathieu. Des auteurs s’accordent à dire que, certains investigateurs de secrets choisirent douze d’entre eux, et si l’un venait à mourir, son fils ou l’un de ses proches le remplaçait. Or, ceux-ci, tous les ans, après un mois écoulé, montaient sur la montagne de la Victoire, y restaient trois jours, se lavaient et priaient Dieu de leur montrer l’étoile prédite par Balaam. Une fois, c’était le jour de la naissance du Seigneur, pendant qu’ils étaient là, vint vers eux sur la montagne une étoile singulière : elle avait la forme d’un magnifique enfant, sur la tête duquel brillait une croix, et elle adressa ces paroles aux Mages : « Hâtez-vous d’aller dans la terre de Juda, vous chercherez un roi nouveau-né, et vous l’y trouverez. » Ils se mirent (151) aussitôt en chemin. Mais comment, en si peu de temps, comment, en treize jours, avoir pu parcourir un si long chemin, c’est-à-dire de l’Orient à Jérusalem, qui est censée occuper le centre du monde? On peut dire, avec Remigius, que cet enfant vers lequel ils allaient,, a bien pu les conduire si vite, ou bien l’on peut croire, avec saint Jérôme, qu’ils vinrent sur des dromadaires, espèce d’animaux très alertes, qui font en une journée le chemin qu’un cheval met trois jours à parcourir. Voilà pourquoi on l’appelle dromadaire, dromos course, arès courage. Arrivés à Jérusalem, ils demandèrent : « Où est celui qui est né roi des Juifs ? » Ils ne demandent pas s’il est né, ils le croyaient, mais ils demandent où il est né. Et comme si quelqu’un leur avait dit : « D’où savez-vous que ce roi est né? » Ils répondent : « Nous avons vu son étoile dans l’Orient et nous sommes venus l’adorer; » ce qui veut dire : « Nous qui restons en Orient, nous avons vu une étoile indiquant sa naissance; nous l’avons vue, dis-je, posée sur la Judée. Ou bien : nous qui demeurons dans notre pays, nous avons vu son étoile dans l’Orient, c’est-à-dire dans la partie orientale. » Par ces paroles, comme le dit Remigius, dans son original, ils confessèrent un vrai homme, un vrai roi et un vrai Dieu. Un vrai homme, quand ils dirent : « Où est celui qui est né ? » Un vrai roi en disant : « Roi des Juifs; » un vrai Dieu en ajoutant: « Vous sommes venus l’adorer. » Il a été en effet ordonné de n’adorer aucun autre que Dieu seul. Mais Hérode qui entendit cela fut troublé et Jérusalem tout entière avec lui. Le roi est troublé pour trois motifs: 1° dans la crainte que (152) les Juifs ne reçussent comme leur roi ce nouveau-né, et ne le chassassent lui-même comme étranger. Ce qui fait dire à saint Chrysostome : « De même qu’un rameau placé en haut d’un arbre est agité par un léger souffle, de même les hommes élevés au faîte des dignités sont tourmentés même par un léger bruit. » 2° Dans la crainte qu’il ne soit inculpé par, les Romains, si quelqu’un était appelé roi sans avoir été institué par Auguste. Les Romains avaient en effet ordonné que ni dieu ni roi ne fût reconnu que par leur ordre et avec leur permission. 3° Parce que, dit saint Grégoire, le roi du ciel étant né, le roi de la terre a été troublé. En effet, la grandeur terrestre est abaissée, quand la grandeur céleste est dévoilée. — Tout Jérusalem fut troublée avec lui pour trois raisons : 1° parce que les impies ne sauraient se réjouir de la venue du Juste ; 2° pour flatter Je roi troublé, en se montrant troublés eux-mêmes; 3° parce que comme le choc des vents agite l’eau, ainsi les rois se battant l’un contre l’autre, le peuple est troublé, et c’est pour cela qu’ils craignirent être enveloppés dans la lutte entre le roi de fait et le prétendant. » C’est la raison que donne saint Chrysostome.

Alors Hérode convoqua tous les prêtres et les scribes pour leur demander où naîtrait le Christ. Quand il en eut appris que c’était à Bethléem de Juda, il appela les mages en secret et s’informa auprès d’eux de l’instant auquel l’étoile leur était apparue, pour savoir ce qu’il avait à faire, si les mages ne revenaient pas ; et il leur recommanda qu’après avoir trouvé l’enfant, ils revinssent le lui dire, en simulant vouloir adorer celui (153) qu’il voulait tuer. Or, remarquez qu’aussitôt les mages entrés à Jérusalem, l’étoile cesse de les conduire, et cela pour trois raisons. La 1re pour qu’ils soient forcés de s’enquérir du lieu de la naissance de J.-C. ; afin par là d’être assurés de cette naissance, tant à cause de l’apparition de l’étoile qu’à cause de l’assertion de la prophétie : ce qui eut lieu. La 2e parce que en cherchant un secours des hommes, ils méritèrent justement de perdre celui de Dieu. La 3e  parce que les signes ont été, d’après l’apôtre, donnés aux infidèles, et la prophétie aux fidèles : c’est pour cela qu’un signe fut donné aux Mages, alors qu’ils étaient infidèles ; mais ce signe ne devait plus paraître dès lors qu’ils se trouvaient chez les juifs qui étaient fidèles. La glose entrevoit ces trois raisons. Mais lorsqu’ils furent sortis de Jérusalem, l’étoile les précédait, jusqu’à ce qu’arrivée au-dessus du lieu où était l’enfant, elle s’arrêta. De quelle nature était cette étoile ? il y a trois opinions, rapportées par Remi ; lus en son original. Quelques-uns avancent que c’était le saint Esprit, afin que, devant descendre plus tard surale Seigneur après son baptême, sous la forme d’une colombe, il apparût aussi aux Mages sous la forme d’une étoile. D’autres disent, avec saint Chrysostome, que ce fut l’ange qui apparut aux bergers, et ensuite aux Mages aux bergers eu leur qualité de juifs et raisonnables, elle apparut sous une forme raisonnable, mais aux gentils qui étaient, pour ainsi dire, irraisonnables, elle prit une forme matérielle. Les autres, et c’est le sentiment le plus vrai, assurent que ce fut une étoile nouvellement créée, et qu’après avoir accompli son (154) ministère, elle revint à son état primitif. Or, cette étoile, selon Fulgence, différait des autres en trois manières, 1° en situation, parce qu’elle n’était pas située positivement dans le firmament, mais elle se trouvait suspendue dans un milieu d’air voisin de la terre ; 2° en éclat, parce qu’elle était plus brillante que les autres; cela est évident, puisque le soleil ne pouvait pas en diminuer l’éclat ; loin de là, elle paraissait en plein midi ; 3° en mouvement, parce qu’elle allait en avant des Mages, comme ferait un voyageur ; elle n’avait donc point un mouvement circulaire, mais une espèce de mouvement animale( progressif. La glose en touche trois autres raisons à ces mots sur le 2e chapitre de saint Mathieu: « Cette étoile de la naissance du Seigneur, etc. » La 1re elle différait dans son origine, puisque les autres avaient été créées au commencement du monde, et que celle-ci venait de l’être. La 2edans sa destination, les autres avaient été faites pour indiquer des temps et des saisons, comme il est dit dans la Genèse (I, 14) et celle-ci pour montrer le chemin aux Mages ; la 3e dans sa durée, les autres sont perpétuelles, celle-ci, après avoir accompli son ministère, revint à son état primitif.

Or, lorsqu’ils virent l’étoile, ils ressentirent une très grande joie. Observez que cette étoile aperçue par les Mages est quintuple ; c’est une étoile matérielle, une étoile spirituelle, une étoile intellectuelle, une étoile raisonnable, et une étoile supersubstantielle. La première, la matérielle, ils la- virent en Orient; la seconde, la spirituelle qui est la foi, ils la virent dans leur cœur, car si cette étoile, c’est-à-dire, la foi, n’avait (155) pas projeté ses rayons dans leur cœur , jamais ils ne fussent parvenus à voir la première. Or, ils eurent la foi en l’humanité du Sauveur, puisqu’ils dirent : « Où est celui qui est né? » Ils eurent la foi en sa dignité royale, quand ils dirent: « Roi des juifs. » Ils eurent la foi en sa divinité puisqu’ils ajoutèrent : « Nous sommes venus l’adorer. » La troisième, l’étoile intellectuelle, qui est l’ange, ils la virent dans le sommeil, quand ils furent avertis par l’ange de ne pas revenir vers Hérode. Mais d’après une glose particulière, ce ne fut pas un ange, mais le Seigneur lui-même qui leur apparut. La quatrième, la raisonnable, ce fut la Sainte Vierge, ils la virent dans l’hôtellerie. La cinquième, la supersubstantielle, ce fut J.-C., qu’ils virent dans la crèche ; c’est de ces deux dernières qu’il est dit : « En entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère… » etc. Et chacune d’elles est appelée étoile : la 1re par le Psaume : « La lune et les étoiles que vous avez créées. » La 2e dans l’Ecclésiastique (XLIII, 10) : « La beauté du ciel, c’est-à-dire de l’homme céleste, c’est l’éclat des étoiles, c’est-à-dire des vertus. » La 3e dans Baruch (III, 31) : « Les étoiles ont répandu leur lumière chacune en sa place, et elles ont été dans la joie. » La joie par la Liturgie : « Salut, étoile de la mer. » La 5e dans l’Apocalypse (XXII, 16) : « Je suis le rejeton et le fils de David, l’étoile brillante, et l’étoile du matin. » En voyant la première et la seconde, les Mages se sont réjouis ; en voyant la troisième, ils se sont réjouis de joie ; en voyant la quatrième ils se sont réjouis d’une joie grande ; en voyant la cinquième, ils se sont réjouis d’une très grande joie. Ou (156) bien ainsi que dit la glose: « Celui-là se réjouit de joie qui se réjouit de Dieu, qui est la véritable joie, et il ajoute « grande », car rien n’est plus grand que Dieu ; et il met « très » grande, parce qu’on peut se réjouir plus ou moins de grande joie. Ou bien par l’exagération de ces expressions, l’évangéliste a voulu montrer que les hommes se réjouissent plus des choses perdues qu’ils ont retrouvées que de celles qu’ils ont toujours possédées.

Après être entrés dans la chaumière, et avoir trouvé l’enfant avec sa mère, ils fléchirent les genoux et chacun offrit ces présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ici saint Augustin s’écrie : « O enfance extraordinaire, à laquelle les astres sont soumis. Quelle grandeur ! quelle gloire immense dans celui devant les langes duquel les anges se prosternent, les astres assistent, les rois tremblent, et les partisans de la sagesse se mettent à genoux ! O bienheureuse chaumière ! ô trône de Dieu, le second après le ciel, où ce n’est pas une lumière qui éclaire, mais une étoile! ô céleste palais dans lequel habite non pas un roi couvert de pierreries, mais un Dieu qui a pris un corps, qui a pour couche délicate une dure crèche, pour plafond doré, un toit de chaume tout noir, mais décoré par l’obéissance d’unie étoile! Je suis saisi quand je vois les lampes et que je regarde les cieux; je suis enflammé, quand je vois dans une crèche un mendiant plus éclatant encore que les astres.» Et saint Bernard : « Que faites-vous ? vous adorez un enfant à la mamelle dans une vile étable? Est-ce que c’est un Dieu? Que faites-vous? Vous lui offrez de l’or? Est-ce donc un Roi ? Où (157) donc est sa cour, où est son trône, où sont les courtisans de ce roi? Est-ce que la cour, c’est l’étable? Le trône la crèche, les courtisans de ce roi, Joseph et Marie Ils sont devenus insensés, pour devenir sensés. » Voici ce que dit encore à ce sujet saint Hilaire dans le second livre de la Trinité : « Une vierge enfante, mais celui qui est enfanté vient de Dieu. L’enfant vagit, on entend des anges le louer, les langes sont sales, Dieu est adoré. C’est pourquoi la dignité de la puissance n’est pas perdue, puisque l’humilité de la chair est adoptée. Et voici comment dans Jésus enfant on rencontre des humiliations, des infirmités, mais aussi des sublimités, et l’excellence de la divinité. » A ce propos encore saint Jérôme dit, sur l’épître aux Hébreux : « Regardez le berceau de J.-C., voyez en même temps le ciel ; vous apercevez un enfant pleurant dans une crèche, mais en même temps faites attention aux cantiques des anges. Hérode persécute, mais les Mages adorent; les Pharisiens ne le connaissent point, mais l’étoile le proclame ; il est baptisé par un serviteur, mais on entend la voix de Dieu qui tonne d’en haut: il est plongé dans l’eau, mais la colombe descend ; il y a plus encore, c’est le Saint-Esprit dans la colombe. »

Pourquoi maintenant les Mages offrent-ils des présents de cette nature! On en peut signaler une foule de raisons. 1° C’était une tradition ancienne, dit Remigius, que personne ne s’approcherait d’un dieu ou d’un roi, les mains vides. Les Perses et les Chaldéens avaient coutume d’offrir de pareils présents. Or, les Mages, ainsi qu’il est dit en (158) l’Histoire scholastique, vinrent des confins de la Perse et de la Chaldée, où coule le fleuve de Saba, d’où vient le nom de Sabée que porte leur pays. 2° La seconde est de saint Bernard: « Ils offrirent de l’or à la sainte Vierge pour soulager sa détresse, de l’encens, pour chasser la puanteur de l’étable, de la myrrhe pour fortifier les membres de l’enfant et pour expulser de hideux insectes. 3° Parce que avec l’or se paie le tribut, l’encens sert au sacrifice et la myrrhe à ensevelir les morts. Par ces trois présents, on reconnaît, dans le Christ la puissance royale, la majesté divine, et la mortalité humaine. 4° Parce que l’or signifie l’amour, l’encens la prière, la myrrhe, la mortification de la chair: Et nous devons les offrir tous trois à J.-C. 5° Parce que par ces trois présents sont signifiées trois qualités de J.-C. : une divinité très précieuse, une âme toute dévouée, et une chair intègre et incorruptible. Les offrandes étaient encore prédites par ce qui se trouvait dans l’arche d’alliance. Dans la verge qui fleurit, nous trouvons la chair de J.-C. qui est ressuscitée; au Psaume: « Ma chair a refleuri »; dans les tables où étaient gravés les commandements, l’âme dans laquelle sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu; dans la manne, la divinité qui a toute saveur et toute suavité. Par l’or, donc, qui est le plus précieux des métaux, on entend la divinité très précieuse; par l’encens, l’âme très dévouée, parce que l’encens signifie dévotion et prière (Ps.) : « Que ma prière monte comme l’encens.» Par la myrrhe qui est un préservatif de corruption, la chair qui ne fut pas corrompue.

Les Mages, avertis en songe de ne pas revenir chez Hérode, retournèrent (159) par un autre chemin en leur pays. Voici comment partirent les Mages : Ils vinrent sous la direction de l’étoile; ils furent instruits par des hommes, mieux encore par dés prophètes; ils retournèrent sous la conduite de l’ange, et moururent dans le Seigneur. Leurs corps reposaient à Milan dans une église de notre ordre, c’est-à-dire des frères prêcheurs, mais ils reposent maintenant à Cologne. Car ces corps, d’abord enlevés par Hélène, mère de Constantin, puis transportés à Constantinople, furent transférés ensuite par saint Eustorge, évêque de Milan ; mais l’empereur Henri les transporta de Milan à Cologne sur le Rhin, où ils sont l’objet de la dévotion et des hommages du peuple.

 

 

La Légende dorée de Jacques de Vorogine, nouvelle traduction en français, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l’abbé J.-B.-M. Roze, chanoine honoraire de la cathédrale d’Amiens. Tome I, II, III. – Paris, Edouard Rouveyre Editeur, 1942.   

 

EPIPHANIE, LEON LE GRAND, NOËL, ROIS MAGES, sSERMON

Sermon de saint Léon le Grand pour l’Epiphanie

SERMON DE SAINTEPIPHANIE LÉON LE GRAND POUR L’ÉPIPHANIE

 

Dans tout l’univers, le Seigneur a fait connaître son salut

La miséricordieuse providence de Dieu a voulu, sur la fin des temps, venir au secours du monde en détresse. Elle décida que le salut de toutes les nations se ferait dans le Christ. ~

C’est à propos de ces nations que le saint patriarche Abraham, autrefois, reçut la promesse d’une descendance innombrable, engendrée non par la chair, mais par la foi ; aussi est-elle comparée à la multitude des étoiles, car on doit attendre du père de toutes les nations une postérité non pas terrestre, mais céleste. ~

Que l’universalité des nations entre donc dans la famille des patriarches ; que les fils de la promesse reçoivent la bénédiction en appartenant à la race d’Abraham, ce qui les fait renoncer à leur filiation charnelle. En la personne des trois mages, que tous les peuples adorent le Créateur de l’univers ; et que Dieu ne soit plus connu seulement en Judée, mais sur la terre entière afin que partout, comme en Israël, son nom soit grand. ~

Mes bien-aimés, instruits par les mystères de la grâce divine, célébrons dans la joie de l’Esprit le jour de nos débuts et le premier appel des nations. Rendons grâce au Dieu de miséricorde qui, selon saint Paul, nous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint ; qui nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé. Ainsi que l’annonça le prophète Isaïe : Le peuple des nations, qui vivait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière, et sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Le même prophète a dit à ce sujet : Les nations qui ne te connaissaient pas t’invoqueront ; et les peuples qui t’ignoraient accourront vers toi. Ce jour-là, Abraham l’a vu, et il s’est réjoui lorsqu’il découvrit que les fils de sa foi seraient bénis dans sa descendance, c’est-à-dire dans le Christ ; lorsqu’il aperçut dans la foi qu’il serait le père de toutes les nations ; il rendait gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis.

Ce jour-là, David le chantait dans les psaumes : Toutes les nations, toutes celles que tu as faites, viendront t’adorer, Seigneur, et rendre gloire à ton nom. Et encore : Le Seigneur a fait connaître son salut, aux yeux des païens révélé sa justice.

Nous savons bien que tout cela s’est réalisé quand une étoile guida les trois mages, appelés de leur lointain pays, pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre cet exemple d’obéissance et à nous soumettre, autant que nous le pouvons, à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ. ~

Dans cette recherche, mes bien-aimés, vous devez tous vous entraider afin de parvenir au royaume de Dieu par la foi droite et les bonnes actions, et d’y resplendir comme des fils de lumière ; par Jésus Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.

 

 

DE DEUM

 

Saint, Saint, Saint, le Seigneur, 
Dieu de l’univers ; 
le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.

C’est toi que les Apôtres glorifient, 
toi que proclament les prophètes, 
toi dont témoignent les martyrs ; 
c’est toi que par le monde entier 
l’Église annonce et reconnaît.

Dieu, nous t’adorons : 
Père infiniment saint, 
Fils éternel et bien-aimé, 
Esprit de puissance et de paix.

Christ, le Fils du Dieu vivant, 
le Seigneur de la gloire, 
tu n’as pas craint de prendre chair 
dans le corps d’une vierge 
pour libérer l’humanité captive.

Par ta victoire sur la mort, 
tu as ouvert à tout croyant 
les portes du Royaume ; 
tu règnes à la droite du Père ; 
tu viendras pour le jugement.

Montre-toi le défenseur et l’ami 
des hommes sauvés par ton sang : 
prends-les avec tous les saints 
dans ta joie et dans ta lumière.

 

NOEL, PRIERES, ROIS MAGES

Prière des rois mages devant la crèche

 

Prière des rois mages devant la crèche

 

 

 

Qui es-Tu, Roi d’humilité,

Roi sans palais, roi sans armée ?

Nous sommes venus T’adorer

des bouts du monde

Nous ne savons pas bien comment

Un signe vu en Orient

A conduit nos pas

au levant de ta lumière.

Que feras-tu de cet argent,

de ces bijoux, de notre encens ?

Nous les avions pris

En pensant à nos manières…

Regarde donc autour de Toi

Dans les richesses qui sont là,

Les nations qui ne savent pas

Que Tu les aimes.

Marie pourra Te raconter

qu’avec nous, après les bergers

Tout l’univers s’est rassemblé

Sous ton étoile.

Petit roi juif et Roi du Ciel,

Notre grand Roi, l’Emmanuel,

Nous traversons ton Israël

Pour en renaître !

rois

http://www.paroisses-valdesaone.com/prieres/priere-des-rois-mages.html