ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

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Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960

LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, NOTRE-DAME DE PARIS, ROMAN, ROMANS, VICTOR HUGO

Notre-Dame de Paris : le roman de Victor Hugo

Notre-Dame de Paris (roman)

Victor Hugo

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Présentation

Structure

Le roman se compose de 59 chapitres répartis en onze livres de longueur inégale. Dans la première édition du roman, paru chez Charles Gosselin en mars 1831, trois chapitres sont coupés en raison des contraintes de longueur imposées par l’éditeur : ce sont le chapitre « Impopularité » (IV, 4) ainsi que les deux chapitres formant le livre V (« Abbas beati Martini » et « Ceci tuera cela »). Ces chapitres sont publiés dans la deuxième édition, définitive, du roman, parue chez Eugène Renduel en décembre 1832

 

Résumé

L’intrigue se déroule à Paris en 1482. Les deux premiers livres (I et II) du roman suivent Pierre Gringoire, poète sans le sou. Gringoire est l’auteur d’un mystère qui doit être représenté le 6 janvier 1482 au Palais de justice en l’honneur d’une ambassade flamande. Malheureusement, l’attention de la foule est vite distraite, d’abord par le mendiant Clopin Trouillefou, puis par les ambassadeurs eux-mêmes, et enfin par l’organisation improvisée d’une élection du Pape des fous à l’occasion de la Fête des Fous qui a lieu ce jour-là. Le sonneur de cloches de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Quasimodo, est élu Pape des Fous en raison de sa laideur. Le mystère finit par s’arrêter, faute de public. Gringoire, à cette occasion, entend parler d’Esmeralda, une danseuse bohémienne qui passe pour égyptienne. L’ayant aperçue, il la suit dans les rues de Paris à la tombée de la nuit. Esmeralda manque d’être enlevée par Quasimodo accompagné d’un mystérieux homme vêtu de noir (qui se révèlera être l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo) mais elle est sauvée par l’intervention d’un capitaine de la garde, Phoebeus de Châteaupers. Gringoire qui a été renversé lors de l’intervention reprend ses esprits un peu plus tard et erre dans les rues, il se retrouve sans le vouloir au cœur de la cour des Miracles, le quartier hanté par les pires truands de la capitale. Il manque d’y être pendu, et doit la vie à l’intervention d’Esmeralda qui le prend pour mari, mais seulement pour le sauver.

Le livre III évoque la cathédrale Notre-Dame de Paris, son histoire et ses restaurations mal pensées, puis donne une vision d’ensemble de la ville de Paris telle qu’elle apparaissait à un spectateur médiéval regardant la capitale du haut des tours de la cathédrale.

Le livre IV, au cours d’une analepse, revient sur les conditions dans lesquelles Frollo a adopté Quasimodo et sur la jeunesse de l’archidiacre. Frollo fut une personne affectueuse dans sa jeunesse, mais devint petit à petit rigide et triste. Sa vie est entièrement consacrée à la quête du savoir, et il ne porte d’affection qu’à deux personnes : son frère cadet Jehan élevé par lui, un écolier dissipé mais qui passe son temps au cabaret et dans les maisons de passe ; et le bossu Quasimodo, qu’il a adopté à quatre ans quand il le vit exposé comme enfant trouvé dans la cathédrale. Frollo n’a jamais éprouvé de passion pour les femmes, dont il a une piètre opinion, et il déteste les bohémiens.

Au livre V, Frollo, à qui son savoir et ses connaissances en théologie ont permis de devenir archidiacre de Notre-Dame, reçoit la visite de Jacques Coictier, médecin du roi, accompagné d’un mystérieux visiteur, le « compère Tourangeau ». Tous trois discutent de médecine et d’alchimie, et, en partant, le mystérieux personnage révèle être l’abbé de Saint-Martin de Tours, c’est-à-dire le roi Louis XI en personne. Au cours de la discussion, Frollo a fait allusion à la révolution technique que représente l’invention de l’imprimerie : le livre va provoquer le déclin de l’architecture, qui représentait jusqu’à présent l’œuvre la plus aboutie de l’esprit humain. Dans le chapitre suivant, « Ceci tuera cela », Hugo développe cette réflexion de son personnage.

Au livre VI, Quasimodo est jugé au Châtelet pour sa tentative de rapt. L’affaire est écoutée par un auditeur sourd, et Quasimodo est sourd lui-même : le procès est une farce, et Quasimodo, sans avoir été écouté et sans avoir rien compris, est condamné à deux heures de pilori en place de Grève et à une amende. Sur la place de Grève, dans un entresol, se trouve le « Trou aux rats », qui sert de cellule à une recluse volontaire, la sœur Gudule. Un groupe de femmes, Gervaise, Oudarde et Mahiette, discute non loin de là ; Mahiette raconte l’histoire de Paquette, surnommée la Chantefleurie, dont l’adorable fillette a été enlevée quinze ans plus tôt par des bohémiens alors qu’elle n’avait pas un an, et remplacée par un enfant bossu dont on comprend qu’il s’agit de Quasimodo, plus tard recueilli par Frollo. La Chantefleurie aurait été rendue folle de douleur par la perte de sa fille, qu’elle n’a jamais retrouvée. Mahiette est persuadée que sœur Gudule n’est autre que la Chantefleurie, car celle-ci garde dans sa cellule un petit chausson d’enfant, seul souvenir de sa fille. De plus, la recluse voue une haine féroce aux bohémiens, et en particulier à Esmeralda. Peu après cette conversation, Quasimodo est amené en place de Grève et subit son supplice. Il doit son seul réconfort au geste généreux d’Esmeralda qui lui donne à boire.

Le livre VII commence plusieurs semaines plus tard. Esmeralda danse sur le parvis de Notre-Dame, tandis que Gringoire, qui s’est fait truand, est à présent jongleur. Esmeralda est regardée par la foule, mais aussi par Frollo, du haut des tours, et par Phœbus de Châteaupers. Celui-ci se trouve alors chez sa future épouse, Fleur-de-Lys, dont la maison fait face à la cathédrale. Reconnaissant la bohémienne, il la fait monter chez Fleur-de-Lys. Esmeralda, qui, en secret, est éperdument amoureuse de Phœbus, suscite la jalousie de Fleur-de-Lys à cause de sa beauté. Esmeralda est trahie par sa chèvre, Djali, à qui elle a appris à disposer des lettres pour former le nom de Phœbus : elle est alors chassée. Frollo accoste Gringoire pour le faire parler à propos d’Esmeralda, et comprend qu’elle est amoureuse de Phœbus. Les jours passent. Frollo devient peu à peu obsédé par sa passion pour l’Égyptienne et par sa jalousie pour Phœbus. Alors que son frère Jehan, qui dépense régulièrement tout son argent dans les cabarets et les maisons de passe, vient lui demander de lui prêter de l’argent, Claude Frollo reçoit la visite de maître Jacques Charmolue, et Jehan doit rester caché dans un coin pendant leur conversation. En quittant la cathédrale, Jehan croise Phœbus, qui est de ses amis. Phœbus, qui n’est nullement amoureux d’Esmeralda mais a envie de passer une nuit avec elle, a donné rendez-vous à la bohémienne dans un cabaret le soir même. Claude Frollo, qui a vu Jehan aborder Phœbus, abandonne son entretien avec Charmolue pour suivre discrètement les deux hommes. Lorsque Phœbus abandonne Jehan ivre mort après qu’ils ont bu ensemble, Claude l’aborde et demande à pouvoir assister à ses ébats avec la bohémienne, moyennant paiement ; Phœbus accepte. Esmeralda vient au rendez-vous, où Phœbus se montre très entreprenant ; mais au moment où elle va céder à ses avances, Claude Frollo surgit et poignarde le capitaine, avant de s’enfuir par une fenêtre donnant sur la Seine.

Au livre VIII, Esmeralda est arrêtée et jugée pour le meurtre de Phœbus de Châteaupers, qui a été gravement blessé. Elle est également soupçonnée de sorcellerie. Elle apprend que Phœbus est probablement mort, et, abattue, cesse de plaider son innocence. Soumise à la torture, elle avoue tout ce dont on l’accuse. Quelque temps après, Frollo vient la voir dans son cachot, confesse son amour pour elle et offre de l’aider, mais elle refuse et le repousse, toujours éprise de Phœbus dont elle le croit le meurtrier. En réalité, Phœbus a survécu et guérit progressivement, mais décide de s’abstenir de revoir Esmeralda, de peur que toute l’affaire ne compromette sa bonne réputation et son futur mariage. Deux mois après la nuit de son rendez vous avec la bohémienne, Phœbus se trouve chez Fleur-de-Lys au moment où Esmeralda est amenée sur le parvis de la cathédrale pour être pendue. Esmeralda aperçoit Phœbus vivant et l’appelle, mais il se retire précipitamment : Esmeralda, désespérée, s’abandonne à la mort. Mais Quasimodo intervient soudain, s’empare d’elle et la traîne dans l’église, où le droit d’asile la met à l’abri.

Au livre IX, Frollo errant dans le voisinage, est pris de souffrances par sa condition, il pense Esmeralda morte. Le soir même, de retour à Notre-Dame, il croise la bohémienne sans se faire voir. Pendant des jours, dans la cathédrale, Quasimodo veille sur la jeune fille. Il tente de persuader Phœbus de venir voir Esmeralda, mais ce dernier refuse catégoriquement. Pour ne pas blesser celle qu’il aime de plus en plus, Quasimodo dira à Esmeralda qu’il n’a pas trouvé Phœbus. Le bossu tente de faire comprendre à la jeune fille que l’apparence physique ne fait pas tout, mais la bohémienne est toujours fortement amoureuse de Phœbus et croit encore aveuglément que le capitaine l’aime également. L’amour de Quasimodo pour Esmeralda commence à prendre le dessus sur sa loyauté envers Frollo, au point que, lorsque Frollo tente d’abuser de la bohémienne, Quasimodo lui fait barrage.

Au livre X, Frollo demande à Gringoire de sauver Esmeralda en retour de la vie qu’elle lui a sauvé jadis lorsqu’il a failli être pendu. Le poète a une idée approuvée par Frollo : faire appel aux truands avec lesquels vivait Esmeralda pour qu’ils viennent la délivrer. En pleine nuit, les truands venus en très grand nombre assiègent la cathédrale. Mais les portes sont fermées et Quasimodo retient l’invasion jusqu’à l’arrivée des soldats envoyés par le roi Louis XI que l’on a prévenu rapidement. Par autodéfense, Quasimodo tue Jehan Frollo (frère de l’archidiacre) qui venait de rallier les truands le jour même. Les truands sont décimés par les soldats du roi.

Au livre XI, Frollo profite du désordre qui règne sur le parvis de Notre-Dame pour emmener Esmeralda avec lui hors du bâtiment, accompagné de Gringoire et de Djali, la chèvre d’Esmeralda. Ils quittent l’île où se trouve la cathédrale et Gringoire prend la poudre d’escampette avec la chèvre. Resté seul avec Esmeralda, Frollo lui réitère ses déclarations d’amour et essaie de la convaincre : il peut l’aider à s’échapper et ainsi la sauver de la mort si elle accepte de l’aimer. Mais elle refuse toujours. Furieux, il la livre aux griffes de la vieille recluse du Trou-aux-rats, en attendant l’arrivée en force de la Justice. Mais au lieu de cela, la sœur Gudule reconnaît en l’Égyptienne sa propre fille, Agnès, volée par des gitans quinze ans auparavant. Sœur Gudule ne peut cependant en profiter, car les sergents de ville retrouvent la jeune bohémienne qu’ils traînent à nouveau au gibet. La mère meurt d’un coup à la tête lors de sa lutte pour sauver sa fille. Du haut de Notre-Dame, Quasimodo et Frollo assistent à l’exécution, par pendaison, d’Esmeralda. Quasimodo comprend que Frollo a livré Esmeralda ; furieux et désespéré il pousse le prêtre du haut de la tour, et va lui-même se laisser mourir dans la cave de Montfaucon, tenant embrassé le cadavre d’Esmeralda, enfin uni à elle pour l’éternité.

Personnages principaux

Pierre Gringoire : le personnage de Gringoire s’inspire librement du poète et dramaturge réel du même nom. Dans le roman, Gringoire est un artiste sans le sou qui cultive une philosophie du juste milieu. Il suit Esmeralda jusqu’à la cour des Miracles, puis est sauvé de la pendaison lorsqu’elle accepte de se marier avec lui (même si elle n’éprouve pas le moindre sentiment à son égard). Gringoire se fait alors truand.

Esmeralda : (appelée « la Esmeralda » dans le roman) bohémienne séjournant à la cour des miracles, âgée de seize ans, elle gagne sa vie en dansant dans les rues de Paris et sur le parvis de Notre-Dame. Remarquable par sa beauté, elle incarne l’innocence, la naïveté et la noblesse d’âme. Les désirs qu’elle suscite sont le principal engrenage de la fatalité qui lui coûte également la vie à la fin du roman. Le malheur d’Esmeralda est causé par l’amour impossible qu’elle éveille chez l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qu’elle craint et déteste. De son côté, Esmeralda entretient une passion naïve et aveugle pour Phœbus de Châteaupers, un capitaine de la garde dont elle admire la beauté. Le bossu de Notre-Dame, Quasimodo, qui éprouve envers elle un amour sans illusion, tente en vain de lui faire comprendre que la beauté ne fait pas tout. Considérée par tous comme une « Égyptienne », Esmeralda est en réalité la fille perdue d’une Rémoise nommée Paquette. En effet, le roman dévoile qu’Esmeralda et Quasimodo sont des enfants échangés à leur jeune âge.

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Claude Frollo : lointainement inspiré d’un personnage réel, Claude Frollo est l’archidiacre de Notre-Dame, mû par sa foi et son appétit de savoir. Frollo entretient son frère Jehan, et a recueilli et élevé Quasimodo. Il se trouve par la suite déchiré entre son amour pour Dieu et la passion mêlée de haine qu’il voue à Esmeralda.

Quasimodo: Quasimodo est le carillonneur de Notre-Dame et ne sort quasiment jamais de la cathédrale. Né bossu, borgne et boiteux, il devint en plus sourd à cause des cloches. Frollo l’a adopté et élevé depuis ses quatre ans alors qu’il venait d’être abandonné. Il est le seul à savoir communiquer avec lui, par signes. Quasimodo apparaît au début du roman comme une brute à la botte de Frollo, mais se révèle ensuite doté de sensibilité et d’intelligence. L’amour et le dévouement qu’il porte à Esmeralda finissent par supplanter son obéissance envers Frollo. Le roman dévoile qu’Esmeralda et Quasimodo sont des enfants échangés à leur jeune âge.

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Jehan Frollo : le jeune frère de Claude Frollo est un étudiant dissipé qui fréquente les truands de la Cour des miracles, mais compte aussi Phœbus de Châteaupers parmi ses connaissances de taverne. Lors de l’assaut de la cathédrale, il meurt fracassé contre la muraille de la cathédrale puis jeté dans le vide par Quasimodo.

Phoebus de Châteaupers : capitaine de la garde, il est attiré par la gitane Esmeralda sans avoir de réels sentiments pour elle. Il est déjà fiancé à Fleur-de-Lys, qui s’avère très jalouse de sa rivale.

Paquette : surnommée aussi la Chantefleuriela reclusela sachette, ou sœur Gudule. Cette femme a choisi de vivre enfermée dans le Trou aux Rats, depuis que sa fille d’un an (qu’elle chérissait), ait été enlevée par des bohémiens venus d’Égypte et échangée contre un enfant de quatre ans, hideux, boiteux et borgne (dont on comprend qu’il s’agit de Quasimodo). Elle croit sa fille morte et voue une haine féroce aux Égyptiens en général et à la Esmeralda en particulier.

Fleur de Lys de Gondelaurier: fiancée de Phœbus, elle est très jalouse d’Esmeralda.

Clopin Trouillefou : Un des chefs de la bande des truands, il occupe une place importante à la cour des Miracles.

Louis XI : cruel, avare et calculateur, le roi de France n’apparaît que dans quelques scènes, mais il joue un rôle décisif dans la répression de la révolte des truands qui tentent de sauver Esmeralda. Intéressé par la quête de la pierre philosophale, il vient à Notre-Dame sous une fausse identité, celle du « compère Tourangeau », pour s’entretenir d’alchimie avec Claude Frollo. Louis XI apparaît fréquemment comme un personnage machiavélique dans les œuvres romantiques du XIXè siècle, et en particulier dans les romans de Walter Scott.

 

Genèse et publication du roman

En 1828, l’éditeur parisien Charles Gosselin propose à Victor Hugo d’écrire un roman dans la lignée de l’auteur écossais Walter Scott, , alors très à la mode en France, et que Hugo apprécie beaucoup. Il lui a d’ailleurs consacré un article, « Sur Walter Scott, à propos de Quentin Durward » dans la revue La Muse française, en 1823. Le 15 novembre 1828, Victor Hugo signe un contrat avec Gosselin. Dans ce contrat, Hugo s’engage à lui livrer « un roman à la mode de Walter Scott ». Le contrat d’origine prévoit la livraison du roman en avril 1829 ; en contrepartie, Gosselin s’engage à publier aussi deux autres projets de Hugo, Le Dernier Jour d’un condamné et Les Orientales, et à rééditer ses deux romans précédents, Bug-Jargal et Han d’Islande. Mais très vite, les retards s’accumulent et les rapports entre Hugo et Gosselin se détériorent complètement à partir du printemps 1830. Hugo est alors occupé par ses autres projets littéraires : l’écriture de la pièce Marion Delorme, qui n’est finalement pas créée au théâtre, et l’écriture et la création du drame romantique Hernani, puis la « bataille » à laquelle la pièce donne lieu à sa création le 25 février 1830. En mai 1830, après des menaces de procès de la part de Gosselin puis plusieurs médiations, Hugo s’engage à terminer le roman au plus tard le 1er décembre 1830, sous peine de devoir verser à l’éditeur des indemnités de retard de 10 000 francs ; la livraison du roman terminé doit valoir à Hugo 2 000 francs comptant, 2 000 à nouveau un peu plus tard, et un franc par exemplaire vendu.

En juin 1830, Hugo commence à rassembler la documentation nécessaire au roman, et rédige, en juin ou en juillet, un premier plan détaillé. Fin juillet, il commence à peine la rédaction du premier chapitre lorsque la Révolution de Juillet éclate à la suite des ordonnances impopulaires prises par le roi Charles X. Hugo met précipitamment sa famille à l’abri et confie ses biens, dont ses manuscrits, à son beau-frère ; pendant ces déménagements, il égare un cahier contenant deux mois de notes de recherches documentaires. Il parvient à négocier un nouveau délai de deux mois, portant l’échéance au 1er février 1831. Début septembre, il reprend la rédaction du roman, qui se poursuit cette fois sans nouvelle interruption majeure. Dans une lettre à Gosselin le 4 octobre, Hugo indique que le roman sera probablement plus long que prévu, et demande à disposer de trois volumes, au lieu des deux prévus initialement : Gosselin refuse catégoriquement, à cause des dépenses supplémentaires que cela occasionnerait, ce qui contraint Hugo à mettre de côté trois chapitres (« Impopularité », « Abbas beati Martini » et « Ceci tuera cela »), qu’il compte bien publier plus tard dans une édition complète chez un autre éditeur. La rédaction du roman est achevée le 15 janvier.

Anankè.
La première édition de Notre-Dame de Paris paraît ainsi chez Gosselin le 16 mars 1831, précédé d’une brève préface où Hugo évoque l’inscription, gravée en lettres grecques majuscules « ἈΝΆΓΚΗ » (c’est-à-dire Ananké, qu’il choisit de traduire par « Fatalité ») qu’il aurait vue « dans un recoin obscur de l’une des tours » et qui lui aurait inspiré le roman. Dans cette préface, Hugo inclut une critique brève mais sévère contre les restaurations hâtives dont sont victimes les monuments historiques en général et Notre-Dame de Paris en particulier. Le 12 décembre 1832, libéré de son contrat, Hugo publie chez Eugène Renduel une deuxième édition, définitive, intégrant les trois chapitres absents de l’édition Gosselin, ainsi qu’une « Note ajoutée à l’édition définitive »10. Dans cette note, Hugo invente l’histoire d’un cahier contenant les trois chapitres qui se serait égaré et n’aurait été retrouvé qu’après la parution de la première édition, ce qui lui permet de passer sous silence ses démêlés avec Gosselin. Il insiste par ailleurs sur le fait que les chapitres sont inédits et non pas nouveaux.

Accueil critique

Au moment de sa parution, le roman de Hugo reçoit dans la presse française des critiques en majorité élogieuses. En mars 1831, la critique de la Revue de Paris salue en particulier le talent avec lequel Hugo fait revivre le Paris du xve siècle, et la façon dont il fait de la cathédrale « la grande figure du roman, sa véritable héroïne peut-être ». Paul Lacroix, dans le numéro de mars-avril 1831 du Mercure du XIXè siècle, considère lui aussi la cathédrale comme « en quelque sorte le personnage principal du livre », et apprécie surtout la façon dont le roman, qu’il qualifie d’« immense ouvrage », coordonne ses différents éléments, ainsi que « la variété des tons et des couleurs […] l’alliance merveilleuse de la science à l’imagination ». Le Journal des débats, en juin-juillet 1831, salue la puissance imaginative du roman, qui rend notamment possible la reconstitution du Paris médiéval, mais aussi la variété et l’éclat de son style.

Plusieurs critiques et écrivains, tout en formulant des avis favorables à propos du roman, lui reprochent un manque de spiritualité dans son évocation de la cathédrale et de la religion. Charles de Montalembert, dans le journal L’Avenir des 11 et 28 avril 1831, indique qu’il est de son devoir de signaler comme une erreur un « penchant vers la matière »qui prédomine selon lui dans le roman, et affirme plus loin : « on n’y voit nulle trace d’une main divine, nulle pensée de l’avenir, nulle étincelle immortelle ». Sainte-Beuve, , dans un article paru en juillet 1832 dans le Journal des Débats reproche au roman son « ironie qui joue, qui circule, qui déconcerte, qui raille et qui fouille, ou même qui hoche la tête en regardant tout d’un air d’indifférence », tandis que le traitement des personnages n’abandonne cette ironie que pour obéir à une logique de fatalité que Sainte-Beuve juge dépourvue de toute pitié, et il en conclut : « Il manque un jour céleste à cette cathédrale ; elle est comme éclairée d’en bas par des soupiraux d’enfer ». Le poète Lamartine émet un avis proche dans une lettre qu’il adresse à Hugo le 1er juillet 1831 après avoir lu le roman : tout en qualifiant le livre de « Shakespeare du roman » et d’« épopée du Moyen Âge », il le juge « immoral par le manque de Providence assez sensible ».

L’avis le plus sévère est celui du romancier Honoré de Balzac, qui écrit à Berthoud le 19 mars 1831 : « Je viens de lire Notre-Dame — ce n’est pas de M. Victor Hugo auteur de quelques bonnes odes, c’est de M. Hugo auteur d’Hernani — deux belles scènes, trois mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la belle et la bête, et un déluge de mauvais goût — une fable sans possibilité et par-dessus tout un ouvrage ennuyeux, vide, plein de prétention architecturale — voilà où nous mène l’amour-propre excessif. »

 

Thèmes principaux

Un roman historique

Notre-Dame de Paris relève du genre du roman historique, qui est à la mode au début du XIXè siècle, de même que la période du Moyen Âge qui suscite un intérêt nouveau de la part des écrivains et des poètes à partir des années 1820, sous l’impulsion d’auteurs comme Chateaubriand  ou Madame de Staël. Le chapitre « Paris à vol d’oiseau », en particulier, présente une tentative de reconstitution historique du Paris de 1482.

Mais Victor Hugo ne se considère pas comme tenu de respecter la vérité historique à tout prix et n’hésite pas à modifier le détail des faits et à resserrer l’intrigue pour faire mieux ressortir le caractère de personnages historiques comme Louis XI ou pour mettre en avant sa vision de l’Histoire. En cela, il applique à son roman les principes exposés dans un article « À propos de Walter Scott » qu’il a publié en 1823, et où il affirme : « j’aime mieux croire au roman qu’à l’histoire, parce que je préfère la vérité morale à la vérité historique».

 La réflexion philosophique : entre progrès de l’histoire et drame de la fatalité

Le roman historique tel que le conçoit Hugo comporte également une part de réflexion philosophique et morale. Sa mise en scène du XVè siècle et d’événements tels que le soulèvement populaire pour libérer Esmeralda vise moins à une reconstitution exacte de l’époque qu’à nourrir une réflexion politique adressée aux lecteurs français du XIXè siècle vivant sous la monarchie de Charles X. Le roman propose une philosophie de l’histoire et une théorie du progrès exposés en détail dans le chapitre « Ceci tuera cela ». Quant au sort tragique des personnages principaux, il nourrit une réflexion sur le destin traversée par la notion d’Ananke (Fatalité).

Un cadre de réflexion politique

La dimension politique du roman fournit à Hugo l’occasion d’affirmer, de manière plus ou moins directe, ses convictions politiques sur plusieurs sujets. Le combat le plus explicite mené par l’auteur à l’occasion du roman est un plaidoyer pour la préservation du patrimoine architectural dont la cathédrale Notre-Dame-de-Paris n’est que l’un des représentants les plus connus, et qui est mis en péril à l’époque du roman par des destructions pures et simples ou par des restaurations qui défigurent l’architecture d’origine des monuments : Hugo poursuit en cela le combat entamé plusieurs années plus tôt, par exemple dans un article qu’il publie en 1825, « Guerre aux démolisseurs ! », dont des rééditions paraissent en 1829 et 1832 (la seconde remaniée et augmentée).

Hugo mène également une réflexion sur la justice : la justice médiévale est présentée dans le chapitre « Coup d’œil impartial sur l’ancienne magistrature » comme une mascarade injuste où l’accusé pauvre est condamné d’avance et est tournée en dérision jusqu’à l’absurde dans une scène de satire féroce (le procès de Quasimodo, accusé sourd condamné par un juge sourd sans que ni l’un ni l’autre n’aient rien compris à l’affaire) ; mais elle est aussi montrée comme soumise à l’irrationnel et à la superstition (le procès d’Esmeralda condamnée pour sorcellerie). De plus, lorsqu’il décrit le gibet de la place de Grève, Hugo donne une évocation effrayante de la peine de mort, qu’il dénonce comme barbare et qu’il affirme destinée à être abolie par le progrès de l’Histoire : il poursuit en cela le combat entamé avec Le Dernier Jour d’un condamné, dont la première édition paraît anonymement en 1829 (avant Notre-Dame de Paris) et qu’il complète d’une préface signée de son nom lors de la réédition de 1832.

Enfin, le roman contient une réflexion politique sur le pouvoir royal à travers le personnage de Louis XI.

 La part du fantastique

Les dimensions philosophique et politique du roman n’empêchent pas par ailleurs celui-ci d’emprunter en partie ses procédés au roman gothique anglais du XVIIIè siècle, avec la part de fantastique qu’il contient : le principal personnage de Notre-Dame de Paris rattachant le roman à ce genre est l’archidiacre Claude Frollo, qui s’inscrit dans la lignée de la figure de l’homme d’Église maudit et possédé par le démon tel qu’il apparaît dans les textes fondateurs du genre comme Le Moine de Lewis (paru en 1796) ou Melmoth ou l’homme errant de Charles-Robert Mathurin (paru en 1820). Plusieurs scènes de l’intrigue reprennent des procédés narratifs courants du genre, comme les enlèvements, les enfermements ou la persécution d’un personnage par un autre (en l’occurrence celle d’Esmeralda par Frollo).

Si aucun événement du roman ne relève réellement du surnaturel, les personnages baignent dans un univers de croyances qui provoque leur effroi ou, dans le cas de Frollo, une dérive vers le mal et la folie ; le fantastique réside davantage dans la perception qu’ont les personnages du monde qui les entoure, et que Hugo rend sensible grâce aux procédés de la narration romanesque qu’il emprunte au roman gothique.

Postérité

Gérard de Nerval, dès 1832, mentionne le roman dans un poème, « Notre-Dame de Paris », où il évoque les hommes de l’avenir qui viendront contempler la cathédrale, « Rêveurs, et relisant le livre de Victor ».

En 1833, l’historien Jules Michelet évoque le roman dans le deuxième tome de son Histoire de France : « Je voulais du moins parler de Notre-Dame de Paris, mais quelqu’un a marqué ce monument d’une telle griffe de lion, que personne désormais ne se hasardera d’y toucher. C’est sa chose désormais, c’est son fief, c’est le majorat de Quasimodo. Il a bâti, à côté de la vieille cathédrale, une cathédrale de poésie, aussi ferme que les fondements de l’autre, aussi haute que ses tours ».

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Adaptations

Dès l’époque de sa parution, le roman a fait l’objet de nombreuses adaptations sur des supports variés.

 Œuvres musicales

Esquisse représentant des décors de La Esmeralda, opéra de Louise Bertin  (1836).

1836 : La Esmeralda, opéra en 4 actes de Louise Bertin

1844 : La Esmeralda, ballet en 5 tableaux de Jules Perrot, sur une musique de Cesare Pugni

1847 : La Esmeralda, opéra d’Alexandre Dargomyjski. i

1883 : Esmeralda, opéra d’Arthur Goring Thomas

1902 : La fille de Gudule, ou Esmiralda, ballet d’Alexandre Gorski sur la musique d’Antoine Simon (compositeur).

1965: Notre-Dame de Paris (ballet) – ballet de Roland Petit

1978 : Notre-Dame de Paris, spectacle de Robert Hossein

1998 : Notre-Dame-deParis, comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante.

2002 : Klokkeren fra Notre-Dame,, comédie musicale du compositeur danois Knud Christensen.

 Cinéma

1905 : La Esmeralda  est un film d’Alice Guy et Victorin Jasset.

1911 : Notre-Dame de Paris, film de Albert Capellani.

1917 : The Darling of Paris est un film de J. Gordon Edwards  

1923 : Notre-Dame de Paris (The Hunchback of Notre Dame), film de Wallace Worsley

1931 : Notre-Dame-de Paris, film de Jean Epstein

1939 : Quasimodo (The Hunchback of Notre-Dame), film de William Dieterle

1942 ; Notre-Dame de Paris est un film de René Hervouin.

1956 : Notre-Dame de Paris film de Jean Delannoy

1996 : Le Bossu de Notre-Dame (The Hunchback of Notre Dame), film d’animation de Walt Disney Company

1999 : Quasimodo d’El Paris, comédie de Patrick Timsit

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EMILE ZOLA (1840-1902), LE REVE, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le rêve de Emile Zola

Le Rêve

Emile Zola

Paris, Le Livre de Poche, 1971. 224 pages

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Le Rêve : L’adoration Et L’extase

Le roman le plus court de la série des Rougon-Macquart d’Emile Zola, Le Rêve, parait en 1888 et se positionne seizième dans l’immense fresque des vingt volumes. Le Rêve aborde le thème de la religion mais pas sous l’effet trompeur et troublé de La Faute de l’Abbé Mouret, plutôt dans la véritable extase que peut provoquer l’adoration. L’auteur y met en scène Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un inconnu. L’histoire se passe en Picardie, dans un village appelé Beaumont pour lequel l’auteur s’est librement inspiré de la ville de Cambrai pour en décrire l’architecture. Abandonnée dès sa naissance, la petite Angélique, confiée tout d’abord à la grande institution de l’assistance publique, se verra par la suite placée chez une nourrice puis chez une fleuriste. Sa troisième famille d’accueil, les Rabier, la maltraiteront et elle s’enfuiera une nuit de noël jusqu’au pied d’une cathédrale contre laquelle elle se refugiera. Les Hubert, qui habitent juste à côté, la recueille. Ce couple sans enfant, très pieux, considère cette rencontre comme providentielle et décide d’adopter la fillette. Elle aussi adoptera immédiatement cette famille dont le métier consiste à réaliser des broderies et des ornements écclésiastiques.

 

Le Rêve : Angélique Dans La Brume

Mr Hubert fera quelques recherches sur le passé d’Angélique et il taira ce qu’il découvrira. Il mentira à Angélique en lui disant que ses vrais parents sont décédés. Elle se réalisera complètement dans la profession de brodeuse, donnant naissance à des ouvrages magnifiques. Elle vivra en toute quiétude, rêvant à un hypothétique prince charmant fabuleusement riche, rêve inspiré par les histoires racontées par Mme Hubert. Le rêve va se réaliser, en prenant la forme de Félicien, le fils de l’évêque qui est un peintre verrier. Leur amour ne rencontrera pas l’approbation de leurs parents respectifs. Mme Hubert pense qu’elle a été punie par le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfant car elle s’est mariée sans l’assentiment de ses parents. Idem pour le père de Félicien, Monseigneur Hautecoeur, entré dans les ordres suite au décès de sa femme. Le mariage ne se fera pas. Angélique s’éteindra lentement face à cette interdiction, comme consumée par l’amour qu’elle ne peut ni exprimer ni vivre. Devant l’état inquiétant de la jeune fille, les parents donnent leur accord, mais trop tard. Angélique meurt dans les bras de son mari Félicien à la sortie de l’église après avoir échangé avec lui un premier et ultime baiser. Un livre court, qui évolue dans une brume claire, comme effectivement un rêve aux contours brillants. Ce roman très fleur bleue est vraiment en décalage par rapport à toute la saga avec un style auquel Zola ne nous avait pas encore habitué. Repos et pause de courte durée, l’auteur reviendra très vite dans le style naturaliste qui est le sien avec La Bête humaine en 1890, deux ans plus tard.

Après Le Rêve, découvrez la suite de la saga avec La Bête Humaine

http://www.les-rougon-macquart.fr/le-reve.html

 

Quelques extraits

À cette distance, elle le voyait comme en plein jour, âgé de vingt ans, blond, grand et mince. Il ressemblait au saint Georges, à un Jésus superbe, avec ses cheveux bouclés, sa barbe légère, son nez droit, un peu fort, ses yeux noirs, d’une douceur hautaine. Et elle le reconnaissait parfaitement : jamais elle ne l’avait vu autre, c’était lui, c’était ainsi qu’elle l’attendait. Le prodige s’achevait enfin, la lente création de l’invisible aboutissait à cette apparition vivante. Il sortait de l’inconnu, du frisson des choses, des voix murmurantes, des jeux mouvants de la nuit, de tout ce qui l’avait enveloppée, jusqu’à la faire défaillir. Aussi le voyait-elle à deux pieds du sol, dans le surnaturel de sa venue, tandis que le miracle l’entourait de toutes parts, flottant sur le lac mystérieux de la lune. Il gardait pour escorte le peuple entier de la Légende, les saints dont les bâtons fleurissent, les saintes dont les blessures laissent pleuvoir du lait. Et le vol blanc des vierges pâlissait les étoiles.

 

Souriante, elle avait levé la main, d’un geste d’attention profonde. Tout son être était ravi dans les souffles épars. C’étaient les vierges de la Légende, que son imagination évoquait comme en son enfance, et dont le vol mystique sortait du vieux livre, aux images naïves, posé sur la table. Agnès, d’abord, vêtue de ses cheveux, ayant au doigt l’anneau de fiançailles du prêtre Paulin. Puis, toutes les autres, Barbe avec sa tour, Geneviève avec ses agneaux, Cécile avec sa viole, Agathe aux mamelles arrachées, Élisabeth mendiant par les routes, Catherine triomphant des docteurs. Un miracle rend Luce si pesante, que mille hommes et cinq paires de bœufs ne peuvent la traîner à un mauvais lieu. Le gouverneur qui veut embrasser Anastasie, devient aveugle. Et toutes, dans la nuit claire, volent, très blanches, la gorge encore ouverte par le fer des supplices, laissant couler, au lieu de sang, des fleuves de lait. L’air en est candide, les ténèbres s’éclairent comme d’un ruissellement d’étoiles. Ah ! mourir d’amour comme elles, mourir vierge, éclatante de blancheur, au premier baiser de l’époux !

 

– Venez, les routes sont noires à cette heure, la voiture nous emportera dans les ténèbres ; et nous irons toujours, toujours, bercés, endormis aux bras l’un de l’autre, comme enfouis sous un duvet, sans craindre les fraîcheurs de la nuit ; et, quand le jour se lèvera, nous continuerons dans le soleil, encore, encore plus loin, jusqu’à ce que nous soyons arrivés au pays où l’on est heureux… Personne ne nous connaîtra, nous vivrons, cachés au fond de quelque grand jardin, n’ayant d’autre soin que de nous aimer davantage, à chaque journée nouvelle. Il y aura là des fleurs grandes comme des arbres, des fruits plus doux que le miel. Et nous vivrons de rien, au milieu de cet éternel printemps, nous vivrons de nos baisers, ma chère âme.

 

Elle se dressait, éperdue, s’agenouillait parmi les draps rejetés, la sueur aux tempes, toute secouée d’un frisson ; et elle joignait les mains, et elle bégayait : « Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? » […] C’était la grâce qui se retirait d’elle, Dieu cessait d’être à son entour, le milieu l’abandonnait. Désespérément, elle appelait l’inconnu, elle prêtait l’oreille à l’invisible.
Et l’air était vide, plus de voix chuchotantes, plus de frôlements mystérieux. Tout semblait mort : le Clos-Marie, avec la Chevrotte, les saules, les herbes, les ormes de l’Évêché, et la cathédrale elle-même. Rien ne restait des rêves qu’elle avait mis là, le vol blanc des vierges, en s’évanouissant, ne laissait des choses que le sépulcre. Elle en agonisait d’impuissance, désarmée, en chrétienne de la primitive Église que le péché héréditaire terrasse, dès que cesse le secours du surnaturel. Dans le morne silence de ce coin protecteur, elle l’écoutait renaître et hurler, cette hérédité du mal, triomphante de l’éducation reçue. Si, deux minutes encore, aucune aide ne lui arrivait des forces ignorées, si les choses ne se réveillaient et ne la soutenaient, elle succomberait certainement, elle irait à sa perte. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? » Et, à genoux au milieu de son grand lit, toute petite, délicate, elle se sentait mourir. 

 

Comme elle furetait un matin, fouillant sur une planche de l’atelier, couverte de poussière, elle découvrit, parmi des outils de brodeur hors d’usage, un exemplaire très ancien de La Légende dorée, de Jacques de Voragine. Cette traduction française, datée de 1549, avait dû être achetée jadis par quelque maître chasublier, pour les images, pleines de renseignements utiles sur les saints.

Longtemps elle-même ne s’intéressa guère qu’à ces images, ces vieux bois d’une foi naïve, qui la ravissaient. Dès qu’on lui permettait de jouer, elle prenait l’in-quarto, relié en veau jaune, elle le feuilletait lentement : d’abord, le faux titre, rouge et noir, avec l’adresse du libraire, « à Paris, en la rue Neuve Nostre Dame, à l’enseigne Saint Jean Baptiste » ; puis, le titre, flanqué des médaillons des quatre évangélistes, encadré en bas par l’adoration des trois Mages, en haut par le triomphe de Jésus-Christ foulant des ossements. Et ensuite les images se succédaient, lettres ornées, grandes et moyennes gravures dans le texte, au courant des pages : l’Annonciation, un Ange immense inondant de rayons une Marie toute frêle ; le Massacre des Innocents, le cruel Hérode au milieu d’un entassement de petits cadavres ; la Crèche, Jésus entre la Vierge et saint Joseph, qui tient un cierge ; saint Jean l’Aumônier donnant aux pauvres ; saint Mathias brisant une idole ; saint Nicolas, en évêque, ayant à sa droite des enfants dans un baquet ; et toutes les saintes, Agnès, le col troué d’un glaive, Christine, les mamelles arrachées avec des tenailles, Geneviève, suivie de ses agneaux, Julienne flagellée, Anastasie brûlée, Marie l’Egyptienne faisant pénitence au désert, Madeleine portant le vase de parfum. D’autres, d’autres encore défilaient, une terreur et une pitié grandissaient à chacune d’elles, c’était comme une de ces histoires terribles et douces, qui serrent le cœur et mouillent les yeux de larmes. 

EMILE ZOLA (1840-1902), LE REVE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le Rêve de Emile Zola

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Le Rêve (roman)

 

Le Rêve est un roman d’Emile Zola publié en 1888, , le seizième volume de la série Les Rougon-Macquart. Zola y aborde le thème de la religion mais de façon beaucoup moins violente et polémique qu’il ne l’avait fait dans La Conquête de Plassans ou La Faute de l’Abbé Mouret. Cette fois-ci, il s’intéresse à la foi populaire et au renouveau du mysticisme dans la société française de la seconde moitié du XIXè siècle.

Résumé

L’histoire se déroule dans le Val-d’Oise, dans une ville appelée Baumont-sur-Oise (inspiré de Cambrai pour décrire cette ville). La description de Beaumont-sur-Oise est précise, avec la ville haute ancienne et la ville basse plus moderne. La ville est accessible par la gare du Nord. L’héroïne est Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un père inconnu (elle est née quinze mois après le décès du mari de sa mère). Dès sa naissance, elle a été placée par la sage-femme à l’Assistance publique, puis confiée à une nourrice dans la Nièvre, à une fleuriste, et enfin aux Rabier, une famille de tanneurs qui la maltraitent. Une nuit de Noël, elle décide de fuir les Rabier et est recueillie par un couple de brodeurs, les Hubert, qui l’ont découverte transie, adossée à un pilier de la cathédrale de Beaumont. Cette famille très pieuse (ils confectionnent des broderies pour les vêtements et ornements ecclésiastiques) vit dans une toute petite maison adossée à la cathédrale. Angélique, qui est devenue la pupille des Hubert, montre beaucoup d’application et de goût pour la broderie. En même temps elle lit, et découvre la Légende dorée de Jacques de Vorogine, un ouvrage qui va changer sa vie d’adolescente. Elle s’identifie aux martyres, rêve d’avoir le même destin glorieux qu’elles, guettant par la fenêtre l’apparition qui va changer sa vie.

Cette apparition se présente finalement sous la forme d’un charmant jeune homme, Félicien, peintre verrier qu’elle identifie à saint Georges descendu de son vitrail. L’amour naît en eux, mais leurs familles s’opposent à leur mariage : d’un côté, Hubertine Hubert, sa mère adoptive, qui s’est mariée malgré l’interdiction de sa mère et estime en avoir été punie par le fait qu’elle ne peut avoir d’enfant, ne veut pas d’un mariage dicté par la passion ; même chose pour le père de Félicien, Monseigneur d’Hautecœur, évêque entré dans les ordres à la suite du décès de sa femme. Finalement, voyant qu’Angélique se consume peu à peu devant cette interdiction, les deux familles consentent au mariage. Mais Angélique meurt à la sortie de l’église, après avoir donné à Félicien son premier et dernier baiser.

 

 

Les Personnages des Rougon-Macquart
POUR SERVIR À LA LECTURE ET À L’ÉTUDE DE L’ŒUVRE DE 
ÉMILE ZOLA

par C. RAMOND (1901)

 

Personnages du livre « Le rêve »

Angélique Marie (l). — Fille non reconnue de Sidonie Rougon. Père inconnu. Elle est née à Paris, le 22 janvier 1851, quinze mois après la mort du mari de Sidonie. La sage-femme Foucart l’a déposée le 23 du même mois aux Enfants-Assistés de la Seine; elle y a été inscrite sous le numéro matricule 1634 et, faute de nom, a reçu les prénoms d’Angélique Marie. Le 25 janvier, l’enfant a été confiée à la nourrice Françoise Hamelin, maman Nini, qui l’a emportée dans la Nièvre, où elle a grandi en pleine campagne, conduisant la Rousse aux prés, marchant pieds nus, sur la route plate de Soulanges. Au bout de neuf ans, le 20 juin 1860, comme il fallait lui apprendre un état, elle est passée aux mains d’une ouvrière fleuriste, Thérèse Franchomme, née Rabier, cousine par alliance de maman Nini. Thérèse est morte six mois après chez son frère, un tanneur établi à Beaumont, et Angélique Marie, affreusement traitée par les Rabier, s’est enfuie, une nuit de décembre, le lendemain de Noël, emportant comme un trésor, cachant avec un soin jaloux le seul bien qu’elle possédât, son livret d’enfant assisté ! Habillée de loques, la tête enveloppée d’un lambeau de foulard, les pieds nus dans de gros souliers d’homme, elle a passé la nuit sous la neige, adossée à un pilier de la cathédrale et serrée contre la statue de sainte Agnès, la Vierge martyre, fiancée à Jésus. Au matin, la ville est couverte d’un grand linceul blanc, toutes les Saintes du portail sont vêtues de neige immaculée, et l’enfant misérable, blanche de neige, elle aussi, raidie à croire qu’elle devient de pierre, ne se distingue plus des grandes Vierges [4.].

Les Hubert la recueillent toute froide, d’une légèreté de petit oiseau tombé du nid [9]. C’est une gamine blonde, avec des yeux couleur de violette, la face allongée, le col surtout très long, d’une élégance de lis sur des épaules tombantes [5]. Son allure est celle d’un animal qui se réveille, pris au piège; il y a en elle un orgueil impuissant, la passion d’être la plus forte [12], on la sent enragée de fierté souffrante, avec pourtant des lèvres avides de caresses [17]. Elle va, pendant une année, déconcerter les Hubert par des sautes brusques; après des journées d’application exemplaire à son nouveau métier de brodeuse, elle deviendra tout à coup molle, sournoise, et, si on la gronde, elle éclatera en mauvaises réponses; certains jours, quand on voudra la dompter, elle en arrivera à des crises de folie orgueilleuse, raidie, tapant des pieds et des mains, prête à déchirer et à mordre. Mais ces affreuses scènes se terminent toujours par le même déluge de larmes, la même exaltation de repentir, qui la jette sur le carreau, dans une telle soif de châtiment qu’il faut bien lui pardonner [25]. C’est la lutte de l’hérédité et du milieu. Hubertine lui a enseigné le renoncement et l’obéissance, qu’elle oppose à la passion et à l’orgueil. A chaque révolte, elle lui a infligé une pénitence, quelque basse besogne de cuisine qui l’enrageait d’abord et finissait par la vaincre. Ce qui inquiète encore, chez cette enfant, c’est l’élan et la violence de ses caresses, on la surprend se baisant les mains; elle s’enfièvre pour des images, des petites gravures de sainteté qu’elle collectionne; elle s’énerve, les yeux fous, les joues brûlantes.

Angélique est une Rougon, aux fougues héréditaires, et elle vit loin du monde, comme en un cloître où tout conspire à l’apaiser. A l’heure de la première communion, elle a appris le mot à mot du catéchisme dans une telle ardeur de foi qu’elle émerveillait tout le monde par la sûreté de sa mémoire. Elle adore la lecture. Le livre qui achèvera de former son âme est la Légende dorée, de Jacques de Voragine, où d’abord les vieilles images naïves l’ont ravie, et dont elle s’est accoutumée à déchiffrer le texte. La Légende l’a passionnée, avec ses Saints et ses Saintes, aux aventures merveilleuses aussi belles que des romans, les miracles qu’ils accomplissent, leurs faciles victoires sur Satan, les effroyables supplices des persécutions, subis le sourire aux lèvres, un dégoût de la chair qui aiguise la douleur d’une volupté céleste, tant d’histoires captivantes où les bêtes elles-mêmes ont leur place, le lion serviable, le loup frappé de contrition; elle ne vit plus que dans ce monde tragique et triomphant du prodige, au pays surnaturel de toutes les vertus, récompensées de toutes les joies [39]. Le livre lui a appris la charité; c’est un emportement de bonté, où elle se dépouille d’abord de ses menues affaires, commence ensuite à piller la maison et se plaît à donner sans discernement, la main ouverte. A quatorze ans, elle devient femme, et quand elle relit la Légende, ses oreilles bourdonnent, le sang bal dans les petites veines bleues de ses tempes, elle s’est prise d’une tendresse fraternelle pour les Vierges. Elisabeth de Hongrie lui devient un continuel enseignement; à chacune des révoltes de son orgueil, lorsque la violence l’emporte, elle songe à ce modèle de douceur et de simplicité [43] et la gardienne de son corps est la vierge-enfant, Sainte Agnès [45].

A quinze ans, Angélique est ainsi une adorable fille; elle a grandi sans devenir fluette, le cou et les épaules toujours d’une grâce fière, la gorge ronde, la taille souple : et gaie, et saine, une beauté rare, d’un charme infini, où fleurissent la chair innocente et l’âme chaste [46]. Elle est devenue une brodeuse remarquable, qui donne de la vie aux fleurs, de la foi aux symboles ; elle a le don du dessin, on s’extasie devant ses Vierges, comparables aux naïves figures des Primitifs, on lui confie tous les travaux de grand luxe, des merveilles lui passent par les mains. Et sa pensée s’envoie, elle vit dans l’attente d’un miracle, au point qu’ayant planté un églantier, elle croit qu’il va donner des roses. A seize ans, Angélique s’enthousiasme pour les Hautecœur , en qui elle voit les cousins de la Vierge; elle voudrait épouser un prince, un prince qu’elle n’aurait jamais aperçu, qui viendrait au jour tombant la prendre par la main et la mènerait dans un palais; il serait très beau, très riche, le plus beau, le plus riche que la terre eût jamais porté. Et elle voudrait qu’il l’aimât à la folie, afin elle-même de l’aimer comme une folle, et ils seraient très jeunes, très purs et très nobles, toujours, toujours [69]. C’est ce rêve qu’elle va poursuivre maintenant.

Le miracle naîtra de son imagination échauffée de fables, des désirs inconscients de sa puberté. Elle s’est exaltée dans la contemplation du vitrail de la chapelle Hautecœur et quand, sous le mince croissant de la lune nouvelle, elle entrevoit une ombre immobile, un homme qui, les regards levés, ne la quitte plus, il lui semble que Saint Georges est descendu de son vitrail et vient à elle. L’apparition se précise, l’homme est un peintre verrier qui fait un travail de restauration ; elle sourit, dans une absolue confiance en son rêve de royale fortune. Lorsque l’inconnu pénètre chez les Hubert, elle peut bien jouer l’indifférence, la femme qui est en elle peut obéir à un obscur atavisme, se réfugier dans la méfiance et le mensonge; Angélique, malgré ses malices d’amoureuse, ne cesse de croire à sa grande destinée, elle reste certaine que l’élu de son cœur ne saurait être que le plus beau, le plus riche, le plus noble. Et la révélation décisive, l’humble verrier devenu Félicien VII de Hautecœur, héritier d’une illustre famille, riche comme un roi, beau comme un dieu, ne parvient pas a l’étonner. Sa joie est immense, parfaite, sans souci des obstacles, qu’elle ne prévoit pas. il semble à Angélique que le mariage s’accomplira dès le lendemain, avec celle aisance des miracles de la Légende. Hubertine la bouleverse en lui montrant la dure réalité, le puissant évêque ne pouvant marier son fils à une pauvresse. Son orgueil est abattu, elle retombe à l’humilité de la grâce, elle se cloître même, sans chercher à revoir Félicien ; mais elle est certaine que les choses se réaliseront malgré tout ; elle attend un miracle, une manifestation de l’invisible. Dans son inlassable confiance, sûre que si monseigneur refuse, c’est parce qu’il ne la connaît pas, elle se présente à lui au seuil de la chapelle Hautecœur et, d’une voix pénétrante de charme, peu à peu raffermie, elle dépend sa cause, elle se confesse toute, dans un élan de naïveté, d’adoration croissante; elle dit le cantique de son amour et elle apparaît comme une décès vierges légendaires des anciens missels, avec quelque chose de frêle, d’élancé dans la passion, de passionnément, pur [227]. Au refus de l’évêque, toute espérance humaine est morte, il semble que le rêve soit à jamais aboli. Une courte révolte soulève Angélique, elle aime en désespérée, prête à fuir aveu l’amant : c’est une dernière bataille que se livrent l’hérédité et le milieu. Elle sort de ce suprême combat touchée définitivement par la grâce, mais une langueur l’épuisé, c’est un évanouissement de tout son être, une disparition lente, elle n’est plus qu’une flamme pure et très belle [254].

Et alors le miracle s’accomplit. Monseigneur a cédé. Angélique était sans connaissance, les paupières closes, les mains l’aidés, pareille aux minces et rigides figures de pierre couchées sur les tombeaux. Le : « SI DIEU DIEU VEUT, JE VEUX » des Hautecœur l’a ressuscitée. Plus rien des révoltes humaines ne vit eu elle. Désormais en état d’humilité parfaite, elle remet au cher seigneur qu’elle va épouser son livret d’élève, celte pièce administrative, cet écrou où il n’y a qu’une date suivie d’un numéro et qui est son unique parchemin. ET c’est maintenant la pleine réalisation de son rêve ; elle laisse tomber sur les misérables un fleuve de richesses, un débordement de bien-être; elle épouse la fortune, la beauté, la puissance, au delà de tout espoir et, toute blanche dans sa robe de moire ornée de dentelles et de perles, parvenue au sommet du bonheur, elle meurt en mettant un baiser sur la bouche de Félicien [309]. (Le Rêve.)

 

Hautecœur (Félicien VII de) (l). — Fils de Jean XII de Hautecœur, depuis évêque de Beaumont, et de Paule de Valençay. il a perdu sa mère en naissant. Un oncle de celle-ci, un vieil abbé, l’a recueilli, son père ne voulant pas le voir, faisant tout pour oublier son existence. On l’a élevé dans l’ignorance de sa famille, durement, comme s’il avait été un enfant pauvre. Plus tard, le père a décidé d’en faire un prêtre, mais le vieil abbé n’a pas voulu, le petit manquant tout à fait de vocation. Et le fils de Paule de Valençay n’a su la vérité que très tard, à dix-huit ans. Il a connu alors son ascendance illustre, ce long cortège de seigneurs dont les noms emplissent l’histoire et dont il est le dernier rejeton; l’obscur neveu du vieil abbé est brusquement devenu Félicien VII de Hautecœur, et ce jeune homme qui, épris d’un art manuel, devait gagner sa vie dans les vitraux d’église, a vu toute une fortune s’écrouler sur lui ; les cinq millions laissés par sa mère ont’ été décuplés par des placements en achats de terrains à Paris, ils représentent aujourd’hui cinquante millions [66]. Un des grands chagrins de l’évêque est la fougue du jeune homme, sur laquelle l’oncle lui fournit des rapports inquiétants, ce ne sera jamais qu’un passionné, un artiste. Et, craignant les sottises du cœur, il l’a fait venir près de lui, à Beaumont, réglant à l’avance un mariage pour prévenir tout danger [207].

A cette époque, Félicien Vil a vingt ans. Blond, grand et mince, il ressemble au saint Georges de la cathédrale, à un Jésus superbe, avec ses cheveux bouclés, sa barbe légère, son nez droit, un peu fort, ses yeux noirs d’une douceur hautaine. Et malgré ces yeux de bataille, il est timide; à la moindre émotion, colère ou tendresse, le sang de ses veines lui monte à la face [106]. Le fils de Jean XII de Hautecœur habite un pavillon dans le parc de l’évêché, séparé par le clos Marie de la fraîche maison des Hubert où vit Angélique. Il aime la petite brodeuse depuis un soir qu’il l’a aperçue à sa fenêtre; elle n’était alors qu’une blancheur vague ; il distinguait à peine son visage et pourtant, il la voyait, il la devinait telle qu’elle était. El comme il avait très peur, il a rôdé pendant des nuits sans trouver le courage de la rencontrer en plein jour. Plus lard, il a su qui était cette jeune fille ; c’est alors que la fièvre a commencé, grandissant à chaque rencontre ; il s’est senti très gauche la première fois, ensuite il a continué à être très maladroit en poursuivant Angélique jusque chez ses pauvres ; il a cessé d’être le maître de sa volonté, faisant des choses avec l’étonnement et la crainte de les faire, et lorsqu’il s’est présenté chez les Hubert pour la commande d’une mitre, c’est une force qui l’a poussé [159]. Longtemps il a cru qu’on ne l’aimait pas, il a erré en rase campagne, il a marché la nuit, le tourment galopant aussi vite que lui et le dévorant. Mais lorsqu’il reçoit l’aveu d’Angélique, sa jeunesse vibre dans la pensée d’aimer et d’être aimé.

Il est la passion même, la passion dont sa mère est morte, la passion qui l’a jeté à ce premier amour, éclos du mystère [197]. Angélique connaît maintenant son grand nom, il est le fier seigneur dont les Saintes lui ont annoncé la venue, mais la sage Hubertine, inaccessible aux mirages du rêve, a exigé de Félicien le serment de ne plus reparaître, tant qu’il n’aura pas l’assentiment de monseigneur [215]. Le soir même, il s’est confessé à son père, qui, le cœur déchiré par sa passion ancienne, a formellement condamné en son fils cette passion nouvelle, grosse de peines; la parole de l’évêque est d’ailleurs engagée aux Voincourt, jamais il ne la reprendra. Et Félicien s’en est allé, se sentant envahir d’une rage, dans la crainte du flot de sang dont ses joues s’empourprent, le flot de sang des Hautecœur, qui le jetterait au sacrilège d’une révolte ouverte [219].

Il s’enfièvre, il écrit à Angélique des lettres que les parents interceptent, il voudrait partir avec elle, conquérir le bonheur qu’on leur refuse, mais la pure enfant est défendue par les vierges de la Légende [269]. Celte fois, Félicien se révolte contre l’impitoyable évêque, perdant tout ménagement, parlant de sa mère ressuscitée en lui pour réclamer les droits de la passion. Enfin, devant Angélique mourante, l’évêque a fléchi ; il accomplit le miracle de la faire revivre, elle deviendra sa fille, Félicien Vil de Hautecœur sera uni, en une cérémonie pompeuse, à l’humble créature qui, pour tous parchemins, possède un livret d’enfant assisté [296].

Et Félicien achète derrière l’Evêché, rue Magloire, un ancien hôtel, qu’on installe somptueusement. Ce sont de grandes pièces, ornées d’admirables tentures, emplies des meubles les plus précieux, un salon en vieilles tapisseries, un boudoir bleu, d’une douceur de ciel matinal, une chambre à coucher surtout, un nid de soie blanche et de dentelle blanche, rien que du blanc, léger, envolé, le frisson même de la lumière [298]. Mais Angélique ne connaîtra pas cet hôtel princier, plein de bijoux et de toilettes de reine. Au sortir de la cathédrale, parmi l’encens et le chant des orgues, elle s’éteint dans un baiser et Félicien ne tient plus qu’un rien très doux, très tendre, cette robe de mariée, toute de dentelles et de perles, la poignée de plumes légères, tièdes encore, d’un oiseau [310]. (Le Rêve.)

(l) Félicien de Hautecœur, marié en 1869 a Angélique Rougon. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

 

Rougon (Sidonie) (1). — Fille de Pierre Rougon et de Félicité Puech. Sœur d’Eugène, Pascal, Aristide et Marthe. Mère d’Angélique Marie. Elle est née en 1818 à Plassans. A vingt ans, elle a épousé un clerc d’avoué de Plassans et est allée se fixer avec lui à Paris [81]. (La Fortune des Rougon.)

Elle s’est établie rue Saint-Honoré, où elle a tenté avec son mari, un sieur Touche, le commerce des fruits du Midi. Mais les affaires n’ont pas été heureuses et, en 1850, on la retrouve veuve, pratiquant des métiers interlopes, dans une boutique avec entresol et entrée sur deux rues, faubourg Poissonnière et rue Papillon.

Petite, maigre, blafarde, doucereuse, sans âge certain [231], elle tient bien aux Rougon par cet appétit de l’argent, ce besoin de l’intrigue qui caractérise la famille. Les influences de son milieu en ont fait une sorte de femme neutre, homme d’affaires et entremetteuse à la fois [69]. La fêlure de cet esprit délié est de croire elle-même à une fantastique histoire de milliards que l’Angleterre doit rembourser, appât magique dont elle sait se servir avec habileté pour griser ses clientes. Son frère aîné Eugène Rougon, qui estime fort son intelligence, l’emploie à des besognes mystérieuses ; elle a puissamment aidé aux débuts de son frère cadet Aristide, en combinant son mariage avec Renée Béraud Du Châtel et elle continue ses bons offices au ménage, servant les intérêts du mari auprès des puissants [98], offrant des amants à la femme, dont elle abrite les passades [131], mettant son entresol à la disposition du jeune Maxime Saccard [133]. Elle juge les femmes d’un coup d’œil, comme les amateurs jugent les chevaux [132] et s’emploie, moyennant finances, à protéger toutes les turpitudes et àétouffer tous les scandales. Mielleuse et aimant l’église, Sidonie est au fond très vindicative. Pleine de colère contre Renée, qui s’est révoltée devant la grossièreté d’un de ses marchés d’amour [235], elle se charge de l’espionner et dénonce à Aristide ses amours avec Maxime [310]. Cette dernière infamie lui rapporte dix mille francs [336], qu’elle va manger à Londres, à la recherche des milliards fabuleux. (La Curée.)

Son mari mort et enterré, elle a eu une fille quinze mois après, en janvier 1851, sans savoir au juste où elle l’a prise. L’enfant, déposée sans état civil, par la sage-femme Foucart, à, l’Assistance publique, a reçu les prénoms d’Angélique Marie. Jamais le souvenir de cette enfant, née d’un hasard, n’a échauffé le cœur de la mère [50]. (Le Rêve.)

Sidonie vient à l’enterrement de son cousin le peintre Claude Lantier. Elle a toujours sa tournure louche de brocanteuse. Arrivée rue Tourlaque, elle monte, fait le tour de l’atelier, flaire cette Misère Due et redescend, la bouche dure, irritée d’une corvée inutile [477]. (L’Œuvre.)

Beaucoup plus tard, lasse de métiers louches, elle se retire, désormais d’une austérité monacale, à l’ombre d’une sorte de maison religieuse; elle est trésorière de l’Œuvre du Sacrement, pour aider au mariage des filles-mères [l29]. (Le Docteur Pascal.)

(1) Sidonie Rougon, née en 1818; épouse, en 1838, un clerc d’avoué de Plassans, qu’elle perd à Paris, en 1850 ; a d’un inconnu, en 1851, une fille qu’elle met aux Enfants Assistés. [Élection du père. Ressemblance physique avec la mère]. Courtière, entremetteuse, tous les métiers, puis austère. Vit encore à Paris, trésorière de l’Œuvre du Sacrement. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

 

 

Emile Zola (1840-1902)

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Emile Zola n’a que sept ans quand meurt son père, ingénieur vénitien. Il vit alors dans la pauvreté. Après avoir abandonné ses études scientifiques, il devient, de 1862 à 1866, chef de publicité à la librairie Hachette, ce qui lui permet de connaître les plus grands auteurs de l’époque. Emile Zola publie son premier ouvrage, « Contes à Ninon » à l’âge de vingt-quatre ans et fréquente les républicains. Puis il se lance dans une carrière de journaliste engagé. Dans ses critiques littéraires, il prône une littérature « d’analyse » s’inspirant des méthodes scientifiques. Son premier succès, le roman « Thérèse Raquin », lui vaut de nombreuses critiques de la part de la presse. 

Influencé par les études de Prosper Lucas et de Charles Letourneau sur l’hérédité et la psychologie des passions, Emile Zola entreprend une immense œuvre naturaliste, « Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire », une saga constituée de romans réalistes et « scientifiques ». Ce projet l’occupera pendant un quart de siècle. Chacune des œuvres des « Rougon-Macquart », préparée par une enquête détaillée, montre l’affrontement des forces naturelles, soumises aux circonstances et à l’environnement social, qui gouvernent le destin des personnages. Et ceci quel que soit leur milieu d’origine : Paris populaire, courtisanes, capitalisme, mineurs, paysans… C’est le septième roman de la série, « L’assommoir » (1877), chef d’œuvre du roman noir qui lui apporte la célébrité. Dans « Germinal » (1885), il dépeint le monde ouvrier comme jamais il ne l’avait été auparavant et décrit le déterminisme économique comme la fatalité moderne. 

Avec toute son ardeur combattante, son courage et le poids de sa notoriété, Emile Zola s’engage dans l’affaire Dreyfus en publiant plusieurs articles dont son célèbre « J’accuse » dans le journal « L’Aurore » du 13 janvier 1898. Il est très critiqué par les nationalistes et le procès qui s’en suit l’oblige à s’exiler pendant un an en Angleterre. 

A l’issue des « Les Rougon-Macquart », il veut montrer qu’il ne sait pas uniquement peindre les tares de la société. Séduit par les idées socialistes, il souhaite proposer des remèdes sous la forme d’une vision prophétique du devenir de l’homme dans ses « Quatre Evangiles : « Fécondité », « Travail », « Vérité ». Le quatrième, « Justice », vient d’être commencé, lorsqu’il meurt « accidentellement » asphyxié dans son appartement.

Principales œuvres (Les titres suivis de * font partie des Rougon-Macquart) :

Contes à Ninon (1864)

La confession de Claude (1865)

Thérèse Raquin (1867)

Madeleine Férat (1868)

La Fortune des Rougon* (1871)

La Curée* (1872)

Le Ventre de Paris* (1873)

La Conquête de Plassans* (1874)

La Faute de l’abbé Mouret* (1875)

Son Excellence Eugène Rougon* (1876)

L’Assommoir* (1877)

Une Page d’Amour* (1878)

Le Roman Expérimental (1880)

Nana* (1880)

Pot-bouille* (1882)

Au bonheur des dames* (1883)

La Joie de Vivre* (1884)

Germinal* (1885)

L’Oeuvre* (1886)

La Terre* (1887)

Le Rêve* (1888)

La Bête humaine* (1890)

L’Argent* (1891)

La Débâcle* (1892)

Le Docteur Pascal* (1893)

Lourdes (1894)

Rome(1896)

Paris (1898)

Fécondité (1899)

Travail (1901)

Vérité (1903)

L'HOMME QUI AIMAIT LES CHIENS, LEON TROTSKY (1879-1940), LEONARDO PADURA (1955-...), LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRES - RECENSION, RAMON MERCADER DEL RIO (1913-1978), ROMAN, ROMANS

L’homme qui aimait les chiens : roman de Leonardo Padura

L’homme qui aimait les chiens : roman

Leonardo Padura

traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis et Elena Zayas

Editions Métailié, 2011. (805 pages en livre de poche)

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Résumé :

En 2004, Iván, écrivain frustré, responsable d’un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. Cet inconnu se présente sous le nom Jaime Lopez. “L’home qui aimait les chiens” lui fait des confidences sur Ramón Mercader, l’assassin de Trotski qu’il semble connaître intimement.
Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, et de Ramón Mercader, alias Jacques Mornard, alias Jackson, de la Révolution russe à la guerre d’Espagne, jusqu’à leur rencontre dramatique à Mexico. Sa propre vie dans Cuba en crise, qu’il raconte en parallèle, résonne alors étrangement.

A travers ce roman nous suivons l’errance de Trotsky, poursuivi par la haine de Staline,  d’abord en Turquie, puis à Paris et finalement à Mexico. Au-delà de cette errance l’on peut suivre ce que fut la vie de cet homme toujours en butte à la haine du Petit Père des Peuples, mais jamais abattu et qui poursuit envers et contre tout son idée d’une IVè Internationale fidèle aux idées de Marx et de Lénine. C’est l’occasion aussi d’entrer dans la « grande histoire » de l’époque stalinienne avec ses purges, ses procès truqués (les anciens bolcheviks sont éliminés), ses mensonges d’Etat pour asseoir le pouvoir communiste.

Faire la rencontre de Jaime Lopez c’est plonger dans la Guerre d’Espagne avec Ramon Mercader del Rio et aussi dans les liens troubles qu’entretient la Russie soviétique avec ses alliés. Aux côtés des communistes il lutte contre les troupes du général Franco pour faire triompher la République. Mais les Républicains sont divisés : entre communistes et trotskystes c’est une lutte à mort : les partisans du POUM sont éliminés sur ordre de Moscou. C’est alors que les agents du NKVD (service d’espionnage soviétique) enrôlent le jeune Ramon pour ce qui devra être la grande œuvre de sa vie : traquer les trotskystes partout où ils se trouvent et surtout assassiner le traitre : Léon Trotsky. Mettre fin à l’existence de Trostsky c’est se sacrifier pour la cause. Il endossera une nouvelle identité (celle de Jacques Mornard, citoyen belge) et une nouvelle personnalité. Ce n’est qu’une fois le crime accompli et son arrivée en URSS qu’il prendra conscience du fait qu’on lui a sciemment menti, qu’il n’a été qu’un pion entre les mains de Staline : cruelle désillusion :

« Jusqu’à la fin de sa vie, Ramon Mercader se souviendrait, que quelques secondes à peine avant de prononcer les mots qui allaient changer son existence, il avait découvert la densité malsaine du silence en pleine guerre. (…). Dans les années d’enfermement, de doute et de marginalisation auxquelles les quatre mots allaient le conduire, Ramon se lancerait souvent le défi d’imaginer ce qu’aurait été sa vie, s’il avait répondu non. Il s’efforcerait de recréer une existence parallèle, un parcours fondamentalement romanesque où il n’aurait jamais cessé de s’appeler Ramon, d’être Ramon, d’agir comme Ramon, peut-être loin de sa terre natale et de ses souvenirs comme tant d’hommes de sa génération, mais en étant toujours Ramon Mercader del Rio, dans son corps et, surtout dans son âme » (page 47).

C’est aussi l’occasion pour l’auteur d’évoquer la vie à Cuba sous la férule de Fidel Castro et du régime communiste de l’ïle. Le rêve socialiste se paie cher aussi à Cuba même si le régime y est moins sanguinaire qu’en Union soviétique. Mais là aussi c’est le règne d’une vie où tout manque : une vie décente, la nourriture mais surtout la liberté, liberté de s’exprimer sans contrainte et de pouvoir écrire dans être censuré. A Cuba, comme dans les régimes communistes le mensonge d’Etat et la peur sont le lot quotidien des citoyens à moins de pouvoir fuir en Amérique !

« Cet après-midi, quand on fermera le cercueil de mon ami, la croix du naufrage (de tous nos naufrages) et cette boite en carton, pleine de merde, de haine, de tonnes de frustration et d’une bonne dose de peur, partiront avec lui : au ciel ou vers la pourriture matérialiste de la mort. Peut-être sur une planète où les vérités importent encore. Ou pour une étoile où il n’y ait aucune raison de vivre dans la crainte et où nous puissions même nous réjouir d’éprouver de la compassion. Vers une galaxie où Ivan saura peut-être que faire d’une croix rongée par la mer et de cette histoire qui n’est pas son histoire mais qui l’est en réalité, car c’est aussi la mienne et celle de tant de gens qui n’ont pas demandé à y être, mais à laquelle nous n’avons pas pu échapper ; ils trouveront peut-être l’endroit utopique où mon ami sera, sans la moindre hésitation, ce qu’on peut bien foutre de la vérité, de la confiance et de la compassion » (page 802 et dernière page de ce ouvrage).
Dans une écriture puissante, Leonardo Padura raconte, à travers trois destins tragiques et étroitement mêlés malgré eux,  l’histoire du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur la grande utopie révolutionnaire du XXe siècle ainsi que ses retombées actuelles sur la vie des individus, en particulier à Cuba. Un grand livre qui devrait nous guérir de toutes les idéologies à venir, de toutes les idéologies qui prétendent faire le bonheur de l’homme sans lui, malgré lui et trop souvent contre lui !
©Claude-Marie T.

Lundi 13 août 2018

QUELQUES AUTRES EXTRAITS

« Assis sur le sable, le dos appuyé au tronc d’un casuarina, j’allumai une cigarette et fermai les yeux. Dans une heure le soleil se coucherait, mais comme cela devenait habituel dans ma vie, je n’éprouvais aucune impatience et n’avais aucune expectative. Ou plutôt je n’avais presque rien : et presque sans le presque ! Tout ce qui m’intéressait à ce moment-là, c’était le plaisir de voir arriver le crépuscule, ce cadeau de l’instant fabuleux où le soleil s’approche de la mer argentée du golfe et dessine un sillage de feu à sa surface. Au mois de mars, avec la plage pratiquement déserte, la promesse de cette vision m’apportait une sorte de sérénité, un état proche de l’équilibre qui me réconfortait et me permettait de croire encore à l’existence palpable d’un petit bonheur, fait à la mesure de mes maigres ambitions ».(page 95)

« A part mes allées et venues à la plage, ce dont je me rappelle le mieux de cette période, c’est la fébrilité avec laquelle je dévorais cette volumineuse biographie du révolutionnaire nommé Leon Bronstein qui, par la même occasion me faisait découvrir ma prodigieuse ignorance des vérités (vérités?) historiques, sur les circonstances et les faits qu’avait vécus cet homme, des circonstances et des faits si russes et si lointains, à commencer par la révolution d’Octobre (je n’ai jamais très bien compris ce qui s’est passé à Petrograd ce 7 novembre, qui en réalité était le 25 octobre, et comment était tombé le palais d’Hiver qu’à la fin presque personne ne voulait défendre, ce qui entraîna automatiquement le triomphe de la Révolution et donna le pouvoir aux bolcheviks), en continuant par de tout aussi étranges luttes dynastiques entre révolutionnaires, où seul Staline semblait disposé à s’emparer du pouvoir, pour terminer avec les procès de Moscou, pratiquement passés sous silence (pour nous ils semblaient ne jamais avoir existé), où les prévenus étaient les pires accusateurs. A la fin de

tout ce défilé de manifestations de « l’âme russe » (quand on ne comprend pas quelque chose chez les Russes, on dit toujours que c’est la faute de leur âme) venait la confirmation de l’assasinat du vieux leader, gommé dans les livres soviétiques qui lui étaient consacrés, car Trotsky (peut-être parce qu’il était ukrainien et non russe) semblait plutôt être mort d’un rhume, ou mieux encore, avalé par un marécage mouvant comme un personnage d’Emilio Salgari ». (pages 336-337).

. « Il avait honte, en pensant à ce que cela signifiait pour l’idéal socialiste, de savoir qu’après l’invasion de la Pologne, Staline y imposait l’ordre soviétique avec la même fureur que Hitler exportait l’idéologie fasciste. Cette grossière application du modèle soviétique à la Pologne et à l’Ukraine occidentale entraînerait la démoralisation des ouvriers européens devant l’opportunisme politique du stalinisme. Quant aux habitants des régions envahies, victimes historiques des empires russes et germaniques, ils avaient déjà dû se demander quelle était la différence entre les deux envahisseurs, et Lev Davidovitch ne serait pas étonné de voir bientôt la plupart de ces peuples en arriver à considérer les nazis comme leurs libérateurs du joug stalinien.
Même ainsi, Lev Davidovitch était accablé par le poids de la contradiction : jusqu’à quel point était-il possible de s’opposer au stalinisme sans cesser de défendre l’URSS ? Il se tourmentait, ne discernant pas vraiment si la bureaucratie était déjà une nouvelle classe, enfantée par la Révolution ou seulement une excroissance comme il l’avait toujours pensé. Il avait besoin de se convaincre qu’il était encore possible de marquer une différence qualitative entre le fascisme et le stalinisme pour tenter de démontrer à tous les hommes sincères, anéantis par les coups bas de la bureaucratie thermidorienne, que l’URSS conservait l’essence ultime de la Révolution et que cette essence devait être défendue et préservée. Mais si, comme le disaient certains, vaincus par les évidences, la classe ouvrière avait montré dans l’expérience russe sont incapacité à se gouverner elle-même, alors il faudrait admettre que la conception marxiste de la société et du socialisme était erronée. Cette possibilité le confrontait au coeur du terrible problème : le marxisme n’était-il qu’une simple « idéologie » de plus, une sorte de fausse conscience qui menait les classes opprimées et leurs partis à croire qu’ils se battaient pour leurs propres objectifs, quand en réalité ils servaient les intérêts d’une nouvelle classe dirigeante ?… Le seul fait d’y penser lui infligeait une souffrance intense : la victoire de Staline et son régime se dresseraient comme le triomphe de la réalité sur l’espoir philosophique, comme un acte véritable de la stagnation historique. Beaucoup, dont lui, se verraient obligés de reconnaître qu’il ne fallait pas chercher les racines du stalinisme dans le retard de la Russie ni dans l’hostilité impérialiste ambiante, comme on l’avait dit, mais dans l’incapacité du prolétariat à devenir une classe gouvernante. Il faudrait admettre aussi que l’URSS n’avait été que le pays précurseur d’un nouveau système d’exploitation et que sa structure politique devait inévitablement engendrer une nouvelle dictature, parée tout au plus d’une autre rhétorique.
Mais l’exilé savait qu’il ne pouvait changer sa façon de voir le monde et de concevoir la lutte. C’est pourquoi il ne se lassera pas d’exhorter les hommes de bonne foi à demeurer aux côtés des exploités, même si l’histoire et les nécessités scientifiques semblaient être contre eux. À bas la science, à bas l’histoire ! S’il le faut, on doit les recréer ! écrivit-il : de toute façon, je resterai du côté de Spartacus, jamais des Césars, et en dépit de la science, je continue à affirmer ma confiance dans la capacité des masses travailleuses à se libérer du joug capitaliste, qui a vu ces masses en action sait que c’est possible. Les erreurs de Lénine, les miennes, celle du parti bolchevik, qui ont permis la déformation de l’utopie, ne devraient jamais être attribuées aux travailleurs. Non, jamais, il en resterait persuadé.
(Page 545-547).

« Donner à en avoir mal, ne pas faire de politique ni prétendre par cet acte à une quelconque prééminence, et encore moins pratiquer la trompeuse philosophie qui consiste à obliger les autres à accepter nos conceptions du bien et de la vérité parce qu’elles sont (croyons-nous) les seules possibles et parce que, de plus, ils doivent nous être reconnaissants de ce que nous leur avons donné même s’ils n’ont rien demandé. J’avais beau savoir que ma cosmogonie était totalement impraticable (qu’est-ce qu’on peut bien foutre de l’économie, de l’argent, de la propriété, pour que tout ça fonctionne ? Et des esprits prédestinés et des salauds de naissance ?), j’avais la satisfaction de penser qu’un jour peut-être l’être humain pourrait cultiver cette philosophie qui me semblait si élémentaire, sans avoir à supporter les douleurs d’un accouchement ni les traumatismes du « tout obligatoire » : par pur et libre choix, guidé par le besoin éthique d’être solidaires et démocratiques. Bref, tout ça c’était mon habituelle branlette mentale.
C’est pourquoi, en silence et non sans douleur, je me laissais entraîner par l’écriture, sans toutefois savoir si je me risquerais un jour à montrer le manuscrit, ou à lui chercher une plus haute destinée, car ces possibilités ne m’intéressaient guère. Ma seule conviction était que cet exercice de sauvetage d’une mémoire escamotée avait beaucoup à voir avec ma responsabilité devant la vie ou plutôt ma vie : si le destin avait fait de moi le dépositaire d’une histoire cruelle et exemplaire, mon devoir d’être humain était de la préserver, de la soustraire au raz de marée des oublis » (pages 564-565).

« Ramon se souviendrait toujours de cette fin de matinée et de ce début d’après-midi du 20 août 1940, de ces heures interminables et floues. Tout l’arsenal des trucs psychologiques qu’on lui avait appris à Malajovka s’était désamorcé dans sa tête, et la seule chose qui lui restait de son entraînement était la haine, mais plus la haine concentrée et contrôlée qu’on lui avait inculquée, non, une haine de plus en plus dispersée et difficile à maîtriser, une haine plus grande que lui-même, qui le dévorait de l’intérieur. S’il ne voulait pas devenir fou, il devait occuper son temps, et Sylvia pouvait encore lui être utile. Il se redressa, fracassa la machine à écrire contre les rochers, jeta les fragments dans le ruisseau et retourna à la voiture. »(pages 670-671)

« Je sus alors que la plupart des gens de ma génération ne sortiraient pas indemnes de ce saut de la mort sans filet : nous étions la génération des naïfs, des romantiques qui avaient tout accepté et tout justifié, les yeux tournés vers l’avenir, qui coupèrent la canne à sucre, convaincus qu’ils devaient le faire (et, bien entendu, sans être payés pour ce travail infâme) ; la génération de ceux qui partir faire la guerre à l’autre bout du monde puisque l’internationalisme prolétarien l’exigeait, sans attendre d’autre récompenses que la gratitude de l’Humanité et de l’Histoire ; la génération qui fut la cible des attaques de l’intransigeance sexuelle, religieuse, idéologique, culturelle et même alcoolique, qu’elle endura tout au plus avec un petit hochement de tête et, bien souvent, sans éprouver le ressentiment ou le désespoir qui mène à la fuite, ce désespoir qui ouvrait maintenant les yeux aux plus jeunes et les décidaient à fuir, avant même de recevoir leur premier coup de pied au cul » (pages 684)

 

Une recension parue dans le Monde des livres le 5 janvier 2011 nous fait mieux comprendre ce ouvrage qui dénonce sous forme de fiction la réalité de ce que peut être un régime totalitaire. Cet article reproduit ici à le mérite de laisser la parole à l’auteur lui-même.

« L’homme qui aimait les chiens », de Leonardo Padura : l’homme qui tua Léon Trotski

L’écrivain délaisse le polar pour un roman subtil qui suit Ramon Mercader dans son exil cubain.

Maître du polar cubain, Leonardo Padura a laissé de côté sa créature, l’enquêteur Mario Conde, pour s’attaquer à un duo autrement réfractaire, Léon Trotski et son assassin, Ramon Mercader. Le premier est assez connu depuis la biographie d’Isaac Deutscher, qui en avait fait le « prophète armé » de la révolution russe, « désarmé » ensuite par son adversaire Staline, avant de devenir un « hors-la-loi » dans une « planète sans visa ». En revanche, le meurtrier au piolet est resté un mystère en dépit de l’ouverture des archives de Moscou.

« A Cuba, il était très difficile de connaître la véritable histoire, nous disposions seulement des manuels soviétiques, dans lesquels Staline restait un grand leader, confie Leonardo Padura. En octobre 1989, au Mexique, j’ai été bouleversé par la visite de la maison fortifiée de Trotski à Coyoacan. Cela a constitué le point de départ intellectuel de mon nouveau roman. » Après la chute du mur de Berlin, l’écrivain est devenu lui-même enquêteur.

Après avoir purgé sa peine à Mexico et vécu à Moscou, Ramon Mercader a passé les dernières années de sa vie à Cuba, à la suite d’un arrangement entre les services de renseignement cubains et soviétiques. A La Havane, c’était un secret de polichinelle. « Le cinéaste Tomas Gutiérrez Alea cherchait des lévriers pour son film Les Survivants (1978), lorsqu’il aperçut un vieil Espagnol qui se promenait avec deux magnifiques chiens russes, raconte Padura. C’était Ramon Mercader, qui accompagnera ses lévriers pendant tout le tournage. Et des années plus tard, lorsque Alea aura des difficultés à se déplacer, il utilisera la canne qui avait appartenu à Mercader. »

Errance et effervescence

L’homme qui aimait les chiens alterne l’exil de Trotski et les années de formation de Mercader, la déchéance de l’homme public et la montée en puissance de l’agent de l’ombre. Comment donner une égale épaisseur à deux personnages aussi dissemblables ? Le dénouement de leur rencontre, le 21 août 1940, est connu. Le défi consistait à recréer les grands événements et la petite histoire avec une fraîcheur capable d’épater même les connaisseurs. L’errance de Trotski, de la Sibérie au Mexique, en passant par la Turquie et l’Europe, s’articule avec l’effervescence de la République espagnole, qui se précipite dans la guerre civile et jette des militants comme Mercader dans les bras de Staline.

Le roman déploie un troisième récit, celui d’un écrivain cubain en herbe, Ivan, aux prises avec l’autocensure. Sur le bord de mer de La Havane, le jeune homme et le vieux Mercader entament une conversation intermittente, sous le regard distant d’un surveillant de la sécurité de l’Etat. Difficile de voir en Ivan l’alter ego de l’auteur, car le personnage est pétrifié de peur, sans savoir que faire des sulfureuses confidences entendues. Son cheminement pathétique évoque la parabole de l’utopie sous les tropiques.

« Les trois histoires ne sont pas parallèles mais consécutives, l’une est la conséquence de l’autre », souligne Padura. Cette subtilité, qui rétablit la continuité historique au-delà du procédé narratif, est tranquillement à contre-courant de l’histoire officielle en vogue à La Havane. A entendre les Cubains, le stalinisme était un problème purement européen, qui ne les touchait guère. « Staline a fondé le seul modèle socialiste réellement existant, et à Cuba nous l’avons appliqué, sans pour autant répéter ses crimes », précise Padura.

Le romancier situe assez tôt la « trahison » de l’idéal révolutionnaire en Russie : « Dès 1918, lorsque le Parti bolchevique interdit les autres partis. Ni Lénine ni Trotski n’ont eu une vision d’avenir  Padura est plus dubitatif à propos de Cuba. La peur et l’autocensure qui rongent son personnage Ivan remontent à 1961, lorsque Fidel Castro résume ses « Paroles aux intellectuels » par un mot d’ordre ambivalent : « Dans la révolution, tout ; contre la révolution, rien. » « La peur parcourt tous les cercles littéraires et artistiques de La Havane », écrivait à l’époque l’écrivain Virgilio Piñera.

Leonardo Padura, né en 1955 à La Havane, était encore un enfant pendant ces années 1960 qu’il qualifie de « confuses, hétérodoxes, hétérogènes ». Il se souvient mieux des années 1970, la période de soviétisation à outrance, pendant laquelle les bureaucrates prétendaient enfermer les créateurs dans des « paramètres » idéologiques, esthétiques et même sexuels. « Virgilio Piñera et José Lezama Lima sont morts dans l’ostracisme, Reinaldo Arenas est mort en exil », rappelle Padura. Grâce à la crise des années 1990, sa génération a bénéficié de la possibilité de publier ou exposer à l’étranger, sans dépendre des institutions cubaines. Elle en a profité pour « ouvrir des fenêtres » et braver l’autocensure. « Les plus jeunes sont carrément hérétiques, ils ne croient pas à la rhétorique officielle. Enfants de la crise, ils n’ont rien reçu en héritage et n’ont rien à perdre »  Ils n’ont plus la peur au ventre comme Ivan.

LE MONDE DES LIVRES | 6 janvier 2011 par Paulo A. Paranagua

 

BIOGRAPHIES DES PRINCIPAUX PERSONNAGES QUE SONT LEON TROTSKY ET JAIME RAMON MERCADER DEL RIO ET CELLE DE LEON PADURA, L’AUTEUR

 

Biographie de Ramón Mercader, l’assassin de Léon Trotsky

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Jaime Ramón Mercader del Rio Hernandez (Barcelone, 7 février 1913 – La Havane, 18 octobre 1978) Espagnol engagé la Guerre d’Espagne il fut recruté par les NKVD dans le but d’assassiner Léon Trosky sur l’ordre de Staline. Il était le frère de Maria Mercader, seconde épouse   épouse du directeur Vittorio De Sica et la mère de l’acteur Christian De Sica et du muscien Manuel de Sica.

Né en Espagne, Il a passé une grande partie de sa jeunesse en France   avec sa mère Eustacia María Caridad del Río Hernández après la séparation du père catalan. Très jeune, il a adhéré aux idées communistes et va être membre du Parti communiste espagnol des années trente. Il a également été emprisonné pour des activités politiques et a été libéré de prison en 1936, quand arrive au pouvoir en 1936 un Front populaire. Pendant ce temps, sa mère est devenue u  agent de renseignement soviétique. Très tôt Ramon Mercader est recruté pour travailler pour le NKVD dont le but est d’éliminer le POUM (parti troskyste en Espagne) puis de tuer Lev Trosky (alors réfugié au Mexique) qui continuait par ses écrits à critiquer le régime soviétique.

Mercader arrive au Mexique octobre 1939, avec un faux passeport fait au nom de Jacques Mornard et ayant un l’emploi fictif d’homme d’affaires (selon ce passeport  il serait né en Téhéran et fils d’un  diplomate belge) Par le biais d’une secrétaire américaine de Trotsky, Sylvia Ageloff, qui avait délibérément courtisé en Paris et qu’il a ensuite suivi en USA et au Mexique, il a pu entrer en contact avec Trotsky, faisant semblant d’être un admirateur de ses opinions politiques. Trostky échappe (en mai 1940) à une première agression armée organisée par le célèbre peintre David Alfaro Siquieros, tendance stalinienne.

Le 20 Août 1940, Mercader blesse à mort Trotsky, en lui fendant le crâne avec un piolet dans sa résidence Coyoacán. Mercader, blessé et détenu par les autorités mexicaines, n’a jamais révélé sa véritable identité, et a été condamner à 20 ans de prison. Sa véritable identité fut révélée en 1953 mais ses liens avec le NKVD ne furent connus qu’après la dissolution de l’Union soviétique.

Le 6 mai 1960 Il a été libéré de prison après plusieurs demandes de grâce et entre en Union soviétique où il vivra jusqu’en 1974.  Il quittera l’URSS pour La Havane (à Cuba) où il a été accueilli par Fidel Castro. Son geste fut récompensé quand il reçu la médaille des « Héros de l’Union soviétique en 1963.  

Il a passé le reste de sa vie Cuba. Il est mort en octobre 1978 à la Havane d’un cancer des os et sa tombe se trouve à Moscou dans la cimetière e Kuntsevo.

 

Biographie de Léon Trosky (1879-1940).

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Léon Trotski de son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein, était un révolutionnaire et homme politique russo-soviétique.

Militant marxiste, du Parti ouvrier social-démocrate de Russie puis, à partir de l’été 1917, bolchevik, il est plusieurs fois déporté en Sibérie ou exilé de Russie, et est notamment président du soviet de Pétrograd lors de la révolution russe de 1905. 
Principal artisan avec Lénine de la révolution d’Octobre (1917), il est le fondateur de l’Armée rouge et l’un des vainqueurs essentiels de la guerre civile russe de 1918-1921, ainsi que l’un des plus importants dirigeants du nouveau régime bolchevik. 

S’étant opposé à la bureaucratisation du régime et à Staline, ce dernier le fait chasser du gouvernement (1924) et du Parti (1927), puis l’exile en Asie centrale avant de le bannir d’URSS (1929) et de le faire traquer et assassiner par le NKVD.

À la fois orateur, théoricien, historien, mémorialiste et homme d’action, il est aussi le fondateur de la IVe Internationale (1938), et l’inspirateur commun dont se réclament toujours un certain nombre de groupes trotskistes à travers le monde.
Le rapprochement de Trotski du marxisme est probablement en partie lié à la relation qu’il lie avec la jeune marxiste Alexandra Sokolovskaia.

Trotski se marie avec elle en 1900 dans la prison de Moscou, pour éviter d’en être séparé, car il devait être envoyé en déportation en Sibérie à Oust-Kout. Ils ont deux filles.
Ne supportant plus l’enfermement devant sa tâche à accomplir, il réussit à s’évader en 1902, en laissant sa femme et ses filles derrière lui. Lev Bronstein prend alors le pseudonyme « Trotski », d’après le nom d’un gardien de la prison d’Odessa, qu’il choisit peut-être pour dissimuler ses origines juives.

En septembre 1936, il s’installe au Mexique grâce au président Lazaro Cardenas, où il est accueilli dans la « Maison bleue » des peintres Diego Rivera et Frida Kahlo. Il a une liaison passionnée avec cette dernière, qui lui dédie même un tableau : Autoportrait dédié à Léon Trotski.

Trotski est mortellement blessé le 20 août 1940 à Mexico, dans le quartier de Coyoacán, d’un coup de piolet dans l’arrière du crâne par un agent de Staline (Jacques Mornard ou Franck Jackson, de son vrai nom Ramón Mercader).
Contrairement à d’autres victimes de Staline, Léon Trotski n’a jamais été officiellement réhabilité par les autorités de l’URSS. 

 

Biographie de l’auteur : Leonardo Padura Fuentes

Œuvres principales

Cycle Les Quatre Saisons

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Leonardo Padura, né Leonardo Padura Fuentes le 9 octobre 1955 à La Havane. C’est un journaliste, scénariste et écrivain cubain, auteur d’une dizaine de romans policiers et lauréat du prix Princesse des Asturies en 2015.

 

Fils d’un commerçant devenu chauffeur de bus après la révolution cubaine,  il fait des études supérieures en littérature hispano-américaine et décroche une licence avant de rédiger une thèse sur Inca Garcilaso de la Vega. Il étudie aussi le latin à la faculté de philologie de l’Université de La Havane où il a le romancier Daniel Daniel Chavarria comme professeur.

Il entre comme journaliste à la revue culturelle Caiman Barbudo dont il sera expulsé en 1983 puis participe au supplément dominical du journal Juventud Rebelde et signe des critiques littéraires, ainsi que des articles de fond. En parallèle, et « à l’écart de tout activisme politique, il écrit des scénarios pour le cinéma » notamment pour un documentaire sur la salsa Jusqu’en 1995, il est rédacteur en chef de La Gazeta de Cuba. « Ce que je fis alors fut d’écrire mes reportages comme si j’écrivais des récits, c’est à dire, dans une langue qui ne soit pas fonctionnelle, mais conceptuelle, plus littéraire, en utilisant des structures formelles peu courantes en journalisme, en créant des personnages (y compris de fiction car j’ai moi-même réussi à interviewer un mort) et remplaçant les manques d’information par des espaces imaginaires ». Il amorce sa carrière de romancier en 1998 et devient l’auteur d’une série policière ayant pour héros le lieutenant-enquêteur Mario Conde ; « Scénariste pour le cinéma, essayiste, nouvelliste, Leonardo Padura a trouvé avec le roman noir un genre tout indiqué pour distiller une vraie réflexion sur « ce pays si chaud et hétérodoxe où il n’y a jamais rien eu de pur », selon la formule de son impayable Mario Conde – un flic hétérosexuel macho-stalinien, alcoolo et désabusé, vengeur des petits et des faibles, qui déboule en 1991 dans Passé parfait. « Leonardo nous a ouvert la porte », estime son ami le journaliste et écrivain Amir Valle, né en 1967. « Il nous a fait comprendre que nous pouvions écrire sur des questions quotidiennes taboues, avec honnêteté, sans verser dans le racolage »». Mario Conde, célibataire, d’abord au milieu de la trentaine dans les premiers romans, puis quadragénaire, évolue donc dans des récits subtilement agencés, afin de contourner la censure, où les « enquêtes criminelles sont autant de prétextes à lever le voile sur la société cubaine et ses faux-semblants4 ». Ainsi, dans Électre à La Havane (Máscaras, 1997), il rend visite à un metteur en scène homosexuel   qui lui permet de résoudre l’énigme du cadavre d’un homme portant une robe découvert dans un bois. Dans L’Automne à Cuba (1998), Mario Conde démissionne de la police et mène une enquête littéraire dans Adiós Hemingway (2001), concernant le passé de l’auteur américain Ernest Hemingway auquel il voue une grande admiration. Tous les titres de cette série policière sont traduits en France aux éditions Métailié.

Leonardo Padura vit à La Havane où il reste quasiment anonyme, car les médias, sous le contrôle de l’État, l’ignorent.

Comme scénariste, il a notamment participé à l’écriture de trois des sept segments du films à sketchs 7 jours à La Havane en 2012 et au scénario du film Retour à Ithaque, co-écrit et réalisé par Laurent Cantet en 2014.

JOSEF MENGELE (1911-1979), LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE, OLIVIER GUEZ, ROMAN

La disparition de Josef Mengele : roman

La disparition de Jose Mengele : roman

Olivier Guezguez

Paris, Grasset, 2017. 236 pages.

 
Ce roman raconte l’histoire de la fuite de celui qui fut appelé « l’ange de la mort » à  Auschwitz. Ce roman est une plongée dans l’enfer des camps de la mort du régime nazi sous Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. Lire ce roman c’est  comme regarder le diable en face, le mal absolu, la négation de l’Homme, et voir ces monstres que fabrique l’histoire. On ne peut détacher sa pensée de tous ceux qui ne sont plus là pour dire ce qu’ils ont vécu car on les a réduits en cendres.

Olivier Guez nous fait suivre le parcours de Josef Mengele depuis son arrivée en Argentine où ont pu se réfugier – tant le régime fut complaisant. Dans cette Amérique du Sud de l’après 1945 on croise des anciens criminels de guerre, compatriotes ou non,  – comme Klaus Barbie ou Martin Eichmann. Dans le détail il nous livre leurs rêves déments de poursuivre l’œuvre d’Hitler (on peut songer aux rêves des anciens dirigeants du régime de Pétain à Sigmaringen).

On peut y suivre tous les réseaux qui se sont mi en place après la défaite de l’Allemagne et toutes les complicités qui les ont protégés.

Ainsi Mengele a pu s’abriter jusqu’à la fin derrière un mur de silence, il a pu compter sur de nombreux avocats et la fortune de sa famille

Mais le plus stupéfiant reste de savoir qu’il ait pu voyager en Europe, visiter sa famille, divorcer et se remarier sous sa véritable identité !

 

Au-delà de ce récit d’une fuite l’auteur ne nous fait grâce d’aucun détail sur l’activité de Mengele. C’est le récit clinique de son activité criminelle ; nous assistons aux expérimentations en tout genre pour percer les secrets de la vie sur ceux qui étaient voués à une mort certaine : enfants jumeaux, femmes enceintes, prisonniers choisis dès leur arrivée au camp. C’est la chronique d’une inhumanité incarnée, un discours raciste porté jusqu’à son extrême fin des chambres à gaz, c’est la rencontre entre une idéologie mortifère et un psychopathe qui ne regrette rien, qui assume ses actes au nom de la défense de la pureté du sang allemand.
Ce n’est que vers les années 1970 que le passé va le rattraper. L’Allemagne et Israël vont enfin commencer à le rechercher. Mais toutes une série de contingences géopolitiques, la guerre froide, puis les conflits du Proche Orient vont faire échouer toutes les tentatives pour le retrouver et le faire juger. Se sachant rechercher il ne va cesser de fuir en changeant de pays, en changeant d’identité  Et il finira par devenir paranoïaque au point de se brouiller avec tout son entourage mais jamais en regrettant ses crimes.

 

Il meurt en se noyant en 1979. Sa mort restera secrète jusqu’en 1985. Comme personne ne réclame son corps il finira à la morgue  En 1992 ses restes seront enfermées dans un placard de la morgue de São Paulo. Il n’aura jamais de sépulture.  Ironie de l’histoire ou vengeance posthume de l’histoire.

 

Il faudrait aussi lire le livre de Nyizli qui fut l’assistant de Mengele  sous le titre de Médecin  à Auschwitz. Ce roman doit appeler à la vigilance car l’innommable n’est toujours pas derrière nous. Il faut se rappeler ce qu’écrivait le Pasteur Matin Niemuler (1892-1984)

 

 » Comment cela a-t-il été possible !
Quand les nazis sont venus chercher
les communistes
Je n’ai rien dit,
En effet, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont jeté en prison
des sociaux-démocrates,
Je n’ai rien dit,
En effet, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher
les catholiques
Je n’ai pas protesté,
En effet, je n’étais pas catholique.
Quand ils sont venus me chercher
Il n’y avait plus personne
pour protester. « 

 

 

L’auteur

Olivier Guez est un journaliste et écrivain français.
Après des études à Sciences-Po Strasbourg (1992-1996) puis à la London School of Economics (1996-1997) et au Collège d’Europe de Bruges (1997-1998), il travaille comme journaliste indépendant pour plusieurs grands médias internationaux, dont le New York Times, Le Monde, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point

Il sort en 2003 son premier ouvrage, écrit en collaboration avec Frédéric Encel, « La Grande Alliance » (2003). On lui doit notamment « L’Impossible Retour, une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 » (2007), mais aussi un premier roman intitulé « Les Révolutions de Jacques Koskas » (2014), ainsi que « Éloge de l’esquive » (2014).

 

 

Josef Mengele (1911-1979)

Josef Mengele était un officier allemand de la SS, criminel de guerre qui a exercé comme médecin dans le camp d’extermination d’Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale.

Maillon actif de la Shoah, il sélection des déportés voués à la mort immédiate et réalisa diverses expérimentations médicales meurtrières sur les détenus. Après la guerre il s’enfuit en Amérique du Sud où il mourut en 1979 sans jamais avoir été jugé. Enterrésous un faux nom ses restes ne furent identifiés qu’en 1985.

Né en Bavière, Mengele obtint des doctorats en anthropologie et en médecine avant de rejoindre le parti nazi en 1937 puis la SS en 1938..

 Durant la guerre, il fut déployé dans un bataillon médical sur le Front de l’Est puis  transféré à Auschwitz au début de l’année 1943. S’intéressant à la génétique, il y vit l’occasion de mener ses recherches sur des sujets humains, juifs pour la plupart, sans égards pour leur vie. Il quitta le camp en janvier 1945 peu avant l’arrivée de l’Armée rouge.. Ses victimes, témoins de ses exactions, le surnommèrent « l’Ange de la mort ».

Bien qu’arrêté par les troupes américaines, il ne fut pas identifié comme criminel de guerre   et il rejoignit l’Argentine en juillet 1949 avec l’aide d’anciens SS.. Il vécut à Buenos Aires avant de s’enfuir au Paraguay en 1959 et au Brésil l’année suivante pour échapper aux enquêteurs allemands et israéliens. Malgré les mandats d’arrêt émis par le gouvernement allemand et les opérations clandestines du service de renseignement israélien du Mossad, Mengele ne fut pas capturé et il se noya alors qu’il se baignait près  de São Paulo en 1979. Il fut enterré sous un faux nom et ses restes ne furent exhumés et identifiés qu’en 1985.

BAKHITA, JOSEPHINE BAKHITA (sainte ; 1869-1947), ROMAN, ROMANS, VERONIQUE OLMI

Bakhita de Véronique Olmi

Bakhita 

Véronique Olmi

Paris, Albin Michel, 2017. 455 pages.

 

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C’est un roman noir, noir comme la peau ‘ébène de Bakhita ; mais un roman qui progressivement va vers la pleine lumière : roman noir et lumineux tout à la fois. Le livre de Véronique Olmi sur Bakhita, la religieuse soudanaise canonisée par Jean-Paul II, est bien plus qu’un roman. C’est l’histoire à la fois dramatique et pourtant pleine de vie et d’espérance d’une esclave au XIXè siècle.

Bakhita (sans soute née au alentour des années 1869)  est enlevée à l’âge de sept par des négriers musulmans pour être vendue comme esclave. La jeune fille qui a oublié son nom de naissance est nommée par dérision Bakhita (qui signifie « la chanceuse »). Il lui faudra bien de la chance en effet pour survivre à tout !

La jeune soudanaise enchaînée avec des centaines d’autres esclaves connaîtra les longues marches dans le désert, la faim, la soif, le dénuement…. Mais pardessus tout elle connaîtra le pire : vendue à divers maîtres parce qu’elle est jeune et belle elle sera traitée d’une manière où elle aurait pu perdre toute son humanité. Les humiliations de toutes sortes, les mauvais traitements marqueront son corps et son esprit pour toujours mais elle ne perdra jamais ce désir de vivre, cet espoir de retrouver un jour les siens. Au milieu de tout cela elle trouvera l’amitié avec une autre jeune esclave et elle ne perdra jamais sa dignité d’être humain.

Sa chance elle la rencontrera en 1883 quand elle sera vendue au Consul italien au Soudan  Bakhita  a 14 ans et sa vie change alors radicalement : «Le nouveau maître était assez bon et il se prit d’affection pour moi. Je n’eus plus de réprimandes, de coups, de châtiments, de sorte que, devant tout cela, j’hésitais encore à croire à tant de paix et de tranquillité ». C’est ainsi qu’elle va rentrer en Italie  Elle n’est pas encore juridiquement libre mais elle est traitée comme un être humain. Quelque temps plus tard elle entrera au couvent ses religieuses « canossiennes » de la ville de Venise où elle décidera de rester. Il faudra pourtant un procès pour qu’elle déclarée « libre » (novembre 1889).

C’est là que Bakhita va apprendre les rudiments de la foi chrétienne

« Les Sœurs firent mon instruction avec beaucoup de patience, dit-elle, et me firent connaître ce Dieu que tout enfant je sentais dans mon cœur sans savoir qui il était. Voyant le soleil, la lune et les étoiles, je me disais en moi-même : qui donc est le maître de ces belles choses ? Et j’éprouvais une grande envie de le voir, de le connaître et de lui rendre mes hommages ».

Elle sera baptisée et confirmée en 1890 par le cardinal-archevêque de Venise : « Ici, je suis devenue fille de Dieu ». Elle s’appellera désormais Joséphine Bakhita. Trois ans après, elle demanda à devenir religieuse  à 24 ans. La Sœur Supérieure, lui dit : « Ni la couleur de la peau, ni la position sociale ne sont des obstacles pour devenir sœur ». Le 7 décembre 1893  Bakhita rejoignit le couvent des Sœurs de la Charité à l’institut de catéchuménat de Venise et elle prononcera ses premiers vœux en 1896.

C’est donc une toute nouvelle vie qu’elle commence, une nouvelle vie où va donner toute sa pleine mesure. . Aimée de tous tant elle rayonnait de bonté, on lui donne le surnom de « Petite Mère Noire » (« Madre Moretta« ). Elle disait : «Soyez bons, aimez le Seigneur, priez pour ceux qui ne le connaissent pas. Voyez comme est grande la grâce de connaître Dieu. ».

Cette bonté elle l’exercera dans le pardon à ses négriers qui auraient pu la briser totalement : « Je n’ai jamais détesté personne. Qui sait, peut-être qu’ils ne se rendaient pas compte du mal qu’ils faisaient ?».

Et quand on lui demandait ce qu’elle pensait de ses bourreaux elle répondait :

« Si je rencontrais ces négriers qui m’ont enlevée et ceux-là qui m’ont torturée, je m’agenouillerais pour leur baiser les mains, car si cela ne fût pas arrivé je ne serais pas maintenant chrétienne et religieuse ».

« Les pauvres, peut-être ne savaient-ils pas qu’ils me faisaient si mal : eux ils étaient les maîtres, et moi j’étais leur esclave. De même que nous sommes habitués à faire le bien, ainsi les négriers faisaient cela, par habitude, non par méchanceté ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale alors que les bombes tombent sur le convent elle témoigne encore de cette foi en la vie :  « La Sainte Vierge m’a protégée, même quand je ne la connaissais pas. Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j’étais esclave, je n’ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait. Je n’en suis pas morte, parce que le Bon Dieu m’avait destinée à des « choses meilleures ». Et je connus finalement ce Dieu que je sentais dans mon cœur depuis que j’étais petite, sans savoir qui c’était ».

 La « Madre Moretta » comme le dit l’auteur devra par obéissance raconter sa vie à une journaliste qui publiera cette « Histoire merveilleuse ». Célèbre malgré elle, elle devra encore témoigner dans l’obéissance dans les instituts religieux et parfois auprès de personnalités. L’ancienne esclave, la religieuse à la peau noire est à la fois objet d’admiration et de curiosité.

C’est le 8 février 1947 après une longue maladie que Bakhita va quitter ce monde avec le souvenir douloureux des chaines qui martyrisaient son jeune corps : « Lâchez mes chaînes, elles me font mal ».

La petite soudanaise, l’ancienne esclave devenue religieuse fera l’objet d’un véritable culte après sa mort. Béatifiée le 17 mai 1992  elle a été canonisée par Jean-Paul II le 1er octobre 2000.

Le pape dira à cette occasion : « Cette sainte fille d’Afrique, montre qu’elle est véritablement une enfant de Dieu : l’amour et le pardon de Dieu sont des réalités tangibles qui transforment sa vie de façon extraordinaire ».

 

Véronique Olmi a su grâce à son écriture fluide et lumineuse faire revivre celle qui fut Bakhita « la chanceuse » puis la  « Madre Moretta »  C’est un témoignage de vie mais aussi un témoignage sur ce qu’était l’esclavage au XIXè siècle dans cette partie de l’Afrique. Dans ce livre il y a Bakhita mais il y a aussi l’Afrique avec ses paysages, ses richesses et ses drames aussi.

 

Nota Bene : les citations proviennent de diverses sources que l’auteur n’a pas toujours reprises intégralement pour ne pas alourdir le texte. On les retrouve sur le site Wikipédia ou dans l’ Histoire merveilleuse »