ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

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Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960

LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, NOTRE-DAME DE PARIS, ROMAN, ROMANS, VICTOR HUGO

Notre-Dame de Paris : le roman de Victor Hugo

Notre-Dame de Paris (roman)

Victor Hugo

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Présentation

Structure

Le roman se compose de 59 chapitres répartis en onze livres de longueur inégale. Dans la première édition du roman, paru chez Charles Gosselin en mars 1831, trois chapitres sont coupés en raison des contraintes de longueur imposées par l’éditeur : ce sont le chapitre « Impopularité » (IV, 4) ainsi que les deux chapitres formant le livre V (« Abbas beati Martini » et « Ceci tuera cela »). Ces chapitres sont publiés dans la deuxième édition, définitive, du roman, parue chez Eugène Renduel en décembre 1832

 

Résumé

L’intrigue se déroule à Paris en 1482. Les deux premiers livres (I et II) du roman suivent Pierre Gringoire, poète sans le sou. Gringoire est l’auteur d’un mystère qui doit être représenté le 6 janvier 1482 au Palais de justice en l’honneur d’une ambassade flamande. Malheureusement, l’attention de la foule est vite distraite, d’abord par le mendiant Clopin Trouillefou, puis par les ambassadeurs eux-mêmes, et enfin par l’organisation improvisée d’une élection du Pape des fous à l’occasion de la Fête des Fous qui a lieu ce jour-là. Le sonneur de cloches de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Quasimodo, est élu Pape des Fous en raison de sa laideur. Le mystère finit par s’arrêter, faute de public. Gringoire, à cette occasion, entend parler d’Esmeralda, une danseuse bohémienne qui passe pour égyptienne. L’ayant aperçue, il la suit dans les rues de Paris à la tombée de la nuit. Esmeralda manque d’être enlevée par Quasimodo accompagné d’un mystérieux homme vêtu de noir (qui se révèlera être l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo) mais elle est sauvée par l’intervention d’un capitaine de la garde, Phoebeus de Châteaupers. Gringoire qui a été renversé lors de l’intervention reprend ses esprits un peu plus tard et erre dans les rues, il se retrouve sans le vouloir au cœur de la cour des Miracles, le quartier hanté par les pires truands de la capitale. Il manque d’y être pendu, et doit la vie à l’intervention d’Esmeralda qui le prend pour mari, mais seulement pour le sauver.

Le livre III évoque la cathédrale Notre-Dame de Paris, son histoire et ses restaurations mal pensées, puis donne une vision d’ensemble de la ville de Paris telle qu’elle apparaissait à un spectateur médiéval regardant la capitale du haut des tours de la cathédrale.

Le livre IV, au cours d’une analepse, revient sur les conditions dans lesquelles Frollo a adopté Quasimodo et sur la jeunesse de l’archidiacre. Frollo fut une personne affectueuse dans sa jeunesse, mais devint petit à petit rigide et triste. Sa vie est entièrement consacrée à la quête du savoir, et il ne porte d’affection qu’à deux personnes : son frère cadet Jehan élevé par lui, un écolier dissipé mais qui passe son temps au cabaret et dans les maisons de passe ; et le bossu Quasimodo, qu’il a adopté à quatre ans quand il le vit exposé comme enfant trouvé dans la cathédrale. Frollo n’a jamais éprouvé de passion pour les femmes, dont il a une piètre opinion, et il déteste les bohémiens.

Au livre V, Frollo, à qui son savoir et ses connaissances en théologie ont permis de devenir archidiacre de Notre-Dame, reçoit la visite de Jacques Coictier, médecin du roi, accompagné d’un mystérieux visiteur, le « compère Tourangeau ». Tous trois discutent de médecine et d’alchimie, et, en partant, le mystérieux personnage révèle être l’abbé de Saint-Martin de Tours, c’est-à-dire le roi Louis XI en personne. Au cours de la discussion, Frollo a fait allusion à la révolution technique que représente l’invention de l’imprimerie : le livre va provoquer le déclin de l’architecture, qui représentait jusqu’à présent l’œuvre la plus aboutie de l’esprit humain. Dans le chapitre suivant, « Ceci tuera cela », Hugo développe cette réflexion de son personnage.

Au livre VI, Quasimodo est jugé au Châtelet pour sa tentative de rapt. L’affaire est écoutée par un auditeur sourd, et Quasimodo est sourd lui-même : le procès est une farce, et Quasimodo, sans avoir été écouté et sans avoir rien compris, est condamné à deux heures de pilori en place de Grève et à une amende. Sur la place de Grève, dans un entresol, se trouve le « Trou aux rats », qui sert de cellule à une recluse volontaire, la sœur Gudule. Un groupe de femmes, Gervaise, Oudarde et Mahiette, discute non loin de là ; Mahiette raconte l’histoire de Paquette, surnommée la Chantefleurie, dont l’adorable fillette a été enlevée quinze ans plus tôt par des bohémiens alors qu’elle n’avait pas un an, et remplacée par un enfant bossu dont on comprend qu’il s’agit de Quasimodo, plus tard recueilli par Frollo. La Chantefleurie aurait été rendue folle de douleur par la perte de sa fille, qu’elle n’a jamais retrouvée. Mahiette est persuadée que sœur Gudule n’est autre que la Chantefleurie, car celle-ci garde dans sa cellule un petit chausson d’enfant, seul souvenir de sa fille. De plus, la recluse voue une haine féroce aux bohémiens, et en particulier à Esmeralda. Peu après cette conversation, Quasimodo est amené en place de Grève et subit son supplice. Il doit son seul réconfort au geste généreux d’Esmeralda qui lui donne à boire.

Le livre VII commence plusieurs semaines plus tard. Esmeralda danse sur le parvis de Notre-Dame, tandis que Gringoire, qui s’est fait truand, est à présent jongleur. Esmeralda est regardée par la foule, mais aussi par Frollo, du haut des tours, et par Phœbus de Châteaupers. Celui-ci se trouve alors chez sa future épouse, Fleur-de-Lys, dont la maison fait face à la cathédrale. Reconnaissant la bohémienne, il la fait monter chez Fleur-de-Lys. Esmeralda, qui, en secret, est éperdument amoureuse de Phœbus, suscite la jalousie de Fleur-de-Lys à cause de sa beauté. Esmeralda est trahie par sa chèvre, Djali, à qui elle a appris à disposer des lettres pour former le nom de Phœbus : elle est alors chassée. Frollo accoste Gringoire pour le faire parler à propos d’Esmeralda, et comprend qu’elle est amoureuse de Phœbus. Les jours passent. Frollo devient peu à peu obsédé par sa passion pour l’Égyptienne et par sa jalousie pour Phœbus. Alors que son frère Jehan, qui dépense régulièrement tout son argent dans les cabarets et les maisons de passe, vient lui demander de lui prêter de l’argent, Claude Frollo reçoit la visite de maître Jacques Charmolue, et Jehan doit rester caché dans un coin pendant leur conversation. En quittant la cathédrale, Jehan croise Phœbus, qui est de ses amis. Phœbus, qui n’est nullement amoureux d’Esmeralda mais a envie de passer une nuit avec elle, a donné rendez-vous à la bohémienne dans un cabaret le soir même. Claude Frollo, qui a vu Jehan aborder Phœbus, abandonne son entretien avec Charmolue pour suivre discrètement les deux hommes. Lorsque Phœbus abandonne Jehan ivre mort après qu’ils ont bu ensemble, Claude l’aborde et demande à pouvoir assister à ses ébats avec la bohémienne, moyennant paiement ; Phœbus accepte. Esmeralda vient au rendez-vous, où Phœbus se montre très entreprenant ; mais au moment où elle va céder à ses avances, Claude Frollo surgit et poignarde le capitaine, avant de s’enfuir par une fenêtre donnant sur la Seine.

Au livre VIII, Esmeralda est arrêtée et jugée pour le meurtre de Phœbus de Châteaupers, qui a été gravement blessé. Elle est également soupçonnée de sorcellerie. Elle apprend que Phœbus est probablement mort, et, abattue, cesse de plaider son innocence. Soumise à la torture, elle avoue tout ce dont on l’accuse. Quelque temps après, Frollo vient la voir dans son cachot, confesse son amour pour elle et offre de l’aider, mais elle refuse et le repousse, toujours éprise de Phœbus dont elle le croit le meurtrier. En réalité, Phœbus a survécu et guérit progressivement, mais décide de s’abstenir de revoir Esmeralda, de peur que toute l’affaire ne compromette sa bonne réputation et son futur mariage. Deux mois après la nuit de son rendez vous avec la bohémienne, Phœbus se trouve chez Fleur-de-Lys au moment où Esmeralda est amenée sur le parvis de la cathédrale pour être pendue. Esmeralda aperçoit Phœbus vivant et l’appelle, mais il se retire précipitamment : Esmeralda, désespérée, s’abandonne à la mort. Mais Quasimodo intervient soudain, s’empare d’elle et la traîne dans l’église, où le droit d’asile la met à l’abri.

Au livre IX, Frollo errant dans le voisinage, est pris de souffrances par sa condition, il pense Esmeralda morte. Le soir même, de retour à Notre-Dame, il croise la bohémienne sans se faire voir. Pendant des jours, dans la cathédrale, Quasimodo veille sur la jeune fille. Il tente de persuader Phœbus de venir voir Esmeralda, mais ce dernier refuse catégoriquement. Pour ne pas blesser celle qu’il aime de plus en plus, Quasimodo dira à Esmeralda qu’il n’a pas trouvé Phœbus. Le bossu tente de faire comprendre à la jeune fille que l’apparence physique ne fait pas tout, mais la bohémienne est toujours fortement amoureuse de Phœbus et croit encore aveuglément que le capitaine l’aime également. L’amour de Quasimodo pour Esmeralda commence à prendre le dessus sur sa loyauté envers Frollo, au point que, lorsque Frollo tente d’abuser de la bohémienne, Quasimodo lui fait barrage.

Au livre X, Frollo demande à Gringoire de sauver Esmeralda en retour de la vie qu’elle lui a sauvé jadis lorsqu’il a failli être pendu. Le poète a une idée approuvée par Frollo : faire appel aux truands avec lesquels vivait Esmeralda pour qu’ils viennent la délivrer. En pleine nuit, les truands venus en très grand nombre assiègent la cathédrale. Mais les portes sont fermées et Quasimodo retient l’invasion jusqu’à l’arrivée des soldats envoyés par le roi Louis XI que l’on a prévenu rapidement. Par autodéfense, Quasimodo tue Jehan Frollo (frère de l’archidiacre) qui venait de rallier les truands le jour même. Les truands sont décimés par les soldats du roi.

Au livre XI, Frollo profite du désordre qui règne sur le parvis de Notre-Dame pour emmener Esmeralda avec lui hors du bâtiment, accompagné de Gringoire et de Djali, la chèvre d’Esmeralda. Ils quittent l’île où se trouve la cathédrale et Gringoire prend la poudre d’escampette avec la chèvre. Resté seul avec Esmeralda, Frollo lui réitère ses déclarations d’amour et essaie de la convaincre : il peut l’aider à s’échapper et ainsi la sauver de la mort si elle accepte de l’aimer. Mais elle refuse toujours. Furieux, il la livre aux griffes de la vieille recluse du Trou-aux-rats, en attendant l’arrivée en force de la Justice. Mais au lieu de cela, la sœur Gudule reconnaît en l’Égyptienne sa propre fille, Agnès, volée par des gitans quinze ans auparavant. Sœur Gudule ne peut cependant en profiter, car les sergents de ville retrouvent la jeune bohémienne qu’ils traînent à nouveau au gibet. La mère meurt d’un coup à la tête lors de sa lutte pour sauver sa fille. Du haut de Notre-Dame, Quasimodo et Frollo assistent à l’exécution, par pendaison, d’Esmeralda. Quasimodo comprend que Frollo a livré Esmeralda ; furieux et désespéré il pousse le prêtre du haut de la tour, et va lui-même se laisser mourir dans la cave de Montfaucon, tenant embrassé le cadavre d’Esmeralda, enfin uni à elle pour l’éternité.

Personnages principaux

Pierre Gringoire : le personnage de Gringoire s’inspire librement du poète et dramaturge réel du même nom. Dans le roman, Gringoire est un artiste sans le sou qui cultive une philosophie du juste milieu. Il suit Esmeralda jusqu’à la cour des Miracles, puis est sauvé de la pendaison lorsqu’elle accepte de se marier avec lui (même si elle n’éprouve pas le moindre sentiment à son égard). Gringoire se fait alors truand.

Esmeralda : (appelée « la Esmeralda » dans le roman) bohémienne séjournant à la cour des miracles, âgée de seize ans, elle gagne sa vie en dansant dans les rues de Paris et sur le parvis de Notre-Dame. Remarquable par sa beauté, elle incarne l’innocence, la naïveté et la noblesse d’âme. Les désirs qu’elle suscite sont le principal engrenage de la fatalité qui lui coûte également la vie à la fin du roman. Le malheur d’Esmeralda est causé par l’amour impossible qu’elle éveille chez l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qu’elle craint et déteste. De son côté, Esmeralda entretient une passion naïve et aveugle pour Phœbus de Châteaupers, un capitaine de la garde dont elle admire la beauté. Le bossu de Notre-Dame, Quasimodo, qui éprouve envers elle un amour sans illusion, tente en vain de lui faire comprendre que la beauté ne fait pas tout. Considérée par tous comme une « Égyptienne », Esmeralda est en réalité la fille perdue d’une Rémoise nommée Paquette. En effet, le roman dévoile qu’Esmeralda et Quasimodo sont des enfants échangés à leur jeune âge.

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Claude Frollo : lointainement inspiré d’un personnage réel, Claude Frollo est l’archidiacre de Notre-Dame, mû par sa foi et son appétit de savoir. Frollo entretient son frère Jehan, et a recueilli et élevé Quasimodo. Il se trouve par la suite déchiré entre son amour pour Dieu et la passion mêlée de haine qu’il voue à Esmeralda.

Quasimodo: Quasimodo est le carillonneur de Notre-Dame et ne sort quasiment jamais de la cathédrale. Né bossu, borgne et boiteux, il devint en plus sourd à cause des cloches. Frollo l’a adopté et élevé depuis ses quatre ans alors qu’il venait d’être abandonné. Il est le seul à savoir communiquer avec lui, par signes. Quasimodo apparaît au début du roman comme une brute à la botte de Frollo, mais se révèle ensuite doté de sensibilité et d’intelligence. L’amour et le dévouement qu’il porte à Esmeralda finissent par supplanter son obéissance envers Frollo. Le roman dévoile qu’Esmeralda et Quasimodo sont des enfants échangés à leur jeune âge.

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Jehan Frollo : le jeune frère de Claude Frollo est un étudiant dissipé qui fréquente les truands de la Cour des miracles, mais compte aussi Phœbus de Châteaupers parmi ses connaissances de taverne. Lors de l’assaut de la cathédrale, il meurt fracassé contre la muraille de la cathédrale puis jeté dans le vide par Quasimodo.

Phoebus de Châteaupers : capitaine de la garde, il est attiré par la gitane Esmeralda sans avoir de réels sentiments pour elle. Il est déjà fiancé à Fleur-de-Lys, qui s’avère très jalouse de sa rivale.

Paquette : surnommée aussi la Chantefleuriela reclusela sachette, ou sœur Gudule. Cette femme a choisi de vivre enfermée dans le Trou aux Rats, depuis que sa fille d’un an (qu’elle chérissait), ait été enlevée par des bohémiens venus d’Égypte et échangée contre un enfant de quatre ans, hideux, boiteux et borgne (dont on comprend qu’il s’agit de Quasimodo). Elle croit sa fille morte et voue une haine féroce aux Égyptiens en général et à la Esmeralda en particulier.

Fleur de Lys de Gondelaurier: fiancée de Phœbus, elle est très jalouse d’Esmeralda.

Clopin Trouillefou : Un des chefs de la bande des truands, il occupe une place importante à la cour des Miracles.

Louis XI : cruel, avare et calculateur, le roi de France n’apparaît que dans quelques scènes, mais il joue un rôle décisif dans la répression de la révolte des truands qui tentent de sauver Esmeralda. Intéressé par la quête de la pierre philosophale, il vient à Notre-Dame sous une fausse identité, celle du « compère Tourangeau », pour s’entretenir d’alchimie avec Claude Frollo. Louis XI apparaît fréquemment comme un personnage machiavélique dans les œuvres romantiques du XIXè siècle, et en particulier dans les romans de Walter Scott.

 

Genèse et publication du roman

En 1828, l’éditeur parisien Charles Gosselin propose à Victor Hugo d’écrire un roman dans la lignée de l’auteur écossais Walter Scott, , alors très à la mode en France, et que Hugo apprécie beaucoup. Il lui a d’ailleurs consacré un article, « Sur Walter Scott, à propos de Quentin Durward » dans la revue La Muse française, en 1823. Le 15 novembre 1828, Victor Hugo signe un contrat avec Gosselin. Dans ce contrat, Hugo s’engage à lui livrer « un roman à la mode de Walter Scott ». Le contrat d’origine prévoit la livraison du roman en avril 1829 ; en contrepartie, Gosselin s’engage à publier aussi deux autres projets de Hugo, Le Dernier Jour d’un condamné et Les Orientales, et à rééditer ses deux romans précédents, Bug-Jargal et Han d’Islande. Mais très vite, les retards s’accumulent et les rapports entre Hugo et Gosselin se détériorent complètement à partir du printemps 1830. Hugo est alors occupé par ses autres projets littéraires : l’écriture de la pièce Marion Delorme, qui n’est finalement pas créée au théâtre, et l’écriture et la création du drame romantique Hernani, puis la « bataille » à laquelle la pièce donne lieu à sa création le 25 février 1830. En mai 1830, après des menaces de procès de la part de Gosselin puis plusieurs médiations, Hugo s’engage à terminer le roman au plus tard le 1er décembre 1830, sous peine de devoir verser à l’éditeur des indemnités de retard de 10 000 francs ; la livraison du roman terminé doit valoir à Hugo 2 000 francs comptant, 2 000 à nouveau un peu plus tard, et un franc par exemplaire vendu.

En juin 1830, Hugo commence à rassembler la documentation nécessaire au roman, et rédige, en juin ou en juillet, un premier plan détaillé. Fin juillet, il commence à peine la rédaction du premier chapitre lorsque la Révolution de Juillet éclate à la suite des ordonnances impopulaires prises par le roi Charles X. Hugo met précipitamment sa famille à l’abri et confie ses biens, dont ses manuscrits, à son beau-frère ; pendant ces déménagements, il égare un cahier contenant deux mois de notes de recherches documentaires. Il parvient à négocier un nouveau délai de deux mois, portant l’échéance au 1er février 1831. Début septembre, il reprend la rédaction du roman, qui se poursuit cette fois sans nouvelle interruption majeure. Dans une lettre à Gosselin le 4 octobre, Hugo indique que le roman sera probablement plus long que prévu, et demande à disposer de trois volumes, au lieu des deux prévus initialement : Gosselin refuse catégoriquement, à cause des dépenses supplémentaires que cela occasionnerait, ce qui contraint Hugo à mettre de côté trois chapitres (« Impopularité », « Abbas beati Martini » et « Ceci tuera cela »), qu’il compte bien publier plus tard dans une édition complète chez un autre éditeur. La rédaction du roman est achevée le 15 janvier.

Anankè.
La première édition de Notre-Dame de Paris paraît ainsi chez Gosselin le 16 mars 1831, précédé d’une brève préface où Hugo évoque l’inscription, gravée en lettres grecques majuscules « ἈΝΆΓΚΗ » (c’est-à-dire Ananké, qu’il choisit de traduire par « Fatalité ») qu’il aurait vue « dans un recoin obscur de l’une des tours » et qui lui aurait inspiré le roman. Dans cette préface, Hugo inclut une critique brève mais sévère contre les restaurations hâtives dont sont victimes les monuments historiques en général et Notre-Dame de Paris en particulier. Le 12 décembre 1832, libéré de son contrat, Hugo publie chez Eugène Renduel une deuxième édition, définitive, intégrant les trois chapitres absents de l’édition Gosselin, ainsi qu’une « Note ajoutée à l’édition définitive »10. Dans cette note, Hugo invente l’histoire d’un cahier contenant les trois chapitres qui se serait égaré et n’aurait été retrouvé qu’après la parution de la première édition, ce qui lui permet de passer sous silence ses démêlés avec Gosselin. Il insiste par ailleurs sur le fait que les chapitres sont inédits et non pas nouveaux.

Accueil critique

Au moment de sa parution, le roman de Hugo reçoit dans la presse française des critiques en majorité élogieuses. En mars 1831, la critique de la Revue de Paris salue en particulier le talent avec lequel Hugo fait revivre le Paris du xve siècle, et la façon dont il fait de la cathédrale « la grande figure du roman, sa véritable héroïne peut-être ». Paul Lacroix, dans le numéro de mars-avril 1831 du Mercure du XIXè siècle, considère lui aussi la cathédrale comme « en quelque sorte le personnage principal du livre », et apprécie surtout la façon dont le roman, qu’il qualifie d’« immense ouvrage », coordonne ses différents éléments, ainsi que « la variété des tons et des couleurs […] l’alliance merveilleuse de la science à l’imagination ». Le Journal des débats, en juin-juillet 1831, salue la puissance imaginative du roman, qui rend notamment possible la reconstitution du Paris médiéval, mais aussi la variété et l’éclat de son style.

Plusieurs critiques et écrivains, tout en formulant des avis favorables à propos du roman, lui reprochent un manque de spiritualité dans son évocation de la cathédrale et de la religion. Charles de Montalembert, dans le journal L’Avenir des 11 et 28 avril 1831, indique qu’il est de son devoir de signaler comme une erreur un « penchant vers la matière »qui prédomine selon lui dans le roman, et affirme plus loin : « on n’y voit nulle trace d’une main divine, nulle pensée de l’avenir, nulle étincelle immortelle ». Sainte-Beuve, , dans un article paru en juillet 1832 dans le Journal des Débats reproche au roman son « ironie qui joue, qui circule, qui déconcerte, qui raille et qui fouille, ou même qui hoche la tête en regardant tout d’un air d’indifférence », tandis que le traitement des personnages n’abandonne cette ironie que pour obéir à une logique de fatalité que Sainte-Beuve juge dépourvue de toute pitié, et il en conclut : « Il manque un jour céleste à cette cathédrale ; elle est comme éclairée d’en bas par des soupiraux d’enfer ». Le poète Lamartine émet un avis proche dans une lettre qu’il adresse à Hugo le 1er juillet 1831 après avoir lu le roman : tout en qualifiant le livre de « Shakespeare du roman » et d’« épopée du Moyen Âge », il le juge « immoral par le manque de Providence assez sensible ».

L’avis le plus sévère est celui du romancier Honoré de Balzac, qui écrit à Berthoud le 19 mars 1831 : « Je viens de lire Notre-Dame — ce n’est pas de M. Victor Hugo auteur de quelques bonnes odes, c’est de M. Hugo auteur d’Hernani — deux belles scènes, trois mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la belle et la bête, et un déluge de mauvais goût — une fable sans possibilité et par-dessus tout un ouvrage ennuyeux, vide, plein de prétention architecturale — voilà où nous mène l’amour-propre excessif. »

 

Thèmes principaux

Un roman historique

Notre-Dame de Paris relève du genre du roman historique, qui est à la mode au début du XIXè siècle, de même que la période du Moyen Âge qui suscite un intérêt nouveau de la part des écrivains et des poètes à partir des années 1820, sous l’impulsion d’auteurs comme Chateaubriand  ou Madame de Staël. Le chapitre « Paris à vol d’oiseau », en particulier, présente une tentative de reconstitution historique du Paris de 1482.

Mais Victor Hugo ne se considère pas comme tenu de respecter la vérité historique à tout prix et n’hésite pas à modifier le détail des faits et à resserrer l’intrigue pour faire mieux ressortir le caractère de personnages historiques comme Louis XI ou pour mettre en avant sa vision de l’Histoire. En cela, il applique à son roman les principes exposés dans un article « À propos de Walter Scott » qu’il a publié en 1823, et où il affirme : « j’aime mieux croire au roman qu’à l’histoire, parce que je préfère la vérité morale à la vérité historique».

 La réflexion philosophique : entre progrès de l’histoire et drame de la fatalité

Le roman historique tel que le conçoit Hugo comporte également une part de réflexion philosophique et morale. Sa mise en scène du XVè siècle et d’événements tels que le soulèvement populaire pour libérer Esmeralda vise moins à une reconstitution exacte de l’époque qu’à nourrir une réflexion politique adressée aux lecteurs français du XIXè siècle vivant sous la monarchie de Charles X. Le roman propose une philosophie de l’histoire et une théorie du progrès exposés en détail dans le chapitre « Ceci tuera cela ». Quant au sort tragique des personnages principaux, il nourrit une réflexion sur le destin traversée par la notion d’Ananke (Fatalité).

Un cadre de réflexion politique

La dimension politique du roman fournit à Hugo l’occasion d’affirmer, de manière plus ou moins directe, ses convictions politiques sur plusieurs sujets. Le combat le plus explicite mené par l’auteur à l’occasion du roman est un plaidoyer pour la préservation du patrimoine architectural dont la cathédrale Notre-Dame-de-Paris n’est que l’un des représentants les plus connus, et qui est mis en péril à l’époque du roman par des destructions pures et simples ou par des restaurations qui défigurent l’architecture d’origine des monuments : Hugo poursuit en cela le combat entamé plusieurs années plus tôt, par exemple dans un article qu’il publie en 1825, « Guerre aux démolisseurs ! », dont des rééditions paraissent en 1829 et 1832 (la seconde remaniée et augmentée).

Hugo mène également une réflexion sur la justice : la justice médiévale est présentée dans le chapitre « Coup d’œil impartial sur l’ancienne magistrature » comme une mascarade injuste où l’accusé pauvre est condamné d’avance et est tournée en dérision jusqu’à l’absurde dans une scène de satire féroce (le procès de Quasimodo, accusé sourd condamné par un juge sourd sans que ni l’un ni l’autre n’aient rien compris à l’affaire) ; mais elle est aussi montrée comme soumise à l’irrationnel et à la superstition (le procès d’Esmeralda condamnée pour sorcellerie). De plus, lorsqu’il décrit le gibet de la place de Grève, Hugo donne une évocation effrayante de la peine de mort, qu’il dénonce comme barbare et qu’il affirme destinée à être abolie par le progrès de l’Histoire : il poursuit en cela le combat entamé avec Le Dernier Jour d’un condamné, dont la première édition paraît anonymement en 1829 (avant Notre-Dame de Paris) et qu’il complète d’une préface signée de son nom lors de la réédition de 1832.

Enfin, le roman contient une réflexion politique sur le pouvoir royal à travers le personnage de Louis XI.

 La part du fantastique

Les dimensions philosophique et politique du roman n’empêchent pas par ailleurs celui-ci d’emprunter en partie ses procédés au roman gothique anglais du XVIIIè siècle, avec la part de fantastique qu’il contient : le principal personnage de Notre-Dame de Paris rattachant le roman à ce genre est l’archidiacre Claude Frollo, qui s’inscrit dans la lignée de la figure de l’homme d’Église maudit et possédé par le démon tel qu’il apparaît dans les textes fondateurs du genre comme Le Moine de Lewis (paru en 1796) ou Melmoth ou l’homme errant de Charles-Robert Mathurin (paru en 1820). Plusieurs scènes de l’intrigue reprennent des procédés narratifs courants du genre, comme les enlèvements, les enfermements ou la persécution d’un personnage par un autre (en l’occurrence celle d’Esmeralda par Frollo).

Si aucun événement du roman ne relève réellement du surnaturel, les personnages baignent dans un univers de croyances qui provoque leur effroi ou, dans le cas de Frollo, une dérive vers le mal et la folie ; le fantastique réside davantage dans la perception qu’ont les personnages du monde qui les entoure, et que Hugo rend sensible grâce aux procédés de la narration romanesque qu’il emprunte au roman gothique.

Postérité

Gérard de Nerval, dès 1832, mentionne le roman dans un poème, « Notre-Dame de Paris », où il évoque les hommes de l’avenir qui viendront contempler la cathédrale, « Rêveurs, et relisant le livre de Victor ».

En 1833, l’historien Jules Michelet évoque le roman dans le deuxième tome de son Histoire de France : « Je voulais du moins parler de Notre-Dame de Paris, mais quelqu’un a marqué ce monument d’une telle griffe de lion, que personne désormais ne se hasardera d’y toucher. C’est sa chose désormais, c’est son fief, c’est le majorat de Quasimodo. Il a bâti, à côté de la vieille cathédrale, une cathédrale de poésie, aussi ferme que les fondements de l’autre, aussi haute que ses tours ».

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Adaptations

Dès l’époque de sa parution, le roman a fait l’objet de nombreuses adaptations sur des supports variés.

 Œuvres musicales

Esquisse représentant des décors de La Esmeralda, opéra de Louise Bertin  (1836).

1836 : La Esmeralda, opéra en 4 actes de Louise Bertin

1844 : La Esmeralda, ballet en 5 tableaux de Jules Perrot, sur une musique de Cesare Pugni

1847 : La Esmeralda, opéra d’Alexandre Dargomyjski. i

1883 : Esmeralda, opéra d’Arthur Goring Thomas

1902 : La fille de Gudule, ou Esmiralda, ballet d’Alexandre Gorski sur la musique d’Antoine Simon (compositeur).

1965: Notre-Dame de Paris (ballet) – ballet de Roland Petit

1978 : Notre-Dame de Paris, spectacle de Robert Hossein

1998 : Notre-Dame-deParis, comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante.

2002 : Klokkeren fra Notre-Dame,, comédie musicale du compositeur danois Knud Christensen.

 Cinéma

1905 : La Esmeralda  est un film d’Alice Guy et Victorin Jasset.

1911 : Notre-Dame de Paris, film de Albert Capellani.

1917 : The Darling of Paris est un film de J. Gordon Edwards  

1923 : Notre-Dame de Paris (The Hunchback of Notre Dame), film de Wallace Worsley

1931 : Notre-Dame-de Paris, film de Jean Epstein

1939 : Quasimodo (The Hunchback of Notre-Dame), film de William Dieterle

1942 ; Notre-Dame de Paris est un film de René Hervouin.

1956 : Notre-Dame de Paris film de Jean Delannoy

1996 : Le Bossu de Notre-Dame (The Hunchback of Notre Dame), film d’animation de Walt Disney Company

1999 : Quasimodo d’El Paris, comédie de Patrick Timsit

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ENCYCLOPEDIE DE LA LITTERATURE ROMANESQUE FRANCOPHONE (1532-1951), LITTERATURE FRANCOPHONE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMANS

Rétrofictions : encyclopédie de la conjecture romanesque (1532-1951)

Retrofictions
Illustration de couverture de Jeam Tag.

Rétrofictions: Encyclopédie de la conjecture romanesque rationnelle francophone, de Rabelais à Barjavel, 1532-1951.  

Guy Costes, Joseph Altairac, Gérard Klein

Paris, Editions les Belles Lettres, 2018. 2458 pages.

 

Auteurs du monumental essai bibliographique Les Terres creuses (2006) consacré aux mondes souterrains imaginaires, Guy Costes et Joseph Altairac explorent cette fois, avec Rétrofictions, les domaines de l’utopie, des voyages extraordinaires, du merveilleux scientifique et de la science-fiction ancienne, en reprenant à leur compte le concept unificateur de « conjecture romanesque rationnelle » théorisé par l’encyclopédiste Pierre Versins.
Cette entreprise ne constitue cependant pas une simple mise à jour de sa célèbre Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction (1972) : en effet, Rétrofictions concerne exclusivement les productions francophones, mais recensées dans une perspective d’exhaustivité, à partir de 1532, date de publication du Pantagruel de Rabelais, jusqu’à la création en 1951 du « Rayon Fantastiques» et d’ « Anticipation », premières collections françaises de science-fiction.
L’ouvrage propose près de 5000 entrées onomastiques consacrées aux auteurs de 11000 occurrences dans des genres et sur des supports les plus divers (littérature, poésie, théâtre, bande dessinée, illustration, cinéma, radiodiffusion, carte postale, assiette ornée, etc.), œuvres  dont l’appartenance à la conjecture rationnelle se trouve à chaque fois justifiée par un extrait ou un descriptif, accompagnés de données bibliographiques précises. La reproduction de plus de 1000 documents iconographiques témoigne de l’importance accordée par les auteurs à l’illustration au sens large.
Enfin, un imposant index thématique achève de faire de Rétrofictions  un ouvrage de référence et un outil indispensable aussi bien à l’amateur et au collectionneur qu’au chercheur travaillant sur l’histoire et l’évolution de la science-fiction francophone sous toutes ses formes. 

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Revue de presse

Saluons ce monstre de science et de patience, météore éditorial et désormais indispensable pierre d’angle de toute bibliothèque française de l’imaginaire. Source: Le Monde des Livres Published On: 2018-10-26

Le souci d’exhaustivité et le sérieux des deux auteurs ne sont plus à prouver. […] Un véritable travail de titans. Source: Le français dans le monde Published On: 2018-11-01

Il y a désormais une réponse à la fameuse question : quel livre emporter sur l’île déserte ? Un ouvrage profus, documenté, luxuriant. […] Vous ne parviendrez pas à vous en libérer. Source: Galaxies

Un corpus incroyable, […] un Who’s Who de la rétrofiction, […] une mine d’extraits et de trouvailles. […] Saluons donc ici haut et fort Joseph Altairac & Guy Costes, pour ce travail digne des moines copistes. Tels des humbles mais joyeusement barrés Bartleby, ils ont hantés les antres les plus reculées des bibliothèques, des librairies, des bouquinistes et des antiquaires pour nous trouver ces innombrables ressources. Révérence et chapeau bas !

Source: Boojum.fr Published On: 2018-11-23

Une admirable encyclopédie célèbre ce que notre culture francophone semble avoir oublié : son goût très ancien, depuis le siècle de Rabelais, pour la « science-fiction ». Source: Le Figaro Magazine Published On: 2018-11-30

Une somme de travail extraordinaire. […] Une encyclopédie à consulter de façon erratique, c’est le meilleur moyen d’être davantage surpris et séduit. Source: Le Soir Published On: 2018-12-08

Au plaisir de grignoter les résumés et citations des quelque 11 000 titres de récits mentionnés s’ajoute celui de la découverte de véritables inconnus parmi les 4 000 auteurs recensés. Et que dire des centaines d’étonnantes illustrations dénichées […]. Un régal de lecture pour de nombreux mois ! Source: L’Écran fantastique Published On: 2019-01-01

Dans le monde de la SF, on dit « Costes et Altairac » comme dans celui de la gastronomie on dit « Gault et Millau ». […] Cette odyssée dans l’imagination humaine grise tant par son ampleur que par le caractère pointu de ses informations. Un ouvrage fascinant tant il s’essaye à épuiser son sujet. Sidéral et sidérant. Source: Télérama Published On: 2019-02-19


« Monumental. Cette encyclopédie va s’imposer comme une référence. » (Libération)
« L’indispensable pierre d’angle de toute bibliothèque française de l’imaginaire. » (Le Monde des Livres)

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 Quatre siècles de littératures de l’imaginaire en une encyclopédie

C’est un travail colossal et passionnant : deux chercheurs publient un énorme ouvrage des littératures francophones de l’imaginaire entre le XVIe siècle et le milieu du XXe. Rencontre avec Joseph Altairac, l’un des deux auteurs de ce livre au format XXXL.

Guy Costes et vous-même titrez votre livre à quatre mains : Encyclopédie de la conjecture romanesque rationnelle francophone. Francophone, on comprend, mais pour le reste…
Il s’agit d’une expression forgée par notre maître, Pierre Versins, qui a en 1972 écrit la première encyclopédie 1 consacrée à ce que l’on appelle de façon réductrice la science-fiction. Elle nous a permis d’aborder beaucoup de domaines : la SF, bien sûr, mais aussi les utopies, les dystopies, les voyages extraordinaires, les uchronies…. C’est une définition très large. Elle est évidemment parfois un peu floue. Les romans spirites en font-ils partie ou non ? Et les romans qui racontent une histoire secrète, qui imaginent par exemple que Napoléon s’est évadé de Sainte-Hélène et a refait sa vie, en relèvent-ils ?

Effectivement, le font-ils ? Les avez-vous inclus ou pas ?
Cela dépend. Ceux sur Napoléon, oui. Ceux sur le Masque de fer ou Louis XVII, non, car ce sont des histoires tellement traitées qu’elles ne paraissent plus conjecturales.

Votre ouvrage comporte 11086 entrées. Est-ce l’œuvre d’une vie ? Et comment démarre-t-on un projet aussi colossal ?
Nous sommes deux passionnés, comme vous pouvez vous en douter. Pour moi, cela remonte à mon bac, en 1976, pour l’obtention duquel on m’a justement offert “le Versins”, où je me suis plongé. Après avoir travaillé longtemps sur les “terres creuses”, à savoir les mondes souterrains imaginaires, les figures de la caverne ou de l’abîme 2, Guy Costes et moi avons eu l’idée d’étendre notre intérêt à toute la SF francophone.

“Notre livre est très complet. La masse des omissions n’équivaut qu’à un faible pourcentage de ce que nous avons collecté”

Pourquoi vous limiter à la sphère francophone ? Et surtout, pourquoi avoir clos votre recherche en 1951 ?
Francophone, parce qu’autrement, il fallait traiter le monde entier, et dix vies n’y auraient pas suffi ! Mais francophone ne veut pas dire français : il y a quelques Suisses, Belges, Canadiens, et même un auteur tchèque et un auteur hongrois, qui ont l’un et l’autre écrit en français. Et la date de 1951, parce qu’elle correspond en France à l’apparition – c’était plus précisément en 1949 – du terme « science-fiction » et à la création de deux collections importantes : « Anticipation » aux éditions Fleuve noir et « Le rayon fantastique » aux éditions Le Masque. Ensuite, ça a été une explosion. Il y a eu trop de matière, et la tâche serait devenue impossible.

Vous courez après le vieux rêve de l’exhaustivité, sans bien sûr l’atteindre… Vous a-t-on signalé des manques ?
Oui, forcément. Et nous en avons trouvé nous-mêmes. Nous remplissons d’ailleurs un dossier avec ces suppléments. Mais notre livre est quand même très complet. La masse des omissions n’équivaut qu’à un faible pourcentage de ce que nous avons collecté.

 Vous l’avez trouvée où, cette masse d’informations et de références ?
En cherchant tous azimuts. Chez les bouquinistes, les brocanteurs, les amateurs, en rencontrant d’autres amateurs, en épluchant les fanzines, très nombreux en SF. C’est un petit monde, et des chaînes se forment : untel en parle à untel, qui en parle à untel, etc. En revanche, nous avons tenu à voir tous les documents nous-mêmes – ou, dans quelques rares cas, à avoir la parole de quelqu’un de fiable qui les avait vus. Sans cette précaution, les légendes se répondent les unes aux autres, et on finit par parler de textes qui, en fait, n’existent pas. Toutes nos entrées sont vérifiées.

 Avez-vous eu des surprises ?
Bien sûr. Par exemple celle de retrouver deux uchronies signées Charles Maurras, auteur peu connu pour son goût pour l’imaginaire… Nous les avons trouvées en faisant des recherches sur un autre auteur, Jacques Spitz, qui signalait leur parution dans l’Action française, où nous avons ensuite cherchées.

 Le format numérique n’aurait-il pas été plus approprié qu’un livre papier, pour cette entreprise qui est forcément un work in progress ?
Si, bien sûr, mais on s’en moque (rires). Sans doute nos continuateurs passeront-ils par une autre formule. Mais nous sommes deux enfants de l’écrit, et le livre incarne quelque chose de plus qu’un site internet. Si nous avions fait le même travail sur un site, vous-même, en parleriez-vous ?

 

L’Encyclopédie de l’utopie, de la science-fiction et des voyages extraordinaires de Pierre Versins est parue en 1972 aux éditions de L’Âge d’homme.

2 Guy Costes et Joseph Altairac ont signé en 2006 Les terres creuses : bibliographie géo-anthropologique commentée des mondes souterrains imaginaires et des récits spéléologiques conjecturaux, une somme de 800 pages parue aux éditions Encrage. 

A LIRE : 
Rétrofictions. Encyclopédie de la conjecture romanesque rationnelle francophone, de Rabelais à Barjavel. 1532-1951, de Guy Costes et Joseph Altairac, éd. Encrage, 2 548 p, deux volumes sous coffret, 115 €.

https://www.telerama.fr/livre/quatre-siecles-de-litteratures-de-limaginaire-en-une-encyclopedie,n6125398.php

CARLOS RUIZ ZAFON, LE CIMETIERE DES LIVRES OUBLIES, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMANS

Le prisonnier du ciel de Carlos Riuz Zafon

Le prisonnier du ciel

Carlos Ruiz Zafon

Paris, Robert Laffont, 2013. 377 pages.

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« J’ai toujours su que je reviendrais un jour dans ses rues pour raconter l’histoire de l’homme qui avait perdu son âme dans les ombres de cette Barcelone immergée dans le trouble sommeil d’un temps de cendres et de silence. Ce sont des pages de feu écrites dans les tréfonds de la ville des maudits, des mots gravés dans la mémoire de celui qui est revenu d’entre les morts avec une promesse clouée en plein cœur et au prix d’une malédiction. Le rideau se lève, le public se tait et, avant que l’ombre qui plane sur son destin descendre des cintres, un essaim d’esprits blancs entre en scène, la comédie aux lèvres, avec cette bienheureuse innocence de quelqu’un qui, croyant que le troisième acte est le dernier, vient nous narrer un conte de Noël sans savoir qu’arrivé à la dernière page l’encre de son souffle l’entraînera lentement et inexorablement au cœur des ténèbres » (Julian Carax, Le prisonnier du ciel, 1992)

 

  Quatrième de couverture
Barcelone, 1957. La sonnette tinte sur le seuil de la librairie Sempere. Le client s’approche de Daniel en boitant. L’objet de sa visite ? Un magnifique exemplaire du Comte de Monte-Cristo… Qu’il laisse à l’attention de Fermín, en congé, accompagné d’un curieux message du passé… C’étaient les heures noires du franquisme : à la prison de Monjuïc, parmi les damnés du régime, Fermín portait le numéro 13. Les fantômes refont surface. Dans l’ombre, le Cimetière des Livres oubliés cache toujours son secret…

CRITIQUE DE CET OUVRAGE

Ce nouvel opuscule de Carlos Ruiz Zafon nous replonge dans les années noires de Barcelone : les années qui ont suivi la fin de la guerre civile en Espagne après la victoire de Franco en 1939.

Ainsi tout commence un soir de Noël 1957 à Barcelone. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage dont nous connaîtrons plus tard l’identité et ses liens avec Firmin achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l’offre à Fermín, accompagné d’une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats.

Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Firmin, interrogé par Daniel, va finir par révéler le lourd secret qu’il cache depuis des années. La terrible prison de Montjuïc (1) en 1939. Une poignée d’hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l’enfer parce qu’ils étaient républicains et dont le directeur de cette prison n’est autre que Mauricio Valls déjà rencontré dans un précédent roman. Parmi eux Fermín, David Martín, l’auteur de La Ville des maudits et dont nous connaissons l’histoire tourmentée. Tout comme dans le Comte de Monte Cristo  nous assistons à l’évasion rocambolesque de Firmin qui a emporté avec lui une clé appartenant à cet inconnu qui a offert le livre à Firmin ce soir de Noël 1957.

Dix-huit ans plus tard cet ancien compagnon d’infortune vient crier vengeance et réclamer son dû : la fameuse clé volée par Firmin afin de récupérer un trésor caché quelqu’un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

Nous apprendrons les causes de la mort d’Isabella, la mère de Daniel : elle est morte empoisonnée par Valls à cause de son obstination à adoucir le sort de David Martin qu’elle a toujours aimé en secret. Avec cette révélation c’est la haine qui entre dans le cœur de Daniel : il veut se venger de ce Valls qui l’a privé si tôt de l’amour de sa mère.

Mais il ne faut pas oublier des moments de bonheur : le mariage de Firmin et de Bernarda.

C’est par petit chapitre que l’auteur nous livre les secrets de ses personnages. Foisonnant de suspense et d’émotion ce livre est comme les autres romans un hommage à la littérature, un hommage aux livres. Le Prisonnier du ciel nous rapproche pas à pas de l’énigme cachée au cœur du Cimetière des livres..

Attendons donc la suite …..

©Claude-Marie T.

15 octobre 2018.

 

La prison de Montjuic.

la Sur la colline qui domine le port, à 173 mètres de hauteur, le château de Montjuïcobserve la ville et offre des vues imprenables. Aujourd’hui pacifique, le souvenir de l’histoire de cette forteresse perdure à Barcelone comme symbole de répression, mais aussi de lutte de la ville à différents moments de son histoire.

Le sommet de Montjuïc est une enclave idéale pour la défense et permet une vision de 360ºC sur le territoire environnant. Mais ce n’est que lors de la Guerra dels Segadors(guerre des moissonneurs) en 1640 que l’on y fit construire un fort militaire, à l’endroit où se trouvait une tour de surveillance. Cette première forteresse devint, en 1652, propriété royale et quelques années plus tard, elle fut l’un des protagonistes de la guerre de Succession, entre 1705 et 1714.

Au milieu du XVIIIe siècle, l’ingénieur militaire Juan Martín Cermeño se chargea de la réforme du fort, qui avait beaucoup souffert pendant la guerre et le château adopta l’apparence qu’il possède aujourd’hui. La ville de Barcelone a été bombardée depuis le château en différentes occasions de on histoire et il a également servi de prison. Le 15 octobre 1940, Lluís Companys, président de la Generalitat de Catalogne y fut fusillé. Le château fut une prison militaire jusqu’en 1960 et il fut ensuite cédé à la ville sous la responsabilité de l’armée de terre. Trois ans plus tard, Franco inaugurait un musée des armes. Actuellement, depuis 2007, le château de Montjuïc appartient à la municipalité de Barcelone et en définitive, à tous les Barcelonais.

EMILE ZOLA (1840-1902), LE REVE, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le rêve de Emile Zola

Le Rêve

Emile Zola

Paris, Le Livre de Poche, 1971. 224 pages

9782253002833-001-T

Le Rêve : L’adoration Et L’extase

Le roman le plus court de la série des Rougon-Macquart d’Emile Zola, Le Rêve, parait en 1888 et se positionne seizième dans l’immense fresque des vingt volumes. Le Rêve aborde le thème de la religion mais pas sous l’effet trompeur et troublé de La Faute de l’Abbé Mouret, plutôt dans la véritable extase que peut provoquer l’adoration. L’auteur y met en scène Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un inconnu. L’histoire se passe en Picardie, dans un village appelé Beaumont pour lequel l’auteur s’est librement inspiré de la ville de Cambrai pour en décrire l’architecture. Abandonnée dès sa naissance, la petite Angélique, confiée tout d’abord à la grande institution de l’assistance publique, se verra par la suite placée chez une nourrice puis chez une fleuriste. Sa troisième famille d’accueil, les Rabier, la maltraiteront et elle s’enfuiera une nuit de noël jusqu’au pied d’une cathédrale contre laquelle elle se refugiera. Les Hubert, qui habitent juste à côté, la recueille. Ce couple sans enfant, très pieux, considère cette rencontre comme providentielle et décide d’adopter la fillette. Elle aussi adoptera immédiatement cette famille dont le métier consiste à réaliser des broderies et des ornements écclésiastiques.

 

Le Rêve : Angélique Dans La Brume

Mr Hubert fera quelques recherches sur le passé d’Angélique et il taira ce qu’il découvrira. Il mentira à Angélique en lui disant que ses vrais parents sont décédés. Elle se réalisera complètement dans la profession de brodeuse, donnant naissance à des ouvrages magnifiques. Elle vivra en toute quiétude, rêvant à un hypothétique prince charmant fabuleusement riche, rêve inspiré par les histoires racontées par Mme Hubert. Le rêve va se réaliser, en prenant la forme de Félicien, le fils de l’évêque qui est un peintre verrier. Leur amour ne rencontrera pas l’approbation de leurs parents respectifs. Mme Hubert pense qu’elle a été punie par le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfant car elle s’est mariée sans l’assentiment de ses parents. Idem pour le père de Félicien, Monseigneur Hautecoeur, entré dans les ordres suite au décès de sa femme. Le mariage ne se fera pas. Angélique s’éteindra lentement face à cette interdiction, comme consumée par l’amour qu’elle ne peut ni exprimer ni vivre. Devant l’état inquiétant de la jeune fille, les parents donnent leur accord, mais trop tard. Angélique meurt dans les bras de son mari Félicien à la sortie de l’église après avoir échangé avec lui un premier et ultime baiser. Un livre court, qui évolue dans une brume claire, comme effectivement un rêve aux contours brillants. Ce roman très fleur bleue est vraiment en décalage par rapport à toute la saga avec un style auquel Zola ne nous avait pas encore habitué. Repos et pause de courte durée, l’auteur reviendra très vite dans le style naturaliste qui est le sien avec La Bête humaine en 1890, deux ans plus tard.

Après Le Rêve, découvrez la suite de la saga avec La Bête Humaine

http://www.les-rougon-macquart.fr/le-reve.html

 

Quelques extraits

À cette distance, elle le voyait comme en plein jour, âgé de vingt ans, blond, grand et mince. Il ressemblait au saint Georges, à un Jésus superbe, avec ses cheveux bouclés, sa barbe légère, son nez droit, un peu fort, ses yeux noirs, d’une douceur hautaine. Et elle le reconnaissait parfaitement : jamais elle ne l’avait vu autre, c’était lui, c’était ainsi qu’elle l’attendait. Le prodige s’achevait enfin, la lente création de l’invisible aboutissait à cette apparition vivante. Il sortait de l’inconnu, du frisson des choses, des voix murmurantes, des jeux mouvants de la nuit, de tout ce qui l’avait enveloppée, jusqu’à la faire défaillir. Aussi le voyait-elle à deux pieds du sol, dans le surnaturel de sa venue, tandis que le miracle l’entourait de toutes parts, flottant sur le lac mystérieux de la lune. Il gardait pour escorte le peuple entier de la Légende, les saints dont les bâtons fleurissent, les saintes dont les blessures laissent pleuvoir du lait. Et le vol blanc des vierges pâlissait les étoiles.

 

Souriante, elle avait levé la main, d’un geste d’attention profonde. Tout son être était ravi dans les souffles épars. C’étaient les vierges de la Légende, que son imagination évoquait comme en son enfance, et dont le vol mystique sortait du vieux livre, aux images naïves, posé sur la table. Agnès, d’abord, vêtue de ses cheveux, ayant au doigt l’anneau de fiançailles du prêtre Paulin. Puis, toutes les autres, Barbe avec sa tour, Geneviève avec ses agneaux, Cécile avec sa viole, Agathe aux mamelles arrachées, Élisabeth mendiant par les routes, Catherine triomphant des docteurs. Un miracle rend Luce si pesante, que mille hommes et cinq paires de bœufs ne peuvent la traîner à un mauvais lieu. Le gouverneur qui veut embrasser Anastasie, devient aveugle. Et toutes, dans la nuit claire, volent, très blanches, la gorge encore ouverte par le fer des supplices, laissant couler, au lieu de sang, des fleuves de lait. L’air en est candide, les ténèbres s’éclairent comme d’un ruissellement d’étoiles. Ah ! mourir d’amour comme elles, mourir vierge, éclatante de blancheur, au premier baiser de l’époux !

 

– Venez, les routes sont noires à cette heure, la voiture nous emportera dans les ténèbres ; et nous irons toujours, toujours, bercés, endormis aux bras l’un de l’autre, comme enfouis sous un duvet, sans craindre les fraîcheurs de la nuit ; et, quand le jour se lèvera, nous continuerons dans le soleil, encore, encore plus loin, jusqu’à ce que nous soyons arrivés au pays où l’on est heureux… Personne ne nous connaîtra, nous vivrons, cachés au fond de quelque grand jardin, n’ayant d’autre soin que de nous aimer davantage, à chaque journée nouvelle. Il y aura là des fleurs grandes comme des arbres, des fruits plus doux que le miel. Et nous vivrons de rien, au milieu de cet éternel printemps, nous vivrons de nos baisers, ma chère âme.

 

Elle se dressait, éperdue, s’agenouillait parmi les draps rejetés, la sueur aux tempes, toute secouée d’un frisson ; et elle joignait les mains, et elle bégayait : « Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? » […] C’était la grâce qui se retirait d’elle, Dieu cessait d’être à son entour, le milieu l’abandonnait. Désespérément, elle appelait l’inconnu, elle prêtait l’oreille à l’invisible.
Et l’air était vide, plus de voix chuchotantes, plus de frôlements mystérieux. Tout semblait mort : le Clos-Marie, avec la Chevrotte, les saules, les herbes, les ormes de l’Évêché, et la cathédrale elle-même. Rien ne restait des rêves qu’elle avait mis là, le vol blanc des vierges, en s’évanouissant, ne laissait des choses que le sépulcre. Elle en agonisait d’impuissance, désarmée, en chrétienne de la primitive Église que le péché héréditaire terrasse, dès que cesse le secours du surnaturel. Dans le morne silence de ce coin protecteur, elle l’écoutait renaître et hurler, cette hérédité du mal, triomphante de l’éducation reçue. Si, deux minutes encore, aucune aide ne lui arrivait des forces ignorées, si les choses ne se réveillaient et ne la soutenaient, elle succomberait certainement, elle irait à sa perte. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? » Et, à genoux au milieu de son grand lit, toute petite, délicate, elle se sentait mourir. 

 

Comme elle furetait un matin, fouillant sur une planche de l’atelier, couverte de poussière, elle découvrit, parmi des outils de brodeur hors d’usage, un exemplaire très ancien de La Légende dorée, de Jacques de Voragine. Cette traduction française, datée de 1549, avait dû être achetée jadis par quelque maître chasublier, pour les images, pleines de renseignements utiles sur les saints.

Longtemps elle-même ne s’intéressa guère qu’à ces images, ces vieux bois d’une foi naïve, qui la ravissaient. Dès qu’on lui permettait de jouer, elle prenait l’in-quarto, relié en veau jaune, elle le feuilletait lentement : d’abord, le faux titre, rouge et noir, avec l’adresse du libraire, « à Paris, en la rue Neuve Nostre Dame, à l’enseigne Saint Jean Baptiste » ; puis, le titre, flanqué des médaillons des quatre évangélistes, encadré en bas par l’adoration des trois Mages, en haut par le triomphe de Jésus-Christ foulant des ossements. Et ensuite les images se succédaient, lettres ornées, grandes et moyennes gravures dans le texte, au courant des pages : l’Annonciation, un Ange immense inondant de rayons une Marie toute frêle ; le Massacre des Innocents, le cruel Hérode au milieu d’un entassement de petits cadavres ; la Crèche, Jésus entre la Vierge et saint Joseph, qui tient un cierge ; saint Jean l’Aumônier donnant aux pauvres ; saint Mathias brisant une idole ; saint Nicolas, en évêque, ayant à sa droite des enfants dans un baquet ; et toutes les saintes, Agnès, le col troué d’un glaive, Christine, les mamelles arrachées avec des tenailles, Geneviève, suivie de ses agneaux, Julienne flagellée, Anastasie brûlée, Marie l’Egyptienne faisant pénitence au désert, Madeleine portant le vase de parfum. D’autres, d’autres encore défilaient, une terreur et une pitié grandissaient à chacune d’elles, c’était comme une de ces histoires terribles et douces, qui serrent le cœur et mouillent les yeux de larmes. 

EMILE ZOLA (1840-1902), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES, ROMANS, ROUGON-MACQUART (LES)

Les Rougon-Macquart : L’oeuvre d’Emile Zola

Les Rougon-Macquart de Emile Zola : un résumé rapides de tous les romans

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Thérèse Raquin (1867)

Thérèse et son amant Laurent jettent à la Seine, lors d’une partie de campagne, Camille Raquin, mari de Thérèse. Mais le souvenir de Camille, matérialisé par divers signes symboliques (une cicatrice, un portrait, le chat noir), s’interpose entre les deux amants et les rend impuissants à continuer leur union charnelle c’est la forme « naturaliste » du remords. Dans une crise de haine mutuelle, ils révèlent leur crime à la mère de Camille, devenue paralytique et muette. Et ils finissent par se suicider ensemble sous ses yeux.

 

  • La Fortune des Rougon (1871)

Pierre et Félicité Rougon sont des commerçants de Plassans, en Provence (ville imaginée sur le modèle d’Aix-en-Provence). A la faveur du coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte (2 décembre 1851), ils conquièrent le pouvoir politique dans la ville, et la fortune. Les paysans et les bûcherons républicains des environs ont tenté de résister par les armes au coup d’Etat, mais ils sont durement réprimés après une bataille perdue contre l’armée. Silvère Mouret, jeune parent des Rougon, meurt, avec la jeune fille qu’il aime, Miette, pour la défense de la République, laissant place nette aux appétits et aux ambitions du clan Rougon. Antoine Macquart, demi-frère de Pierre Rougon, dupé par celui-ci, trahit les républicains. Le roman s’achève sur la victoire politique et sociale des bonapartistes de Plassans, qui annonce les succès futurs de la descendance Rougon dans la société impériale. C’est le début de l’« Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire.»

 

  • La curée (1872)

Aristide Rougon, fils de Pierre (voir La Fortune des Rougon), vient de Plassans à Paris, au début du Second Empire. Employé à l’Hôtel de Ville, il s’informe frauduleusement des projets de grands travaux du préfet Haussmann et se lance dans la spéculation immobilière, truquant les dossiers et achetant les consciences. Enrichi, usant du pseudonyme d’Aristide Saccard, il habite avec sa seconde femme, Renée, un somptueux hôtel particulier près du parc Monceau. Renée Saccard et Maxime, son beau-fils, né du premier mariage d’Aristide, deviennent amants. C’est la double quête de l’or et du plaisir, dans la société corrompue du Second Empire.

Aristide dépouille sa femme pour renflouer ses affaires momentanément en péril, et Maxime abandonne Renée pour épouser une héritière aristocrate, Louise de Mareuil, Renée meurt ruinée et bafouée par les deux hommes.

 

  • Le ventre de Paris (1873)

Le roman se passe au cœur de Paris, dans le monde gras et coloré des Halles. Florent, déporté en Guyane après le coup d’Etat de décembre 1851, s’est évadé de Cayenne, et revient à Paris. Il y est recueilli par son parent, le charcutier Quenu, et la femme de ce dernier, Lisa, fille d’Antoine Macquart (voir La Fortune des Rougon). Ceux-ci lui trouvent une place d’inspecteur de la marée, sur le carreau des Halles. Mais ce républicain maigre est mal à l’aise dans ce monde de la nourriture grasse, et des commerçants gras, conservateurs, attachés, comme Lisa la charcutière, au profit quotidien que leur assure l’Empire. Compromis dans un complot contre le régime impérial préparé par des illuminés et des provocateurs à la solde de la police, il est dénoncé par Lisa et réexpédié en prison. Le ventre de Paris l’a expulsé comme un déchet. Le jeune peintre Claude Lantier tire la morale de l’histoire «Quels gredins que les honnêtes gens ! »

 

  • La Conquête de Plassans (1874)

L’action se transporte de nouveau à Plassans. Les conservateurs s’y partagent entre bonapartistes (menés par Félicité et Pierre Rougon), les légitimistes et les orléanistes. En face d’eux, les républicains parmi lesquels François Mouret, dont l’épouse, Marthe, est la fille des Rougon. L’abbé Faujas, agent occulte du régime impérial, a pour mission d’amener les monarchistes (légitimistes et orléanistes) à soutenir le régime de Napoléon III. 11 se servira pour cela de son autorité ecclésiastique, et du pouvoir spirituel qu’il s’assure sur les femmes, notamment sur Marthe Mouret. Il a pris location chez les Mouret, d’où il veille à réunir ensemble les trois clans conservateurs, et à écarter le républicain Mouret. Il finira par faire passer celui-ci pour fou et à le faire interner, pour avoir le champ totalement libre. Mais Mouret s’évade. Devenu réellement fou, il met le feu à sa demeure, et Faujas périt dans l’incendie.

 

  • La Faute de l’abbé Mouret (1875)

L’abbé Serge Mouret, un des deux fils de Marthe Rougon et François Mouret, curé d’un village de Provence, les Artauds, perd la mémoire à la suite d’une grave maladie, qui l’a laissé épuisé. Son oncle, le docteur Pascal Rougon (fils de Pierre Rougon et frère d’Aristide et de Marthe Rougon) le fait transporter dans une demeure isolée au milieu d’un grand parc, le Paradou. Là, il est soigné par une jeune fille, Albine. Il reprend vie, tout en demeurant amnésique. Au terme d’une série de promenades et d’explorations à travers la végétation luxuriante du parc, les deux jeunes gens deviennent amants. Mais l’église, par l’intermédiaire du terrible frère Archangias, reprend son serviteur. Serge Mouret revient à la mémoire et à son sacerdoce, et abandonne Albine, qui se laisse mourir, au milieu des roses.

 

  • Son Excellence Eugène Rougon (1876)

Eugène Rougon est un des trois fils de Pierre Rougon et Félicité Puech, avec Aristide et Pascal. Installé à Paris dès avant le coup d’Etat et « la conquête de Plassans » par les bonapartistes, il fait une carrière politique. Il est devenu président du Conseil d’Etat, et principal exécutant de la politique impériale. Les intrigues d’une femme, Clorinde Balbi, séductrice et aventurière, liée à un rival d’Eugène, éloignent momentanément celui-ci du pouvoir. Mais au lendemain de l’attentat d’Orsini en 1858, Eugène Rougon est rappelé au gouvernement, pour diriger une répression brutale et massive, aidé d’une bande de séïdes et d’obligés. A la fin du roman, il n’en prendra pas moins le virage de l’empire libéral, fondant son triomphe sur l’opportunisme.

 

  • L’Assommoir (1877)

Zola revient à la seconde branche de la famille des Rougon-Macquart. Gervaise Macquart, fille d’Antoine Macquart (voir La Fortune des Rougon), blanchisseuse, est abandonnée, dans un hôtel du quartier populaire de la Chapelle, par son amant Lantier. Elle reste seule avec ses deux petits garçons, Etienne et Claude (le futur peintre, que le lecteur a déjà rencontré dans Le Ventre de Paris). Un ouvrier zingueur, Coupeau, devient amoureux d’elle et l’épouse. Ils ont une fille, Anna, dite Nana. Gervaise ouvre une boutique de blanchisserie, rue de la Goutte-d’or, et conquiert, à force de travail, un peu d’aisance. Mais Coupeau tombe d’un toit et se met à boire, au cabaret de l’Assommoir. Le couple, après une dernière fête partagée avec les proches voisins pour l’anniversaire de Gervaise, retourne à la misère. Lantier a réapparu et a fait de nouveau de Gervaise sa maîtresse, avant de la réduire à l’état de domestique misérable et humiliée. Nana se débauche. Coupeau, emporté par l’alcoolisme, meurt à l’hôpital. Gervaise, épuisée, affamée, le suivra de peu dans la mort.

 

Une page d’amour (1878)

Hélène Mouret, fille d’Ursule Macquart (sœur d’Antoine) et du chapelier Mouret, est la sœur de François Mouret (La Conquête de Plassans) et de Silvère Mouret (La Fortune des Rougon). Veuve de Grandjean, elle demeure à Passy, avec sa fille Jeanne, de santé très fragile. Un vieil ami de famille et son frère, un prêtre, lui rendent régulièrement visite. Un médecin du quartier, le docteur Deberle, soigne Jeanne, qu’il a sauvée d’une crise très grave. Séduisant et séducteur, il s’éprend d’Hélène, que par ailleurs son épouse reçoit. Il n’a de cesse d’obtenir un rendez- vous de la jeune femme. Mais tandis qu’elle devient la maîtresse de Deberle, pour une unique rencontre, Jeanne, restée seule, en proie à la jalousie, se laisse tremper par un orage. Elle en mourra, déchirant la « page d’amour» de sa mère qui, désemparée et désespérée, se laissera convaincre par le prêtre d’épouser le vieil ami de la famille, et partira avec ce dernier pour Marseille.

 

  • Nana (1880)

Nana est la fille de Gervaise Macquart et de Coupeau (L’Assommoir). Initiée très tôt à la débauche, elle suscite le désir des hommes par sa beauté plantureuse et facile. Elle s’exhibe sur les scènes d’opérettes bouffonnes et mène parallèlement une carrière de «cocotte ». Entretenue par le comte Muffat, elle le trompe avec des camarades de coulisses. Elle conduit au désespoir et à la déchéance tous les hommes qui la désirent, et qu’elle bafoue les uns après les autres : l’un tente de se tuer dans l’appartement où elle le reçoit, l’autre disparaît dans l’incendie volontaire de son écurie de courses. Le comte Muffat accepte pour elle toutes les humiliations. Mais elle a trop préjugé de son attrait. Son étoile scénique et amoureuse pâlit. Elle finira misérablement, mourant de la petite vérole le jour de la déclaration de guerre à la Prusse.

 

  • Pot-Bouille (1882)

Octave Mouret, fils aîné de François et Marthe Mouret (La Conquête de Plassans) est venu faire fortune à Paris. Il s’est logé dans un immeuble de la rue de Choiseul, au cœur du Paris commerçant. Il fait connaissance avec les familles qui habitent les différents étages de l’immeuble, en bourgeois cossus ou appauvris. Il surprend les secrets de leurs affaires et de leur intimité, et il séduit les femmes et les filles. C’est la marmite — la «pot-bouille », selon un terme populaire d’époque

— des mariages arrangés, des captations d’héritage, des adultères et des amours ancillaires. Du haut en bas de l’immeuble, les bonnes commentent l’envers de la respectabilité de leurs maîtres. Octave Mouret épouse Mme Hédouin, une veuve propriétaire d’un magasin de nouveautés. C’est le début de son ascension vers le succès et la richesse.

 

  • Au bonheur des dames (1883)

Octave Mouret (Pot-Bouille) est devenu veuf de Caroline Hédouin. Le voilà à la tête du magasin de nouveautés dont elle était propriétaire, « Au Bonheur des Dames ». Une jeune fille arrivée de province, Denise Baudu, y est engagée comme vendeuse, et connaît la dure condition du « calicot », au bas de la hiérarchie du magasin, tandis qu’Octave Mouret transforme celui-ci en temple moderne et colossal du grand commerce, en spéculant sur la passion des femmes pour les étoffes et les modes. Or, il remarque Denise et s’éprend d’elle. Mais celle-ci, à la différence des autres femmes, lui résiste. Toute sa fortune ne peut rien contre la vertu de la jeune fille, qui se fait aimer de lui sans lui céder. Elle obtient de lui qu’il améliore les conditions de travail de son personnel et finalement accepte de l’épouser, comme dans les contes anciens les bergères épousaient les fils des rois.

 

  • La Joie de vivre (1884)

Pauline Quenu, fille de Lisa Macquart, la charcutière du Ventre de Paris, est devenue orpheline à dix ans. Elle est recueillie par les Chanteau, qui sont retirés dans un petit village de pêcheurs de Normandie, au bord de la mer. Charitable pour tous, elle secourt toutes les misères et les douleurs des pauvres gens qui l’entourent. Le fils Chanteau, Lazare, est un garçon de faible caractère, qui fait se succéder les projets inaboutis. Pauline, qui l’aime, alors que lui ne la considère que comme une jeune et bonne camarade, et va en épouser une autre, sacrifie la fortune dont elle est héritière pour l’aider dans ses entreprises illusoires. Mme Chanteau meurt d’une maladie de cœur tandis que son mari souffre atrocement de la goutte. La femme de Lazare meurt en couches. La servante se pend… A toutes ces misères et ces absurdités de l’existence, Pauline, bonne et sereine, oppose, en dépit de tout, sa confiance dans la vie.

 

  • Germainel (1885)

Étienne Lantier, fils de Gervaise Macquart et de son amant Lantier (L ‘Assommoir), quitte un atelier des chemins de fer, à Lille, et devient ouvrier mineur aux mines de Montsou, un site imaginaire du nord de la France. Sous la conduite du chef d’équipe, Maheu, il apprend son nouveau métier. Avec les Maheu, il connaît la misère et la révolte. Mais il s’initie à la lutte sociale et politique. Il aime Catherine, la fille de Maheu et de la Maheude, mais Catherine appartient à Chaval. Lantier devient le leader d’une grève qui, sous l’effet de l’exaspération, dégénère en manifestations violentes et que l’armée réprime dans le sang. Chaval a trahi ses compagnons. Maheu meurt sous les balles. Le nihiliste Souvarine sabote le puits de mine. Etienne Lantier, isolé au fond, avec Chaval et Catherine, tue Chaval. Catherine meurt d’épuisement après s’être donnée à lui. Etienne, seul survivant de la catastrophe, quitte l’univers de la mine pour Paris.

 

  • L’Œuvre (1886)

Claude Lantier, fils de Gervaise Macquait et d’Auguste Lantier (L’Assommoir), est un peintre exigeant, jamais satisfait de son art. Il appartient à une génération de jeunes peintres qui veulent ouvrir leurs toiles à la nature et aux sujets modernes et les baigner de lumière et de couleurs. Il recueille une jeune fille, Christine, qui devient son modèle et sa maîtresse. De son tableau intitulé Plein air, qui fait scandale au Salon, va naître une nouvelle école. Mais, malgré l’amour de Christine, la complicité de ses camarades — parmi lesquels l’écrivain Sandoz —, les villégiatures à Bennecourt sur les bords de la Seine, les stations sur les ponts devant le paysage parisien, il se laisse pénétrer par le doute. Le portrait de son enfant mort suscite l’indifférence. Il se pend devant le tableau visionnaire d’une femme nue, qu’ il n’a pas réussi à porter au point de perfection dont il rêvait.

 

  • La Terre (1887)

Jean Macquart, fils d’Antoine Macquart (La Fortune des Rougon) et frère de Gervaise (L’Assommoir), est valet de ferme en Beauce. Il épouse Françoise Mouche, dont la sœur Lise est la femme de Butcau. Le père de celui-ci, le vieux Fouan, a donné ses terres à ses enfants, en échange d’une pension. Mais sous prétexte que l’autre fils du vieux paysan, surnommé Jésus-Christ, boit sa part d’héritage, Buteau ne veut rien verser à son père. Il lorgne d’autre part l’héritage de sa femme Lise et de sa belle-sœur Françoise. La grossesse de celle-ci, qui lui ferait perdre une part dés biens des deux sœurs, l’enrage. Il viole et blesse mortellement Françoise, avec la complicité de Lise, et accapare aussi le bien de Mouche. Fouan, dépouillé par ses fils, a été le témoin du meurtre il est assassiné à son tour par les Buteau.

 

* Le Rêve (1888)

Angélique, fille non reconnue de Sidonie Rougon (la soeur d’Eugène et d’Aristide Rougon, voir La Fortune des Rougon, La Curée), a été recueillie par les Hobert, un couple de brodeurs qui vit à l’ombre de la cathédrale de Beaumont, une ville imaginaire au nord de Paris. Elle grandit là, passionnée par La Légende dorée, qui raconte le martyre et l’élévation des saints et des saintes. L’archevêque, Mgr de Hautecoeur, a eu autrefois un fils, Félicien, avant d’entrer dans les ordres à la suite de son veuvage. Le jeune homme restaure un vitrail représentant saint Georges, sous les yeux émerveillés d’Angélique, qui confond la légende et la vie, le «rêve» et le réel. Les deux jeunes gens s’aiment. Après une maladie qui a failli emporter Angélique, Mgr de Hautecoeur consent à l’union de Félicien et de la jeune fille. Mais Angélique meurt au moment même dc ses noces, sur le seuil de l’église.

 

La Bête humaine (1890)

Jacques Lantier, fils de Gervaise Macquart, frère d’Etienne et de Claude, et demi-frère de Nana, est mécanicien de chemin dc fer sur la ligne Paris-Le Havre. Un jour de repos, sur le bord de la voie, il est témoin de l’assassinat du président Grandmorin dans un wagon, tué par le sous-chef de la gare du Havre, Roubaud, dont la femme Séverine a été séduite très jeune par Grandmorin. Jacques devient l’amant de Séverine. Mais il porte en lui, par une hérédité mauvaise, l’instinct de meurtre, Il tue Séverine dans un moment de folie. L’enquête erronée du juge Denizet conclut pour les deux meurtres à la culpabilité d’un pauvre diable, Cabuche, innocent qui paie pour les coupables. Cependant, Jacques, qui a noué une liaison avec la maîtresse de son chauffeur, Pecqueux, est pris à partie par celui-ci sur la machine (la Lison) en pleine vitesse. Les deux hommes roulent sous les roues, tandis que le train fou emporte une cargaison de soldats vers la guerre.

 

L’Argent (1891)

Aristide Saccard (La Curée) réapparaît ici. Après avoir vendu son hôtel particulier du parc Monceau, il s’est tourné vers la spéculation boursière. Il crée la Banque Universelle, qui draine les fonds des petits bourgeois catholiques et colonialistes rêvant de rechristianiser le Proche-Orient. Les cours s’envolent. Mais le succès de Saccard irrite son rival, le banquier Gundermann, Après une période d’expansion et de prospérité artificielles, entretenue par le génie spéculatif et publicitaire de Saccard, le cours des titres, qui a subi une hausse factice, s’effondre, dans une débâcle amplifiée par les manœuvres financières de Gundermann. Aristide Saccard, qui a ruiné ses actionnaires et ses propres espoirs de fortune, s’exile.

 

  • La Débâcle (1892)

C’est le roman de la guerre de 1870 contre la Prusse, de la défaite de Sedan et de la Commune (mars-mai 1871). Le roman se compose de trois parties qui racontent successivement la marche épuisante de l’armée conduite par le maréchal de Mac-Mahon, de Reims à Sedan, en août 1870, la bataille désastreuse de Sedan (2 septembre 1870), et les semaines du siège de Paris et de la Commune, s’achevant sur la reprise de Paris par l’armée de Versailles, dans une guerre civile atroce. Jean Macquart (La Terre) et Maurice Levasseur sont les deux principaux personnages. Maurice sauve la vie de Jean sur le champ de bataille de Sedan, puis la défaite les sépare. Tandis que Maurice s’engage dans les rangs des communards, Jean reste parmi les Versaillais. Pendant la « Semaine sanglante », Maurice meurt sur les barricades, tué par un adversaire qui ne l’a pas reconnu, Jean.

 

Le Docteur Pascal (1893)

Pascal Rougon, médecin frère d’Eugène et d’Aristide (La Curée, Son Excellence Eugène Rougon, L’Argent), qui a soigné son neveu Serge Mouret (La Faute de l’abbé Mouret), vit dans la propriété de la Souleiade, à Plassans, entre sa nièce Clotilde (fille d’Aristide Rougon) et sa servante Martine. Il étudie l’hérédité, en prenant pour champ d’analyse sa propre famille il a consacré un dossier à chacun de ses membres, suscitant ainsi l’irritation et l’inquiétude de sa mère, Félicité Rougon, qui réussit à brûler tous ces papiers. Clotilde voue à son oncle Pascal une admiration et une affection sans limites, tout en discutant ses positions agnostiques. Pascal se laisse gagner par un amour où les sens trouvent leurs droits. Mais il meurt le jour même où Clotilde lui annonce la naissance prochaine de leur enfant celui- ci, peut-être, régénérera la famille des Rougon-Macquart.

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ECRIVAIN FRANÇAIS, EMILE ZOLA (1840-1902), LITTERATURE FRANÇAISE, ROMANS, ROUGON-MACQUART (LES)

Les Rougon-Macquart :L’oeuvre de Emile Zola

Les Rougon-Macquart

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Le titre générique Les Rougon-Macquart regroupe un ensemble de 20 romans écrits par Emile Zola entre 1871 et 1893. Il porte comme sous-titre Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, rappelant ainsi les ambitions de Zola : « Les Rougon-Macquart personnifieront l’époque, l’Empire lui-même. »Inspiré de La Comédie humaine de Balzac, l’ouvrage a notamment pour but d’étudier l’influence du milieu sur l’Homme et les tares héréditaires d’une famille, originaire de Plassans, sur cinq générations depuis l’ancêtre, Adélaïde Fouque (née en 1768), jusqu’à un enfant à naître, fruit de la liaison incestueuse entre Pascal Rougon et sa nièce Clotilde (1874). Il veut aussi dépeindre la société du Second Empire de la façon la plus exhaustive possible, en n’oubliant aucune des composantes de cette société et en faisant une large place aux grandes transformations qui se produisent à cette époque (urbanisme parisien, grands magasins, développement du chemin de fer, apparition du syndicalisme moderne, etc.). Cet ensemble de romans marque le triomphe du mouvement littéraire appelé naturalisme, dont Zola est avec Edmond et Jules de Goncourt, puis Guy, le principal représentant.

 

Préambule

Émile Zola a été très profondément marqué par la découverte de la profondeur de l’œuvre d’Honoré de Balzac, vers 1865, , sous l’influence d’Hippolyte Taine.. Il conçoit ainsi le cycle des Rougon-Macquart, tout en tenant à se distinguer de son prédécesseur. Zola a laissé un texte à ce propos :

« Balzac dit que l’idée de sa Comédie lui est venue d’une comparaison entre l’humanité et l’animalité. (Un type unique transformé par les milieux (Etienne Geoffroy Saint-Hilaire): comme il y a des lions, des chiens, des loups, il y a des artistes, des administrateurs, des avocats, etc.). Mais Balzac fait remarquer que sa zoologie humaine devait être plus compliquée, devait avoir une triple forme : les hommes, les femmes et les choses. L’idée de réunir tous ses romans par la réapparition des personnages lui vint. Il veut réaliser ce qui manque aux histoires des peuples anciens : l’histoire des mœurs, peintre des types, conteur des drames, archéologue du mobilier, nomenclateur des professions, enregistreur du bien et du mal. Ainsi dépeinte, il voulait encore que la société portât en elle la raison de son mouvement. Un écrivain doit avoir en morale et en religion et en politique une idée arrêtée, il doit avoir une décision sur les affaires des hommes. Les bases de la Comédie sont : le catholicisme, l’enseignement par des corps religieux, principe monarchique. — La Comédie devait contenir deux ou trois mille figures.

Mon œuvre sera moins sociale que scientifique. Balzac, à l’aide de trois mille figures, veut faire l’histoire des mœurs ; il base cette histoire sur la religion et la royauté. Toute sa science consiste à dire qu’il y a des avocats, des oisifs, etc. comme il y a des chiens, des loups, etc. En un mot, son œuvre veut être le miroir de la société contemporaine.

Mon œuvre, à moi, sera tout autre chose. Le cadre en sera plus restreint. Je ne veux pas peindre la société contemporaine, mais une seule famille, en montrant le jeu de la “race modifiée” par les milieux. Si j’accepte un cadre historique, c’est uniquement pour avoir un milieu qui réagisse ; de même le métier, le lieu de résidence sont des milieux. Ma grande affaire est d’être purement naturaliste, purement physiologiste. Au lieu d’avoir des principes (la royauté, le catholicisme), j’aurai des lois (l’hérédité, l’énéité). Je ne veux pas comme Balzac avoir une décision sur les affaires des hommes, être politique, philosophe, moraliste. Je me contenterai d’être savant, de dire ce qui est en cherchant les raisons intimes. Point de conclusion d’ailleurs. Un simple exposé des faits d’une famille, en montrant le mécanisme intérieur qui la fait agir. J’accepte même l’exception.

Mes personnages n’ont pas besoin de revenir dans les romans particuliers.

Balzac dit qu’il veut peindre les hommes, les femmes et les choses. Moi, des hommes et des femmes, je ne fais qu’un, en admettant cependant les différences de nature, et je soumets les hommes et les femmes aux choses. »

— Émile Zola, Différences entre Balzac et moi, rédigé en 1869.

 

Généalogie et hérédité

Avant même de rédiger le premier roman de la série, Zola avait dressé en 1868 et en 1869 un arbre généalogique de ses personnages. Modifié en 1878 puis en 1889, l’arbre sera publié sous sa version définitive en 1893, lors de la parution du Docteur Pascal, dernier ouvrage de la série. Chaque membre de la famille Rougon-Maquart possède une case composée elle-même de trois parties : un bref résumé chronologique de sa vie, ses tendances héréditaires, son métier (et éventuellement des détails sur sa vie actuelle, quand il n’est pas mort). Pour l’hérédité, Zola s’est inspiré des travaux du docteur Claude Bernard (1813-1878), à qui il emprunte des termes tels que « élection » (ressemblance exclusive avec l’un des deux parents), « mélange soudure » (fusion des traits du père et de la mère dans le même produit) ou « innéité » (absence de traits héréditaires). À titre d’exemple, voici la description de trois personnages parmi les plus célèbres :

Gervaise (L’Assommoir): née en 1828. A deux garçons d’un amant, Lantier, dont l’ascendance compte des paralytiques, qui l’emmène à Paris et l’y abandonne ; épouse en 1852 un ouvrier, Coupeau, de famille alcoolique, dont elle a une fille ; meurt de misère et d’ivrognerie en 1869. Élection du père. Conçue dans l’ivresse. Boiteuse. Blanchisseuse.

Étienne Lantier (Germinal) : né en 1846. Mélange soudure. Ressemblance physique de la mère, puis du père. Mineur. Vit à Nouméa, puis à Montsou.

Jacques Lantier (La Bête humaine) : né en 1844, meurt en 1870 dans un accident. Élection de la mère. Ressemblance physique du père. Hérédité de l’alcoolisme se tournant en folie homicide. État de crime. Mécanicien.

De telles descriptions font aujourd’hui sourire, tout comme les théories sur l’hérédité longuement exposées dans Le Docteur Pascal. Mais il s’agissait pour Zola d’affirmer que, dans le roman naturaliste, il n’y a plus de barrière entre science et littérature. Ces conceptions étaient très proches de la théorie de la dégénérescence alors très en vogue dans les milieux scientifiques et médicaux. Les détracteurs de Zola se sont moqués de son arbre. Alphonse Daudet aurait dit que, s’il avait possédé un tel arbre, il se serait pendu à sa plus haute branche.

 

 

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Principales œuvres (Les titres suivis de * font partie des Rougon-Macquart) :

Contes à Ninon (1864)

La confession de Claude (1865)

Thérèse Raquin (1867)

Madeleine Férat (1868)

La Fortune des Rougon* (1871)

La Curée* (1872)

Le Ventre de Paris* (1873)

La Conquête de Plassans* (1874)

La Faute de l’abbé Mouret* (1875)

Son Excellence Eugène Rougon* (1876)

L’Assommoir* (1877)

Une Page d’Amour* (1878)

Le Roman Expérimental (1880)

Nana* (1880)

Pot-bouille* (1882)

Au bonheur des dames* (1883)

La Joie de Vivre* (1884)

Germinal* (1885)

L’Oeuvre* (1886)

La Terre* (1887)

Le Rêve* (1888)

La Bête humaine* (1890)

L’Argent* (1891)

La Débâcle* (1892)

Le Docteur Pascal* (1893)

Lourdes (1894)

Rome(1896)

Paris (1898)

Fécondité (1899)

Travail (1901)

Vérité (1903)