CHASTETE, LA VIE EN ABONDANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PRÊTRE, PRETRES, RELIGIEUX, SACERDOCE

La vie en abondance de Jean-Marie Guellette

La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux

 Jean-Marie Gueullette
Paris, Le Cerf, 2019. 288 pages

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« Avant d’envisager comment mener une vie chaste à la suite du Christ, il est indispensable de prendre la mesure de ce qui, dans le contexte occidental  actuel, marque cette question d’une manière nouvelle. On trouve peu de publications sur la chasteté et celles qui datent un peu apparaissent comme très décalées par rapport au style de vie et de relations qui sont les nôtres. L’accueil de plus jeunes dans des formes de vies où cette vertu est essentielle, de même que l’accompagnement de plus anciens confrontés à des difficultés inhabituelles, doivent tenir compte de ce contexte qui transforme notre rapport au monde et à notre propre corps » (page 29)

« La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux » : le titre de cet ouvrage peut paraître provocateur tant il semble en contradiction dans l’ambiance où baignent le monde en général et l’église en particulier aujourd’hui. Les récents scandales révélés ces derniers temps, leurs conséquences et les prises de position de certains (débats sur le mariage des prêtres, remise en question du célibat sacerdotal) ne plaident pas en faveur d’un tel ouvrage où la chasteté est érigée en vertu pour une « vie en abondance ». Si le titre peut également faire sourire tant les mots de « vertu » et de « chasteté » ne semblent plus faire partie du vocabulaire courant mais paraissent plutôt faire penser aux ouvrages de théologie morale du XIXè siècle, il faudrait plutôt saluer le courage de l’auteur pour avoir abordé sans tabou ni langue de bois un tel sujet : finalement c’est peut-être un ouvrage salvateur pour aujourd’hui tant pour les prêtres, les religieux que pour tous ceux qui le liront sans préjugés aucun.

L’auteur dit bien dès son introduction que son propos est de parler pour les prêtres et les religieux et tout son livre est d’en affirmer le bien-fondé. D’emblé il remarque combien les ouvrages s’ils sont peu nombreux aujourd’hui sur ce sujet ceux qui ont été écrits auparavant sont dépassés : il ne s’agit donc pas d’un traité de morale ou de spiritualité qui ignore le monde actuel mais qui s’encre résolument dans la réalité du monde tel qu’il est aujourd’hui, dans la réalité qu’affrontent dans ce début du XXIè siècles les prêtres et les religieux. Il s’agit moins de parler de leur sexualité que de tout ce qui concerne leur vie d’homme appelé à vivre leur célibat d’une façon la plus épanouissante possible et la plus féconde possible

Au fil du texte – et pour s’en convaincre il n’est qu’à ce reporter à la table des matières – il insiste sur le fait que ces consacrés n’en demeurent pas moins des hommes avec un corps qu’il faut apprendre à aimer et à en prendre soin afin de na pas tomber dans des pièges qui peuvent les précipiter vers des chutes désastreuses : tentation du « tout ou rien » qui provoque le découragement, négation ou mépris du corps, activisme pastoral menant au burn-aout, s’en tenir à une norme formelle, rigueur dans une attitude raide par peur de soi ou des autres, fuite dans une spiritualité éthérée. L’auteur pointe avec acuité toutes ces attitudes qui sont autant d’erreurs et de pièges à éviter ; le prêtre et le religieux restent des hommes dans leur psychologie comme dans leur corps : ce sont des êtres sexués avec des désirs et des tentations non à refoulés mais à assumer afin que ce don d’eux-mêmes soient tournés par amour vers les autres et vers Dieu.

L’auteur consacre toute une partie de son livre à une réalité que l’on ne saurait négliger : la prise de conscience du « manque ». En effet « la forme de vie que nous avons choisie […] est inlassablement confrontée à la solitude et au manque de ce qui constitue pourtant une dimension importante de la vie humaine : l’amour dans sa dimension sexuelle… Réduit à une privation absurde, le manque serait à court intenable à court terme » (page 185). C’est pourquoi l’auteur insiste sur le fait que la chasteté est au service de la charité : dans l’amour de Dieu, dans l’amour des autres, l’amour de soi également et que la chasteté est une vie vécue par anticipation en vue du Royaume.

Jean-Marie Guillemette pour conforter son propos cite à de nombreuses reprises les exemples donnés par saint Thomas d’Aquin, de certains Pères du désert ou de moines dont les propos sont pleins de bons sens : prendre du plaisir, avoir des relations amicales avec d’autres que le milieu ecclésial, savoir prendre du repos, savoir se détendre, une vie de prière. Les exemples et les conseils égrainés tout au long de cet ouvrage peuvent être une aide précieuse afin que ces vies données à Dieu et aux autres soient une « vie en abondance »

 

« La chasteté est une vertu » conclut le dominicain : « Vivre la chasteté dans la forme spécifique qu’elle prend dans la vie religieuse ou le sacerdoce, c’et accueillir la vie que Dieu nous donne, la vie en abondance ».

 

Au final c’est un ouvrage qui est à recommander non seulement aux prêtres, aux religieux, mais également aux séminaristes et à tous ceux qui désirent aller au-delà d’un discours convenu sur le sens du célibat et sur la valeur et la beauté même de la chasteté comme vertu et en comprendre tout le sens.

 

 

TABLE DES MATIERES

 

LE CONTEXTE D’UN ENGAGEMENT DEROUTANE

Entre « trop bien » et « trop nul », le réel

Le culte de la performance, jusqu’aux illusions de toute-puissance

Maîtriser sa vie, dans tous les domaines

 

Les mirages de l’immédiateté

Internet, le monde à portée de main

La pornographie accessible à tous

La vie spirituelle et ses effets

 

Recherches de présence dans un monde éclaté

La conscience peut-elle être pleine ?

La communication ou la parole ?

Etre en lien ou rester présent

Un contexte pour la chasteté

 

CHASTETE ET SEXUALITE

 

Un angle mort dans le propos sur la suite du Christ

Avons-nous banni le trouble de nos vies ?

Que faire avec son désir ?

Imaginaire et intelligence à l’œuvre dans la chasteté

 

Dans une vie chaste, où est le corps ?

Le déni du corps ?

Sortir de l’amalgame entre corporel et sexuel

En dehors du plaisir sexuel, quelle place pour le plaisir ?

 

Dans une vie chaste, où s’exprime la sexualité ?

Le déni du sexe

Le déni de la différence sexuelle

Une forme spécifique de chasteté pour les personnes homosexuelles ?

 

Peut-on encore parler de maîtrise de soi ?

Tous les renoncements semblent acceptables, sauf un

Connaissance de soi

Peut-on se donner vraiment sans exercer une certaine maîtrise de son désir ?

La place de la continence dans la vertu de chasteté

Où se situe le volontaire ?

 

CHASTETE ET TEMPERANCE UN CHEMIN D’UNIFICATION

 

La vertu de tempérance

Qu’est-ce que la tempérance ?

Le pire ennemi de la tempérance : l’insensibilité

L’amour de la beauté et la pudeur disposent à la tempérance

La chasteté passe-t-elle par l’abstention de tout contact corporel ?

 

La tempérance n’est pas la mort des passions

La chasteté est-elle contre nature ?

Vivre la tempérance n’est pas vivre à moitié

Le combat de la chasteté

 

Et si on parlait de Dieu ?

L’amour trinitaire principe et modèle

Suivre le Christ chaste

Dieu en qui la virginité retrouve un nouveau sens

Un don de Dieu

 

UN CHOIX MARQUE PAR LE MANQUE

 

L’engagement à la chasteté comme réponse à un don de Dieu

Vivre dans la chasteté : une décision accompagnée par la grâce

C’est au nom d’une relation qu’un tel renoncement est vécu

Le Christ, un choix prioritaire, exclusif, absolu ?

Le choix comporte un manque, il n’et pas le choix du manque

 

Comme toute vie humaine, notre vie est marquée par le manque

La finitude, la condition corporelle

Bienheureuses défaillances qui nous rappellent le réel

Le célibat : scandale ou condition commune

Marqués par un manque, et pourtant toujours des hommes

Marqués par le manque et pourtant disponibles

 

LE MANQUE SUSCITE UNE ELABORATION DE SENS

La solitude du désir

Au-delà de la conformité à la norme

Au-delà de la signification

Penser le manque à la lumière de la virginité

 

EVITER LE MANQUE, UNE TENTATION

Le comblement du manque

Par le travail, jusqu’au burn-aout

Par les responsabilités, les charges, mêmes minimes

Par la séduction

Par la vie spirituelle

Par la radicalité

 

La fuite du manque

En confondant chasteté et toute-puissance

En confondant impuissance et chasteté

En fuyant la complexité des relations humaines

 

 

LA CHASTETE AU SERVICE DE LA CHARITE

 

Amour de Dieu

Se donner à Dieu, une expérience amoureuse ?

La prière, un défi pour la chasteté

La liturgi, une expérience de chasteté

 

Amour des autres

La chasteté dans les relations humaines

La vie apostolique

La vie de communauté

L’amitié

La chasteté dans la parole

 

Amour de soi

Nul ne peut vivre sans plaisir

Aimer son propre corps

Aimer son corps d’homme

 

LE TEMPS DE LA CHASTETE

Une intégration progressive, qui prend du temps

Du bon usage des rechutes

Une contre-façon du temps de Dieu

La procrastination

La patience, sœur de la chasteté

 

La chasteté, anticipation du Royaume à venir

 

©Claude Tricoire

 

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Quatrième de couverture

Impossible de vivre sans sexe ? Un mirage, la chasteté ? Et, d’ailleurs, comment font-ils ces hommes qui se disent de Dieu ? Sans tabou et sans concession, un vrai guide.

La chasteté, comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire pour des raisons religieuses, a toujours suscité beaucoup de suspicion. Les récents scandales qui frappent l’Église semblent donner raison à ceux qui y voient un mirage ou une imposture. Mais est-ce si vrai ? Ne serait-ce pas plutôt qu’il faut comprendre cette même chasteté dans un élan de vie consacré où la sexualité n’est pas amputée, refoulée, mais transcendée. Mais alors comment ? À quel prix ? Et par quels moyens ? L’enjeu spirituel de la chasteté est-il de l’ordre de la conformité à un modèle ou de l’humilité ?

Mobilisant l’histoire, la théologie, la biologie, la psychologie, c’est en religieux mais aussi en scientifique que Jean-Marie Gueullette livre ici une réflexion concrète où la frustration s’efface devant la transfiguration. Il ne s’agit pas de tuer le désir, mais de le vivre autrement.

Un traité libérateur.

 

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Comment la chasteté peut être une manière d’aimer

À la fois théologien et médecin, le dominicain Jean-Marie Gueullette explore avec simplicité et franchise les défis posés aux prêtres et religieux par la chasteté, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ».

Pourquoi la chasteté, lorsqu’elle est vécue dans le célibat, n’est-elle plus comprise comme un signe particulier de l’amour de Dieu ? Est-ce la conséquence d’une évolution de la société et de ses mœurs, d’un défaut d’explication par l’Église ? Ou encore de la manière dont elle est parfois vécue par les intéressés ?

C’est en dominicain, théologien et médecin à la fois, que Jean-Marie Gueullette s’affronte au beau est vaste sujet de la chasteté des prêtres et des religieux, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ». Sa parole, précise-t-il d’emblée, loin de se réduire au seul contexte des révélations d’agressions sexuelles commises par des clercs, s’adresse en priorité « à des hommes, prêtres ou religieux », car « la manière de vivre ces questions est profondément différente entre hommes et femmes ». Mais d’autres qu’eux pourront lire ses réflexions avec profit, tant les prises de paroles sur le sujet sont à la fois rares… et nécessaires. « La période douloureuse que traverse l’Église sur ces sujets a le mérite de faire prendre conscience de la pauvreté de son propos éducatif et théologique sur la chasteté », note-t-il au passage.

Soucieux de ne pas copier ces écrits « qui énoncent des principes respectables, voire de profondes pensées spirituelles, mais qui laissent leurs lecteurs sur leur faim car ils n’ont pas répondu à leur principale question – quotidienne parfois : dans cette vie que j’ai choisie, que faire avec mon désir, que faire avec mes émotions ? », Jean-Marie Gueullette n’esquive pas ni le combat et ni la souffrance. Il aborde les questions délicates comme cette « tendance vers un déni du corps » lorsque celui-ci n’est plus « investi dans le registre du travail manuel ou de la performance sportive », la recherche d’un « plaisir solitaire », ou plus récemment, ces règlements adoptés par des institutions religieuses en forme de « listes de gestes interdits » et qui confondent « corporel et sexuel ».

L’auteur met aussi en garde contre une forme de chasteté qui « fermerait le cœur et nourrirait l’orgueil », consisterait « à élever une muraille autour de soi » au point d’être « incapable de se confier ou de se montrer vulnérable », ou encore comprise comme « un empire absolu exercé par l’esprit sur la chair ». Ses interrogations se font parfois provocantes : « Est-ce qu’on honore Dieu en ayant honte de la créature qu’on est ? (…) Comment se fait-il que les chrétiens aient de telles difficultés avec leur corps, alors qu’ils sont censés contempler inlassablement le mystère de leur création à l’image de Dieu  ? »

Mais si le chemin est parsemé de tant d’embûches, pourquoi exiger un tel renoncement de ceux qui choisissent la vie religieuse ou le ministère presbytéral  ? Parce que la chasteté, qui est une vertu et non un interdit, peut être « la source d’une manière de vivre et d’aimer » qui convient à certains, affirme ce disciple de Thomas d’Aquin, amusé de voir la surprise de ses interlocuteurs lorsqu’il leur répond qu’ils « n’ont aucune idée de ce dont ils sont privés »  ! « Ce n’est qu’une fois qu’elle est goûtée comme simplicité de vie, pureté et liberté du cœur, capacité à entrer en relation autrement que par la séduction que la chasteté peut devenir aimable et ne pas être vécue exclusivement comme une privation », témoigne-t-il.

« Oui, le célibat consacré est une croix »

Vingt ans après le frère Timothy Radcliffe, ancien maître de son ordre, Jean-Marie Gueullette prend à son tour son bâton de pèlerin pour rappeler que « le premier péché contre la chasteté, c’est le manque d’amour » (1). Pour construire leur équilibre personnel, prêtres et religieux doivent reconnaître que le choix d’une vie consacrée au Christ comporte un manque « que rien ni personne ne viendra combler ». Mais ce manque n’a de sens qu’orienté vers « un bien », qui n’est pas seulement la disponibilité à Dieu ou à l’Église : « Si nous avons fait le choix de vouer toute notre existence à son service, ce ne peut être que parce que nous voyons dans cette forme de vie une manière d’accueillir la vie, la vie qu’il nous offre en abondance. »

Cf. Je vous appelle amis, Entretiens avec G. Goubert. (Cerf, 2000).

La Croix du 27 mai 2019.

EGLISE CATHOLIQUE, LETTRE A UN PRETRE DESESPERE, PRETRE, PRETRES, SACERDOCE

Lettre à un prêtre désespéré

 Lettre à un prêtre désespéré

 

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Mon très cher Père,

Permets que je te tutoie pour cette lettre un peu particulière. Il y a quelques jours, un de tes confrères, puis un autre, ont tristement poussé la désespérance à son paroxysme. Jusqu’à l’interdit. La tristesse de ces nouvelles a été doublée pour moi d’une soudaine prise de conscience : les prêtres, toi, qui êtes a priori des repères solides dans ma foi, des conseillers dans ma vie, des soutiens dans mes difficultés, vivez des détresses parfois insupportables.

Il m’est venu à l’esprit que ta position de pasteur, de dispensateur des sacrements, de ministre de l’Eucharistie, d’enseignant et toutes les projections que les laïcs font sur toi devaient constituer un sacré frein à la possibilité de t’ouvrir sur tes propres difficultés. Alors, bien sûr, tu as ton évêque, ton directeur spirituel, si tu en as un, mais si précisément tes difficultés portent sur ces relations, qui te reste-t-il alors ?

« Le Bon Dieu évidemment ! » diront les premiers de la classe, ceux qui n’ont pas eu la chance de goûter aux tactiques de l’adversaire, ce salaud qui ajoute bien souvent aux doutes terrestres des doutes célestes.

Alors je me suis dit « il te reste moi ». C’est bien l’objet de cette lettre. Je veux ici te dire plusieurs choses :

Tout d’abord je ne pense pas que tu es un surhomme incapable de désespérance. Tu as le droit d’en baver. Je ne serais pas surpris ni étonné d’entendre, si tu as besoin que cela soit entendu, que ta paroisse est lourde à porter; que tu luttes avec les comptes, les quêtes, les quelques paroissiens toxiques qui te pompent, ceux qui bloquent toute initiative, les zizanistes en tout genre, les calomniateurs qui distillent à tous vents le doute sur tes compétences ou ta probité; qu’être confronté tous les deux jours à des cercueils c’est dur ; que c’est dur aussi de voir que tu enterres plus que tu ne baptises; que la solitude te pèse, que parfois tu bois pour tenir le coup ou pour oublier; que ton engagement au célibat est vacillant; que dans la rue les regards de biais sur ton col romain, parce que des malades pédophiles avaient le malheur d’en porter un aussi, te blessent; que tes supérieurs ne te comprennent pas et que pourtant ils prennent à ton égard des décisions peut-être uniquement sur la base des innombrables lettres d’avertissement qu’ils reçoivent chaque année à ton sujet de la part de paroissiens scrupuleux; que tu es (très) fatigué et que vu le recul du nombre de prêtres tu n’es pas près de te reposer, que ça t’inquiète parce que tu sens tes forces diminuer; que l’augmentation des non-pratiquants et les ingratitudes ou les silences des pratiquants te font douter de l’orientation que tu as donné à ta vie le jour de ton ordination; que tu ne trouves plus de sens à tout ça…

Tu vois, sois tranquille, je ne serai pas choqué : tout ça je le sais déjà.

 

Du coup, je voudrais ici te dire pardon d’avoir été parfois un de ces paroissiens ingrats, prompt à la critique de ton homélie ou de ta façon de célébrer et pas spontanément enclin à commencer par te bénir pour tout le reste, pardon de n’avoir jamais écrit à mon évêque pour lui dire tout le bien que je pensais de toi. Je me trouve même honteux et horrifié d’avoir pu être un caillou de plus jeté dans le jardin de ton espérance, aujourd’hui dévasté.

En réparation et en espérant ôter ainsi mes cailloux et permettre que ce jardin refleurisse, je veux te bénir. Parce que « merci » serait trop peu. Je veux te bénir pour le don de ta vie, pour toutes les fois où tu m’as entendu en confession et où j’ai pu même ressentir par tes mains la proximité de Dieu et sa miséricorde, pour toutes ces messes célébrées – j’ai remarqué d’ailleurs que tu n’es jamais malade (à moins que tu ne prennes sur toi pour venir quand même lorsque cela t’arrive ?) – je veux te bénir d’avoir baptisé mes enfants et donc de les avoir sauvés, je te bénis d’avoir célébré mon mariage, je te bénis d’être venu à l’enterrement de ce membre de ma famille alors que, normalement, ce sont des laïcs qui s’en chargent, je te bénis pour tous ces bouquins que tu m’as conseillés et qui ont été si lumineux, pour tes paroles bienveillantes ou même celles, plus toniques, mais qui étaient celles dont j’avais besoin pour repartir à ce moment-là, je te veux te bénir pour tout ce que tu déploies pour faire vivre ta (tes !) paroisse, je te bénis pour ton obéissance à l’Eglise, je te bénis et je t’admire pour toutes les fois où tu as tenu bon dans les tentations contre la chasteté, je te bénis pour tous ces soirs où tu as offert ton fort sentiment de solitude pour le salut de tes paroissiens et donc le mien.

Dieu donne le sens de ma vie et toi tu me tiens par la main sur le chemin vers Dieu. C’est un truc de dingue ce que tu fais. Ce que tu es.

Je te propose un truc maintenant que je t’ai dit tout ça : viens dîner à la maison, viens marcher un coup avec moi, avec nous. Oui, tes paroissiens sont parfois vachards mais la tristesse et la désespérance c’est notre rayon : on sait que ça passe. Et qu’une fois que c’est passé on se demande bien comment on s’était mis dans cet état.

Alors mon Père, viens comme un frère !

Ton magret plutôt rosé ou à point ?

 

La Mouche du Coche

Dans A la uneDiaporamaReligion le 30 octobre 2018