LIVRES, LIVRES - RECENSION, REVOLUTION FRATERNELLE : LE CRI DES PAUVRES, SECOURS CATHOLQIUE, VERONIQUE FAYET (1953-....)

Révolution fraternelle : le cri des pauvres

Révolution fraternelle : le cri des pauvres

Véronique Fayet

Editions Indigènes, 2019.

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Présentation

L’audacieux pari de ce petit livre est de reconstruire – nous reconstruire – à partir des plus démunis.

Ces « personnes pauvres » –, aujourd’hui 14 % de la société française –, nous dit Véronique Fayet, osent souvent ce que nous n’osons pas, entravés par les préjugés à leur encontre. La révolution fraternelle est à ce prix. Face à une économie outrancièrement financière, face aux extrêmes à l’affût. Ce livre doit beaucoup aux 70 000 bénévoles du Secours catholique, aux 1 362 770 personnes qu’ils ont accompagnées, écoutées.

L’audacieux pari de ce livre ? Reconstruire – nous construire – à partir des plus démunis. Entendre leur cri pour venir à bout des préjugés, des injustices et de l’indifférence, mais aussi de la précarité. Ce cri, c’est aussi celui de la planète et de la démocratie menacées. Un appel vibrant d’actualité !

Véronique Fayet développe, sur une trentaine de pages, l’objectif du Secours Catholique dans plusieurs chapitres très variés : Que de préjugés… Qui sont les pauvres… Réinventons la protection sociale… Justice sociale et écologie vont de pair…

« Reconstruire notre société, qui est au bord de l’explosion, avec les plus pauvres, voilà notre ambition. Ce défi nous le lançons avec nos 68 800 bénévoles qui ont accueilli et accompagné en une seule année 1 362 700 personnes. Il faut noter qu’il y a en France 1 million de pauvres en plus depuis la crise financière de 2008 ! » Véronique Fayet

Il était l’heure d’un tel manifeste : un livre de chair, un livre de vie, où les savoirs des plus démunis se croisent avec les savoirs d’experts et de ces bénévoles. Mais ce cri qu’entend l’auteure n’est pas seulement celui des pauvres, c’est aussi celui de la planète et de la démocratie menacées.

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L’auteur : Véronique Fayet

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Véronique Fayet, après une maîtrise d’économie du développement, part vivre dix-huit mois en Afghanistan où son mari est coopérant. À son retour, elle s’engage avec ATD-Quart Monde à Bordeaux et, en 1989, appelée par Jacques Chaban-Delmas, elle y devient conseillère municipale.

De 1995 à 2014, elle est l’adjointe d’Alain Juppé, maire de Bordeaux, en charge des questions de solidarité et de lutte contre l’exclusion, et vice-présidente de la Communauté urbaine, en charge de l’habitat, puis conseillère régionale de 2004 à 2010. Elle est présidente du Secours-Catholique-Caritas-France  depuis 2014.

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 « Se reconstruire à partir des plus pauvres »

La Croix , le 26/10/2018

Lettres aux catholiques qui veulent espérer (5/9). Alors que l’Église traverse une crise profonde liée aux scandales d’abus sexuels, « La Croix » a demandé à des personnalités des pistes pour en sortir.

Aujourd’hui Véronique Fayet, présidente du Secours catholique

Qui suis-je pour écrire une lettre aux catholiques désemparés mais qui veulent résolument rester dans l’espérance, si ce n’est une femme qui aime son Église ? Une femme dont les entrailles se serrent en pensant aux atrocités infligées à des jeunes par des adultes abusant du prestige de leur charge. Avec le pape François, je redis que la douleur de ces victimes innocentes est aussi ma douleur et la douleur de l’Église tout entière.

Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Comment ces abus de pouvoir et de confiance ont-ils pu se produire et rester cachés ? Le pape nomme sans détour cette vision déviante de l’autorité dans l’Église : le cléricalisme, c’est-à-dire le risque de constituer dans nos communautés des cercles d’inégale dignité, fondés sur l’importance supposée des missions. Mais le cléricalisme n’est pas l’apanage des seuls clercs, il peut guetter tout mouvement, toute association. Le Secours catholique-Caritas France n’est pas à l’abri d’une telle dérive. Ainsi, pour accompagner notre projet 2025 qui vise à mettre les plus fragiles au cœur de notre cheminement et de la transformation de la société, il nous a semblé indispensable de questionner notre gouvernance.

Notre ambition est de redonner du pouvoir d’agir aux personnes qui ont l’expérience de la pauvreté ou de l’exclusion afin de repenser et construire avec elles un monde juste et fraternel. Il faut donc accorder nos paroles et nos actes en suscitant leur participation dans nos instances de réflexion et de décisions, à tous les niveaux. Cela ne va pas sans résistance ! Mais nous savons déjà, par expérience, que croiser les savoirs de vie des personnes pauvres, les savoirs académiques des experts, les savoirs très divers de nos salariés et bénévoles est d’une grande fécondité. Les personnes qui subissent quotidiennement la pauvreté sont souvent plus audacieuses que nous. Elles savent ce qui doit changer et vite. Elles nous bousculent et nous apprennent à rêver, mais ensemble nous « rêvons logique », c’est-à-dire avec rigueur et méthode pour transformer concrètement nos vies dans les territoires.

Mettre les personnes pauvres au cœur de nos instances et au cœur du cheminement de l’Église ne va pas de soi. Le père Joseph Wresinski disait même « que la priorité aux plus pauvres se place au point de départ, qu’elle n’est jamais acquise chemin faisant ». Et si cette crise que traverse notre Église était l’occasion d’un nouveau départ ? d’une nouvelle façon de faire Église ensemble, avec et à partir des plus pauvres ? C’est-à-dire non seulement leur donner la parole, leur demander leur avis, mais aussi qu’ils soient la mesure de ce qui se vit en Église avec des questions simples : qu’est-ce qui empêche les plus pauvres de venir aux réunions de préparation au baptême ? Qu’est-ce qui les empêche de participer au catéchuménat ? Pourquoi disent-ils « l’Église, c’est pas pour moi! J’y vais pas le dimanche parce que les gens sont pas comme moi, je me sens jugé. J’y vais quand il n’y a personne »?

Pour cela, il faut repartir de la contemplation du Christ, le regarder s’identifier aux pauvres et aux petits, aux personnes prostituées, malades, handicapées. Le Christ se fait proche des méprisés, des étrangers, des insignifiants pour une raison théologique fondamentale : révéler l’identité de son Père, ce Père qui aime d’un amour fou, inimaginable, les plus petits. Et le pape nous redit avec force dans La Joie de L’Évangile que « les pauvres ont beaucoup à nous enseigner…(et que) nous sommes appelés à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux ».

Ce travail est à l’œuvre dans l’Église de France depuis le rassemblement  Diaconia  qui a réuni en 2013 près de 12 000 personnes de tous horizons, dont plus d’un tiers en situation de précarité, pour célébrer la fraternité et affirmer qu’elle est au centre de la mission de l’Église dans la société. Depuis une vingtaine d’années, les fraternités du Réseau Saint-Laurent qui réunissent des personnes en précarité autour de l’Évangile se multiplient. Avec leurs vies cabossées et blessées, ces personnes nous surprennent par leur proximité avec les personnages de l’Évangile, leur capacité à s’identifier aux souffrants, à comprendre les paroles du Christ et nous en révéler le sens profond.

L’Université de la Solidarité et de la Diaconie, en octobre 2017 à Lourdes, a permis de faire encore un pas de plus vers une « Église pauvre pour les pauvres », « une Église joyeuse qui témoigne, prie et vit avec et à partir des plus fragiles ». Une révolution fraternelle est en route, porteuse de cette « transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin ». Il faut que chaque baptisé y prenne sa part. Ce n’est pas pour rien que le pape a voulu « offrir à l’Église la Journée mondiale des pauvres » ! Sachons nous émerveiller de ce cadeau car il est source de joie. N’en faisons pas un devoir mais un sommet de nos vies paroissiales, et proclamons haut et fort, en paroles et en actes, avec saint Laurent, que les pauvres sont les trésors de l’Église !

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/reconstruire-partir-pauvres-2018-10-26-1200978759

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CRISE ECONOMIQUE, GILETS JAUNES, LA VIE (journal hebdomadaire), MEDEF, MOUVEMENT DES ENTREPRISES DE FRANCE, SECOURS CATHOLQIUE

Débat Secours catholique/Medef : à propos du mouvement des « Gilets jaunes »

GILETS JAUNES

Secours catholique / Medef : notre grand débat

Publié le 15/01/2019 à 18h14 – Modifié le 16/01/2019 à 15h15Interview Jean-Pierre Denis, Laurent Grzybowski et Pascale Tournier

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Titre de l’article : Que peuvent apporter les chrétiens à la crise actuelle ? Tour d’horizon, avec le Medef, le Secours catholique et les croyants de tous bords.

  

 « La France n’est pas un pays comme les autres. » Tels sont les premiers mots d’Emmanuel Macron dans la lettre envoyée aux Français. Si le chef de l’État ne fait pas l’unanimité avec l’organisation du débat national, on peut lui accorder une chose : à l’image du pays, du rapport qu’il entretient avec la politique et de l’effervescence actuelle, l’exercice est totalement inédit. Dans sa forme, son fond, et même son résultat. Il est prévu jusqu’à la mi-mars, et personne n’est en mesure de prédire ce qu’il en sortira. Quel sera le niveau de participation ?
Les « gilets jaunes » entreront-ils dans la danse ? Comment s’opérera la restitution ? Quels changements surviendront ? Dans quel état se trouvera la société, à l’issue de ces deux mois ? Preuve du niveau d’incertitude, le Président est le premier à avoir adopté la forme interrogative pour poser les contours du débat axé autour de quatre thématiques : fiscalité et dépenses publiques, organisation de l’État et des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté. À l’exception de la suppression de l’ISF, sur laquelle l’exécutif affirme, pour l’heure, ne pas vouloir revenir, tout est ouvert, même les thèmes de l’immigration et de la laïcité.

À cette discussion de grande envergure, La Vie a décidé de prendre sa part en organisant une rencontre entre la présidente du Secours catholique, Véronique Fayet, et le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Le face-à-face a eu lieu dans le bureau du patron des patrons, avec vue imprenable sur la tour Eiffel. « Gilets jaunes », finance, inégalités, etc. Pendant plus d’une heure, chacun a exprimé son point de vue et ses solutions, avec son langage, sa vision et ses convictions. Si Véronique Fayet a plaidé avec force pour un capitalisme à « visage humain », prenant comme modèle l’économie sociale et solidaire, Geoffroy Roux de Bézieux n’avait qu’un seul credo : l’efficacité économique, au nom de l’éthique de responsabilité. Si la première a tendu des perches à son interlocuteur, les divergences ont été plus nombreuses que les points de convergence. Ce qui n’a pas empêché l’entrepreneur d’inviter son hôte à la prochaine université d’été du Medef.

  

Question de la Vie« Nous sommes prêts à participer à l’effort de guerre », avez-vous déclaré en parlant de la crise actuelle. Sommes-nous vraiment en guerre ?

 

Geoffroy Roux de Bézieux. Les entreprises sont prêtes à participer à l’effort de la nation pour essayer de sortir de la crise, même si, sur les ronds-points et les défilés, elles n’étaient pas mises en cause. À aucun moment, on n’a vu des pancartes « Pendons les patrons ». Pour autant, parce que nous faisons partie de la communauté nationale, nous devons nous aussi faire un effort. D’où la prime exceptionnelle, la prime de mobilité et toutes les propositions que nous porterons, notamment durant le grand débat.

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Véronique Fayet. Cette crise vient rappeler que nous devons être en guerre contre la pauvreté, le chômage, le mal-vivre. Quand on est dans une situation de guerre, il faut une mobilisation générale. Nous ne vaincrons la pauvreté et le chômage que tous ensemble. Ce n’est pas les uns contre les autres, les patrons contre les syndicats, les associations contre l’État, les riches contre les pauvres. C’est ensemble !

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Question de La Vie : Cette protestation est-elle celle des classes moyennes ?

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G.R.B. « Les gilets jaunes, c’est une manifestation française de ce qui se passe dans l’ensemble des pays occidentaux : le refus de la mondialisation et de ses conséquences par une partie des citoyens. […] Partout c’est le même syndrome : les classes moyennes se sentent perdantes du système. Elles ont compris que l’économie se transforme à toute vitesse, que leurs métiers risquent de disparaître. Certains se disent : Je ne vais pas y arriver, la seule façon de me défendre, c’est de refuser ».

V.F. « Au début, je me suis dit : c’est le cri des pauvres. Des pauvres qui ne peuvent plus crier, car ils n’ont plus la force. Puis j’ai entendu cette crise comme un cri des ‘presque pauvres’, qui correspond aux 10% des gens qui viennent nous voir. Ils sont au-dessus du seuil de la pauvreté, mais n’y arrivent pas à la fin du mois…. »

 

LA VIE. Les institutions que vous représenter n’ont-elles pas fait fausse route ? D’un côté, le Medef a vanté le discours de la mondialisation. De l’autre, le monde associatif s’est intéressé au plus pauvres et pas aux classes moyennes qui se sentent dupées.

V.F. Elle rappelle quelques chiffres : accueil de 1,5 M de personnes chaque année ; 90% sous le seuil de pauvreté (beaucoup sans emploi depuis longtemps et 1% en formation professionnelle. Elle rappelle l’expérience comme Territoires Zéro pour les chômeurs de longue durée.

« Nous accueillons de plus en plus de travailleurs pauvres, proches des classes moyennes. […]. Nous faisons tout pour ne pas opposer les pauvres et rester universels. »

G.R.B. « Les mutations sont inhérentes au capitalisme … ; il détruit pour créer ». Puis il cite les mutations qui se sont faites dans l’industrie « Désormais, le changement, parfois difficile à vivre, se passe à l’échelle du globe. Le discours que nous tenons n’est pas ‘Tant pis pour vous’, mais comment faire, dans ce monde où tout va si vite pour faire évoluer les compétences, mais aussi les esprits ; personne n’a envie de chnger de métier ou de lieu d’habitation sans arrêt. La métropolisation de l’économie amplifie les difficultés : 85% des emplois sont créés dans les 14 plus grandes métropoles »

 

LA VIE. Les inégalités ne sont-elles pas plus profondes ? Mme Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, appelle à les enrayer, craignant « l’avènement d’un âge de la colère »

G.R.B « A l’échelle du globe, les inégalités de revenus ont d »cru en 200 ans. Certes, sur les 10-15 dernières années, en particulier aux Etats-Unis, ces inégalités ont crû. Mais pas chez nous. La France est le pays qui redistribue le plus au monde ».

 

LA VIE. Pourtant les études le disent, le système redistributif fonctionne moins bien qu’avant. La CSG est proportionnelle et les taxes indirectes ont augmenté

 

G.R.B. « Le coefficient d’inégalité a diminué. La part des revenus des 10% les plus riches a baissé par rapport aux 10% les moins riches »

V.F. « Et que dites-vous des 10% les plus riches qui dans notre pays, possèdent 48% du patrimoine ? »

G.R.B. «  Il y a la réalité et sa perception. […]. Je rappelle que les 20% les plus riches gagnent huit fois plus que les 20% les plus pauvres avant prélèvement et quatre fois plus après. Mais le sentiment d’inégalité est le plus élevé… »

 

LA VIE. Pour l’économiste Gaël Giraud, le rapport entre les plus hauts et les plus bas salaires ne devrait pas dépasser les 12. C’est la « théorie du facteur 12 »

G.R.B. « Cette théorie me semble un peu factice. Je ne sais pas comment on peut déterminer un tel niveau. […]. Comment définir le bon niveau ? C’est une question de contexte, mais aussi de tradition et de culture ».

[sites à consulter pour expliquer la « théorie du facteur 12  » :

file:///C:/Users/tricoire/Downloads/131113_limiter_les_ecarts_de_remuneration-un_enjeu_defficacite_economique_et_de_justice_ecologique_et_sociale.pdf

http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/deux-economistes-catholiques-invoquent-le-facteur-12-pour-taxer-les-plus-riches-24-04-2012-2478_118.php)

Le Facteur 12. Pourquoi il faut plafonner les revenus, Gaël Giraud et Cécile Renouard, (Carnets Nord, 2012, 18 euros.)]

LA VIE. Il n’y a vraiment pas de valeur absolue pour vous ? N’est-ce pas une conception de l’éthique purement utilitariste et relativiste ?

G.R.B. « Encore une fois, si vous accepter de vous confronter à la communauté à laquelle vous appartenez et si la majorité accepte que vous soyez payé 20 ou 30 fois plus parce que ce vous avez fait pour l’entreprise le mérite, où est le problème ?

 

LA VIE. Le président Macron a parlé dans ses vœux de la fin du « capitalisme ultralibéral et financier »

V.F. « Nous faisons, de fzit fausse route avec une économie financiarisée jusqu’à la perversion. Le ¨Pape François a des mots sévères à ce propos. Pendant mes études, on me parlait du modèle rhénan, un capitalisme à visage humain, comme le dit l’enseignement de l’Eglise ». Une entreprise est une communauté de personnes. Certains investissent dans le travail, d’autres dans le capital, mais les rémunérations du travail et du capital doivent être raisonnables, si possible transparentes, à l’image du monde de ‘l’entreprise libérée’ qui se développe. C’est une économie vertueuse. Mais la finance a perdu la boule. On finance du financier. C’est ce qui amené le Secours catholique a publier le rapport ‘La Finance aux citoyens’, pour parvenir à réguler la finance mondiale. »

G.R.G. « Gardons-nous de tomber dans le syndrome ‘Amélie Poulain », dire que c’était mieux avant ». […]. Plus que la financiarisation de l’économie, il existe un sujet avec les entreprises cotées.  Sous la pression des résultats trimestriels, elles privilégient des mesures à court terme, alors que le capitalisme entreprenarial ou familial assure une vision de l’investissement plus longue. Quant aux actionnaires, quel est le bon niveau de rémunération ? Là encore, je ne sais pas. Les dividendes ont retrouvé le niveau record de 2007 en valeur absolue. On crie au scandale, mais, pendant 10 ans, les salaires ont augmenté et pas les dividendes. C’est comme si pendant neuf ans, un propriétaire de studio avait eu des impayés de loyer.

  1. V.F. « A Paris, le capital immobilier ne cesse de prendre de la valeur

G.R.B. « … mais ce n’est pas le cas des entreprises. Les  actions connaissent des chutes brutales. Vous parler de l’humain et de la morale. Mais on peut aussi prendre les choses sous l’angle de l’efficacité et voir ce qui va créer de la richesse à partager. »

 

LA VIE. La morale est un gros mot pour vous ?

 

G.R.B. « Il faut voir ce qui est efficace sur le long terme. Et l’efficacité sur le long terme intègre de facto une forme de morale et de consensus.

  1. V.F. L’enjeu d’une entreprise est de créer de la richesse et du bien commun, du bien-être pour tous les individus et pour la société, de favoriser la consommation de biens essentiels et de défendre l’environnement. Mais quand les écarts de salaires sont délirants, on n’est plus dans le bien commun ni dans une communauté de projet. Dans le secteur de l’entreprise sociale et solidaire que nous côtoyons et qui se porte bien, l’écart est de 1 à 10. Les décisions sur les rémunérations ou le choix de développement sont collégiales. Ces modèles, porteurs de bien commun, peuvent nous aider à retrouver une société apaisée et fraternelle. Les gens vont sur les ronds-points parce que là, au moins, ils vont retrouver la fraternité qui n’existe plus dans l’entreprise, retrouver aussi le goût de l’action et de la réflexion collective, ressentir de la considération.

G.R.B. « Les entreprises sont aussi des lieux de convivialité. Les gens sont heureux de se retrouver et de participer  à un projet commun. La solitude vient surtout des médias sociaux, de l’individualisme ambiant. Quant au qualificatif « délirantes » pour les rémunérations, disons plutôt « inacceptables par le corps social ». Il faudra quand même  que l’on m’explique un jour pourquoi c’est toujours sur les patrons que l’on cogne et jamais sur les joueurs de foot ».

 

LA VIE. L’économie solidaire et sociale offre-t-elle selon vous une voie d’avenir ?

G.B.R. « L’économie sociale et solidaire (ESS) est un modèle différend d’autres modèles capitalistes. Mais tous peuvent cohabiter et se développer. L’avenir ne peut se limiter au profit trimestriel et au cours termisme, c’est certain. Mais ce profit est indispensable, parce qu’il s’agit de la survie de l’entreprise et de sa capacité à investir, à créer de l’emploi. La vraie caractéristique du capitalisme de puis 30 ans est que ce que l’on pensait immuable ne l’est pas. »

V.F. « L’ESS  a beaucoup à nous apprendre. C’est un modèle alternatif qui expérimente une gouvernance partagée sous forme coopérative, par exemple, des échelles de salaires réduites, la participation de bénévoles qui introduisent la notion de gratuité au cœur de l’économie. Un modèle qui permet surtout de prouver que nul n’est inemployable et que chacun a des talents utiles pour le bien commun. C’est inspirant pour les entreprises, non ? »

 

LA VIE. De fait, pensez-vous que le modèle ESS pourrait inspirer les entreprises classiques ? Et comment ?

 

G.B.S. « L’ESS ne peut pas être universelle, c’est un modèle parmi d’autres. Le capitalisme est multiforme. Une entreprise est intégrée dans un humus social, avec des élus, des citoyens, des voisins, un territoire, un environnement, etc. Son degré de participation au bien commun dépend un peu du modèle retenu. Entre le modèle ultralibéral et celui de l’économie sociale et solidaire, il existe toute une palette de solutions. »

V.F. Elle cite texte d’Emmanuel Faber, patron de Danone, à propos de son entreprise  : « Si on diminuait de 30% le salaire de 1% des mieux payés, on pourrait doubler la rémunération des 20% les moins bien payés »

G.B.R. « Vous croyez que les cadres concernés resteraient chez Danone ? »

  1. V.F. « Oui, je le crois. Au Secours catholique, nous salarions des personnes très compétentes et parfois très diplômées, qui sont prêtes à travailler avec un salaire plus bas qu’ailleurs. »

G.B.R. « Oui, parce que ce sont des gens formidables et qu’en venant chez vous ils font un choix. […]. Mon éthique personnelle ou la vôtre sont une chose, la réalité en est une autre. D’autant que la France n’est pas un pays isolé. Si on baissait les plus hauts salaires, beaucoup de gens partiraient travailler à l’étranger ».

  1. V. F. « Pour reprendre l’exemple de Danone, cela correspond à un véritable projet d’entreprise, avec l’idée de servir le bien commun en France et dans le monde. Une telle proposition peut être acceptée dans des entreprises ayant un projet fort et dont le but n’est pas que de faire de l’argent. »

G.B.R. « Je suis très heureux qu’il y ait des gens comme vous ou comme Emmanuel Faber qui poussent… »

  1. V.F. « Des Bisounours ?»

G.B.R. « Non ! Je pense simplement qu’il faut faire avec les défauts des hommes et leur avidité naturelle. »

V.F. « On peut les combatte aussi. C’est le thème du discours du pape du 1er janvier. »

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/messages/peace/documents/papa-francesco_20181208_messaggio-52giornatamondiale-pace2019.html

G.R.B. « Il y a deux manières de combattre ces défauts : on peut essayer de monter des projets différents, ce que fait Danone par exemple, et on peut aussi lever des impôts. Puis quand ça ne marche pas, on crée des impôts supplémentaires. Et, à un moment, si l’on s’enferme dans cette spirale, ça devient un système totalitaire et ça s’appelle l’Union soviétique, le Vénézuela ou la Corée du Nord. »

 

LA VIE. Faut-il rétablir l’ISF ?

 

V.F. « Il aurait fallu déjà ne pas le supprimer. La façon dont cela a été fait a été violente. Il y a eu, au même moment, la suppression des emplois aidés, la baisse des subventions aux associations, puis la diminution des 5 € pour les aides au logement. C’était symboliquement ravageur ! Beaucoup de mesures négatives pour les pauvres et les précaires ont été prises dans les premiers mois du quinquennat ainsi que des mesures favorables aux plus riches. Au passage, cela a plombé la Fondation Caritas France, qui a perdu 50% de ses revenus, comme toutes les fondations, et pénalisé de multiples petites associations  qu’elle soutient. C’est très grave. Le président de la République ne l’a pas mesuré. L’ISF, c’est 3 milliards de moins dans les caisses de l’Etat. Cet argent devait être injecté dans l économie et créer des emplois…. Qu’en est-il ? »

G.B.R. « J’entends que tout le monde veut rétablir l’ISF. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes le pays qui paye le plus d’impôts au monde avec le Danemark : les recettes fiscales représentent 48% du PIB. Malgrè ça, on estime que les riches ne paient pas assez d’impôts et qu’il est impossible de supprimer l’impôt sur le patrimoine immobilier. D’ailleurs, l’ISF n’existe que dans un seul pays au monde, le nôtre. Comment fait-on pour avoir ce taux de fiscalité le plus élevé du monde et un sentiment d’injustice ? De toute façon, pour l’ISF, la mal est fait : tous les entrepreneurs qui sont partis ne reviendront pas. Au fond, le fait que le niveau d’acceptation des inégalités soit différent de celui de nos voisins nous handicape dans la compétition mondiale »

  1. V.F. « Je voudrais souligner que les 3 milliards d’euros en moins dans les caisses d l’Etat, partis en fumée, auraient pu être investis de manière utile dans la transition énergétique. Il y a urgence : des millions de logements sont de véritables passoires thermiques. En travaillant à leur rénovation, on créerait des emplois, on protégerait l’environnement et on ferait un bien social inestimable en réduisant la précarité énergétique. Ce cercle vertueux porte un nom : le développement durable. Il faudrait que des institutions telles que le Medef et le Secours catholique travaillent main dans la main pour déclarer la rénovation énergétique, grande cause nationale »

 

LA VIE. Cette suppression de l’ISF n’a-t-elle pas été décidée par Emmanuel Macron pour que les entreprises puissent tirer l’économie vers le haut ?

G.G.R. « Oui, c’est la fameuse théorie du ruissellement que M. Mélenchon ne cesse de contester. »

  1. V.F. « Nous aussi, c’est sûr, nous la contestons ! Sérieusement, vous y croyez à cette théorie ?

G.R.B. « Plus il y aura de riches en France, mieux nous nous porteront. L’économie n’est pas une science exacte. Plus il y aura de riches, plus il y aura de recettes fiscales. Les gens qui sont partis pour se mettre à l’abri ne payaient pas que l’ISF. Ils ont arrêté de payer l’ensemble des impôts et des taxes. Ils ont aussi de consommer. Le ruissellement, c’est cela. C’est l’effet induit des dépenses et des investissements des uns et des autres. A moins que vous ne croyez que tout m’argent de l’ISF est simplement thésaurisé et placé dans des fonds spéculatifs »

V.F. « Oui, c’est ce que je crois »

G.R.B. « Mais non ! Les personnes concernés investissent, créent, embauchent.

V.F. « Permettez-moi d’avoir quelques doutes. Moi, je crois beaucoup plus au ruissellement à l’envers. C’est-à-dire que si les 20% les moins payés voyaient leur salaire doublé, ils consommeraient et injecteraient leur agent dans l’économie réelle ».

G.R.B. « Ah oui, vous êtes complètement mélanchoniste ! Soyons sérieux. Si nous doublons le Smic, que se passerait-il ? Comment nos entreprises pourraient-elles s’en sortir avec un taux de marge qui est le plus bas d’Europe.  Expliquez-moi, je serai ravi ! »

V.F. « Tout dépend des charges qui sont liées à ces salaires. Et puis, on peut resserrer l’éventail des salaires.

G.R.B. « Dans ce cas se poserait un autre problème : tous les cadres concernés par une baisse de leur salaire s’en iraient. Malheureusement , le marché est là. Il y a un pays qui vit une expérience dramatique en ce moment c’est le Vénézuela. Ce pays a longtemps été le plus riche de toute l’Amérique du Sud. Il est aujoiurd’hui dans une situation catastrophique.  Je ne nie pas qu’il y ait des excès dans le capitalisme actuel, mais les solutions simples, je n’y crois pas. »

 

LA VIE. L’Encyclique Laudato Si’ du pape François vous inspire-t-elle dans votre action ?

  1. V.F. « Au Secours catholique, l’Evangile est une inspiration quotidienne et nous sommes très attentifs aux écrits et aux discours du pape, qui, comme ses prédécesseurs promeut la doctrine sociale de l’Eglise. Quand il parle du cri des pauvres et de la clameur de la terre, on peut comprendre ce que ça veut dire : qu’il n’y a pas de justice sociale sans justice écologique, et inversement. Laudato Si’, c’est un peu ma bible. J’ai relevé une petite phrase issue du n° 194 que je vous conseille de méditer : Il ne suffit pas de concilier, en juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. Je trouve cela extrêmement pertinent. Notre pape n’est pas un homme tiède. Il nous rappelle qu’il y a des choix à faire, des choix radicaux. »

G.R.B. «  Le pape est dans son rôle en tirant l’exigence très loin. De même, les ONG sont dans leur rôle quand elles dénoncent la fraude fiscale ou le double discours de certaines multinationales. C’est un peu l’éthique à conviction contre l’éthique de responsabilité. Nous avons besoin de ces aiguillons, qu’ils soient spirituels ou politiques. Mais moi, je suis en position de responsabilité et je dois concilier une haute exigence morale demandée par un certain nombre de gens, le pape en premier lieu, avec un principe de réalité : les entreprises sont libres et indépendantes, et elles agissent chacune en fonction de leur intérêt propre ».

 

LA VIE. Le fait que vous soyez chrétien est-il, à cet égard, un avantage ou un inconvénient ?

G.R.B. « Avant d’emmener les autres vers un meilleur capitalisme ou un capitalisme plus humain, il faut d’abord s’astreindre à être soi-même exemplaire. Le pape dépeint un idéal. Quand on reprend ses textes, on voit qu’il est très marqué par l’Amérique latine, où existe une forme de capitalisme très dur et très inégalitaire. [cf. le livre de Elena Lassida : Le goût de l’autre. La crise, une chance pour réinventer le lien, Paris : Albin Michel, 2011. 326 p. : comme elle est uruguayenne elle donne des exemples où se retrouve la pensée du pape qui sans être partisan de la théologie de l libération a développé ce que l’on appelle « la théologie du peuple. Rajout personnel au texte !].C’est le continent qui, avec l’Asie, concentre le plus d’inégalités, à l’instar de ce que nous avons connu en Europe au XIXè siècle. La social-démocratie chez nous est passée par là. C’est pour cela que je suis un peu gêné pour vous répondre. Oui, être chrétien pour moi est un avantage en donnant une orientation à ma vie. Mais entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, je choisis la seconde »

 

LA VIE. Face à la crise, ne faudrait-il pas que les leaders d’opinion chrétiens prennent la parole ?

G.R.B. « Ce serait compliqué. Exprimer des convictions spirituelles sur la place publique est assez contraire à notre histoire récente. Certains commentateurs n’ont pas manqué de rappeler  que nous partageons, avec Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT et ancien de la JOC, la même éducation chrétienne. Je ne suis pas certain que cette comparaison soit des plus pertinentes. »

V.F. « Je pense au contraire que, à la suite du pape, les chrétiens doivent oser dire haut et fort leurs convictions. Nous avons à porter au monde une espérance. Non, la misère n’est pas une fatalité ! Non, les migrants ne sont pas une menace, mais une chance ! Non, la bataille contre le changement climatique n’est pas perdue ! Nous avons à construire des alliances et à œuvrer ensemble à la transformation du monde ; des associations comme la nôtre, le CCFD, les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, le Mouvement chrétien des cadres et dirigeants… Y compris avec certains syndicats réformistes, comme la CFDT. Ces alliances sont fécondes, nécessaires et urgentes, si nous voulons faire advenir un monde plus juste et plus fraternel ».

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Interview Jean-Pierre Denis, Laurent Grzybowski et Pascale Tournier

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http://www.lavie.fr/actualite/societe/secours-catholique-medef-notre-grand-debat-15-01-2019-95715_7.php

 

DROITS DE L'HOMME, FILM LES TEMPS DES EGARES, FILMS, IMMIGRATION, LE TEMPS DES EGARES, MIGRANTS, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film Le temps des égarés

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LE TEMPS DES ÉGARÉS

Le temps des égarés

De Virginie Sauveur

Avec Claudia Tagbo, Biyouna, Jean-Pierre Lorit

Date de sortie mai 2018 (Arte)

Drame français

Salon-de-Provence le 9 février à  17h00 au Cinéma Les Arcades (Place Gambettta – Tarif 5 €)

Une ancienne réfugiée, devenue traductrice de l’OFPRA, extorque sans scrupules les demandeurs d’asile pour inventer les récits de leurs vies. Film proposé par la CIMADE. Débat avec la scénariste, Gaëlle Bellan, et Marie Hélène Desfours, avocate spécialisée en droits des étrangers.

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Ancienne réfugiée, Sira est traductrice pour l’OFRPA, l’organisme chargé de l’attribution du droit d’Asile en France. Sans aucun scrupule vis-à-vis des demandeurs, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères mais susceptibles de convaincre les autorités. Un enchaînement de rencontres qui vont avoir raison de son cynisme.

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=258776.html

 

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Le temps des égarés

Sur Arte

“Le Temps des égarés”, un conte ultra-contemporain sur les réfugiés

Dans une fiction sur Arte, la réalisatrice Virginie Sauveur raconte avec humanité les épreuves qui attendent les migrants à leur arrivée en France. Et fustige ceux qui en profitent : en traductrice corrompue, la comique Claudia Tagbo se révèle impériale.

Ils sont un essaim, collés les uns aux autres dans la pénombre inconfortable d’un container. Ils sont une enfilade de silhouettes floues, courant à contre-jour vers l’eldorado qu’ils se sont imaginé. Un homme sort du lot qui s’éloigne et s’arrête. Dans son sac en plastique, le strict nécessaire : un bout de savon, une brosse à dents et un texte de Cyrano de Bergerac. Il commence une toilette de chat dans la mer, relève la tête, fixe la caméra. Maintenant, semble-t-il nous dire, regardez-moi dans les yeux et écoutez mon histoire.

Récits d’exilés à vendre

Ainsi commence Le Temps des égarés, sorte d’épopée contemporaine dans laquelle des héros venus de l’autre côté de la Méditerranée réussissent les exploits successifs de débarquer en France, de tracer leur chemin jusqu’à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et, le cas échéant, de convaincre ceux qui les écoutent qu’ils méritent le droit d’asile. C’est à ce dernier stade de leur parcours que, dans ce téléfilm réalisé par Virginie Sauveur (Virage Nord), tout se joue.

Aider les réfugiés à dire l’indicible

« Quand j’ai découvert que le récit délivré à l’Ofpra, à l’écrit et à l’oral, primait sur les éventuelles pièces matérielles[souvent manquantes ou sujettes à caution, ndlr], j’ai immédiatement pensé à ceux qui, traumatisés ou craignant encore des représailles, n’étaient pas capables de raconter leur histoire », explique la scénariste Gaëlle Bellan. Dans la réalité, il arrive que des escrocs profitent des détresses pour faire commerce de leurs récits, qui fonctionnent tant que leur répétition ne saute pas aux oreilles des agents qui les collectent.

Dans la fiction, une traductrice (Claudia Tagbo) sature de billets de banque son existence vide de sens en vendant aux réfugiés les mots qui leur serviront de sésame. Gare à celui qui pense pouvoir s’en passer : rien n’est moins contestable que la chronique d’une destinée…

La réalité rejoint la fiction

Née il y a une dizaine d’années, l’idée de cette fiction mettant en scène des réfugiés (un terme que Gaëlle ­Bellan préfère à celui de « migrants ») trouve son aboutissement au moment où la loi asile-immigration, fraîchement votée, durcit les conditions d’entrée en France. « Lors d’une première projection du film, en janvier, un spectateur a fait remarquer que la présence d’une petite fille dans un centre de rétention n’était pas réaliste, poursuit la scénariste. L’un des personnages précise d’ailleurs que celle-ci est arrivée là “par erreur”. Or, désormais, ce cas de figure est parfaitement possible. » Désireuse de proposer « un film documenté mais pas documentaire », elle a rencontré des anciens agents de protection de l’Ofpra, et assisté à des audiences de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) pour rendre chaque situation incontestable.

Loin pourtant d’asséner un propos, Le Temps des égarés ressemble plutôt à un conte, dissimulant derrière ses protagonistes mille pistes de réflexion. De la traductrice impénétrable à l’humaniste égoïste, tous ont de bonnes raisons d’agir comme ils le font ; tant pis s’ils se montrent cruels quand on attend de la bienveillance, ou vénaux quand on les espère moraux… Surtout, ils ne sont plus la masse indistincte qu’évoquent les journaux ou les textes de loi, mais des individus dotés de visages et confrontés à des dilemmes, qui suscitent réflexion et empathie.

A contre-emploi, l’humoriste Claudia Tagbo se révèle impériale dans un rôle marmoréen — une nouvelle fois, la réalisatrice Virginie Sauveur démontre qu’elle n’a pas sa pareille pour révéler les comédiens. C’est sans doute grâce à cette intégrité face au « sujet » et à ceux qui l’incarnent, mais aussi à la poésie dont il fait preuve parfois, que ce téléfilm délicat a reçu trois prix au dernier festival de Luchon (dont celui de la meilleure fiction) et le prix du public au Fipa.

Télérama du 25 mai 2018

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« Le temps des égarés »de Virginie Sauveur

 

Diffusé sur ARTE le vendredi 25 mai 2018, Le temps des égarés de Virginie Sauveur est un téléfilm sociétal fort et original sur le sujet polémique de l’accueil des migrants et réfugiés. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur cette unitaire fiction coup de cœur, portée par une excellente Claudia Tagbo, ainsi que notre interview de l’équipe.

Synopsis :

Sira Diabate (Claudia Tagbo) travaille pour l’OFPRA, l’organisme chargé de lattribution du droit dasile en France. Elle-même issue de limmigration mais sans aucun scrupule vis-à-vis des migrants, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères, mais susceptibles de convaincre les autorités. Solitaire, elle amasse compulsivement de l’argent pour combler le vide de son existence. Un enchaînement de rencontres va avoir raison de son cynisme. Pendant ce temps-là, Abdul Yassin (Amer Alwan), réfugié irakien rescapé de Daech, débarque en France où il va devoir apprendre à survivre.

Le temps des égarés : le sujet sensible de l’accueil des migrants

L’arrivée d’un groupe d’immigrés clandestins dans un container qu’on imagine décharger d’un cargo ouvre le téléfilm Le temps des égarés. Abdul Yassin en fait partie. Puis direction l’OFPRA (Office Français de la Protection des Réfugiés et des Apatrides) où entre en scène Sira Diabate, une interprète qui y travaille. Enfin une petite fille, sauvée d’une excision par son père en fuite, fait son apparition… L’unitaire fiction Le temps des égarés « est un projet que je porte depuis 2009, nous a confié Gaëlle Bellan (Engrenages), la coscénariste au départ du projet. A l’origine, ce qui m’a interpellé, c’est une conversation avec une amie qui travaillait autour de l’univers de l’OFPRA et qui m’a expliqué comment fonctionnait l’obtention du droit d’asile. Elle m’a dit que tout reposait sur le récit du requérant et que c’était la qualité du récit qui permettait de donner ou non le statut. Évidemment, comme je suis une scénariste et que le récit est au cœur de mes préoccupations quotidiennes, j’ai trouvé que c’était incroyable qu’il y ait un enjeu de vie et de mort autour du récit. Donc à l’origine, il ne s’agissait pas de parler des mouvements migratoires et du statut de réfugié en lui-même. C’est venu après ».

Et c’est l’approche originale et inédite du téléfilm Le temps des égarés qui en fait toute la force. Surtout que de nous jours, l’accueil des migrants et réfugiés est un sujet hautement sensible. A tel point que la production s’est heurtée à de nombreuses difficultés lors du tournage. Ainsi, malgré le soutien de la région Ile-de-France, de nombreuses villes ont refusé d’être associés à ce projet. Que ce soit pour le tournage dans la cité tranquille où vit Sira, ou pour l’ouverture du film où Abdul et un groupe de migrants arrivent en bateau — face au refus des ports de Calais, Dunkerque ou Marseille, la scène a finalement été tournée avec un container sur un parking privé. Même fin de non-recevoir pour la séquence de l’hôtel de marchand de sommeil où séjourne Abdul qui aurait dû se dérouler en fait dans un « camp » de migrants reconstitué sous le métro de Paris. C’est dire l’importance de traiter aujourd’hui un tel sujet, même en fiction.

Des êtres confrontés à un système défaillant

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Dans l’unitaire fiction Le temps des égarés, la coscénariste et réalisatrice Virginie Sauveur (Virage NordQuelques jours entre nous) filme donc à hauteur d’homme plusieurs personnages confrontés à un système d’accueil de migrants et de réfugiés totalement défaillant. Il y a tout d’abord ceux qui le représentent et que le téléfilm, loin d’être à charge, n’oublie pas de souligner l’humanité mais aussi l’extrême désemparement face à des situations qui les dépassent complètement. C’est ainsi le cas d’Audrey, interprétée par la comédienne Géraldine Martineau (Le NouveauPetit Paysan), qui « est extrêmement désagréable mais on sent aussi que c’est une personne qui est tous les jours confrontés à la détresse, à des gens qui supplient, demandent… qui a une responsabilité inhumaine sur ses épaules, nous a expliqué la coscénariste et réalisatrice Virginie Sauveur. Cette personne est en charge de récupérer la parole mais en plus de décider aussi si oui ou non son interlocuteur peut rester ou pas en France ».

Il y a ensuite ceux qui arrivent avec plein d’illusions et qui vont se heurter à la dure réalité. C’est le cas d’Abdul Yassin, un professeur de français irakien d’une cinquantaine d’années qui a fui son pays pour trouver refuge en France. Interprété par l’acteur et réalisateur irakien Amer Alwan (Zaman, l’homme des roseaux), cet homme qui idéalise tant la France va se heurter à la dure réalité de l’accueil des immigrés dans le pays supposé des droits de l’Homme. « Le personnage d’Abdul a quelque chose en lui qui se brise. Il avait une image en lui un peu romanesque de la France, des droits de l’Homme, de la culture, nous a ainsi expliqué Virginie Sauveur.C’est vrai qu’il se drape un peu dans sa souffrance mais à un moment donné, il va accepter. Lui aussi, il fait un chemin. Il ne fait pas simplement le chemin d’Irak à Paris mais aussi dans sa tête. Malgré son âge, il grandit. Car il avait appris la France dans les livres, par un prisme littéraire, pas du tout par la réalité« .

Il y a enfin ceux qui acceptent le « game », comme le dit si bien son interprète Claudia Tagbo, métamorphosée dans le rôle de ce fascinant personnage qu’est Sira Diabate. Avec un jeu sobre et tout de colère rentrée, la comédienne, plus connue du grand public pour ses talents d’humoriste comme dans la série OCS Holly Weed, interprète avec brio cette interprète misanthrope et solitaire. Contrairement à Abdul, celle-ci ne se fait plus d’illusions depuis longtemps et monnaie chèrement sa capacité à parler six langues — l’actrice a d’ailleurs dû apprendre phonétiquement le kurde, le tamoul et le bambara pour le rôle — pour raconter les histoires les plus à même de faire obtenir l’asile à des immigrés méritant ou non ce statut.

Heureusement, pour contrebalancer ces trois regards pessimistes sur la situation actuelle, l’auteure-réalisatrice Virginie Sauveur et la coscénariste Gaëlle Bellan ont introduit également deux autres personnages plus porteurs d’optimisme. Il y a tout d’abord Assa, une enfant interprétée par la jeune comédienne Hadja Traore (9 ans) que Sira va accueillir chez elle et qui va apporter poésie — très belle scène notamment de conte en ombres chinoises raconté par Sira — et espoir dans le téléfilm. « Ce qui était intéressant, c’est cette petite fille qui rappelle aussi à Sira ce à quoi elle a réussi à échapper, nous a confirmé Virginie Sauveur. Il y a aussi une transmission de la parole et de la force. Quand la petite fille est confrontée à Abdul, celui-ci lui enseigne quelque chose de plus doux, altruiste et positif. Puis un autre personnage va lui dire totalement l’inverse : il ne faut rien laisser passer, rien accepter. Et du coup, cette petite fille prend de tout et ramène la parole d’Abdul à Sira et inversement. C’est une sorte de témoin-humain ». Il y a ensuite le personnage de la jeune avocate incarnée par Alice Belaïdi(WorkingirlsLe Bureau des Légendes) qui laisse espérer que l’éloquence sera enfin au service des causes justes.

Un téléfilm fort et singulier sur un sujet contemporain

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A l’image du personnage de Jean-Paul Miller, l’ami journaliste d’Abdul joué par Jean-Pierre Lorit (Ceux de 14Sam), « on a envie d’aider tout le monde mais après concrètement, c’est plus compliqué, nous a glissé l’auteure-réalisatrice Virginie Sauveur. Et le téléfilm raconte ça aussi : concrètement, qu’est-ce qu’on fait nous aussi ? Pas grand chose finalement. Après il y a les lois qui nous empêchent d’aider… »

Coup de cœur de Bulles de Culture, le téléfilm Le temps des égarés offre donc un regard fort, singulier et actuel sur un sujet d’actualité qui nous concerne tous grâce à une réalisation juste et humaine ainsi que grâce à un casting où la comédienne Claudia Tagbo, telle une guerrière, crève l’écran. Et Virginie Sauveur de conclure : « J’aimerais qu’on est un regard plus doux sur les migrants (…) et les accueillir de manière plus digne ».

Source Programme TV  de Bulles de Culture

 

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Ce mercredi était l’ultime jour du tournage du film « Le temps des égarés », une fiction de 90mn produite par Delante Productions avec Arte. Le tournage a débuté le 22 août dernier en région parisienne et les dernières scènes tournées à Provence Studio et sur une friche industrielle de Port-de-Bouc – on y voit des migrants s’échapper d’un container et se sauver dans le paysage industriel – correspondent au début du film, écrit et réalisé par Virginie Sauveur (à qui l’on doit « Virage Nord »).

Le synopsis : Sira (interprétée par Claudia Tagbo) est traductrice pour l’Ofpra, l’organisme chargé de l’attribution du droit d’asile en France. Sans aucun scrupule vis-à-vis des demandeurs, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères mais susceptibles de convaincre les autorités. Un enchaînement de rencontres va avoir raison de son cynisme.

Le film est ancré dans la réalité d’aujourd’hui. On retrouve dans le casting Biyouna, Jean-Pierre Lorit, Hadja Traore avec la participation d’Alice Belaïdi. Amer Alwan est aussi de la partie en tant qu’acteur, lui qui est aussi réalisateur. En vidéo.

 

https://www.maritima.info/depeches/culture/martigues/49821/encore-un-film-a-provence-studio.html

 

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Claudia Tagbo : « Et si  »le Temps des égarés » permettait aux spectateurs d’ouvrir les yeux sur les migrants ? »

Claudia Tagbo (Séverine Brigeot/Arte France)

Dans « le Temps des égarés », prix de la meilleure fiction unitaire au Festival de Luchon, Claudia Tagbo joue une interprète de l’Ofpra sans scrupules qui abuse de la faiblesse des migrants

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Viols, menace islamiste ou d’excision… Sira (Claudia Tagbo), interprète à l’Ofpra (Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides), l’organisme chargé de l’attribution du droit d’asile en France, ficelle contre 500 euros l’odyssée inventée de toutes pièces de migrants qui jouent leur sort devant les fonctionnaires chargés de les écouter. Gaëlle Bellan, scénariste du “Temps des égarés” explique :

En enquêtant pendant près de huit ans sur le sujet, c’est leur récit, enjeu de vie ou de mort, qui m’a d’abord fascinée. Mais je me suis aussi rendu compte que la crise migratoire suscitait des métiers clandestins et pas très “réglos” comme celui de Sira. Ils “fonctionnent” un temps jusqu’à ce que l’Ofpra identifie les points de convergence des témoignages. »

Sira, elle-même exilée, misanthrope et pragmatique, « presque robotique « , selon l’actrice, s’est figée dans une colère et un cynisme doucement fissurés par l’irruption d’Assa (Hadja Traore), une gamine menacée d’expulsion. Tout au long de cette fiction chorale, où chacun – ami d’exilé d’abord accueillant puis démissionnaire, membre de l’Ofpra au bord du point de rupture, mais aussi assistantes sociales dévouées – fait ce qu’il peut, Assa trace les abscisses et les ordonnées de l’intrigue. Et noue le lien entre les personnages : Abdul (Amer Alwan), professeur irakien persécuté par Daech, lecteur de « Cyrano de Bergerac » et débarqué en container, qui a de la France une image romantique et subit à son arrivée ce que Virginie Sauveur, la réalisatrice, appelle un « choc thermique », Louise (Alice Belaïdi), avocate talentueuse appelée à découvrir sa vraie voie, et bien évidemment Sira.

Une nature électrique issue du stand-up

Cette Sira impassible au point que Claudia Tagbo devait se détendre les maxillaires entre chaque prise, la comédienne l’a aussitôt adoptée« Quand j’ai lu le scénario avec Arte marqué dessus, et ça comptait , dit-elle, je me suis écriée “waouh”, avant de songer : “Pourvu que Sira n’existe pas. ” On vient en France parce qu’on a faim dans tous les sensdu terme. On a donné tout ce qu’on avait à des passeurs pour payer le voyage. On a risqué sa vie. Et le premier contact avec le sol français serait quelqu’un d’“officiel” qui monnaye ses services et vous extorque ce qu’il vous reste, vous épuise, vous écrase… Impensable. J’espère que, d’une manière générale, “le Temps des égarés” permettra aux spectateurs d’ouvrir les yeux ou, du moins, de soulever une paupière. Aujourd’hui, les Etats entassent les réfugiés derrière des grillages. Ils tentent d’organiser la misère. C’est d’une violence absolue. Si personne n’a la solution, l’empathie est à la portée de tous. La France, mon cher pays, est une terre d’accueil, peut-être pouvons-nous essayer de nous montrer à la hauteur des valeurs que le monde nous prête. »

Pour incarner Sira, cette nature électrique issue du stand-up et du Jamel Comedy Club à l’abattage considérable (qui ne l’a vue sur scène imiter Beyoncé, le sprinter américain Maurice Greene ou un vendeur de la Fnac tire-au-flanc a raté quelque chose) n’a pas cherché à se documenter :

A quoi bon ? On pourrait réaliser un film avec l’histoire de chaque migrant échoué en bas de chez nous. »

Elle s’est donc contentée du scénario, de la confiance qui la liait à Virginie Sauveur, et d’apprendre phonétiquement le kurde, le tamoul et le bambara (la langue du Mali). « Dans le script , se souvient la réalisatrice, une didascalie précisait : “Sira traverse un couloir avec quelque chose de guerrier et de frontal. ” Claudia m’est apparue comme une évidence totale. »

Les mots sont plus forts que les maux

Née à Abidjan – elle y regarde en boucle à la télé le feuilleton « Sandokan » et la série des « Sissi », qui lui a donné envie de devenir actrice -, Claudia Tagbo suit son père à Chanac, en Lozère, où, « s’il vous arrive de croiser un voisin, vous faites un vœu. Le paternel aimait ce pays et voulait donner une chance à ses enfants. En Côte d’Ivoire, nous n’allions plus à l’école à cause d’une grève longue de six mois. Mais je possédais la langue française, ce cadeau. » A 12 ans, elle découvre le froid, les cols roulés, les collants qui grattent, les épinards et l’existence de fromages plus goûteux que La Vache qui rit. A l’heure où des actrices comme Aïssa Maïga ou Sonia Rolland dénoncent dans un livre, « Noire n’est pas mon métier » (Seuil, 2018), le racisme latent au sein du cinéma français, Claudia Tagbo assure avoir réglé le problème depuis très longtemps. « J’ai subi des préjugés, connu les castings où je n’étais pas prise. On peut y arriver lumineuse en ayant appris son texte sur le bout des doigts, si le directeur de casting est mal luné, il vous dira non sans vous expliquer pourquoi. Mon père ne nous a jamais menti. Lorsque j’objectais : “Je suis noire”, il me rétorquait : “Et alors, tu l’es ou pas ? Il faut y croire, ne pas baisser les bras. ” Et puis, moi, je suis noire et ronde. Inutile de dire que je partais avec deux sacs de sable autour des chevilles dans les starting-blocks », s‘esclaffe-t-elle.

Aujourd’hui, son engagement passe par Léopold Sédar Senghor dont elle cite un poème dans « Lucky », son deuxième one-woman-show -« Cet homme avait oublié qu’il était noir, il était juste humain » -, mais aussi par le souvenir des attentats de Paris qui ont servi de genèse au même spectacle. « Dès le lendemain, je suis allée voir Patrick Timsit puis Elie Semoun sur scène, c’était la première fois qu’on fermait les grilles d’un théâtre derrière moi, mais je me disais : “Bouge, c’est ton lieu d’expression. ” Pour moi, les mots sont plus forts que les maux. »

Les mots, justement, tiennent une grande place dans ce « Temps des égarés » aux allures de conte où la vérité n’est pas forcément gage de passeport pour l’avenir. Où Sira lance des phrases que Claudia Tagbo a eu du mal à prononcer comme : « Dans la vie, il ne faut compter sur personne. » Où on peut avouer un traumatisme passé grâce à des ombres chinoises, avec une poésie qui rappelle celle de Michel Ocelot, le créateur de « Kirikou et la sorcière ». « Le Temps des égarés » n’a pas été simple à tourner. « La ville où nous avions domicilié Sira ne souhaitait pas forcément voir son nom accolé à une fiction sur cette question-là , explique Virginie Sauveur. Nous voulions aussi filmer un camp de migrants, que nous imaginions sous un métro aérien, mais il a fallu changer le décor et opter pour un squat. Nous n’avons, enfin, pas obtenu les autorisations pour faire des plans d’un homme sur un ferry, les ports nous ayant tous signifié leur refus. » 

La fin de ce film exempt de sentimentalisme et soucieux de donner une voix à ceux qui n’en ont pas s’en est trouvée modifiée.

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Publié dans le Nouvel observateur du 25 mai 23018

 

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ANGOLA (Afrique ; Guerre civile), Another day of life, DROITS DE L'HOMME, Film Another day of life, FILMS, JOURNALISME, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film Another day of life

 

7b1455d5b731308d690d44241812f320-e1528907814240-908x445Film Another day of life

Raul de la Fuente

Damian Nenow

Janvier 2019.

Film espagnol, allemand, belge, polonais hongrois.

Rester pour témoigner, à quel prix ?

Animation de Raul de la Fuente et Demain Nenow – 86 min – 2019

Cinéma Mazarin AIX-EN-PCE ● 8 février ● 20h30

Aventure humaine d’un journaliste, engouffré dans l’entité monstrueuse de la guerre civile angolaise. Film proposé par Amnesty International. Débat avec Isabelle Staes, ex-reporter de guerre et directrice de France 3 – Provence et Bruno Canivenc, Amnesty International. Animé par Jean-Claude Escaffit, journaliste.

 

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Varsovie, 1975. Ryszard Kapuscinski (43 ans) est un brillant journaliste, chevronné et idéaliste. C’est un fervent défenseur des causes perdues et des révolutions. À l’agence de presse polonaise, il convainc ses supérieurs de l’envoyer en Angola. Le pays bascule dans une guerre civile sanglante à l’aube de son indépendance. Kapuscinski s’embarque alors dans un voyage suicidaire au cœur du conflit. Il assiste une fois de plus à la dure réalité de la guerre et se découvre un sentiment d’impuissance. L’Angola le changera à jamais : parti journaliste de Pologne, il en revient écrivain.

 http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=230942.html

 

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Angola, 1975. Une guerre civile sanglante éclate à la veille de l’indépendance du pays. Le reporter polonais Ryszard Kapuściński, idéaliste et fervent défenseur des causes perdues et des révolutions, se rend au cœur du conflit et prend conscience du pouvoir et de l’ambiguïté de son rôle de journaliste.

Dans les mois qui ont précédé́ la déclaration d’indépendance (11 novembre 1975), différentes factions du mouvement angolais de libération étaient engagées dans un combat prolongé qui déciderait de celle qui aurait le pouvoir dans la république en devenir. Après des négociations, Kapuściński décide de se rendre sur la ligne de front, risquant sa vie pour être le premier journaliste au monde à rendre compte quotidiennement du déroulement du conflit, travaillant sous pression, dans la terreur et la solitude. Se déplacer dans la zone de conflit ressemble à la roulette russe : prononcer un mot de travers à un point de contrôle et c’est la fin. Mais le conflit angolais ne fut pas simplement pour Kapuściński une guerre de plus à couvrir car il a très vite pris visage humain : le visage de la farouche combattante Carlotta et celui du Comandante Farrusco, deux rencontres qu’il fait pendant ses voyages sur la ligne de front. Dans cette histoire, la politique internationale et les batailles par procuration dans lesquelles l’Angola ne pèse pas lourd, sont inextricablement liées aux destins et aux histoires des gens ordinaires, devenus des héros sur les lignes de front des guérillas.
Mélange d’animation et de prises de vues réelles, Another Day of Life entremêle récit de l’intime et Histoire. Adapté du livre éponyme de Ryszard Kapuściński, célèbre journaliste porté aux nues par Gabriel García Márquez et par Salman Rushdie, le film retrace son expérience cauchemardesque de la guerre civile angolaise en 1975.

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Biographie des réalisateurs(rices)

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Raul de la Fuente

Né en 1974 à Pampelune, en Espagne, Raúl de la Fuente réalise en 2013 Minerita, Goya du meilleur court métrage documentaire en 2014, recommandé par le Ministère de la Culture espagnol dans la lutte pour l’égalité des genres, et “short-listé” dans la course aux Oscar en 2015. Il est à l’origine du projet de long métrage Another day of life qu’il a produit au sein de la société Kanaki Films qu’il a fondée et qu’il dirige.

Damian Nenow

Né en 1983 à Bydgoszcz, en Pologne, Damian Nenow est diplômé de la Lodz Film School. Son film d’étudiant The Aim (2005) a été primé sur sa qualité artistique lors du Festival international du film d’animation « ReAnimacja » de Lodz. Les suivants, The Great Escape (2006), City of Ruins (2010) et Paths of Hate (film de fins d’études 2011) sont sélectionnés dans de nombreux festivals. Il travaille chez Platige Image Film Studio en tant que réalisateur, auteur, monteur dans la technique 3D.

 

https://www.cinema-histoire-pessac.com/festival/films/another-day-life

 

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Ryszard Kapuscinski, reporter polonais, se retrouve en 1975, en pleine guerre civile en Angola. Tentant de rejoindre un front plus que jamais mouvant, il se retrouve pris entre les différentes factions, découvre l’étendue des massacres de civils, ainsi que le rôle des différents alliés…

 

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Un percutant documentaire animé, sur le rôle ambiguë des journalistes en temps de guerre

Centré sur un reporter polonais décédé en 2007 (Ryszard Kapuscinski), « Another day of life » mêle animation à base de motion capture et documentaire (des interviews de certains des protagonistes du conflit encore vivants, quelques images ou photos d’archives de ceux qui ne sont plus…). Poignant, ce long métrage, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes et en séance événement au Festival d’Annecy 2018, constitue un témoignage indispensable sur la guerre civile en Angola et la manière dont les journalistes de guerre peuvent parfois participer à l’écriture l’histoire avec un grand H.

Ici, la technique utilisée permet à la fois une immersion totale du spectateur aux côtés des reporters, à l’image de la première fusillade en plein désert, impressionnante de virtuosité, qui positionne le regard au raz du sol à la manière d’un observateur pris lui même entre les tirs. Efficace, l’animation permet aussi de rendre plus supportable les massacres ignobles de colonnes d’exilés, et de fournir au passage quelques visions cauchemardesques distancées d’une terre soumise à des bombardements, se disloquant sous les pieds des hommes. Alors que l’ensemble du métrage beigne dans des couleurs ternies, comme plombées par le soleil et la chaleur ambiante, ces passages prennent tout à coup des teintes rougeâtres, dépeignant ainsi l’enfer qui entoure les protagonistes.

Au delà d’une tentative de description de la fascination exercée par l’Afrique sur les occidentaux (l’ambiance des « musseques », bidonvilles de Luanda, la capitale…) et de la nécessité pour les journalistes d’être au plus près des combats, la force de ce travail documentaire est de retracer la progressive dimension internationale du conflit, impliquant CIA (USA), combattants Cubains et potentiellement armée d’Afrique du Sud. Mettant au centre du récit la notion de « confusion », aux multiples sens, le film retrace quelques trois semaines ayant mené à une coûteuse indépendance, engendrant ensuite 17 ans de guerre civile. Un récit bouleversant sous forme de multiples rencontres et de puissantes visions d’une terre éventrée, porteur à la fois d’une troublant et lucide discours sur « la naissance du tiers monde » et d’un point de vue sur le rôle et l’implication des journalistes. Indispensable.

 

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Un témoignage historique, saisissant et sans concession, qui use d’une animation soignée pour affirmer les affres d’une guerre terrible en Angola.

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L’argument : Varsovie, 1975. Ryszard Kapuscinski (43 ans) est un brillant journaliste, chevronné et idéaliste, fervent défenseur des causes perdues et des révolutions. À l’agence de presse polonaise, il convainc ses supérieurs de l’envoyer en Angola. Le pays bascule dans une guerre civile sanglante à l’aube de son indépendance. Kapuscinski s’embarque alors dans un voyage suicidaire au cœur du conflit. Il assiste une fois de plus à la dure réalité de la guerre et se découvre un sentiment d’impuissance. L’Angola le changera à jamais : parti journaliste de Pologne, il en revient écrivain.

Notre avis Depuis quelques années, le cinéma d’animation, quand il n’est pas réservé à un public enfantin ou adolescent, cultive une nouvelle forme d’expression qui alterne des images réelles, filmées à la façon d’un documentaire, et animées qui montrent une représentation fictionnelle de la guerre. On pense notamment au succès fondateur de Valse avec Bachir, ou aux récents Chris the Swiss qui retraçait la recherche d’un cousin tué pendant le conflit serbo-croate et Samouni Road, récit du massacre d’une famille rurale sur la bande de Gaza. Dans le tout animé, on pense forcément également à Persépolis, au succès tonitruant, que l’on avait découvert à Cannes.
Les deux réalisateurs d’Another day of life adoptent la même démarche sous un angle géopolitique différent dans la mesure où ils tentent de reconstituer l’entrée en guerre de l’Angola, sous couvert des rivalités entre le bloc soviétique et les Etats-Unis. Le récit d’un journaliste polonais, Ryszard Kapuscinski, parti en Angola pour chroniquer un nouveau massacre africain, sert de fil conducteur à cette tragédie annoncée dont naturellement les victimes principales seront les populations les plus pauvres.

 Le personnage principal de cette histoire s’engage dans une quête journalistique des plus dangereuses, dans le but de mettre à jour l’instrumentalisation de Cuba et des Etats-Unis sur les groupes politiques qui se battent pour obtenir le pouvoir local en Angola. Le film est particulièrement bien documenté et a le mérite de révéler au grand public une page de l’histoire africaine souvent méconnue. On découvre avec effroi les tentatives d’annexion du territoire angolais par l’Afrique du Sud, et surtout la violence quasi animale qui s’abat sur les populations.
Au-delà du témoignage historique sur une guerre qui ne s’est jamais vraiment achevée, sur un territoire regorgeant de diamants, le film déploie une réflexion profonde sur l’éthique du journalisme. Un reporter doit-il tout dire de ce qu’il constate sur le terrain, au risque d’accentuer un bouleversement mondial ? Ou doit-il travestir la réalité, quitte à conforter l’ignorance de l’Occident sur les enjeux géopolitiques véritables ? Telle sont les grandes interrogations des réalisateurs qui n’envisagent pas de laisser le spectateur dans son confort.

 L’animation, très colorée, rend compte d’un soin singulier pour donner chair à la réalité monstrueuse du conflit. Elle aide à supporter l’horreur graphique et l’atmosphère de chaos total qui règne. Le spectateur est emporté dans cette course haletante et spectaculaire, avec le sentiment que la mort peut survenir à tout moment. Elle est jalonnée par des personnages forts, comme une jeune révolutionnaire, très belle, qui sauve le protagoniste central de la mort ; son pouvoir de séduction fascine. Il faut avoir le cœur accroché car ces personnages sont en permanence sur le fil du rasoir, risquant à chaque instant d’être criblés de balles, venues de nulle part.

 Dans son urgence, Another Day of Life constitue un long-métrage nécessaire pour appréhender les origines d’un conflit perpétué pendant près de trente ans et dont on continue à ressentir les remous à notre époque contemporaine. A l’heure où le nombre de demandeurs d’asile africains explose en Europe, ce pamphlet est à envisager dans son évocation des douleurs des victimes de guerre dans des termes humains qui porte à la réflexion. Après tout, les véritables responsables ne sont-ils pas les puissants de notre monde ?

 

https://www.avoir-alire.com/another-day-of-life-la-critique-du-film

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Angola : Vingt-cinq ans de guerre civile

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Fin du XVe siècle

Début de la présence portugaise en Angola.

1961

Déclenchement de la lutte armée contre le colonialisme portugais.

1974

« Révolution des œillets » à Lisbonne. Le Portugal renonce à son empire colonial.

13 janvier 1975

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L’accord signé sous le patronage de Lisbonne entre les trois mouvements de libération que sont le Front national de libération de l’Angola (FLNA) et l’Union nationale Pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), Soutenus par l’Afrique du Sud et les Etats-Unis, et le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), aidé par l’URSS, n’a Pas de suite. Début de la guerre civile.

Automne 1975

L’Afrique du Sud envahit le sud de l’Angola pour soutenir l’offensive de Unita contre le MPLA, lui-même appuyé par Un corps expéditionnaire cubain. Le 11 novembre, le MPLA proclame, à Luanda, l’indépendance de l’Angola.

Juillet 1985

Le Congrès américain abroge amendement Clark, qui interdisait, depuis 1976, toute aide militaire à l’Unita.

22 décembre 1988

L’Angola et Cuba signent à New York un accord qui prévoit un retrait échelonné et complet des troupes cubaines.

31 mai 1991

  1. septembre 1992
  2. Jonas Savimbi (Unita) et le Résident angolais Jose Eduardo Dos Santos signent à Bicesse un accord de paix qui met fin à la guerre civile et prévoit la tenue d’élections libres en septembre 1992. Les Nations unies Soient des observateurs.

29-30 septembre 1992

Elections législatives et Résidentielle. Victoire du MPLA contestée par M. Savimbi, qui relance la guerre civile.

15 septembre 1993

La résolution 864 du Conseil de sécurité de l’ONU condamne l’Unita, qu’elle rend responsable de la reprise des combats.

20 novembre 1994

Signature à Lusaka d’un nouvel accord de paix entre le gouvernement angolais et l’Unita, en l’absence de M. Savimbi.

Août 1996

  1. Savimbi refuse «catégoriquement » l’un des deux postes de vice-président proposé par le gouvernement de Luanda.

11 avril 1997

Reportée à deux reprises depuis décembre 1996, la formation du gouvernement d’unité et de réconciliation nationale (GURN) devient enfin effective.

30 octobre 1997

Le Conseil de sécurité de l’ONU vote à l’unanimité des sanctions contre l’Unita, qui refuse de démobiliser ses unités.

Décembre 1998

Reprise de la guerre entre le pouvoir angolais et l’Unita.

20 mars 1999

Le gouvernement angolais s’oppose fermement au maintien de la mission d’observation des Nations unies (Monua).

26 mai 1999

Un porte-parole de l’ONU indique que les 300 000 personnes déplacées depuis la reprise des combats au mois de novembre portaient le total des déplacés à 1,6 million.

27 août 1999

Des centaines de personnes ont été tuées lors de combats non loin d’Uige, dans le nord de l’ancienne colonie portugaise, et quelque cinq mille déplacées.

5 octobre 1999

Le groupe sud-africain De Beers, premier producteur et négociant mondial de diamants, décrète un embargo total sur les achats de diamants d’Angola. Le Conseil supérieur du diamant d’Anvers (Belgique) a également assuré respecter cet embargo.

 

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https://www.monde-diplomatique.fr/mav/49/A/55567

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Dans le cadre des Rencontres cinématographiques  des Droits de l’Homme

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ACAT, ACTION DES CHRETIENS CONTRE LA TORTURE, APRES L'OMBRE, CINEMA FRNÇAIS, DROITS DE L'HOMME, FILM APRES L'OMBRE, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film Après l’ombre

APRÈS L’OMBRE

De Stéphane Mercurio

Documentaire français (2017)

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Le théâtre au service de la réinsertion

Un voyage au cœur d’une réalisation théâtrale avec des anciens détenus. Une parole qui transperce les murs de la prison.

Film proposé par l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture avec débat avec Eric Jayat, ancien détenu, acteur du film et Agnès Bussat, service prison Secours Catholique et animé par Anne Le Cor, ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture).

Film à Aubagne (Cours Maréchal Foch) au Cinéma Le Pagnol (tarif cinéma).

 

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Une longue peine, comment ça se raconte ?
C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps.
Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de son dernier spectacle monté avec d’anciens détenus de longue peine. Dans le temps suspendu des répétitions on voit se transformer tous ces hommes – le metteur en scène y compris.
Le film raconte la prison, la façon dont elle grave dans les chairs des marques indélébiles et invisibles.
Il saisit le travail rigoureux d’un metteur en scène avec ces comédiens « extraordinaires ».
Et surtout il raconte un voyage, celui qui va permettre à cette parole inconcevable de jaillir de l’ombre pour traverser les murs.

Un univers familier

Ce n’est pas la première fois que la réalisatrice Stéphane Mercurio pose sa caméra dans le monde carcéral. En 2008, elle signe A côté qui s’intéresse aux familles de prisonniers qui viennent au parloir et plus particulièrement aux femmes de prisonniers. Quatre ans plus tard, elle réalise A l’ombre de la république, qui lui a permis de pénétrer au coeur de l’enfermement, dans les quartiers disciplinaires, les cours de prison, les cellules, … Elle y rencontre des prisonniers purgeant de longues peines. Marquée par cette expérience, elle décide de s’intéresser à « l’après prison ». Grâce à Bernard Bolze, cofondateur de l’OIP (Observatoire International des Prisons), elle entre en contact avec le metteur en scène de théâtre Didier Ruiz qui allait commencer à collaborer avec d’anciens détenus sur une pièce intitulée Une longue peine.

Les prisonniers

Aucun casting n’a été effectué pour choisir les prisonniers, comme le précise la réalisatrice : « Didier [Ruiz] a pris les gens avec lesquels, il était possible de travailler : ceux qui avaient reçu du juge l’autorisation de changer de région – puisque certains étaient encore sous contrôle judiciaire, ceux qui en avaient envie, ceux qui étaient disponibles pour participer à cette aventure et que leur travail n’empêcherait pas de faire la tournée. » 

La thématique

Au-delà d’être un film sur la prison, Après l’ombre aborde également le collectif, la confiance mais aussi la libération de la parole, un sujet cher à la réalisatrice : « Prendre cette parole a eu très certainement pour certains d’entre eux un rôle important dans la confiance en soi, l’estime de soi tellement mise à mal par l’incarcération. »

Une caméra invisible

Les prisonniers, qui n’avaient jamais joué la comédie, se sont retrouvés à participer à une pièce de théâtre dans laquelle ils racontent leur propre histoire. Le défi était double pour eux car ils étaient suivis par l’équipe du film. Pourtant, la caméra a vite su se faire oublier, comme le précise la réalisatrice : « Ils étaient si absorbés par leur travail. Ils savaient qu’on était là bien sûr, mais ils nous oubliaient. »

Occulter les crimes

La réalisatrice a fait le choix de ne pas dévoiler les raisons exactes de l’incarcération des prisonniers afin de ne pas polluer la réflexion sur la prison : « Le motif de la condamnation risque de dévorer toute la pensée autour de la prison : on le juge grave, ou pas si grave que cela. Chacun a son échelle de valeur mais la question n’est pas là. Il faut se demander : doit-on être traité de la sorte en prison ? Les durées des peines sont-elles justifiées ? Que fabrique la prison ? De toute manière, ces hommes ont été condamnés, ils ont purgé leur peine. »

Un débat primordial

La réalisatrice estime que « La réflexion politique sur la prison est très pauvre, désespérante. Les politiques répondent aux peurs par toujours plus d’emprisonnement. Les chiffres explosent, les durées des peines ont doublé. Le nombre de détenus aussi et on voit que la prison devient impossible aussi pour le personnel pénitentiaire. (…) Il est admis que la prison ne permet pas de se réinsérer. Les études sur cela sont innombrables. Je crois que la prison fabrique la violence de demain. »

La prison en quelques chiffres

En France, aucune mesure n’instaure un minimum légal d’activités proposées aux prisonniers. 80 811 personnes sont détenues dont un surnombre de 10 549 prisonniers. 115 suicides ont été recensés en 2015 et 80% des prisonniers présentent des pathologies psychiatriques.

 

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=261325.html

 

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Quatre anciens détenus répètent une pièce de théâtre qui retrace leur histoire… Un documentaire émouvant sur les vertus de la parole et de l’art.

Quatre hommes et une femme. Eux ont été condamnés à de lourdes peines, qu’ils ont, pour la plupart, accomplies jusqu’au bout : quatorze ans pour l’un, trente-cinq pour l’autre. On ne saura rien des délits qu’ils ont commis : Après l’ombre n’est pas un film qui rejuge ni recondamne. A leurs côtés, une femme. Elle, qui a longtemps partagé la vie d’un détenu, rappelle les héroïnes anonymes de Stéphane Mercurio dans A côté (2008), attendant, au parloir, de rendre visite à leur fils, leur époux, leur père emprisonné. Ici, la réalisatrice n’est qu’un regard qui s’accorde le mieux possible à celui du metteur en scène de théâtre Didier Ruiz, en train de répéter Une longue peine, un spectacle où ces cinq témoins se racontent… Ce qu’elle surprend, c’est ce qui se passe en coulisses : la réserve soudaine d’un des participants à vouloir monter sur scène. Les incessants va-et-vient, durant les pauses, d’un autre, comme s’il était encore en cellule. La panique d’un troisième à l’idée d’être touché, le temps d’une danse, tant il redoute le moindre contact physique. « Ça va où les larmes quand on ne pleure plus ? » se demande soudain Annette…

Et puis il y a André, qui raconte comment il avait pris l’habitude, durant son incarcération, de se couper les veines, pour se retrouver à l’infirmerie et changer d’air… Et Eric, qui, un jour, par désespoir, s’est détruit les dents « avec une fourchette et un couteau à bout rond ». Il évoque presque paisiblement les heures où il a creusé, cassé, extrait… Le film ne milite que pour la dignité que l’on doit à tout être, même coupable, qui se retrouve en prison. Il est simple, sobre et beau.

Synopsis

Une longue peine, comment ça se raconte ? C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps. Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de son dernier spectacle monté avec d’anciens détenus de longue peine. Dans le temps suspendu des répétitions on voit se transformer tous ces hommes – le metteur en scène y compris. Le film raconte la prison, la façon dont elle grave dans les chairs des marques indélébiles et invisibles. Il saisit le travail rigoureux d’un metteur en scène avec ces comédiens « extraordinaires ». Et surtout il raconte un voyage, celui qui va permettre à cette parole inconcevable de jaillir de l’ombre pour traverser les murs.

 

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https://www.telerama.fr/cinema/films/apres-lombre,n5394940.php

 

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Un bouleversant documentaire sur le traumatisme carcéral, autant qu’un dispositif subtil sur les rapports entre l’art dramatique et le réel.

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L’argument : Une longue peine, comment ça se raconte ? C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps. Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de son dernier spectacle monté avec d’anciens détenus de longue peine. Dans le temps suspendu des répétitions on voit se transformer tous ces hommes – le metteur en scène y compris. Le film raconte la prison, la façon dont elle grave dans les chairs des marques indélébiles et invisibles. Il saisit le travail rigoureux d’un metteur en scène avec ces comédiens « extraordinaires ». Et surtout il raconte un voyage, celui qui va permettre à cette parole inconcevable de jaillir de l’ombre pour traverser les murs.

Notre avis : Après l’ombre est le troisième documentaire que la réalisatrice Stéphane Mercurio consacre à l’univers carcéral. Cette fois, il ne s’agit pas de filmer la prison (A l’ombre de la République) ou un lieu d’accueil de familles de prisonniers (A côté) mais de cerner la difficile réinsertion de détenus ayant purgé une longue peine. Le trauma qui pollue la liberté retrouvée d’André, Eric, Alain et Louis, a en quelque sorte été exorcisé par l’expérience théâtrale que leur a fait partager le metteur en scène Didier Ruiz, fondateur de La compagnie des hommes. Le projet a été de leur donner la parole afin qu’ils élaborent un spectacle où ils racontent plusieurs passages éprouvants de leur incarcération. S’est jointe au groupe Annette, épouse de prisonnier, pour qui l’expérience s’avère être aussi une catharsis. La réalisatrice filme ainsi l’élaboration du processus de création de la pièce, et les répétitions de ces comédiens « non professionnels » jouant leurs propres rôles dans une alternance de monologues.

Le film de Stéphane Mercurio n’est pas seulement un outil de réflexion passionnant sur les failles et les absurdités du système pénitentiaire qui, tel qu’il est assuré en France et dans multiples pays, engendre un cercle vicieux de frustrations et de violences et n’aide en rien à réintégrer l’individu déviant et délinquant. Et la parole protagonistes qui témoignent est éloquente sur le sujet : c’est un prisonnier étiqueté dangereux que l’on conduit sur la tombe de son fils avec des menottes, et tenu en laisse ; c’est cet autre qui se mutile en s’arrachant les dents avec un tournevis, suite à des caries non soignées ; c’est Annette apportant un tupperware de salade au saumon fumé au parloir de Louis le soir de Noël, mais contrainte d’en verser le contenu dans un sachet en plastique, transformant son repas de fête en nourriture pour chien ; c’est cet autre expliquant comment il a introduit des amantes au parloir, les faisant passer pour des cousines. Les dialogues ne sont ni larmoyants ou revanchards, et vont révéler qu’au-delà de leur passé et de leur douleur en commun, tous se seront transformés par cette parole libérée.

Après l’ombre n’est donc pas seulement un documentaire bienveillant sur une réinsertion retrouvée, mais aussi un film subtil sur les rapports entre le théâtre et le vécu, La compagnie des hommes procurant à ces hommes et cette femme une recomposition psychologique et sociale bien plus efficace que maintes analyses, en plus de leur faire côtoyer un univers qu’ils ne connaissaient pas. Mais la mise en abyme est à un double niveau, le 7e art venant s’immiscer à travers la caméra de la réalisatrice, discrète mais présente : « Je ne devais pas me mettre à la place du spectateur de théâtre, ni à celle de Didier. Il fallait que je me décale pour éviter la redite de ce quelque chose qui est bien plus fort que sur scène, en direct », a déclaré la réalisatrice. Sa proposition de cinéma est des plus palpitantes.

 

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https://www.avoir-alire.com/apres-l-ombre-la-critique-du-film

 

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« Après l’ombre » : retour sur la vie en détention

La réalisatrice Stéphane Mercurio a recueilli les témoignages d’anciens prisonniers qui racontent une vie brutale et déshumanisante.

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L’avis du « Monde » – à voir

Après avoir consacré son premier long-métrage (A côté, 2007) aux témoignages de compagnes de détenus qui attendaient l’heure du parloir, Stéphane Mercurio poursuit sa réflexion sur le système pénitentiaire français raconté par ceux qui le subissent. Dans Après l’ombre, la documentariste suit le metteur en scène Didier Ruiz alors en pleine répétition de sa pièce où d’anciens détenus de longue peine et la compagne d’un ancien prisonnier reviennent sur leur quotidien en prison ou auprès d’un détenu.

A travers leurs témoignages, c’est l’histoire d’un système pénitencier brutal et déshumanisant qui se raconte et qui affecte chaque strate de l’intimité : la vie de famille, la sexualité, la santé physique et mentale. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, Après l’ombre, et avec lui, la pièce de Didier Ruiz, est là comme un écrin venant recueillir les souvenirs de ces hommes meurtris mais toujours infiniment dignes.

Une évidente portée politique

Emouvant, le film n’en est pas moins aussi un document précieux sur les conditions de détention des prisonniers de longue peine. On apprend ainsi comment un détenu se débrouillait pour pouvoir mener un semblant de vie sexuelle en passant par les petites annonces d’un journal, ou comment beaucoup d’entre eux se sont vus refuser une permission pour assister aux obsèques de leurs proches.

Lors d’une séquence où les anciens détenus travaillent avec une chorégraphe, l’un d’eux s’arrête et avoue ne pas pouvoir supporter d’être touché depuis trente ans, trop habitué à l’être « pour et par la violence ». D’un dispositif simple et ténu, Stéphane Mercurio tire un film juste et d’une évidente portée politique.

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www.docks66.com/distribution/apres-lombre

https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/03/28/apres-l-ombre-retour-sur-la-vie-en-detention_5277343_3476.html

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Dans le cadre des Rencontres cinématographiques des Droits de l’Homme

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8, AVENUE LENINE, DOCUMENTAIRES, FILM 8, AVENUE LENINE, FILMS, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, ROMS, SECOURS CATHOLQIUE

Film 8, avenue Lénine

Film 8, avenue Lénine

De Valérie Mitteaux, Anna Pitoun

Documentaire français (novembre 2018).

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Un combat pour dépassés les préjugés

Une intégration méritoire en dépit des préjugés sur la communauté Rom. Une belle leçon d’humilité et d’humanité.

Film proposé par la Ligue des Droits de l’Homme. Débat avec la réalisatrice, Anne Pitoun et Bernard Eynaud, Comité National LDH référent bidonville et animé par François Otto, Ligue des Droits de l’homme.

Cinéma Rex à Châteaurenard au Cinéma Rex (10, bis avenue Léo Lagrange – Tarif 5 €).

 

SYNOPSIS ET DÉTAILS

8, avenue Lénine est un documentaire de société sur Salcuta Filan et ses deux enfants, Denisa et Gabi. Une famille rom roumaine qui vit en banlieue parisienne depuis 15 ans. Alors que de nombreux responsables politiques ne cessent d’affirmer que les Roms ont “vocation à rentrer chez eux”, Salcuta fait la preuve que la France et l’Europe ont la capacité de les accueillir dignement et que lorsque c’est le cas, il n’y a plus de « question rom ». Car en tant qu’Européenne, Salcuta a choisi. Et chez elle, c’est ici, en France.

 

INFORMATION SU R CE DOCUMENTAIRE

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Devenir une citoyenne française

Le documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun suit Salcuta Filan, jeune femme rom, et ses deux enfants, à Achères (région parisienne), depuis leur arrivée et leur quotidien en caravane dans un bidonville à leur premier logement en appartement. Même si la France reste l’un des pays d’Europe qui expulse le plus de Roms, Salcuta cherche à en devenir une citoyenne à part entière. De la banlieue parisienne, avec ses femmes et ses hommes solidaires qui refusent la discrimination, à la Roumanie, où les Roms sont aussi victimes de rejet, 8, avenue Lénine est une immersion dans l’intimité d’une famille qui doit lutter contre les préjugés à chaque étape de sa vie.

Festivals

Mention spéciale au Budapest International Documentary Festival 2018 et sélectionné à DokLeipzig, au Human Film Festival de Berlin et à Sofilm Summercamp Festival, 8, avenue Lénine est le portrait d’une communauté méconnue et rejetée dans toute l’Europe, mais également celui de citoyens français engagés dans une aventure qui les a menés bien plus loin qu’ils ne l’imaginaient.

 Longue durée

La durée exceptionnelle du tournage (Anna Pitoun et Valérie Mitteaux travaillent sur ce projet depuis 2002) donne à voir de manière unique ce que signifie un processus d’intégration au long cours. Fresque familiale, pan d’histoire politique d’une petite ville de banlieue, road-movie à travers l’Europe, ce documentaire a la singularité de démonter le discours dominant en montrant la possible intégration de Roms migrants dans une France solidaire et bienveillante.

 

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm-267555/secrets-tournage/

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 « 8, avenue Lénine », s’intégrer à tout prix

Cet ambitieux documentaire dresse sur quinze ans le bouleversant portrait d’une femme Rom, membre d’une communauté stigmatisée et méconnue, bien déterminée à trouver sa place en France.

Le documentaire « 8, avenue Lénine » ne se résume pas à une success story. Il témoigne avec force des rejets dont font l’objet les Roms.

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Les films et documentaires qui courent sur des années se révèlent toujours émouvants lorsqu’ils captent le passage de l’enfance à l’âge adulte de leurs protagonistes. C’était le cas de Boyhood de Richard Linklater qui a filmé pendant douze ans ses acteurs. 8, avenue Lénine ancre cette émotion dans une réalité difficile, la condition des Roms en France et en Roumanie, tout en montrant les étapes d’un processus d’intégration long mais bien réel.

Le documentaire s’ouvre en 2003 sur les bouilles réjouies de Gabi et Denisa qui vont à l’école à Achères, une petite ville des Yvelines, où des bénévoles se mobilisent pour les aider. Avec leur mère, Salcuta, ils ont quitté la Roumanie où leur père est mort trois ans plus tôt. La jeune femme n’a que quelques pauvres mots de français pour rendre grâce à un système qui assure la scolarisation de tous les enfants de 6 à 16 ans, même sans titre de séjour.

 L’accueil après l’expulsion

Mais un soir de mars 2003, deux voitures de police débarquent sur le campement rom pour préparer une expulsion le lendemain et prévoir les moyens nécessaires pour détruire les caravanes. Branle-bas de combat à la mairie où l’on veut tenter d’empêcher ce qui s’annonce, trouver des lieux pour ces familles. L’institutrice de Gabi et Denisa, Maden Gerbin, les accueille chez elle avec leur mère.

Quinze ans plus tard, devenue retraitée, elle n’a cessé de veiller sur eux. Installation dans un nouveau campement, apprentissage du français où elle ne laisse passer aucune faute de syntaxe, obtention de papiers, d’un travail, d’un appartement, mariages des enfants, naissances : elle a été là à chaque étape de leur intégration. Salcuta qui s’exprime bien désormais explique avec sa détermination joyeuse que chez elle, c’est en France.

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Dépasser les préjugés

Le documentaire ne se résume pas à une success story. Il témoigne avec force des rejets dont font l’objet les Roms. Comme le dit un protagoniste, « l’anti-tsiganisme s’exprime beaucoup plus ouvertement que les autres formes de racisme ou de préjugés. » Lors d’un poignant retour dans le village d’origine de Salcuta, la bande-son passe en revue les propos racistes tenus par des représentants politiques dans les pays traversés, Allemagne, Autriche et Roumanie où on agite avec la même haine comme une menace la présence de Roms pour fédérer les électeurs.

La France n’est pas en reste avec un nombre record de démantèlements des camps qui ne connaissent pas la trêve hivernale. Sept mille personnes ont récemment été expulsées dans l’indifférence générale au nom d’une pseudo-impossibilité d’intégrer les Roms qui fuient pourtant misère et violence. Le parcours de Salcuta prouve qu’en mettant de côté préjugés et haine, une France solidaire et bienveillante a la capacité de faire d’eux des citoyens comme les autres.

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https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/8-avenue-Lenine-sintegrer-tout-prix-2018-11-13-1200982790

 

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 8 avenue Lénine, Heureuse comme une Rom en France, montre le combat de Salcuta pour rester en France.

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« Aujourd’hui, je suis française. C’est mon pays » déclame Salcuta Filan, personnage principal de 8, Avenue Lénine. Veuve, elle est venue avec ses deux enfants sans parler notre langue. Elle est rom, victime de tous les préjugés. Le documentaire est, à l’origine, un film de commande de Médecins du Monde et de l’ASAV, association qui permet aux enfants venus d’ailleurs d’êtres scolarisés. Quand, en 2003, le bidonville de Salcuta est détruit, la Cimade, la Ligue des Droits de l’Homme, l’ASAV, des citoyens, le prêtre, l’institutrice, le maire d’Achères se mobilisent. Salcuta sera logée en HLM grâce à ces soutiens. Laurent El-Ghozi d’ASAV commente : « Ce documentaire est un choc, un bon choc. Il montre une famille qui s’intègre, une mère de famille comme les autres. » L’ancien maire d’Achères, Alain Outreman rajoute « Nous avons fait ce qu’il fallait faire car les expulsions ne règlent rien. » Salcuta se bat pour ses enfants. Elle travaille, soutenue par des citoyens français. Une leçon de fraternité, filmée au plus près du quotidien.

 

http://www.8avenuelenine.com/

https://www.reforme.net/actualite/societe/un-documentaire-sur-salcuta-une-femme-rom/

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Trois raisons d’aller voir le documentaire « 8, avenue Lénine »

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L’histoire: Salcuta Filan et ses deux enfants, Denisa et Gabi. Une famille rom roumaine qui vit en banlieue parisienne depuis 15 ans. Alors que de nombreux responsables politiques ne cessent d’affirmer que les Roms ont “vocation à rentrer chez eux”, Salcuta fait la preuve que la France et l’Europe ont la capacité de les accueillir dignement et que lorsque c’est le cas, il n’y a plus de « question rom ». Car en tant qu’Européenne, Salcuta a choisi. Et chez elle, c’est ici, en France.

 Un autre regard. C’est clairement énoncé dans le documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun : les roms, tziganes, gitans sont les populations les plus rejetées en Europe. Les deux réalisatrices, en filmant une mère et ses deux enfants durant quinze années, proposent de voir une famille roumaine s’intégrant progressivement à Achères près de Paris. De la caravane en bidonville au premier appartement, de sa solidarité syndicale avec les collègues à l’engagement citoyen et politique, c’est bien un processus d’intégration qui est filmé, loin des préjugés. Il faut dire qu’entre les discours politiques qui accentuent la méfiance et l’exclusion, l’image du Rom véhiculée par le cinéma et la télévision depuis des décennies (au mieux un mendiant, au pire un voleur) et le repli sur soi dans tous les pays, ce peuple européen n’est bien accueilli nulle part, même en Roumanie.

« On est tous racistes, on est élevés comme ça. C’est le travail d’une vie que de se libérer des idées préconçues. D’être capable non plus de regarder la vie “d’une Rom”, mais celle d’une femme, européenne, une mère, fière et courageuse, qui cherche simplement à construire une vie meilleure pour elle et ses enfants » rappellent les réalisatrices.

Une femme touchante. Salcuta est en effet un personnage qui nous happe: tenace, déterminée, digne, chaleureuse. En la voyant s’épanouir dans ce qui devient son pays, la France, le spectateur est dans une sorte de « time-lapse » qui illustre la vie de 25000 Roms en France . C’est une immigrante européenne qui a respecté les lois de libre circulation et qui s’installe dans un pays de l’Union comme l’Europe l’y autorise. Mais par-delà les discours politiques, on voit bien dans ce film que Salcuta doit se battre en permanence contre une administration qui la marginalise et un Etat qui la stigmatise. Il faut quelques citoyens et élus très engagés – une solidarité rassurante en ces temps individualistes – pour permettre à Salcuta et sa famille d’avoir une chance de vivre « mieux » loin de ses racines. Au fil du récit, cette combattante emporte l’adhésion.

 Un temps retrouvéQuinze ans pour filmer un (morceau) de vie. C’est assez rare mais ce « genre » de challenge est de plus en plus stimulant pour les cinéastes et les documentaristes. Il était une fois une jeune femme Rom qui arrive en territoire hostile et grisâtre…. A la fin elle est heureuse et a 6 petits-enfants! C’est presque un conte de fée, avec un roi débonnaire (communiste) et une marraine bienveillante, où les années et les saisons n’ont aucune importance: le temps, comme les territoires, n’ont pas d’autres frontières que celles inventées par l’humain. On remonte le Danube spatialement, les années s’écoulent temporellement. Mais ce temps étiré donne une force singulière à ce film humble et motivé. Cette intensité propre aux films qui ne trichent pas grâce à l’authenticité sert de socle à l’ensemble, morceau brut de réalité. Cette humanité universelle et cette temporalité si spécifique permettent au documentaire de nous laisser avec un mélange de sentiments rassurant et serein, de ceux qui nous font croire que tout n’est pas perdu pour vivre ensemble.

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http://ecrannoir.fr/blog/blog/2018/11/13/3-raisons-daller-voir-le-documentaire-8-avenue-lenine/

 

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Film documentaire : Mayotte, la déchirure

Mayotte : la déchirure

Documentaire de Stéphane Cazères (France – 2018 – 52′)

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Film proposé par la Clinique doctorale de droit international des droits de l’homme (Aix-Marseille Université). Débat avec le réalisateur Stéphane Cazère et Elodie Berenguer, psychiatre et animé par Bruno Canivenc, Amnesty International.

 

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Quotidiennnent des personnes disparaissent en mer pour rejoindre « l’île paradisiaque » de Mayotte, le département le plus pauvre de France.

21 762 personnes, soit près de 14% des habitants de Mayotte ont été expulsées de l’île en 2011. Des centaines d’hommes et de femmes ont péri en mer la même année en tentant d’y revenir. Et autant d’enfants sont restés seuls, livrés à eux-mêmes. Dans ce lointain département français, ils sont aujourd’hui des milliers à grandir sans leurs parents, victimes d’une véritable guerre contre les sans-papiers. Une jeunesse sans repère, une poudrière comme le dit une militante de La Cimade. Face à ces drames humains, trop nombreux, trop douloureux, ils sont une poignée de militants à essayer de défendre les droits et les principes d’une République qui semble avoir oublié ce territoire. Rapidement épuisés et découragés par la violence de cette lutte impossible, ils doivent encore faire face aux intimidations de l’administration qui tente, par tous moyens de les museler.
Reportage à Mayotte, entre colères et découragements.

 

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L’Île de Mayotte

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Qui a découvert Mayotte ? D’après les écrits connus, les premiers arrivés seraient originaires d’Asie du Sud-Est, de grands voyageurs assoiffés de nouvelles conquêtes dans l’océan Indien. On date leur arrivée aux Comores au Ve siècle ap. J.-C. Quatre cents ans plus tard, ce sont les Bantous qui débarquent depuis le continent africain. Les deux peuples se métissent rapidement.

Des commerçants arabes vont ensuite peupler l’île, d’autres viendront d’Indeou encore du golfe Persique (les Arabo-Shiraziens). C’est le début de l’ère Swahili, de l’islamisation (XIIe siècle), des sultans, puis la naissance des Comores : les îles de la Lune (composées de Mayotte, la Grande Comore, Anjouan et Mohéli).

Au XVIe siècle, les Malgaches débarquent aux Comores. Des conflits se créent. À partir de 1750, Madagascar vient semer la terreur sur l’archipel. Mayotte n’est pas épargnée. Les envahisseurs s’emparent d’esclaves pour le compte de la France et occupent une partie de l’île. La colonisation sauvera les Mahorais des Malgaches… pour les remettre aux mains des Anglais, puis des Français.

Le 25 août 1841, Mayotte devient une colonie française. L’esclavage est aboli quelques années plus tard (1846), mais perdurera officieusement (il faut de la main-d’œuvre pour entretenir les plans de canne à sucre). Au début du XXe siècle, la France met aussi la main sur Madagascar, à laquelle seront rattachées les Comores.

En 1946, les Comores, lasses d’être une « dépendance » de la grande île, obtiennent leur statut de Territoire d’Outre-Mer. Dzaoudzi, à Mayotte, devient la chef-lieu des Comores. S’ensuivra une vie politique très agitée, coup d’État sur coup d’État… Au fil des années, Mayotte se démarque de ses sœurs, désireuses de plus d’autonomie.

En 1975, les Comores proclament leur indépendance. Mayotte choisit de rester française (à la suite de deux référendums – 99 % de Mahorais favorables à la deuxième consultation). Dès lors, les relations avec le reste de l’archipel se tendent. L’écart se creuse. Mayotte la Française se développe, tandis que l’économie comorienne reste minée par l’instabilité politique.

Aujourd’hui, l’île française est devenue terre d’asile pour des Comoriens en proie à la pauvreté. L’Union des Comores revendique toujours Mayotte parmi les siens.

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https://www.routard.com/guide/mayotte/2510/histoire.htm

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L’immigration, un facteur important de la démographie à Mayotte

L’immigration à Mayotte est un problème majeur de l’île, secouée par une grève générale depuis trois semaines. La majorité des Mahorais sont étrangers ou enfants d’étrangers, et l’immigration clandestine y est très importante.

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Le Monde (8 mai 2018)

L’île de Mayotte est secouée depuis le 20 février par une « grève générale » contre l’insécurité et pour l’amélioration des conditions de vie. La ministre des outre-mer, Annick Girardin, est arrivée lundi 12 mars sur place pour tenter de trouver une issue à ce mouvement de contestation, en grande partie nourri par les tensions autour de la forte immigration clandestine.

13 000 à 23 000 migrants éloignés de Mayotte chaque année

L’afflux de migrants que subit Mayotte provient en particulier de l’archipel des Comores, dont les îles Anjouan, Mohéli et Grande Comore sont respectivement situées à 70, 130 et 190 kilomètres.Radars, patrouilles aériennes et maritimes et centres de rétention ont été installés à Mayotte par la métropole pour tenter d’endiguer l’immigration clandestine sur l’île.

Les migrants refoulés en 2014 représentaient 10 % de la population

Près de 20 000 migrants en ont été refoulés en 2017. C’est l’équivalent de près de 10 % de la population totale de l’île, qui s’élève aujourd’hui à 256 500 individus. Chaque année, depuis 2006, entre 13 000 et 23 000 migrants, majoritairement comoriens, ont été éloignés du territoire mahorais.

L’Insee estime que de nombreux migrants ne sont pourtant pas comptabilisés. Sur une année moyenne, il y a plus d’éloignements à Mayotte que dans tous les autres départements d’outre-mer réunis.

La moitié des migrants à Mayotte sont en situation irrégulière, en particulier les Comoriens, dont 51 % à 53 % résident sur l’île sans titre de séjour, selon une étude de l’Insee. Le taux d’irrégularité administrative diminue fortement avec l’âge, passant de 74 % chez les moins de 25 ans à 30 % pour les 45 ans et plus.

On estime que 70 % des bébés nés dans la maternité de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte, naissent de migrantes en situation irrégulière. Celles-ci donnent naissance à Mayotte dans l’espoir que leur enfant devienne français. Si un enfant né de parents étrangers en France vit plus de cinq ans sur le territoire, il obtient en effet la citoyenneté française à ses 18 ans.

Plus de la moitié de la population directement issue de l’immigration

Mayotte est le département français où la part d’étrangers dans la population est la plus importante. Seuls 45,1 % des Mahorais sont nés à Mayotte. Environ 30 % des personnes résidant à Mayotte sont nées à Anjouan, l’île comorienne la plus proche, et 12,4 % sont nées dans les autres îles des Comores.

Parmi les natifs de Mayotte, 21 % sont nés d’une mère ayant immigré, selon l’Insee. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes : 48,3 % des Mahorais entre 18 et 24 ans sont nés d’une mère étrangère. Au moins 58,5 % des Mahorais sont donc immigrés de première ou de seconde génération, et 52,6 % sont d’origine comorienne.

L’immigration de jeunes et de femmes enceintes à Mayotte contribue à la jeunesse de la population. L’âge médian sur l’île est de 18 ans pour les hommes et de 16 ans pour les femmes (ce qui signifie qu’il y a autant de personnes de moins de 18 et 16 ans que de personnes plus âgées). Autre illustration de la proportion importante de jeunes : 46 % de la population a moins de 14 ans, et 30 % a moins de 10 ans. Cela fait de Mayotte le département le plus jeune de France, peuplé en grande partie de mineurs étrangers, nés à Mayotte, qui pourront accéder à la nationalité française à leur majorité.

Depuis le début des années 2000, le solde migratoire de Mayotte est pourtant négatif en raison d’un grand nombre de départs de jeunes Mahorais, principalement pour la France métropolitaine. Entre 2007 et 2012, on estime à 18 000 le nombre total de départs. En 2012, 26 % des Mahorais résidaient hors de Mayotte, et 56,7 % avaient vécu en France métropolitaine ou à La Réunion pendant une partie de leur vie. Seuls 15 % des natifs de Mayotte résident de façon permanente sur l’île.

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L’Archipel des  Comores

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L’archipel des Comores : un croisement de civilisations

Les différentes îles de l’archipel des Comores ont connu une histoire très voisine intimement liée à leur situation, dans le canal du Mozambique, lieu de passage et de transit maritime. Cette histoire est marquée par de multiples influences : A un premier peuplement bantou, originaire de la côte orientale de l’Afrique, se sont notamment mêlés des Perses qui apportèrent l’islam au XIVème siècle.

Proximité géographique et lien historique fort avec Madagascar

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Dès le XVIème siècle, des Malgaches envahissent les îles, pillent les villages et raflent des esclaves. Ils s’installent plus fermement à Mayotte, l’île la plus proche de Madagascar. Bien qu’elle soit devenue française, Mayotte est, depuis des années, le trait d’union entre Madagascar et les Comores : un tiers des Mahorais (habitants de Mayotte) parle malgache.

Les Comores sont considérées comme la septième province de Madagascar tant ces deux pays sont proches culturellement et socialement.
De 1908 à 1946, les Comores étaient administrativement rattachées à Madagascar. Ce lien officiel facilita l’obtention des visas pour les Comoriens qui sont venus s’installer principalement à Diego-Suarez (au nord), à Tananarive (au centre) et surtout à Mahajunga (au nord ouest) afin de travailler. Il n’y a pas de données chiffrées exactes sur la présence comorienne à Madagascar, mais on l’estime à 120 000 dont 4000 étudiants.
Le taux de pénétration entre les deux communautés est très fort, que ce soit aux Comores avec les Malgaches ou à Madagascar avec les Comoriens, certaines familles sont mixtes depuis plusieurs générations.
Les violents événements de 1976 [1], où 2000 Comoriens ont été tués à Mahajunga et plus de 16 000 ont du être rapatriés en urgence, n’ont pas affecté les relations entre les Comores et Madagascar et notamment l’immigration clandestine comorienne à destination de Madagascar.

La colonisation française

1841 : Le sultan d’Anjouan, Adrian Souli, d’origine malgache, cède Mayotte à la France. Sur cette île, puis sur les autres îles de l’archipel, se développe une économie de plantations coloniales, notamment sucrières. Les colons accaparent les terres et font travailler les Comoriens dans les plantations. L’esclavage est aboli en 1846.

1886 : Les Comores sous protectorat français

1892 : Instauration par la France de la colonie de « Mayotte et dépendances » formée de la Grande Comore, Anjouan et Mayotte qui seront rattachées à la colonie française de Madagascar en 1912.

1942 : Comme Madagascar, les Comores passent sous administration anglaise jusqu’en 1946.

1946 : L’archipel des Comores devient un territoire d’outre-mer (TOM), avec une semi-autonomie administrative.

Le statut administratif de l’archipel fait débat

Tensions et débats dans l’archipel entre ceux qui veulent conserver le statut de TOM et ceux, surtout à Mayotte, qui souhaitent devenir un département d’outre–mer (DOM).

1958 : Référendum : les Comores refusent l’indépendance et la départementalisation. Les îles gardent le statut de TOM.

1961 : Loi du 22 décembre sur le régime d’autonomie de gestion. Les Comores sont dotées d’une Chambre de députés et un gouvernement autonome.

1962 : L’assemblée chargée de l’administration du Territoire transfert le chef-lieu de la ville de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande Comore) provoquant la colère des Mahorais.

Indépendance des Comores et fracture territoriale

1974 : La France consulte les habitants des 4 îles comoriennes sur l’avenir du territoire. 95% de l’ensemble des Comoriens choisissent l’indépendance. Mayotte se prononce à 65% pour son maintien dans la République française.

1975 :
6 juillet  : Proclamation de la République Fédérale islamique des Comores.
La France décide d’accorder à Mayotte le statut particulier de « collectivité territoriale française ».
13 octobre : Les Comores sont admises à l’Organisation des Nations Unies, la France n’a pas participé au vote d’admission.
2 novembre : Les Nations Unies condamnent la France pour non respect de l’unité et de l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores. L’Etat comorien revendique la souveraineté de l’île de Mayotte.
novembre : Le retrait de tous les fonctionnaires français des Comores désorganise le pays.
Un coup d’Etat organisé par Ali Soilih renverse Ahmed Abdallah, chef du gouvernement depuis 1972, et porte le prince Jaffar au pouvoir.

1976 : Ali Soilih prend la tête du pays.

1978 : Retour au pouvoir d’Ahmed Abdallah à la faveur d’un coup d’Etat, aidé de mercenaires commandés par le Français Bob Denard. Instauration d’une République fédérale islamique.

1989 : Assassinat d’Ahmed Abdallah.

1995 : La France abolit la libre circulation entre Mayotte et les autres îles. Les Comoriens sont soumis au régime des visas (visa Balladur) pour se rendre sur Mayotte.

Des tensions internes

Depuis son indépendance, le pays a connu six régimes politiques différents. Il a vécu de nombreux coups d’Etat, plusieurs crises indépendantistes et de fortes tensions entre les îles.

2002 : La République islamique des Comores devient l‘Union des Comores (ou Comores) qui adopte une constitution accordant une grande autonomie à chaque île et instituant une présidence tournante entre les îles du pays.

2010 : Ikililou Dhoinine, originaire de Mohéli, est élu à la présidence du pays. Il succède au président Sambie, originaire d’Anjouan. En 2016 il est prévu qu’un Grand Comorien devienne président.

2011 : Mayotte devient le 101e département français par referendum (consultation des Mahorais le 31 mars 2011).
La circulation entre les Comores et Mayotte, soumise aux contrôles de la France, est devenue plus compliquée. Le visa Balladur est toujours en vigueur, les autorisations de séjour sont très difficiles à obtenir.

19 avril 2013 : tentative de coup d’Etat contre le président Dhoinine.

Juin 2013 : signature de la « Déclaration de Paris », entre les présidents de la République française et celui des Comores, sur l’amitié et la coopération entre la France et les Comores.
Malgré les tensions historiques entre les deux pays, ils s’engagent à « refonder les relations bilatérales, à créer des conditions d’un développement plus harmonieux et à mettre fin aux noyés en mer, en particulier entre les îles d’Anjouan et de Mayotte ».

29 octobre 2014 : journée « île morte » sur la Grande Comore pour dénoncer la pénurie persistante d’eau et d’électricité, à l’appel de plusieurs associations de la société civile et du patronat.

2015
février : les autorités élues des îles autonomes et le pouvoir fédéral entament un dialogue qui favorise un climat politique serein et apaisé pour la tenue des élections législatives, municipales et des conseils des îles.
7 mars : la Cour constitutionnelle annonce que le parti du président Ikililou Dhoinine a remporté d’une courte tête les législatives de février d’une courte tête, devant le parti populiste de l’ancien chef d’Etat Ahmed Abdallah Sambi.

2016
10 avril  : Election présidentielle
15 avril  : La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) déclare Azali Assoumani vainqueur de la présidentielle avec 40,98 % des suffrages.
30 avril : la Cour constitutionnelle ordonne la réorganisation de l’élection présidentielle dans 13 bureaux en raison d’« irrégularités » constatées lors du scrutin du 10 avril.
15 mai : la Cour constitutionnelle déclare Azali Assoumani président de l’Union des Comores. Investiture le 26 mai.

12 septembre 2017 : tenue du 5e Haut conseil paritaire coprésidé par M. Le Drian, Ministre des Affaires étrangères de la France et son homologue M. Mohamed Souef. Les autorités françaises annoncent leur volonté, tout en exerçant les contrôles normaux, de rendre gratuit le visa entre les Comores et Mayotte.

Notes

[1] En décembre 2016 à Majunga (ville au Nord-Ouest de Madagascar), une violente dispute entre des Comoriens et des Betsirebaka (Malgaches originaires du Sud-Ouest de l’île) dégénère en émeute anti-comorienne.

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https://www.ritimo.org/Chronologie-sur-les-Comores

  

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L’immigration clandestine à Mayotte

Article dans Outre-Terre 2012/3-4 (n° 3-34 (pp. 635-649)

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CIRCULER ENTRE MAYOTTE ET LES AUTRES ÎLES DES COMORES : UNE TRADITION HISTORIQUE

 1Le 25 avril 1841, le sultan de Mayotte, d’origine malgache, signait le traité de cession de Mayotte à la France. Dans un premier temps, les trois autres îles n’intéresseront pas la puissance coloniale. Contrairement à Mayotte, elles sont peuplées et administrées. C’est seulement en avril 1886 que la France décide d’étendre son influence exclusive sur MohéliAnjouan et la Grande Comore « en vue de tenir éloigné de ce nouvel établissement toute puissance maritime rivale »[2] [2] La Grande-Bretagne. La mise en place d’un protectorat n’empêche pas les populations de circuler d’une île à l’autre. Ce mouvement avait d’ailleurs été initialement encouragé par la France, toujours en quête de main-d’œuvre pour les plantations de canne à sucre de Mayotte. Ainsi, les travailleurs engagés, venus de Madagascar, du Mozambique, de Tanzanie et du Kenya, employés à Mayotte, transitent-ils généralement à partir de 1847 jusqu’en 1880 par les trois autres îles des Comores.

2Wa maoré (le peuple de Mayotte) est donc dès cette époque composite. C’est une mosaïque de cultures et de langues, d’hommes et de femmes venus chercher une vie meilleure.

3La loi du 9 mai 1946 érige l’archipel des Comores en un « territoire jouissant de l’autonomie administrative ». Le Conseil général est installé à Moroni en mars 1947.

 4En mai 1958, le président comorien Saïd Mohamed Cheikh prend la décision de faire transférer sur la Grande Comore les services administratifs qui étaient jusque-là à Mayotte. Au début des années 1960, la capitale n’est plus Dzaoudzi mais Moroni. Le contentieux et les antagonismes s’installent. La déception et les frustrations des Mahorais s’expriment dès lors au grand jour[3] [3] C’est à cette période que remondte un fort ressentiment nourri… . Les femmes s’organisent en un mouvement : « Les chatouilleuses ». Elles sont les premières sorodas (soldats) qui vont s’opposer aux « serrez-la main » favorables à l’administration comorienne. Le Mouvement populaire mahorais (MPP) qui est fondé en 1967 évoque déjà la départementalisation de Mayotte.

 5Le 2 octobre 1974, le MPP demande le droit à l’autodétermination de Mayotte. Le 12 novembre, le Parlement français adopte définitivement le projet de loi prévoyant l’organisation d’une consultation des populations des Comores. Le référendum sur l’indépendance est organisé le 22 décembre suivant. 63,8% des Mahorais se prononcent pour le maintien dans la République. Une écrasante majorité de la population de la Grande Comore, Mohéli et Anjouan, 94,56%, n’entendent cependant pas rester dans l’ensemble français. La France argue pour se maintenir à Mayotte d’un décompte île par île et ne tient pas compte des règles fixées par l’ONU concernant l’intangibilité des frontières. Mais l’ancienne puissance coloniale, préservant ses intérêts dans la zone, est devenue à son corps défendant l’arbitre des différends entre Mayotte et les trois autres îles de Comores.

 6Le 6 juillet 1975, le président du Conseil de gouvernement Ahmed Abdallah, furieux de cet état de fait, proclame unilatéralement l’indépendance de l’ensemble des Comores. Mayotte se démarque immédiatement et entend « être placée sous la protection de la France ». Le 17 décembre 1975, le Parlement français vote l’indépendance d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore, qui devient effective à partir du 1er janvier 1976. Les Mahorais consultés le 8 février 1976 et 99,4% des votants se prononcent contre l’indépendance. Après un second référendum en avril 1976, la question du statut reste délibérément en suspens.

 7Le 24 décembre 1976, la loi érige finalement Mayotte en « Collectivité territoriale transitoire ». Le développement économique doit être mis en œuvre et détermine désormais l’évolution statutaire. Les contrats de plan État-Mayotte (1987-1991, 1994-1998) permettent un réel rattrapage socio-économique. Pendant ce temps, la situation dans les trois autres îles des Comores se dégrade sensiblement. En 1989, le président Ahmed Abdallah est assassiné. En 1997 l’île d’Anjouan, vouée à la misère, tente de faire sécession pour redevenir française. Les relations entre Mayotte et les autres îles des Comores se tendent. L’ONU dénonce pour sa part les ingérences réitérées de la France aux Comores. Le 18 janvier 1995, consécutivement à des manifestations et à la demande des autorités mahoraises qui constatent un afflux continu de migrants comoriens, sera instauré le « visa Balladur »[4] [4] Pour entrer à Mayotte et y séjourner moins de trois mois, si…. Les déplacements entre les îles sont de plus en plus réglementés et donc difficiles. La France fige de fait, par intérêt et nécessité, les déplacements de populations qui possèdent un même fonds culturel, religieux et linguistique, alors que ceux-ci ont depuis toujours été régis par les usages, les relations familiales et interpersonnelles.

 8En toute logique, la plaque tournante de l’immigration se situe à Anjouan, puisque cette île, la plus proche de Mayotte, n’est située qu’à 70 kilomètres[5] [5] On l’aperçoit d’ailleurs par beau temps depuis Sada. . Les candidats au départ[6] [6] Ces candidats ne viennent pas seulement des Comores mais aussi..  qui peuvent circuler librement entre les différentes îles de la République comorienne viennent s’y regrouper et contactent des filières de passeurs[7] [7] L’une d’entre elles qui comprenait six membres a été démentelé. Le prix du passage est établi selon le nombre de passagers prévus dans chaque embarcation : kwassa-kwassa. Il varie de 250 euros pour une quarantaine de personnes à 1 000 euros s’il n’y en a que trois ou quatre à bord. Les côtes d’Anjouan sont officiellement surveillées, mais la police corrompue ferme opportunément les yeux.

 

9L’arrivée à Mayotte est pleine d’aléas liés aux conditions climatiques, à l’état de la mer, à la surveillance exercée. Les débarquements doivent s’opérer dans la plus grande discrétion. Ils ont de plus en plus tendance à se faire de nuit, sur les nombreux îlots qui parsèment le lagon. Les clandestins s’y cachent quelques heures ou quelques jours attendant à nouveau d’hypothétiques « sauveurs » intéressés qui exigent à leur tour l’équivalent ou presque du prix de la traversée Anjouan-Mayotte pour les transporter sur la terre ferme ! Enfin arrivés, les clandestins essaient de joindre par téléphone portable des membres de leur famille déjà installés à Mayotte. Des taxis eux aussi clandestins les prennent en charge contre rétribution pour les acheminer le plus généralement sur Mamoudzou où ils peuvent rejoindre des membres de leur famille. Les jeunes femmes clandestines qui n’ont pas de parents susceptibles de les accueillir à Mayotte sont particulièrement vulnérables. Elles peuvent en effet être accueillies par de futurs violeurs. Rares sont celles qui ont osé porter plainte. Les passeurs repartent vers Anjouan, emportant souvent du matériel volé, un fret qui échappe aux douanes comoriennes.

  

RECONDUITES À LA FRONTIÈRE

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10La surveillance exercée par la police des airs et des frontières est devenue, au fil des années, de plus en plus efficace. Les reconduites à la frontière n’ont cessé d’augmenter : 6 000 en 2005, 13 253 en 2006, 16 040 en 2008, 26 405 en 2010, 24 278 en 2011. Dans le même temps, les drames humains se sont multipliés[8] [8]Le 7 juin 2009, un kwassa se retourne : 2 morts, 34 disparus… . Les passeurs prennent de plus en plus de risques pour échapper à la surveillance aérienne par hélicoptère ou aux radars qui ont été progressivement installés[9] [9] En août 2011, un quatrième radar qui couvre le sud de Mayotte . À leur arrivée dans le lagon, les kwassa-kwassas sont souvent interceptés par la gendarmerie maritime[10] [10] D’autres migrands clandestins sont interpellés ultérieurement… . Les occupants sont conduits au tri sanitaire où ils sont examinés par un personnel de santé pour être ou bien soignés, ou bien envoyés au Centre de rétention administrative (CRA)

 11Le CRA est installé depuis 1996 à Pamandzi sur Petite Terre. IL s’agit d’un espace clos formé essentiellement de bungalows qui couvrent 200 m2. Sa capacité théorique est de 60 places[11] [11] Le CRA a été surchargé par raport à cette capacité durant les… . En 2011, le budget de fonctionnement et d’investissement du CRA s’élevait à 3 millions d’euros. La charge que constituent les reconduites aux frontières dépasse quant à elle les 50 millions d’euros[12] [12] Les personnes interceptées sont reconduites par bateau et . En 2009, le taux d’occupation était de 145% et le rapport d’information sénatoriale rendu public 18 juillet 2012 y qualifie les conditions de vie de « dégradantes ». Dès 2007 un nouveau centre avait été prévu, mais la situation perdurera. Un choix définitif sera adopté à la mi-juin 2012. L’installation d’une structure de plus de 130 places sur Petite Terre est prévue pour juillet 2015.

  

POPULATION CACHÉE ET TRAVAIL DISSIMULÉ

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12Il faut le constater, Mayotte apparaît de plus en plus comme une oasis de prospérité dans un océan de misère. La France a octroyé aux Mahorais des avantages qui attisent une légitime convoitise[13] [13] Allocations familiales, RSA… En 2010, le PIB par habitant atteignait 6 575 euros. Il est huit fois supérieur à celui des Comores qui s’établit à moins de 800 euros[14] [14] Le salaire de base, lorsqu’on travaille, ne dépassant guère . De plus, Mayotte offre la possibilité d’être éduqué[15] [15] Aux Comores où l’école officielles reste défaillante, les .., de se soigner[16] [16] La simple occupation d’un lit d’hôpital, aux Comores, coûte aux  . Envoyer un seul de ses membres à Mayotte, c’est espérer une vie meilleure pour toute une famille.

 13La population clandestine est par définition difficile à évaluer. Le nombre de clandestins est aujourd’hui estimé entre 40 000 et 50 000 personnes[17] [17] Pour un total de 250 000 habitants. Le prochain recensement…. Il semble que la fourchette haute puisse être retenue. Les clandestins construisent, sans reconnaissance officielle, le département. Hommes et femmes sont employés mais naturellement pas déclarés dans le bâtiment, l’agriculture, la pêche mais aussi les garages, la restauration… Ce sont bien des habitants de Mayotte qui les « embauchent ». Le bâtiment, principal pourvoyeur de cette main-d’œuvre est en plein boom. Pour déjouer la surveillance éventuelle par l’inspection du travail qui se met peu à peu en place, de nombreux chantiers œuvrent parfois la nuit, le week-end et les jours fériés. D’aucuns, personnels de maison, ne quittent guère le lieu où ils sont employés. Ces clandestins perçoivent mensuellement des « salaires » compris entre 100 et 500 euros. D’autres sont, pour leur propre compte, marchands à la sauvette, vendent des articles de bazar, cultivent sur des terrains loués des fruits et des légumes, fabriquent du charbon de bois. Les hauts de l’île, inhabités, permettant cette dernière activité[18] [18] Activité très néfaste à l’environnement, déjouée ces derniers…  On peut parler d’un esclavage moderne. Sans conteste, l’économie parallèle soutient ou mine selon les cas l’économie réelle et enrichit quelques-uns. Les clandestins sont pour la plupart installés dans des logements informels à la périphérie des villages[19] [19] Les bidonvilles s’étendent à la vue de tous sur les hauts de la  ou bien la proie de marchands de sommeil sans scrupules. L’absence d’hygiène, la difficulté à se soigner, la méconnaissance et la peur conduisent à une recrudescence des maladies « de la misère. »

 

LA DRAMATIQUE SITUATION DES MINEURS ISOLÉS

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14Lorsque les clandestins sont interpellés, ils ne réclament pas toujours leurs enfants. Les mères préfèrent la plupart du temps les laisser seuls à Mayotte où ils pourront, croient-elles, avoir un avenir meilleur[20] [20] 60 % décident de repartir sans leurs enfants…. Elles espèrent surtout revenir le plus rapidement possible et éviter ainsi d’imposer à leur progéniture une nouvelle traversée et un autre séjour au CRA[21] [21] En 2011, ce sont 5000 enfants qui sont passés par le centre de …  Mais leur retour n’est pas toujours possible. Ainsi des mineurs étrangers se retrouvent-ils isolés ou tout simplement abandonnés. N’importe quel quidam peut remarquer à Mamoudzou et ailleurs des groupes d’enfants en guenilles, non scolarisés, fouillant les poubelles, mendiant à l’occasion ou se livrant à une petite délinquance de survie. Pour tenter d’appréhender cette situation préoccupante, un Observatoire des mineurs isolés (OMI) a été mis en place en novembre 2010. Il s’est entre autre donné pour mission « de recueillir et d’analyser les données quantitatives et qualitatives relatives à ce phénomène et également d’être lieu d’étude des situations particulières et force de propositions »[22] [22] Le sociologue David Guyot a pu recenser 2 922 enfants mineurs… Pour autant, les moyens manquent pour venir en aide à ces enfants en situation d’extrême dénuement. Le problème devient d’autant plus inextricable que certains mineurs sont des enfants non reconnus de père mahorais et de mère comorienne[23] [23] Une enquête de l’insee EN 2004 montrait que la moitié des….

 15La population de Mayotte et les autorités françaises elles-mêmes sont divisées sur la conduite à tenir par rapport au « visa Balladur ». Le rapport sénatorial d’information en date du 18 juillet 2012 le remet en cause[24] [24] Comme de nombreuses associations, Les Indignés de Mayotte, La . Le 9 août, les élus du Conseil général sont pris à partie par un collectif d’associations mahoraises qui exigent son maintien. Le 16, après un débat houleux les élus votent à la majorité, moins deux voix, une motion allant dans ce sens. Le 1er septembre, les femmes défilent à Mamoudzou pour réaffirmer leur volonté de voir « le visa Balladur » prorogé. Mais le « visa Balladur » ne résoudra pas tous les problèmes. Loin s’en faut. D’un côté, les trafics constatés à Mayotte perdurent ce qui va, tout comme le maintien du statu quo en matière de reconduites à la frontière à l’encontre des déclarations de bonnes intentions[25] [25] Le seul fait d’avoir choisi la France par un vote, sans que … . D’un autre côté, la pression migratoire a pris des proportions telles que la société mahoraise, si elle était abandonnée au laxisme, ne pourrait qu’être encore plus ébranlée dans ses fondements et sa cohérence[26] [26] Les services publics : hôpitaux, établissements scolaires.. . Que faire dans ces conditions ?

 16Le respect du droit du travail, la nécessaire coopération régionale[27] [27] Le Budget de la France pour la coopération avec l’Union des… , la prise en compte « des enfants des rues » doivent être vite reconsidérés pour empêcher les inquiétantes dérives constatées dans le 101edépartement français. L’évolution des mentalités, l’éducation joueront leur rôle à moyen terme, mais à court terme c’est la mise en place de garde-fous et de contrôles qui se révèle indispensable.

 17Plus généralement se trouve posé ici, avec acuité, le problème des relations ambiguës entre pays du Tiers-Monde et pays riches. La France a-t-elle pris dans cet espace la mesure des considérables efforts à consentir en cette période de restriction budgétaire ?

 

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Notes

[2]

La Grande-Bretagne

[3]

C’est à cette période que remonte un fort ressentiment nourri par l’ostracisme et la xénophobie.

[4]

Pour entrer à Mayotte et y séjourner moins de trois mois, si l’on n’est pas ressortissant de l’Union européenne ou d’un État ayant signé les accords de Schengen, il est indispensable de faire une demande à l’ambassade de France et de s’acquitter de 9 euros. Il faut en outre présenter un justificatif d’hébergement, certifier que son hôte vous prendra à sa charge, prouver par des bulletins de salaire que l’on est muni d’un billet de retour… Dans le cas d’un séjour excédant les trois mois, il faudra qui plus est détenir un titre de séjour et débourser 99 euros. Autant de conditions que les migrants comoriens sont dans l’incapacité de remplir.

[5]

On l’aperçoit d’ailleurs par beau temps depuis Sada.

[6]

Ces candidats ne viennent pas seulement des Comores mais aussi du Rwanda, du Burundi, du Congo, de Somalie, de Madagascar… Mayotte n’est pas régie par le droit commun en matière de droit des étrangers.

[7]

L’une d’entre elles qui comprenait dix membres a été démantelée en janvier 2011 et jugée en novembre de la même année. Deux autres responsables de filières ont été interpellés la même année. Des dizaines de passeurs, souvent mineurs, sont arrêtés chaque année

[8]

Le 7 juin 2009, un kwassa se retourne : 2 morts, 34 disparus. Le 23 novembre 2009, ce sont 21 personnes qui périssent. En mars 2010, cinq bébés et quatre femmes se noient lors d’un naufrage sur un récif dans le sud de l’île. En octobre 2010, deux femmes et un nourrisson décèdent entre Mayotte et Anjouan. Le 21 mai, 20 personnes sur 39 trouvent la mort. Les 23 et 24 juin 2012, quatorze kwassa sont interceptés en arrivant à Mayotte : 250 personnes sont conduites au centre de rétention… Depuis 1995, 7 000 à 10 000 personnes seraient mortes en mer en tentant la traversée.

[9]

En août 2011, un quatrième radar qui couvre le sud de Mayotte a été mis en place.

[10]

D’autres migrants clandestins sont interpellés ultérieurement lors de contrôles inopinés effectués sur les grands axes de circulation ou à domicile par les forces de sécurité.

[11]

Le CRA a été surchargé par rapport là cette capacité durant les deux tiers de l’année 2012. Le centre administratif de rétention est géré par 45 fonctionnaires.

[12]

Les personnes interceptées sont reconduites par bateau et depuis peu également par avion.

[13]

Allocations familiales, RSA…

[14]

Le salaire de base, lorsqu’on a du travail, ne dépassant guère les 60 euros.

[15]

Aux Comores où l’école officielle reste défaillante, les parents sont contraints d’envoyer leurs enfants pour leur assurer une éducation digne de ce qualificatif dans des écoles privées qui coûtent l’équivalent de 25 euros par mois.

[16]

La simple occupation d’un lit d’hôpital, aux Comores, coûte aux familles 10 euros par jour. Les soins et les opérations chirurgicales sont payants. Une simple urgence médicale peut être fatale.

[17]

Pour un total de 250 000 habitants. Le prochain recensement devait avoir lieu du 21 août au 17 septembre 2012. Mayotte a d’ores et déjà une des densités de population les plus élevées de l’océan Indien : 511 h/km2.

[18]

Activité très néfaste à l’environnement, déjouée ces derniers temps par l’observation aérienne.

[19]

Les bidonvilles s’étendent à la vue de tous sur les hauts de la zone industrielle de Kawéni. Ils existent aussi à Trévani (surnommé par dérision Dubaï), commune de Koungou et ailleurs.

[20]

60% décident de repartir sans leurs enfants.

[21]

En 2011, ce sont 5 000 enfants qui sont passés par le centre de rétention.

[22]

Le sociologue David Guyot a pu recenser 2 922 enfants mineurs isolés, 1 666 mineurs avec adulte apparenté, 584 sans adulte non apparenté, 555 sans adulte. On peut raisonnablement estimer que les chiffres sont supérieurs, beaucoup d’enfants restant en fait invisibles.

[23]

Une enquête de l’INSEE en 2004 montrait que la moitié des enfants nés à l’hôpital de Mamoudzou étaient de mère étrangère et de père français.

[24]

Comme de nombreuses associations : Les indignés de Mayotte, La Cimade, SOS démocratie… l’affirment : « le visa Balladur » a normalisé l’exception et conduit à des situations inhumaines

[25]

Le seul fait d’avoir choisi la France par un vote, sans que d’autres mérites particuliers interviennent, peut-il justifier une telle différence de traitement des populations comoriennes en déshérence à Mayotte ?

[26]

Les services publics : hôpitaux, établissements scolaires, poste… sont débordés.

[27]

Le budget de la France pour la coopération avec l’Union des Comores est aujourd’hui de 20 millions d’euros par an. Il apparaît dérisoire si on le compare au coût des reconduites à la frontière qui dépasse les 50 millions d’euros. La venue de Christian Christnacht à Mayotte le 28 août 2012 et sa visite dans les Comores une semaine plus tard, ont eu un double but : intensifier l’indispensable coopération régionale et réexaminer le « visa Balladur. » Le rapport sénatorial propose en effet la mise en place d’un nouveau visa qui permettrait une entrée régulière sur le territoire pour une durée limitée, sans accès au travail. Cet éventuel dispositif est qualifié de « réaliste et rigoureux afin de mieux maîtriser l’immigration ».

  

Mis en ligne sur Cairn.info le 30/01/2013

https://doi.org/10.3917/oute.033.0635

 

https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2012-3-page-635.htm

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Mayotte, ce joyau de l’Océan Indien, n’attire pas que les touristes malheureusement. Depuis quelques années, le nombre de morts s’accumulent dans la mer entre les Comores et Mayotte. Be You s’intéresse de plus près à ce fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur de jour en jour. 

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70 km seulement séparent Anjouan de Mayotte.. Et pourtant les migrants comoriens prennent leur courage à deux mains et affrontent la mer aussi agitée soit-elle, quitte à y laisser leur vie. Rejoindre Mayotte oui, et à n’importe quel prix. Considéré comme un des plus beaux lagons au monde, Mayotte offrent des paysages insulaires à couper le souffle. Parallèlement, Mayotte c’est aussi le plus grand cimetière marin du monde. L’immigration clandestine à Mayotte est devenue monnaie courante. Les Comoriens affluent régulièrement vers le 101e département français, pour fuir les écueils de la vie aux Comores. Une économie à la ramasse dans l’archipel comorien, qui plonge les habitants dans une misère extrême. Une solution envisagée pour certains ? Se rendre à Mayotte avec ou sans sa famille, en kwassa-kwassa (pirogues de fortune, qu’utilisent les passeurs pour faire le trajet Anjouan- Mayotte) et se construire un avenir plus solide. Hommes, Femmes, enfants en bas âge, tous s’entassent dans ces kwassas, sans aucune mesure de sécurité réelle. La traversée coûte entre 300€ et 500€, le prix n’est pas un frein pour les migrants.Un rapport sénatorial de 2012 fait état de 7.000 à 10.000 morts depuis 1995. En 2015, on a comptabilisé 20 000 reconduites à la frontière. Objectif ? Mayotte et s’en sortir.

  

Kwassa-kwassa en direction de Mayotte

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La tension est à son comble à Mayotte. Les Maorais jugent la présence des immigrants clandestins trop présente sur l’île. Le 19 janvier, l’ancien député UMP Mansour Kamardine s’insurge « Mayotte est au bord de la guerre civile ». Il rajoute « la population d’origine mahoraise est aujourd’hui minoritaire ». C’est la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin qui lui a répondu indignée. Elle juge la déclaration du député « irresponsable ». À titre indicatif, Mayotte faisait partie de l’archipel des Comores, ancienne colonie française. Pour favoriser l’émancipation des îles, le président Ahmed Abdallah Abdérémane a  déclaré l’ indépendance des Comores en 1975. Mayotte a décidé quant à elle, de rester française. La déchirure entre les Comores et Mayotte est bien réelle. Les conflits et les tensions se ressentent. Et pourtant, les comoriens et les mahorais partagent la même culture, la même langue et  il faut le dire « le même territoire ». L’État comorien ne peut faire face à cette immigration clandestine abondante, faute de moyens. Doit-on fermer les yeux sur l’immigration clandestine à Mayotte et entretenir ce cimetière marin ? L’humanité prime ! Le bonheur pour les comoriens se trouve t-il réellement à Mayotte ?

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http://www.outremersbeyou.com/mayotte-leldorado-des-comoriens/

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