CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, JOSEPH MOINGT (1915-2020), L'ESPRIT DU CHRISTIANISME, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, THEOLOGIE, THEOLOGIEN

L’esprit du christianisme par Joseph Moingt

L’esprit du christianisme 

Joseph Moingt

Paris, Temps Présent, 2018. 282 pages.

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Théologien jésuite de réputation mondiale, Joseph Moingt est, à 102 ans, une voix libre et très écoutée du monde catholique. Face au constat d’une Eglise en difficulté, qui doit affronter les scandales à répétition et le recul des vocations, Joseph Moingt se demande comment maintenir vivants son héritage et son message. La solution, selon lui, passe par l’émancipation de la foi et par le maintien du lien entre christianisme et raison. Il développe ses arguments autour de trois grandes questions fondamentales qui structurent son livre : la religion, la révélation et le salut. Un thème très actuel surgit au coeur de ces réflexions, celui du rapport aux autres. Comment, en tant que croyant, peut-on être habité parla foi en l’Autre, habillé d’une majuscule sacrée, et rejeter les autres, devenus ennemis parce que différents d’origine, de culture ou de religion ? Pour Joseph Moingt, on ne peut dissocier l’identité de l’Autre et celle des autres. Elles sont une seule et même question qui rebondit de majuscule en minuscule, et inversement, puisque l’Esprit de Dieu se découvre dans l’esprit de l’homme, et réciproquement. Dans cet ouvrage exceptionnellement écrit à la première personne, qu’il présente comme son « livre-testament », l’auteur n’hésite pas à interroger sa propre foi. Si Joseph Moingt, dont le nom est inscrit dans la liste des « dossiers sensibles » du Vatican, prend à nouveau le risque de bousculer son Eglise, c’est avant tout pour l’aider et la rendre audible du plus grand nombre. En quoi il se rapproche de son frère jésuite et lecteur attentif, le pape François.

 

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 « L’Esprit du christianisme » par Joseph Moingt

Le théologien jésuite Joseph Moingt prolonge sa réflexion sur la foi chrétienne face à l’incroyance et au doute, en questionnant certaines formulations du dogme chrétien. Un ouvrage qui met la foi au travail.

 

Le théologien Joseph Moingt a aujourd’hui 103 ans et, pour la première fois, il prend la plume à la première personne du singulier. Ce « je » est essentiel à la compréhension de ce livre, qu’il présente comme son ultime écrit, où il poursuit et approfondit le projet qui est le sien depuis plusieurs décennies : repenser la foi chrétienne dans la situation de déclin et la menace d’effacement qu’elle affronte aujourd’hui, pour lui redonner un avenir.

Le jésuite a consacré sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne, comme enseignant à l’Institut catholique de Paris et au Centre Sèvres, comme directeur de la revue Recherches de sciences religieuses (RSR) et, depuis trente ans, comme auteur de sommes théologiques essentielles (L’Homme qui venait de DieuDieu qui vient à l’homme…). S’il emploie dans cet ouvrage un ton plus personnel, c’est parce qu’il a conscience que ce livre est plus audacieux, plus risqué aussi, que les précédents dans son effort de concilier la foi et la raison.

Porter la foi vers demain

Le travail théologique de Joseph Moingt est marqué par une constante : le refus de surmonter les obstacles que l’intelligence rencontre dans l’acte de croire en glissant du côté de l’irrationnel ou en cédant à un sens du « mystère » frelaté. Son honnêteté intellectuelle est totale, parce qu’il prend en charge, pour lui-même d’abord, la question de l’incroyance et le défi que pose la perte du sens de la foi. L’importance qu’il confère à la raison humaine n’est pas une concession au rationalisme. Elle est un témoignage rendu au Dieu de Jésus-Christ qui jamais n’humilie l’homme qu’Il a créé à son image.

C’est avec cet arrière-plan qu’il convient d’aborder cet ouvrage où l’auteur confie chercher « à exprimer l’essentiel de ma foi et de ma vie religieuse dans un langage pleinement accessible à ma raison naturelle ». Pour répondre à une crise profonde où l’Église est interrogée sur « la question de sa propre vérité », Joseph Moingt recherche les « outres neuves », qui pourront porter la foi vers demain.

Retrouver « l’esprit du christianisme »

Pour cela, le théologien puise aux sources de la tradition apostolique, méditant essentiellement saint Paul et saint Jean pour retrouver « l’esprit du christianisme » et le libérer de la gangue religieuse qu’il a revêtue au tournant du IIIe siècle, pour faire face à la grave crise gnostique. Tournant qui le conduisit à adopter une théologie du sacrifice et de la rédemption, une Église hiérarchique et un corps de prêtres, un culte et un ritualisme que l’auteur juge étrangers aux sources scripturaires qu’il privilégie et qu’il veut nous faire entendre.

Cette lecture dessine clairement un avant et un après, une rupture nette sur laquelle historiens et théologiens auront matière à débattre. Toutefois, en différenciant la prédication apostolique de la tradition de l’Église qui lui succède, Joseph Moingt prend soin de ne pas les opposer. À ses yeux, cette dernière a conservé « l’essentiel » de la prédication apostolique. Il écrit aussi qu’elle l’a « recouvert » mais « pas au point de l’effacer ». En sorte que le théologien se voit « fondé à penser qu’il (lui) sera possible de dénoncer et d’amender les écarts de son discours par rapport à sa source apostolique en [se] recommandant de la même foi ».

 

Peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu

« Dénoncer et amender les écarts », Joseph Moingt le fait en revisitant vigoureusement les principaux dogmes de la foi (Incarnation, Trinité, Salut…), sans se soucier d’abord d’orthodoxie. Il questionne les héritages religieux, mythologiques et philosophiques qu’ils contiennent à la recherche d’un sens universellement partageable du salut chrétien. On pourra le lui reprocher, juger certaines propositions téméraires, contestables.

Prévenons le lecteur catholique : chacun d’entre nous trouvera dans ces pages une raison (ou plusieurs) d’être questionné, déplacé et/ou choqué. On pourra donc discuter cet ouvrage, le critiquer, l’amender, le prolonger, mais on aurait tort de le pourfendre ou de l’ignorer, car peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu qui « a tant aimé le monde » (Jean 3, 16).

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/LEsprit-christianisme-Joseph-Moingt-2019-01-17-1200996078

 

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Mort de Joseph Moingt, la foi en perpétuel questionnement

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Joseph Moingt, jésuite, est né en 1915 à Salbris (Loir-et-Cher). Après les études habituelles de philosophie et de théologie à la Compagnie de Jésus, il a suivi l’École Pratique des Hautes Études et a soutenu une thèse de théologie à l’Institut Catholique de Paris. Il a enseigné la théologie successivement à la Faculté jésuite de Lyon-Fourvière, à l’Institut Catholique de Paris et aux Facultés de Philosophie et de Théologie de la Compagnie de Jésus à Paris (Centre Sèvres). Il a dirigé la revue Recherches de Science religieuse de 1968 à 1997. Auteur d’un grand nombre d’articles et de divers livres, il a produit un remarquable travail de synthèse portant sur Jésus-Christ et qui s’intitule L’homme qui venait de Dieu (725 p., Cerf, 1993, plusieurs fois réimprimé). Le grand public connaît surtout J. Moingt par un livre de vulgarisation qui a connu un vif succès, La plus belle histoire de Dieu (Seuil, 1997, en collaboration avec J. Bottéro et M.-A. Ouaknin, réédité en format de poche), ainsi que par Les Trois Visiteurs (Desclée de Brouwer, 1999).

Le théologien jésuite, décédé mardi 28 juillet à 104 ans, a consacré toute sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne, comme enseignant de théologie et comme auteur d’ouvrages essentiels. Sa pensée s’est toujours voulue libre, assumant sa puissance corrosive, quitte à choquer au sein même de l’Église.

À 103 ans, Joseph Moingt avait encore puisé dans son inaltérable vigueur intellectuelle pour définir « L’esprit du christianisme » dans ce que son éditeur présentait alors comme son livre testament (1). Écrit de manière inédite à la première personne, l’ouvrage résumait les questionnements d’une vie d’un théologien dont la liberté fut toujours le maître mot. Quitte à remettre en question des dogmes, à développer des théses qui contribuaient à la réflexion mais rarement à l’unanimité.

« Chacun d’entre nous trouvera dans ces pages une raison (ou plusieurs) d’être questionné, déplacé et/ou choqué, écrivait à cette occasion Élodie Maurot dans La Croix le 17 janvier 2019. On pourra donc discuter cet ouvrage, le critiquer, l’amender, le prolonger, mais on aurait tort de le pourfendre ou de l’ignorer, car peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu qui « a tant aimé le monde » (Jean 3, 16). »

C’est ce monde que le père Joseph Moingt a quitté, mardi 28 juillet, à l’âge de 104 ans. Ses obsèques seront célébrées samedi 1er août à 10 h 30 en l’église Saint François d’Assise de Vanves (Hauts-de-Seine).

 Il réconfortait les chrétiens ébranlés

Il y a tout juste dix ans, le théologien jésuite sillonnait encore la France, toujours vif et plein d’humour pour évoquer « Croire quand même » (2) publié sous le pontificat de Benoît XVI à une époque où de nombreux fidèles se sentaient mal à l’aise avec « l’option choisie par Rome d’un retour au passé », selon le vieux jésuite. Multipliant les conférences, il s’employait à fortifier des chrétiens ébranlés dans leur foi et parfois tentés de quitter l’Église. « Restez », leur disait-il.

Il pouvait se permettre d’aborder sans fard la crise du christianisme, s’appuyant sur la légitimité que confèrent des décennies de travail et d’engagement théologique. Né en 1915, à Salbris (Loir-et-Cher), et entré fin 1938, à 23 ans, dans la Compagnie de Jésus, le père Moingt aura consacré toute sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne.

Il enseigna la théologie à partir de 1956, à la Faculté jésuite de Fourvière, à Lyon, puis à partir de 1968, à l’Institut catholique de Paris (ICP). En 1970, il fut engagé pour donner des cours de christologie dans le cadre du Cycle C (formation pour les laïcs en cours du soir à l’ICP), ainsi qu’au scolasticat jésuite de Chantilly (Oise). À partir de 1974, il livre sa pensée au Centre Sèvres, ne s’interrompant qu’en 2002, à 87 ans…

 

Rendre accessibles les sujets doctrinaux

Ayant pris sa retraite de la Catho de Paris à 65 ans, le jésuite continua ses recherches théologiques et la publication d’ouvrages importants, en particulier « Croire au Dieu qui vient » (2 tomes, Gallimard, 2014 et 2016) dans lequel il tentait de rendre accessibles les sujets doctrinaux sur lesquels il travaillait depuis plus de soixante ans : Comment dire l’humanité du Christ s’il est né d’une femme vierge ? Comment expliquer la Trinité si on ne peut différencier l’Esprit du Père de celui du Fils ?

Des questions qu’il approfondissait pour repenser certaines formulations du dogme chrétien. Lui qui, pendant ses expériences paroissiales à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), puis à Poissy (Yvelines) et Sarcelles (Val-d’Oise), avait mis en place « des groupes de laïcs fréquentant l’Eucharistie mais ayant besoin de se retrouver pour des partages d’Évangile ou des relectures de vie », annonçait une « Église en diaspora », fondée sur des chrétiens, certes bien moins nombreux, mais mieux formés et vivant une vie spirituelle et apostolique réelle.

Car pour Joseph Moingt, ce n’est pas en se focalisant sur l’institution ecclésiale que l’on pourra mener une réforme radicale du catholicisme, mais en revenant à l’Évangile. « Il y a urgence à repenser toute la foi chrétienne pour dire “Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme” dans le langage d’aujourd’hui et en continuité avec la Tradition », répétait-il en puisant sur son immense culture théologique et biblique pour confirmer que l’Église ne peut s’imaginer un avenir avec des réponses dogmatiques et qu’il faut qu’en son sein des théologiens « fassent du neuf sans être menacés d’excommunication ». En ce qui le concerne, sa plume n’a jamais été motivée par la peur d’une sanction ecclésiale, mais plutôt par le désir d’écrire en accord avec sa foi. Et puis, « à mon âge, on ne risque plus grand-chose ! ».

La liberté, toujours. Dans « Croire quand même », il disait : l’Église a un avenir, mais celui-ci n’est pas à chercher ailleurs que « dans la liberté que l’Évangile lui ouvre ».

 

(1) L’Esprit du christianisme, 2018, Temps présent, 282 p., 22 €

(2) Croire quand même, Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme, avec Karim Mahmoud-Vintam et Lucienne Gouguenheim, Temps Présent, coll. « Semeurs d’avenir », 2010, 245 p., 19 €

EGLISE CATHOLIQUE, SAINTETE, SAINTS, THEOLOGIEN

John Henry Newman (1801-1890)

John Henry Newman

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Le bienheureux cardinal John Henry Newman, né à Londres le 21 février 1801 et mort à Edgbaston le 11 août 1890, est un ecclésiastique, théologien et écrivain britannique converti au catholicisme en 1845. 

Étudiant à l’Université d’Oxford, il est ordonné prêtre anglican. Ses travaux sur les Pères de l’Église le conduisent à analyser les racines chrétiennes de l’anglicanisme et à défendre l’indépendance de sa religion face à l’État britannique, sous la forme de « tracts ». Ainsi naît le Mouvement d’Oxford, dont John Newman est l’un des principaux acteurs. Ses recherches sur les Pères de l’Église et sa conception de l’Église l’amènent à se convertir au catholicisme, qu’il voit désormais comme la confession la plus fidèle aux racines du christianisme. C’est au cours de cette période qu’il écrit le célèbre poème Lead, kindly Light.

Il part pour l’Irlande afin de fonder une université catholique à Dublin, à la demande des évêques de ce pays. Pour mieux faire comprendre sa conception de l’éducation et de la science il donne un cycle de conférences : L’Idée d’université, avant de démissionner en 1857 à cause du manque de confiance de la part des évêques irlandais face à son entreprise. Sa conversion au catholicisme est incomprise et critiquée par ses anciens amis anglicans. Il est aussi regardé avec méfiance par une partie du clergé catholique anglais du fait de ses positions considérées comme très libérales. En réaction à des calomnies, John Newman décrit sa conversion au catholicisme dans Apologia Pro Vita Sua. Cet ouvrage change la perception des anglicans à son égard et accroît sa notoriété. L’incompréhension suscitée par la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale conduit Newman à défendre l’Église et la place primordiale de la conscience dans sa Lettre au duc de Norfolk. Sa conception de la conscience sera en partie développée lors du Concile Vatican II. Il écrit par la suite la Grammaire de l’assentiment, qui se veut une défense de la foi face au développement du positivisme. Le nouveau pape Léon XIII, élu en 1878, décide de le créer cardinal en 1879. John Newman meurt onze années plus tard à l’âge de 89 ans.

Théologien et christologue reconnu, il est l’une des figures majeures du catholicisme britannique, avec Thomas More, Henry Edward Manning et Ronald Knox. Il a exercé une influence considérable sur les intellectuels catholiques, notamment les auteurs venus de l’anglicanisme. Pour Xavier Tilliette, il apparaît comme « une grande personnalité singulière, une sorte de cierge pascal dans l’Église catholique du xixe siècle ». Ses œuvres, dont la Grammaire de l’assentiment et l’Apologia Pro Vita Sua, sont une référence constante chez des écrivains tels que G. K. Chesterton, Evelyn Waugh ou Julien Green, mais aussi pour des théologiens et des philosophes comme Avery Dulles, Erich Przywara et Edith Stein, qui a traduit en allemand son ouvrage L’Idée d’université.

John Henry Newman a été proclamé vénérable par la Congrégation pour les causes des saints en 1991. Il a été béatifié à Birmingham, le 19 septembre 2010, par le pape Benoît XVI. Il sera proclamé saint le 13 octobre 2019.

 

Biographie

Années de formation

Origines familiales

John Henry Newman est l’aîné d’une fratrie de six enfants. La famille aurait des origines hollandaises, et le nom « Newman », auparavant écrit « Newmann », suggère des racines juives, sans que celles-ci soient prouvées. Sa mère, Jemima Fourdrinier, est issue d’une famille de huguenots français, graveurs et fabricants de papier, depuis longtemps installés à Londres.

Le père, John Newman, d’appartenance whig, fonde une banque4, emménage avec sa famille à Ham, puis s’installe à Brighton en 1807 et à Londres l’année suivante5. Les guerres napoléoniennes l’acculent à la banqueroute en 1816, et la famille emménage alors dans sa maison de campagne de Norwood. Peu après, John prend la gérance d’une brasserie située près d’Alton et les Newman s’installent dans cette localité pour se rapprocher de ce nouveau lieu de travail.

Le frère cadet de John Henry, Charles Robert (1802-1884), homme intelligent mais caractériel et athée affirmé, mène une vie isolée, tandis que le benjamin, Francis William (1805-1897), fait carrière au University College de Londres comme professeur de latin. Deux des trois sœurs, Harriett Elizabeth (1803) et Jemima Charlotte (1807), épousent deux frères, Thomas et John Mozley. De l’union de Jemima Charlotte et John naît Anna Mozley, qui éditera en 1892 la correspondance de Newman. La troisième sœur, Mary Sophia, née en 1809, meurt en 1828, ce qui affectera profondément le jeune John.

Jeunesse

À l’âge de sept ans, en mai 1808, Newman est inscrit à l’école privée de George Nicholas à Ealing, où il poursuit sa scolarité jusqu’en 1816. Parmi ses professeurs se trouve le père du biologiste Thomas Henry Huxley, qui enseigne les mathématiques. Newman y reçoit une éducation chrétienne et se fait remarquer par son zèle studieux, mais aussi par sa timidité envers les autres élèves dont il ne partage pas les jeux. Il se décrit lui-même comme ayant été « très superstitieux » pendant sa jeunesse. Il éprouve un grand plaisir à lire la Bible, mais également les romans de Walter Scott, alors en cours de publication, et, entre 1810 et 1813, il étudie les Anciens tels qu’Ovide, Virgile, Homère et Hérodote. Par la suite, il découvre des auteurs agnostiques comme Thomas Paine et David Hume, qui l’influencent pendant un certain temps.

En 1816, lors de la faillite de la banque Ramsbottom, Newman & Co qu’a fondée son père7, John Henry, contrairement à ses amis qui rejoignent leur famille, passe l’été à Ealing. Il a quinze ans et, alors qu’il entre dans sa dernière année de collège, il fait la connaissance du révérend Walter Mayers, protestant évangélique proche du méthodisme de John Wesley. Très impressionné par ce prêtre avec lequel il entretient de longues conversations, il finit par adhérer lui-même à l’évangélisme. Quelques mois plus tard, cette conversion s’approfondit : « Quand j’eus quinze ans (en automne 1816), un grand changement se fit dans mes pensées. Je subis les influences de ce qu’était le dogme et cette impression, grâce à Dieu, ne s’est jamais effacée ou obscurcie. » Cette évolution s’effectue de manière progressive : « Mes sentiments personnels ne furent pas violents ; mais ce fut, sous la puissance de l’Esprit, un retour à des principes que j’avais déjà sentis, et en quelque mesure mis en œuvre quand j’étais plus jeune, ou bien leur renouvellement. ».

Newman décrira plus tard, dans Apologia Pro Vita Sua, son adhésion à l’évangélisme. Le point central est pour lui de « demeurer dans la pensée de deux êtres et de deux êtres seulement, absolus et lumineusement évidents : moi-même et mon Créateur. ». Certains auteurs ont vu là l’expression d’un « isolé volontaire », voire égotiste. Louis Bouyer, lui, perçoit dans la conversion de Newman une prise de conscience de soi, indépendance aussitôt confrontée à celle du Créateur, Dieu, rendu accessible par l’appréhension de soi en tant qu’individu. Le livre de Thomas Scott, Force de la vérité, marque profondément Newman, qui affirme à propos de l’auteur : « Humainement parlant, je lui dois presque mon âme ». Thomas Scott y explique sa conversion et sa recherche d’une foi intégrale dans l’Église anglicane ; sa devise, « la sainteté plutôt que la paix », influence Newman, alors passionnément en quête de vérité. De plus, l’Histoire de l’Église lui fait découvrir les Pères de l’Église. Désormais, il considère que sa vocation implique le célibat, idée qu’il confirme pratiquement tout au long de sa vie. Enfin, son attachement au protestantisme évangélique et au calvinisme lui rend l’Église catholique romaine intolérable et il « [partage] vigoureusement les préjugés contre les papistes idolâtres et le pape “Antéchrist” ».

Étudiant à Oxford

Admis au Trinity College d’Oxford le 4 décembre 1816, il s’y installe après six mois d’attente en juin 1817. Sa correspondance avec le révérend Walter Mayers témoigne de son esprit critique et sa lecture des « Private Thoughts » de l’évêque William Beveridge l’invite à remettre en cause certains aspects du protestantisme évangélique que prône Mayers : fort de ce nouvel apport, Newman s’interroge sur la pertinence des dons sensibles dans les conversions méthodistes et semble entrevoir que la conversion peut, par le baptême, se passer de toute expérience sensible.

Oxford lui plaît et, toujours de nature discrète et timide, il s’adonne à ses études. Il se prend d’amitié avec John William Bowden, de trois ans son aîné, avec qui il suit les cours Ses camarades cherchent à l’emmener aux fêtes alcoolisées de l’université, mais il ne s’y sent pas à l’aise et leurs tentatives sont vouées à l’échec. Il redouble d’efforts pour obtenir une bourse, 60 livres sur neuf ans, qui lui est accordée en 1818, mais cette allocation reste insuffisante pour couvrir les frais universitaires alors que la banque paternelle a suspendu tout paiement.

En 1819, son nom est retenu pour Lincoln’s Inn, la faculté de droit d’Oxford. Commencent alors des années de travaux universitaires acharnés. Dès l’été 1819 et jusqu’à l’examen en novembre 1820, John Henry étudie près de dix heures par jour pour réussir à ses examens avec mention Pourtant, en proie à l’anxiété, il échoue à l’examen final et n’obtient son diplôme, sans la mention souhaitée, qu’en 1821. Le 11 janvier de cette même année, son père l’interroge sur son orientation et, contrairement à l’attente de celui-ci, qui envisageait une carrière au barreau, John Henry lui annonce son choix de l’Église anglicane.

Comme il désire rester à Oxford pour financer ses études, il donne des cours particuliers et sollicite un poste de lecteur à Oriel College, alors « centre intellectuel d’Oxford » que fréquentent des penseurs tels que Richard Whately ou Thomas Arnold. Newman passe l’examen et est coopté comme « fellow » d’Oriel le 12 avril 1822.

Son entrée dans le cercle très fermé des « Noetics » (surnom des membres d’Oriel College) représente un tournant dans sa vie : les « Noetics » sont élus de manière fort sélective et tous recherchent l’excellence intellectuelle. Leur fréquentation permet à Newman d’affiner sa pensée religieuse, très marquée par la foi simple du protestantisme évangélique (il écrit plus tard qu’il professait alors des dogmes « à un moment où la religion était pour [lui] affaire de sentiment et d’expérience plutôt que de foi »), d’autant qu’il rencontre des théologiens tels que Richard Whately ou Edward Hawkins qui se réclament de la doctrine de la régénération baptismale tout en affirmant la visibilité et l’autorité de l’Église anglicane. En 1823, Edward Bouverie Pusey le rejoint.

Prêtre anglican

Le 13 juin 1824, dimanche de la Trinité, Newman est ordonné diacre au sein de l’Église anglicane. Dix jours plus tard, il prononce son premier sermon à l’église d’Over Worton (Oxfordshire), et en profite pour rendre visite à son ancien professeur Walter Mayers. Grâce à Pusey, il obtient la cure de Saint-Clément à Oxford et exerce deux années durant ses activités paroissiales tout en publiant des articles pour l’Encyclopædia Metropolitana sur Apollonius de Tyane, Cicéron et les miracles. C’est aussi l’époque où il découvre l’Analogie de la religion naturelle de Joseph Butler, dont les thèmes se rapprochent des siens.

En 1825, à la demande de Richard Whately, il devient vice-principal de Saint-Alban’s Hall, mais ne demeure qu’un an à ce poste. La sympathie intellectuelle qu’il éprouve pour Whately, écrit-il plus tard, a grandement contribué à son « amélioration mentale » et à sa victoire partielle contre la timidité. D’autre part, la réflexion qu’il mène avec lui sur la logique lui permet d’ébaucher une première définition précise de l’Église chrétienne. Cependant, lorsque Robert Peel, auquel il s’oppose pour des raisons personnelles, est réélu en 1827 député de l’Université d’Oxford, il met un terme à leur collaboration.

En 1826, il est nommé tuteur à Oriel College, où le rejoint comme enseignant Richard Hurrell Froude, qu’il décrit comme l’« un des hommes les plus perspicaces, intelligents et profonds qui soient ». Ensemble, Froude et Newman élaborent une conception exigeante du tutorat, plus cléricale et pastorale que séculière. Cette nouvelle collaboration marque sa pensée spirituelle : comme il l’indiquera plus tard, « Il [Froude] m’apprit à regarder avec admiration l’Église de Rome et par là même à me détacher de la Réforme. Il grava profondément en moi l’idée de la dévotion à la Sainte Vierge et m’amena graduellement à croire en la Présence réelle. »

C’est à cette période que Newman se lie aussi d’amitié avec John Keble et qu’il est retenu, en 1827, pour le prêche de Whitehall.

Maladie et deuil

À la fin de l’année 1827, deux épreuves incitent Newman à se détacher de l’intellectualisme de sa formation. Examinateur, il est victime d’un effondrement nerveux le 26 novembre 1827, sans doute dû à un excès de travail. Il part alors chez son ami Robert Isaac Wilberforce afin de se reposer, mais quelques semaines plus tard, le 5 janvier 1828, sa sœur Mary Sophia meurt après une grande fatigue ; cette disparition brutale le bouleverse et l’amène, alors qu’il se met à la poésie, à concevoir une forme de réminiscence vivante lui permettant d’appréhender la réalité éternelle de la défunte et à relier son destin à la volonté divine.

Pendant cette période, il se rapproche de John Keble, dont le recueil de poèmes, The Christian Year, influence sans doute sa propre poésie et confirme l’importance qu’il accorde aux sentiments dans la vie spirituelle.

Newman poursuit son étude de la patristique, commencée peu avant sa maladie le 18 octobre 1827 sur les conseils de Charles Lloyd, et favorisée par ses lectures et les articles qu’il rédige pour l’Encyclopædia Metropolitana. Sa réflexion aboutit à la publication en 1833 d’un livre sur l’arianisme, Les Ariens du quatrième siècle ; il décèle chez les Pères de l’Église un authentique humanisme chrétien. Pendant ses vacances de 1828 il lit Ignace d’Antioche et Justin de Naplouse, puis se penche en 1829 sur Irénée de Lyon et Cyprien de Carthage. Il entreprend dans la même période l’étude des œuvres complètes d’Athanase d’Alexandrie et de Grégoire le Grand. Mais ces recherches l’inquiètent lorsqu’il reçoit le 10 juin 1830 la charge de nouveaux élèves. Il craint alors de ne pouvoir autant se consacrer aux Pères de l’Église qu’il le souhaiterait.

Rupture avec la tendance Low Church

L’année suivante, Newman soutient, choix qu’il regrette par la suite, la nomination de Hawkins plutôt que celle de John Keble au poste de prévôt d’Oriel College. De là date, selon lui, l’impulsion qui conduit au mouvement d’Oxford. La même année, il est nommé vicaire de Saint-Mary-the-Virgin, l’église de l’université, charge à laquelle est attachée la fonction de chapelain de Littlemore, tandis que Pusey devient professeur régent d’hébreu.

Toujours officiellement proche des protestants évangéliques, Newman évolue toutefois dans ses positions sur la place du clergé au sein de l’Église anglicane. Ses écrits montrent qu’il y est de plus en plus favorable, l’éloignant des protestants évangéliques. En particulier, il diffuse une lettre anonyme proposant aux clercs anglicans une méthode susceptible d’éliminer la mainmise des protestants non conformistes sur la Church Missionary Society dont il est le secrétaire local, ce qui lui vaut d’en être renvoyé le 8 mars 1830. Trois mois plus tard, il quitte aussi la Société biblique, parachevant ainsi sa rupture avec la tendance « Low Church » de l’Église d’Angleterre.

En 1831, il est invité par Froude à partager ses congés, vacances pendant lesquelles il continue d’écrire des poèmes et voit se renforcer l’amitié qui le lie à son hôte, dont la vie ascétique lui inspire une certaine admiration.

En 1831 et 1832, il est désigné pour prêcher devant toute l’université, et en 1832, ses différends avec Hawkins quant à la « nature essentiellement religieuse » du tutorat devenant particulièrement aigus, il démissionne de son poste de tuteur à Oriel College.

Lorsque Whately est nommé évêque, Newman espère être appelé auprès de lui53, mais, ce souhait restant vain, Froude lui propose de l’accompagner lors de son voyage en Méditerranée.

Voyage en Méditerranée

Le 8 décembre, il accompagne Froude en voyage de santé à travers l’Europe méridionale à bord du vapeur Hermès qui fait escale à Gibraltar, Malte, aux îles Ioniennes, puis en Sicile, enfin à Naples et à Rome, où Newman fait la connaissance de Nicholas Wiseman.

Pendant ce périple, John Henry Newman écrit la plupart des courts poèmes publiés plus tard sous le titre de Lyra Apostolica, et ses sentiments se partagent entre le dégoût de la foi chrétienne des pays latins, dont l’histoire lui rappelle pourtant les Pères de l’Église, et l’admiration pour la nature qu’il découvre, comme en témoigne l’une de ses lettres où, s’il voit en Rome « l’endroit le plus merveilleux sur Terre », la religion catholique romaine lui paraît « polythéiste, décadente et idolâtre ».

De Rome, Newman retourne seul en Sicile, où il tombe malade à Leonforte. Le « pèlerinage de beauté » se transforme alors en « une expérience biface, de découverte et de détresse, d’enchantement et de désarroi », s’inscrivant désormais parmi les événements les plus importants de sa vie. Pendant plus d’un mois, en effet, son état s’aggrave et il croit mourir, épreuve qu’il met à profit pour approfondir sa foi. Il envisage l’éventualité de sa propre mort comme une lutte entre Dieu et lui. L’expérience est pour lui si marquante qu’il la relatera plus tard sous le titre My Illness in Sicily, « creusant au fond de sa mémoire » pour ne terminer ce récit qu’en juin 1840.

Dans ce qui peut apparaître comme « une retraite involontaire, une ordalie», il vit sa maladie comme un combat entre sa volonté, dans laquelle il discerne le diable, et celle de Dieu. Au terme de l’épreuve, il acquiert la certitude de « l’amour électif de Dieu » et reconnaît : « J’étais sien ». Xavier Tilliette observe à cet égard : « L’accent ne trompe pas, c’est celui qui émane des conversions, y compris des conversions intérieures qui se produisent dans une vie déjà dédiée». Newman écrit à ce propos : « Je sentais que Dieu luttait contre moi, et je sentais – à la fin je sus pourquoi – que c’était pour ma volonté propre […] cependant, je sentais aussi et je ne cessais de dire : « Je n’ai pas péché contre la lumière » ». Bien que se jugeant superficiel et manquant d’amour pour Dieu, il se sent promis à une mission plus grande en Angleterre. En juin 1833, une fois guéri, il quitte Palerme à destination de Marseille. Le voilier Conte Ruggiero, dont il est le seul passager en compagnie d’une cargaison d’oranges, se trouve encalminé au large de Bonifacio Newman écrit alors le poème « Lead, kindly Light », qui deviendra un cantique très populaire en Grande-Bretagne.

Le mouvement d’Oxford

Les Tracts for the Times

Il revient à Oxford le 9 juillet 1833. Le 14, John Keble prononce à Saint-Mary son sermon sur l’« Apostasie nationale », que Newman va considérer comme le point de départ du Mouvement d’Oxford : ce fut « Keble qui inspira, Froude qui donna l’impulsion et Newman qui poursuivit l’œuvre », écrit Richard William Church. La naissance du Mouvement est aussi attribuée à H. J. Rose, rédacteur en chef du British Magazine, « fondateur, originaire de Cambridge, du Mouvement d’Oxford » Les 25 et 26 juillet, au presbytère d’Hadleigh (Suffolk), se tient une réunion d’ecclésiastiques de la Haute Église anglicane, sans Newman, où est prise la décision de soutien à la doctrine de la succession apostolique dans cette Église, ainsi que de l’utilisation du Book of Common Prayer dans son intégralité.

Quelques semaines plus tard, Newman commence à rédiger de façon anonyme les Tracts for the Times, d’où le nom de « mouvement tractarien » ou « tractarianisme » donné ensuite au Mouvement d’Oxford. Il s’agit d’assurer à l’Église d’Angleterre une solide base doctrinale et disciplinaire, afin de préparer la fin de son « établissement » officiel par la monarchie britannique ou l’éventuelle rupture des ecclésiastiques de la Haute Église avec l’institution établie, perspective envisageable de par l’attitude du gouvernement envers l’Église d’Irlande, église réformée officielle qui devient indépendante de l’autorité de l’État en 1871. Les tracts sont complétés par les sermons que prononce Newman à Saint-Mary le samedi après-midi, et qui exercent pendant huit années une influence croissante, notamment sur les jeunes universitaires. En 1835, Pusey appose ses initiales sur un tract, ce qui, ayant valeur d’engagement, marque son adhésion au Mouvement d’Oxford, d’où la dénomination de « puseyisme » qui lui est parfois attribuée.

En 1836, les membres du Mouvement renforcent leur cohésion interne en s’opposant unanimement à la nomination de Renn Dickson Hampden comme professeur régent de théologie à Oxford, car ses Conférences de Bampton, prêchées en 1832 avec l’assistance de Blanco White, sont soupçonnées d’hérésie, ce que corrobore Newman dans le pamphlet Elucidations of Dr Hampden’s Theological Statements.

À cette date, Newman devient rédacteur en chef à la British Critic et donne une série de conférences dans une chapelle de Saint-Mary, où il défend la théorie de l’anglicanisme comme une « Via Media » entre le catholicisme et le protestantisme populaire70 ; il s’agit là d’œuvrer à la réconciliation de l’anglicanisme avec la fidélité apostolique et dogmatique révélée, selon les Pères de l’Église dont Newman approfondit toujours la pensée, au début du christianisme. Leur lutte contre différentes hérésies alors majoritaires, dont l’arianisme, incite Newman à rechercher, face aux divisions de l’Église, la meilleure manière d’ancrer l’anglicanisme dans le respect de la tradition, donc de la foi, qui représente à ses yeux la vérité révélée.

En 1838, Newman et Keble décident de publier, sous le titre Remains, les écrits de Richard Hurrell Froude, mort deux ans auparavant ; la parution fait scandale73, certains Anglais se trouvant choqués par la vie d’ascèse que révèlent ses « Journaux », avec exercices et examens de conscience. D’aucuns vont jusqu’à y voir une apologie déguisée du catholicisme.

Doutes et évolutions

L’influence de Newman à Oxford atteint un point culminant en 1839, année où, pourtant, son étude de l’hérésie monophysite l’amène à douter : contrairement à ce qu’il croyait, la doctrine catholique, constate-t-il, est restée fidèle au concile de Chalcédoine (451) ; en d’autres termes, elle ne s’est pas écartée du christianisme d’origine, interrogation qui redouble à la lecture d’un article de Nicholas Wiseman paru dans la Dublin Review, où figurent les mots de saint Augustin contre les donatistes : « Securus judicat orbis terrarum » (« le verdict du monde est concluant »). Newman explique ainsi sa réaction :

« Cette petite phrase, ces mots de saint Augustin, me frappèrent avec une force que des mots ne m’avaient jamais fait ressentir jusqu’alors… C’était comme ces mots, “Tolle, lege… Tolle, lege”, prononcés par l’enfant, qui avaient converti saint Augustin lui-même. “Securus judicat orbis terrarum” ! Ces grandes paroles d’un Père de l’Église, interprétant et résumant tout le cours de la longue histoire de l’Église, réduisaient en miettes la théologie de la “Via Media” ».
« For a mere sentence, the words of St Augustine, struck me with a power which I never had felt from any words before … they were like the « Tolle, lege, – Tolle, lege, » of the child, which converted St Augustine himself. « Securus judicat orbis terrarum! » By those great words of the ancient Father, interpreting and summing up the long and varied course of ecclesiastical history, the theology of the Anglican Via Media was absolutely pulverised » »

.

Oriel College, Oxford.

Newman poursuit cependant ses travaux de théologien pour la Haute Église, jusqu’à la publication du Tract 90, le dernier de la série, dans lequel il examine en détail les Trente-neuf articles fondateurs de l’anglicanisme et affirme leur compatibilité avec les dogmes catholiques. Les Trente-neuf articles, ajoute-t-il, ne s’opposent pas à la doctrine officielle de l’Église catholique, mais uniquement à certains excès et à des erreurs communément partagées.

Cette théorie n’est pas nouvelle, mais elle provoque l’indignation générale à Oxford. Archibald Campbell Trait, futur archevêque de Cantorbéry, ainsi que trois autres professeurs, dénoncent cette thèse comme « ouvrant une voie par laquelle des hommes pourraient violer leurs engagements solennels vis-à-vis de l’université ». L’inquiétude est partagée par de nombreuses autorités de l’institution, et, à la demande de l’évêque d’Oxford, la publication des Tracts est interrompue.

Newman, comme il l’explique plus tard, est « sur son lit de mort pour ce qui était de son appartenance à l’Église anglicane ». Il démissionne alors de son poste de rédacteur en chef à la British Critic. Désormais, il pense que la position des anglicans est similaire à celle des semi-ariens lors de la controverse de l’arianisme et le projet d’un diocèse anglican à Jérusalem, avec des nominations relevant alternativement des gouvernements britannique et prussien, achève de le convaincre du caractère non apostolique de l’Église d’Angleterre.

En 1842, il se retire à Littlemore, où il vit dans des conditions monacales avec un petit groupe de proches, auxquels il demande de rédiger des biographies des saints anglais, tandis qu’il achève son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, où il cherche à se réconcilier avec la doctrine et la hiérarchie de l’Église catholique romaine. Il étudie les écrits d’Alphonse de Liguori, dont il retire la certitude que l’Église catholique n’est pas, comme il le croyait, une foi superstitieuse. En février 1843, il publie anonymement dans l’Oxford Conservative Journal une rétractation officielle des critiques qu’il a adressées à l’Église romaine, et en septembre, il prononce son dernier sermon anglican à Littlemore, puis il démissionne de Saint-Mary le 18 septembre 1843.

La conversion

Conversion au catholicisme

Le 26 septembre 1843, Newman écrit son dernier sermon anglican, « On the Parting of Friends ». John Keble, s’affirmant ainsi comme l’une des rares personnes à le soutenir à travers sa correspondance, assigne son retrait aux vives critiques et aux calomnies dont il est l’objet. Newman, quant à lui, soutient qu’il doute depuis plus de trois ans de la validité de l’anglicanisme, que sa décision a été longuement mûrie, qu’il ne se sent plus en sécurité dans une Église schismatique. D’ailleurs, ajoute-t-il, sa conversion au catholicisme ne saurait être le fruit que de sa réflexion sur la foi, car loin d’y trouver son intérêt, il perdra son statut et ses amis, et s’engagera dans une communauté où il ne connait personne. Cependant, il diffère sa décision définitive, préférant poursuivre son étude des pères de l’Église et, comme il l’explique dans sa correspondance, prier pour savoir s’il « [est] victime d’une illusion ». Au cours de l’été, il achève ses travaux sur Athanase d’Alexandrie et commence à rédiger un nouvel ensemble de réflexions théologiques.

Deux années s’écoulent avant qu’il ne soit officiellement reçu dans l’Église catholique romaine le 9 octobre 1845 par Dominique Barberi, passioniste italien au Collège de Littlemore, conversion, assure-t-il, qui lui apporte la paix et la joie

Le 22 février 1846, il quitte Oxford pour le Collège théologique d’Oscott près de Birmingham, où résidait Nicholas Wiseman, vicaire apostolique pour le district central d’Angleterre. Il publie alors l’une de ses œuvres majeures, fruit de ses réflexions théologiques : Essay on the Development of Christian Doctrine. Se séparer d’Oxford lui est difficile, encore que sa conversion soit suivie par d’autres, de plus en plus nombreuses, parmi les membres du mouvement d’Oxford

À l’instigation de Nicholas Wiseman, il part pour Rome en octobre 1846 afin de se préparer à la prêtrise catholique et poursuivre ses études. Il est reçu par le pape Pie IX, mais son arrivée devient très vite source d’incompréhension auprès des théologiens. Ainsi, l’Église catholique américaine condamne son Essay on the Development of Christian Doctrine, décision que reprennent certains doctrinaires italiens sous le chef d’hérésie. Dans l’espoir de lever les incompréhensions dont il est l’objet, Newman se voit contraint de faire traduire son ouvrage.

L’Oratoire

À Rome, John Henry Newman s’interroge sur sa vie en tant que catholique ; d’abord attiré par les dominicains, et notamment par les écrits d’Henri Lacordaire, il se détourne progressivement de cet ordre au profit de la congrégation de l’Oratoire et de son fondateur, saint Philippe Néri, qui, entre autres, ne pratiquant pas la profession de vœux religieux, lui convient mieux après des années passées dans l’anglicanisme. Le pape Pie IX, enthousiaste, lui en facilite l’entrée, de même que celle de certains de ses amis anglicans convertis, le noviciat se réduisant pour eux à trois mois. Newman est donc ordonné prêtre le 30 mai 1847 par le cardinal Giacomo Filippo Fransoni, préfet de la Congrégation pour la propagation de la foi. Après avoir reçu la bénédiction du pape le 9 août 1847, il décide de partir le 6 décembre 1847 pour le Royaume-Uni et d’y fonder le premier oratoire de l’Angleterre, l’Oratoire de Birmingham. Arrivé à Londres la veille de Noël 1847, il s’installe à Maryvale où, de fait, le premier Oratoire d’Angleterre est érigé canoniquement le 2 février 1848.

Parmi les oratoriens présents à Maryvale, se dessinent deux tendances : l’une, gravitant autour de Frederick William Faber et des plus jeunes, est plus critique envers les anglicans et, à l’instar du catholicisme italien, cherche par la conversion à changer l’anglicanisme ; l’autre s’articule autour de la conception de Newman d’une Église catholique vue comme la fidélité au vrai christianisme des Pères de l’Église. Toutefois, la tendance que représente Frederick William Faber le conduit provisoirement à critiquer l’anglicanisme en des termes particulièrement sévères.

Mgr Nicholas Wiseman invite les Oratoriens à prêcher pendant le carême à Londres, prêches qui se révèlent un échec, mais qui aboutissent à la fondation de l’Oratoire de Londres avec Frederick William Faber comme supérieur, Newman, quant à lui, restant au sein de l’Oratoire de Birmingham. Cette période est marquée par une nouvelle vague de conversion d’anglicans au catholicisme, dont celle de Henry Edward Manning, futur cardinal.

À la demande de Nicholas Wiseman, Newman reçoit de Pie IX le titre de doctor honoris causa en théologie. En 1847, il réside successivement à St. Wilfrid’s College (Cheadle, Staffordshire), à St Ann’s (Birmingham) et Edgbaston.

Pie IX nomme Nicholas Wiseman cardinal et archevêque de Westminster, et en 1851 il rétablit la hiérarchie catholique au Royaume-Uni en y créant de nouveaux diocèses, initiative que le protestantisme populaire conteste vigoureusement en s’en prenant non seulement au Vatican, mais aussi aux catholiques en général, dont Newman assume la défense non pas en condamnant les anglicans, mais en dénonçant leur opinion erronée.

Fondation de la Catholic University of Ireland

Au cours des années 1850, les évêques irlandais s’opposent à l’institution de l’université Queen’s d’Irlande admettant catholiques et protestants, car ils y voient la volonté délibérée de la Grande-Bretagne d’imposer progressivement l’anglicanisme dans leur pays. C’est dans ce contexte qu’ils demandent à Newman de fonder une nouvelle université à Dublin, la « Catholic University of Ireland ».

Dans un premier temps, en mai 1852, Newman donne des conférences où il expose sa conception de l’éducation et de l’université, ainsi que la culture christianisée et la possibilité de concilier science et théologie, notions encore précisées lors de nouvelles interventions qui conduisent à l’une de ses principales œuvres, Idea of a University (L’idée d’université). Très vite, Newman en est nommé recteur, mais les évêques d’Irlande ne lui laissent aucune marge de manœuvre, ce qui incite Nicholas Wiseman à essayer, mais en vain, de le faire consacrer évêque. Mal considéré et peu écouté, Newman fonde cependant une faculté de philosophie et de littérature en 1854, puis une faculté de médecine en 1856 ; il tente aussi un rapprochement avec certains Irlandais inquiets de ses origines britanniques en se mettant à l’étude de la culture celtique. Pour autant, les étudiants n’affluent pas, les évêques refusent toujours leur confiance et barrent la route aux laïcs ; faute de pouvoir procéder à des nominations, Newman finit par démissionner en 1857.

Crises et déboires

En 1851, Newman donne une série de conférences « Present Position of Catholics in England » (« Situation actuelle des catholiques en Angleterre ») où il défend l’Église catholique romaine face aux attaques de Giovanni Giacinto Achilli. Celui-ci, ancien prêtre dominicain italien installé depuis peu en Angleterre, a été rendu à l’état laïc pour avoir eu des relations avec des femmes. Il proteste contre l’Église, la taxant d’obscurantisme et d’injustice. Newman dévoile la vie cachée d’Achilli à Rome dans un discours où il dénonce des actes qu’il juge immoraux. Achilli lui intente un procès en diffamation, ce qui oblige son accusateur à rechercher des témoins à grands frais, puis à payer leur logement à Londres lors d’une procédure qui, de plus, traîne en longueur. D’abord menacé de prison, Newman se trouve finalement condamné à payer une lourde amende de 100 livres à laquelle s’ajoutent les frais, soit 14 000 livres. The Times déclare que la justice s’est déshonorée et que la condamnation de Newman est inique. Pour faire face aux dépens, Newman lance une souscription publique qui réussit au-delà de ses espérances, puisqu’il lui reste un surplus qu’il consacre à l’achat de Rednall, petite propriété située dans les collines de Lickey, avec une chapelle et un cimetière où il sera enterré.

Ce procès a été une épreuve pour Newman, d’autant qu’il s’est vu vilipendé par certains qui, critiquant son caractère, l’ont décrit comme « trop sensible » et affligé d’un « tempérament morbide ».

Lors de son départ pour Dublin, il a confié la charge de l’oratoire de Birmingham à un oratorien qui, de façon prématurée, sans l’aval du Saint-Siège, a procédé à une réforme de l’institution ; du coup, Newman, dénoncé pour hétérodoxie, doit partir pour Rome, où il présente sa défense devant le cardinal Alessandro Barnabò, lequel lui témoigne bien peu d’égards.

À son retour, il commence la rédaction de ses réflexions sur les relations entre la foi et la raison. Il y donne une place non négligeable aux composantes psychologiques et scientifiques ; mais son travail s’interrompt le 14 septembre 1857 lorsque l’archevêque Nicholas Wiseman lui demande de diriger une nouvelle traduction de la Bible en anglais, mission qui va l’occuper pendant plus d’un an. En 1858 cependant, après des mois de labeur, l’œuvre est abandonnée sur l’intervention d’évêques américains qui, ayant entrepris le même travail, exigent de Nicholas Wiseman qu’il renonce à son projet. D’abord, l’archevêque hésite, puis cède à la pression, si bien que Newman, qui éprouve d’ailleurs bien des difficultés à se faire rembourser les frais engagés, se voit contraint de laisser la traduction inachevée.

En 1858, il projette de fonder une maison de la congrégation de l’Oratoire à Oxford, mais se heurte à l’opposition du cardinal Henry Edward Manning et de quelques autres, qui craignent que cela n’incite les catholiques anglais à envoyer leurs fils étudier à l’université d’Oxford ; aussi le projet est-il abandonné.

À la même période, Newman connaît aussi quelques déboires liés à sa participation à une revue tenue par des catholiques, The Rambler, qui se fait de plus en plus critique envers l’autorité ecclésiale. Convaincu de la bonne foi des participants, il cherche à concilier la ligne éditoriale avec la position officielle de l’Église, mais certains détournent ses propos et le citent pour étayer leur critique. De ce fait, il est dénoncé auprès du Saint-Office pour hérésie et obligé de fustiger publiquement l’interprétation fallacieuse qui est faite de ses écrits. En fin de compte, il démissionne de la rédaction.

L’Apologia Pro Vita Sua

Depuis 1841, Newman a une attitude déconcertante pour bon nombre d’Anglais : converti au catholicisme, il ne dénonce que très rarement l’anglicanisme, préférant se concentrer sur la défense du catholicisme et de ses dogmes, attitude qui, paradoxalement, attise aussi la méfiance de bon nombre de ses nouveaux coreligionnaires. Son isolement s’accentue encore lorsque le cardinal Manning juge sa conception de l’autorité de l’Église non conforme à la doctrine officielle.

En 1862 paraît un pamphlet faisant état de son retour à l’anglicanisme, ce qu’il dénonce immédiatement, et en janvier 1864, dans une recension de l’History of England de James Anthony Froude, parue dans le Macmillan Magazine, Charles Kingsley écrit que « le père Newman nous informe que pour son bien, la vérité n’est pas nécessaire, et, dans l’ensemble, ne doit pas être une vertu du clergé romain ».

Newman publie alors, sous la forme de pamphlet polémique, le feuilleton de sa conversion et de ses démarches depuis le début du mouvement d’Oxford ; en fait, il s’agit d’une véritable autobiographie spirituelle, publiée sous le nom Apologia Pro Vita Sua, qui retrace la recherche de la vérité ayant conduit à sa conversion. Grand succès de librairie, l’ouvrage lui vaut le soutien et les félicitations de nombreux catholiques dont il a levé les doutes, tout en lui permettant de renouveler le dialogue avec les anglicans du mouvement d’Oxford, en particulier John Keble et Edward Bouverie Pusey qu’il ne côtoie plus depuis près de vingt ans.

À la suite de ce succès, Newman cherche à fonder une école ouverte aux catholiques à proximité de l’Université d’Oxford, projet qui lui tient d’autant plus à cœur qu’il est lui-même venu au catholicisme par ses études au sein de l’université et qu’il considère les anglicans comme des amis partageant, malgré certaines différences, une foi proche de la sienne. Cependant, le cardinal Henry Edward Manning s’oppose à l’entreprise et demande au Vatican de la dénoncer sous le prétexte qu’Oxford est un lieu d’athéisme hostile au catholicisme. C’est donc un échec, comme l’a été le projet de fonder un nouvel oratoire à Oxford, ce qui incite Newman à prendre du recul et à écrire l’un de ses plus célèbres poèmes « Le Songe de Gerontius ».

L’Oratoire finit néanmoins par être autorisé, mais le cardinal Alessandro Barnabò, suspectant Newman d’hérésie, lui en interdit l’accès. Newman demande des explications au Saint-Siège et apprend qu’il a été dénoncé dès 1860, d’où la méfiance de la Curie romaine. La tentative de justification qu’il entreprend aussitôt fait long feu pour la simple raison que Nicholas Wiseman a, par étourderie, oublié de lui transmettre les documents nécessaires à sa défense. Une fois cette bévue reconnue, les soupçons du Saint-Siège s’estompent, et aussi bien le cardinal Barnabò que le pape s’évertuent à témoigner des marques d’estime à Newman, par exemple en l’invitant à participer en tant que théologien au Ier concile œcuménique du Vatican, honneur qu’il décline.

Dernières années

En 1870, Newman publie sa Grammaire de l’assentiment, son travail le plus abouti, dans laquelle la foi religieuse est étayée par des arguments souvent différents de ceux qu’emploient les théologiens catholiques. En 1877, lors de la réédition de ses travaux anglicans, il ajoute une longue préface et de nombreuses notes aux deux volumes sur la Via Media en réponse aux critiques anti-catholiques qu’il émettait alors.

Lors du Ier concile œcuménique du Vatican (1869-1870), il s’oppose à la définition de l’infaillibilité pontificale présentée par les théologiens qui reviennent de Rome et, dans une lettre privée à son évêque, publiée à son insu, il dénonce « la faction insolente et agressive » qui a soutenu ce dogme. Cependant, il ne s’y oppose pas lors de sa proclamation et, lors de l’attaque du Premier ministre Gladstone accusant l’Église catholique d’avoir « également répudié la pensée moderne et l’histoire ancienne », trouve plus tard l’occasion de préciser son attitude. Dans une lettre au [[Henry Fitzalan-Howard (15e duc de Norfolk)|duc de Norfolk]] Newman affirme qu’il a toujours cru en cette doctrine mais a craint qu’elle n’affecte les conversions en Angleterre en raison des spécificités historiques locales du catholicisme ; en cela, il affirme la compatibilité entre le catholicisme et la liberté de conscience que certains anglicans, depuis la proclamation du dogme de infaillibilité, ont entrepris de dénoncer.

En 1878, à son grand plaisir, son ancien collège le choisit comme « Honorary Fellow » (membre honoraire) de l’université d’Oxford. La même année meurt le pape Pie IX qui n’avait guère confiance en lui, et son successeur, Léon XIII, suivant la suggestion du duc de Norfolk, décide de l’élever au cardinalat, distinction remarquable dans la mesure où il est simple prêtre. La proposition est faite en février 1879 et son annonce publique est largement approuvée dans le monde anglophone. Ainsi, John Henry Newman est créé cardinal le 12 mai 1879, recevant le titre de San Giorgio al Velabro. Il profite de sa présence à Rome pour souligner sa constante opposition au libéralisme en matière religieuse.

À Rome, il tombe gravement malade, mais rejoint, peu après son apparente guérison, l’Oratoire en Angleterre, où, frappé par une récidive, il s’éteint le 11 août 1890 à 89 ans.

Le cardinal Newman est enterré dans le cimetière de Rednall Hill (Birmingham). Il partage sa tombe avec son ami, le révérend-père Ambrose St. John, qui s’est converti au catholicisme en même temps que lui. Dans le cloître de l’oratoire de Birmingham où sont placées des plaques commémoratives, il voulut que soit inscrite au-dessous de son nom cette épitaphe : Ex umbris et imaginibus in veritatem (« Des ombres et des images vers la vérité »).

Héritage

La théologie de Newman

L’influence de Newman, comme controversiste et prédicateur, est immense. Pour l’Église catholique sa conversion est source d’un grand prestige et dissipe de nombreux préjugés. Plus précisément, son influence se fait dans l’idée d’une spiritualité plus large et dans la notion de développement, tant au niveau de la doctrine qu’à celui du gouvernement de l’Église. Il approfondit ainsi la notion de développement homogène du dogme. Le contenu de la foi, présent dès l’origine, trouve progressivement, dans l’histoire de l’Église, une compréhension et une formulation plus ample et plus précise.

Bien qu’il ne se soit jamais considéré comme un mystique, Newman développe l’idée que la vérité spirituelle est connue par l’intuition directe, comme une nécessité antérieure à la base rationnelle du credo catholique. Pour les anglicans, mais aussi pour certaines communautés protestantes plus strictes, son influence est également grande, mais d’un autre point de vue : en effet, il a défendu la légitimité des dogmes catholiques et l’importance de la part austère, ascétique, solennelle, du christianisme. Newman affirme que, à part une conviction intérieure irréductible à la raison, il n’existe pas de preuve rationnelle de l’existence de Dieu. Dans le Tract 85, il se confronte aux difficultés du « Credo » et des Écritures, concluant sur le caractère insurmontable de ces dernières si elles ne sont pas transcendées par l’autorité d’une Église infaillible. Dans le cas de Newman, de telles affirmations ne mènent pas au scepticisme, parce qu’il a toujours eu une très forte conviction intérieure. Dans le Tract 85, son seul doute concerne l’identité de la véritable Église. Mais, en règle générale, son enseignement aboutit à ce que l’homme sans cette conviction intérieure ne peut qu’être un agnostique, tandis que celui qui la possède est destiné à devenir, tôt ou tard, catholique.

Théologie du christianisme

Conception du christianisme

À travers la théologie et les textes fondamentaux, Newman a toute sa vie recherché un christianisme authentique. Pour lui, celui-ci doit se fonder sur la Révélation : la Vérité révélée par Dieu. Il se demande comment la foi originelle des apôtres a pu se résumer sous la forme de différents credo, comment la religion chrétienne s’est développée et dans quelle mesure elle décrit la Révélation sans la trahir. Les Pères de l’Église lui permettent d’aller au fondement de cette vérité. Cette quête de la vérité devient alors son principal objectif et il s’en explique ainsi : « Je suis frappé d’un triste pressentiment que le don de la vérité, une fois perdu, est perdu pour toujours. Ainsi le monde chrétien, graduellement, devient stérile et s’épuise, comme une terre exploitée à fond et qui devient du sable .

Il place d’emblée l’Église au cœur de sa réflexion. Il refuse de faire de la Bible le seul pilier de la foi. Celle-ci doit être présente, selon lui, dans la réalité concrète et dans l’expérience quotidienne, et vécue au sein de l’Église. Il considère que l’Église transmet les vérités chrétiennes à travers la révélation issue de la Tradition et s’appuyant sur la succession apostolique : Dieu agit, et la vie chrétienne existe, non pas par une expérience sensible, comme l’affirment les protestants évangéliques, mais par la foi et la grâce qui peuvent agir sans forcément donner des expériences psychologiques visibles Être chrétien consiste, pour Newman, en un don de soi, renouvelé dans la foi

L’étude des Pères de l’Église, encouragée par l’écriture d’articles encyclopédiques, puis par des recherches sur l’arianisme, l’incite à approfondir sa foi. Les paroles d’Origène sur la difficulté de percer les mystères de la Bible le marquent : « Quiconque croit que les Écritures sont venues de celui qui est l’auteur de la nature peut bien s’attendre à y retrouver la même sorte de difficultés que l’on trouve dans la constitution de la nature ». Pour lui, Dieu parle à travers l’Église. Cette étude patristique l’amène à examiner les principaux conciles et à rechercher la vérité en remontant aux sources du christianisme.

La crise religieuse qui touche le Royaume-Uni au xixe siècle amène l’Église anglicane à se libérer de l’emprise de l’État. Newman souhaite alors retourner aux origines du christianisme et du catholicisme intégral que représente pour lui l’anglicanisme. Cette tentative de conciliation entre le christianisme originel et l’unité de l’Église anglicane est l’objet de ses recherches, développées un temps sous le nom de « Via Media »72. Finalement, il remet ce point de vue en cause et considère que l’anglicanisme s’éloigne du christianisme des origines.

Conception de la Tradition chrétienne

John Henry Newman, avant même sa conversion au catholicisme, accorde une grande importance à la Tradition dans le christianisme. Certains protestants refusent tout dogme et toute vérité en dehors de la Bible, suivant l’adage « Sola scriptura » (l’Écriture seulement). Ils contestent la création de nouveaux dogmes par l’Église catholique. Newman, au contraire, met en valeur la tradition chrétienne dans un cycle de conférences à Saint-Mary en 1837 intitulé « Lectures on the Prophetical Office of the Church » Il décline la Tradition sous deux formes : la « Tradition épiscopale » et la « Tradition prophétique ». Pour lui, ces deux types de tradition sont indissociables.

La « Tradition épiscopale », qui regroupe l’ensemble des documents officiels de la hiérarchie, valorise tant la hiérarchie, et donc la succession apostolique, que l’ensemble des textes fondateurs et des credos de l’Église. Elle s’ajoute à l’Écriture sainte et permet de l’interpréter. Figée dans des écrits, cette Tradition permet de conserver et de protéger la foi de l’Église.

La « Tradition prophétique », ensemble des écrits des docteurs de l’Église, la liturgie et les rites, s’exprime dans la vie des chrétiens. Elle est constituée, selon Newman, de ce que saint Paul appelle « la vie de l’Esprit » La Tradition prophétique est pour Newman la Tradition vécue au quotidien et de manière continuelle par les chrétiens.

Newman interprète donc la Tradition comme quelque chose de vivant, changeant et actuel. Cependant, il affirme que l’anglicanisme est susceptible de s’écarter de la vérité de la foi s’il se détache des Pères de l’Église et donc de la Tradition. Pour Newman, l’Église a toujours besoin de revenir aux sources, à son fondement, car en s’écartant de la tradition épiscopale, l’anglicanisme peut perdre ce qui fait la richesse de la Tradition. L’importance donnée par Newman aux Pères de l’Église et à la patristique découle donc de sa conception de la Tradition.

Théologie de l’Église

Sa vie durant, Newman a étudié l’Église et sa signification. La recherche du christianisme originel l’a poussé à se pencher sur les écrits des Pères de l’Église et il a vu dans la crise de l’arianisme au ive siècle des similitudes avec celles qui affectent le christianisme au xixe siècle.

Il se demande si l’anglicanisme peut être l’héritier du christianisme authentique des Pères de l’Église ; ce à quoi il répond positivement, à cela près que la papauté en a trahi l’essence. Si l’anglicanisme vit au xixe une crise de sa pratique, lui cherche à travers le mouvement d’Oxford et son œuvre de « Via Media », à en définir une doctrine authentique, fondée sur la foi révélée par les Pères de l’Église et sur les sacrements.

Cependant, sa recherche le conduit peu à peu à prendre ses distances. Après des années de réflexions, sur les Pères de l’Église en particulier, il est parvenu à la conclusion que l’anglicanisme se départ du christianisme véritable, tant l’analyse de l’histoire de l’Église, et notamment celle des hérésies, souligne sa différence d’avec les dogmes et la Tradition chrétienne. Son refus de l’autorité de Rome s’assimile à l’hérésie donatiste et aussi, constate-t-il lors de nouvelles recherches, à celle des monophysites Désormais, écrit-il plus tard : « Il était difficile de soutenir que les eutychiens et les monophysites étaient des hérétiques, à moins que les protestants et les anglicans ne le fussent aussi ; difficile de trouver des arguments contre les Pères de Trente qui ne fussent pas contraires aussi aux Pères de Chalcédoine ; difficile de condamner les papes du xvie siècle sans condamner les papes du ve ».

Alors, concilier l’anglicanisme et le christianisme des Pères de l’Église s’avère difficile, tant se dérobent les fondements nécessaires à sa « Via Media », et la doctrine des Pères de l’Église ne s’accommode pas d’une Église locale se coupant de l’Église universelle. Newman prend donc acte de cette impossibilité : « À quoi servait de poursuivre la controverse ou de défendre ma position, si, après tout, je forgeais des arguments pour Arius et Eutychès, et je devenais l’avocat du diable contre le patient Athanase et le majestueux Léon ? ».

Ainsi, sa réflexion l’aura conduit à nuancer et à changer son regard sur l’Église catholique. S’il n’y décèle plus de différences dogmatiques avec la foi des Pères de l’Église, il relève en celle de l’anglicanisme protestant un écart de plus en plus appuyé. Les griefs se sont inversés : d’abord suspicieux de ce qu’il a cru être une foi « superstitieuse », sa méfiance s’estompe lorsqu’il approfondit la question, notamment à travers les écrits d’Alphonse de Liguori, et parvenu au bout de sa longue réflexion, il prend du recul pour que mûrisse son propos et s’assure sa décision. Alors seulement fait-il le choix de se convertir au catholicisme.

Newman voit maintenant en l’Église catholique l’héritière des Pères de l’Église et, par là, du seul christianisme authentique car révélé, conversion et foi n’excluant pas la critique de certaines attitudes papales. Pour lui, l’Église est bien une institution divine mais ancrée dans le monde, et donc constituée de pécheurs.

La place de la conscience

Définition de la conscience

Pour Newman la conscience est le propre de la nature humaine, « sentiment de responsabilité, de honte ou de frayeur », écho d’une admonition extérieure ou murmure secret du cœur. C’« est une loi de notre esprit, mais qui dépasse à quelque titre notre esprit ; qui nous intime des injonctions ; qui signifie responsabilité et devoir, crainte et espérance : et qui est dotée d’une spontanéité la distinguant du reste de la nature .

La conscience se définit comme une capacité à obliger (enjoindre) et à juger. Les premiers sermons la présentent comme « ce guide, implanté dans notre nature pour y distinguer la rectitude et la malice, et pour revêtir la rectitude d’une autorité absolue, [qui] n’a rien d’aimable ni de miséricordieux. La conscience est sévère, elle est même intraitable. Elle ne parle pas de pardon, mais de punition », et ses effets peuvent être la bonne conscience, la paix intérieure, mais aussi la condamnation.

La conscience se présente comme une faculté de jugement, fragile mais irréductible : voix, motion, insistante mais faible, indépendante de la volonté de l’homme qui a la faculté de lui désobéir mais reste impuissant à la détruire.

Théologie de la grâce : Lectures on Justification

Les Lectures on Justification sont tirées d’un ensemble de conférences données par Newman à Saint-Mary en 1838, alors qu’il est encore anglican. Une fois converti au catholicisme, comme il ne renie rien de ses propos, son objectif devient de concilier deux éléments, l’effet de la grâce et celui des œuvres (les bonnes actions) dans le salut. En effet, les protestants, notamment Martin Luther, se sont détournés de la doctrine catholique de la justification, rejetant l’idée que les œuvres puissent contribuer au salut et affirmant que seule la foi en Dieu donne accès au paradis Cette théologie a fortement imprégné l’anglicanisme et a conduit à faire de la justification une affaire privée entre l’homme et Dieu. Newman tente de mettre au point une théorie de la justification qui concilie les deux théologies, ce qu’il réussit, du moins aux yeux du théologien allemand Ignaz von Döllinger qui y voit « le plus beau chef d’œuvre de la théologie que l’Angleterre ait produit depuis un siècle. », et d’aucuns lui assignent même une profonde portée œcuménique.

Dans ce Traité sur la Justification, Newman commence par critiquer la conception trop littérale de la Bible qu’ont certains protestants. S’appuyant sur l’interprétation des Pères de l’Église, il dénonce deux dérives, la sélection exclusive de certains passages, nuisible à la perception de la logique du salut dans son indivisible globalité, et le danger, aux dépens de l’enseignement des conciles et des écrits patristiques, de la lecture biblique comme seule source d’interprétation. Semblable choix contient en germe une possible interprétation subjective, détachée de tout contexte temporel et historique, ce qui revient pour Newman à nier la Révélation qui se poursuit, au-delà de la mort du Christ, à travers l’action de l’Esprit Saint présent dans l’Église.

Dans un deuxième temps, Newman critique la conception des protestants selon laquelle seule la foi conduit au salut, ce qui implique que Dieu n’est plus l’acteur de la justification et de la sanctification des personnes ; si la foi personnelle conduit en soi au salut, ce sont la conversion et la foi qui sont premières, le Christ se trouvant relégué au rang de second. L’homme devient alors sa propre justification, paradoxe total pour Newman : « Ainsi la religion finit-elle par consister dans la contemplation de soi et non du Christ ».

Newman s’oppose ensuite à la conception de la justification de Martin Luther, selon laquelle Dieu justifie en ne reconnaissant plus la culpabilité de l’homme, ce à quoi Newman s’oppose en développant une théologie de la « Parole de Dieu » ; comme il le montre dans la Genèse où c’est par la parole que Dieu crée le monde, cette « Parole de Dieu » est action. Quand Dieu déclare quelqu’un justifié, la justification ne consiste plus en une non-reconnaissance de la culpabilité de la personne justifiée, mais Dieu fait d’elle une personne juste : « Il ne s’agit pas de la concession silencieuse d’une faveur, mais de l’éclatement visible de sa puissance et de son amour […]. Soyons sûrs de cette consolante vérité : la grâce divine qui justifie réalise ce qu’elle déclare ».

Pour Newman, Dieu, dans la justification, transforme l’homme, non pas par un acte extérieur à lui-même, mais en le changeant intérieurement. Or ce changement qui justifie est un pur don de Dieu : « Ce n’est ni une qualité, ni un acte de notre esprit, ni la foi, ni le renouvellement, ni l’obéissance, ni quoi que ce soit de connaissable à l’homme […] mais un certain don de Dieu qui contient toutes ses réalités ». Ainsi la justification consiste-t-elle à vivre avec Dieu : « être justifié, c’est recevoir la divine Présence, c’est devenir le Temple du Saint-Esprit ».

Si Dieu nous a justifiés, affirme Newman, c’est pour que notre conduite, nos actions et nos œuvres, relèvent du Salut de Dieu. Il n’y a pas de dichotomie dans la justification entre la foi et les œuvres : « Le Christ n’a pas gardé uniquement dans ses mains le pouvoir de justifier ; son Esprit nous le dispense par le moyen de nos propres actions. Il nous a donné l’aptitude à lui plaire. » Le justifié vit alors, pour Newman, avec le Christ. Et le Christ continue de nous justifier, « au-dedans de nous, avec nous, à travers nous, par nous ». Notre vie devient le signe de la justification de Dieu, et de la présence de Dieu qui nous justifie continuellement : « Il n’y a qu’une seule réconciliation : il y a dix mille justifications ». La justification peut se comprendre conformément à la parole de saint Paul « ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi », les mérites de la personne se confondant alors avec ceux de Dieu. Ainsi la justification naît du fait de cette présence de Dieu en nous : « Le Père-Tout-Puissant nous regarde ; il ne nous voit pas nous, mais la présence sacrée de son fils qui se révèle spirituellement en nous ».

Conception de la connaissance

Naissance de L’Idée d’université

L’idée d’une université est née de la demande des évêques irlandais en butte aux Queen’s colleges qu’installe le gouvernement anglais en Irlande. Il s’agit d’éviter que les catholiques de ce pays n’aient d’autre choix que de fréquenter une université de Sa Majesté, de surcroît tenue par des anglicans. Aussi suggèrent-ils à Newman de fonder ce qui deviendra l’University College Dublin. Face à la surprise que manifestent les évêques devant sa conception de l’université, Newman donne, entre 1852 et 1858, une série de conférences susceptibles d’éclairer ses choix, corpus ensuite repris dans son ouvrage L’Idée d’université

Autonomie de la culture

Au cours de ces conférences, Newman expose sa conception du rôle de l’université : certes destinée à transmettre un savoir et des connaissances, elle se doit surtout d’éduquer l’intelligence, de conduire à la recherche de la vérité, quitte à passer par des approches et des méthodologies spécifiques aux différentes disciplines.

Elle n’a pas de finalité pratique, son but n’étant pas de former un bon citoyen ou même un bon religieux ; sa mission est de « rendre à l’intellect ce qui lui est dû », exigence, cela dit, n’impliquant pas l’indifférence à la réalité ou au savoir technique. Essentiellement destinée à ouvrir les esprits et non à les enfermer dans ce que Newman appelle la « bigoterie » de la spécialisation, sa richesse est d’aspirer, par l’enseignement de tous les savoirs, à l’universalité du savoir dont elle demeure le siège où se perpétue, non l’acquisition d’un savoir-faire, mais la primauté de la culture.

Place des sciences et de la théologie

Alors même que cette discipline commence à être remise en cause, Newman préconise l’étude de la théologie, enseignement, pense-t-il, qui sert les sciences, dont la prétention à l’universalité et l’ambition de donner une explication globale du monde et des choses, alors que, paradoxalement, elles se spécialisent, ne ressortissent pas à leur spécificité originelle. Ainsi, la théologie et la philosophie se doivent d’être enseignées de pair avec les disciplines scientifiques, sans pour autant prétendre, comme elles, à une explication du monde, mais justement, en les interrogeant sur leurs limites et la finalité qu’elles croient pouvoir dire de l’homme et de l’univers.

Pour Newman, en effet, les sciences, du moins celles qui outrepassent leur domaine de recherche, sont dans l’erreur : « Une douzaine de disciplines diverses envahissent son territoire pour le piller […]. Elles ne peuvent manquer de faire fausse route dans une matière qu’elles n’ont absolument pas mission de connaître. J’en appelle à ce principe de grande portée : toute science, si exhaustive soit-elle, se fourvoie quand elle s’érige en interprète unique de ce qui survient au ciel et sur la terre ».

Le rôle qu’assigne Newman à la théologie est d’être une fonction de régulation et de critique face au savoir scientifique, sciences et théologie devant dialoguer et s’enrichir mutuellement. La théologie n’est pas, de nature, supérieure aux sciences ; elle permet un autre regard sur l’homme et de s’approcher d’une autre vérité, qui est d’un autre ordre.

La place du savoir face à la culture et à l’éducation

Le dernier grand thème développé par Newman est celui de la hiérarchie des savoirs et la place de la culture. Il montre que le modèle éducatif dépasse la simple sphère des connaissances. En effet, chaque savoir tend à répondre à la question du comment, évacuant du coup celle du pourquoi. Il obéit à une technique opératoire qui, par des mécanismes, conduit à tout voir selon un même mode de fonctionnement et, par là-même, tend à rendre difficile, voire à empêcher toute autre vision d’une réalité qui ne serait pas soumise à ces mécanismes.

Pour Newman, l’enseignement chrétien ne doit pas nier la foi en lui laissant une place, permettant l’ouverture au mystère de la foi. Il s’agit donc de développer deux types de connaissance, l’une rationnelle et l’autre qui, située au-delà de la logique du savoir, donne accès à un niveau de vérité autre que celui des disciplines scolaires.

L’œuvre littéraire : l’apologiste

Dans l’ouvrage La Littérature autobiographique en Grande-Bretagne et en Irlande, Robert Ferrieux consacre un sous-chapitre à l’apologie qu’il range dans la catégorie de « l’autobiographie de circonstance » ; il examine ce genre en s’appuyant essentiellement sur l’exemple de John Henry Newman. C’est à cette analyse qu’est en grande partie emprunté le propos faisant l’objet de cette section.

Le plaidoyer pro domo

Avec son Apologia Pro Vita Sua, parue en 1867, Newman se distingue comme l’un des grands écrivains autobiographiques du xixe siècle. Peut-être a-t-il, dans le choix d’un titre latin, été inspiré par un illustre prédécesseur, le poète romantique Samuel Taylor Coleridge qui avait publié en 1817 sa Biographia Literaria, livre se présentant déjà comme une sorte d’apologie, puisqu’il se situe surtout par rapport à la préface composée par William Wordsworth lors de la deuxième édition en 1800 des Lyrical Ballads. Dès la première page, en effet, Coleridge insiste sur ce qu’il appelle une « exculpation » (disculpation), répondant à une « charge » (accusation), signifiant par là son désir apologétique, prélude nécessaire à l’exposition de ses idées.

L’essence de l’apologie de soi, en effet, est un plaidoyer pro domo rendu nécessaire par une accusation. Socrate, est-il dit, a corrompu les jeunes de la cité, et John Henry Newman, selon Charles Kingsley, ne considère pas que l’amour de la vérité « soit une vertu nécessaire » (« be a necessary virtue »). Charles Kingsley, en effet, dans un compte-rendu de l’Histoire de l’Angleterre de J. A. Froude pour le Macmillan’s Magazine, a inséré une phrase vengeresse à l’égard de Newman : « La vérité en soi n’a jamais été une vertu aux yeux du clergé de l’Église romaine. Le père Newman nous informe qu’elle n’a point besoin ni, tout compte fait, l’obligation d’en être une, et que la ruse est l’arme qui a été donnée aux Saints pour repousser les forces viriles et brutales du monde des méchants » (« Truth, for its own sake, had never been a virtue with the Roman clergy. Father Newman informs us that it need not, and on the whole ought not to be; that cunning is the weapon which heaven has given to the Saints wherewith to withstand the brute male force of the wicked world […] »). Après une correspondance polémique – les deux hommes ne se sont pas rencontrés – la réponse de Newman a été son Apologia Pro Vita Sua, réponse non pas à une sollicitation intime, mais à la blessure d’une injustice venue de l’extérieur.

Le besoin autobiographique n’est donc pas premier : c’est parce que Newman se sait sous le coup d’une calomnie intellectuelle et morale qu’il entreprend de rendre compte de lui-même. S’il n’avait à répondre de ses actes, au sens quasi pénal du terme, devant le tribunal des hommes, et non plus de sa seule conscience (le mot « charge » [accusation] revient sans cesse sous sa plume), il n’aurait sans doute pas pris la peine de ce rappel systématique de sa vie spirituelle. Qui plus est, il ressent la nécessité de se justifier au nom de l’Église tout entière, visée à travers sa personne par ses détracteurs. Son apologie, ambitieusement appelée Pro Vita Sua (« Pour sa vie »), ce qui témoigne de l’importance « vitale » de l’engagement, devient alors une nécessité, un devoir (duty), comme il l’écrit, envers lui-même, la cause catholique et le clergé.

L‘épreuve obligée

À ce compte, l’apologie ne peut se développer dans les conditions de sérénité qui caractérisent nombre d’entreprises autobiographiques. Au contraire, c’est la passion qui la gouverne et, de fait, Newman blêmit sous l’insulte et entend bien ne pas se laisser traiter de fripon ou de sot sans relever le gant. De plus, se savoir ainsi placé en position d’infériorité le rend malgré lui agressif et le détachement qu’il affiche lorsqu’il prétend se trouver désormais « dans un flux de pensées d’une élévation et d’une sérénité telles qu’aucune calomnie ne saurait le perturber » (« in a train of thought higher and more serene than any which slander can disturb »), ne peut longtemps faire illusion, puisqu’aussitôt il envoie « voler » Mr Kingsley dans les espaces infinis avec une vigueur peu commune (« away with you, Mr Kingsley and fly into space »)

Dans de telles conditions, la démarche autobiographique cesse d’être un plaisir : « On conçoit aisément l’épreuve que représente pour moi d’écrire ainsi l’histoire de ma personne ; mais je ne saurais reculer devant la tâche » (« It may be easily conceived how great a trial it is to me to write the following history of myself; but I must not shrink from the task »). Exposer les motifs profonds de sa conduite à des adversaires pour lesquels il ne ressent que mépris ou haine est une véritable souffrance : Newman a honte de se livrer ainsi au regard de ses détracteurs. Les mots « obligation », « trial » (épreuve), « reluctance » (répugnance) reviennent sans cesse dans son récit et chaque fois qu’il doit révéler un détail personnel, c’est une très grande violence qu’il se fait, éprouvant le sentiment d’un intrusion sacrilège dans le plus secret des débats, celui que conduit son âme avec Dieu : « Il n’est pas agréable de donner à chaque contradicteur superficiel ou désinvolte l’avantage de connaître mes pensées les plus intimes » (« Its is not pleasant to be giving to every shallow or flippant disputant that advantage over me of knowing my most private thoughts »)

L’a priori des données

Un tel fonds de passion et une réticence aussi prononcée ne sauraient a priori constituer les meilleures garanties d’objectivité. À trop vouloir se justifier, l’apologiste risque, même à son insu, de se trahir : organiser le récit de sa vie spirituelle et intérieure pour prouver au monde le bien-fondé d’une attitude est tentant et, en ce genre d’entreprise, la fin appelle les moyens. Là se situe ce que Georges Gusdorf a appelé la « reconstruction a posteriori ». Newman, bien conscient de ce péril, souligne au début de son ouvrage les nombreuses difficultés qu’il va rencontrer. Réussira-t-il à empêcher que sa conversion au catholicisme romain, événement majeur de sa vie et dernier épisode de son récit, influence et colore son propos ? Il se porte aussitôt au devant de l’objection : « De plus, mon intention est de rester, tout simplement personnel et historique. Je n’expose pas la doctrine catholique, je ne fais rien de plus qu’expliquer ma personne, mes opinions et mes actes […] Tout ce que je désire, dans la mesure de possible, c’est de rendre compte de faits » (« Moreover, I mean to be simply personal and historical, I am not expounding the Catholic doctrine, I am doing no more than explaining myself, and my opinions and actions […] I wish, as far as I am able, to state facts »).

Il y a là, comme chez tous les apologistes, un a priori des données qui ne correspond pas exactement aux buts de l’autobiographie. Newman n’a pas besoin de passer toute son existence en revue, puisque sa démarche se limite à une section bien définie de son activité. Il lui faut réunir un faisceau de preuves d’autant convaincantes qu’elles se rapprochent de la période où il a été mis en cause. Ainsi, il ne s’intéresse aux divers aspects de sa vie que dans la mesure où ils peuvent contribuer à échafauder son système de défense et de persuasion : « Je me préoccupe de bout en bout, écrit-il, de questions relatives à la croyance et à l’opinion, et si j’introduis d’autres gens dans mon récit, ce n’est ni pour eux-mêmes ni parce que j’ai ou ai eu de l’affection pour eux, mais parce que et dans la seule mesure où ils ont influencé mes vues théologiques » . Rien d’étonnant, du coup, que son apologie consacre trente et une pages à trente-deux années de son existence, alors que presque le double est réservé aux deux seules, cruciales pour lui et ses adversaires, qui ont définitivement changé le turbulent agitateur anglican en un catholique convaincu.

Le genre du présent

Genre du présent, donc, que cette apologie qui, par nature, tend à se développer en surface mais, invitant à livrer le meilleur de soi, n’en constitue pas moins un document autobiographique de valeur. Rétablir une situation jugée compromise exige d’abord un système de défense exempt de malhonnêteté intellectuelle : Newman le sait qui accumule les vertus dont il entend faire la preuve : il « méprise et déteste, assure-t-il, le mensonge, et le chipotage, et le parler hypocrite, et la rouerie, et la ruse, et la fausse suavité, et le discours creux, et le faire-semblant […] et [il] prie que leur piège lui soit épargné » . Historien de son esprit, comme il se définit lui-même, il précise au fil des pages son programme et sa méthode : pas d’anecdote ou de romantisme ; malgré le manque de documents « autobiographiques » qu’il déplore, il a trouvé quelques notes de mars 1839 qui illustrent son propos ; il se défie de sa mémoire et, le cas échéant, préfère écarter un argument possible plutôt que courir le risque de déformer la réalité il s’efforce enfin de s’exprimer avec toute la clarté nécessaire et ne néglige pas, à l’occasion, de structurer son ouvrage « avec une rigueur et peut-être aussi, ajoute Robert Ferrieux, une gaucherie tout universitaires »: « Ainsi ai-je rassemblé de mon mieux ce qu’il y avait à dire sur l’état général de mon esprit de l’automne 1839 à l’été 1841 ; et cela fait, j’entreprends de raconter comment mes appréhensions ont affecté ma conduite et mes relations envers l’église d’Angleterre » .

Le rendez-vous avec soi

En général, l’apologiste, à force de se justifier, apprend peu à peu et comme malgré lui à se connaître ; parti du principe de sa compétence absolue, il s’aperçoit, arrivé au terme de sa quête, qu’il n’est plus tout à fait le même homme qu’au début. Newman ne fait pas exception : son ton se fait peu à peu moins péremptoire, l’argumentation moins dogmatique, l’expression moins polémique. Il s’intéresse maintenant à ses hésitations et à ses angoisses, il s’interroge : « […] J’ai cru que j’avais raison ; comment savoir avec certitude que je l’avais toujours, combien d’années avais-je été convaincu de ce que je rejetais aujourd’hui ? Comment reprendre jamais confiance en moi ? . Est-il certain de quelque chose, de lui-même ? « Avoir la certitude, c’est savoir qu’on sait ; comment s’assurer que je ne changerai pas à nouveau après être devenu catholique ? » .

Ainsi, le récit l’a aidé à surmonter, une fois encore, les sollicitations de sa conscience et lui a apporté une confirmation dont il avait secrètement besoin : « Insensiblement, écrit Robert Ferrieux, l’apologie s’est rapprochée de l’autobiographie et la justification muée en découverte ». Vers la fin de son livre, Newman peut écrire en toute sérénité : « […] je n’ai plus rien à raconter sur l’histoire de mes opinions religieuses […] Je n’ai eu à signaler aucun changement ni aucun affre d’angoisse. J’ai été dans un parfait état de paix et de satisfaction […] Ce fut comme de rentrer au port après la tempête, et j’en ressens un bonheur qui, à ce jour, ne s’est jamais démenti »  Suprême gratification, il remercie Mr Kingsley des tracas qu’il lui a causés ; en définitive, commente Robert Ferrieux, « il n’a rien à regretter : la traversée en valait la peine ».

Influence

Personnalité

 

Le cardinal Newman, avec ses forces et ses faiblesses, est un homme charismatique, convaincu du sens de son propre destin. Poète inspiré, il possède un authentique talent littéraire. Plusieurs de ses premiers poèmes restent, écrit R. H. Hutton « inégalés pour la magnificence de leur composition, la pureté de leur goût, et leur rayonnement total », et « Le Songe de Gerontius », le dernier et le plus long de tous, est parfois considéré comme la plus convaincante tentative de représentation du monde invisible depuis l’époque de Dante.

Sa théorie du développement doctrinal et son affirmation de la suprématie de la conscience, ont parfois conduit à faire de lui, malgré toutes ses dénégations, un libéral. Qu’il accepte chaque élément du credo catholique est cependant une certitude, et, sur l’infaillibilité pontificale comme en matière de canonisation, il a des positions très avancées. De plus, alors qu’il a prétendu préférer les formes de dévotion anglaises aux italiennes, il est l’un des premiers à les introduire en Angleterre et à les mêler aux rites locaux spécifiques.

La devise qu’il adopte lorsqu’il devient cardinal, « Cor ad cor loquitur » (Le cœur parle au cœur), et la phrase qui est gravée sur le mémorial érigé en son honneur à Edgbaston, « Ex umbris et imaginibus in veritatem » (Hors des ombres et des images dans la vérité), semblent dévoiler, autant que faire se peut, le secret d’une vie qui a suscité l’intérêt de ses contemporains, en mêlant affection et curiosité, adhésion et sévère retenue.

Newman et Manning

 

Les deux grandes figures de l’Église catholique en Angleterre au xixe siècle devinrent tous les deux cardinaux et sont tous les deux d’anciens ecclésiastiques anglicans. Mais il existe peu de sympathie entre eux.

Le caractère de Newman est réservé, tandis que Manning est un homme expansif. L’un est professeur d’université, l’autre défenseur des travailleurs, l’un est un solitaire, l’autre une grande figure de la vie mondaine de la société victorienne.

L’origine de leur opposition tient aussi à des raisons plus fondamentales : Newman pose le problème important de l’intégration des catholiques dans un pays majoritairement anglican. L’anglicanisme a pris des mesures anti-catholiques, et l’une d’entre elles, qui lui tient particulièrement à cœur, est l’interdiction qui est faite aux catholiques d’intégrer les universités. Or, pense-t-il, leur participation à la vie publique dépend dans une large mesure de cet accès à l’enseignement supérieur ; aussi n’a-t-il de cesse, malgré des échecs répétés, de négocier pour l’obtention de ce droit, quitte à laisser certaines questions en suspens

Le cardinal Manning, quant à lui, enclin à partager les vues traditionnelles qu’entretiennent les victimes de l’ostracisme anglican, est partisan d’une ligne de conduite plus stricte face aux restrictions qui sont imposées, d’où son refus de transiger ou de négocier sur la question de l’appartenance des catholiques aux universités.

Cependant, pour ce qui est des questions sociales, Manning s’avère plus moderne dans son approche, puisqu’il passe pour être l’un des pionniers de la doctrine sociale de l’Église, et de fait, il joue un rôle majeur dans l’élaboration de l’encyclique Rerum Novarum.

Postérité

Lorsque, dans les années 1860, des catholiques commencent à fréquenter Oxford, ils y créent un club qui reçoit, en 1888, le nom de « Oxford University Newman Society ». Finalement, l’Oratoire d’Oxford devait être fondé cent ans plus tard, en 1993, dans des locaux appartenant auparavant à la Compagnie de Jésus.

La renommée de Newman croît après sa mort, aussi bien dans le domaine théologique que littéraire. Dans une lettre du 25 mai 1907, Paul Claudel oriente Jacques Rivière dans le choix de ses lectures religieuses en ces termes : « Livres à lire : avant tout Pascal […] Tout ce que vous pourrez trouver de Newman ». James Joyce considère qu’« aucun prosateur n’est comparable à Newman». Et G. K. Chesterton lui consacre plusieurs essais entre 1904 et 1933, en indiquant dans l’avant-propos de son ouvrage Orthodoxie qu’il prend modèle sur l’Apologia.

À partir de 1922, des Newman Centres se développent principalement dans les universités américaines et britanniques, avec pour vocation de développer une vie de foi et de réflexion conformément à la pensée de Newman sur les universités. On en compte plus de 300 à l’heure actuelle dans le monde.

Certains de ses écrits ont été traduits en allemand par Edith Stein, et elle s’en inspire dans sa philosophie. Le théologien Erich Przywara affirme à propos de l’influence de Newman : « Ce que saint Augustin a été pour le monde antique, saint Thomas pour le Moyen Âge, Newman mérite de l’être pour les temps modernes ».

La pensée de Newman sur la conscience et la relation avec l’autorité de l’Église, notamment dans sa Lettre au duc de Norfolk, a été développée par des théologiens au point d’être reprise par le magistère de l’enseignement catholique, notamment lors du Concile Vatican II et de la déclaration Dignitatis Humanae.

Le Catéchisme de l’Église catholique reprend la conception de la conscience de Newman par sa citation d’un extrait de la Lettre au duc de Norfolk en son numéro 1778.

En 1990, lors du centenaire de sa mort, le cardinal Joseph Ratzinger, futur pape Benoit XVI, considère que Newman est l’un des « grands maîtres de l’Église ».

Après sa béatification, un film réalisé par Liana Marabini est en cours de tournage sur sa vie avec F. Murray Abraham dans le rôle-titre.

En 2001 la fondation de l’Institut Newman d’Uppsala est inspirée par l’attitude de grande ouverture intellectuelle du philosophe et théologien.

Procès en béatification et canonisation

Béatification
Le procès en béatification de John Henry Newman commence en 1958

Après un examen approfondi de sa vie par la Congrégation pour les causes des saints, Jean-Paul II le proclame vénérable en 1991.

En 2005, le postulateur de la cause annonce la guérison, attribuée à l’intercession de Newman, de Jack Sullivan, souffrant d’une maladie de la moelle épinière. Après un examen par des experts mandatés par le Vatican, la Congrégation pour les causes des saints ne trouve aucune explication scientifique à cette guérison et un conseil des experts atteste de son caractère inexplicable. Aussi, le 24 avril 2009, les cardinaux de la Congrégation pour les causes des saints se prononcent-ils par un vote pour l’attribuer à un miracle, ce qui permet d’ouvrir la procédure de béatification. Le 3 juillet 2009, Benoît XVI reconnaît la guérison de Jack Sullivan comme miraculeuse. Le même jour, il autorise le cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation, à ouvrir le procès en canonisation.

La béatification de John Henry Newman est célébrée le 19 septembre 2010 à Birmingham par Benoît XVI, lors de sa visite au Royaume-Uni. C’est la première béatification, et la seule avec celle de Jean-Paul II le 1er mai 2011, présidée par ce pape-là depuis le début de son pontificat. À l’occasion de ce voyage, le souverain visite également l’Oratoire saint Philippe Néri, dans le quartier d’Edgbaston, lieu de résidence de Newman de 1854 jusqu’à sa mort en 1890.

Le 15 janvier 2011, le bienheureux John Henry Newman est choisi comme patron pour l’ordinariat personnel de Notre-Dame de Walsingham qui est érigé le jour même. Il s’agit d’une structure destinée à accueillir les groupes d’anglicans d’Angleterre et du Pays de Galles qui demandent à entrer en pleine communion avec l’Église catholique

Canonisation
Le 12 février 2019, le pape François signe le décret d’un second miracle attribué au bienheureux Newmann, permettant ainsi sa future canonisation.

Publications

Ouvrages traduits en français

Essais et homélies

John Henry Newman (trad. Marie-Martin Olive, préf. Irène Fernandez), Grammaire de l’assentiment, Ad Solem, coll. « Ecrits newmaniens », septembre 2010, 625 p.

L’Idée d’université, Ad Solem, 2007 (ce texte a été traduit en allemand par Edith Stein)

Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, Ad Solem, 2007

Méditations sur la doctrine chrétienne, Ad Solem, 2000

Les Ariens du quatrième siècle, Téqui, 1988

Douze sermons sur le Christ, trad. Pierre Leyris, introduction de Louis Bouyer, Éditions du Seuil, coll. « Livre de Vie », 1995

Esquisses patristiques. Le siècle d’or, Ad Solem, 2007

Sermons universitaires : Quinze sermons prêchés devant l’Université d’Oxford, de 1826 à 1843, Ad Solem, 2007

Sermons paroissiaux, 8 tomes, Éditions du Cerf, 1993-2007

L’Antichrist, préface de Louis Bouyer, Ad Solem, 1995

Le Mystère de l’Église, Téqui, 1983

Textes autobiographiques et épistolaires

Apologia Pro Vita Sua, liminaire du cardinal Jean Honoré, Ad Solem, 2003

Écrits autobiographiques, Desclée de Brouwer, 1956

Lettre à Pusey, Ad Solem, 2002

Lettre au duc de Norfolk, Desclée de Brouwer, 1970

Choix de lettres, introduction d’Henri Bordeaux, Téqui, Paris, 1990

Divers

Le Songe de Gerontius, éd. bilingue, Éditions L’Âge d’Homme, 1989

Callista, récit du iiie siècle, Téqui, 1992.

Callista, Tableau historique du IIIe siècle, version numérique aux Editions Blanche de Peuterey

Anthologies

John Henry Newman, textes choisis, éd. par Keith Beaumont, Artège, 2010

Pour connaître Newman (textes réunis par Charles Stephen Dessain), Ad Solem, 2002

 

Bibliographie

Texte de Apologia Pro Vita Sua

(en) Apologia Pro Vita Sua, Londres, J. M. Dent and Sons

Ltd, coll. « Everyman’s Library », 1949, p. 326.

Ouvrages en langue française

Hervé Pasqua, Newman et l’unité de l’agir, Editions Ad solem, collection philosophie, Paris 2012.

John Henry Newman, L’Idée d’université, Mayenne, Éditions Ad Solem, 9 octobre 2007, 512 p.

Vincent Gallois, Église et conscience chez J. H. Newman commentaire de la lettre au Duc de Norfolk, Perpignan, Éditions Artège, octobre 2010, 157 p.

Keith Beaumont, Petite Vie de John Henry Newman, Desclée de Brouwer, 2005

Louis Bouyer (préf. Jean Honoré), Newman, le mystère de la foi : Une théologie pour un temps d’apostasie, Ad Solem, 2006

Jean Honoré, La Pensée de John Henry Newman, Mayenne, Éditions Ad Solem, janvier 2010, 147 p.

Louis Bouyer, Newman sa vie sa spiritualité, préface du cardinal Jean Honoré, Paris, Éditions du Cerf, février 2009, 485 p.

Henri Bremond, Newman, essai de biographie psychologique, Paris, Librairie Bloud et Gay, 1932, 8e éd. (1re éd. 1906)

Owen Chadwick (préface de Jean Guitton), John Henry Newman, Éditions du Cerf, 1989

Louis Cognet, Newman et la recherche de la vérité, 1967

Christopher Dawson, Newman et la modernité : l’épopée du Mouvement d’Oxford, Ad Solem, 2001

Charles Stephen Dessain, Présence de Newman. Thèmes spirituels, Éditions du Cerf, 1993

Charles Stephen Dessain, Pour connaître Newman, Ad Solem, 2002

Ramon Fernandez, Newman, Ad Solem, 2010

Pierre Gauthier, Newman et Blondel : Tradition et développement du dogme, Éditions du Cerf, coll. « Cogitatio Fidei » (no 147), 1988, 553 p. (

Jean Honoré, La Pensée christologique de Newman, Desclée de Brouwer, 1996

Jean Honoré, Newman : la fidélité d’une conscience, France, C.L.D., coll. « Veilleurs de la foi », 15 janvier 1986 (réimpr. 2005), 125 p.

Jean Honoré, John Henry Newman, Un homme de Dieu, Éditions du Cerf, coll. « Histoire », 2003

Jean Honoré, John Henry Newman : le combat de la vérité, Éditions du Cerf, 2010

Jean Honoré, La Pensée de John Henry Newman, Ad Solem, 2010

Bertrand de Margerie, Newman face aux religions de l’humanité, Genève, Parole et Silence, 2001

Jean Stern, Bible et tradition chez Newman, Éditions Aubier, 1967

Xavier Tilliette, La Mémoire et l’Invisible, Genève, Éditions Ad Solem, coll. « Culture », 2002, 260 p.

Xavier Tilliette, L’Église des philosophes De Nicolas de Cuse à Gabriel Marcel, préface de Giuliano Sansonetti , Paris, Éditions du Cerf, 2006, 306 p.

Collectif, Le cardinal Newman, Téqui, 1985

Robert Ferrieux (sous la direction de), La Littérature autobiographique en Grande-Bretagne et en Irlande, Paris, Ellipses, 2001 (p. 384.

 

 

CROIRE AU DIEU QUI VIENT, DE LA CROYANCE A LA FOI CRITIQUE, JOSEPH MOINGT (1915-....), LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, THEOLOGIEN

Croire au Dieu qui vient de Joseph Moingt

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Croire au Dieu qui vient : De la croyance à la foi critique 

Joseph Moingt

Paris Gallimard, 2014. 624 pages.

 

Présentation de l’éditeur

La foi chrétienne a pour singularité, origine et histoire de croire en un Dieu qui a parlé aux hommes depuis toujours et qui est venu habiter parmi eux voici deux mille ans, incarné en Jésus de Nazareth, mort sur une croix et rappelé par Dieu à la vie pour conduire l’humanité à sa destinée éternelle. Mais cette révélation, reçue de la faiblesse et de la folie de la croix, dit saint Paul, est difficile à croire, et elle tombe de si haut et vient de si loin qu’elle paraît en voie de s’effacer de la culture occidentale qu’elle a si longtemps inspirée et régentée. Ce livre revisite la tradition qui a répandu cette foi et éprouve si elle est encore capable de donner à croire que Dieu vient aux hommes du futur de notre destin. Le nom de Dieu apparaît en toutes langues avec les premières traces de la rationalité humaine ; le dieu des Hébreux surgit lui-même du panthéon du Proche-Orient ancien avant d’être promu Dieu unique par les prophètes d’Israël ; Jésus, se disant envoyé par lui, qu’il appelle Père, le fait reconnaître Père commun de tous les hommes qui veut les réconcilier avec lui et entre eux pour en faire ses fils. Recueillant son enseignement, la tradition chrétienne proclame que Jésus est le Fils éternel de Dieu, né homme de la Vierge Marie pour régénérer l’humanité dans l’Esprit de Dieu et la conduire par l’Église à la vie éternelle. Mais la science moderne des textes bibliques et évangéliques a creusé un fossé entre ce qu’on peut connaître avec certitude de l’histoire de Jésus et l’interprétation qui en est faite par le dogme de l’Église, dogme que l’évolution des esprits rend peu crédible à nos contemporains. Aussi, les théologiens, qui entendent respecter la vérité historique des textes et les rendre intelligibles à notre temps, se sentent obligés de repenser cette tradition en son entier sous l’éclairage d’une foi critique. Telle est l’ambition de ce livre : entreprendre une démarche de véracité et de liberté dans la recherche du sens de la foi. Il s’attachera dans ce but à déchiffrer le mystère qui tend à s’exprimer sous le mythe de la préexistence du Christ, idée qui est à la base de l’articulation dans le dogme des concepts de trinité, incarnation et rédemption : il s’agit en fait de la révélation de l’humanité de Dieu, comprise comme l’amour par lequel il entre en communication avec les hommes pour les libérer de leur finitude, du repli égoïste et mortifère de chacun sur soi qui les empêche de parvenir à l’unité entre eux et avec l’univers. Un second livre, en préparation, envisagera de dire, dans un langage dépouillé de technicité, en quoi consistent la vie et la mission de l’Église, vie de communion fraternelle dans l’Esprit du Christ, mission de «salut» ou d’humanisation du monde.

 

Biographie de l’auteur

Joseph Moingt, né en 1915, est un jésuite français, théologien spécialisé en christologie. Dès 1956, il enseigne à la faculté jésuite de Fourvière à Lyon, à partir de 1968 à l’Institut catholique de Paris. Parallèlement, il dirige jusqu’en 1997 la revue Recherches de science religieuse. Il enseigne au Centre Sèvres depuis 1974. Il a beaucoup publié en revue ainsi que chez d’autres éditeurs comme le Cerf, Desclée de Brouwer, Bayard et Flammarion.

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Une recension sans concession publié par France-Catholique

 

Joseph Moingt, « ex »-jésuite de 99 ans.

L’actualité m’a donné un coup au cœur que je ne pensais pas pouvoir ressentir avec une telle violence. Je vais, pour moi-même car j’aurais honte de m’y refuser, devoir écrire dans ce mien Journal un de mes plus longs textes afin d’éliminer de mes pensées ce qui a été injecté dans mes neurones.

Cette riposte nécessaire va concerner le livre d’un prêtre, un jésuite auteur d’une nouvelle hérésie (selon mon jugement), d’une sorte même d’apostasie, à ce que je crois. Son ouvrage remet en cause le cœur même de la foi que nous confessons depuis vingt siècles ! Il s’agit d’une attaque dont tous les chrétiens sont les victimes potentielles ! D’une prétendue nouvelle « intelligence » des Écritures qui effacerait tout ce qui a précédé ce gentilhomme.

Sur mon écran, je vois la photographie de ce prêtre, et je regarde son sourire entendu, qui rend son visage empreint d’une sorte de fierté qui exprimerait en quelque sorte un « c’est ainsi et pas autrement » – ce qui en soi n’est pas inimaginable ni interdit – mais que j’éprouve une difficulté extrême à accepter vu le sujet de son ouvrage : rien de moins, et sans jeu de mot quoique l’auteur de ce livre se nomme Joseph Moingt, rien de moins donc que ce que je ressens comme un assassinat de la foi enseignée depuis les apôtres jusqu’à ce jour, jusqu’à François notre pape.

C’est donc aujourd’hui, entre 8 et 9 heures, que j’ai entendu parler à la radio de cet ouvrage paru très récemment chez Gallimard un livre portant le titre suivant, si je m’en souviens bien : « Croire au Dieu qui vient : De la croyance à la foi critique ». Foi critique ? Non, foi désossée, purement intellectuelle, foi que même Calvin aurait rejetée comme insultant le Christ : que cette interprétation plaise ou non.

N’ayant entendu que la première partie du titre, j’avais d’abord cru qu’il s’accordait à la fête de Noël, mais bien vite mon attention s’est muée en effarement, au fur et à mesure que je prenais conscience de l’ampleur du désastre : chercher sur l’Araignée l’information dont j’avais besoin, notamment en allant directement sur le site de cet auteur ou sur ceux des journaux qui en ont rendu compte, m’a aidé à mieux appréhender l’étendue des saccages commis.

Effarement ou plutôt consternation : je déteste que des prêtres, présentés comme des monstres d’intelligence, ce qui n’est pas l’essentiel, également hommes de foi, ce qui devrait compter par-dessus tout, se lancent aussi dangereusement dans l’élaboration de théories et de thèses aussi aventurées : reconnues aisément même par moi comme invérifiables et mettant à mal nos évangiles. Je m’étonne encore qu’un prêtre, dont on sait d’expérience qu’il est en première ligne dans le combat spirituel, puisse s’exposer aussi directement aux souffles de l’Ennemi.

La déesse Raison a été par lui invoquée ; il semblerait que chez Monsieur Moingt elle soit davantage crédible, ou recevable, que la Parole du Christ, qui est Parole du Père ; que le témoignage des apôtres, qui ont accepté, comme l’écrit saint Paul, de souffrir et de mourir pour que cette foi reçue soit à jamais soutenue ! Comment ce jésuite a-t-il pu se croire ainsi « capable » d’une telle ambition, explorer selon ses seules normes les vérités de la foi chrétienne afin d’en vérifier le bien fondé, explorer son « intelligibilité », décider de sa crédibilité ? Il parle de sa « quête existentielle » : ne voulait-il pas creuser jusqu’à l’os la moindre des définitions dogmatiques pour arriver au bout du compte à « une foi totalement nue, dépourvue de toute béquille, libérée des mythes » dont il dit que l’Église en a fait ses dogmes ! Formulation suffocante dont l’origine, pour moi, se découvre comme une tentation impossible à renverser : et qui l’a conduit à l’extrême d’une certaine imposture.

Il n’est pas le premier, au cours des siècles, à avoir cherché cette « foi nue » qui n’a aucun sens – le Verbe s’est incarné et il n’a en rien rejeté ce qui vient de notre « chair » assumée, hormis le péché. Il n’a jamais enseigné une foi purement intellectuelle, ce que, malgré de possibles dénégations, Joseph Moingt n’a su éviter. Ses déclarations médiatisées en sont comme le sceau.

Sur RCF, un commentaire très clair, une conclusion musclée. Fut d’abord expliqué le ressort principal du bouquin en question : de 600 pages tout de même, en attente d’un complément tout aussi volumineux ! Dans un certain sens, c’est une bénédiction que de tels propos calamiteux aient besoin d’autant de pages pour être présentés… Qui ira jusqu’au bout ? J’espère pour Gallimard un échec cuisant, une perte sèche… Mais dans un autre sens, c’est une catastrophe, car rares en effet seront ceux qui voudront éplucher l’ouvrage, sauf les convaincus de l’exactitude de la théorie des mythes, des impossibilité, des faits réputés invraisemblables etc… si bien que la plupart des gens entendront que les dogmes chrétiens ont été passés à la moulinette d’un curé intelligent et que l’Église catholique en a été renversée.

Souvent, il suffit de très peu, un éloge tendancieux, une approbation de surface, pour que les positions personnelles d’un tel ex-père jésuite – ne pas confondre avec « expert » –, fassent admettre aux chrétiens qu’ils sont perdus.

Point capital : Jésus ne serait pas ressuscité, du moins selon ce qu’il est possible de « penser » des faibles capacités conceptuelles des pauvres nullités que furent (sans doute ou non) les apôtres. Il est supposé qu’ils ne comprenaient pas que Celui qu’ils reçurent à leur table après sa mort n’avait été présent, non pas à leurs côtés, mais seulement qu’« en leur esprit » … abusés en somme par leur ignorance de tout ce que les sciences d’aujourd’hui ont pu nous apprendre, à nous privilégiés, que l’on veut ainsi convertir à une sorte d’ultra rationalisme.

Chers apôtres qui ont donné leur vie, non pour une illusion, mais pour une certitude ! Qui ont entendu et compris peu à peu, tout au long de l’éducation reçue de leur Maître qu’Il était bien Le Fils de Dieu, le Sauveur des hommes. Ressuscité, Il ne l’aurait été « qu’en eux », invisiblement, en leurs seules pensées ? Quel bluf, et quelle horreur de se permettre une aussi consternante lâcheté conceptuelle : qui va jusqu’à dire que le cadavre de Jésus aurait été, purement et simplement, « peut-être jeté dans une fosse commune » ! Abject ! J’assume l’adjetif. Saint Jean raconte les étapes de l’ensevelissement, et l’on voit très bien Joseph d’Arimathie faire toutes les démarches nécessaires afin que justement on ne jette pas son cadavre dans la fosse prévue pour les crucifiés, tout près du sommet du Golgotha. L’indécence est ici tellement énorme qu’on se demande comment il a pu en arriver là ! Comment a-t-il pu oser !

Voilà ce qu’il en est d’aimer en aveugle… L’orgueil se loge où il veut mais il se débusque aussi aisément qu’un lapin de garenne.

Puis-je ajouter que la foi en la résurrection de Jésus ne s’explique, pour cet auteur, que par « la crédulité » des apôtres ? Ce simple fait me paraît une sorte de monstruosité. Je ne puis situer d’où elle provient.

Interrogé sur les événements fondateurs que furent les écrits des apparitions du Christ après sa résurrection, le contempteur de la vérité des témoignages apostoliques n’hésite pas à les qualifier d’« inventions » ! Ce mot remplace une idée qu’il n’a pas osé formuler : et qui serait celle d’une supercherie. Chez de tels saints, allés jusqu’au martyre ? Quelle justification donne-t-il à « l’invention » ? A ce qu’il pré,d e somme pour un mensonge ? est ici pris également pour une invention ? Celle-ci, qui vaut son pesant de plomb : « C’est invraisemblable, donc c’est une fiction. Les apôtres ont seulement ressenti en eux-mêmes que Jésus était ressuscité… » Je vais oser un jugement subjectif : ce que je viens de citer me paraît une sottise énorme et invraisemblable… Mais pout moi, je ne vois en ces spéculations que pur scandale, pure ignominie, pure délation, sans me résoudre à oublier qu’il s’agit d’un prêtre ! J’ai du mal, beaucoup de mal, à penser qu’un prêtre a pu se livrer à cette tâche infondée avec autant de persévérance et de fixité mentale aun point de se livrer à une véritable destruction.

Un journaliste le questionne, dubitatif ; il lui est répond : « Vous avez besoin de preuves pour croire ? Moi pas ! Il faut renoncer aux preuves. » Ce serait admirable s’il n’avait pas commencé par réduire à quasi rien la foi dont il est pour lui question. Et si je me trompe à son sujet, c’est qu’il aura passé son temps à s’exprimer mal et à nous tromper. Cependant, le fait objectif est cette foi nue qui cesse en réalité d’être la foi.

Pauvre jésuite, pauvre égaré au cœur de ces sciences qui, sur ce sujet divin, n’ont strictement rien à dire, rien à prétendre, rien à expliquer. Possible que sa seule excuse soit son âge. Exemple du drame que serait l’allongement du temps de vie prôné par les gens de Google ! Dommage que les lecteurs de chez Gallimard ne savent plus rien de la foi chrétienne, ils aurait compris en quelques pages l’inanité de ces travaux, opinon d’un lecteur qui pendant plusieurs années fut notamment lecteur de manuscrits chez Jean Paulhan.
Que cet ex-père de la maison de saint Ignace de Loyola (pour moi, impossible de le nommer « Père Joseph Moingt ») aille donc à Turin et médite, ‘quarante jours’ durant, devant le Saint-Linceul du Ressuscité. Je serais tenté de lui conseiller mon propre livre sur le sujet, « Le Linceul de Jésus de Nazareth, cinquième évangile » : à lui seul il réfute tout ce qu’il dit, prétend, car ce longe donn, notamment, à contempler ce qui présente à notre intelligence un ‘indice’, lui aussi ‘pensable’, de cette résurrection par lui donnée comme « invraisemblable » ; vaut mieux qu’il aille entre les mains de mon lecteur !

*

Le pire de son détournement découle de ce que cet « être humain », qui restera prêtre à jamais et trouvera, je l’espère, le temps de revenir sur ses allégations fantaisistes – ne serait-ce que pour reprendre, dans la clarté, sa place au sein de l’Église, n’a probablement pas assez réfléchi au mystère central de l’Incarnation du Verbe : comment faire passer par les filtres des technologies les plus raffinées Dieu lui-même ? Ce qui signifierait qu’il n’a que fort mal compris le désir du Père, l’obéissance du Fils, le savoir-faire de l’Esprit-Saint. Rien compris en outre au « mystère » de la maternité de Marie. Et, bien entendu, à celui de notre Église, de son « corps » qui est celui même du Christ, de sa « vocation ». De plus, il rend cette « survenue de Dieu » en notre nature totalement inutile : de fait, il tue l’Institution en même temps qu’il nous rejette aux temps d’avant le Salut. Au temps où les Justes attendaient avec une espérance à toute épreuve, patiente au delà du concevable, la visite que leur rendrait le Sauveur pour qu’enfin ils puissent entrer dans le Royaume d’éternité.

Aurait-il alors mieux entendu le mystère de l’engendrement de ce Verbe, dit Fils Unique du Père, qui fut conçut en Marie « grâce » à l’intervention en elle de la puissance recréatrice de Dieu ?

Me semblait terminé le temps des chrétiens se prenant pour plus avisés que le Christ : je vois que j’étais en pleine erreur.

Il allait de soi que je devais donner quelques exemples : le premier fut celui de la résurrection. Je prends, pour compléter, l’attaque frontale à laquelle se livre Joseph Moingt contre la notion de « péché originel ». Que dit-il qui soit suffisant pour en rejeter jusqu’à la « notion » ? « Ce n’est plus audible aujourd’hui. » Ah ? Non audible ? Pour qui serait-ce inaudible ? Les intellos de Paris ? Les bobos ?

Qui est audible sinon le Christ ? Ni lui ni moi. Qui est Parole du Père ? Celui qui nous a aimé jusqu’à la mort. Faut-il aller si loin pour atteindre la foi nue ? Et quelle est cette foi ? Qu’elle est sa réalité, sa justification ? Je n’ai pas eu un seule instant le souci ou la curiosité d’aller la découvrir : ce que j’ai découvert tout au long de cette journée m’a suffi pour ne vouloir jamais fréquenter cette prose pour moi blasphématoire.

Propos facile donc, quelconque, que pourrait avancer un militant deux fois centenaire de l’Hôtel des Fossiles Rationalistes… Contrairement à ce qui est prétendu avec une assurance personnalisée des plus redondante, aussi redoutable, dont il a été dit qu’il ne cherchait que « son Graal personnel », ce qui le disqualifie pour s’exprimer sur ces sujets, il faut revenir à cette « notion » qu’il a osé éliminer d’un coup de baguette de mauvais bois. Son système de déduction touche à l’absurde et n’aboutit à rien de sérieux : on ne peut penser qu’à une certaine ignorance ou un certain aveuglement. Pas de raisons valables pour aboutir à sa conclusion, sorte d’impression personnelle que ce péché tel que l’enseigne l’Église ne signifie rien d’intelligible, d’assuré, en rien susceptible d’être réellement fondé sur les sciences objectives avec lesquelles cette « notion » n’a aucun lien : il se pare d’une confiance d’aveugle en cette Science, en la discipline historique, comme si tout ce qui touche à l’Être et à l’Amour d’infini les concernait au premier chef ! Les Sciences ne nous permettent que de saisir ce qui touche à la seule « matière », énergie comprise, telle qu’elle se découvre dans le cheminement du temps. L’Esprit n’est qu’une « terra incognita » en laquelle il serait vain, ou absurde pour elles de chercher à les pénétrer. Comme si et en outre, puisque l’Histoire est convoquée au festin de Joseph Moingt, les connaissances historiques contemporaines, additionnées à celles des sciences, suffisaient pour comprendre pleinement, « jusqu’à l’os », une vie et une action telles celles de Jésus le Christ !

Je suis certain que Jean-Christian Petitfils serait stupéfié ou ahuri par l’affirmation d’une telle théorie.

Personnellement, je pense autant que je crois que cette « notion » est capitale, en ce sens qu’il ne peut s’agir que d’un événement d’une extrême importance, à « l’origine » justement, cette « origine » que je tentais il y a peu de mieux me reformuler cette vertigineuse conception, ici même, de mieux creuser ce qui en avait été déjà étudié, afin de mieux exprimer qu’elle ne pouvait en aucun cas appartenir au « temps des commencements et des fins » : nécessaire de saisir que sa « mise en lumière » fit apercevoir qu’elle n’avait pu se dérouler qu’avant l’explosion initiale dite « bigbang » ; intuition qui fut pensée très peu de temps après les débuts de l’Église, sans pouvoir être rendue plausible du fait justement de l’absence de connaissances scientifiques, exprimée pourtant d’une façon convaincante même si incomplète à cause des mêmes ignorances, par Duns Scott au XIIIe siècle, puis abordée par Benoît XVI. Et ce qu’il y a d’admirable c’est justement que l’on découvre aujourd’hui à quel point la foi chrétienne colle au réel tel que le décrivent les sciences. À quel point la découverte de cette explosion initiale, que rien avant elle ne pouvait laisser prévoir – ce qui régnait était le néant, le rien absolu – dont poutant est sorti notre univers, correspond à ce que l’on peut, dans la foi, penser appartenir à l’ensemble de ce que fut et reste la Création.

À ce propos, un livre d’une tout autre portée est à conseiller en ce qui concerne la réflexion sur la Création et le péché d’origine : celui du père Frédéric Marlière, la « Trilogie de la Gratuité divine », aux éditions Desclée de Brouwer-Anne Sigier !

Sans ce dogme qu’est depuis toujours le péché dit originel, on ne peut rien comprendre à l’Être humain, et je suis très loin d’être le seul à penser ainsi : Chesterton déjà l’écrivait… Bernanos de même. Et si l’Église catholique l’enseigne, c’est bien parce qu’elle sait, avec une conviction à la fois sage, documentée et raisonnable, qu’il ne peut en être autrement.

J’espère qu’une catéchèse globale sur ce sujet sera formulée au plus tôt, ne serait-ce que pour faire mieux comprendre cette réalité de toujours. Nier ce péché-là revient en effet à nier la nécessité du Salut conquis par le Christ de sa naissance humaine à sa mort sur la Croix : ce serait une insulte adressée à Celui qui est venu, sorti de l’éternité pour, en notre temps, nous tirer de l’abîme des Ténèbres ; ce serait alors le triomphe du gnosticisme le plus dur, de l’orgueil le plus fou. L’homme n’est rien sans Dieu, ce qui ne l’empêche guère de s’imaginer son égal.

Sans cette « notion », on ne peut rien entendre de ce qui se passe, notamment dans le domaine des sciences. (Il faut faire retrouver aux chrétiens le vrai sens du mot « dogme » : pour moi, étincelle de lumière en mesure d’ouvrir l’esprit et d’ainsi mieux approfondir les « mystères » de la foi.)

Le fait par exemple qu’une découverte importante puisse être utilisée autant pour le bien des hommes que pour leur malheur suffit à illustrer l’existence de ce péché universel : dont la pensée fut d’abord celle du Prince des Ténèbres, l’Ennemi pour toujours du Père, ange qui fut si grand, si beau, et qui finira comme un glaçon au creux de l’univers quand celui-ci ne sera plus qu’un désert de mort, toute l’énergie de son royaume ayant été, au fil des temps, totalement épuisée.

Je reviens à notre auteur, pour qui l’Église catholique « n’a pas le souci de la vérité des textes » et c’est pourquoi « les gens se sont détachés d’elle ». Admirable capacité de fausser un jugement, une réflexion profonde : la vérité des textes, il serait le seul à l’avoir tirée de la tourbe ? Quant aux raisons des « détachements » invoqués, n’ont-ils pas été provoqués par de tous autres comportements ? Il ne peut que les connaître parfaitement, l’histoire en a été suffisamment explorée en ses causes : dont une en particulier que j’ajouterai volontiers : la teneur en soufre d’écrits frères des siens !

Je comprends qu’il avoue, avec une nuance de tristesse, la grande incapacité de ses proches à le comprendre. Il se plaint : « Oui je donne prise à tous les reproches possibles. Beaucoup de mes frères jésuites ne sont pas d’accord avec moi. Mais l’important est que je sois vrai avec moi-même » : le mieux serait qu’il soit vrai devant Dieu. J’espèce qu’en réalité il s’agit de « tous » ses confrères jésuites ! Ces « soldats du Pape » ne peuvent pas dire lui obéir en même temps qu’ils le bafoueraient en détruisant ce qui fait, ce qui est la vie même de l’Église catholique. Il précise, avec un culot qui me confond : « Ne peut donc être tenu pour matière de foi que ce qui est plausible du point de vue historique et qui se communique à l’esprit de façon rationnelle et intériorisée »… Si l’on s’en tenait à la seule donnée psychologique de cette rationalité rêvée, le Christ revenant parmi nous trouverait disparue la foi, comme Il l’avait supposé avant de quitter ce monde. Il ne resterait rien depuis lurette des dogmes catholiques. Par contre, que Joseph Moingt étudie mieux ce que sont les grands axes des découvertes scientifiques, mais ils ne pourra que vérifier à quel point les dogmes qu’il rejette, une fois bien compris, ne sont en rien déphasés par rapport à tout l’ensemble des connaissances : leur grand mérite toutefois est d’aller beaucoup plus loin, beaucoup plus haut, vers l’éternité…

Justement, et pour donner un autre exemple de la teneur du livre, soit le but que s’est fixé Joseph Moingt, je cite l’une de ses perles rares : « … que la foi chrétienne devienne, dans les temps qui sont les nôtres, pensable et vivable au sein de l’Église, crédible et attractive pour le monde environnant ». Je lui conseille de lire un travail effectué par un certain Brunor et qui a été publié en cinq bandes dessinées sous le titre global des : « Indices pensables ».

« Sa démarche fait cependant penser au plan du métro que l’on trouvait jadis sur le quai de Châtelet, à Paris : à force d’être effleuré des milliers de fois, le nom de la station avait disparu sous l’index des voyageurs », écrit excellemment le journaliste de La Vie, tandis que celui de Radio Chrétienne Francophone (RCF) osât une expression dont le mot exact a échappé à ma mémoire, hélas car très fort, mais qui signifiait aussi bien imposture, fraude, abus de confiance, prétention, etc..

J’avance dans ma conclusion. Et je prends connaissance d’un article qui commence par présenter l’auteur : « Dans quelques jours, il fêtera sa… 100e année. Mais Joseph Moingt se porte comme un charme et son activité intellectuelle reste au beau fixe. Il l’est pas près de s’arrêter de penser. » Au moins une remarque positive !

Je m’arrête toutefois sur l’expression « n’est pas près de s’arrêter de penser ». Qu’est-ce donc que « penser » ? Une opération de l’esprit qui se complète par le verbe « mépenser », ou « penser mal », « penser de travers  » ; etc.. Ce que Joseph Moingt dit à propos de son travail sur la foi des chrétiens est assez étrange : il n’entend pas éclairer les uns ou les autres sur cette foi, puisqu’il la détruit. ll entend seulement vérifier, à des fins qui lui sont propres, ces « vérités » auxquelles il a (peut-être ou non ?) crues autrefois afin de savoir si elles sont ou non restées crédibles en les confrontant aux résultats obtenus par les sciences : le problème est que les sciences et les dogmes, sans se quereller, n’appartiennent pas aux mêmes registres. Il convient particulièrement à ce que ces chevauchements soient évités, les confrontations refusées dont les niveaux ne peuvent être situés au même plan.

De qui tient-t-il l’autorité, qu’il s’attribue et qui lui permet de garder souverainement ce qui est crédible et de rejeter, non moins souverainement, le non-crédible ? De lui seul puisque la fin recherchée est de conclure, avec le seul couteau des sciences et de l’histoire tels qu’il les analyse, donc selon ses seules connaissances, s’il peut « penser » acceptable ou non ce qui est de foi [1] pour les fidèles du Christ, tout en essayant de donner une tournure impérative à ses conclusions.

Eh bien, il fait ce qu’il veut et je ne veux dire de ce qu’il fait que ce qui ne devra que correspondre à ce qu’en dira l’Église catholique : elle au moins sait « penser » en usant de toutes les sources, qu’elles soient d’origine scientifique, historique, mystique, théologique et, d’abord, de Révélation.

[1] Mais la pensée chez un chrétien n’est pas extérieure à la foi, elle lui est tout aussi consubstantielle qu’elle pourrait l’être dans les neurones d’un physicien… Peut-être avec une nécessité plus impérative…

 

https://www.france-catholique.fr/Joseph-Moingt-ex-jesuite-de-99-ans.html

 

 

CROIRE AU DIEU QUI VIENT, DE LA CROYANCE A LA FOI CRITIQUE, EGLISE, ESPRIT ET MONDE, JOSEPH MOINGT (1915-....), LIVRES, LIVRES - RECENSION, THEOLOGIEN

Croire au Dieu qui vient de Joseph Moingt

 

Croire au Dieu qui vient

Joseph Moingt
Croire au Dieu qui vient 
I. De la croyance à la foi critique. 
Essai, NRF-Gallimard, 2014, 612 pages, 29 €.

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Publié dans la prestigieuse NRF-Gallimard, éditeur inhabituel pour la théologie, cet essai assume sa visée apologétique au regard des exigences de la raison contemporaine sans pour autant taire la voix propre de Joseph Moingt, riche de plus de soixante ans de recherche, d’écriture et d’enseignement. Comme l’évoquent le titre, et l’ampleur, de ce nouveau volume, l’auteur repart sur des chemins déjà parcourus, tant par ses méthodes que dans ses thèmes, mais avec une nouvelle problématique qui explore la manière dont le salut est la motivation de la croyance en Dieu, salut offert à tous les hommes depuis les origines. Une première partie « De la croyance à la révélation du salut » est donc consacrée à l’attente d’un salut aux origines de l’histoire humaine, dans lesquelles J. Moingt entre, pour la première fois dans son œuvre, en débat avec historiens et anthropologues de l’antiquité et de la philosophie grecques. Un second chapitre, tirant parti de travaux d’exégèse biblique récents, se concentre ensuite sur la révélation du salut en Jésus, que poursuit la seconde partie du livre, « De la révélation du Christ à la foi des chrétiens aujourd’hui ». Le lecteur y retrouve la démarche qui fut celle de Dieu qui vient à l’homme appliquant aux énoncés de la foi une lecture doctrinale et critique dans l’espoir d’élaborer un nouveau langage « dont les chrétiens ont besoin aujourd’hui pour préserver leur foi dans la culture de notre temps et pour la lui présenter de manière intelligible ». La tonalité de l’essai retentit particulièrement dans cette quête assumée en première personne où le « souci de véracité de ma foi » se confronte à « un égal souci de véracité de ma pensée », sans que ne soit jamais perdu de vue de servir l’intelligence des croyants en Église. Exposant patiemment sa démarche et ses choix, justifiant longuement sa méthode et ses détours, et exprimant amèrement sa déception face au statut des fidèles dans l’Église, l’étude se donne la tâche délicate de réunir en un livre une apologétique et un exposé critique de la foi dans le dialogue entre théologiens, toujours précis et technique. Le lecteur sera sans doute porté, après cette traversée exigeante, à discuter avec Joseph Moingt un grand nombre de thèses qui nourriraient débats théologiques, exégétiques et philosophiques ; mais il pourra aussi entendre l’appel de l’auteur à inventer un langage nouveau pour dire la foi d’une manière aujourd’hui intelligible.

 

Présentation de l’éditeur

La foi chrétienne a pour singularité, origine et histoire de croire en un Dieu qui a parlé aux hommes depuis toujours et qui est venu habiter parmi eux voici deux mille ans, incarné en Jésus de Nazareth, mort sur une croix et rappelé par Dieu à la vie pour conduire l’humanité à sa destinée éternelle. Mais cette révélation, reçue de la faiblesse et de la folie de la croix, dit saint Paul, est difficile à croire, et elle tombe de si haut et vient de si loin qu’elle paraît en voie de s’effacer de la culture occidentale qu’elle a si longtemps inspirée et régentée. Ce livre revisite la tradition qui a répandu cette foi et éprouve si elle est encore capable de donner à croire que Dieu vient aux hommes du futur de notre destin. Le nom de Dieu apparaît en toutes langues avec les premières traces de la rationalité humaine ; le dieu des Hébreux surgit lui-même du panthéon du Proche-Orient ancien avant d’être promu Dieu unique par les prophètes d’Israël ; Jésus, se disant envoyé par lui, qu’il appelle Père, le fait reconnaître Père commun de tous les hommes qui veut les réconcilier avec lui et entre eux pour en faire ses fils. Recueillant son enseignement, la tradition chrétienne proclame que Jésus est le Fils éternel de Dieu, né homme de la Vierge Marie pour régénérer l’humanité dans l’Esprit de Dieu et la conduire par l’Église à la vie éternelle. Mais la science moderne des textes bibliques et évangéliques a creusé un fossé entre ce qu’on peut connaître avec certitude de l’histoire de Jésus et l’interprétation qui en est faite par le dogme de l’Église, dogme que l’évolution des esprits rend peu crédible à nos contemporains. Aussi, les théologiens, qui entendent respecter la vérité historique des textes et les rendre intelligibles à notre temps, se sentent obligés de repenser cette tradition en son entier sous l’éclairage d’une foi critique. Telle est l’ambition de ce livre : entreprendre une démarche de véracité et de liberté dans la recherche du sens de la foi. Il s’attachera dans ce but à déchiffrer le mystère qui tend à s’exprimer sous le mythe de la préexistence du Christ, idée qui est à la base de l’articulation dans le dogme des concepts de trinité, incarnation et rédemption : il s’agit en fait de la révélation de l’humanité de Dieu, comprise comme l’amour par lequel il entre en communication avec les hommes pour les libérer de leur finitude, du repli égoïste et mortifère de chacun sur soi qui les empêche de parvenir à l’unité entre eux et avec l’univers. Un second livre, en préparation, envisagera de dire, dans un langage dépouillé de technicité, en quoi consistent la vie et la mission de l’Église, vie de communion fraternelle dans l’Esprit du Christ, mission de «salut» ou d’humanisation du monde.

Biographie de l’auteur

Joseph Moingt, né en 1915, est un jésuite français, théologien spécialisé en christologie. Dès 1956, il enseigne à la faculté jésuite de Fourvière à Lyon, à partir de 1968 à l’Institut catholique de Paris. Parallèlement, il dirige jusqu’en 1997 la revue Recherches de science religieuse. Il enseigne au Centre Sèvres depuis 1974. Il a beaucoup publié en revue ainsi que chez d’autres éditeurs comme le Cerf, Desclée de Brouwer, Bayard et Flammarion.

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Présentation de l’éditeur

Ce second tome de Croire au Dieu qui vient se propose de vérifier ce qu’il est advenu de la nouveauté évangélique en comparant l’existence des communautés dans les temps apostoliques à ce qu’elle est de nos jours sous le rapport de l’essentiel de la vie chrétienne : entrée dans l’Eglise par la profession de foi baptismale, célébration de la mort de Jésus par le partage du pain eucharistique, vie fraternelle selon les enseignements de l’Evangile, unité de l’Eglise sous la conduite des successeurs des apôtres. Tout cela est maintenu, mais compris et vécu très différemment. Ces changements sont significatifs du tournant vers l’Ancien Testament amorcé par l’Eglise au IIIe siècle pour échapper aux dérives hérétiques. Alors qu’elle vivait du souvenir de Jésus dans l’attente de son retour, la foi est devenue religion, ceinte de rites purificateurs et d’interdits, le sacré a envahi la communion à l’Esprit, la tradition a refoulé le libre essor de la parole, la démarcation du sacerdoce et du laïcat a renforcé la clôture de l’Eglise sur le monde. La nouveauté évangélique n’en continuait pas moins à inspirer le goût de la liberté, mais plus la société se sécularisait et plus le monde se vidait de l’esprit du christianisme, au point que des mots tels Dieu, salut ou péché ont perdu tout sens pour un grand nombre de gens. Ainsi le second parcours de l’ouvrage s’attache-t-il à repenser les visées essentielles de la foi chrétienne, en Dieu, au Christ, au salut, à l’Evangile, celles sur lesquelles tout chrétien est interrogé sous l’horizon de l’incroyance généralisée de notre temps, non pour « convertir » son interlocuteur, ni pour justifier (excuser !) les chrétiens d’être croyants, mais sur la base de la rationalité commune aux hommes d’aujourd’hui, à leurs critères de véracité et de vérité, dans le but de témoigner du sens de l’homme et de l’humain qu’inspire la foi chrétienne, de répondre à leurs interrogations sur l’avenir de l’humanité, et de leur proposer une action commune pour sauver l’homme de la déshumanisation qui le menace.

Quatrième de couverture

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Le second tome de Croire au Dieu qui vient se propose de vérifier ce qu’il est advenu de la nouveauté évangélique en comparant l’existence des communautés dans les temps apostoliques à ce qu’elle est de nos jours sous le rapport de l’essentiel de la vie chrétienne : entrée dans l’Église par la profession de foi baptismale, célébration de la mort de Jésus par le partage du pain eucharistique, vie fraternelle selon les enseignements de l’Évangile, unité de l’Église sous la conduite des successeurs des apôtres. Tout cela est maintenu, mais compris et vécu très différemment. Ces changements sont significatifs du tournant vers l’Ancien Testament amorcé par l’Église au IIIᵉ siècle pour échapper aux dérives hérétiques. Alors qu’elle vivait du souvenir de Jésus dans l’attente de son retour, la foi est devenue religion, ceinte de rites purificateurs et d’interdits, le sacré a envahi la communion à l’Esprit, la tradition a refoulé le libre essor de la parole, la démarcation du sacerdoce et du laïcat a renforcé la clôture de l’Église sur le monde. La nouveauté évangélique n’en continuait pas moins à inspirer le goût de la liberté, mais plus la société se sécularisait et plus le monde se vidait de l’esprit du christianisme, au point que des mots tels Dieu, salut ou péché ont perdu tout sens pour un grand nombre de gens. Ainsi le second parcours s’attache-t-il à repenser les visées essentielles de la foi chrétienne, en Dieu, au Christ, au salut, à l’Évangile, celles sur lesquelles tout chrétien est interrogé sous l’horizon de l’incroyance généralisée de notre temps, non pour «convertir» son interlocuteur, ni pour justifier (excuser !) les chrétiens d’être croyants, mais sur la base de la rationalité commune aux hommes d’aujourd’hui, à leurs critères de véracité et de vérité, dans le but de témoigner du sens de l’homme et de l’humain qu’inspire la foi chrétienne, de répondre à leurs interrogations sur l’avenir de l’humanité, et de leur proposer une action commune pour sauver l’homme de la déshumanisation qui le menace. Ce livre est tourné vers le futur que Jésus a ouvert au Dieu de l’homme et à son projet créateur, dégagé des liens et des ombres du passé, et l’Église est invitée à se présenter au monde dans la nouveauté, tissée de folie et de sagesse, préparée par l’Évangile depuis toujours.

 

Au vu de la quatrième de couverture le livre fera sans doute débat comme lces livres publiés en 2014 et 2016 (voir ci-dessous).

Théologien jésuite de réputation mondiale, Joseph Moingt est, à 102 ans, une voix libre et très écoutée du monde catholique. Face au constat d’une Eglise en difficulté, qui doit affronter les scandales à répétition et le recul des vocations, Joseph Moingt se demande comment maintenir vivants son héritage et son message. La solution, selon lui, passe par l’émancipation de la foi et par le maintien du lien entre christianisme et raison. Il développe ses arguments autour de trois grandes questions fondamentales qui structurent son livre : la religion, la révélation et le salut. Un thème très actuel surgit au cœur  de ces réflexions, celui du rapport aux autres. Comment, en tant que croyant, peut-on être habité par la foi en l’Autre, habillé d’une majuscule sacrée, et rejeter les autres, devenus ennemis parce que différents d’origine, de culture ou de religion ? Pour Joseph Moingt, on ne peut dissocier l’identité de l’Autre et celle des autres. Elles sont une seule et même question qui rebondit de majuscule en minuscule, et inversement, puisque l’Esprit de Dieu se découvre dans l’esprit de l’homme, et réciproquement. Dans cet ouvrage exceptionnellement écrit à la première personne, qu’il présente comme son « livre-testament », l’auteur n’hésite pas à interroger sa propre foi. Si Joseph Moingt, dont le nom est inscrit dans la liste des « dossiers sensibles » du Vatican, prend à nouveau le risque de bousculer son Eglise, c’est avant tout pour l’aider et la rendre audible du plus grand nombre. En quoi il se rapproche de son frère jésuite et lecteur attentif, le pape François.

 

Croire au Dieu qui vient

Tome I. De la croyance à la foi critique. 2014

Tome 2. Esprit, Eglise et monde : De la foi critique à la foi qui agit. 2016

Recension de la Revue Etudes (numéro de Janvier 2015)

https://www.revue-etudes.com/article/croire-au-dieu-qui-vient-16634

JOSEPH MOINGT (1915-....), L'ESPRIT DU CHRISTIANISME, LIVRE, LIVRES - RECENSION, Non classé, THEOLOGIEN

L’esprit du christianisme de Joseph Moingt

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L’Esprit du christianisme.

Joseph Moingt

Tharaux (30430), Editions Temps Présent, 2018. 282 pages

 

Quatrième de couverture

Théologien jésuite de réputation mondiale, Joseph Moingt est, à 102 ans, une voix libre et très écoutée du monde catholique. Face au constat d’une Eglise en difficulté, qui doit affronter les scandales à répétition et le recul des vocations, Joseph Moingt se demande comment maintenir vivants son héritage et son message. La solution, selon lui, passe par l’émancipation de la foi et par le maintien du lien entre christianisme et raison. Il développe ses arguments autour de trois grandes questions fondamentales qui structurent son livre : la religion, la révélation et le salut. Un thème très actuel surgit au coeur de ces réflexions, celui du rapport aux autres. Comment, en tant que croyant, peut-on être habité parla foi en l’Autre, habillé d’une majuscule sacrée, et rejeter les autres, devenus ennemis parce que différents d’origine, de culture ou de religion ? Pour Joseph Moingt, on ne peut dissocier l’identité de l’Autre et celle des autres. Elles sont une seule et même question qui rebondit de majuscule en minuscule, et inversement, puisque l’Esprit de Dieu se découvre dans l’esprit de l’homme, et réciproquement. Dans cet ouvrage exceptionnellement écrit à la première personne, qu’il présente comme son « livre-testament », l’auteur n’hésite pas à interroger sa propre foi. Si Joseph Moingt, dont le nom est inscrit dans la liste des « dossiers sensibles » du Vatican, prend à nouveau le risque de bousculer son Eglise, c’est avant tout pour l’aider et la rendre audible du plus grand nombre. En quoi il se rapproche de son frère jésuite et lecteur attentif, le pape François.

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Âgé de 102 ans, Joseph Moingt est le doyen des théologiens français.

Jésuite attaché à son Église, il en est une voix libre et écoutée, qui n’hésite pas à en pointer les failles et les dérives.

Peu nombreux sont les théologiens dans le monde à avoir touché autant de lecteurs que lui, en particulier avec son best-seller publié en 2010 par Temps Présent, Croire quand même, vendu à plus de 20 000 exemplaires.

Au crépuscule d’une vie d’enseignement et d’écriture, il a souhaité reprendre le chantier qui l’occupe depuis vingt ans : alors que l’Église catholique s’efface en occident, comment maintenir vivants son héritage et son message ?

Il l’invite à adapter son langage à l’époque et à revoir la façon dont elle aborde trois grandes questions qui engagent sa survie : la religion, la révélation et le salut.

Il n’hésite pas à interroger sa propre foi dans cet ouvrage exceptionnellement écrit à la première personne, qu’il a présenté à son éditeur comme son « livre testament ».

Si Joseph Moingt, dont le nom est inscrit dans la liste des « dossiers sensibles » du Vatican, prend à nouveau le risque de bousculer son Église, c’est avant tout pour la rendre audible du plus grand nombre. En quoi il se rapproche du pape François.

Il se dit d’ailleurs, de source romaine, que lorsque les « dossiers sensibles » de théologiens lui ont été soumis, le pape François exprima le souhait de ne pas rouvrir celui de Joseph Moingt, et de laisser son frère jésuite « tranquille »

Site : Editions du Temps Présent.

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 « L’Esprit du christianisme » par Joseph Moingt

Le théologien jésuite Joseph Moingt prolonge sa réflexion sur la foi chrétienne face à l’incroyance et au doute, en questionnant certaines formulations du dogme chrétien. Un ouvrage qui met la foi au travail.

 A a aujourd’hui 103 ans et, pour la première fois, il prend la plume à la première personne du singulier. Ce « je » est essentiel à la compréhension de ce livre, qu’il présente comme son ultime écrit, où il poursuit et approfondit le projet qui est le sien depuis plusieurs décennies : repenser la foi chrétienne dans la situation de déclin et la menace d’effacement qu’elle affronte aujourd’hui, pour lui redonner un avenir.

Le jésuite a consacré sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne, comme enseignant à l’Institut catholique de Paris et au Centre Sèvres, comme directeur de la revue Recherches de sciences religieuses (RSR) et, depuis trente ans, comme auteur de sommes théologiques essentielles (L’Homme qui venait de DieuDieu qui vient à l’homme…). S’il emploie dans cet ouvrage un ton plus personnel, c’est parce qu’il a conscience que ce livre est plus audacieux, plus risqué aussi, que les précédents dans son effort de concilier la foi et la raison.

Porter la foi vers demain

Le travail théologique de Joseph Moingt est marqué par une constante : le refus de surmonter les obstacles que l’intelligence rencontre dans l’acte de croire en glissant du côté de l’irrationnel ou en cédant à un sens du « mystère » frelaté. Son honnêteté intellectuelle est totale, parce qu’il prend en charge, pour lui-même d’abord, la question de l’incroyance et le défi que pose la perte du sens de la foi. L’importance qu’il confère à la raison humaine n’est pas une concession au rationalisme. Elle est un témoignage rendu au Dieu de Jésus-Christ qui jamais n’humilie l’homme qu’Il a créé à son image.

C’est avec cet arrière-plan qu’il convient d’aborder cet ouvrage où l’auteur confie chercher « à exprimer l’essentiel de ma foi et de ma vie religieuse dans un langage pleinement accessible à ma raison naturelle ». Pour répondre à une crise profonde où l’Église est interrogée sur « la question de sa propre vérité », Joseph Moingt recherche les « outres neuves », qui pourront porter la foi vers demain.

Retrouver « l’esprit du christianisme »

Pour cela, le théologien puise aux sources de la tradition apostolique, méditant essentiellement saint Paul et saint Jean pour retrouver « l’esprit du christianisme » et le libérer de la gangue religieuse qu’il a revêtue au tournant du IIIe siècle, pour faire face à la grave crise gnostique. Tournant qui le conduisit à adopter une théologie du sacrifice et de la rédemption, une Église hiérarchique et un corps de prêtres, un culte et un ritualisme que l’auteur juge étrangers aux sources scripturaires qu’il privilégie et qu’il veut nous faire entendre.

Cette lecture dessine clairement un avant et un après, une rupture nette sur laquelle historiens et théologiens auront matière à débattre. Toutefois, en différenciant la prédication apostolique de la tradition de l’Église qui lui succède, Joseph Moingt prend soin de ne pas les opposer. À ses yeux, cette dernière a conservé « l’essentiel » de la prédication apostolique. Il écrit aussi qu’elle l’a « recouvert » mais « pas au point de l’effacer ». En sorte que le théologien se voit « fondé à penser qu’il (lui) sera possible de dénoncer et d’amender les écarts de son discours par rapport à sa source apostolique en [se] recommandant de la même foi ».

Peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu

« Dénoncer et amender les écarts », Joseph Moingt le fait en revisitant vigoureusement les principaux dogmes de la foi (Incarnation, Trinité, Salut…), sans se soucier d’abord d’orthodoxie. Il questionne les héritages religieux, mythologiques et philosophiques qu’ils contiennent à la recherche d’un sens universellement partageable du salut chrétien. On pourra le lui reprocher, juger certaines propositions téméraires, contestables.

Prévenons le lecteur catholique : chacun d’entre nous trouvera dans ces pages une raison (ou plusieurs) d’être questionné, déplacé et/ou choqué. On pourra donc discuter cet ouvrage, le critiquer, l’amender, le prolonger, mais on aurait tort de le pourfendre ou de l’ignorer, car peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu qui « a tant aimé le monde » (Jean 3, 16).

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/LEsprit-christianisme-Joseph-Moingt-2019-01-17-1200996078

RENE LAURENTIN (1917-2017), THEOLOGIEN

René Laurentin (1917-2017)

Vie et oeuvre du  Père René Laurentin

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Le Père René Laurentin, prêtre, et historien des apparitions de Lourdes, est décédé dimanche 10 septembre 2017. Il allait avoir 100 ans en octobre.

Né le 19 octobre 1917 à Tours (France), l’abbé René Laurentin était théologien, exégète et historien. Il était notamment spécialiste des apparitions mariales. Il fut longtemps chroniqueur religieux au Figaro. Ancien expert au Concile Vatican II, membre de l’Académie théologique pontificale de Rome et professeur à l’Université catholique de l’Ouest, il intervint également dans plusieurs universités d’Amérique et d’Italie. En 1996, il reçut le prix de la culture catholique.

 

Œuvres du P. Laurentin

 

Le Père René Laurentin a écrit près de 160 livres.

 

Ouvrages de mariologie

Le titre de corédemptrice, étude historique Éditions Lethielleux (1951)

Iconographie du sacerdoce de la Vierge, Thèse secondaire de doctorat ès lettres – inédit (1952)

Marie, l’Église et le sacerdoce : I Étude historique – II Étude théologique – Éditions Lethielleux (1953)

Court traité sur la Vierge Marie – Éditions Lethielleux (1953) – Éd. FX de Guibert (2009)

Notre Dame et la messe – Éditions Desclée de Brouwer (1954)

Le mystère de la naissance virginale – Tirage privé (1955)

La question mariale – Éditions du Seuil (1963)

Marie, Mère du Seigneur – Éd. Desclée (1984)

Vie de Marie – Éd. FX de Guibert (1987)

Une année de grâce avec Marie – Éd. Fayard (1987)

Je vous salue Marie – Éd. Desclée de Brouwer (1988)

Le vœu de Louis XIII – Éd. FX de Guibert (1988)

Un avent avec Marie vers l’an 2000 – Éd. Fayard (1990)

Retour à Dieu avec Marie : de la sécularisation à la consécration – Éd. FX de Guibert (1991)

Comment la Vierge Marie leur a rendu la liberté – Éd. FX de Guibert (1991)

Magnificat : action de grâce de Marie – Éd. Desclée de Brouwer (1991) – Éd. FX de Guibert (2011)

Lire la bible avec Marie – Éd. FX de Guibert (1993)

Marie, clé du mystère chrétien – Éd. Fayard (1994)

Vie authentique de Marie – L’œuvre Editions (2008)

Présence de Marie histoire, spiritualité, fondements doctrinaux – Éd. Salvator (2011)

La Vierge des derniers temps – Éd. Salvator (2014)

Le Rosaire. Les Vingt Mystères revisités – Éd. du Gingko (2016)

 

Ouvrages sur les apparitions

Général

Multiplication des apparitions de la Vierge aujourd’hui. Est-ce elle ? – Éditions Fayard (1988, augmenté en 1996)

Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie, avec Patrick Sbalchiero- Éd. Fayard (2007).

Lourdes

Sens de Lourdes – Éd. Lethielleux (1955)

Lourdes : documents authentiques 7 volumes – Éd. Lethielleux (1957-1966) En collab. avec Dom B. Billet à partir du t. 2

Bernadette raconte les apparitions – Éd. Lethielleux (1958)

Lourdes, l’Église et la science – Éditions Albin Michel (1958)

Messages de Lourdes – Éditions Bonne Presse (1958)

Lourdes, histoire authentique des apparitions 6 vol. Éditions Lethielleux (1961-1964)

Lourdes, pèlerinage pour notre temps – Éd. du Chalet (1977)

Lourdes, récit authentique des apparitions, (2002)

Medjugorge

La Vierge apparaît-elle à Medjugorje ? – Éd. FX de Guibert (1984 et 1990, livre bilan augmenté)

Dernieres nouvelles de Medjugorje, série de 17 volumes – Éd. FX de Guibert (1984-1998)

Études médicales et scientifiques sur Medjugorje – Éd. FX de Guibert (1984 et 1998)

Medjugorje – Récit et chronologie des apparitions – Éd. FX de Guibert (1986)

Apparitions de la Vierge à Medjugorje, où est la vérité – Éd. du Berger (1987)

Message et pédagogie de Marie à Medjugorje. Corpus chronologique des messages – Éd. FX de Guibert (1990)

Autres

Pontmain, histoire authentique 3 vol. – Apostolat des éditions (1970)

Miracle à El Paso – Éd. Desclée de Brouwer (1981)

El Paso : le miracle continue – Éd. Desclée de Brouwer (1988)

Scottsdale: Messages du Christ et de Marie à une paroisse des États-Unis – Éd. FX de Guibert (1993)

Le secret de La Salette  avec M. Corteville – Éd. Fayard (2002)

Argentina

San Nicolas en Argentine : des apparitions assumées par l’Église – Éd. FX de Guibert (1990)

 

Ouvrages d’exégèse et de théologie

Structure et théologie de Luc 2 tomes – Éditions Gabalda (1957)

Jésus et le Temple – Éditions Gabalda (1966)

Jésus-Christ présent – Éd. Desclée de Brouwer (1980)

Qu’est-ce-que l’Eucharistie ? – Éd. Desclée de Brouwer (1981)

Les Évangiles de l’enfance – Paris, Éditions Desclée, 630 p. (1982)

Les Évangiles de Noël – Paris Éd. Desclée, 235 p. (1985,1999) – Ed Lethielleux (2010)

L’année sainte – Éd. FX de Guibert (1983)

Les routes de Dieu – Éd. FX de Guibert (1983)

Comment réconcilier l’exégèse et la foi – Éd. FX de Guibert (1984)

Comment prier – Éd. Desclée (1992)

Dieu existe, en voici les preuves – Éd. Brechant (1993)

Le Démon, mythe ou réalité – Éd. Fayard (1996)

Vie authentique de Jésus-Christ – Éd. Fayard (1996)

L’Esprit Saint – 1. Cet Inconnu, découvrir son expérience et sa personne – Éd. Fayard, (1997)

L’Esprit Saint – 2. Source de vie : Les beaux textes – Éd. Fayard, (1998)

Au-delà de la mort du Père, Dieu Notre Père – Éd. Fayard (1998)

Traité de la Trinité – Éd. Fayard (1999)

La Trinité, mystère et lumière – Éd. Fayard (1999)

Traité sur la Trinité. Principe, modèle et terme de tout amour – Éd. Fayard (2001)

Nouveau Diatessaron – Les quatre évangiles en un seul – Éd. Fayard (2002)

 

Ouvrages sur l’Église et le Concile

L’enjeu du Concile, bilan des quatre sessions et bilan général 5 vol. – Éditions du Seuil (1963 à 1966)

Enjeu et bilan du Synode 4 vol. – Éditions du Seuil (1966 à 1970)

L’Église et les juifs à Vatican II – Éditions Catermann (1967)

Nouveaux ministères et fin du clergé devant le 3e Synode (1971)

Crise et promesses d’Église aux États-Unis. Apostolat des Editions- (1971)

Réorientation de l’Église après le Synode – Éd. du Seuil (1972)

Renaissance des Églises locales : Israël (1973)

L’Église a-t-elle trahi ? Verse et controverse – Dialogues avec Jean Fourastié – Éditions Beauchesne (1974)

Pentecôtisme chez les catholiques – Éditions Beauchesne (1974)

L’Évangélisation après le quatrième Synode – Éd. du Seuil (1975)

20 ans après le Concile : un synode extraordinaire – Éd. FX de Guibert (1984)

Église qui vient : Au-delà des crises – Éd. Desclée (1989)

 

Regards sur la société

Flashes sur l’Amérique latine – Éditions du Seuil (1966)

Dieu est-il mort ? – Apostolat des éditions (1968)

Développement et Salut – Éditions du Seuil (1969)

Nouvelles dimensions de la charité – Apostolat des éditions (1970)

Nouvelles dimensions de l’espérance – Éditions du Cerf (1972)

Flashes sur l’Extrême-Orient – Éd. du Seuil (1972)

Israël – Éd. du Seuil (1973)

Chine et christianisme – Éd. Desclée de Brouwer (1977)

Les chrétiens détonateurs des libérations à l’Est – Éd. FX de Guibert (1991)

Aveugles et voyants, Au-delà des malentendus – Éd. Salvator (2010)

Science philosophie révélation, Trois voies convergentes – Éd. Salvator (2013)

 

Vies de saints et cas de mystiques

Bernadette Soubirous

Logia de Bernadette 3 vol. – Apostolat des éditions (1971)

Bernadette vous parle 2 tomes – Apostolat des éditions (1972)

Visage de Bernadette 2 volumes – Éd. Letheilleux (1978)

Vie de Bernadette – Éd. DDB : Livre de poche – Livre Cadeau – Livre pour jeunes (1978 et 1979),

Petite vie de Bernadette – Éd. Desclée de Brouwer (1987)

Thérèse de Lisieux

Thérèse de Lisieux : Mythe et réalité – Éditions Beauchesne (1972)

Thérèse de Lisieux : Verse et controverse – Dialogues avec J.F. Six – Éditions Beauchesne (1973)

Catherine Labouré

Catherine Labouré et la médaille miraculeuse. Documents authentiques – Éd. Letheilleux (1976)

Procès de Catherine Labouré. Documents authentiques – Éd. Letheilleux (1978)

Vie authentique de Catherine Labouré 2 volumes – Éd. DDB – Livre de poche racontée à tous (1980 et 1981)

Petite vie de Catherine Labouré – Éd. Desclée de Brouwer (1988)

Alphonse de Ratisbonne

Alphonse de Ratisbonne: vie authentique – 1. La jeunesse 2 volumes – Éd. FX de Guibert (1980)

Alphonse de Ratisbonne : vie authentique – 2. L’apparition à Alphonse de Ratisbonne 2 volumes – Éd. FX de Guibert (1993)

Mère Yvonne-Aimée de Malestroit

Un amour extraordinaire : Yvonne-Aimée de Malestroit – Éd. FX de Guibert (1985)

Prédictions de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit : cas unique de vérification scientifique – Éd. FX de Guibert (1987)

Écrits spirituels de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit – Éd. FX de Guibert (1987)

Yvonne-Aimée : priorité aux pauvres en zone rouge et dans la Résistance – Éd. FX de Guibert (1988)

Stigmates de Mère Yvonne-Aimée – Éd. FX de Guibert (1988)

Formation spirituelle et discernement chez Mère Yvonne-Aimée de Malestroit – Éd. FX de Guibert (1990)

Bilocations de Mère Yvonne-Aimée – Éd. FX de Guibert (1990)

L’amour plus fort que la souffrance. Dossier médical d’Yvonne-Aimée, en collaboration avec le Docteur Mahéo – Éd. FX de Guibert (1993)

Biographie de sœur Yvonne-Aimée : 1. La sainte enfance – Éd. FX de Guibert (1998)

Biographie de sœur Yvonne-Aimée : 2. L’essor mystique – Éd. FX de Guibert (1999)

Biographie de sœur Yvonne-Aimée : 3. Premiers pas dans la vie religieuse et mort manquée – Éd. FX de Guibert (2000)

Biographie de sœur Yvonne-Aimée : 4. La grande épreuve et les gloires – Éd. FX de Guibert (2001)

Grigon de Montfort

Dieu est ma seule tendresse : Grignon de Montfort – Éd. FX de Guibert (1994) avec édition critique du secret (1996)

Petite vie de Grignon de Montfort – Éd. Desclée de Brouwer (1996)

Vassula Ryden

Quand Dieu fait signe. Réponse aux objections contre Vassula – Éd. FX de Guibert (1993)

Qui est Vassula ? – Éd. FX de Guibert (1995)

Autres

Petite vie de saint Pierre – Éd. Desclée de Brouwer (1992)

Petite vie de Jean-Baptiste – Éd. Desclée de Brouwer (1993)

Petite vie de Marie-Louise Trichet – Éd. Desclée de Brouwer (1993)

La passion de Madame R. Édition du journal d’une mystique – Éd. Plon (1993)

Marie Deluil Martiny – Précurseur et martyre – Béatifiée par Jean-Paul II – Éd. Fayard (2003)

La vie de Marie d’après les révélations des mystiques : Que faut-il en penser ?, avec François-Michel Debroise – Presses de la Renaissance (2011)

Marie Valtorta

Dictionnaire des personnages de l’Évangile, selon Maria Valtorta, avec François-Michel Debroise et Jean-François Lavère – Éd. Salvator (2012)

BENOIT XVI, JOIE, JOSEPH RATZINGER, RELIGION, THEOLOGIEN

Benoît XVI : théologien de la joie

Benoît XVI un théologien de la joie

Article original en anglais par Joseph MurphyPAPE BENOIT XVI
Traduction de Marianne (8/6/2008) 
Une analyse à la fois très érudite (par un spécialiste) et très humaine de l’œuvre  théologique de Joseph Ratzinger. 

[..] J’ai remarqué que la joie était très présente dans toute l’œuvre de Ratzinger. ..
C’est vraiment le genre de message que les gens aujourd’hui, avec toutes leurs questions et leurs difficultés, ont besoin d’entendre encore. De plus, cette façon de présenter le message chrétien pourrait surmonter l’indifférence ou le découragement qui touche de nombreux membres de l’Église et rallumer leur enthousiasme et leur amour pour la foi.
 

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J’ajouterai que la joie ne fait pas seulement partie de son œuvre , de sa théologie, elle fait partie de sa vie tout court, et chacun peut le voir dans les expressions de son visage, dans ses gestes, et dans le moindre de ses propos.
Je me souviens qu’avant son voyage en Bavière, en aôut 2006, recevant à Castelgandolfo la télévision allemande, il avait parlé de joie à deux reprises au moins:

[..] je trouve qu’il est très important de savoir cueillir les côtés amusants de la vie et sa dimension joyeuse et de ne pas tout prendre de façon tragique, et je dirais que cela est même nécessaire pour mon ministère. Un écrivain a dit que les anges pouvaient voler parce qu’ils ne se prennent pas trop au sérieux. Et nous, nous pourrions peut-être voler un peu plus, si nous ne nous donnions pas toujours de grands airs. 

Et à la question « Est-ce que votre mission n’est pas un poids pour vous? », il répond:
Ce serait aller trop loin, parce qu’en fait c’est fatigant, mais quoiqu’il en soit j’essaye de trouver de la joie là aussi.

 

BENOÎT XVI, THÉOLOGIEN DE LA JOIE
Entretien de Carl Olson, d’Ignatius Insight, avec Mgr Joseph Murphy, auteur de « Christ our Joy : the Theological Vision of Pope Benedict XVI.
I.I. Ignatius Insight Mgr M. Mgr Murphy


I.I. : Comment est né votre livre ? Qu’espérez-vous que les lecteurs apprennent et apprécient dans l’œuvre théologique du Pape Benoît XVI ?

Mgr M. : Les écrits de Joseph Ratzinger me fascinent depuis longtemps. Séminariste, je me suis familiarisé avec des livres comme The Ratzinger Report, Introduction au Christianisme*, Regarder le Christ, etc. Dès lors, j’ai été frappé par l’extraordinaire clarté et la profondeur de pensée de Ratzinger, sa capacité de diagnostiquer les problèmes de notre temps, de dialoguer avec les idées contemporaines et, puisant dans les richesses pérennes de la Tradition, de présenter un moyen d’avancer.

I.I : Comment le livre est-il né ? 

Mgr M. : Quand Joseph Ratzinger fut élu pape, je fus tout de suite frappé par le contenu de ses premières homélies. Elles offraient du message chrétien une présentation inspirante qui donnait à réfléchir. En particulier, l’accent qu’il met sur la joie m’a intrigué. C’est pourquoi j’ai décidé d’examiner de plus près ses écrits pour mieux comprendre ce qu’il voulait dire par là. J’ai d’abord trouvé ce que je cherchais dans un article intitulé « La foi en tant que confiance et joie ». C’était sa contribution au Festschrift de Bernhard Häring, publié en 1977. Cet article fut repris plus tard dans Les Principes de Théologie catholique. Par la suite, en lisant d’autres textes, j’ai remarqué que la joie était très présente dans toute l’œuvre de Ratzinger. Elle se présente en lien avec tous les thèmes clés de la foi chrétienne. C’est vraiment le genre de message que les gens aujourd’hui, avec toutes leurs questions et leurs difficultés, ont besoin d’entendre encore. De plus, cette façon de présenter le message chrétien pourrait surmonter l’indifférence ou le découragement qui touche de nombreux membres de l’Église et rallumer leur enthousiasme et leur amour pour la foi.

J’espère que les lecteurs de Christ our Joy auront autant de plaisir à le lire que j’ai eu à l’écrire ! J’ai essayé de montrer que si Benoît XVI – en raison de ses lourdes tâches – n’a jamais eu l’occasion de faire une présentation systématique de la foi chrétienne (ce qu’il a fait de plus approchant est son Introduction au Christianisme) – on trouve quand même quelque chose de cette vision complète du Christianisme dans ses divers écrits et la joie est le centre de cette vision. Il a une façon de présenter le message chrétien qui convient singulièrement à notre époque.

I.I. Pour beaucoup de gens, surtout ceux qui ne connaissent pas grand chose de Benoît XVI, à part ce qu’ils en ont lu dans les médias, associer la joie avec le saint Père pourrait sembler surprenant, et même curieux. Que leur diriez-vous ? Comment la joie fait-elle partie de la vision théologique de Benoît XVI ?

Mgr M. : Bien sûr, on pourrait critiquer la manière dont certains médias présentent le pape. Cela frôle la caricature. Mais enfin, il faut noter que c’est aussi grâce aux médias et en particulier grâce à la télévision et aux journaux que de nombreuses personnes en sont venues à mieux connaître le saint Père, en particulier, lors de ces événements marquants comme les funérailles de Jean-Paul II, la messe inaugurale du pontificat et la récente visite pastorale du pape aux Etats-Unis.
Ceux qui étaient habitués à l’image simplifiée du ci-devant préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, associer le mot « joie » avec le pape a de quoi surprendre. Toutefois, je les inviterais simplement à l’écouter et à lire certains de ses écrits. Ils verraient que sa pensée est en fait pleine d’espérance, elle encourage, elle inspire.
Plutôt que de dire que la joie fait partie de la vision théologique du pape Benoît, je dirais qu’elle caractérise et sa pensée et, en général, la vie chrétienne même. Après tout, c’est une vie dans l’Esprit Saint, l’ « Esprit de la joie éternelle », comme le pape l’appelle. La joie authentique est attachée à la foi chrétienne dans son intégralité et elle découle de cette foi vécue pleinement. Dans l’article que j’ai mentionné, le pape montre comment la joie présuppose l’harmonie intérieure et la sérénité – joie et sérénité qui naissent de ce que l’on est aimé d’un amour vrai et indéfectible. Seul Dieu, qui se révèle en Jésus Christ peut donner cet amour vrai et indéfectible. Comme le dit l’ami de Ratzinger, Josef Pieper, le philosophe allemand, seul Dieu peut nous dire en vérité : « Oui, c’est bon que tu sois, que tu existes ».

I.I. Quels sont certains aspects de la joie que vous trouvez dans l’œuvre de Benoît et qui pour les lecteurs seraient neufs ou surprenants? Quelles sont les autres qualités essentielles de la pensée de Benoît liées à la joie ?

Mgr M. Bien sûr, la joie est un thème biblique central et donc le Christianisme et la joie doivent être étroitement liés. Par exemple, dans l’intimité de la dernière Cène, Christ dit à ses disciples : « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit entière » (Jn 125, 11). Le Christianisme, ce n’est pas imposer de lourds fardeaux aux gens, ce n’est pas non plus un système écrasant de « tu dois » et « tu ne dois pas ». C’est bien plutôt le chemin vers la liberté et la joie véritable. De ce fait, l’accent que le saint père met sur la joie va tout simplement de pair avec son désir de transmettre l’essentiel du Christianisme.

De ce point de vue, il y a certains aspects de la pensée de Benoît XVI que les lecteurs pourront trouver neufs ou du moins qui donnent à réfléchir. Par exemple, bien des gens, quand ils entendent parler de l’Église pensent aussitôt à son côté institution, structures et personnel. Mais le Pape place l’accent ailleurs. Pour lui, l’Église est, entre autres choses, ce que j’appelle dans mon livre la servante, la gardienne et le professeur de joie. Il fait allusion à cette idée dans son Introduction au Christianisme, quand il écrit : « Seul celui qui a vécu comment l’Église – malgré les changements de ses ministres et de ses formes – relève les hommes, leur donne une maison et une espérance, une maison qui est espérance – le chemin vers la vie éternelle – seul celui qui a fait cette expérience sait ce qu’est l’Église, et dans le passé et aujourd’hui. »

Le pape cite souvent des auteurs catholiques français. On trouve dans le grand roman de Georges Bernanos, Le Journal d’un curé de campagne, des idées comparables sur l’Église. À propos, ce livre nous apprend beaucoup de choses sur la nature de la joie chrétienne, malgré l’apparence plutôt sombre du roman. Dans un passage bien connu, le curé de Torcy décrit la vraie nature de l’Église et dit à son jeune collègue, le curé d’Ambricourt : « La joie est le don de l’Église, toute joie qu’il soit possible de partager dans ce monde triste ».
Le pape aborde une question importante : la joie peut-elle exister face à la souffrance et à la mort ? Une joie toute superficielle ne peut soutenir ces réalités pénibles qui nous mettent face à la fragilité de nos vies et à la question du sens final. Toutefois, la joie chrétienne est quelque chose de plus profond. Elle jaillit de ce que nous savons que le Dieu d’amour est près de nous dans toutes les circonstances de notre vie et, ainsi que l’enseignent les saints, c’est ce qui nous rend capables de faire face à la maladie, à la souffrance et à la mort avec sérénité, confiance et espérance. Finalement, c’est la victoire du Christ sur le péché et la mort qui fait que la joie et la souffrance peuvent coexister.

I.I. On a souvent dépeint Benoît comme quelqu’un de triomphaliste et de rigide, et pourtant l’œuvre de sa vie n’a t-elle pas été marquée par un dialogue sérieux et profond avec les autres religions et systèmes de croyances ? Qu’est-ce qui ressort pour vous dans ce qu’a écrit Benoît sur le sécularisme, la modernité et le scepticisme ? 

Mgr M. Toute personne qui a écouté ou lu le pape Benoît sait à quel point le décrire comme quelqu’un de rigide ou de triomphaliste, c’est être vraiment à côté de la plaque ! Sa théologie est marquée par une volonté d’entamer le dialogue. Il est très bien informé sur les questions que posent la culture contemporaine et le débat théologique. À cet égard, ceux qui souhaitent avoir une idée plus juste de ce qu’est vraiment le pape feraient bien de lire le premier chapitre du livre du Frère Vincent Twomey « Pope Benedict XVI : The Conscience of Our Age » (Ignatius Press 2007). Twomey qui a fait son doctorat sous la direction du professeur Ratzinger, nous donne une description intéressante des méthodes de son ancien professeur pour mener des séminaires lesquels se caractérisaient par des débats ouverts et le respect des vues d’autrui.

Le pape a discuté d’autres religions et systèmes de croyances en diverses occasions, surtout ces dernières années dans des œuvres telles que « Plusieurs religions – une seule alliance », « Vérité et Tolérance ». De ce qu’il a écrit là-dessus, tout comme sur le sécularisme, la modernité et le scepticisme, ce qui émerge clairement, c’est la primauté de la vérité, sans laquelle il n’est pas de joie. Il est intéressant de voir que, dans son encyclique, Deus caritas est, il souligne que l’homme, en vivant dans la fidélité au Dieu unique, fait lui-même l’expérience d’être celui qui est aimé de Dieu et qu’il découvre la joie dans la vérité, dans la justice, la joie en Dieu qui devient son bonheur essentiel .

 

L’homme est fait pour la vérité ; il ne peut éviter de poser les questions sur le sens, sur la vie et la mort, sur ses origines et sa destinée. Dans toutes les cultures et toutes les religions, on essaie de répondre à ces questions. Dans l’esprit de Ratzinger il n’y a pas de doute : le Christianisme peut engager un dialogue fructueux avec les religions sur la base de cette recherche commune de réponses, de la connaissance de l’existence humaine et de la morale qui transcende les frontières nationales, culturelles et religieuses.

Ratzinger montre bien que le scepticisme moderne et le relativisme, en ignorant les vérités de la religion et les intuitions fondamentales de l’être humain sur les questions profondes de la vie représentent un grave danger pour l’homme car ils risquent de le conduire dans un vide dépourvu de tout sens, un vide qui pourrait être fatal. La vérité est nécessaire pour nous faire sortir de l’aliénation, mais s’il n’y a pas moyen de connaître la vérité, alors l’homme perd tout sens de la vie et toute direction. Mais l’homme a une soif inextinguible de la vérité, d’amour et de sens. Il en a besoin pour vivre. Dans ce contexte, le Christianisme nous assure à nouveau que la vérité et le sens existent, mais qu’ils sont personnels et doivent, en fin de compte, être identifiés à Dieu qui est amour. Ratzinger le dit d’une façon très percutante dans son Introduction au Christianisme .

I. I. On compare sans arrêt Benoît XVI et Jean-Paul II, parfois à juste titre, parfois non. Quelles sont, selon vous, les ressemblances et les différences dans leur œuvre théologique ?
Mgr M. Il est évident que Benoît XVI et Jean-Paul II ont un tempérament, une spiritualité, une formation, un style de théologie très différents. Mais ils sont aussi très complémentaires. Le pape Jean-Paul était davantage philosophe, formé dans les traditions aristotélicienne et thomiste. Ces orientations ont laissé sur sa pensée une marque durable. L’intérêt qu’il porte à la personne et à la réalité de l’amour humain, la sexualité et le mariage l’a conduit à intégrer sa première formation philosophique avec les intuitions plus personnalistes de la phénoménologie, produisant ainsi une synthèse très intéressante et originale. Nous en trouvons les fruits dans son livre « Amour et responsabilité », « La théologie du corps ». Son amour pour le théâtre et sa dette envers la tradition carmélitaine ont aussi contribué à sa formation de pasteur, de penseur et d’homme de prière. Le pape Jean-Paul a laissé un corpus important qu’il faudra beaucoup de temps pour absorber. Parmi ses enseignements sur les questions éthiques, la doctrine sociale et l’anthropologie (la théologie du corps) tiennent sans aucun doute une place toute particulière et elles ne sont pas encore tout à fait intégrées dans la vie de l’Église et de ses membres.

La formation du pape Benoît est assez différente. Sa spiritualité a subi l’influence profonde du mouvement liturgique comme on peut le voir dans ses écrits sur la liturgie et dans sa manière de célébrer l’eucharistie. Sa théologie est très biblique et patristique. Elle doit beaucoup aux Pères de l’Église, surtout à saint Augustin et aux auteurs du Moyen-Âge, comme saint Bonaventure. Même si la pensée du pape Benoît est moins ouvertement philosophique que celle du pape Jean-Paul, elle est très attentive aux questions soulevées par les Lumières et par les penseurs qui ont façonné la culture moderne. Le pape Benoît enseigne avec une grande clarté, c’est un professeur remarquable. Il a le don d’enseigner des idées profondes très simplement. Ce n’est donc pas étonnant si la foule qui assiste à l’Angélus et aux audiences générales fait très attention à ce qu’il dit. S’il s’intéresse certainement aux questions morales et sociales, le pape Benoît, fidèle à sa propre formation en théologie fondamentale et dogmatique, a consacré plus d’attention aux articles fondamentaux de la foi, au dialogue entre la foi et la raison et à la liturgie, comme on le voit clairement dans ses encycliques sur l’amour et l’espérance, et son très beau livre sur le Christ, Jésus de Nazareth.

Bref, les enseignements des deux papes, dans leur complémentarité, nous donnent une compréhension extraordinairement profonde des richesses de la foi chrétienne.

I.I. Dans Christ, notre joie, vous montrez bien comment Joseph Ratzinger, dans sa christologie, se centre et sur l’Incarnation et sur la Croix. Pourquoi est-ce significatif et quels rapports ces thèmes ont-ils avec les autres aspects de son œuvre, en particulier la sotériologie et l’ecclésiologie ?
Mgr M. Dans la partie christologie de son Introduction au Christianisme, Ratzinger dit que, en gros, il y a eu deux grandes façons d’aborder le mystère du Christ. L’une se fonde sur le mystère de l’Incarnation, et l’autre sur la Croix. Quand on se fonde sur l’Incarnation, on tend à se concentrer sur l’être du Christ, à la fois homme et Dieu. Les relations entre l’homme et Dieu paraissent être décisives. Cette approche est en harmonie avec le vieil adage patristique : « Ce qui n’est pas assumé, n’est pas sauvé », adage qui fut immensément utile dans la formulation des premiers dogmes christologiques. Mais aborder le mystère de la rédemption uniquement sous l’angle de l’Incarnation risque d’aboutir à une vue statique et optimiste de l’homme, dans laquelle le péché ne joue plus qu’un rôle très secondaire.

L’autre grande perspective, surtout marquée par saint Paul et, plus tard, par les Réformés, se fonde sur la Croix. Elle souligne la victoire du Christ sur le péché et la mort. Ici, le risque est de tomber dans une interprétation opposée au monde, qui voit le christianisme comme une « brèche dans la confiance et l’assurance de l’homme et de ses institutions, y compris l’Église » (voir l’Introduction au Christianisme).

Une christologie adéquate, et donc une sotériologie et une ecclésiologie adéquates, doit en quelque sorte unir les deux perspectives, sans les réduire à une synthèse facile et superficielle. Elle doit tenir compte et de l’unité du Christ et de son œuvre salvatrice. L’être du Christ – centre de la perspective fondée sur l’Incarnation – est aussi un faire. Cela signifie qu’il est intrinsèquement lié à son activité salvatrice – centre de la perspective fondée sur la Croix. L’être du Christ est en réalité « actualitas » ; c’est aller au-delà de soi, c’est un exode. Son être n’est pas statique, il ne se repose pas en lui-même, mais il est l’acte d’être envoyé, d’être fils, de servir. Pour parler brièvement, ce qu’il est est ce qu’il fait, et ce qu’il fait est ce qu’il est.

Cette manière intéressante de joindre l’Incarnation et la Croix est intimement liée à la notion que Ratzinger a de la personne. La personne est « reliée », elle est de quelqu’un (ultimement de Dieu) et pour les autres. Plus elle s’abandonne pour les autres, et en particulier pour cet autre qui est Dieu, plus elle s’éloigne d’elle-même, plus elle est elle-même et s’accomplit. Jésus-Christ, en se donnant, « est celui qui est allé au-delà de soi et donc, l’homme qui est totalement lui-même » (Introduction au Christianisme).

Tout cela a des conséquences pour notre compréhension de l’Église et de la vie chrétienne. Le fait que Jésus ait eu le côté percé par la lance montre que son existence est tout ouverte : « à présent, il est entièrement « pour » ; à présent il n’est plus du tout un individu singulier, mais « Adam », du côté duquel Ève – la nouvelle humanité – fut formée » (Introduction au Christianisme). L’eau et le sang qui coulent du côté du Christ désignent les sacrements du baptême et de l’eucharistie et par là, l’Église qui est la nouvelle communauté d’hommes et de femmes. Vivre en tant que nouvelle création, faire pleinement partie de la nouvelle communauté, c’est vivre comme le Christ, dans une communauté de relations, dans un esprit de don à autrui. C’est l’œuvre salvatrice du Christ qui rend cela possible, œuvre que – par les sacrements – nous recevons dans notre propre vie.

I.I. Quand il écrit sur la Sainte Vierge, Ratzinger insiste souvent sur le fait qu’elle est la fille de Sion. Quelle en est l’importance et comment cela se rapporte-t-il au thème de la joie ?

Mgr M. En 1977, Joseph Ratzinger a publié un petit livre profond sur la mariologie (La Fille de Sion). Il reconnaît dans le thème de la Fille de Sion l’un des 5 grands thèmes de l’Ancien Testament, repris par le Nouveau Testament et plus tard, par la Tradition chrétienne, surtout par la liturgie, afin de mieux comprendre la personne de la Vierge Marie et son rôle dans l’histoire du salut. Les autres thèmes sont 1) la figure d’Ève ; 2) les femmes stériles qui , finalement, enfantent un fils : Sarah, Rachel, Anna 3) les grandes figures salvifiques d’Esther et de Judith et 4) la Sagesse personnifiée.

Pour Ratzinger, la Fille de Sion a une signification particulière. Dans la pensée de l’Ancien Testament, cette figure en vient à représenter Jérusalem et, en fait tout Israël. Israël, le peuple élu, jouit de l’alliance avec Dieu, fondée sur l’amour de Dieu, sa grâce et sa miséricorde. L’alliance elle-même est davantage considérée en termes de relations conjugales qu’en termes juridiques ou politiques. Dans ce contexte, spécialement dans les écrits prophétiques, on décrit souvent Israël comme une femme, vierge, aimée, épouse et mère. Dans le Nouveau Testament, la Vierge Marie est considérée comme la vraie Fille de Sion, en qui Dieu fait sa demeure au point qu’elle devient la Mère de Dieu, la Theotokos.

Le lien avec la joie est déjà clairement exprimé chez les prophètes Zacharie et Sophonie qui poussent le peuple, Fille de Sion, à se réjouir parce que Dieu est présent et victorieux parmi Israël. Israël peut se réjouir parce que son espérance est fondée puisqu’elle s’appuie sur l’œuvre salvatrice de Dieu, sa présence consolante et ses promesses. Mais, dans l’Ancien Testament, la promesse attend sa réalisation.

L’espérance d’Israël se réalise dans la Vierge Marie qui doit être la mère du Sauveur tant attendu. Quand l’ange Gabriel s’adresse à elle, il le fait d’une façon qui rappelle les prophéties à la Fille de Sion : « Réjouis-toi ! » C’est pourquoi le pape Benoît souligne sans cesse que le Christianisme, qui réellement commence avec les paroles de l’ange à Marie, est une invitation à la joie. En même temps, Marie est la Fille de Sion et le vrai Israël, en qui l’ancienne et la nouvelle alliance, Israël et l’Église sont inséparablement un. Marie nous enseigne ce que l’Église doit être : la demeure de Dieu. Elle nous enseigne aussi à mettre notre confiance en Dieu dans une attitude de totale ouverture et de don de soi. Ce faisant, elle nous montre où nous trouverons la joie authentique. De là, on peut comprendre la place de la dévotion mariale dans la vie chrétienne. Ainsi que le dit Joseph Ratzinger : « La dévotion envers Marie est le ravissement de la joie sur l’Israël vrai et indestructible ; c’est l’entrée merveilleuse dans la joie du Magnificat et donc la louange de celui à qui la Fille de Sion doit tout son être et dont elle porte la véritable arche d’alliance, incorruptible et indestructible ». (
La Fille de Sion)

I. I. Vous évoquez souvent l’Introduction au Christianisme, que l’on considère en général comme un livre essentiel de Joseph Ratzinger. Pourriez-vous nous dire quels sont les autres ouvrages de Ratzinger/Benoît que vous estimez être au cœur de son œuvre théologique ?

Mgr M. L’Introduction au Christianisme est ce qui se rapproche le plus d’une synthèse théologique, bien qu’elle soit incomplète ; Ratzinger la développe d’une manière significative dans ses derniers écrits. Rappelons-nous que l’Introduction au Christianisme fut publié pour la première fois il y a 40 ans (1968) mais cet ouvrage a gardé une extraordinaire fraîcheur et est resté un classique de la théologie catholique moderne. L’Introduction au Christianisme traite les questions de foi et de croyance dans le monde moderne, avant d’aborder de manière originale le symbole des apôtres. Comme mon livre a pour objet de présenter la façon dont Ratzinger traite les éléments principaux de la foi chrétienne, il est normal que je le cite très souvent.

Quel dommage que la thèse de doctorat de Ratzinger Le Peuple et la maison de Dieu dans la doctrine de l’Église de Saint Augustin n’ait jamais été traduite en anglais ! Elle nous ferait mieux comprendre la genèse de la pensée de Ratzinger qui contient des intuitions fondamentales sur l’Église, sa nature intérieure et sa relation avec l’État.

On en trouve des développements dans ses écrits plus tardifs. Son livre sur la théologie de l’Histoire de saint Bonaventure est important pour comprendre sa pensée sur l’histoire du salut et la distinction entre l’eschatologie et l’utopie. 
Pour ce qui regarde le travail strictement théologique de Ratzinger, on devrait mentionner Eschatologie : la mort et la vie éternelle. Quant aux autres aspects de sa théologie, il a développé sa pensée dans une série d’articles publiés dans des collections ou journaux divers. On les a souvent regroupés dans des livres, tel les Principes de théologie catholique, ouvrage important de théologie fondamentale ; ses méditations sur la Trinité qu’on vient récemment de republier, ses travaux plus récents sur l’ecclésiologie, sa collection d’articles et de méditations sur l’eucharistie, Dieu nous est proche, de même que son volume d’articles sur le pluralisme religieux, le relativisme et la foi intitulé Foi, Vérité et Tolérance. En christologie, à part les chapitres qu’il y consacre dans l’Introduction au Christianisme, on doit citer son livre tout récent Jésus de Nazareth. Les écrits qu’il a consacrés à la liturgie sont très significatifs et exercent déjà une influence certaine. 
Pour les lecteurs qui ne connaissent pas sa pensée, sa brève autobiographie peut servir d’introduction facile et ses trois livres d’entretiens avec P. Seewald et G. Messori. 

I. I. Quelle est la place de Joseph Ratzinger dans la théologie du 20e siècle ? Quels sont les aspects de son œuvre qui exerceront sans doute une influence significative sur les études théologiques futures ?
Mgr M. Il est très difficile de faire des pronostics sur la manière dont on considérera Joseph Ratzinger dans l’histoire de la théologie du 20e siècle. Maintenant qu’il est pape, beaucoup de gens qui auparavant n’étaient pas familiers avec sa pensée vont vouloir la connaître mieux. Sa théologie est moins spéculative que celle de Karl Rahner ou de Bernard Lonergan et, parce qu’il a eu d’autres engagements, il n’a pas fait – comme Hans Urs von Balthasar une synthèse monumentale. Sa pensée a beaucoup en commun avec les théologiens du ressourcement, comme Henri de Lubac. Lubac a beaucoup fait pour retrouver le riche héritage des Pères de l’Église et il a poussé à une plus grande appréciation de la complexité, de la subtilité et de la variété de la pensée médiévale qui déborde largement les simplifications des manuels. Pour ce qui regarde les penseurs médiévaux, il est clair que l’augustinisme et sa perpétuation dans la tradition franciscaine avec Saint Bonaventure l’a beaucoup plus marqué que la pensée de Saint Thomas d’Aquin, alors qu’Henri de Lubac accorde plus d’attention à ce dernier. Il faut dire aussi que la pensée de Ratzinger a une forte composante scripturaire, comme on peut le voir dans son Introduction au Christianisme et plus encore dans son Jésus de Nazareth.

À mon avis, la façon qu’a le pape Benoît d’aborder la théologie aura sans doute une forte influence. Dans l’introduction de mon livre, Christ our Joy, j’ai exposé certains traits de sa théologie. J’ai montré qu’elle était très scripturaire, fondée sur la Tradition, spécialement les Pères de l’Église, et qu’elle était à la fois pastorale et spirituelle. Bien que l’on doive faire la distinction entre la théologie personnelle du pape et son magistère, on retrouve dans ses enseignements officiels quelque chose de sa manière d’aborder la théologie. Le pape, au cours des audiences, a parlé des apôtres et de l’Église primitive, puis il a commencé une série captivante sur les Pères de l’Église où il explique les aspects principaux de leur pensée et montre leur pertinence dans les débats contemporains. Je crois que cette attitude encouragera les étudiants à fouiller dans les richesses de la patristique et cela profitera, dans l’avenir, tant à la réflexion qu’à la prédication. Nous pouvons donc espérer pour les écrits théologiques un style plus réfléchi, plus spirituel, et qui ferait appel à l’Écriture et à la Tradition, tout en étant sensible aux questions que se posent nos contemporains. 
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Pope Benedict XVI, Theologian of Joy: An Interview with Monsignor Joseph Murphy, author of Christ Our Joy: The Theological Vision of Pope Benedict XVI | Carl E. Olson
Ignatiusinsight.com

 

 

*Introduction au Christianisme repris en français en 2000 sous le titre La Foi chrétienne hier et aujourd’hui.

Karl Rahner, jésuite, (1904-1984), après des études de philosophie et de théologie (entre autres avec Heidegger) à Fribourg-en-Brisgau, enseigna la dogmatique à Innsbruck. Il participa activement au concile Vatican II et fonda, en 1965, avec Yves Congar et Edward Schillebeeckx la revue internationale de théologie Concilium. Il enseigna à partir de 1964 à Munich. 
Il est l’auteur principalement des « Écrits théologiques » (12 volumes, DDB, 1959-1970) et du « Traité fondamental de la foi » (Centurion, 1983).

Bernard Lonergan, jésuite, (1904– 1984), fut un philosophe et théologien canadien qui a consacré l’œuvre de sa vie aux questions les plus fondamentales de l’éthique, de l’économique, de la philosophie, de la théologie et de la méthodologie dans les sciences naturelles et les sciences humaines. La profondeur de ses travaux a reçu un accueil chaleureux de la part de ses pairs et il fut « considéré par beaucoup d’intellectuels comme l’un des penseurs philosophiques les plus raffinés du vingtième siècle » (Time Magazine, 1971). Des érudits du monde entier ont tant et si bien reconnu l’importance de ses travaux qu’ils ont fondé partout dans le monde des centres consacrés au développement et à l’application de sa pensée.

Les écrits du pape Benoît XVI

 

Pour découvrir les écrits de Benoît XVI, quelques références

 Encycliques et exhortations
– Dieu est amour (Deus caritas est) – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2006 –
– Sauvés dans l’espérance (Spe Salvi) – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2007 –

– Le sacrement de l’amour : exhortation apostolique sur l’Eucharistie – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2007 –

 Autres livres récents
– Jésus de Nazareth, volume 3 : l’enfance de Jésus – Flammarion 2012 –
– Jésus de Nazareth, volume 2 : de l’entrée dans la ville de Jérusalem à la résurrection, – Editions du Rocher – Parole et Silence, 2011-
– Jésus de Nazareth, volume 1 : du baptême dans le Jourdain à la transfiguration – Flammarion, 2007 –
– L’essence de la foi – Plon, 2006

– Les apôtres et les premiers disciples du Christ : aux origines de l’Eglise – Bayard, 2007 –

Livres publiés quand il était cardinal
– La foi chrétienne entre hier et aujourd’hui – Cerf, 2005 –
– L’Europe, ses fondements, aujourd’hui et demain – Saint Augustin, 2005 –
– La mort et l’au-delà : court traité d’espérance chrétienne – Fayard, 2006 –
– Catéchèse et transmission de la foi – Tempora, 2008 –
– Ma vie : souvenirs, 1927-1977 – Fayard, 2005 –
– Le sel de la terre : le christianisme et l’Eglise catholique au seuil du IIIe millénaire. Entretiens avec Peter Seewald – Cerf, 2005 –
– Voici quel est notre Dieu : conversations avec Paul Seewald – Plon, Mame, 2005 –

BENOIT XVI, INVITATION A LA JOIE, JOSEPH RATZINGER, ROBERT MURPHY, THEOLOGIEN

Invitation à la joie : Joseph Murphy

INVITATIONInvitation à la joie : essai sur la théologie de Joseph Ratzinger

Joseph Murphy

Perpignan, Artège, 2010. 260 pages.

 

Présentation  de l’ouvrage.

« Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur !’ » (Ph4, 4) : une phrase clé qui résume à elle seule toute l’œuvre du théologien Joseph Ratzinger et de l’enseignement du Pape Benoit XVI. Aussi étonnant que cela puisse paraître, celui qui était pour beaucoup – souvent par médias interposés   – le Panzerkardinal, le Grand Inquisiteur est donc finalement et avant tout un apôtre de la joie chrétienne.

Mgr Joseph Murphy offre en langue française une réflexion, à la fois systématique, exhaustive et accessible qui ouvre de toutes nouvelles perspectives sur les sources de la pensée du cardinal Ratzinger et de Benoît XVI en parcourant son œuvre. Il s’appuie notamment sur un ouvrage du cardinal Ratzinger La foi chrétienne entre hier et aujourd’hui (paru aux éditions du Cerf en 2005. La Joie chrétienne y apparaît non comme un thème annexe, un plus, mais bien comme le cœur comme le nœud central du message du Christ en même temps que le signe et la marque d’une vie chrétienne : cette marque de la vie chrétienne doit, comme le rappelle l’auteur, citant Ratzinger, être témoignage et donc communiqué.

 Cet ouvrage où l’auteur chapitre après chapitre en reprenant les principaux fondements de la foi, constitue une introduction qui sait être exigeante mais également accessible pour mieux comprendre l’enseignement de Joseph Ratzinger ; ceci constitue une étape importante pour la réception de sa théologie.

 

La foi chrétienne : fondement de notre Espérance, source de notre Joie.

 

Sommaire de l’ouvrage

Un monde qui a besoin de joie

Joie et vérité

Vivre la joie dans la foi, l’espérance et l’amour

La Trinité

La Création

Jésus-Christ, porteur de la joie

L’Esprit de la joie éternelle

L’Église, gardienne de la joie

La joie eucharistique

Joie, souffrance et mort

La joie éternelle

 

Biographie de l’auteur

Mgr Joseph Murphy, né en 1968 à Cork, en Irlande, a été ordonné prêtre en 1993 pour le diocèse de Cloyne. Après des études de Lettres et de Théologie au Collège Saint-Patrick de Maynooth et à l’Université Pontificale Grégorienne où il a obtenu le doctorat en théologie, il est entré au service du Saint-Siège. Il travaille actuellement à la Section pour les Relations avec les Etats de la Secrétairerie d’Etat.

 

Les écrits de Benoît XVI, quelques références : Encycliques  et exhortations
– Dieu est amour (Deus caritas est) – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2006 –
– Sauvés dans l’espérance (Spe Salvi) – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2007
– Le sacrement de l’amour : exhortation apostolique sur l’Eucharistie – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2007 –

Autres livres récents
– Jésus de Nazareth, volume 3 : l’enfance de Jésus – Flammarion 2012 –
– Jésus de Nazareth, volume 2 : de l’entrée dans la ville de Jérusalem à la résurrection, – Editions du Rocher – Parole et Silence, 2011-
– Jésus de Nazareth, volume 1 : du baptême dans le Jourdain à la transfiguration – Flammarion, 2007 

– L’essence de la foi – Plon, 2006 –– Les apôtres et les premiers disciples du Christ : aux origines de l’Eglise – Bayard, 2007

Livres publiés quand il était cardinal
– La foi chrétienne entre hier et aujourd’hui – Cerf, 2005
– L’Europe, ses fondements, aujourd’hui et demain – Saint Augustin, 2005
– La mort et l’au-delà : court traité d’espérance chrétienne – Fayard, 2006– Catéchèse et transmission de la foi – Tempora, 2008 –
– Ma vie : souvenirs, 1927-1977 – Fayard, 2005 –
– Le sel de la terre : le christianisme et l’Eglise catholique au seuil du IIIe millénaire. Entretiens avec Peter Seewald – Cerf, 2005 –– Voici quel est notre Dieu : conversations avec Paul Seewald – Plon, Mame, 2005 –

ECRIVAIN CHRETIEN, THEOLOGIEN

MAURICE ZUNDEL (1897-1975)

MAURICE ZUNDEL (1897-1975)

Maurice Zundel, né le 21 janvier 1897 à Neuchâtel et mort le 10 août 1975 à Ouchy (Lausanne) est un prêtre et théologien catholique suisse. On a dit de lui qu’il se situe « au croisement des théologies protestante et catholique, de la philosophie existentielle et du personnalisme. »
Sa vie
Ordonné prêtre dans le diocèse de Lausanne-Genève en 1919, il passe quelques années à Rome pour y obtenir en 1927 un doctorat en théologie à l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin, Angelicum. Il s’initie aux recherches de la science, de la littérature et des arts.
Il mène ensuite une vie itinérante de conférencier qui le conduit de Suisse en France, en Palestine, en Égypte et au Liban. C’est à Paris, en 1926, qu’il fait la connaissance de l’abbé Jean-Baptiste Montini qui deviendra le pape Paul VI. Paul VI invitera Maurice Zundel à prêcher la retraite de carême au Vatican en 1972.
Écrivain, poète et conférencier, Maurice Zundel a publié une trentaine de livres. Il meurt à Ouchy (Lausanne), en 1975. Son corps repose en la Basilique Notre-Dame de l’Assomption de Neuchâtel.
Son œuvre
La pensée de Zundel est à la fois mystique, éthique.
Le mysticisme de Zundel est orienté sur la libération des déterminismes biologiques par l’intervention de l’Esprit dans l’art, la science, et surtout la religion. Pour lui, le don ou sacrifice de soi est un acte joyeux de communion et non un renoncement triste. Il affirme que l’homme ne devient une personne libre qu’en se libérant radicalement de son statut d’individu biologique. Reprenant à son compte la formule de Rimbaud « on ne naît pas libre, on le devient », il lui donne un sens philosophique et mystique porté sur l’altérité, selon lequel la liberté s’obtient par la totale désappropriation de soi sur le modèle trinitaire. C’est alors que « je est un autre » par la rencontre du « tu ». La libération est donc le passage de l’homme réel à l’homme possible, de l’individu à la personne. La personne est « l’homme possible » ou libre ; l’individu, c’est l’homme réel asservi aux déterminismes cosmiques.
La mystique de Zundel prend appui sur la méditation trinitaire du don infini de chacune des trois personnes divines en direction des deux autres. La doctrine trinitaire est ainsi la méditation d’une circulation infinie d’Amour entre les trois personnes. Enfin elle met en avant la conception d’un Dieu d’Amour, selon laquelle Dieu n’est pas un Dieu vengeur mais un Père tendre qui aime et pardonne. Ce n’est pas un pharaon ou un souverain, c’est un homme-dieu qui aime et qui souffre dans la personne du Christ.
Du point de vue éthique, Zundel fonde une « morale de la libération » rompant avec les morales de l’obligation ou du devoir. La morale de la libération n’est pas une morale de tabous ou d’interdits. Elle consiste en un dépassement de soi par le don infini de soi. Pour Zundel en effet, l’homme ne se trouve qu’en se perdant joyeusement, qu’en se désappropriant totalement de soi.
Publications
Bibliographie indicative
Aux éditions Anne Sigier :
Hymne à la joie, 1992.
Je est un autre, 1986.
Je parlerai à ton cœur (retraite aux franciscaines du Liban), 1990.
Morale et mystique, 1986. Silence, Parole de vie (retraite aux franciscaines du Liban), 1990.
Ta Parole comme une source – 85 sermons inédits (1953-1975), 1987.
Vie, mort, résurrection (retraites données en 961-1972), 1995.
Pèlerin de l’espérance, 1997.
Aux éditions du Cerf :
Croyez-vous en l’homme ?, Coll. Foi vivante, 1992.
Notre Dame de la Sagesse, Coll. Foi vivante, 1995.
La Pierre vivante, 1992.Fidélité de Dieu et grandeur de l’homme. Retraite à Timadeuc, 2009
Aux éditions Desclée :
Ouvertures sur le vrai, 1989.
Recherche de la personne, 1990.
Ton visage, ma lumière -90 sermons de Maurice Zundel (1960-1975), 1989.
Dialogue avec la vérité, 1991.
Aux éditions Saint Augustin :
Avec Dieu dans le quotidien, 1988.
Emerveillement et pauvreté (retraite aux oblates bénédictines de La Rochette), 1990.
L’Evangile intérieur, 1991. La liberté de la foi, 1992.
Quel homme et quel Dieu ? (Retraite au Vatican), 1986.
Chez Mame / Le Moustier :
Poème de la Sainte Liturgie, coll. goûtez et voyez, 1991. Sous le pseudonyme de Frère Benoît
.
Bibliographie
Michel Fromaget, Mort et émerveillement dans la pensée de Maurice Zundel, Lethielleux éd., 2011
Bernard de Boissière et France-Marie Chauvelot, Maurice Zundel, préface de Sylvie Germain, Paris, Presses de la Renaissance, 2009
Gustave Martelet, Maurice Zundel, un christianisme libérateur, Actes du colloque de Paris, mars 1997, éd. Anne Sigier, 2004
François Darbois, Oraison sur la vie, Anne Sigier, Quebec, 1997, 170p.
Marc Donzé. La pensée théologique de Maurice Zundel, pauvreté et libération, Paris, Cerf, 1980
Marc Donzé. L’humble présence. Maurice Zundel, inédits recueillis et commentés par Marc Donzé. éditions du Jubilé, 2008
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THEOLOGIEN

HANS URS VON BALTHASAR (1905-1988)

HANS URS VON BALTHASAR HANS URS VON BALTHASAR

Théologien catholique suisse de langue allemande. Le cardinal Jean Daniélou a dit de lui qu’il était « l’homme le plus cultivé qui existe aujourd’hui (1) ».

Né à Lucerne en 1905, enfant aîné d’une famille de trois, Balthasar fut élevé dans un milieu croyant. Très tôt, il se montra exceptionnellement doué: dès l’âge de quatre ans, il se mit à apprendre le français. Lorsqu’il commença ses études, deux ans plus tard, on remarqua vite sa mémoire phénoménale, sa curiosité hors du commun et, selon le mot prophétique de sa mère, sa passion « pour tout ce qui est beau (2) ». Sa vie et son oeuvre furent profondément marquées par la musique: son enfance, il la passa assis au piano; à l’âge de cinq ans, il fut bouleversé par la Messe en mi bémol majeur de Schubert, puis, à l’âge de neuf ans, par la Pathétique de Tchaïkovsky. Un peu plus tard, il découvrit Mozart, qui le foudroya de son génie, et qui fut sans doute une inspiration pour sa théologie. 

En 1923, alors à Vienne pour ses études, Balthasar fit la rencontre du médecin Rudolf Allers. Ce médecin érudit, traducteur de saint Anselme et de saint Thomas, communiqua son amour de la théologie au jeune Balthasar, en plus de partager avec lui sa passion pour la musique, entre autres pour Mahler. Balthasar se rendit ensuite à Berlin, pour suivre les cours du germaniste Helmut von Glesenapp et ceux du théologien Romano Guardini, qui influença sa pensée de manière décisive. En effet, Guardini le confirma dans son antikantisme, en plus de lui faire comprendre l’apport spécifique et nécessaire de la pensée éclairée par la foi à la recherche philosophique. En 1928, à l’Université de Zürich, Balthasar déposa sa thèse de doctorat en littérature allemande, intituléeL’histoire du problème eschatologique dans la littérature moderne allemande. Un an plus tard, il entra dans la Compagnie de Jésus. De 1933 à 1936, il étudia à Lyon, où il fit la connaissance du père Henri de Lubac, qui lui fit connaître les Pères de l’Église et les grandes oeuvres de la littérature catholique contemporaine: Claudel, Bernanos et Péguy. Dès lors, en plus de se faire un ami et de trouver un maître en la personne du père de Lubac, Balthasar se plongea dans l’étude des Pères, surtout Origène, Grégoire de Nysse, Maxime le Confesseur et Irénée de Lyon. En 1936, il fut ordonné prêtre à Munich et fit paraître sa traduction du Commentaire des Psaumes de saint Augustin. L’année suivante, toujours à Munich, il publia une version augmentée de sa thèse (2400 pages de plus), avec un nouveau titre: L’apocalypse de l’âme allemande. En 1940, à cause de la guerre, il quitta l’Allemagne pour revenir en Suisse, où il devint aumônier d’étudiants. La même année, il rencontra la chirurgienne mystique Adrienne von Speyr, avec qui il se lia d’amitié et, deux ans plus tard, il publia Présence et pensée, oeuvre fondamentale sur Grégoire de Nysse. En 1944, Balthasar et Speyr fondèrent l’Institut Saint-Jean. Ils désiraient par là introduire l’esprit johannique dans la spiritualité ignacienne institutionnelle. En 1945, ce fut la publication de Le coeur du monde, livre important dans le cheminement intellectuel et spirituel de Balthasar, où le théologien affirme son parti pris absolu pour le Christ. En 1950, il publia un ouvrage majeur surThérèse de Lisieux, intitulé Histoire d’une mission, et quitta la Compagnie de Jésus pour collaborer plus étroitement avec Adrienne von Speyr, dont il dira que la mission spirituelle est indissociable de sa théologie. 

De 1961 à 1987, Balthasar publia sa fameuse trilogie théologique : La gloire et la croix, La dramatique divine, et la Théologique. Il s’agit de l’oeuvre théologique la plus originale du vingtième siècle. De 1969 à 1988, il fut membre de la Commission théologique internationale. Le père Balthasar, pourtant absent du Concile Vatican II, fut élu cardinal en 1988. Il s’éteignit le 26 juin de la même année, deux jours avant de recevoir la pourpre cardinalice.

En plus d’apporter une contribution fondamentale à la théologie, notamment à la christologie et à la patristique, Balthasar fut un traducteur éminent: il rendit en langue allemande des oeuvres de Paul Claudel, Charles Péguy, Henri de Lubac et Louis Bouyer. Grand admirateur de Goethe, Hans Urs von Balthasar fut possiblement l’homme du vingtième siècle qui lui ressembla le plus.(Patrick Dionne)

Notes

  1. Jean Daniélou, Et qui est mon prochain? Mémoires, Paris, Stock, 1974, p. 93.
    2. Gabrielle von Balthasar, citée par Elio Guerriero, dans Hans Urs von Balthasar, préface de Jean Guitton, Paris, Desclée, 1993, p. 23.
    Biographie
    Hans Urs von Balthasar concevait ainsi la tâche du théologien : « […] le théologien n’a pas à rendre compréhensible la Révélation divine d’une manière abstraite, en soi, mais pour les hommes de son temps, et […] il a donc à l’expliquer en vue d’être compris d’eux ». (Le chrétien et l’angoisse, Paris, DDB, 1954, p. 15)
    Oeuvres
    Oeuvres traduites en français (ou rédigées directement en français)
  2. Livres

Présence et pensée. Essai sur la philosophie religieuse de Grégoire de Nysse.Paris, Beauchesne, 1942. Réédité en 1988 chez le même éditeur. Ouvrage écrit directement en français.

Liturgie cosmique. Maxime le Confesseur (Komische Liturgie). Paris, Aubier, Montaigne, 1947.

Laïcat et plein apostolat (Der Laie und der Ordenstand). Liège, La Pensée Catholique; Paris, Office Général du Livre, 1949.

Phénoménologie de la Vérité. La Vérité du monde (Wahrheit der Welt). Paris, Beauchesne, 1952. « Bibliothèque des archives de philosophie » # 1.

Le coeur du monde (Das Herz der Welt). Bruges, DDB, 1953.

Le chrétien et l’angoisse (Der Christ und die Angst). Paris, DDB, 1954.

La théologie de l’histoire (Theologie der Geschichte). Préface d’Albert Béguin. Paris, Plon, 1955. Éd. revue, 1960.

Le chrétien Bernanos (Bernanos). Traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac. Paris, Seuil, 1956.

Élisabeth de la Trinité et sa mission spirituelle (Elisabeth von Dijon und ihre geistliche Sendung). Paris, Seuil, 1959.

Parole et mystère chez Origène. Paris, Cerf, 1957. Ouvrage écrit directement en français. Comprend deux article publiés dans Recherches de science religieuse (1936).

Dieu et l’homme d’aujourd’hui (Die Gottesfrage des heutigen Menschen). Paris, DDB, 1958. Rééditions en 1961 et 1966 chez Aubier-Montaigne.

La prière contemplative (Das betrachtende Gebet). Paris, DDB, 1959. Réédité en 1981 chez Fayard.

La gloire et la croix. Aspects esthétiques de la Révélation (Herrlichkeit. Eine theologische Aesthetik). Vol. I. Apparition. Paris, Aubier, 1965. Réédité en 1990 chez DDB.

L’amour seul est digne de foi (Glaubhaft ist nur Liebe). Paris, Aubier-Montaigne, 1966.

Qui est chrétien? (Wer ist ein Christ?). Mulhouse, Salvator, 1967. Réédité en 1968.

La gloire et la croix. Aspects esthétiques de la Révélation (Herrlichkeit. Eine theologische Aesthetik. Fächer der Stile, Bd. II). Vol. II. Styles en deux tomes:
1. D’Irénée à Dante. Paris, Aubier, 1968.
2. De Jean de la Croix à Péguy. Paris, Aubier, 1972. Réédité en 1986 chez DDB.

Cordula ou l’épreuve décisive (Cordula oder der Ernstfall). Paris, Beauchesne, 1968.

La foi du Christ. Cinq approches christologiques. Paris, Aubier-Montaigne, 1968.

De l’Intégration. Aspects d’une théologie de l’histoire (Das Ganze im Fragment. Aspekte der Geschichtstheologie). Paris, DDB, 1969. Réédité en 1983.

Retour au centre (Einfaltungen). Traduit de l’allemand par Robert Givord. Paris, DDB, 1971.

Romano Guardini. Une réforme aux sources (Romano Guardini. Reform der Ursprung). Paris, Fayard, 1971.

Pâques le Mystère (Theologie der drei Tage). Paris, Cerf, 1972. Réédité en 1981et en 1996.

Thérèse de Lisieux. Histoire d’une mission (Schwestern im Geist. Thérèse von Lisieux und Elisabeth von Dijon). Apostolat des Éditions, 1973. (Ne contient que la partie sur Thérèse de Lisieux à partir de la deuxième édition).

Points de repères pour le discernement des esprits (Klarstellungen). Paris, Fayard, 1973.

Dans l’engagement de Dieu (In Gottes Einsatz leben). Traduit de l’allemand par Robert Givord. Sherbrooke, Paulines; Paris, Apostolat des Éditions, 1973. Réédité sous le titre L’engagement de Dieu, Paris, coédition Desclée/Proost, 1990.

La gloire et la croix (Herrlichkeit. Eine theologische Aesthetik). Vol. III, 1.Théologie. L’Ancienne Alliance. Paris, Aubier, 1974.

La gloire et la croix (Herrlichkeit. Eine theologische Aesthetik). Vol. III, 2.Théologie. La Nouvelle Alliance. Paris, Aubier, 1975. Réédité en 1986 chez DDB.

Catholique (Katholisch). Traduction de Georges Chantraine, complétée par l’auteur. Avertissement du P. Henri de Lubac. Paris, Fayard, 1976.

Le complexe antiromain. Essai sur les structures ecclésiales (Der antirömische Affekt). Montréal, Paulines; Paris, Apostolat des Éditions, 1976.

Triple couronne (Der dreifache Kranz). Méditations sur le Rosaire – Le salut du monde dans la prière mariale. Namur, Culture et vérité, 1978. Réédité en 1992.

Aux croyants incertains (Kleine Fibel für verunsicherte Laien). Paris, Lethielleux, 1980.

Nouveaux points de repères (recueil d’articles). Paris, Fayard, 1980.

La gloire et la croix (Herrlichkeit. Eine theologische Aesthetik). Vol. IV, 1. Le domaine de la Métaphysique. Les fondations. Paris, Aubier-Montaigne, 1981.

La gloire et la croix (Herrlichkeit. Eine theologische Aesthetik). Vol. IV, 2. Les constructions. Paris, Aubier-Montaigne, 1982.

La gloire et la croix (Herrlichkeit. Eine theologische Aesthetik). Vol. IV, 3. Les héritages. Paris, Aubier-Montaigne, 1983.

Le cardinal de Lubac. L’homme et son oeuvre (Henri de Lubac. Sein organisches Lebenswerk). Namur, Culture et vérité, 1983.

La Vérité est symphonique. Aspects du pluralisme chrétien (Die Wahrheit ist symphonisch. Aspekte des christlichen pluralismus). Paris, Éd. S.O.S., 1984.

La dramatique divine I. Prolégomènes (Theodramatik I. Prolegomena). Paris, Lethielleux, 1984.

La dramatique divine II. Les personnes du drame (Theodramatik II). 1.L’homme en Dieu. Paris, Lethielleux, 1986.

Espérer pour tous (Was dürfen wir hoffen?). Paris, DDB, 1987.

L’enfer. Une question (Kleiner Diskurs über die Hölle). Paris, DDB, 1988.

La dramatique divine II. Les personnes du drame (Theodramatik II). 2. Les personnes dans le Christ. Paris, Lethielleux; Namur, Culture et vérité, 1988.

Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A (Licht des Wortes. Skizzen zu allen Sonntagslesungen). Namur, Culture et vérité, 1989.

Si vous ne devenez comme cet enfant (Wenn ihr nicht werdet wie dieses kind).Paris, DDB, 1989.

La dramatique divine III. L’action (Theodramatik III. Die Handlung). Namur, Culture et vérité, 1990.

Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B (Licht des Wortes. Skizzen zu allen Sonntagslesungen). Namur, Culture et vérité, 1990.

Simplicité chrétienne. Paris, Desclée, 1992.

Credo. Méditations sur le Symbole des Apôtres (Credo). Traduit de l’allemand par Joseph Doré. Paris, Nouvelle Cité, 1992.

La dramatique divine IV. Le dénouement. Namur, Culture et vérité, 1993.

Marie, première Église (recueil d’études rédigées par Balthasar et par le cardinal Joseph Ratzinger). 3e édition. Paris, Médiaspaul, 1998. Lire le compte rendu d’A. Cabes dans le Bulletin de Littérature Ecclésiastique.

À propos de mon oeuvre. Traversée (Hans Urs von Balthasar. Zu seinem Werk). Traduit de l’allemand par Joseph Doré et Chantal Flamant. Bruxelles, Lessius, 2002. Lire le compte rendu de Pierre Jay dans la revue Esprit & Vie. 

Le soulier de satin de Paul Claudel. Genève, Ad Solem, 2002. Postface à la traduction allemande de la pièce de Claudel.

Grains de blé. Aphorismes. Traduit par F. Georges-Catroux. Orbey, Arfuyen, 2003.

  1. Articles

« Rencontrer Dieu dans le monde d’aujourd’hui », Concilium, 6, juin 1965, pp. 27-39.

« L’Évangile comme norme et critique de toute spiritualité dans l’Église »,Concilium, 9, novembre 1965, pp. 11-24.

« Vérité et vie », Concilium, 21, janvier 1967, pp. 77-83.

« Relation immédiate avec Dieu », Concilium, 29, novembre 1967, pp. 37-48.

« La joie et la croix », Concilium, 39, novembre 1968, pp. 77-87.

« Le Royaume de Dieu ou l’Église? », Communio, tome XI, 3, mai-juin 1986, pp. 4-12.
Documentation
Communio, « Hans Urs von Balthasar – Théologie et culture », tome XXX, 2, mars-avril 2005. Des contributions de Xavier Tilliette, Jean-Louis Chrétien, Jean-Marie Lustiger et al.

Guerriero, Elio. Hans Urs von Balthasar. Préface de Jean Guitton. Paris, Desclée, 1993.

Holzer, Vincent. Le Dieu Trinité dans l’histoire. Le différend théologique Balthasar-Rahner. Préface de Bernard Sesboüé. Paris, Cerf, 1995, 476 p. « Cogitatio Fidei » # 190.

Planchon, Félicien. Le langage théologique du Mal et du Salut dans la trilogie de Hans Urs von Balthasar. Une base pour la réflexion sur le langage théologique.Mém. dactyl., 2 vol., 453-viii p. Faculté de théologie de l’Université catholique de Louvain, 2003.

Saint-Pierre, Mario. Beauté, bonté, vérité chez Hans Urs von Balthasar. Saint-Nicolas, Les Presses de l’Université Laval, 1998.

Souletie, Jean-Louis. « « Raison esthétique » et herméneutique christologique chez Balthasar », Nouvelle revue théologique,

HANS-URS VON BALTHASAR L’HOMME LE PLUS CULTIVÉ DE SON TEMPS
Cet homme peut-être le plus cultivé de son temps, selon l’éminent cardinal jésuite Henri de Lubac, a écrit ou traduit en allemand une centaine de volumes. C’est sans compter les soixante autres volumes que lui a dictés sa dirigée, médecin et grande mystique, Adrienne von Speyr*. Homme plutôt discret, surtout face au monde des communications, il n’a accordé que deux véritables entrevues télévisées* qui étaient destinées au public francophone du Canada. L’interviewer, absolument remarquable, impeccable, était l’abbé Marcel Brisebois* de Radio Canada. Elles figurent dans la longue série des 750 «Rencontres»* qui ont enchanté un auditoire attentif. Nous pouvons donc tous nous réjouir de ce privilège exceptionnel d’avoir pu rencontrer ce géant du XXe siècle. Ce grand théologien suisse, Hans-Urs von Balthasar, était vraiment un esprit universel. Il était en effet, entre autres, fasciné par la philosophie, la littérature, l’art et la musique. La mystique aussi lui était vraiment familière. Son œuvre, qui s’étend, disait le cardinal Ratzinger, des présocratiques à Freud, Nietzsche, Brecht, est immense et elle passionne toujours des milliers de lecteurs assidus. L’un d’eux, que nous connaissons bien au Québec, en est devenu l’un des plus éminents spécialistes. C’est nul autre que Marc Ouellet, sulpicien, ami intime des papes Jean-Paul II* et Benoît XVI, aujourd’hui cardinal archevêque de Québec, donc primat de l’Église canadienne. Monsieur Marc Ouellet, alors recteur du Grand séminaire d’Edmonton, a écrit le 25 mars1997 un avant-propos remarquable à cet important livre de Balthasar, Le Cœur du Monde. L’édition originale de ce livre date de 1957. Cet ouvrage qu’il faut lire a été republié par Desclée De Brouwer, 237p. Pour mieux apprécier la pensée de Balthasar, selon le cardinal Marc Ouellet, il faut lire Le Cœur du Monde et il faut aussi le prier. En effet, ce livre se termine par l’une des plus immenses prières que nous puissions imaginer. Cette prière poétique et théologique à la fois couvre les dix-sept dernières pages. C’est une splendeur, parfois un peu obscure, qui s’inspire de La Montée du Carmel de saint Jean de la Croix. C’est vraiment une prière très profonde dont une partie est particulièrement déchirante. En effet, durant trois pages, Balthasar cesse de s’adresser à Dieu pour s’adresser à l’Église et même à l’humanité entière. Il ne ménage alors ni ses reproches, ni son amour indéfectible pour l’humanité comme l’ont fait les Prophètes les plus audacieux. D’ailleurs, le cardinal Ouellet, invité par Benoît XVI à prendre exceptionnellement la parole lors des JMJ de Cologne en 2005, a alors mentionné cet ouvrage. Il a même ajouté qu’il devait beaucoup au contenu de ce livre. Le cardinal Henri de Lubac disait pour sa part au sujet de ce livre: « En vérité, c’est un livre étonnant; ceux qui d’ordinaire n’aiment pas les «livres spirituels», pourront aimer celui-là – et peut-être les conduira-t-il aux livres spirituels, de l’époque contemporaine et l’Occident l’un des meilleurs connaisseurs de l’ensemble d patrimoine culturel.
Sa culture était en effet prodigieuse. Je me souviens d’avoir osé examiner chez lui, en 1980, une partie des innombrables partitions musicales toutes reliées de cuir. J’y ai constaté que le Père Balthasar y avait souvent laissé sa marque. Il y avait plusieurs annotations de sa main. J’ai aperçu d’autre part de nombreux livres en langue française dont plusieurs qu’il avait traduits en allemand. J’avais l’impression que cet homme avait tout entendu, tout écouté, tout lu. Or malgré toutes ses immenses connaissances, Balthasar était d’une grande simplicité. Je dirais même d’une humilité doucement souriante que je n’oublierai jamais. On peut tous le constater en regardant ses deux Rencontres sur le site http://www.dieu-parmi-nous.com. Les connaissances du Père Balthasar étaient universelles. S’il a traduit en allemand des ouvrages français comme ceux de Bernanos*, Bloy*, Claudel*, il a fait de même avec des auteurs grecs, Irénée*, Grégoire de Nysse, Maxime le Confesseur. Il a aussi traduit des auteurs latins, Augustin*, Bernard de Clairvaux*, et même des auteurs espagnols comme Ignace de Loyola* et Calderon. Il a même traduit ses collègues comme Henri de Lubac et Louis Bouyer. Balthasar s’est d’autre part sérieusement intéressé à la psychologie, à la psychiatrie, la littérature russe et même aux grandes cultures religieuses de l’Extrême-Orient*. Mais il s’est surtout intéressé aux domaines spirituels et même mystiques. Il faut bien signaler ici que l’événement décisif de son existence fut, tout compte fait, la retraite de 1919 qu’il fit à 14 ans. C’est alors que directement et de manière imprévisible comme le dit si bien le jésuite Joseph Doré*, lui fut intimé l’appel de Dieu*. C’était l’appel à devenir prêtre et à suivre le Christ* dans la famille de saint Ignace de Loyola*. À la fin de la deuxième entrevue qu’il a accordée à l’abbé Marcel Brisebois pour la série Rencontres que je réalisais à la télévision de Radio-Canada, il est amené à parler du moment où il a dû se résoudre à quitter les jésuites. Il est devenu prêtre séculier pour fonder l’Institut Saint Jean de concert avec Adrienne von Speyr. Or on voit alors surgir tout l’attachement que cet homme vieillissant éprouvait encore en 1980 pour son Père saint Ignace de Loyola et la compagnie de Jésus. Il tente tant bien que mal de retenir ses sanglots. C’est sans doute l’un des moments les plus émouvants de cette série de 750 Rencontres. On constate devant ces images touchante combien l’appartenance à un ordre religieux ou une communauté peut être profond pour un homme qui y est entré jeune, y a reçu sa longue formation entouré d’autres recrues qui deviennent des frères et des amis qui partagent ensemble le même idéal et la même filiation. La plupart des membres de ces ordres religieux éprouvent en effet un immense sens d’appartenance qui peut être vraiment admirable. Car ils s’épaulent les uns les autres par groupe selon leurs affinités et peuvent ainsi parvenir à des états de services qui autrement auraient été impossibles de mener à de tels sommets. Les 6 et 7 octobre 2005, l’Université du Latran organisait en collaboration avec la revue Communio un colloque international intitulé Seul l’amour est crédible à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de Balthasar. On s’est proposé de «clarifier l’interprétation de sa pensée de façon plus cohérente avec l’íntégralité de son œuvre». Je tiens à signaler que parmi les intervenants, il y avait le cardinal Marc Ouellet, notre archevêque de Québec, Angelo Scola*, nduira-t-il aux patriarche de Venise, co-fondateur de Communion & Libération, et Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire de Coire, diocèse auquel était rattaché Balthasar en tant que prêtre séculier. On y a lu un texte de Benoît XVI dans lequel le pape déclarait ce qui suit: « Hans-Urs von Balthasar a été un théologien qui a mis sa recherche au service de l’Église, car il était convaincu que la théologie pouvait être seulement marquée par l’ecclésialité», c’est-à-dire que la théologie se doit d’être sans cesse au service de l’Église. Celle-ci reçoit la recherche théologique comme étant un précieux service qui lui est rendu à la gloire de Dieu. » Quand on a connu ne serait-ce que quelques heures ce très grand personnage si humble et si aimable, quand on l’a lu et apprécié, on ne peut que l’aimer et le considérer comme toujours bien vivant, et je dirais même un des grands saints de notre époque. «L’Homme le plus cultivé de son temps; le plus grand théologien de la fin du XXe siècle» a-t-on souvent dit de Hans Urs von Balthasar*. Il était en fait un grand théologien et surtout un mystique. Sa spiritualité et sa sainteté le menaient toujours «au service de la conversion et de la sainteté* des croyants». C’est pourquoi il a entrepris toutes sortes de choses et fondé des institutions. Marqué par des personnalités religieuses les plus importantes de son temps, il a influencé nombre de gens comme Albert Béguin qu’il rencontre et baptise à Bâle, en Suisse, où il habitait. Béguin succèdera au grand essayiste catholique Emmanuel Mounier* à la direction de la très importante revue Esprit. Balthasar fut le principal interlocuteur du très grand théologien protestant Karl Barth*. Il a justement publié en 1950 un ouvrage magistral sur cet éminent théologien réformé, ce qui a permis au pape Jean XXIII* de dire un jour qu’il croyait que le plus grand théologien du XXe siècle était Karl Barth! Ce n’est pas peu dire pour un pape de l’Église catholique. Aumônier des étudiants à Bâle, cela n’empêche pas Balthasar d’entamer un long et profond dialogue avec l’extraordinaire Adrienne von Speyr* (1902-1967) qui lui dictera soixante volumes en allemand. Cette œuvre immense, Balthasar la considérait comme supérieure à ce qu’il avait écrit lui-même. Il me semble qu’en osant dire cela, il faisait acte d’humilité! De toute façon, l’œuvre d’Adrienne von Speyr est en grande partie traduite de nos jours en français et parue chez Lethielleux, puis chez Culture et vérité. Au centre de la pensée d’Adrienne von Speyr et de sa prière : les Trois Jours Saints. Dans la Passion et la Résurrection du Seigneur, s’ouvre pour elle la communion trinitaire à laquelle tous les hommes sont conviés. Le Père Balthasar était donc le guide spirituel et le confesseur de cette ex-protestante, mère de deux enfants, médecin, mystique et même stigmatisée, qu’il a convertie en 1940 par une simple parole, soit la troisième demande du Notre Père: «Que te volonté soit faite.» C’est que Madame Speyr, récemment devenue veuve, achoppait sur cette parole au point de ne plus pouvoir réciter le Notre Père. C’est ce qu’explique le Père Balthasar dans la biographie considérable qu’il a consacrée à sa fille spirituelle, Adrienne von Speyr et sa mission théologique, parue aux Éditions Paulines en 1978, 400p. Il aura veillé sur elle et son cheminement spirituel durant plus de vingt-cinq ans, jusqu’à sa mort Ils se connaissaient à peine en 1940. Elle lui confie sa difficulté d’accepter, suite à la mort de son mari Emil, que la Volonté de Dieu soit faite. « Je lui montrai qu’en disant Que ta volonté soit faite, nous n’offrions pas à Dieu notre œuvre propre, mais lui présentions notre disposition à être assumés par son œuvre et à être transportés là où il voudrait. Ce fut comme si j’avais appuyé au hasard sur un bouton électrique qui aurait allumé d’un seul coup toutes les lumières d’une salle, ou libéré les flots longtemps retenus par une digue. Subitement, Adrienne se sentit délivrée de tout ce qui entravait sa prière. De l’enseignement religieux que je commençai à lui donner, rie ne lui échappait, comme si de longue date elle n’avait attendu que de le recevoir pour y adhérer de toute son âme». Il faut ici ajouter un mot du grand œuvre magistral de Balthasar, soit son œuvre théologique. Adrienne von Speyr saura évidemment profiter de la lecture qu’elle en fait jusqu’à sa mort. Je vous rappelle tout d’abord qu’il a publié près de 100 ouvrages de toutes dimensions, environ 400 articles, plus de 80 traductions et au moins 130 préfaces. Il n’y a pas un secteur de la théologie qui lui a échappé. Quinze de ses volumes forment un ensemble exceptionnel (La Gloire et la croix) que l’on a qualifié d’opus magnum tant Balthasar y fait preuve d’une culture vraiment immense. C’est en somme un approfondissement exceptionnel de la révélation de Dieu à l’homme, car la pensée de Balthasar y est toute centrée sur le Christ. Le Christ est au cœur de ses réflexions les plus urgentes. Son rôle de théologien est magistral. Dans un texte intitulé Verbum Caro, Balthasar écrit : « Nous entendons le titre de théologien dans son sens plénier : comme celui d’un docteur de l’Église, dont la charge et la mission consistent à expliquer la Révélation dans sa plénitude et dans intégralité, par conséquent à considérer la dogmatique comme le point central de son activité ». J’aime bien le résumé très simple de la pensée de Balthasar qu’en a fait Joseph Doré* dans l’importante revue Communio fondée justement par Balthasar: «Dieu s’est porté à la fois à la rencontre et à la connaissance des hommes sous la figure singulière d’un homme, Jésus le crucifié, sur le visage duquel rayonne, pour qui sait la voir, la gloire même du Dieu vivant.» Or, nous savons tous que la révélation essentielle sur Dieu, c’est que « Dieu est Amour » (Jean 1;4,8). Pour en saisir simplement ou sans trop d’effort l’immense beauté, il vaut mieux tenter de lire attentivement L’amour seul est digne de foi, collection «Foi vivante», no 32, Paris, Auben 1967. recensée d’Adrieivres spi-35. Montaigne, 1966, 203 pages. On pourra aussi se référer à l’excellent ouvrage qu’a consacré à Balthasar une remarquable religieuse québécoise, Pierrette Petit, des Sœurs de Sainte Anne*: Hans-Urs von Balthasar, un grand théologien spirituel, Montréal, Éditions du Méridien, 1985, 207p. On y trouve d’ailleurs à fin une bonne bibliographie de Balthasar et aussi le texte des deux seules entrevues télévisées qu’a accordées Balthasar (1981) et qui font partie de la série Rencontres de Radio-Canada. Sœur Pierrette Petit a étudié à l’Université Laval, à l’Université d’Ottawa et à l’Université pontificale Grégorienne de Rome. Elle a fondé et dirige toujours le «Centre Christus» à Montréal, où se donnent des conférences et des sessions très intéressantes. Retenons que Balthasar a appris de Marie l’humilité et l’obéissance comme l’a rappelé le cardinal Ratzinger lors de ses funérailles, le 1er juillet 1988. «Par elle il s’est laissé dire, et nous l’a dit à son tour, que le christianisme n’est spiritualisation qu’à la condition d’œuvrer sans cesse à l’incarnation de l’Esprit. (…) De Marie il a avant tout appris que la source de toute fécondité 5 dans l’Église est la contemplation, sans laquelle l’action tourne à l’agitation. Il a appris que la Parole de Dieu s’entend dans le silence et la méditation et que là seulement elle atteint sa grande fécondité». Cette fécondation ne vient pas sans ce qui a marqué toute la vie de Balthasar: l’émerveillement. Cette capacité de s’émerveiller de tout a fait de lui cet homme peut-être le plus cultivé de son époque. Ouvert sur le monde, il était toujours prêt à dialoguer. Or il n’a jamais dérogé de l’insistance qu’il mettait sur les valeurs de l’intériorité et de la gratuite, de l’ascèse et de la contemplation, comme le signale Joseph Doré. C’est pourquoi il faut bien lire, si on le peut, La prière contemplative, paru en 1958 et publié en français chez Fayard en 1972, 300 p. On y comprendra mieux combien sa lutte contre tout ce qui lui paraissait risquer d’horizontaliser la foi et de séculariser l’Église a été convaincante. En somme, Hans-Urs von Balthasar était consacré à défendre la déité de Dieu telle que nous pouvons la saisir, bien que voilée, en la figure du Crucifié. «Peu d’hommes, selon Joseph Doré, ont comme lui fait valoir qu’à «l’évidence» il ne saurait y avoir de foi chrétienne en dehors de là!». Son émerveillement devant la personne du Christ s’étendait à tout. Pourtant, Balthasar était la plupart du temps un homme solitaire et silencieux. Il n’a en effet jamais été professeur. Aucun évêque suisse n’a même cru bon Aucun évêque suisse n’a même de le prendre comme expert au Concile. C’est son œuvre nourri d’émerveillement qui l’a rendu célèbre.