Le purgatoire : Jean-Marc Bot

Le Purgatoire – Traverser le feu d´Amour 

Jean-Marc Bot

Paris, Editions de l’Emmanuel, 2014. 144 pages

9782353893645

 

 

Extrait de l’introduction

Trois souvenirs me reviennent à l’esprit quand j’essaie de mettre en contact les mots «purgatoire» et «paroisse». Dans l’une de mes anciennes paroisses, une demoiselle âgée animait encore une association de prière pour les âmes du purgatoire. Elle est morte depuis, avec la garantie de nombreuses messes pour le repos de son âme. Mais qu’est devenue cette association ? Quel est son avenir ? Dans la même paroisse, une congrégation religieuse portait le nom d’Auxiliatrices – on ne dit plus «du purgatoire», ce serait trop dur à porter, trop ringard -; le purgatoire a été gommé. Enfin, toujours en paroisse, dans un groupe de jeunes entre dix-huit et vingt-cinq ans, en cycle de formation théologique, une jeune fille se mit à ridiculiser le purgatoire. Bref, l’image de marque n’est pas fameuse. Il est vrai que ce mot suggère trop facilement des expériences sinistres : purge, punition, épuration. Ces relents d’intervention pénitentiaire ne suscitent aucun enthousiasme. Sans parler des bruits d’argent autour des indulgences et des intentions de messes. Et pourtant, impossible de trouver un autre mot, même si la liturgie de la messe l’ignore superbement. Il nous reste à le dépoussiérer, à purger en quelque sorte la mauvaise réputation du purgatoire…
Cette difficulté ne date pas d’aujourd’hui. Alors que le purgatoire était encore présent et très populaire dans la pratique religieuse du XIXe siècle, il a subi un déclin brutal au lendemain de la Première Guerre mondiale, toujours appelée la Grande Guerre. L’énormité du carnage a créé un véritable traumatisme qui a ébranlé la foi des catholiques en ce qui concerne la vie après la mort. Nul n’a mieux vu le sens de cette mutation que le père jésuite Teilhard de Chardin. Il a souligné à quel point son expérience de brancardier, au cours de cette terrible guerre, l’avait marqué profondément. Dans un texte de février 1919 il écrivait :

Je me suis souvenu de nos morts. Sous le souffle de la guerre, tous ces héros me paraissaient s’échapper de la Terre comme les étincelles que le vent fait jaillir d’un brasier. Et peut-être, pour l’éclosion d’une pareille gerbe de lumière, j’aurais compris que nous ayons souffert, si j’avais pu apercevoir la flamme vivante où les âmes des tués allaient s’intégrer. Mais cette flamme n’est pas visible de la terre. Elle brille dans un autre cercle de notre Univers. […] Au scandale des maux que nous avons subis, ce n’est pas la perfection des vies qui nous ont quittés, c’est une amélioration constatée, ici-bas, sur la Terre, qui peut donner la seule réponse que nous attendons.

La suite du XXe siècle n’a pas répondu à cette attente d’une amélioration tangible, bien au contraire. L’accumulation des guerres et la montée en puissance de la société de consommation ont fait perdre de vue l’horizon d’éternité encore familier au cours des siècles précédents. Comme le rapport avec nos défunts, sous la catégorie des âmes du purgatoire, s’est éloigné de nos préoccupations majeures, ce sont la réalité même du purgatoire et l’intérêt de la prière pour les morts qui ont perdu de leur crédibilité. De nos jours l’attention se concentre davantage sur la question de la mort et de l’au-delà, éprouvée justement comme questionnement plus que comme réponse doctrinale. Le changement de vocabulaire qui a fait passer du «ciel», ou du «purgatoire», au thème général de l’«au-delà» est le signe d’une mutation culturelle fondamentale.

 

Présentation de l’éditeur

Qu’est-ce que le purgatoire ? Quel est son rôle ? Cette notion déterminante pour notre vie de foi a besoin d’un bon dépoussiérage culturel. La doctrine catholique du purgatoire s’appuie sur une longue pratique de prière pour les défunts, remontant au peuple juif, avant l’ère chrétienne.

À la lumière de cet héritage et de l’expérience des saints, ce livre présente la réalité essentielle qu’est cette étape vers le paradis. Mieux, il montre que si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer. Il répond aux objections actuelles en ne négligeant aucun aspect important : la Bible et la tradition chrétienne, le temps et l’éternité, la purification avant et après la mort, la prière pour les morts et la communion des saints. Un traité du purgatoire adapté à notre époque.

Jean-Marc Bot est prêtre du diocèse de Versailles. Il a été professeur de séminaire, curé de paroisse, accompagnateur du catéchuménat diocésain. Il a publié plusieurs livres, dont une série de quatre volumes sur les fins dernières.