CHINE, HISTOIRE, ILE DE TAÏWAN, REPUBLIQUE DE CHINE, REPUPLIQUE POPULAIRE DE CHINE, TAÏWAN

Une histoire de l’île de Taïwan

Chronologie historique de Taïwan

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Taïwan, de manière usuelle officiellement la république de Chine est un État souverain d’Asie de l’Est, dont le territoire s’étend actuellement sur l’île de Taïwan, ainsi que d’autres îles avoisinantes, celles de la province du Fujian et les îles Pescadores.

Taïwan fut officiellement gouverné par la Chine de 1683 à 1895, puis cédé au Japon, par le traité de Shimonoseki (1895), à la suite de la première guerre sino-japonaise. Ce dernier entreprend le développement de Taïwan, la dotant d’infrastructures importantes. En 1945, à la suite de la défaite japonaise à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la république de Chine recouvre Taïwan. En 1949, le gouvernement de la République contrôlé par le Kuomintang s’y installe, après avoir perdu la guerre civile contre les communistes. Cette installation est accompagnée d’un transfert massif de population. En mai 1950, Hainan est à son tour occupée par l’armée populaire de libération ; la république de Chine ne contrôle alors plus que l’île de Taïwan et quelques autres territoires insulaires plus petits.

La république de Chine occupait le siège de la Chine à l’ONU jusqu’en 1971, date à laquelle la république populaire de Chine la remplaça. La république de Chine et la république populaire de Chine revendiquent chacune la pleine et légitime souveraineté sur la totalité du territoire chinois (Chine continentale et île de Taïwan). Dans les faits, Taïwan a une indépendance administrative et politique par rapport au continent, mais son indépendance n’a jamais été proclamée ni par le gouvernement de l’île, ni par celui du continent. Elle est donc considérée par l’ONU comme une province de la république populaire de Chine, et par le gouvernement de Taïwan comme une province de la république de Chine, selon les dispositions de sa Constitution d’avant 1949.

Une réforme agraire réussie puis un développement économique rapide et soutenu pendant la deuxième moitié du xxe siècle ont transformé Taïwan, un des quatre dragons asiatiques, en un pays industrialisé développé jouissant d’un niveau de vie équivalent à celui du Japon ou de l’Union européenne. Cette ascension économique est souvent appelée le miracle taïwanais. Ses industries de haute technicité jouent un rôle essentiel dans l’économie mondiale. Les entreprises taïwanaises fournissent une bonne partie des produits électroniques du monde, mais la grande majorité de ceux-ci sont fabriqués dans leurs usines en république populaire de Chine et dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est. Ce développement économique s’est réalisé en parallèle à une démocratisation de la vie politique locale, après plus de quarante années passées sous un régime autoritaire.

Lee Teng-hui est le premier président élu au suffrage universel direct en 1996. Son successeur est Chen Shui-bian (Parti démocrate progressiste) qui remporte les élections présidentielles de 2000 et de 2004. Ma Ying-jeou (Kuomintang) est quant à lui élu président en 2008 et réélu en 2012.

L’indépendantiste Tsai Ing-wen remporte l’élection présidentielle de janvier 2016 avec 56 % des voix contre 31 % pour Eric Chu, le candidat du parti jusqu’ici au pouvoir, le Kuomintang (KMT). Tsai Ing-wen devient ainsi la première femme à la tête de l’État. Le Minjindang (DPP Parti démocrate progressiste) dont elle est issue remporte de son côté 68 des 113 sièges du Parlement, lui offrant ainsi une majorité parlementaire solide.

Ceci est une chronologie de l’histoire de l’île de Taïwan, de la Préhistoire à nos jours.

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Temps préhistorique

Il y a 30 000 ans : plus vieille trace humaine à Taïwan (homme de Zuozhen)

Il y a 6 000 ans : les ancêtres des aborigènes, issus de la culture de Hemudu, originaire de la baie de Hangzhou commencent à arriver par vagues successives à Taïwan et forment le groupe initial des langues austronésiennes. Ils assimilent et remplacent alors les populations du Pléistocène.

Il y a 1 000 ans : les ancêtres des Da’o arrivent sur l’île de Lanyu (île des orchidées).

 

xvie siècle

1540 : en 1540-42 les Portugais en route pour le Japon croisent au large de Taïwan et nomment l’île Formose (Ilha Formosa).

 

xviie siècle

1604 : Pour le compte de la Compagnie des Indes, les Hollandais sous le commandement de Wijbrand van Waerwijck, s’installent aux Pescadores pour commercer avec la Chine. Le général Ming Shen  You-rong leur demande de se retirer.

1609 : Le shogunat Tokugawa envoie le seigneur Arima Haruno pour une mission d’exploration de Taïwan.

1616 : Murayama Toan essaye d’envahir Taïwan, les attaques des Aborigènes font échouer l’expédition.

1622 : Les Hollandais sous le commandement de Cornelis Reyersoon occupent les Pescadores afin de persuader la Chine de commercer avec eux. Ils construisent un fort aux Pescadores.

1623 :

Le capitaine Ripon est envoyé depuis les Pescadores à Taïwan pour commencer la construction d’un fortin. Il est rappelé peu de temps après, il quitte Taïwan et repart pour les Pescadores.

la cour des Ming interdit de naviguer vers Taïwan.

1624 : En août les troupes chinoises forcent les Hollandais à quitter les Pescadores, ils sont néanmoins autorisés à s’installer à Taïwan et le gouvernement chinois accepte également de commercer avec les Hollandais. Les Hollandais s’installent donc à Tayouan (actuel Anping à Tainan), il s’y construiront le fort Zeelandia.

1625 : En janvier le premier gouverneur de la Compagnie des Indes, Maarten Sonck loue auprès des aborigènes du village de Sinkan, un terrain qui sera appelé Sakam.

1626 : En mai les Espagnols sous le commandement de Antonio Carrendo de Valdes débarquent aux nord de l’île, ils nomment l’endroit Santissima Trinidad (à Keelung de nos jours) et commencent la construction du fort San Salvador.

1627 : Le 4 mai le missionnaire hollandais, Georges Candidius arrive à Taïwan.

1628 : Les Espagnols s’installent à Tamsui et construisent le fort Santo Domingo.

1635 : En août, des renforts arrivent de Batavia (Jakarta), en fin d’année une campagne de « pacification » de la zone proche de Tayouan commence, le plus redoutable village aborigène (Mattau) est battu.

1636 :

La campagne de « pacification » prend fin, une cérémonie regroupant les représentants de 28 villages est organisée, ainsi commence la domination des Hollandais dans le Sud-Ouest de l’île.

Les Aborigènes attaquent les Espagnols à Tamsui, après cette attaque l’intérêt que portent les Espagnols à Taïwan baisse.

Les Hollandais construisent une école à Sinkan et enseignent la Bible aux aborigènes.

1641 : Les Hollandais réunissent les chefs aborigènes pour qu’ils forment un conseil local.

1642 : 26 août, les Hollandais expulsent les Espagnols de Taïwan.

1647 : Les Hollandais introduisent du bétail et enseignent aux aborigènes à les utiliser.

1652 : 7 septembre, en protestation contre l’exploitation qu’ils estiment subir de la part des Hollandais quelque 15 000 Chinois se révoltent avec à leur tête Kuo Huai-i (Fayet). Avec l’aide des Aborigènes la révolte est écrasée.

1661 :

Le 30 avril Zheng Chenggong (Koxinga) débarque à Taïwan avec 25 000 soldats, pour en faire une base afin de lutter contre les Mandchous.

Le gouvernement mandchou interdit de traverser le détroit.

1662 :

Le premier février les Hollandais se rendent à Koxinga. Frederick Coyett et Koxinga signent un traité, et les Hollandais quittent Taïwan. Koxinga s’installe dans le fort Zeelandia dont il fait son palais; il renomme l’endroit Anping.

Koxinga meurt le 23 juin, son fils Zheng Jing lui succède.

1664 : Le 20-21 août les Hollandais reviennent à Taïwan et s’installent dans l’ancien fort espagnol de Keelung.

1668 : Fin 1668 les Hollandais se retirent de Keelung.

1681 : Zheng Jing meurt et son fils Zheng Keshuang lui succède, il n’a que 12 ans.

1683 : En juin les troupes mandchoues (dynastie Qing), avec à leur tête Shi Lang débarquent aux Pescadores, les Zheng se rendent aux Mandchous. De nombreux Chinois habitant Taïwan seront rapatriés sur le continent.

1684 : Taïwan devient une préfecture de la province du Fujian. Elle est divisée en 3 districts (Zhuolo, Taïwan et Fengshan).

 

xviiie siècle

1721 : révolte de Chu I-Kuei. Les insurgés prennent le contrôle de Tainan, et Chu I-Kuei est nommé « Roi ». Des troupes sont envoyées depuis le continent et écrasent les insurgés.

1722 : Le gouverneur mandchou interdit la culture dans les montagnes.

1727 : Le gouverneur autorise les communautés Pingpu à louer leurs terres aux Chinois.

1731 : fin 1731 commence la révolte de Ta-chia-hsi, les aborigènes des plaines se révoltent à cause des abus de l’administration Qing.

1739 : Une frontière délimite les territoires des Aborigènes des montagnes, le gouvernement interdit aux Chinois d’entrer sur ces terres, cette interdiction sera levée en 1875.

1758 : Le gouverneur mandchou ordonne aux Aborigènes d’adopter les coutumes chinoises ainsi que des noms chinois.

1760 : Le gouverneur lève les restrictions pour traverser le détroit.

1766 : Le gouverneur met en place le « Bureau des Affaires Barbares ».

1787 : Révolte menée par Lin Shuang-Wen la révolte est réprimée avec l’aide de troupes venues du continent.

 

xixe siècle

 

1858 : Traité de Tianjin, la France et l’Angleterre obtiennent l’ouverture des ports de Keelung, Tamsui, Kaohsiung et Anping.

1865 : Ouverture d’un consulat anglais au sud de l’île.

1871 : Des pêcheurs des îles Ryukyu après un typhon débarquent au sud de Taïwan et sont tués par les Paiwan à Mutan (incident du village mutan).

1872 : En mars le missionnaire George Leslie Mackay du Canada arrive à Tamsui.

1874 :

Les Japonais débarquent à Taïwan officiellement pour « venger » les pêcheurs des îles Ryukyu, mais cherchent à faire reconnaitre leurs droits sur ces îles. Ils affrontent les Paiwan de Mutan. Les troupes japonaises finissent par se retirer, et la cour des Qing paye des indemnisations

Shen Pao-chen demande une politique d’ouverture des zones montagneuse afin d’administrer les Aborigènes et de faciliter les transports dans l’île, des troupes sont envoyées dans les villages aborigènes.

1875 : Taïwan est divisé en deux préfectures.

1880 : George Leslie Mackay construit un hôpital.

1882 : George Leslie Mackay ouvre le « collège d’Oxford » à Tamsui.

1884 : Durant la guerre franco-chinoise, la marine française fait le blocus de Keelung et de Tamsui.

1885 : Taïwan devient une province chinoise avec Taipei comme capitale. Liu Mingchuan devient le premier gouverneur de Taïwan et entreprend sa modernisation.

1891 : La ligne de chemin de fer Keelung-Taipei est inaugurée.

1895 :

À la suite de la guerre sino-japonaise (1894-1895) le traité de Shimonoseki est signé et la Chine cède Taïwan au Japon.

Le 23 mai des pro-Qing déclarent la République de Taïwan, Tang Jingsong est nommé Président le 25 mai.

Le 29 mai les troupes japonaises débarquent près de Keelung.

Le 6 juin Tang Jingsong fuit en Chine, et Liu Yongfu lui succède.

En octobre les troupes japonaises rentrent à Tainan ; c’est la fin de la République de Taïwan.

1896 : Le 30 janvier est promulguée la Loi 63, qui confère au Gouverneur les plein pouvoir.

1897 : Début de la construction d’une barrière de « défense », entourant le territoire des Atayal. Elle était constituée de postes de polices et de barrières électriques, elle sera complètement terminée en 1900.

1899 :

La Banque de Taïwan est créée pour encourager les investissements japonais à Taïwan.

Début de la construction de la voie de chemin de fer reliant le Nord au Sud de l’île.

 

xxe siècle

1900 : Les Atayal de Takekan se révoltent contre les Japonais.

1908 : La ligne de chemin de fer Nord-Sud sur la côte Ouest est ouverte.

1904 : L’office du gouverneur de Taïwan promulgue plusieurs lois prohibant la possession d’armes à feu et de poudre à canon.

1915 : incident de Tapani.

1917 : Les bunun du village de Tanta se révoltent contre les Japonais.

1920 :

Mise en place d’un système de réserve, les Chinois ont l’interdiction de pénétrer en territoire aborigène. La même année voit la disparition de la ligne de défense.

Les Japonais délocalisent les villages aborigènes dans des endroits plus accessibles afin de mieux pouvoir les contrôler.

1921 : l’association culturelle taïwanaise est fondée.

1923 :

Le prince Hirohito visite Taïwan.

L’office du gouvernement de Taïwan annonce que le terme « barbare » devrait être remplacé par celui de « tribu des montagnes ».

1930 : Les Atayal de Wushe, menés par Mona Rudao, se révoltent contre les Japonais (Incident de Wushe).

1935 : Les Taïwanais élisent des représentants locaux pour la première fois.

1937 :

Cette année est lancé le mouvement Kominka, qui avait pour but de « japaniser » la société taïwanaise et de faire des habitants de Taïwan des sujets de l’Empereur.

La centrale électrique du lac de la lune et du soleil est terminée.

1940 : L’office du gouvernement de Taïwan encourage les aborigènes à adopter des noms japonais.

1941 : Abolition de la discrimination dans les écoles primaires entre Taïwanais et Japonais.

1942 : Les « Volontaires de Takasago » sont formés.

1943 : Scolarisation obligatoire. Le taux de scolarisation dans le primaire est de 71,3 % et de 86,4 % pour les aborigènes.

1945 : Le Japon capitule. Les nationalistes du Kuomintang prennent le contrôle de l’île avec l’accord des Alliés (conférence du Caire de 1943).

1947 : Le 28 février, un incident éclate à Taipei. La population manifeste et les affrontements avec le gouvernement nationaliste se multiplient. Une terrible répression s’ensuit, accompagnée d’environ 20 000 à 30 000 morts. Les leaders sont exécutés. La loi martiale est instaurée sur toute l’île.

1949 : Sur le continent, en 1949, les communistes proclament la République populaire de Chine. Le maréchal Tchang Kaï-chek, après avoir perdu la guerre contre Mao Zedong, se réfugie à Taïwan. Il remet alors en place la loi martiale ainsi qu’un gouvernement provisoire. La population chinoise arrivée en 1949 représente 15 % de la population totale de l’île. Mais les immigrés prennent le contrôle de Taïwan et des 85 % de Taïwanais.

1950 : La République de Chine est recréée à Taïwan.

1951 : Le traité de San Francisco est signé. Par ce traité, le Japon renonce à sa souveraineté sur Taïwan. Le traité ne spécifie pas la nouvelle souveraineté. On considère alors que « le futur statut de Taïwan sera décidé en accord avec les intentions et les principes de la Charte des Nations unies ». C’est le seul traité international du xxe siècle concernant le statut de Taïwan.

1952 : Signature du traité de paix entre La République de Chine et le Japon.

1954 : Les États-Unis et Taïwan signent le traité de défense mutuelle.

1954-1955 : Première crise du détroit de Taïwan. La République Populaire de Chine annexe les îles Tachen.

1958 : L’Armée populaire de libération (APL) de Chine continentale lance une offensive contre les îlots de Jinmen (Quemoy) et de Matsu. C’est la crise du détroit de Formose. Les États-Unis interviennent et empêchent l’invasion chinoise.

1971 : L’ONU vote la reconnaissance de la République populaire de Chine comme le seul représentant légitime de la Chine à l’Organisation des Nations unies (Résolution 2758). En conséquence, la République de Chine perd le siège de celle-ci et est exclue de toute l’organisation.

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1975 : Tchang Kaï-chek meurt le 5 avril.

1978 :

Chiang Ching-Kuo devient président.

En décembre, les États-Unis rompent les relations diplomatiques avec la République de Chine.

1979 :

Le congrès américain vote le « Taiwan Relations Act.

Pékin appelle Taïwan à revenir « au sein de la mère patrie ». Le gouvernement est alors appelé « autorités de Taipei » par la République populaire de Chine.

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incident de Kaohsiung (incident de la revue Meili dao) après cet incident les milieux indépendantistes sont réprimés.

1981 : Pékin propose à Taipei les « trois liens » (commerce, poste, voyages), ainsi que les « quatre échanges » (universitaires, culturels, économiques et sportifs). La Chine invente alors la doctrine « un pays, deux systèmes ».

1982 : Après avoir répondu par les « trois non » (non aux contacts, aux négociations et aux compromis), Taïwan reconnaît les dirigeants de Pékin comme les « autorités communistes chinoises ».

1986 :

Septembre, création du Parti Démocratique Progressiste (PDP)

Octobre, le gouvernement légalise les formations d’oppositions.

1987 : Massacre de Lieyu s’est passé le 3 mars. Ensuite, la loi martiale, qui dure depuis 1949, est levée à Taïwan. La population est autorisée à visiter la République populaire de Chine.

1988 : Chiang Ching-Kuo meurt le 13 janvier, Lee Teng-hui vice-président devient donc Président.

1990 : Lee Teng-hui est élu Président.

1991 :

Avril, la constitutionest révisée pour que le Yuan législatif et l’assemble nationale puisse être élus uniquement par les citoyens des territoires sous contrôle de la République de Chine.

Mai, le président Lee Teng-hui annonce la fin de la « période de mobilisation nationale pour la suppression de la rébellion communiste ».

Juin, le Yuan législatif adopte une motion qui demande au gouvernement de préparer le retour a l’ONU

1992 : le KMT accepte la responsabilité de l’incident du 28 février 1947.

1993 :

27-28 sommet de Singapour

En août premier essai pour réintégrer l’ONU.

31 août livre blanc de Pékin

En novembre, le ministre taïwanais de l’économie annonce la politique « provisoire des deux Chines », qui concerne « deux États souverains ».

1994 : Livre blanc de Taïwan

1995 : le gouvernement américain autorise Lee Teng-hui à visiter les États-Unis, à la suite de cela commence la crise des missiles.

1996 :

En mars, la République populaire de Chine déclenche des manœuvres militaires le long de la côte du Fujian. En particulier elle tire des missiles au large de Taïwan. La réaction des États-Unis est le déploiement de deux porte-avions nucléaires dans la zone.

Lee Teng-hui est élu président au suffrage universel direct.

1999 : En 1999 Lee Teng-hui, déclara que les relations entre la Chine et Taïwan étaient des « relations spéciales d’État à État». Cette déclaration souleva des protestations à Pékin.

2000 :

En février la République de Chine publie un livre blanc dans lequel il est réaffirmé que non seulement une déclaration d’indépendance de Taïwan est un casus belli, mais également qu’un refus sine die des négociations en vue de la réunification, l’est également.

En mars, Chen Shui-bian gagne l’élection présidentielle et devient le premier président non membre du Kuomintang.

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xxie siècle

2001 : les trois mini liens entre Jinmen, Matsu et le Fujian entrent en service.

2002 : Taïwan entre à l’Organisation mondiale du commerce

2004 : Chen Shui-bian est réélu de justesse avec 0,22 % des votes de plus que son adversaire.

2005 : premier vol commercial direct entre Pékin et Taipei pour le nouvel an chinois.

2005 : la République populaire de Chine vote la Loi antisécession, qui « autorise » l’emploi de la force armée si Taïwan déclare son indépendance.

2006 : Le train à grande vitesse entre en service (Ligne à grande vitesse de Taïwan) entre Taipei et Kaohsiung.

16 avril : le président du KMT (dans l’opposition) Lien Chan rencontre à Pékin Hu Jintao secrétaire général du Parti communiste chinois

2008 :

Le Guomindang (KMT) gagne les législatives, il obtient 81 sièges sur 113.

22 mars : à l’élection présidentielle, victoire de Ma Ying-jeou, chef du Kuomintang (KMT) contre le candidat du président sortant Chen Shui-bian avec 58,45 % des suffrages exprimés. Investiture le 20 mai. Le nouveau président s’est présenté comme la candidat de l’ouverture et de l’accélération des échanges avec la Chine populaire, parlant même de la perspective d’un « marché commun » et de jeter « les fondations d’un siècle de paix et de prospérité ».

4 juillet : premiers vols directs les week-ends entre la Chine continentale et Taïwan.

visite de Chen Yunlin, le président de l’Association des relations entre les deux rives (ARATS), premier haut responsable chinois de ce rang à visiter Taïwan.

mouvement étudiant des « fraises sauvages »

rencontre de l’ancien vice-président de la République de Chine Lien Chan (président honoraire du Kuomintang) et du président chinois Hu Jintao à l’APEC au Pérou

2009

Le typhon Morakot fait près de 700 morts

2012 : Ma Ying-jeou est réélu président.

2014 : Mouvement Tournesol des Étudiants  ou 318 qui débute le 18 mars et se termine le 10 avril.

2016 :

16 janvier : Tsai Ing-wen (DPP) est élue présidente de la RdC.

1er août : La présidente Tsai Ing-wen présente de la part du gouvernement des excuses officielles aux aborigènes « pour les souffrances et l’injustice qu’ils ont subies ces 400 dernières années« .

2017 :

24 mai : La Conseil Constitutionnel légalise le mariage pour tous. Les législateurs ont deux ans pour modifier le Code Civil qui a été jugé « non conforme à la Constitution ».

¨SANS JESUS, BOUS NE POUVONS RIEN FAIRE, FRANÇOIS (pape), LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MISSION

Les dix punchlines du pape François sur la mission — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

Dans un livre-entretien intitulé « Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire » sortie le 8 janvier 2020, le pape François délivre une feuille de route sur la mission. Loin d’être une méthode toute faite, la « mystérieuse fécondité de la mission » naît du « vertige que l’on éprouve en présence des paroles de Jésus », déclare le pape François…

via Les dix punchlines du pape François sur la mission — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

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L’évangélisation selon François : les extraits du nouveau livre du pape

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Le pape François publie ce mercredi 8 janvier, en français, « Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire » (éditions Bayard), consacré à l’évangélisation. Dans ce livre d’entretien, il insiste sur la dimension évangélisatrice de l’Église et revient sur des notions chères comme le prosélytisme, l’attraction ou l’inculturation.

Le nouveau livre d’entretien que le pape publie ce mercredi 8 janvier est l’occasion pour François de revenir sur ce qui, dès l’origine, a été au cœur de son pontificat : la volonté d’une Église plus crédible dans l’évangélisation.

Une volonté affichée dès les réunions de cardinaux précédant le conclave quand, dans une intervention remarquée, il avait plaidé pour une Église appelée « à sortir d’elle-même vers la périphérie existentielle de l’humanité, pour qu’elle devienne mère féconde de la “douce et réconfortante joie d’évangéliser” ».

Ou bien avec son exhortation Evangelii gaudium « sur l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui », véritable programme du pontificat. Ou encore quand, parmi ses premières interventions, il avait repris les mots de son prédécesseur Benoît XVI : « L’Église ne grandit pas par prosélytisme. Elle grandit par attraction ».

« Sans l’Esprit, la mission devient une conquête »

Au fil des pages de cet entretien avec le journaliste Gianni Valente, François prend le temps d’expliquer cette vision souvent mal comprise, voire détournée par tous ceux qui veulent dépeindre François comme un pape refusant l’annonce explicite de la foi.

François est pourtant clair : « Soit l’Église est en sortie, soit elle n’est pas l’Église. Soit elle est annonce, soit elle n’est pas l’Église ». « Si l’Église ne sort pas, elle se corrompt, se dénature, explique-t-il. Elle devient (…) une multinationale destinée à lancer des initiatives et des messages au contenu éthique et religieux. »

L’évangélisateur, explique François, ne saurait être « le petit imprésario de la vie ecclésiale où tout arrive selon un programme établi et où il suffit de suivre les instructions ». Ce qui arrive, continue-t-il, quand on ne propose plus la rencontre avec le Christ et qu’on oublie le rôle de l’Esprit Saint : sans, lui, affirme-t-il, « la mission devient autre chose (…) une conquête religieuse, ou peut-être idéologique ».

« Faciliter la foi et non à la contrôler »

D’où un long développement pour expliquer combien « l’élan missionnaire ne peut être fécond » que s’il se produit par « attraction »« Si c’est le Christ qui vous attire et que vous agissez parce que vous êtes attiré par le Christ, les autres n’ont aucune peine à s’en rendre compte », insiste-t-il.

Et si François rappelle que « l’Église n’est pas une ONG », il défend le travail humanitaire comme faisant « partie de sa mission ». « Tout dépend de l’amour qui anime le cœur de celui ou celle qui fait les choses », explique-t-il, prenant l’exemple d’une religieuse dans un hôpital : « fut-ce au milieu de personnes non chrétiennes, (elle) annonce l’Évangile par la charité avec laquelle elle soigne les malades et manifeste ainsi son amour pour Jésus et l’amour de Jésus pour les malades ».

Pour ce pape qui a toujours refusé les « douanes pastorales », le missionnaire chrétien est donc celui qui cherche « à faciliter la foi et non à la contrôler », à « ne pas mettre d’obstacle au désir de Jésus d’embrasser tout le monde, de guérir tout le monde, de sauver tout le monde ».

« Rendre visible le Christ aux autres par le témoignage »

C’est ce qui explique son rejet d’une évangélisation « élitiste » qui serait « la compétence exclusive de groupes particuliers » : « Jésus ne dit pas aux apôtres de former un groupe exclusif, un groupe d’élite », affirme celui pour qui « le baptême est suffisant pour annoncer l’Évangile » et qui se dit réticent face à l’expression « laïcs engagés ». « Si vous êtes un laïc baptisé, vous êtes déjà engagé. Le baptême suffit. Il n’est pas nécessaire d’imaginer un baptême double, un baptême spécial réservé à la catégorie des “laïcs engagés”. »

Au contraire, à la suite du concile Vatican II, le pape rappelle qu’il revient à tous les laïcs de « “rendre visible” le Christ aux autres par le témoignage de leur vie », notamment en vivant « sur le mode missionnaire les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne ».

D’où, enfin, pour François, la nécessité de l’inculturation. Il faut, insiste-t-il, « tenir compte des rythmes quotidiens et des événements ordinaires des lieux et des communautés humaines »« Comment imaginer que la foi puisse se transmettre comme une espèce de transplantation de l’organisation d’un pays dans un autre, d’une situation dans une autre ? », s’interroge-t-il.

« Se libérer de certaines sacralisations orgueilleuses »

S’il reconnaît que « plusieurs cultures ont été étroitement liées à la prédication de l’Évangile et au développement de la pensée chrétienne », il souligne que « le christianisme ne dispose pas d’un seul et unique modèle culturel » et qu’il faut « garder présent à l’esprit que le message révélé ne s’identifie à aucune culture ». « Il ne faut pas essayer d’imposer une forme culturelle déterminée en même temps que la proposition évangélique », insiste-t-il.

« Aujourd’hui, dans l’œuvre missionnaire aussi, il convient de ne pas emporter de lourds bagages, de se libérer de certaines sacralisations orgueilleuses de leur propre culture », met en garde le pape pour qui « il ne s’agit pas de faire de l’animation missionnaire comme s’il s’agissait d’un métier, mais de vivre avec les autres, de les suivre pas à pas, de demander à les accompagner en apprenant à cheminer à leur rythme. »

La réforme de la Curie en ligne de mire

Avec ce livre, qui rappelle les fondements évangélisateurs de son pontificat, François pose aussi les jalons d’une année qui s’annonce cruciale. 2020 devrait en effet voir la publication de la constitution régissant la Curie romaine, en chantier depuis sept ans. Provisoirement intitulée Praedicate evangelium, « Proclamez l’Évangile », elle devrait rappeler combien la Curie est au service du travail d’évangélisation des Églises locales qui disposeraient de beaucoup plus d’autonomie qu’actuellement.

 

Un brouillon de ce texte qui a circulé a suscité de vives réactions et n’est sans doute pas étranger à la remobilisation de tous ceux qui, par peur de voir s’estomper leur pouvoir ou battre en brèche leur vision de l’Église, veulent à tout prix en empêcher la publication.

C’est à cette aune qu’il convient de lire les récentes rumeurs de démission du pape qui visent surtout à affaiblir la réforme : pourquoi suivre un pape qui va bientôt partir ? D’où l’importance pour François de redire l’urgence évangélisatrice qui fait le cœur de sa réforme.

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Extraits

Le témoignage suscite l’admiration

« L’attraction se fait témoignage en nous. Le témoin montre ce que l’œuvre du Christ et de son Esprit a vraiment accompli dans sa vie. Après la Résurrection, c’est le Christ qui se rend visible aux apôtres. C’est lui qui fait d’eux des témoins. Le témoignage n’est pas une prestation pour elle-même, on est témoin des œuvres du Seigneur. (…) Le témoignage suscite l’admiration, et l’admiration suscite des questions chez ceux qui le voient. Les autres se demandent : “Comment se fait-il que cette personne soit ainsi ? D’où lui vient le don d’espérer et de traiter les autres avec charité ?” Lorsque Dieu œuvre directement dans la vie et le cœur des gens, cela est source de stupeur. Admiration et stupeur voyagent ensemble dans la mission. (…) Admiration et stupeur sont les sentiments, les traits distinctifs qui caractérisent le chemin des missionnaires. Cela n’a rien à voir avec l’impatience et les angoisses des publicitaires envoyés par les entreprises pour gagner des adhérents et faire des prosélytes. »

La tromperie du prosélytisme

« Il y a du prosélytisme partout où se trouve l’idée de faire croître l’Église en se passant de l’attraction du Christ et de l’œuvre de l’Esprit, en misant tout sur une sorte de “discours savant”. Aussi, le prosélytisme exclut de la mission le Christ lui-même, et l’Esprit Saint même quand il prétend parler et agir au nom du Christ, de manière nominaliste. Par nature, le prosélytisme est toujours violent, même quand il dissimule sa violence ou qu’il l’exerce avec des gants. Il ne supporte pas la liberté et la gratuité avec lesquelles la foi peut se transmettre, par la grâce, de personne à personne. C’est pourquoi le prosélytisme n’appartient pas uniquement au passé, à l’époque du colonialisme ou des conversions forcées ou obtenues contre la promesse d’avantages matériels. Il peut exister du prosélytisme aujourd’hui, au sein des paroisses, des communautés, des mouvements ou encore des congrégations religieuses. »

Faire goûter la tendresse de Dieu

« Annoncer l’Évangile à haute voix ne consiste pas à assiéger les autres à l’aide de discours apologétiques, à hurler rageusement à l’adresse des autres la vérité de la Révélation. Il n’est pas plus utile de lancer à la tête des autres des vérités et des formules doctrinales comme si elles étaient des pierres. Quand cela se produit, c’est le signe que les paroles chrétiennes elles-mêmes sont passées à travers un alambic et se sont transformées en idéologie. (…) Annoncer l’Évangile signifie transmettre à l’aide de mots sobres et précis le témoignage du Christ comme le firent les apôtres. Mais il ne sert à rien d’inventer des discours persuasifs. (…) C’est pourquoi la répétition littérale de l’annonce n’a pas d’efficacité en elle-même et peut tomber dans le vide si les personnes à qui elle s’adresse n’ont pas l’occasion de rencontrer et de goûter d’une manière ou d’une autre la tendresse de Dieu pour eux, et sa miséricorde qui guérit. »

La force de la rencontre

« Dans l’expérience commune, on n’est pas frappé si l’on rencontre quelqu’un qui circule en martelant ce qu’est le christianisme, ce que sont le bien et le mal et ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour aller ou non en enfer ou au paradis. Dans l’expérience commune, il arrive le plus souvent d’être marqué par la rencontre avec une personne ou une réalité humaine qui surprennent par des gestes et des mots révélant leur foi dans le Christ. Ce n’est que dans le climat d’admiration et de stupeur provoquant des questions que cette personne et cette réalité humaine peuvent attester et proclamer le nom et le mystère de Jésus de Nazareth, dans l’espoir de pouvoir répondre aux attentes et aux questions suscitées chez les autres par leur témoignage. (…) La stupeur suscitée par ce que le Seigneur réalise dans ses témoins précède habituellement l’annonce. »

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Le message révélé ne s’identifie à aucune culture

« Tous les processus féconds d’inculturation ont toujours creusé leur chemin petit à petit dans la trame de la vie concrète et quotidienne. Voilà quelle est la véritable inculturation. S’inculturer, c’est être dans la vie ordinaire, dans la temporalité comme dans la manière de s’exprimer et
d’exprimer la vie de ces peuples. Comment imaginer que la foi puisse se transmettre comme une espèce de transplantation de l’organisation d’un pays dans un autre, d’une situation dans une autre ? L’inculturation ne se fait pas dans des laboratoires théologiques, mais dans la vie quotidienne. (…)

Au cours des deux derniers millénaires, les peuples qui ont reçu la grâce de la foi l’ont fait s’épanouir dans leur vie quotidienne et l’ont transmise selon leurs propres usages culturels. Le christianisme ne dispose pas d’un seul et unique modèle culturel. (…)

Il est vrai que plusieurs cultures ont été étroitement liées à la prédication de l’Évangile et au développement de la pensée chrétienne. À l’époque où nous vivons, il devient toujours plus urgent de garder présent à l’esprit que le message révélé ne s’identifie à aucune culture. Dans la rencontre avec de nouvelles cultures ou avec des cultures qui n’ont pas accueilli la prédication chrétienne, il ne faut pas essayer d’imposer une forme culturelle déterminée en même temps que la proposition évangélique. Aujourd’hui, dans l’œuvre missionnaire aussi, il convient de ne pas emporter de lourds bagages, de se libérer de certaines sacralisations orgueilleuses de leur propre culture. »

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Repères

Un livre d’entretien avec le journaliste Gianni Valente

Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire. Être missionnaire aujourd’hui dans le monde, texte inédit du pape François (entretien avec Gianni Valente), Bayard/Librairie éditrice vaticane, 128 p., 12,90 €.

Romain d’origine et spécialiste de l’Orient chrétien, Gianni Valente a collaboré au magazine 30 Giorni avant de rejoindre l’agence Fides, liée à la Congrégation pour l’évangélisation des peuples.

Grand connaisseur de la Chine, il collabore aussi à la revue italienne de géopolitique Limes et au site d’information Vatican Insider.

 

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Levangelisation-selon-Francois-extraits-nouveau-livre-pape-2020-01-07-1201070284

ACTES DES APÔTRES, ACTES DES APOTRES, ANCIEN TESTAMENT, BAPTEME DE JESUS, BAPTEME DU CHRIST, EVANGILE SELON MATTHIEU, LIVRE D'ISAÎE, LIVRE D'ISAÏE, LIVRE D'SAÏE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 28

Baptême du Seigneur : dimanche 12 janvier 2020 : lectures et commentaires

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Dimanche 12 janvier 2020

Baptême du Seigneur

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Isaïe 42, 1-4. 6-7

Ainsi parle le SEIGNEUR :
1 Voici mon serviteur que je soutiens,
mon élu qui a toute ma faveur.
J’ai fait reposer sur lui mon esprit ;
aux nations, il proclamera le droit.
2 Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton,
il ne fera pas entendre sa voix au-dehors.
3 Il ne brisera pas le roseau qui fléchit ;
il n’éteindra pas la mèche qui faiblit,
il proclamera le droit en vérité.
4 Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas,
jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre,
et que les îles lointaines
aspirent à recevoir ses lois.

6 Moi, le SEIGNEUR, je t’ai appelé selon la justice,
je te saisis par la main, je te façonne,
je fais de toi l’alliance du peuple,
la lumière des nations :
7 tu ouvriras les yeux des aveugles,
tu feras sortir les captifs de leur prison,
et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres.

La difficulté de ce texte vient de sa richesse ! Comme beaucoup de prédications des prophètes, celle-ci est très touffue : beaucoup de choses sont dites en quelques phrases. Je vais essayer de décomposer le texte.
Pour commencer, visiblement, il comprend deux parties : c’est Dieu qui parle d’un bout à l’autre, mais, dans la première partie, il parle de celui qu’il appelle « son serviteur » (« Voici mon serviteur que je soutiens… »), tandis que, dans la seconde, il parle directement à son serviteur (« Moi, le SEIGNEUR, je t’ai appelé »).
Je m’attache d’abord à la première partie : première remarque, je devrais dire premier étonnement : le mot « droit » (au sens de jugement) revient trois fois. « Aux nations, il proclamera le droit… il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre. »
Or c’est peut-être là que nous allons avoir des surprises, car ce jugement, curieusement, ne ressemble pas à un verdict ; pourtant, spontanément, pour nous, le mot « jugement » est souvent évocateur de condamnation, surtout quand il s’agit du jugement de Dieu. Mais ici, il n’est pas question de condamnation, il n’est question que de douceur et de respect pour tout ce qui est fragile, « le roseau qui fléchit », « la mèche qui faiblit » : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit ; il n’éteindra pas la mèche qui faiblit ».
Autre caractéristique de ce jugement, il concerne toute l’humanité : tout le développement sur le jugement est encadré par deux affirmations concernant les nations, c’est-à-dire l’humanité tout entière ; voici la première : « Aux nations, il proclamera le droit » et la deuxième : « Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois. »
On ne peut pas mieux dire que la volonté de Dieu est une volonté de salut, de libération, et qu’elle concerne toute l’humanité. Il attend avec impatience « que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois », c’est-à-dire son salut.
Tout cela veut dire qu’à l’époque où ce texte a été écrit, on avait compris deux choses : premièrement, que le jugement de Dieu n’est pas un verdict de condamnation mais une parole de salut, de libération. (Dieu est ce « juge dont nous n’avons rien à craindre » comme le dit la liturgie des funérailles). Deuxièmement, que la volonté de salut de Dieu concerne toute l’humanité. Enfin, dernier point très important, dans le cadre de cette mission, le serviteur est assuré du soutien de Dieu : « Voici mon serviteur que je soutiens… J’ai fait reposer sur lui mon esprit ».
La deuxième partie du texte reprend ces mêmes thèmes : c’est Dieu lui-même qui explique à son serviteur la mission qu’il lui confie : « Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. » Ici, non seulement il n’est pas question de condamnation, mais le jugement est un véritable « non-lieu » ou même plus exactement une levée d’écrou ! L’image est forte : vous avez entendu le lien entre le mot « cachot » et le mot « ténèbres ». Je m’explique : les cellules des prisons de l’époque étaient dépourvues de fenêtres ; sortir de prison, c’était retrouver la lumière du jour, au point d’en être ébloui après un long temps passé dans l’obscurité.
Le caractère universel de la mission du serviteur est également bien précisé. Dieu lui dit : « Je fais de toi la lumière des nations ». Enfin, le soutien de Dieu est également rappelé : « Moi, le SEIGNEUR, je t’ai appelé… je te saisis par la main ».
Evidemment, une question se pose tout de suite : de qui parle Isaïe ? Une telle description d’un serviteur de Dieu, investi d’une mission de salut pour son peuple et pour toute l’humanité, et sur qui repose l’esprit de Dieu, c’était exactement la définition du Messie qu’on attendait en Israël. C’est lui qui devait instaurer le règne de Dieu sur la terre et apporter à tous le bonheur et la liberté.
Qui est ce serviteur, investi d’une telle mission ? Le prophète Isaïe qui prêchait au sixième siècle avant notre ère, pendant l’Exil à Babylone, ne nous précise pas l’identité de ce serviteur : sans doute cela était-il trop évident pour avoir besoin d’être dit. Heureusement pour nous, lorsque la Bible hébraïque a été traduite en grec, à partir du 3ème siècle (cette traduction que nous appelons la Septante), les traducteurs juifs ont éclairé ce point.
Voici le début de notre texte dans la Septante : « Ainsi parle le Seigneur : Voici mon serviteur, Jacob, que je soutiens, mon élu, Israël, en qui j’ai mis toute ma joie ».
Alors on comprend mieux l’intention du prophète lorsqu’il adressait cette prédication à ses contemporains : l’auteur (qu’on appelle le Deuxième Isaïe) a vécu et prêché au temps de l’Exil à Babylone donc au sixième siècle av. J.C. C’était une période particulièrement dramatique et le peuple d’Israël croyait être condamné à disparaître et n’avoir plus aucun rôle à jouer dans l’histoire. Alors le prophète Isaïe a consacré toutes ses forces à redonner courage à ses compatriotes, à tel point qu’on appelle son œuvre  « le livre de la consolation d’Israël ». Or, une bonne manière de remonter le moral des troupes consistait à leur dire : tenez bon, Dieu compte encore sur vous, le petit noyau que vous formez est appelé à être son serviteur privilégié dans son œuvre  de salut du monde.
Déjà, le prophète Michée, au huitième siècle, avait eu l’intuition que le Messie ne serait pas un individu, mais un être collectif ; désormais, avec cette prédication d’Isaïe, l’idée d’un Messie collectif s’affirme de plus en plus.
Le jour de son Baptême dans le Jourdain, Jésus est venu prendre la tête de ce peuple.
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Compléments
– La lecture liturgique ajoute la première phrase : « Ainsi parle le Seigneur » probablement pour compenser la suppression du verset 5 au milieu du texte.
– Voici le verset 5 : « Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui crée les cieux et les déploie : il dispose la terre avec sa végétation, il donne la vie au peuple qui l’habite, et le souffle à ceux qui la parcourent. » La deuxième partie du livre d’Isaïe (celle qu’on appelle « le livret de la consolation d’Israël) est riche d’évocations superbes de la Création : c’est dans les périodes les plus difficiles que l’on développe ce thème de la puissance créatrice de Dieu et de son amour pour ses créatures : c’est le meilleur argument pour garder l’espoir. Sa puissance créatrice et sa fidélité sont le meilleur gage de notre libération.

 

PSAUME – 28 (29)

1 Rendez au SEIGNEUR, vous les dieux,
Rendez au SEIGNEUR gloire et puissance.
2 Rendez au SEIGNEUR la gloire de son Nom,
adorez le SEIGNEUR, éblouissant de sainteté.

3a La voix du SEIGNEUR domine les eaux,
3c le SEIGNEUR domine la masse des eaux.
4 Voix du SEIGNEUR dans sa force, voix du SEIGNEUR qui éblouit.

3b Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre.
9c Et tous, dans son temple, s’écrient : « Gloire ! »
10 Au déluge, le SEIGNEUR a siégé ;
il siège, le SEIGNEUR, il est roi pour toujours !

Pour entendre ce psaume dans toute sa force, il faut imaginer la violence d’un orage : les vents déchaînés ont balayé le pays tout entier, du Liban et de l’Hermon au Nord jusqu’au désert de Qadèsh au Sud. Nous en avons entendu un écho, déjà : « Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre » ; mais ce thème se retrouve surtout dans les versets centraux de ce psaume, que nous n’avons pas entendus ; je vous les lis : « Voix du SEIGNEUR dans sa force, voix du SEIGNEUR qui éblouit, voix du SEIGNEUR : elle casse les cèdres. Le SEIGNEUR fracasse les cèdres du Liban ; il fait bondir comme un poulain le Liban, le Siryon comme un jeune taureau (le Siryon est un autre nom de l’Hermon). Voix du SEIGNEUR, elle taille des lames de feu (ce sont les éclairs bien sûr) ; voix du SEIGNEUR, elle épouvante le désert ; le SEIGNEUR épouvante le désert de Qadesh…. Voix du SEIGNEUR qui affole les biches en travail, qui ravage les forêts… ».
Mais où donc la voix de Dieu a-t-elle ainsi résonné dans le désert ? Au Sinaï, bien sûr. Rappelez-vous la description du livre de l’Exode au moment où Dieu proposait son Alliance à Moïse : « Le troisième jour, quand vint le matin, il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d’un cor très puissant ; dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu hors du camp, et ils se tinrent tout en bas de la montagne. Le mont Sinaï n’était que fumée, parce que le SEIGNEUR était descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne trembla violemment. La voix du cor s’amplifia : Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. » (Ex 19,16-19). Et vous savez que le targum (la traduction en araméen du texte hébreu) du livre de l’Exode compare la voix de Dieu à des flammes de feu : chaque parole de Dieu donnant à Moïse les dix paroles des commandements (le Décalogue) était comme du feu. Je vous en lis un passage : « Le premier commandement, lorsqu’il sortait de la bouche du Saint – Béni soit son nom ! -, c’était comme des étincelles, des éclairs et des lampes de feu, une lampe de feu à sa droite et une lampe de feu à sa gauche. Il volait et filait dans l’air des cieux… Puis il revenait et se gravait sur les tables de l’Alliance… »
Au passage, on notera dans notre psaume l’emploi répété (« litanique » pourrait-on dire) du nom de Dieu révélé au Sinaï : le mot « SEIGNEUR » (le fameux nom en quatre lettres YHVH) apparaît à presque toutes les lignes (dix-huit fois pour l’ensemble du psaume !)
Autre rapprochement suggéré par ce psaume : nous avons entendu ici trois fois l’expression « voix du SEIGNEUR » ; dans l’ensemble du psaume, elle est répétée sept fois, ce qui n’est pas un chiffre anodin, évidemment : cela fait immédiatement penser à la Création. Le poème du premier chapitre de la Genèse répète indéfiniment « Dieu dit… et cela fut ». Manière de dire que la Parole de Dieu est efficace, et elle seule ; traduisez : les idoles ne parlent pas et ne font rien, elles en sont bien incapables. Nous avons déjà eu l’occasion de voir que le poème de la création ne manque pas d’envoyer quelques pointes contre les idoles.
Ceci nous amène à un autre thème de ce psaume qui est la royauté de Dieu : car, s’il fallait résumer ce psaume, on pourrait dire « Dieu seul est roi ; toute autre royauté est usurpée, lui seul mérite hommages et adoration. Bientôt tous le reconnaîtront et se soumettront. » Tous, à commencer par son peuple, bien sûr, mais aussi et surtout, les usurpateurs qui ont osé revendiquer une gloire qui ne revient qu’à Dieu seul : « Rendez au SEIGNEUR, vous les dieux, (sous-entendu les faux-dieux), rendez au SEIGNEUR gloire et puissance. » La pointe anti-idolâtrique est très nette : et l’orage est souvent utilisé dans la Bible pour décrire la venue du règne de Dieu, le jugement final de Dieu sur le monde, quand enfin disparaîtront les puissances du mal. La domination universelle de Dieu sera enfin manifestée.
Comme elle le fut (autre image) sur les eaux déchaînées du déluge : « La voix du SEIGNEUR domine les eaux, le SEIGNEUR domine la masse des eaux… Au déluge, le SEIGNEUR a siégé ». Le prophète Isaïe emploie les mêmes images pour annoncer la victoire finale de Dieu : « Les écluses d’en-haut sont ouvertes, les fondements de la terre sont ébranlés. La terre se brise, la terre vole en éclats, elle est violemment secouée… Ce jour-là, le SEIGNEUR interviendra, là-haut contre l’armée d’en-haut, et sur terre contre les rois de la terre… La lune sera humiliée, le soleil sera confondu. Oui, le SEIGNEUR, le tout-puissant est roi sur la montagne de Sion et à Jérusalem, dans sa gloire, en présence des Anciens. » (C’est un extrait de ce que l’on appelle l’Apocalypse d’Isaïe : Is 24,18… 23).
Autre harmonique de ce psaume à propos de la domination de Dieu sur les eaux, toujours : où donc, en-dehors de la création, en-dehors du déluge, où donc Dieu a-t-il dominé la masse des eaux ? Lors de la sortie d’Egypte, bien sûr, lors de la traversée de la Mer, lorsque le peuple s’enfuyait d’Egypte, « la maison de servitude ». Et c’est le plus grand titre de gloire de Dieu. Désormais, le peuple élu, libéré gratuitement par son Dieu, prend à témoin les autres nations : leurs dieux n’ont plus qu’à s’incliner ! Vous avez remarqué l’insistance sur le mot « gloire » qui revient quatre fois : « Rendez au SEIGNEUR, vous les dieux, rendez au SEIGNEUR gloire et puissance. Rendez au SEIGNEUR la gloire de son Nom… Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre. Et tous, dans son temple, s’écrient : Gloire ! »
Dernière remarque : oui, dans le temple, déjà, les croyants rassemblés chantent à pleins poumons la gloire de Dieu, comme les y invite ce psaume ; mais pour le reste de l’humanité, ce n’est pas encore le cas ! Lorsque le psaume affirme : « Il siège, le SEIGNEUR, il est roi pour toujours ! », c’est encore une anticipation. Mais on ne doute pas qu’un jour viendra où Dieu sera enfin reconnu roi par tous ses enfants.
Du coup, nous comprenons mieux le choix de ce psaume pour la fête du Baptême du Christ : avec Jésus, « Le Royaume des cieux s’est approché ».

 

DEUXIEME LECTURE – Actes des apôtres 10,34-38

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée,
chez un centurion de l’armée romaine,
34 il prit la parole et dit :
« En vérité, je le comprends,
Dieu est impartial :
35 mais, quelle que soit leur race,
il accueille, quelle que soit la nation,
celui qui le craint et dont les œuvres sont justes.
36 Telle est la Parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël,
en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ,
lui qui est le Seigneur de tous.
37 Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs,
depuis les commencements en Galilée,
après le baptême proclamé par Jean :
38 Jésus de Nazareth,
Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance.
Là où il passait, il faisait le bien,
et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable,
car Dieu était avec lui. »

C’est presque une révolution : Pierre est en train d’enfreindre toutes les convenances ; le voilà chez un païen, le centurion romain, Corneille. Il faut dire que l’Esprit Saint lui a carrément forcé la main !
Je vous rappelle les événements. Imaginez deux maisons distantes de cinquante kilomètres, la maison de Corneille à Césarée, celle de Simon, le tanneur, à Joppé (autrement dit Jaffa ou Tel Aviv). C’est dans la maison de Simon que loge l’apôtre Pierre, qui a quitté provisoirement Jérusalem pour ce qu’on pourrait appeler une tournée missionnaire.
Dans ces deux maisons, il se passe des choses étranges et tout à fait inattendues : cela commence à Césarée. Corneille est un officier de l’empire romain (on dirait aujourd’hui un italien) en garnison à Césarée-sur-mer, c’est-à-dire sur la côte méditerranéenne du pays des Juifs. Aux yeux des Juifs, c’est un homme estimable, pieux, un de ceux qu’on appelle les « craignant Dieu ». Ce qui veut dire concrètement qu’il est pratiquement converti au Judaïsme, ou au moins très sympathisant, mais sans aller jusqu’à la circoncision. Il est connu aussi pour ses générosités et ses aumônes envers la synagogue de Césarée. Voici donc Corneille dans sa maison.
Un beau jour, vers trois heures de l’après-midi, il a une vision : un ange de Dieu est devant lui et l’appelle : « Corneille ! » Il répond tout frémissant : « Qu’y a-t-il, Seigneur ? » L’ange lui explique : « Dieu entend tes prières, il voit tes aumônes ; et maintenant, envoie chercher Pierre à Joppé ; tes hommes le trouveront facilement, il loge actuellement au bord de la mer chez un tanneur du nom de Simon. »
L’ange à peine disparu, Corneille choisit deux hommes de confiance et il les envoie à Joppé escortés d’un soldat. Et les voilà partis pour Joppé ; ils en ont pour une bonne journée de marche.
Le lendemain, juste un peu avant qu’ils n’arrivent à destination, c’est à Joppé qu’il se passe des choses étranges : Pierre est monté faire ses prières sur la terrasse vers midi. Mais c’est presque l’heure de déjeuner et la faim le prend ; et voilà qu’il a une vision, lui aussi : du ciel descend une espèce de nappe remplie de toutes sortes d’animaux ; et une voix dit : « Allez, Pierre, tue et mange ! » Impossible pour un bon Juif d’obéir à un ordre pareil ! D’abord, il faudrait distinguer soigneusement parmi tous ces animaux ceux qui sont purs (c’est-à-dire permis par la Loi) et ceux qui ne le sont pas ; alors Pierre répond instinctivement : « Jamais, Seigneur ! De ma vie, je n’ai jamais mangé rien d’immonde ni d’impur. » Et la voix reprend : « Ce que Dieu a déclaré pur, ce n’est quand même pas toi, Pierre, qui vas le déclarer immonde ! »
En d’autres termes, à qui est-ce de décider de ce qui est pur ou impur ? Est-ce bien aux hommes d’en décider ? Paul, plus tard, dans la lettre aux Romains, dira : « Je le sais, j’en suis convaincu par le Seigneur Jésus : rien n’est impur en soi. » (Rm 14,18).
Pierre a certainement du mal à se rendre à ces arguments-là puisque Luc précise que la même scène se reproduit trois fois. Et il ajoute que Pierre ne comprend toujours pas, même une fois la vision définitivement disparue.
C’est à ce moment-là, précisément, que les envoyés de Corneille frappent à la porte, au rez de chaussée ; et là-haut, sur la terrasse, l’Esprit Saint dit à Pierre « on te demande en bas, suis ces hommes sans hésiter, c’est moi qui les envoie. » Vous devinez la suite : Pierre descend, rencontre les envoyés de Corneille, leur demande ce qui les amène ; puis il leur offre l’hospitalité ; et dès le lendemain, il prend la route de Césarée ; je remarque au passage qu’il ne part pas tout seul, il emmène quelques Chrétiens avec lui ; il se doute que l’affaire est importante puisque l’Esprit Saint s’en est mêlé, et s’il y a des décisions à prendre, on est toujours plus avisés à plusieurs. Encore une journée de marche, donc, pour Césarée où l’on arrive le lendemain.
L’arrivée chez Corneille est superbe : Corneille a convoqué le ban et l’arrière-ban ; quand Pierre arrive, Corneille se jette à ses pieds ; mais Pierre a cette phrase magnifique : « Relève-toi ; moi aussi, je ne suis qu’un homme. » Puis, devant tout le monde, il dit ce qu’il a enfin compris de sa vision à Joppé : « Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme. » Sous-entendu, jusqu’ici, moi, Pierre, le Juif, je croyais être fidèle à l’Alliance de Dieu en m’interdisant tout contact avec les païens. Désormais, je comprends que, aux yeux de Dieu, personne n’est infréquentable. Et c’est pour cela que, pour la première fois de ma vie, je m’autorise, moi le Juif, à franchir le seuil de la maison d’un païen. Puis Corneille raconte pourquoi il a fait venir Pierre, sur l’ordre de l’ange de Dieu. Et c’est à ce moment-là que Pierre entame le discours dont nous avons entendu le début tout à l’heure : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. »
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Compléments
Vous savez la suite : Pierre était peut-être parti pour faire un long discours, comme le matin de la Pentecôte, mais l’Esprit Saint, encore une fois, le devance : « Pierre exposait encore ces événements quand l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui avaient écouté la Parole. Ce fut de la stupeur parmi les croyants circoncis qui avaient accompagné Pierre ; (traduisez les anciens Juifs devenus chrétiens) ; ainsi sur les nations païennes, le don de l’Esprit Saint était ainsi répandu ! Ils entendaient ces gens, en effet, parler en langues et célébrer la grandeur de Dieu. » Alors Pierre en tire la conclusion qui s’impose et il fait ce qui ne lui serait jamais venu à l’idée sans toutes ces interventions de l’Esprit Saint, il les baptise : « Quelqu’un pourrait-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui, tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint ? »
Le programme que Jésus a fixé à ses apôtres le jour de l’Ascension est en train de s’accomplir (Ac 1, 8) ; il leur avait dit : « vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »
L’élection d’Israël n’est pas niée pour autant : « Il (Dieu) a envoyé la Parole aux fils d’Israël » ; mais désormais tous peuvent accéder à la foi en Jésus-Christ.

 

EVANGILE – selon Saint Matthieu 3,13-17

13 Alors paraît Jésus.
Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain
Auprès de Jean, pour être baptisé par lui.
14 Jean voulait l’en empêcher et disait :
« C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi,
et c’est toi qui viens à moi ! »
15 Mais Jésus lui répondit :
« Laisse faire pour le moment,
car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. »
Alors Jean le laisse faire.
16 Dès que Jésus fut baptisé,
il remonta de l’eau,
et voici que les cieux s’ouvrirent :
il vit l’Esprit de Dieu
descendre comme une colombe et venir sur lui.
17 Et des cieux, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en qui je trouve ma joie. »

Le Baptême de Jésus est sa première manifestation publique : il n’est encore, à son arrivée au bord du Jourdain, (pour beaucoup à l’exception de quelques-uns) que Jésus de Nazareth, et Matthieu l’appelle seulement Jésus : « Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. » Son Baptême sera le premier dévoilement aux yeux de tous de ce qu’il est réellement.
La scène est très courte, mais chaque mot, chaque image compte. Je commence par les images. Il y en a trois : la marche de Jésus depuis la Galilée et jusqu’aux rives du Jourdain, un peu au nord de la Mer Morte. Jésus accomplit la même démarche que beaucoup des membres de son peuple : Matthieu raconte que les gens de « Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à Jean-Baptiste et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. »
La deuxième image nous montre le geste de recul de Jean-Baptiste ; et le dialogue s’instaure entre les deux hommes ; Jean finit par s’incliner devant l’insistance du nouveau-venu. Alors on voit Jésus descendre dans le Jourdain pour y être baptisé.
Puis c’est la dernière scène, grandiose : les cieux s’ouvrent, une colombe vient se poser sur le nouveau baptisé. Pour commencer, lorsque les cieux s’ouvrent, on comprend que la grande attente d’Israël est enfin comblée. Cette grande attente, Isaïe l’exprimait ainsi : « Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais… pour faire connaître ton Nom à tes adversaires… » (Is 63,19 – 64,1). Quant à la colombe, pour un Juif, elle représente évidemment l’esprit de Dieu, celui qui planait sur les eaux de la Création, celui qui devait un jour reposer sur le Messie lorsqu’il viendrait enfin pour sauver son peuple et l’humanité tout entière. L’apôtre Pierre le rappellera dans son discours chez Corneille (que nous lisons en deuxième lecture ce dimanche) : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint ». (Ac 10,37-38).
Quant aux paroles, il y en a trois également. Tout d’abord, le refus de Jean-Baptiste : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Il semble bien que Jean-Baptiste, lui, ait tout de suite compris qui était Jésus. Il reconnaît en lui celui dont il a dit : « Moi, je vous baptise dans l’eau pour vous amener à la conversion. Mais celui qui est derrière moi est plus fort que moi et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. » (Mt 3,11).
La deuxième parole, c’est la réponse de Jésus : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » (c’est-à-dire que nous soyons accordés au projet de Dieu).
Alors Jean-Baptiste se laisse convaincre. Lui aussi veut de tout son coeur être accordé au projet de Dieu. Sa première réaction était empreinte d’humilité, mais elle exprimait les vues humaines. Une question analogue, d’ailleurs, nous brûle les lèvres : pourquoi donc Jésus a-t-il choisi de demander le baptême de Jean-Baptiste ? Pourquoi se mettre en quelque sorte à l’école d’un autre ? Pourquoi, surtout, prendre place au rang des pécheurs ?
Jésus, lui, dit les vues de Dieu. « Ce qui est juste », dans l’Ancien Testament, c’est ce qui est conforme au projet de Dieu, aux pensées de Dieu. Jean-Baptiste voulait distinguer Jésus du reste des hommes. Mais ce ne sont pas les vues de Dieu. Le mystère de l’Incarnation, c’est cela précisément : Jésus vient s’intégrer complètement à l’humanité. L’étonnement de Jean-Baptiste dit assez la singularité de Jésus ; homme parmi les hommes, il n’est pourtant pas comme les autres : lui, le non-pécheur, va prendre la tête des pécheurs.
La troisième parole, c’est celle de Dieu lui-même : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. » Pour percevoir la richesse de cette phrase apparemment si simple, il faut la décomposer. L’expression « Celui-ci est mon Fils » désigne aussitôt Jésus comme le Messie-roi que la majorité des Juifs attendaient en Israël. Car le titre de « fils de Dieu » était appliqué à chaque roi le jour de son sacre. De la part de Dieu, le prophète disait au nouveau souverain : « Tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré » en souvenir de la promesse adressée jadis au roi David par le prophète Nathan : « Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils » (2 S 7,14). Attribuer ce titre de « fils de Dieu » à Jésus, fils du charpentier de Nazareth, c’était donc proclamer que, malgré toutes les apparences, le vrai roi-Messie qu’on attendait, c’était lui.
La fin de la phrase dit tout autre chose : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. » Cette expression est la reprise d’une prophétie d’Isaïe qui disait de la part de Dieu : « Voici mon serviteur Jacob que je soutiens, mon élu Israël en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ». Et la suite du texte énonçait la mission de ce serviteur, c’était exactement celle du Messie. (Nous avons entendu cela dans la première lecture de ce dimanche).
A la figure de Messie-roi, s’ajoute donc celle de Messie-serviteur : une fois de plus, on est frappés de l’insistance du Nouveau Testament sur ce thème. Il faut dire que Jésus a dérouté nombre de ses contemporains : il ressemblait si peu à l’idée que l’on se faisait du Messie. La figure du Serviteur d’Isaïe a été pour eux l’un des grands textes qui ont nourri leur méditation ; on en trouve des traces et des allusions dans de nombreux textes du Nouveau Testament.
A la suite de cette annonce d’Isaïe, certains Juifs avaient compris que le Messie ne serait pas un individu isolé mais un peuple. Alors on comprend mieux pourquoi Jésus ne craint pas de prendre place dans la file de ses frères juifs qui s’approchent de Jean-Baptiste pour demander le Baptême. Serviteur annoncé par Isaïe, Jésus n’est pas un Messie solitaire : déjà là, dès le début de sa vie publique, il se veut solidaire. Par notre Baptême, à notre tour, nous sommes intégrés au Corps du Christ en train de se construire.
——————-
Compléments
Après avoir entendu la voix qui déclare : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour », nous comprenons mieux la présence de la colombe qui symbolise l’Esprit Saint : nous venons d’assister au sacre du Messie.
La présence de l’Esprit sur les eaux du Baptême dit bien qu’il s’agit d’une nouvelle création ; et ces eaux ne sont pas n’importe lesquelles : dans le Jourdain, Jésus est le nouveau Josué qui mène son peuple vers la vraie Terre promise, celle qu’habite l’Esprit.
Matthieu nous offre ici une magnifique représentation de la Trinité : Jésus est déclaré « Fils », l’Esprit est reconnu sous la forme de la colombe, et le Père invisible mais présent se manifeste par sa Parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. » « Il vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu » avait prédit Jean-Baptiste : par notre Baptême, c’est dans le feu de l’amour trinitaire que tous, nous sommes réellement plongés.

CLEMENT FRISON-ROCHE (1991-2019), POEME, POEMES, POUR QUE VIVE FRANCE

Pour que vive France de Clément Frison-Roche

Pour que vive France : l’émouvant poème de Clément Frison-Roche

 

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Clément Frison-Roche Alors qu’il était aspirant dans la promotion de Saint-Cyr « Colonel des Gardes » (2013-2015), Clément Frison-Roche, qui a trouvé la mort au Mali, composait ce magnifique et déchirant poème, pointant la perte du sens du sacrifice de la France aujourd’hui et les morts silencieuses des héros de la nation.

 

ABBAYE NOTRE-DAME DE LA FIDELITE DE JOUQUES, ART RELIGIEUX, ART SACRE, ARTISTES FRANÇAIS, ARTS, GENEVIEVE GALLOIS (1888-1962), MERE GENEVIEVE GALLOIS (1888-1962)

Geneviève Gallois, moniale et artiste

 LE GÉNIE ET LE VOILE :

UN DOCUMENTAIRE SUR MERE GENEVIEVE GALLOIS

 

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L’œuvre à la fois réaliste et surnaturelle de cette « moniale inspirée » est sans doute une des aventures mystiques les plus passionnantes du XXe siècle.

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Artiste aux multiples facettes, extraordinairement douée, Geneviève Gallois quitte son registre satirique lorsque, convertie, elle entre chez les bénédictines en 1917.

Tout est fort en elle, sa foi, son trait, son langage, son art.

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Geneviève Gallois, connue comme Mère Geneviève Gallois, née à Montbéliard le 22 septembre 1888 et morte à Paris le 19 octobre 1962, est une moniale, artiste peintre, graveur et peintre de vitrail.

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Source : site de la Paroisse de Martigues

 

MÈRE GENEVIÈVE GALLOIS, MONIALE ET ARTISTE

Notre famille monastique est marquée par le souvenir, l’œuvre et la spiritualité de Mère Geneviève Gallois (1888-1962), moniale et artiste de génie.
Lorsqu’elle entre au monastère de la Rue Monsieur en 1917, alors qu’une carrière artistique brillante s’ouvre à elle, sœur Geneviève fait, avec le don d’elle-même, le sacrifice de son art. Son caractère intransigeant et son sens aigu de l’absolu de Dieu ne la portent pas aux demi-mesures !
Vingt ans plus tard, elle est remarquée par un amateur d’art, le docteur Paul Alexandre. Elle donne alors une inimitable série de dessins sur la vie monastique, ainsi que des eaux fortes et des vitraux.
Elle écrit beaucoup, et note ici ou là ses réflexions sur la vie monastique, dans un style aussi vigoureux que celui de ses dessins.
A Jouques, comme à Limon, une exposition permanente offre aux visiteurs la possibilité de parcourir l’itinéraire artistique de Mère Geneviève, depuis ses huiles de jeunesse jusqu’aux maquettes des vitraux.

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Il est possible de visiter l ‘exposition des tableaux et dessins de Mère Geneviève Gallois sur rendez-vous, en nous contactant trois jours à l’avance au 04 42 57 80 17 ou par mail à l’adresse suivante : contact@abbayedejouques.org. Une moniale vous fera découvrir cette oeuvre exceptionnelle.

L’exposition est également ouverte au public lors des Journées du Patrimoine.

Pour moi, l’Art se fond de plus en plus avec la vie, et la vie se fond de plus en plus avec Dieu ; elle descend toujours plus profond, au fond de moi-même, dans un trou qui n’a pas de fond ; et tout ce que j’ai à exprimer, en Art, est ce corps à corps avec Dieu, cette lutte pour éliminer tout ce qui sépare du cœur à cœur avec Lui. Le vitrail que je fais maintenant porte cette inscription : « Aperi mihi, soror mea… Ouvre-moi, ma sœur, mon amie ». C’est le résumé de la vie chrétienne : Dieu qui veut entrer, et l’âme qui Lui ouvre.

Mère Geneviève, octobre 1952

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https://www.abbayedejouques.org/notre-histoire/mere-genevieve-gallois-moniale-et-artiste/

 

 

Geneviève Gallois (1888-1962)

Geneviève Gallois, connue comme Mère Geneviève Gallois, née à Montbéliard le 22 septembre 1888 et morte à Paris le 19 octobre 1962, est une moniale, artiste peintre, graveur et peintre de vitrail. En religion elle était Mère Geneviève.

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Biographie

Fille d’un sous-préfet anticlérical, Marcelle Gallois est éduquée dans une famille bourgeoise. Elle entre à l’École des beaux-arts de Montpellier, puis à l’École des beaux-arts de Paris et expose en Suisse, en Belgique et, à Paris, au Salon des dessinateurs humoristes car elle est alors d’abord une caricaturiste.

En 1917, après une crise spirituelle, elle entre chez les Bénédictines de la rue Monsieur à Paris

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L’artiste

Au début de sa vie monastique, Geneviève Gallois rejoint l’atelier d’ornements liturgiques. Progressivement elle est autorisée à peindre des gouaches illustrant son quotidien conventuel. Elle est découverte par des patrons de broderies pour une Vie de Jeanne d’Arc. Ce n’est qu’en 1939 qu’elle est admise à prononcer ses vœux définitifs car une partie de la communauté était réticente face à celle qui conserve une forte personnalité et ne répugne pas à peindre des tâches banales comme l’épluchage des légumes ou la vaisselle. En 1942 elle est déchargée de beaucoup de tâches quotidiennes pour se consacrer à l’art alors que la règle bénédictine prône les travaux manuels.

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Progressivement sa réputation s’étend et elle est visitée par des artistes comme Marie Laurencin à la suite de sa série Via Crucis qui comprend 18 eaux-fortes sur les dernières heures du Christ. Ensuite elle se consacre au vitrail, dont des modèles sont conservés à l’église du Petit Appeville près de Dieppe, ou à l’église abbatiale de Vauhallan.

Son livre illustré Vie du Petit Saint Placide a été comparé à une bande dessinée théologique .

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Bibliographie

Alexandre Noël, Mère Geneviève Gallois, bénédictine, peintre, graveur verrier, Bruxelles 1999.

Aubin Hellot et Lizette Lemoine Le Génie et le Voile , film documentaire de 54 min , Les Films Du Large / La Huit Production 2012 http://www.lahuit.com/fr/content/le-genie-le-voile [archive]

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Yves Frémion, « Ma très chère Mère est une pionnière », Les Cahiers de la bande dessinée, no 7,‎ avril-juin 2019, p. 10

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AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), AMBROISE-THOMAS ROUX-ALPHERAN (1776-1858), EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), L'EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE DU XIIè SIECLE JUSQU'EN 1828, LES RUES D'AIX, ORDRE DE MALTE, ORDRE DE SAINT JEAN DE JERUSALEM, PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône)

L’Eglise Saint-Jean-de-Malte du XIIè siècle jusqu’en 1828 par Ambroise Roux-Alphéran

ÉGLISE DE SAINT-JEAN ANCIENNEMENT COMMANDERIE ET PRIEURÉ DE MALTE.

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Par Roux-Alphéran

Les Rues d’Aix
ou recherches historiques sur l’ancienne capitale de Provence
par Roux-Alpheran en 2 tomes 1848 et 1851

L’ÉGLISE de Saint-Jean appartenait, avant la révolution à l’ordre religieux et militaire des chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, appelés depuis chevaliers de Rhodes et, en dernier lieu, chevaliers de Malte. Elle était le chef de la commanderie d’Aix, dépendante du grand-prieuré de Saint-Gilles et l’une des plus importantes de la langue de Provence, la première des langues ou provinces de cet Ordre illustre. A la tête de son clergé marchait un prieur tiré du rang des chapelains conventuels du même Ordre et qui jouissait, de toute ancienneté, à l’instar des prieurs de l’église primatiale et conventuelle de Saint-Jean de Rhodes ou de Malte, du droit d’officier pontificalement avec la mitre et la crosse, dans les grandes solennités. Enfin, cette église est une des plus remarquables de cette ville, soit par l’élégance de son architecture et la hardiesse de son clocher, soit par les monuments qu’elle renferme et les souvenirs qui y sont attachés. C’est ce qui faisait le sujet d’une notice assez étendue que nous avions destinée depuis longtemps à l’impression, 1 que nous avons retirée depuis et dont nous allons donner ici un abrégé.
Les Hospitaliers s’établirent à Aix vers l’an 1129, ou tout au moins avant la fin de la première moitié du XIIe siècle, 2 c’est-à-dire trente ou quarante ans après leur institution à Jérusalem. Quelques pieux habitants et les souverains du pays eux-mêmes leur cédèrent gratuitement des terres au midi et à peu de distance en dehors des murs de la ville comtale, et ils y bâtirent une chapelle sous l’invocation de saint Jean-Baptiste leur patron. Ces terres étaient situées là même où subsiste encore l’église de Saint-Jean, dont les alentours ont continué d’appartenir aux prieurs de cette église qui en aliénèrent ensuite diverses parties à titre de baux emphytéotiques avec cens, directe, droit de lods et autres droits seigneuriaux dont ces prieurs ont joui jusqu’à la révolution. 3
Eglise de St Jean.anciennement commanderie et prieuré de Malte.

Les comtes catalans qui régnaient alors en Provence, favorisèrent de tout leur pouvoir cet établissement naissant et contribuèrent à sa dotation. On doit citer plus particulièrement parmi eux Alphonse, roi d’Aragon, comte de Barcelonne et le premier de son nom en Provence ; Raymond-Bérenger III et Sanche d’Aragon ses frères, auxquels il avait cédé momentanément ce dernier comté en commande, et Alphonse Il, son second fils qui lui succéda depuis dans la souveraineté de ce pays.
Alphonse II avait épousé Garsende de Sabran, héritière du comté de Forcalquier, 4 et ils tinrent à Aix la cour la plus polie et la plus brillante de l’Europe par l’effet des encouragements que ces nobles époux accordèrent aux troubadours. Le comte Alphonse II s’était fait agréger à l’ordre des Hospitaliers et avait résolu de faire construire pour ces religieux une église plus grande et plus belle que celle qu’ils occupaient et dans laquelle il voulait être enseveli. Mais il n’eut pas le temps d’exécuter son dessein, étant mort en 1209 à Palerme où il était allé pour le mariage de sa sœur avec le roi de Sicile. Son corps fut transporté à Aix, suivant ses intentions et déposé dans l’ancienne église ou chapelle de Saint-Jean.
Raymond-Bérenger IV, son fils et son successeur, ne fut pas moins affectionné que lui à l’ordre des Hospitaliers, et par les dons considérables qu’il fit à leur maison, il mit le grand-prieur de Saint-Gilles, frère Bertrand de Comps, depuis grand-maître de l’Ordre, à même d’entreprendre la bâtisse de la nouvelle église de Saint-Jean, vers l’an 1234. Ce prince doit donc en être considéré comme le véritable fondateur, d’autant mieux que par son testament fait au mois de juin 1238, après avoir élu sa sépulture dans cette église, il légua le lieu de Vinon à la commanderie d’Aix, 5 à la charge d’entretenir trois prêtres qui diraient tous les jours la messe à son intention. Au mois de février 1239 (n. st.). ce même prince prit l’habit des Hospitaliers dans l’église de Saint-Jean en présence de tous les archevêques, évêques et barons de ses comtés de Provence et de Forcalquier et reçut d’eux en même temps le serment de fidélité. 6
La réputation de sainteté que s’étaient acquise les Hospitaliers dès leur établissement à Aix, leur ayant attiré dès lors une grande quantité de dons et de legs, leur valut aussi un nombre considérable d’élections de sépulture dans le cimetière attenant à leur église, 7 ce qui privait le chapitre de Saint-Sauveur, curé primitif de toute la ville, d’une bonne partie des droits qu’il percevait à raison des inhumations. Il voulut donc interdire celles qui auraient lieu dans le cimetière des Hospitaliers, lesquels ayant résisté à toutes les défenses que leur faisait le chapitre, les parties convinrent de s’en rapporter à la décision de cinq arbitres dont faisaient partie les archevêques d’Arles et de Vienne, l’évêque de Riez, etc. Ces arbitres ou leurs délégués, étant venus à Aix, ordonnèrent, par leur sentence du 5 des calendes d’août 1234, que le quart des offrandes ou legs faits à raison des sépultures dans l’église ou le cimetière des Hospitaliers, appartiendrait aux prévôt et chanoines de Saint-Sauveur, excepté toutefois les legs faits par les Hospitaliers eux-mêmes ou les gens tenant à leur maison ; que le chapitre jouirait aussi du quart de la dîme sur les biens acquis ou à acquérir par les Hospitaliers ; que ceux-ci ne pourraient administrer le sacrement de l’eucharistie due dans l’intérieur de leur maison, prout viaticum ; qu’ils donneront, annuellement à Pâques, six livres de cire à l’archevêque ; qu’ils ne pourront faire la bénédiction des rameaux qu’après celle de l’archevêque ; qu’ils n’auront que deux cloches à leur clocher et ne pourront les sonner que modérément ; etc., etc. 8
La plupart de ces dispositions furent plus ou moins modifiées par la suite, notamment celle concernant les cloches, le roi Charles II, comte de Provence, ayant permis aux Hospitaliers, par ses lettres du 22 avril 1291, 9 d’en avoir quatre à leur clocher, y compris les deux qu’ils avaient déjà.
Raymond-Bérenger IV, sous qui fut rendu cette sentence arbitrale, mourut à Aix, le 19 août 1245, laissant quatre filles dont nous avons déjà parlé. 10 L’église de Saint-Jean n’était pas encore entièrement bâtie à cette époque. Néanmoins elle fut consacrée le 3 mai 1251, par le cardinal Pierre de Colmieu, évêque d’Albano, légat du pape Innocent IV en Provence, assisté de l’évêque de Panéas, ville de Syrie qu’on nommait anciennement Césarée de Philippe. 11
C’est alors que le frère Bérenger Monachi (nommé indifféremment par les auteurs Monge ou Moyne), commandeur d’Aix et. de Manosque, fit ensevelir dans l’église de Saint-Jean et dans un magnifique sépulcre, sur lequel nous reviendrons, les corps des comtes Alphonse II et Raymond-Bérenger IV, père et fils.
La comtesse Béatrix de Savoie, veuve de ce dernier, donna, en 1257, à l’église de Saint-Jean, plusieurs héritages situés dans le territoire d’Aix, à la condition d’entretenir trois autres prêtres qui prieraient Dieu pour le repos de son âme et de celle de son mari 12 ; et en 1266, leur fille, Béatrix, reine de Naples, fit son testament par lequel elle élut sa sépulture dans le tombeau de son père et de son aïeul, et fonda encore dans l’église de Saint-Jean, l’entretien de cinq prêtres chargés de prier Dieu pour elle. Cette princesse étant morte la même année à Nocéra, dans le royaume de Naples, le roi Charles 1er, son mari, la fit ensevelir dans une église de Naples, de quoi le frère Feraud de Barras, grand-prieur de Saint-Gilles, ayant porté plainte au pape Clément IV, le souverain pontife en écrivit, le 12 juillet 1268, au roi Charles qui fit aussitôt transporter le corps de Béatrix à Aix, où il fut inhumé dans l’église de Saint-Jean et dans un mausolée supérieur en beauté à celui de son père et de son aïeul. 13 Nous parlerons plus bas de ce monument.
Le même Charles 1er donna à cette église, en 1278, plusieurs saintes reliques et de très riches ornements qui furent consignés en son nom entre les mains du prieur, par le grand-sénéchal de Provence, en présence de l’archevêque d’Aix. 14 Parmi ces reliques, il en était une qu’on croit être le bras de saint Jean-Baptiste et qui est encore exposée comme telle à la vénération des fidèles.
Frère Guillaume de Villaret, grand-prieur de Saint-Gilles, qui fut depuis grand-maître de l’Ordre, se mit aussi au nombre des bienfaiteurs de l’église de Saint-Jean, à laquelle il donna, le jour de la fête de saint Jean-Baptiste de l’an 1286, divers objets de prix, consistant en une croix d’argent du poids de vingt-deux marcs, enrichie d’émail et de pierres précieuses ; un doigt de sainte Magdelaine dans une châsse d’argent ; une image de sainte Véronique que Villaret avait apportée de Rome ; deux bassins en argent sur l’un desquels était une croix blanche (probablement en émail) et sur l’autre, les armes de Villaret ; un beau missel contenant le texte des Evangiles, avec ses fermoirs en argent ; un pluvial tissu de fil d’or, etc., le tout accompagné d’imprécations contre ceux qui tenteront d’enlever ces objets de l’église.15 Ce grand-prieur fonda de plus l’entretien d’un prêtre à Saint-Jean, qui prierait Dieu à son intention.
Enfin Charles II, dit le Boiteux, roi de Naples et comte de Provence, fils de Charles 1er et de Béatrix, établit à Saint-Jean, en 1294, les cinq prêtres que sa mère avait chargé le roi, son mari, de fonder dans cette église, ce que celui-ci avait négligé de faire.16
Il parait inutile de pousser plus loin la liste de ces fondations. Il suffira de dire qu’une foule de grands-maîtres de l’ordre, de grands-prieurs de Saint-Gilles, de commandeurs d’Aix, de prieurs de Saint-Jean et de simples chevaliers donnèrent, en différents temps, des preuves de leur dévotion et de leur attachement à l’église dont nous parlons.
Le commandeur d’Aix, frère Bérenger Monachi, mourut en l’année 1300 dans un âge très avancé. 17 Il avait achevé la bâtisse de l’église en 1264, et c’est à lui qu’est due la construction du superbe clocher dont elle est ornée.
Le XIVe siècle ne fut pas moins fécond que les deux précédents en événements importants pour la maison hospitalière de Saint-Jean.
Frère Dragonet de Montdragon, pieux et vaillant chevalier de Saint-Jean, ayant combattu honorablement les infidèles dans la terre sainte, fut nommé grand-prieur de Saint-Gilles en 1300, et lieutenant du grand-maître en-deçà des mers. Il choisit la commanderie d’Aix pour l’une de ses chambres prieurales, et il y fit sa résidence habituelle jusqu’à sa mort, d’autant mieux que le roi de Naples, Charles II, comte de Provence, l’avait créé son conseiller et son commensal. 18 Étant mort à Aix le 11e jour des calendes de février de l’an 1310 (22 janvier 1311, suivant la nouvelle manière de compter), il fut enseveli dans l’église de Saint-Jean, sous un riche mausolée dont nous parlerons ci-après.
L’abolition de l’Ordre des Templiers prononcée au concile de Vienne, par le pape Clément V, en 1312, fut suivie du don que fit le même pape des grands biens de cet Ordre à celui des Hospitaliers. C’est ainsi que le prieur de Saint-Jean fut mis en possession de la chapelle de Sainte-Catherine qui avait appartenu aux chevaliers du Temple. Nous avons dit que ceux-ci habitaient le quartier de la ville au nord-ouest du palais des comtes de Provence et que ce quartier était appelé anciennement, le Puy de la Cavalerie. 19 Les biens que les Templiers y possédaient ainsi qu’en d’autres rues, notamment dans celle du Puits-Neuf, devinrent à cette époque la propriété de la commanderie d’Aix de l’ordre des Hospitaliers.
Le dimanche 10 mars 1330 (1331, n. st.), le grand-maître Hélion de Villeneuve, issu d’une des plus illustres maisons de Provence, tint dans l’église de Saint-Jean le chapitre du grand-prieuré de Saint-Gilles et y publia une célèbre bulle de réformation du prieuré d’Aix, par laquelle il ordonna que l’église serait desservie désormais par dix-huit prêtres, tous religieux de l’Ordre, au lieu de vingt-quatre ; douze desquels satisfairaient aux fondations du comte Raymond-Bérenger IV et de la reine Béatrix, sa fille ; deux à celles de Pierre Corsini, trésorier du roi ; un à celles du grand-maître Guillaume de Villaret et du commandeur Bérenger Monachi, et un à celle du grand-prieur Dragonet de Montdragon ; réservant les deux derniers pour le service de l’église Sainte-Catherine, anciennement des Templiers et pour celui de la chapelle de Saint-Louis et des onze mille Vierges qu’il avait fondée lui-même dans l’hôpital de Saint-Jean. Le grand-maître ordonna encore qu’il y aurait à perpétuité dans la maison d’Aix un diacre, un sous-diacre et deux clercs ; le commandeur d’Aix fut chargé par lui de la nourriture de tous ces prêtres et chapelains dont l’entretien serait pris sur le revenu des commanderies d’Aix, des Bayles et de Calissanne. Enfin, le grand-maître voulut que tous les prêtres allassent en procession, chaque dimanche, à son hôpital pour y chanter l’épître et l’évangile, ainsi que cela avait lieu à l’église conventuelle de Rhôdes. 20 Ces divers règlements furent approuvés par le chapitre général de l’Ordre tenu à Rhodes, au mois de décembre 1344. 21
L’hôpital dont il vient d’être question ne doit pas être confondu, comme l’a fait Pitton dans ses Annales de la sainte Église d’Aix, avec la maison des Hospitaliers qui, comme leur maison-mère à Jérusalem, à Acre et à Rhodes portait le nom générique d’hôpital. C’était une dépendance ou annexe de cette maison d’Aix, que le grand-maître Villeneuve avait fondée pour le soulagement des pauvres de la ville et à laquelle il avait affecté spécialement certains revenus. Mais ceux-ci ayant disparu en totalité par les malheurs des siècles suivants, la dépréciation des monnaies et autres causes, cet hôpital particulier ne subsista pas longtemps. Ses bâtiments néanmoins, étaient encore en état lors de la venue du connétable de Bourbon à Aix en 1524. Ils furent abattus alors et les matériaux employés, dix ou douze ans plus tard, à la construction des Boucheries ou abattoir public que nous voyons encore aujourd’hui, à quelques cents pas hors des murs de la ville, au midi de la porte d’Orbitelle. 22
Hélion de Villeneuve portait une extrême affection à l’église de Saint-Jean. Il y fit construire une chapelle aussi élevée que l’église même, actuellement la quatrième à gauche en entrant par la porte principale et qui touche immédiatement celle où reposent les comtes Alphonse II et Raymond-Bérenger IV. Il eut même une fois l’intention de s’y faire enterrer, ainsi qu’il paraît par une lettre de lui, datée de Rhodes, le 20 août 1340, 23 et adressée au commandeur d’Aix, frère Isnard de Albarno, par laquelle le grand-maître le commet pour faire choix de sa sépulture dans l’église de Saint-Jean et lui ordonne d’y faire porter son corps et ses hardes dans le cas où il viendrait à mourir sur mer.
Ce frère Isnard de Albarno, commandeur d’Aix, appartenait à la noble maison de Grasse qui a possédé, depuis le XIIIe siècle jusqu’à la révolution, la seigneurie du Bar, village nommé en latin Castrum de Albarno et qui est situé entre les villes de Grasse et de Vence, non loin du Var. Suivant l’usage usité de son temps et dont on pourrait citer une foule d’exemples, il ne portait pas le nom patronimique de sa famille et ne prenait que celui du fief qu’elle possédait. Les historiens de l’Ordre parlent tous honorablement de sa valeur et de son habileté dans les affaires. En même temps commandeur d’Aix, de Naples et de Sainte-Euphémie dans la Calabre, il fut pourvu, vers 1340, du grand-prieuré de Capoue qui dépendait alors de la langue de Provence, et c’est en cette qualité qu’il fut commis par le grand-maître Hélion de Villeneuve, avec Odon de Montaigu, grand-prieur d’Auvergne, et Pierre Plantin, prieur de l’église de Rhodes, pour aller soumettre à la sanction du pape, les règlements que ce grand-maître et le conseil de l’Ordre avaient faits pour la réformation des mœurs, surtout dans les provinces d’Occident. 24 D’après ces règlements les chevaliers ne pouvaient se vêtir que de draps valant moins de deux florins la canne (deux mètres d’aujourd’hui) ; ils ne devaient avoir à leur table que d’une sorte de viande ou de poisson, et l’usage des vins délicieux leur était interdit. 25 Isnard de Albarno fut nommé, en 1347, lieutenant du grand-sénéchal de Provence, Philippe de Sanguinetto, 26 et mourut au plus tard en 1362.
Vers la fin du même siècle, vivait dans l’église de Saint-Jean, un pieux religieux de l’Ordre, nommé frère Bernard Grassi, né à Aix, d’une famille qui y exerçait alors le notariat et qui avait fourni plusieurs syndics ou consuls de cette ville. 27 S’il faut en croire le prieur Anne de Naberat, ce vertueux prêtre fut élu prieur de l’église de Rhodes, le 24 août 1394, sous le grand-maître Jean-Ferdinand d’Hérédia. 28 Les divers historiens de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem font unanimement la plus honorable mention du prêtre Grassi ; mais ils le nomment Gautier Grassi au lieu de Bernard, ce qui peut faire douter de l’exactitude du témoignage de Naberat. Celui-ci est avantageusement connu par ses nombreuses recherches dans les archives de l’Ordre à Malte et celles du prieuré d’Aix, ainsi que par sa scrupuleuse exactitude comme nous le dirons plus bas, et si l’on peut conjecturer qu’il a fait erreur ici, on peut répondre d’un autre côté, que c’est peut-être Jacques Bosio, le plus ancien historien de l’Ordre, qui a commis l’erreur en appelant Gautier Grassi le personnage qui se nommait Bernard Grassi car, c’est d’après Bosio, que Baudoin, Vertot et autres on écrit sans se donner la peine de vérifier un fait si peu important pour eux que ce prénom, et qu’ils n’ont même jamais su avoir été écrit autrement par Naberat.
Tenant donc pour certain ce que rapporte ce dernier d’un illustre enfant d’Aix, nous dirons que le prieur de l’église de Rhodes était le second dignitaire de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il avait rang immédiatement après le grand-maître et précédait tous les autres baillis et grand’croix. Il officiait pontificalement dans son église avec la mitre et la crosse, et était le chef de tous les chapelains de l’Ordre. 29 Mais lorsque les chevaliers de Saint-Jean eurent établi le site de leur gouvernement à Malte, les évêques de cette île disputèrent le pas au prieur et obtinrent enfin la préséance sur lui, sous le grand-maître Claude de la Sangle. Depuis lors, le prieur de l’église n’eut plus que la troisième place dans le conseil, en conservant néanmoins toutes ses autres prérogatives et même le pas sur l’évêque dans l’église conventuelle de Saint-Jean à Malte. 30
Un poste aussi éminent suppose de hautes qualités dans celui en est revêtu. Il est donc à présumer que Bernard Grassi était d’un rare mérite, lorsqu’on voit ce simple religieux de l’église de Saint-Jean d’Aix appelé à la seconde dignité d’un Ordre alors si fécond en illustres personnages. Aussi, voyons-nous, par le peu que nous connaissons de la vie de ce prieur, qu’il justifia pleinement l’opinion qu’on avait de lui et qu’il fut chargé de commissions importantes.
En 1409, il eut celle d’accompagner le grand-maître Philibert de Naillac au concile de Pise 31 où fut élu le pape Alexandre V. Cette élection, qui semblait devoir éteindre le schisme, fut reçue avec la plus grande joie dans toute l’église.  » Il n’y eut personne, dit l’abbé de Vertot, qui en fut plus touché que le grand-maître qui l’envisagea comme un moyen de réunir tous les princes chrétiens et de les engager dans une ligue contre les Turcs. Dans cette vue, il fit choix de frère Grassi, prieur de l’église de Rhodes et de frère Luce de Valines, grand-maréchal, qu’il envoya comme ses ambassadeurs vers la plupart des souverains de la chrétienté, pour leur faire part de l’élection du pape. Ils avaient ordre de leur représenter de sa part, combien la conjoncture présente était favorable pour faire la guerre aux Turcs ; que le trône de Bajazet avait été ébranlé par la chûte de ce prince et par les victoires de Tamerlan, et qu’il fallait profiter des guerres civiles allumées entre les enfants du prince turc qui se disputaient sa succession et les débris de son empire. 32« 
Dans le temps que vivait Bernard Grassi, Reforciat d’Agout, fils de Raymond, seigneur de Sault, était commandeur d’Aix et de Puymoisson. Nous avons dit ailleurs 33 qu’il avait été l’un des plus zélés partisans de la seconde maison d’Anjou, contre Charles de Duras, et que le pape Benoît XIII (Pierre de Lune) l’avant nommé grand-prieur de Saint-Gilles, au mois de mars 1402, il avait élu sa sépulture dans l’église de Saint-Jean d’Aix. Nous n’en dirons rien de plus ici, sinon qu’if ne jouit pas longtemps du grand-prieuré, étant mort avant les moissons de la même année 1402, et que, deux siècles plus tard, ses armes se voyaient encore sur l’autel de la chapelle où il fut enterré suivant ses intentions. Il déclara dans son testament ou désappropriement qu’il possédait la quantité de vaisselle d’argent que voici : Vingt-quatre plats armoriés à ses armes, dont quatre avaient été par lui mis en gage entre les mains d’Antoine Fabre d’Aix, qui lui avait prêté cinquante florins courants ; quatre douzaines d’écuelles (escudellas) aussi à ses armes ; cinq douzaines de tasses (tassas), dont trois douzaines étaient dorées, c’est-à-dire en vermeil ; douze pots, dont six dorés ; huit aiguières (eygadieras), dont six dorées ; plus une épée (spaza), dont la garniture en argent pesait trois marcs, etc. 34
Un célèbre chapitre général de l’Ordre fut tenu dans l’église de Saint-Jean aux mois d’avril et de mai 1410, auquel assistèrent tous les prieurs et les quatre plus anciens commandeurs de chaque prieuré. 35 Le grand-maître Philibert de Naillac devait le présider ; mais les intérêts de la religion exigeant sa présence aux cours de France et d’Angleterre où le pape l’avait envoyé en ambassade, les frères Jacques Tivelly, prieur d’Auvergne, Raymond de Lesture, prieur de Toulouse, et Philippe de Languèglia, prieur de Lombardie, présidèrent en son absence. Il se fit dans ce chapitre plusieurs règlements très importants, soit par rapport aux responsions que le trésor commun tirait de chaque commanderie, soit à l’égard de l’abus que quelques-uns des prieurs faisaient de leur autorité.
En 1480, sous le magistère du célèbre Pierre d’Aubusson, eut lieu le siège de Rhodes où résidait le gouvernement de l’Ordre, entrepris le 25 mai par le pacha Misach Paléologue, chrétien renégat, au nom du sultan Mahomet II, avec une flotte de cent soixante vaisseaux et une armée de terre de cent mille combattants. Le grand-maître, instruit à l’avance de l’armement des Turcs, avait cité à Rhodes tous les chevaliers de son Ordre, et René Martin, commandeur d’Aix, avait été des premiers à répondre à son appel avec Pierre Raoul ou Rodulphe, l’un de ses compatriotes. Le premier était fils de Jean Martin, seigneur de Puyloubier, chancelier de Provence sous le bon roi René, 36 et l’autre l’était de Pierre Raoul, dit le Baron, seigneur de Limans, chambellan du même prince. Ces deux nobles enfants d’Aix combattirent vaillamment pendant toute la durée du siège, qui fut enfin levé au bout de trois mois, le 19 août, avec Perle pour les Turcs d’environ neuf mille morts et quinze mille blessés. 37
Un accord très important fut passé, en 1484, entre frère Antoine de Pontevès-Bargème, commandeur d’Aix, et frère Guillaume de Ronchinol, prieur de Saint-Jean. Suivant cet acte rédigé en forme de sentence arbitrale acquiescée par chacune des parties, le commandeur, qui avait en vue de se décharger du soin d’entretenir l’église et d’y faire les réparations convenables, de nourrir et de salarier les prêtres qui la desservaient, etc., laissa tout ce soin au prieur, lui abandonnant à cet effet le domaine de Moissac dans le territoire d’Aix, aux quartiers de Luynes et du Plan d’Aillanne ; les censes, lods, directe et autres droits imposés sur les maisons et terres dans la ville ou le territoire, etc., se réservant, ledit commandeur pour lui et ses successeurs, les terres de Vinon et de Ginasservis, le droit de nommer les prêtres et d’occuper la première place dans l’église de Saint-Jean, comme en étant le collateur et prieur primitif, et quelques autres droits tels que celui d’être défrayé avec deux ou trois de ses serviteurs, trois fois chaque année et chaque fois pendant sept ou huit jours, c’est-à-dire lorsqu’il viendrait à Aix visiter l’église de Saint-Jean, chef de la commanderie. 38 Le prieur n’avait auparavant aucune autre prérogative sur les prêtres que celle d’une double distribution au chœur, d’avoir un valet à ses ordres et un cheval à son usage dans son écurie.
On sait que le dérèglement des mœurs du clergé dans les commencements du XVIe siècle, fut l’une des principales causes de l’hérésie de Luther et de la réforme dont il fut le chef. Les prêtres de l’église de Saint-Jean nous paraissent avoir donné dans ces désordres et avoir mérité les censures de Luther, autant que nous pouvons en juger par la lecture d’un arrêt du parlement d’Aix, en date du 6 février 1542, 39 le seul, au reste, sur lequel nous puissions appuyer notre conjecture peut-être un peu hasardée, car nul auteur n’a parlé avant nous de ces désordres.
Au milieu du XVIIe siècle, l’église de Saint-Jean fut renfermée dans la ville avec le faubourg du même nom et le quartier d’Orbitelle qui comprenait, avons-nous dit ailleurs, une bonne partie des prés et des jardins de l’archevêque. D’autres tentatives avaient été faites plus anciennement ayant le même but, quant au quartier de Saint-Jean seulement, notamment en 1608 ; mais le prieur frère Anne de Naberat y avait mis de fortes oppositions, et le projet avait échoué. Il ne parait pas que l’ordre de Malte ni le prieur frère Honoré Pellegrin, qui siégeait en 1646, y aient apporté les mêmes obstacles, peut-être parce qu’ils prévoyaient l’inutilité de leurs efforts en présence du crédit tout puissant de l’archevêque Mazarin, qui avait fort à cœur ce nouvel agrandissement. Il en coûta de grandes sommes à l’Ordre pour satisfaire aux prétentions du sieur d’Hervart, cessionnaire des droits de l’archevêque, lesquelles furent réglées à vingt-cinq mille huit cent quarante-deux livres quatre sols, par arrêt du conseil du roi, du 2 décembre 1654, rendu entre le bailli de Souvré, ambassadeur de Malte à la cour de France, et frère Hercules de Berre, prieur de Saint-Jean, d’une part, et le sieur d’Hervart, d’autre part. La langue de Provence fut condamnée à payer sur cette somme celle de vingt-trois mille livres, dont elle se remboursa plus tard sur le produit des ventes de places à bâtir, et elle céda au prieur Viany l’ancien enclos de Saint-Jean, situé à l’entour de son église. 40
Nous arrivons à l’époque où ledit frère Jean-Claude Viany, ayant été pourvu du prieuré de Saint-Jean, entreprit les changements et les améliorations qu’il fit dans son église pendant environ un demi-siècle. Un auteur moderne en a parlé avec beaucoup de détails auxquels nous ne saurions mieux faire que de renvoyer nos lecteurs. 41 Toutefois, pour leur en faciliter encore plus l’intelligence, nous rapporterons ici une pièce assez curieuse, ce nous semble, que cet auteur n a probablement ni lue ni même vue, quoiqu’il la cite dans son ouvrage. 42 Cette pièce, qui ne date guère plus que de deux cent trente ans, n’est autre que le procès-verbal de visite du prieuré et de l’église de Saint-Jean, faite au mois de janvier 1613, par les frères Jean-Jacques de Mauléon de la Bastide, commandeur d’Espalion et de SaintChristol, et Anne de Naberat, commandeur de Ville-Jésus, prieur de Saint-Chartrier et de Saint-Jean d’Aix, aumônier ordinaire du roi, vicaires et visiteurs-généraux de toutes les commanderies, membres et annexes du grand-prieuré de Saint-Gilles, suivant la commission du grand-prieur, frère Pierre d’Esparbès de Lussan. 43
 » . . . . Ce faict, m’a ledict de Naberat, 44 prieur susdict, déclaré sondict prieuré consister en deux églises, l’une dans la ville d’Aix, dédiée soubs le titre de Sainte-Catherine, 45 qui a esté autrefois aux Templiers, laquelle n’est paroisse.
 » L’aultre est hors la ville, 46 qui est l’église prieuralle, collégiale et conventuelle dudict prieuré et est une dignité ou prélature fondée au mesme prototype de la dignité prieuralle de Saint-Jean de Rhodes et de Malte ; et les prieurs dudict prieuré de Saint-Jean d’Aix, de toute antiquité, dèz son institution et origine, ont tousjours cellébré la messe in pontificalibus, ayant l’usage de la mittre et de la crosse, les grandes festes annuelles. M’a dict aussi que le prieur de l’église de Saint-Jean de Rhodes avoit soubs sa mittre et dignité prieuralle deux aultres mittres ou prieurés mittrés deppandants de la sienne, assavoyr le prieuré de Saint-Jean d’Aix, comme fondation des comtes de Provence ainsi que dessus a esté dict, et le prieuré de Saint-Jean de l’Isle de Corbeil, deppandant du grand-prieuré de France, lequel est une fondation des rois de France, le prieur duquel de tout temps cellébroit in pontificalibus et avoit le mesme usage de la mittre et crosse et mesme portoit la grand croix et présidait aux chapittres provinciaulx au Temple à Paris, en absence des grands-prieurs de France. 47
Ladicte église et chapelle a été édiffiée par frère Bérenger Moyne, 48 bailli de Manosque et commandeur d’Aix; consistant en un grand temple vouté, y ayant plusieurs chapelles au dedans et par le dessus y a plusieurs pointes de pierres de taille faictes en forme de pyramides qui est belle chose à voir ; prèz de laquelle y a un grand clocher carré par le bas et la pointe faicte en pyramide voutée, le tout de pierres de taille, auquel y a trois grandes cloches, si bien il y en a eu autrefois quatre, l’une desquelles a été mise à l’église et clocher de Saint-Saulveur, ne sachant pour quel sujet elle fut transportée audict lieu. De plus m’a dict ladicte église n’estre paroisse, n’y ayant aulcuns fonts baptismaux.
Pour l’église elle est belle, grande et spacieuse, consistant en cinq chapelles dedans icelle et un autel au milieu de l’église dédié à l’honneur de saint Blaise, et un aultre petit prèz du grand autel, dédié à saint Pantaleon.
Quant au grand autel il est tout d’une pièce, au-dessus duquel y a un grand rétable peinct d’or et d’azur, auquel sont depeincts les images de N. D., de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l’Evangéliste, auquel rétable sont dépeinctes les armoiries de la religion et celles de la maison d’Agoult qui est un loup ravissant d’azur au champ d’or.
Prèz duquel grand autel à main droicte est le sépulchre du jeune fils du feu comte Raymond-Bérenguier. 49 Au-devant du grand autel, il y a le chœur faict en bois de chastaignier, auquel il y a vingt-deux siéges en hault et seize en bas.
Au milieu du chœur, y a un sépulchre relevé pour les commandeurs et prieurs, auquel d’un costé sont les armoiries de feu frère Poncet d’Urre, bailli de Manosque, commandeur d’Aix et de Marseille, et de l’autre costé celles de frère Valentin du Boys, prieur dudict prieuré.50
Et à main droite du grand autel, descendant sur la nef, est la chapelle de feu comte Raymond-Bérenguier, appelée la chapelle des onze mille vierges, 51 avec les armoiries de la maison d’Agoult. Près duquel autel est le sépulchre de feu comte Raymond-Bérenguier avec son portraict relevé en bosse au-dessus, lequel mourut en l’an 1244, le jeudi après la saint Luc, ayant régné vingt-neuf ans.52
Et aux costés dudict sépulchre est le portraict dudict comte tout debout, de pierre de Calissane, et de l’autre costé est l’effigie de la reine Béatrix, fille dudict comte, femme du roi Charles 1er.53
Et en continuant du même costé, est la chapelle fondée et faicte par frère Ellion de Villeneuve, grand-maître de Rhodes, dotée par icelui, pavée et voûtée et au-dessus de la voûte sont les armoiries dudict grand-maître, de lances brisées et entrelacées, avec la croix magistrale.54
Près duquel autel y a un sépulchre pour ensevelir les religieux dudict couvent, et de l’autre costé, la chapelle du prédicateur.
Et de même costé dans la nef, y a deux autels, l’un dédié à saint Antoine, et l’autre à l’honneur de saint Blaise, le bras duquel est enchâssé en argent dans ladicte église, en grande dévotion pour le peuple d’Aix.55
Et du mesme costé, sous le grand clocher, est une chapelle dédiée à Notre-Dame du Repos et d’Espérance, près de laquelle est la porte de la visette pour monter au clocher.56
Et retournant de l’aultre costé, est une chapelle dédiée à saint Louis, saint Roch et sainte Anne, où est un grand sépulchre avec l’effigie relevée en bosse de Dragonet de Montdragon, jadis grand-prieur de Saint-Gilles, lequel fonda et dota ladicte chapelle d’une messe tous les jours.57
 » Au milieu de ladicte église y a un puits faict en rond en pierres de taille, de bonne eau claire et nette. 58
Et du mesme costé, retournant rentrer à main gauche dudict choeur, y a une chapelle dédiée à saint Barthélemy, en laquelle sur l’autel est le portraict du prieur Pierre Curti 59 et les armoiries de la maison d’Agoult ; préz duquel y a un bien grand et superbe sépulchre en pierre de Calissane, auquel est enterrée la susdicte reine Béatrix.
De ladicte chapelle on entre dans une grande visette en pierres de taille pour monter sur l’église, etc., etc.
Peu de mois avant l’avènement de Jean-Claude Viany au prieuré de Saint-Jean, un frère de ce prieur, comme lui chapelain conventuel de l’Ordre, avait été appelé, à cause de son mérite, à l’éminente dignité de grand-prieur de l’église primatiale de Saint-Jean, à Malte. Nous avons rapporté plus haut, à l’occasion de frère Bernard Grassi, quelle était jadis la seconde dignité de l’ordre, ce grand-prieur ayant le pas immédiatement après le grand-maître et avant tous les autres baillis et grand’croix. Mais celui dont nous allons parler, n’occupa plus que lei troisième rang, les évêques de Malte ayant obtenu, depuis un siècle environ, comme on l’a vu, la préséance sur les prieurs de l’église.
Frère Pierre Viany, né a Aix le 4 août 1632, fils d’un premier lit de Jacques Viany, avocat très distingué, qui, deux fois avait occupé la charge d’assesseur, fut reçu dans l’Ordre en 1642, au nombre des chapelains, et envoyé, peu d’années plus tard, à Malte, où le grand-maître Nicolas Cotoner, instruit de sa capacité, le choisit pour son secrétaire des commandements dans la langue latine. L’évêché de Malte étant venu à vaquer vers le même temps, il fut porté sur la liste des trois sujets que le conseil de l’Ordre proposait au roi d’Espagne comme roi de Sicile, pour remplir le siége vacant, et la nomination du grand-prieur de l’église à ce siége étant arrivée après trois ans d’attente, dans les premiers jours de 1667, Viany, qui remplissait alors les fonctions de vice-prieur, fut élu unanimement grand-prieur le 6 février de la même année 1667 60. Il gouverna très sagement son église pendant trente-quatre ans, jusqu’à sa mort arrivée à Malte le 18 novembre 1700, et fut enterré solennellement dans son église conventuelle, où l’on plaça sur sa tombe une inscription qu’on peut lire dans de Haitze. 61
Treize ans après , un autre enfant d’Aix fut encore nommé grand-prieur de Saint-Jean de Malte : frère Melchior Alpheran, né le 8 novembre 1654, fils de Claude, dernier consul en 1690 et frère de Boniface qui le fut également en 1716. Reçu dans l’Ordre comme chapelain en 1664, Melchior était sacristain de l’église de Saint-Jean d’Aix et se trouvait à Malte lorsque le grand-prieuré vint à vaquer, il fut élu dans le conseil tenu le mercredi 10 janvier 1714, à la grande majorité des suffrages et l’emporta sur ses concurrents qui étaient deux Provençaux comme lui : frère Jean Rebutti, de Marseille, et frère François Bardon, d’Aix ; mais le pape Clément XI l’avait recommandé vivement, et la plupart des grand’croix formant le conseil, le désiraient non moins ardemment. C’était justice. Plein de zèle et de piété, il s’occupa uniquement des devoirs de son état, et loin de disposer en faveur de sa famille du quint de sa dépouille, ainsi que l’y autorisaient les statuts de l’Ordre, il laissa comme monument de sa libéralité à l’église de Malte, un tabernacle de la valeur de quatorze mille livres monnaie de France, et une somme de quinze mille écus maltais au Grand-Conservatoire des filles établies à la Floriane. Il mourut à Malte le 30 décembre 1734 et fut inhumé dans la nef de l’église conventuelle de Saint-Jean, au-devant de la principale porte d’entrée. Nous nous dispenserons de rapporter ici l’inscription qui fut placée sur sa tombe et qu’on trouvera au besoin dans les manuscrits du chevalier Louis de Boisgelin, conservés à Aix à la bibliothèque Méjanes. 62
L’église de Saint-Jean avait été, en 1701, témoin de deux évènements aussi glorieux pour elle qu’honorables pour la ville d’Aix. Au mois d’octobre de l’année précédente, les galères de l’Ordre s’étaient emparées de la Sultane-Benghem, gros vaisseau turc de quatre-vingts pièces de canon et trois cents hommes d’armes, qui fut pris à l’abordage après un combat très opiniâtre et très sanglant sur les côtes de Barbarie. Le chevalier frère Sextius-Ange de Ricard, depuis grand’croix de l’Ordre et commandeur de La Ville-Dieu, né à Aix le 31 mai 1673 d’une famille parlementaire avait le plus contribué, par sa valeur, à cette capture importante. Le grand-maître Raymond Perellos de Rocafull, voulant honorer cette action d’éclat et la bravoure du généreux enfant d’Aix, avait envoyé au bailli de Manosque, frère Thomas-Joseph de Merles-Beauchamp, commandeur d’Aix, et au frère Jean-Claude Viany, prieur de Saint-Jean, le grand étendard du vaisseau turc pour le faire suspendre solennellement à la voûte de l’église de Saint-Jean. 63
La cérémonie eut lieu dans le courant de février, présidée par le seul bailli de Beauchamp qui, voulant mortifier le prieur Viany, son ennemi, ne le fit pas prévenir de venir l’assister dans la pose de l’étendard. Viany eut bientôt après l’occasion de se venger de cet affront. Les ducs de Bourgogne et de Berri étant arrivés à Aix au mois de mars suivant, le prieur les invita à venir dans son église visiter le tombeau d’Alphonse II et de Raymond-Bérenger IV, augustes ancêtres de ces princes, et le magnifique étendard nouvellement conquis sur les Infidèles, le tout sans en prévenir le commandeur d’Aix. Les petits-fils de Louis XIV vinrent en effet à Saint-Jean le 5 mars et furent reçus par le prieur Viany seul qui, voulant éterniser le souvenir de cette visite, fit placer dans la chapelle du transsept du nord de son église, une plaque de marbre où était gravée une inscription qu’on peut lire dans l’historien moderne de Saint-Jean. 64 Le bailli de Beauchamp fit enlever, peu de temps après, cette inscription qu’il fit replacer avec quelques changements dans le chœur, ce qui amena entre le prieur et lui de puériles discussions indignes de tels rivaux et d’être rappelées ici, les mémoires imprimés et manuscrits qu’ils publièrent à cette occasion étant remplis de personnalités aussi plates que déplacées.
Le prieur que le grand-maître Zondodari donna pour successeur, en 1720, au frère Jean-Claude Viany qui venait de se démettre, parvint, sept ans plus tard, à l’évêché de Malte, ce qui répandit un nouvel éclat sur l’église de Saint-Jean dont jamais aucun prieur n’avait encore été élevé à l’épiscopat. Nous en parlerons plus bas dans la chronologie de ces prieurs, et nous passerons au récit d’un événement qui faillit détruire l’un des plus beaux monuments de cette ville. Dans le courant de novembre 1754 la foudre tomba sur le clocher de Saint-Jean et abattit la boule et la croix latine en fer qui le surmontaient. Sans la promptitude des réparations qui y furent faites, la flèche se fût écroulée, dit-on, pierre par pierre. Mais le mal n’alla pas si loin, et au mois de septembre de l’année suivante, une grande croix de Malte (à huit pointes) en fer doré, qu’on voit encore aujourd’hui, fut placée au haut du clocher dont la flèche fut alors raccourcie de deux mètres environ, suivant les calculs de l’historien moderne de Saint-Jean, calculs que nous croyons un peu exagérés. 65 Le clocher était anciennement d’une élévation totale de cent quatre-vingt-douze pieds ; il n’en a plus que cent quatre-vingt-cinq environ, s’il faut en croire l’auteur que nous citons.
Le même auteur donne, sur le clocher de Saint-Jean quelques détails que nous ne reproduirons pas ici, attendu qu’on peut les lire, soit dans son ouvrage même, soit dans le Mémorial d’Aix où nous les avions consignés antérieurement et d’où il les a tirés mot pour mot, ce dont les curieux pourront se convaincre en comparant les pièces. Ce qu’ils ne manqueront pas surtout d’admirer, c’est le talent de l’auteur qui, en copiant l’article du Mémorial, par note seulement sans daigner ajouter notre signature qui le termine, en a cependant extrait avec art le passage le plus intéressant, à notre avis, et l’a intercalé dans son propre texte, apparemment pour se faire honneur de notre remarque. Voici le passage que les dénicheurs de plagiats rencontreront littéralement là et là :
 » En réparant, disions-nous, le dommage occasionné par la foudre, on trouva, vers l’extrémité de la flèche, deux pierres blanches sur lesquelles étaient gravées, en caractères gothiques, deux inscriptions semblables que nous allons rapporter :

XPS (christus) REX VENIT IN
PACE DEUS HOMO
FACTUS EST

Ces deux inscriptions furent replacées extérieurement au-dessus des plus hautes lucarnes du clocher, l’une sur la face méridionale, l’autre sur la face septentrionale. On les distingue facilement à l’œil nu, mais il faut des lunettes d’approche pour les lire. Ce qu’elles ont de singulier, c’est que ces mots Christus rex venit in pace, Deus homo factus est, forment la légende des écus d’or à la couronne frappés à la fin du XIVe siècle ou au commencement du XVe (de 1384 à 1417) sous le règne de Louis II d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence, etc., etc.  » 66
Une autre inscription existe sur la face orientale du clocher de Saint-Jean, à côté de la seconde fenêtre. Suivant l’auteur que nous venons de citer, c’est là l’inscription romaine  » très curieuse et très difficile à expliquer,  » dit-il, 67 rapportée par H. Bouche 68 et par J.-S. Pitton, 69 de laquelle J.-R. de Soliers et J.-M. Suarèz, évêque de Vaison, ont donné de savantes explications et qui est ainsi conçue :

  1. MA. OP.
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    FFFFFFF

De très consciencieux et habiles antiquaires, aux connaissances desquels chacun rend hommage dans cette ville, ayant voulu examiner la pierre avec attention pour la déchiffrer et l’expliquer à leur tour, assurent que loin d’être écrite en caractères romains elle l’est en caractères gothiques, et que ce n’est pas là l’inscription citée par Bouche et par Pitton ; c’est tout simplement, disent-ils, une troisième copie de l’inscription : Christus rex venit in pace, Deus homo factus est !!! 70
Nous donnions, dans notre notice plus étendue sur l’église de Saint-Jean, la description du tombeau des comtes de Provence Alphonse II et Raymond-Bérenger IV, et de celui de la reine Béatrix de Provence, femme de Charles 1er d’Anjou, roi de Naples. Ne nous croyant pas en état de parler aussi dignement qu’il convient de ces superbes monuments, nous nous contentions de copier, avec citations de pages, de volume et surtout avec des guillemets, les descriptions qu’en a fait Millin dans son Voyage dans le midi de la France. Ce n’est plus le cas, dans cet abrégé de reproduire ces extraits de Millin ; chacun peut se procurer et lire son ouvrage, et à défaut, le tome V des Mémoires de l’académie d’Aix, où on les retrouvera, à quelques changements près, dans les expressions qui n’empêchent nullement de reconnaître dans quel auteur ils ont été copiés. 71
Aucune ville de la langue de Provence, peut-être même de la France entière, Paris excepté, n’a fourni autant de chevaliers à l’ordre de Malte que la ville d’Aix. Nous en comptons plus de trois cents sur la Liste générale des chevaliers reçus ou présentés dans l’Auberge 72 de Provence, depuis l’année 1513 jusqu’en l’année 1795 inclusivement ; liste authentique, composée de trois mille deux cent vingt-sept noms, conservée à Aix, chez MM. les chevaliers de Lestang-Parade. 73 Dans ce nombre ne sont compris que les chevaliers de justice proprement dits, et nullement les frères chapelains, non plus que les servants-d’armes, formant la seconde classe des membres de l’Ordre.
Parmi les chevaliers portés sur cette liste, un grand nombre étaient parvenus aux plus hautes dignités de l’Ordre, telles que celles de grands-commandeurs, chefs ou piliers de la langue de Provence, de grands-prieurs de Saint-Gilles ou de Toulouse, de baillis de Manosque, etc. Un bien plus grand nombre étaient devenus commandeurs, et la plupart faisant leur résidence à Aix, y répandaient des revenus considérables qui joints à tant d’autres, augmentaient l’opulence et l’éclat dont cette ville jouissait avant la révolution.
Ceux des chevaliers qui mouraient à Aix, étaient enterrés à Saint-Jean, et lorsque Louis XVI prohiba les inhumations dans les églises en 1776, le prieur Joseph-Félix Alpheran fit construire, dans la cour située auprès de la sacristie, une chapelle sépulcrale en pierres de taille, au-dessous de laquelle étaient des tombes où furent ensevelis les chevaliers jusqu’en 1792. Celles-ci ont été détruites depuis, ainsi que la chapelle, et les ossements transportés au cimetière commun de la ville.
Les registres mortuaires de Saint-Jean ne remontant pas bien haut, nous regrettons de ne pouvoir donner les noms de tous les grand’croix de l’Ordre qui reposent dans cette église. Voici ceux que nous avons pu découvrir appartenant aux derniers temps.
F. Vincent de Forbin-la-Fare, né à Aix en 1611,grand-prieur de Toulouse, mort en 1688. 74
F. François-Antoine de Croze-Lincel, né à Aix en 1651, bailli de Manosque, mort en 1731.
F. Vincent-Sauveur de Gaillard, né à Aix en 1663, grand-prieur de Saint-Gilles, mort en 1745.
F. Antoine d’Albertas-Dauphin, né à Aix en 1678, grand-prieur de Toulouse, mort en août 1766.
F. Jacques-Armand de Vachon-Belmont, natif de Grenoble, grand-prieur de Toulouse, mort en novembre 1766.
F. Joseph d’Olivary, né à Aix en 1682, grand-prieur de Toulouse, mort en 1767.
F. Joseph d’Albert du Chaine, né à Aix, bailli de Manosque, mort en 1774.
F. Nicolas de Cabre-Roquevaire, natif de Marseille, bailli de Manosque, mort en 1784. 75

A la suite de ces noms on sera peut-être curieux de connaître ceux de quelques autres hauts dignitaires de l’Ordre qui, nés à Aix, n’y sont pas morts cependant, tels que les suivants :
F. André de Tressemanes-Chastueil, né en 1653, lieutenant-général et commandant en Dauphiné, mort à Grenoble en 1718. 76
F. Joseph-Sauveur de Foresta-Collongue, né en 1653, grand-prieur de Saint-Gilles et chef d’escadre des galères de France, mort à Marseille en 1737.
F. Claude de Simiane-la-Coste, né en 1673, grand-prieur de Toulouse, mort à… vers 1750. 77
F. Joseph-François de Piolenc, né en 1681, grand-prieur de Saint-Gilles, mort à… en 1757.
F. Henri-Augustin de Piolenc, né en 1687, grand-prieur de Saint-Gilles, mort à… vers 1765.
F. Paul-Augustin de Rolland-Beauville, né en 1699, grand-prieur de Saint-Gilles, mort à… vers 1780.
F. Louis-Nicolas-Victor de Félix du Muy, né en 1711, mort en 1775, étant chevalier-commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, maréchal de France et ministre de la guerre. 78
F. Antoine de Lestang-Parade, né en 1716, grand-prieur de Saint-Gilles, mort à Arles en 1786.
F. Pierre-André de Suffren-Saint-Tropez, né en 1729 à Saint-Cannat, d’une famille d’Aix, bailli, grand’croix de l’Ordre, chevalier-commandeur de celui du Saint-Esprit, vice-amiral de France, mort à Paris en 1788. 79
F. François-Henri de Guiran-la-Brillane, né en 1727, bailli, grand’croix, mort à Paris en 1790 ou 91, étant ambassadeur de l’Ordre à la cour de France. 80
F. Pierre de Lombard-Montauroux, né en 1731, dernier grand-commandeur de l’Ordre, chef ou pilier de la langue de Provence. Il se trouvait à Malte lors de la capitulation de l’île en 1798, et s’attacha à la fortune du grand-maître Ferdinand de Hompech qu’il suivit d’abord à Trieste, puis à Montpellier où celui-ci mourut, et où nous croyons qu’il mourut lui-même. Il fut le dernier mâle de sa famille.
Les biens que l’ordre de Malte possédait en France, ayant été déclarés domaines nationaux au mois de septembre 1792, ceux appartenant à la commanderie et au prieuré d’Aix, ne tardèrent pas à être vendus. Un curé et des vicaires, membres du clergé constitutionnel ou assermenté, furent établis dans l’église et dans la maison prieurale de Saint-Jean et les occupèrent pendant quinze ou dix-huit mois environ, au bout desquels la Nation, qui les avait créés, les mit dehors elle-même, ne voulant plus d’aucune religion. La plupart d’entre eux allèrent alors sacrifier leurs lettres de prêtrise sur l’Autel de la patrie au club des Frères Anti-Politiques républicains, et quelques-uns se marièrent. C’est à cette époque que furent abattus et réduits en poudre les mausolées des anciens souverains provençaux qui se trouvaient à Saint-Jean et dans d’autres églises de la ville, telles que Saint-Sauveur, Saint-Barthélemy, etc. Celle de Saint-Jean fut convertie en magasin de fourrages et entièrement dévastées mais quelques huit ou dix mois après la mort de Robespierre, l’exercice du culte catholique par des prêtres non assermentés revenus d’Espagne ou d’Italie, y fut toléré momentanément.
Un régime de demi-terreur s’étant de nouveau établi sous le directoire exécutif, l’église, la maison prieurale et les jardins de Saint-Jean, échappés jusqu’alors à la vente des domaines nationaux, furent enfin exposés aux enchères comme tels, dans les premiers jours de mai 1798, et adjugés à un particulier au prix énorme d’un million soixante-trois mille francs. Mais ce particulier jouait la comédie, car il n’avait pas un sou à lui pour payer son acquisition. Instruit qu’une association de citoyens pieux s’était formée dans l’intention de conserver ces édifices pour de meilleurs temps, et qu’elle s’était vantée fort imprudemment qu’elle pousserait les enchères plus haut que personne, il les poussa lui-même, et lorsque l’adjudication eut été prononcée en sa faveur, il vint offrir aux chefs de l’association de faire une déclaration de commande au nom de celle-ci, moyennant douze ou quinze cents francs de pot-de-vin pour lui, avouant que si dès l’ouverture de l’enchère on se fût entendu avec lui, on aurait obtenu l’adjudication au prix de cinquante ou soixante mille francs au plus, la mise à prix n’ayant été que de trente mille francs. La sottise était faite ; il n’y avait plus moyen de reculer. Il fallut en passer par là, sous peine de voir démolir l’église et la maison prieurale dont la valeur des matériaux eût servi à l’adjudicataire pour payer le montant du prix d’achat à la nation. Le tout n’était pas payable en argent. Une partie l’était aussi en bons de deux tiers mobilisés et une autre partie en tiers consolidé ; bref, il n’en coûta définitivement à l’association qui se substitua au premier adjudicataire, en sus du pot-de-vin donné à celui-ci de la main à la main, que la somme de cinq cent treize mille francs en valeur réelle. 81
M. Champion de Cicé, archevêque d’Aix, nommé en suite du Concordat conclu en 1801 entre la France et le Saint-Père, étant arrivé au mois de juillet 1802, les propriétaires de l’église de Saint-Jean se hâtèrent de la mettre à sa disposition, et le nouveau prélat l’érigea aussitôt en succursale, qui, depuis, a été convertie en église paroissiale sous le titre de Saint-Jean-Baptiste intra muros.
Dès l’année 1813, le conseil municipal considérant que depuis longtemps ces propriétaires ne retiraient aucune indemnité des sacrifices énormes qu’ils avaient faits en 1798 pour la conservation de l’église de Saint-Jean, leur alloua une somme annuelle de huit cents francs, à titre de loyer, qui leur a été payée jusqu’en 1824. A cette époque, le roi Charles X ayant autorisé la ville d’Aix à acheter l’église, la maison prieurale et les jardins de Saint-Jean au prix de quarante mille francs convenu avec les propriétaires, le contrat de vente en fut passé, le 29 Janvier 1825, devant Me Bayle et son collègue, stipulant pour la ville M. Louis-Jules-François d’Estienne du Bourguet, maire, chevalier de la Légion-d’Honneur, etc.
M. le comte Christophle de Villeneuve-Bargemont était alors préfet du département des Bouches-du-Rhône. Il eut la généreuse pensée de faire rétablir le tombeau des comtes de Provence Alphonse II et Raymond-Bérenger IV, détruits à la fin de 1795 ; une souscription fut ouverte à cet effet, à la tête de laquelle voulut se placer le roi Charles X. Le département et la ville d’Aix contribuèrent aussi, et l’ouvrage confié à l’habile ciseau de M. Sébastien Pezetti, sculpteur de cette ville, étant achevé, la reconnaissance des ossements de ces anciens souverains, conservés miraculeusement depuis la profanation de leur mausolée, eut lieu le mardi, 11 novembre 1828, dans l’église de Saint-Jean, par M. de Villeneuve, préfet du département et commissaire du roi, Mgr. de Bausset, archevêque, M. le premier président de Sèze et autres personnes de distinction.
Le lendemain 12, dans la matinée, M. le commissaire du roi se rendit de nouveau à Saint-Jean, accompagné de tous les hauts fonctionnaires ecclésiastiques, civils et militaires du département et suivi d’une foule innombrable de citoyens de toutes les classes. Une chapelle ardente, où était déposé le cercueil renfermant les ossements reconnus la veille, avait été disposée dans l’église, et après un discours de Mgr l’archevêque et une grand’messe de requiem célébrée par Mgr de Posada, ancien évêque de Carthagène et de Murcie, qui faisait sa résidence à Aix en ce temps-là, l’inauguration du monument fut faite solennellement par M. le commissaire du roi. Le cercueil y fut transporté processionnellement et l’entrée en fut scellée aussitôt. 82 C’est ce monument que nous voyons aujourd’hui à Saint-Jean ; mais celui de la reine Béatrix n a jamais été rétabli et ne le sera probablement jamais.

Dans le dernier chapitre général tenu à Malte en 1777, la commanderie d’Aix avait été taxée, pour sa cotisation aux charges de l’Ordre, à raison d’un revenu annuel de vingt-un mille livres, et le prieuré de Saint-Jean sur un de dix mille. Ce dernier revenu est le même que celui dont jouissent actuellement les évêques de France, depuis le rétablissement du culte en 1802.
1 Voyez le Mémorial d’Aix du 10 avril 1843, art, la Tour d’Aygosi, et celui du 17 décembre suivant, art. rue Cardinale, où cette publication est annoncée. Retour

2 L’époque certaine de l’établissement des Hospitaliers à Aix n’est pas connue ; mais elle a été regardée de tout temps comme antérieure à celle des Templiers. Or, il est positif qu’une bulle du pape Adrien IV, de l’an 1454, citée partie Haitze, en son Histoire d’Aix, liv. III, § 35, parle des Templiers connue récemment établis à Aix, d’où il suit que les hospitaliers l’avaient été avant l’épiscopat de Hugues de Montlaur, qui siégea de 1166 à 1178, suivant tous les auteurs. Retour

3 Nous entendons ici par le mot Prieur, non pas le chef de plusieurs commanderies, tels que les Prieurs de Saint-Gilles et de Toulouse dans la langue de Provence, qu’on appelait aussi Grands-Prieurs, mais le chef spirituel des prêtres attachés au service de l’église de Saint-Jean et qui les présidait dans l’exercice des fonctions sacerdotales. Retour

4 Voyez notre 1er volume, pag. 11Retour

5 Les noms de commanderie et de commandeur dérivent des mots commendamus tibi, employés dans les commissions données par le chef de l’Ordre à ceux des chevaliers qu’il chargeait d’administrer une partie des biens de celui-ci. Ces commanderies furent ensuite rangées sous divers prieurs, qu’on appela plus tard grands-prieurs, chargés d’en faire la visite, et d’envoyer à la terre sainte, en troupes ou en argent, les contributions ordinaires de chaque commanderie de son prieuré. On voit par là que ces prieurs ou grands-prieurs n’avaient absolument aucun rapport avec les chefs spirituels des prêtres desservant les églises de l’Ordre, quoique ceux-ci portassent aussi le titre de prieurs, tel que celui de Saint-Jean d’Aix. Retour

6 Archives du roi en Provence, regist. pergamenorum, f° 66. – H. Bouche, Histoire de Provence, in-f° tom. II, pag. 241. – J. Raybaud, Histoire du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, manuscrit de la bibliothèque Méjanes, in-f° tom. 1er, pag. 126, etc. Retour

7 Les sacs N, O, P, Q et R des archives du prieuré sont remplis en grande partie d’actes portant élections de sépulture dans le cimetière de Saint-Jean, ou d’offrandes d’âme et de corps à l’église de Saint-Jean, pour l’amour de Dieu, de la sainte Vierge, de saint Jean-Baptiste, etc. Les offrants se mettent à genoux devant le prieur, et, les mains jointes, promettent de garder et défendre de tout leur pouvoir les biens de cette église ; et le prieur les reçoit comme confrères et participant à toutes les prières qui seront faites tant sur terre que sur mer. Retour

8 Archives du prieuré, sac Z, n° 1 et Histoire d’Aix , liv. III, § 47, par de Haitze, à qui son ami, lit prieur Viany, parait avoir ouvert ses archives. Retour

9 Archives du prieuré, sac &, n°5. Retour

10 Voyez notre 1er vol., pag. 12Retour

11 Pitton, Annales de la sainte église d’ Aix, in-4°, pag. 118.- J. Raybaud, Histoire de prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 136. – Procès-verbal de visite de l’église et prieuré de Saint-Jean d’Aix, du mois de janvier 1613, f° 334. Nous parlerons plus bas de ce curieux procès-verbal que des auteurs qui le citent n’ont jamais lu ni même vu. Retour

12 Archives du prieuré, sac N, n° 5. Retour

13 Voyez la lettre du pape à Charles 1er, dans l’Histoire des comtes de Provence, par Ruffi, Aix, 1654, in-f° pag. 213. Retour

14 Archives du Prieuré, sac z, n°3. Cet acte de consignation fut reçu par Rostang Gantelmi, notaire, issu de famille noble, le jour des calendes d’avril 1278. Retour

15 Archives du prieuré, sac Z, n° 4. Retour

16 Archives du roi en Provence, regist. Carolus II, n° 292. Retour

17 Il fut enterré dans le cimetière de Saint-Jean, suivant l’élection qu’il y avait faite de sa sépulture, le jour des calendes de mars 1280. Archives du prieuré, sac Z, n° 22. Retour

18 Histoire du grand-prieuré de Saint-Gilles, par J. Raybaud , tom. 1er pag. 194 et suiv. Retour

19 Voyez notre 1er vol., pag. 18 et suiv., 146452466 et suivRetour

20 Archives du prieuré, sac Z, n° 8. Archives du roi en Provence, arm. A, regist. Lividis, f° 319. Retour

21 Archives du prieuré, Sac Z, n° 11. Retour

22 Archives du prieuré, et Gaufridi, Hist. de ProvRetour

23 Archives du prieuré, sac DD, n° 5. Retour

24 Vertot, histoire de Malte, in-4°, tom. II, pag. 35. Retour

25 Vertot , ibid. – Baudoin, Hist. des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, in-f°, 2e édit., pag. 64. Retour

26 J. Bosio, dell’ Istoria della sacra religione et illma militia di san Giovanni Gerosolimitano, édition du vatican, 1594, in-f°, parte seconda, pag. 49. – J. Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 275. Retour

27 Elzéard Grassi, Jean Grassi, notaires, et Jacques Grassi étaient syndics d’Aix, en 1381, 1385, 1416 et 1421. Bertrand Grassi y était notaire en 1425, 26 et 27, après Jean son père. Depuis lors, les Grassi avaient continué de vivre honorablement dans Aix jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Un Jean-Louis Grassi se qualifie de conseiller et médecin ordinaire du roi, dans un acte de 1645 que nous avons sous les yeux. Joseph et Jean-Louis Grassi, troisièmes consuls d’Aix en 1697, 1730, 1743 et ann. suiv., paraissent avoir été les derniers mâles de cette famille dont les armes étaient d’argent au cœur enflammé de gueules, au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or. On connaît, aux environs de la ville, au-dessous du faubourg Notre-Dame, une domaine important qui porte encore leur nom pour leur avoir appartenu. Retour

28 Visites générales des commanderies dépendantes du grand-prieuré de Saint-Gilles, aux archives de ce grand-prieuré, actuellement réunies à celles de la préfecture à Marseille, ann. 1613 , tom. 1er, pag. 335 , où le prieur de Naberat cite le registre des archives de Malte, intitulé Liber Bullarum, f° 39. Ce dernier registre nous paraît être le seul titre à consulter pour décider si le prieur de l’église de Rhodes dont il est question s’appelait Gautier ou Bernard Grassi. Retour

29 Vertot, Hist. de Malte ; Traité sur le gouvernement de l’Ordre, à la suite de cette histoire. Retour

30 Bosio, parte terza, pag. 213 et 351 ; Baudoin, pag. 362 et 425. Retour

31 Bosio, parte seconda, pag. 122 ; Baudoin, pag. 90. Retour

32 Vertot, in-4°, liv. VI, tom. II, pag. 175. Retour

33 Voyez notre 1er vol. pag. 318, not. 3Retour

34 J. Raybaud, tom. 1er , pag. 329, et tom. II., pag. 242 et suiv. Retour

35 J Bosio, parte seconda, pag. 127 ; Baudoin, pag. 91; et Vertot, in-4°, tom II, pag. 176. Retour

36 Voyez notre 1er vol., pag. 520 et suiv. jusqu’à 527 inclusRetour

37 Voyez tous les historiens de l’Ordre sous l’année 1480, et J. Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 381. Retour

38 Archives de la commanderie d’Aix, actuellement réunies avec celles du prieuré d’Aix, du grand-prieuré de Saint-Gilles, etc., aux archives de la préfecture à Marseille. Retour

39 Le prieur Viany cite cet arrêt dans l’un de ses mémoires imprimés contre le bailli de Merles-Beauchamp, commandeur d’Aix, adressé à monseigneur l’éminentissime grand-maître ( in-f° pag. 12), et après en avoir rapporté quelques dispositions, il ajoute : et autres choses qu’on obmet par modestie. Ces derniers mots ayant un jour piqué notre curiosité, nous recourûmes au premier registre des arrêts rendus par le parlement en 1542, où se trouve celui dont nous parlons et nous lûmes:  » Sur la requeste faicte judiciellement par le procureur-général du roi, contenant que en receptant les papiers dudit seigneur, il aurait trouvé que l’église Saint-Jehan en ceste ville d’Aix estait de fondation royale et en icelle se doivent faire aulmones suivant les légats faits en ladicte église, et aultres charges d’icelle, ce que ne faisoient les commandeurs et aultres gens qui se tiennent en ladite église, ains tiennent femmes impudiques, et requiert, etc. La Cour a ordonné et ordonne que les prieur et commandeur de ladicte église Saint-Jehan seront adjournés à venir deffendre à la requeste dudict procureur-général à quinzaine, etc., et a, ladicte cour, admonesté et enjoint à iceulx prieur et commandeur de faire dire les messes et aultres heures canoniales et tenir l’église garnie des choses nécessaires, et néanmoins de faire vivre honnestement ceulx qui sont par eux députés au service de ladicte église, ainsi qu’il appartient à gens de leur estat.  » Le lecteur voudra bien décider lui-même, d’après cette citation, si notre conjecture est fondée ou non ; car, nous le répétons volontiers, elle est uniquement appuyée sur l’arrêt que nous venons de rapporter et nul auteur n’en dit le moindre mot. Retour

40 Voyez aux archives du prieuré, notamment la transaction du 8 juillet 1656, passée devant André, notaire, à Aix, ratifiée le 15 septembre suivant par le chapitre général du grand-prieuré de Saint-Gilles ; et celle du 30 juillet 1669, devant Claude Alpheran, aussi notaire, à Aix. Retour

41 Mémoires de l’académie d’Aix, tom. V, pag. 201 à 308. Retour

42 Ibid, pag.339, not. 1. Retour

43 Archives du grand-prieuré de Saint-Gilles, réunies à celles de la préfecture à Marseille, tom. 1er des visites générales de 1613, f° 295 et suiv. jusqu’au f° 337 inclusivement, où se trouvent les signatures : F. de Mauléon, le commandeur de Ville-Jésus, F. A. de Naberat et Raybaud ; not. et secretRetour

44 Le commandeur de Mauléon parle seul ici, attendu qu’il s’agit d’un bénéfice de son collègue le prieur de Naberat qui fait la déclaration, laquelle, dans tous les autres cas, est faite aux deux délégués du grand-prieur. Retour

45 Voyez notre 1er vol., pag. 18 et suiv., et ci-dessus, pag. 303. Retour

46 Il faut se rappeler que ce procès-verbal est de 1613, antérieur de trente-trois ans à la clôture de l’église de Saint-Jean dans la ville. Retour

47 Antiquités nationales, etc., par Millin, cinq vol., in-4°, Paris, 1791, tom. III, art. XXXIII (Commanderie de Saint-Jean-en-l’Isle, départ. de Seine-et-Oise, dist. de Corbeil ; trente-deux pages avec cinq planches). Là se trouve la liste des vingt-neuf prieurs de Saint-Jean-en-l’lsle de Corbeil, connus depuis 1239 jusqu’à la révolution. Ils ne portaient la mitre et la crosse que depuis 1450 environ. Retour

48 Voyez ci-dessus, pag. 302Retour

49 Ce petit tombeau fut transporté, sous le prieur Viany, dans la chapelle du comte Raymond-Bérenger, où il est encore en face de l’autel actuel de la Sainte-Vierge. On l’a transformé en armoire. Retour

50 L’historien moderne de Saint-Jean prétend que la sépulture commune des prieurs était dans la chapelle de la reine Béatrix, dans le transsept du sud (Mém. de l’acad. d Aix tom. V, pag. 242 et 268). C’est une erreur. Les prieurs et les commandeurs avaient toujours eu la même sépulture, comme le dit ici le prieur de Narebat, située au milieu du chœur, jusqu’au jour où le prieur Viany fit déplacer ce tombeau pour élever le grand autel au même lieu. Retour

51 Le prieur de Naberat dit, dans la chronologie des prieurs de Saint-jean, que cette chapelle des onze mille vierges fut fondée par le grand-prieur de Capoue, Isnard de Albarno, sous le prieur Jacques de Clerio. Retour

52 Il y a ici une erreur évidente quant à l’année. Raymond-Bérenger mourut en 1245 à son retour du concile général de Lyon, où il reçut la rose d’or des mains du pape Innocent IV. C’est ce dont conviennent tous les auteurs. La date du 19 août qu’ils rapportent est moins certaine, et celle du jeudi après la saint Luc que donne ici Naberat, mérite attention ; car c’était anciennement, jusqu’à la révolution, le premier jeudi après la saint Luc que le chapitre de Saint-Sauveur allait célébrer annuellement un service pour le repos de l’âme du comte Raymond-Bérenger, dans l’église de Saint-Jean, où il était obligé de porter tous les vases sacrés et ornements nécessaires, le prieur ne lui fournissant absolument rien pour cela, pas même le feu pour allumer les cierges. Retour

53 Il est fâcheux que M. de Saint-Vincens ait dit par inadvertance (Mém. msst sur les églises, monuments, etc., de la ville d’Aix, que cette statue était celle de Béatrix de Savoie, femme de Raymond-Bérenger IV. Millin l’a dit, d’après lui (Voyage dans le midi, tom. II, pag. 288), et l’historien moderne de Saint-Jean l’a répété (Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 234), sans faire attention, les uns et les autres, que la statue porte une couronne de reine, ce qui indique la reine de Naples, Béatrix de Provence, plutôt que la comtesse Béatrix de Savoie, sa mère. H. Bouche (Hist. de Prov., in-f°. tom. II, pag. 287) ne s’y était pas trompé non plus que Naberat. Retour

54 Chacun peut aisément reconnaître là les armoiries de l’illustre maison de Villeneuve, et l’on ne comprend pas comment l’historien moderne de Saint-Jean y a vu celles des grands-prieurs de Saint-Gilles (Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 252). Celles-ci étaient un agneau pascal avec sa banderolle, telles qu’on les voit encore à la clef de voûte de la dernière travée de la nef de Saint-Jean dans le chœur. Retour

55 Ces autels étaient situés dans la nef l’un, celui de saint Antoine, en avant de la chapelle actuelle où se trouve la petite porte de l’église ; l’autre, celui de saint Blaise, en avant de la chapelle actuellement dédiée au même saint, fondée par l’avocat Jacques Viany, père du prieur Viany. Retour

56 On voit ici que ce n’est pas seulement vers 1680 que cette chapelle fut dédiée à Notre-Dame d’Espérance, comme le dit l’historien moderne (pag. 265) : elle l’était plus anciennement. C’est celle qu’avait fondée et où fut enterré, en 1347, non pas le chevalier Grossis, mais le professeur en droit civil, François de Grossis, chevalier, ce qui n’est pas la même chose. Le testament de ce personnage existe aux archives du prieuré, sac O, n° 17, et par copie au sac AA, n° 15, à la date du 4 avril 1347, Jean Bastardi, notaire. Noble François de Grossis, chevalier, professeur en droit civil, fils de Barthélemy de Grossis, élit la sépulture de son corps dans l’église de Saint-Jean ; fait des legs à Douce de la Lande, sa femme ; à noble Catherine de Grossis, sa fille, femme de noble Raymond Bossi, de la ville d’Apt ; à N…. de Grossis, soit autre fille, femme d’Elzear d’Allamanon, demeurant à Puyricard, outre les douze cents florins qu’elles ont reçus en dot lors de leur mariage ; nomme sa femme tutrice et régente de Jean et Louis de Grossis, ses fils, auxquels il substitue Barthélemy et Georges de Grossis, ses neveux, et au cas où ceux-ci mourront sans enfants, leur substitue ses dites filles, susnommées ; veut que ses armes soient gravées sur sa tombe ; fonde deux chapelles dans l’église de Saint-Jean et l’établissement de deux prêtres pour les desservir, avec le consentement du prieur, etc.. etc. Ce testament indique, ce nous semble, une fortune considérable chez le testateur. – Voyez au tom. 1er, p. 172, note 1, 218 et 283. – Noble Jean de Grossis, l’un des fils de François, s’en allant au Saint-Sépulcre, institua pour ses héritiers ses enfants à naître, et leur substitua Louis de Grossis, son frère, religieux de Saint-Honoré de Lérins et prieur de la Napoule, établissant Phanette, sa femme, exécutrice de son testament reçu le 2 octobre 1363, par Antoine Henrici, notaire. Archiv. du prieuré, sac O, n° 21. Guillaume Barrel, et non Barret comme le dit le moderne historien de Saint-Jean (pag. 266), avocat très distingué, issu d’un Honoré Barrel, assesseur d’Aix en 1492, se chargea, sous le prieur Viany, des frais de la restauration de cette chapelle dans laquelle il élut sa sépulture et celle de sa famille, et où il fut enterré en effet en 1687. Joseph Barrel son fils, assesseur d’Aix en 1685, y fut enterré aussi en 1711. Celui-ci avait épousé Anne de Pontevès, d’où est venu que leurs descendants ont pris le nom de Pontevès et mis de côté celui de Barrel. Retour

57 Nous avions perdu de vue ce passage, lorsque, aux mois de mai et de juin 1843, nous indiquâmes assez maladroitement à messieurs les Membres de la commission d’archéologie, nos confrères, la chapelle du transsept du sud de l’église de Saint-Jean, comme celle où le tombeau et la statue en pierre du grand-prieur Dragonet de Montdragon auraient été enfouis sous l’autel, en 1693, par ordre du prieur Viany. L’épitaphe de ce grand-prieur, placée dans cette chapelle où elle est encore aujourd’hui et quelques phrases assez embarrassées de de Haitze et de Jean Raybaud, avaient causé notre erreur que nous rectifions ici, en indiquant l’autel de la chapelle actuellement dédiée à saint Roch, saint Sébastien et saint Bernardin (c’est-à-dire la troisième chapelle, à droite en entrant à Saint-Jean par la porte principale et qui fait face à celle où s’ouvre la petite porte), comme étant celui où sont enfouis les monuments en question, à moins qu’on ne les ait découverts et détruits lors de la dévastation des églises pendant la révolution, ce que nous ignorons complètement. – Voyez le Rapport sur les fouilles d’antiquités faites à Aix, en 1843 et 1844 ; Aix, Vitalis, 1844, in-4°, pag. 19 et suiv. – Voyez aussi les feuilles du Mémorial d’Aix des mêmes mois de mai et de juin 1843, n° 55, 57, etc. Retour

58 Nous regrettons que l’historien moderne de Saint-Jean n’ait pas connu ce procès-verbal de visite de 1613 ; il nous aurait appris sans doute à quel usage pouvait servir ce puits faict en rond en pierres de taille, de bonne eau, claire et nette, ouvert au milieu de l’église. Retour

59 Voyez ci-après, l’article de ce prieur dans la Chronologie des prieurs de Saint-JeanRetour

60 Pitton, Annales de la sainte église d’Aix, pag. 304 et 305. Retour

61 De Haitze, Hist. d’Aix, manusc., liv. 25, § 4. – Voyage de Malte, par Dumont (tom. II, de ses voyages, pag. 23), où, après avoir parlé de la dignité de grand-prieur de l’église, il ajoute :  » Celui qui la possède aujourd’hui (1697) est  » Provençal, de la ville d’Aix d’un nom qui n’est pas connu hors de son quartier, bien que d’ailleurs il soit très honnête homme.  » En effet, le grand-prieur de l’église comme l’évêque de Malte, étaient tirés du rang des chapelains et appartenaient la plupart à des familles bourgeoises, quoiqu’ils fussent les premiers grand’croix de l’Ordre après le grand-maître, leur dignité les relevant du défaut de naissance, à defectu natalium, suivant les expressions de l’abbé de Vertot dans sa Dissertation sur le gouvernement de l’Ordre de MalteRetour

62 De Haitze, Hist. d’Aix manusc., liv. 25, § 59. – Le chevalier Luc de Boyer d’Argens, Réflexions politiques sur l’état et les devoirs des chevaliers de Malte, pag. 99 et suiv., où l’auteur s’exprime ainsi  » Le dernier grand-prieur de l’église était un homme d’un mérite distingué, dont le nom et la mémoire doivent être éternellement respectables à tous les chevaliers ; il s’appelait Alpheran. Il est mort dans un âge très avancé et a laissé deux neveux dans l’Ordre ; l’un, est évêque de Malte et a toutes les vertus de son oncle ; il est, ainsi qu’était ce sage vieillard, pieux, charitable, affable, cherchant à obliger tout le monde, rendant même des services à ses ennemis et joignant l’esprit le plus orné à toutes les plus excellentes qualités du cœur ; l’autre, prieur de la Commanderie de Saint-Jean, à Aix en Provence, n’est pas moins estimable que son frère et moins digne d’un oncle aussi illustre.  » – A L’égard de ces deux derniers, voyez ci-après la Chronologie des prieurs de Saint-JeanRetour

63 Vertot, Hist. de Malte, in-4°, tom. IV, pag. 220.-MM. les chevaliers Alexandre et Melchior de Lestang-Parade, arrière-petits-neveux par leur mère du chevalier de Ricard, possèdent une médaille frappée à cette occasion, où ce dernier est représenté d’un côté, avec cette légende autour F. SEXTUS ANGELUS DE RICARD MILES HOSPITALIS HIE : TRIREMIS MAGIST : PREFECTUS. Le revers offre les armoiries du chevalier, entourées du cordon et des attributs de l’Ordre, avec cette exergue : PREMIUM IN EXPUGNATIONE SULTANAE BENGHEM, ANNO SALUTIS M DCC. Nous n’en connaissons à Aix pas d’autre exemplaire que celui-là. Ce glorieux étendard a disparu pendant la révolution, lorsque l’église fut dévastée. Retour

64 Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 282 et suiv. – Gallaup de Chastueil, Disc. sur les arcs triomph. dressés en la ville d’Aix pour les ducs de Bourgogne et de Berri, Aix, 1701, in-f°, pag. 73. -De Haitze, Hist. d’Aix manusc., liv. 25, § 6.- Quant aux mémoires du bailli de Beauchamp (Merles et non Merlès) et du prieur Viany, on les trouve dans tous les anciens recueils de factums des vieilles bibliothèques d’avocats. Ils nous paraissent peu dignes de l’honneur qu’on leur promet de les faire réimprimer, d’autant mieux qu’ils sont remplis de fautes d’impression propres à induire en erreur ceux qui y puiseraient des dates et des noms, sans les comparer avec des documents plus authentiques et plus certains. Retour

65 Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 221 et 297 not. 1. Retour

66 Voyez le Mémorial d’Aix du 3 octobre 1840, art. rue Cardinale, en réponse à un article du précédent numéro, intitulé : lou clouchié de San-Jean. C’est dans celui-ci qu’on peut lire une petite pièce de vers provençaux qui nous paraissent peu faits pour entrer dans un ouvrage sérieux et qu’on trouve néanmoins dans le tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 296 et 297. – Il est surprenant que personne, avant nous, n’ait parlé de ces inscriptions. Retour

67 Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 298, in fine, 299 et 300. Retour

68 Chorographie et histoire de Provence, in-f°, tom. 1er, pag. 198. Retour

69 Hist. de la ville d’Aix, in-f°, pag. 635 et 664. Retour

70 C’est ainsi que nous venons de le reconnaître nous-même récemment, et si l’historien moderne de Saint-Jean eût pris la précaution de revoir la pierre avant de faire imprimer sa notice, il ne fût pas tombé dans une méprise aussi grossière que plaisante. Nous invitons les curieux à aller la vérifier sur place. Retour

71 Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 231, 236 et 278. – Au surplus, nous convenons bien volontiers que l’ouvrage dont nous venons de critiquer quelques passages, en renferme un plus grand nombre d’autres qui sont dignes de tous les éloges. On y trouve avec plaisir le recueil complet des inscriptions anciennes et modernes qui existaient jadis ou qu’on lit encore dans l’église de Saint-Jean, et même six vers d’Antonius Aréna, qu’on croit, au premier coup d’œil, être une belle inscription romaine, tant ils sont bien exposés (pag. 223), sauf le quatrième qui est faux. Enfin, la partie descriptive de l’ouvrage est parfaitement traitée, et si nous ne craignions que l’auteur ne nous accusât encore une fois d ‘être un homme dévoré par le dépit (celui sans doute que nous cause son œuvre), nous dirions que nul mieux que lui ne sait parler de trilobes, de transsepts et de choux-frisés. Retour

72 Le mot Auberge équivalait à celui de Langue dans l’ordre de Malte. Retour

73 Nous possédons une pareille liste parmi un grand nombre de pièces sur l’ordre de Malte et particulièrement sur le prieuré de Saint-Jean d’Aix. Celle-ci se trouve dans un registre in-f° manuscrit, que nous tenons de l’obligeance de l’honorable M. Bouteuil, doyen de la faculté de droit d’Aix, intitulé : Etat et inventaire général des archives de la vénérable langue de Provence, 1752, deux parties en un seul vol. de plus de mille pages ; mais le tout s’arrête à 1752. Retour

74 C’est lui qui fit construire à ses frais la première chapelle à droite en entrant dans l’église, où se trouvait la porte de communication avec la maison prieurale. Retour

75 Parmi quelques autres sépultures remarquables dans l’église de Saint-Jean, nous citerons, à la date du 21 août 1689, celle de Jean-François-Charles de Panola, âgé de trois ans, fils de feu noble Charles, petit-fils du roi de Madagascar et de dame Catherine des Essars de Cardon. On nous ferait plaisir de nous dire qui était ce petit-fils du roi de Madagascar qui vint mourir à Aix ; nous n’avons jamais su le découvrir, et le registre mortuaire ne dit rien de plus. Retour

76 Voyez au tom. 1er, pag. 545Retour

77 Il ne faut pas confondre, comme l’a fait l’historien moderne de Saint-Jean (tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 274), ce Claude de Simiane devenu grand-prieur de Toulouse en 1722, avec le fondateur de la chapelle du purgatoire dans l’église de Saint-Jean. Celui-ci était l’oncle du grand-prieur et se nommait Henri de Simiane, né à Aix en 1642, reçu dans l’Ordre en 1658. En 1704, le 17 décembre, il fit encore présent à l’église de Saint-Jean, d’une croix en diamants de la valeur de quatre mille livres environ, pour être placée au-dessus de l’ostensoire, laquelle croix ne se trouva plus valoir que huit cents livres le 10 octobre 1708, deux ans après la mort du donateur, par l’effet de quelque supercherie qu’il serait inutile d’approfondir. Henri mourut en 1706 et fut enterré, le 6 août, dans la chapelle du Purgatoire qu’il avait fondée, où reposaient déjà trois de ses frères comme lui chevaliers de Malte. Claude de Simiane, leur neveu, depuis grand-prieur de Toulouse, était né à Aix le 19 juin 1673, et n’avait ainsi que quinze ans lors de la fondation de la chapelle dont il est question, ce qui suffit pour prouver qu’il n’en est pas le fondateur. Retour

78 Voyez ci-après, rue Saint-MichelRetour

79 Voyez au tom. 1er, pag. 645Retour

80 Voyez au tom. 1er, pag. 543 et suivRetour

81 A cette époque la nation venait de rembourser les deux tiers de la dette publique en bons dits de deux tiers mobilisés, dont le taux n’était que de deux francs par cent francs à la bourse de Paris, et avait inscrit l’autre tiers sur le grand-livre, ce qu’on appelait le tiers consolidé, qui se vendait au prix de quinze ou seize francs pour cent francs. Les membres de l’association employèrent à cette acquisition leurs bons de deux tiers et leur tiers consolidé qui, négociés à la bourse à l’effet de parfaire le prix d’achat dans les proportions voulues par la loi, représentèrent pour eux en définitive ladite somme de cinq cent treize mille francs. – Ces membres étaient MM. Aubert-Mignard et Antoine Aubert, syndics, de Philip et de Callamand, anciens conseillers aux comptes, de Mayol-Saint-Simon, de Meyronnet-Châteauneuf, Pellicot, médecin, Vial et Roux-Alpheran (auteur de cette notice) ; mesdames Lieutaud épouse Pochet, de Calvy veuve de Joannis, Pazèry de Thorame veuve d’Eymar de Nans, Barrème veuve Brochier, et mademoiselle Tamisier. Retour

82 La cérémonie fut extrêmement longue, d’autant mieux qu’elle avait commencé par une première séance à l’Hôtel-de-Ville où M. le commissaire du roi avait prononcé un discours analogue la circonstance. Nous n’assistâmes qu’à celle qui eut lieu à Saint-Jean, et nous nous souvenons qu’un autre spectateur placé assez près de nous, dit à l’un de ses voisins-  » Croyez-vous que ce soit en l’honneur de Raymond-Bérenger qu’on nous fait ennuyer depuis deux ou trois heures ? pas du tout. C’est pour nous apprendre que Romée de Villeneuve était le ministre de ce prince, il y a six cents ans. « – En effet, les discours de M. le comte de Villeneuve et de M. l’archevêque de Bausset, son oncle, s’étaient fort étendus sur les hautes qualités de ce ministre. Retour

La+croix+de+Malte+est+omniprésente.

Eglise Saint Jean de Malte