FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PLONGER DANS L'HISTOIRE : UN CHOIX DE DIX OUVRAGES

Plonger dans l’histoire : un choix de dix ouvrages

Lecture et confinement :

header-Histoire-de-Francedix livres pour plonger dans l’histoire

 

1

LA GUERRE DES GAULES

La Guerre des Gaules

Jules César

Paris, Flammarion, 1993. 284 pages

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Quatrième de couverture

Les Commentaires de la Guerre des Gaules ont été rédigés alors que César venait de vaincre Vercingétorix et voulait faire connaître à l’opinion romaine, avant sa candidature à un second consulat, les épisodes de sa belle conquête. Ses adversaires répandaient alors mille bruits sur son compte. La rédaction de La Guerre des Gaules fut donc, avant tout, l’acte d’un chef vainqueur qui rétablit les faits et coupe court aux intrigues et calomnies de ses ennemis politiques. Pourtant, il n’y a dans La Guerre des Gaules ni omission capitale, ni mensonge, nulle rhétorique, rien que des faits. C’est un général qui écrit, selon le mot de Quintilien, «avec le même esprit qu’il fait la guerre».

En histoire ancienne on peut revenir aux sources de la France, et d’ouvrir La Guerre des Gaules, de César. Loin du souvenir rébarbatif des versions latines, prendre le livre à la première page c’est  suivre  le conquérant romain sur les antiques chemins de ce qui n’était pas encore la France. C’est aussi suivre le récit rapidement des marches et des contre-marches, des batailles, des ralliements et des trahisons, des folles espérances, des victoires et des défaites. La Guerre des Gaules fait aussi parti de la geste nationale à travers Vercingétorix. On peut prendre l’édition des Belles Lettres, en deux volumes, car la traduction y est très vivante et accompagnée d’utiles notes de bas de page donnant des détails historiques et géographiques qui augmentent encore la saveur du texte.

 

 

2

JEANNE D’ARC

Jeanne d’Arc

Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin

Paris, Fayard, 1986. 447 pages

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En histoire médiévale, parce que cette année est celle du centenaire de sa canonisation, il faut absolument lire la biographie de Jeanne d’Arc publiée par Régine Pernoud et Marie-Véronique Clin aux éditions Fayard, rééditée en format poche en 2011. Outre une histoire suivie et admirablement écrite de la vie de notre héroïne nationale, l’ouvrage est agrémenté de très nombreuses biographies sur tous les compagnons de cette épopée. En refermant le livre, on ne connaîtra  pas seulement mieux cette grande sainte que tout le monde cite en ignorant la réalité de son existence, mais on aura aussi une vision d’ensemble sur la France de ce début de XVe siècle.

Présentation de l’éditeur

Personnage le plus célèbre de l’histoire de France, Jeanne d’Arc n’a cessé de fasciner. Biographie méticuleuse de celle qui fit irruption dans l’histoire en changeant le cours de la guerre de Cent Ans, fit couronner le roi et fut condamnée au bûcher après un procès inique en 1431. Ce livre raconte l’itinéraire extraordinaire de la jeune bergère de Domrémy. Il resitue Jeanne dans son contexte et brosse les portraits des principaux protagonistes de son histoire. Les auteurs livrent tous les éléments connus qui éclairent le mythe et les controverses qu’elle suscita, dont sa canonisation tardive et les polémiques contemporaines portent encore la trace. Paru en première édition chez Fayard en 1986.

 

Critique

Cette guerre dura cent ans. Elle faillit faire de la France une terre anglaise. En 1429, alors que les Anglais sont aux portes d’Orléans, une voix venue des cieux se fait entendre, non au roi de France mais à une petite paysanne de Domrémy, Jeanne. Une mission lui incombe : sauver la France. Cette pieuse jeune fille met désormais sa vie au service de son roi et de son pays. Elle prend la tête de l’armée et sauve Orléans ; elle permet au roi d’être sacré et d’affermir ainsi son pouvoir. Trahie, livrée aux Anglais, jugée par les tribunaux ecclésiastiques pour sorcellerie, elle est brûlée vive à Rouen. Celle qui réussit à redonner du courage à tout un peuple entrait dans la légende nationale.

Dans un ouvrage didactique, enrichi de nombreuses illustrations et de biographies annexes, les auteurs nous font redécouvrir de manière très vivante l’histoire exceptionnelle de cette jeune femme devenue l’héroïne la plus populaire de France. –Gaëtane Guillo

3

LES CROISADES ET LES NORMANDS

Histoire des Croisades

Jean Richard

Paris, Fayard, 1996. 550 pages

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En histoire médiévale toujours si on remonte encore le temps on peut apprécier la lecture de deux ouvrages qui se complètent parfaitement, L’Histoire des croisades, de Jean Richard, publiée chez Fayard en 1996, rééditée en poche en 2012, et celle des Empires normands d’Orient, de Pierre Aubé, publiée chez Perrin, dans la collection Tempus pour l’édition de 2006. Du IXe au XIVe siècle, entre Occident et Orient, toute l’histoire de la chrétienté se dévoilera, dans sa limpidité, avec ses gloires et ses limites, loin du livre noir et du livre d’or. Il faut lire ces ouvrages passionnants pour parler, ensuite, avec intelligence, des croisades et de ce Moyen Âge méconnu.

Il y a tout juste neuf siècles, le pape Urbain II lançait l’appel à la croisade qui allait jeter sur les routes de l’Orient des dizaines de milliers d’hommes venus de toute l’Europe. Le prix de cette première expédition fut lourd à payer pour la chrétienté, mais l’expansion turque était arrêtée, Constantinople dégagée, et le Saint-Sépulcre échappait aux Infidèles. Dès lors, les croisades eurent un autre objectif: la défense de ces Etats latins, chargés de souvenirs bibliques, où affluaient les pèlerins d’Occident.

Les premières défaites des chrétiens n’ébranlèrent pas le zèle pour la Terre sainte. Vague après vague, les pèlerins, attirés par les privilèges spirituels attachés à la délivrance des Lieux saints, continuaient à répondre aux appels des papes. Le mouvement s’intensifia quand Jérusalem tomba aux mains de Saladin, en 1187. La chrétienté réagit alors avec vigueur. Une des croisades toutefois dévia de sa route, et les croisés,  » mettant Dieu en oubli « , pillèrent Constantinople. Bientôt Innocent annonçait une nouvelle croisade; elle devait ouvrir la voie à la diplomatie et permettre à Frédéric II de se faire couronner à Jérusalem roi d’un royaume qui fut peu à peu reconstitué. Mais les répercussions de la conquête de l’Iran par les Mongols et un renversement d’alliances firent reperdre la Ville sainte.

C’est à ce moment que Saint Louis décidait de se croiser. Malgré l’échec de sa campagne d’Egypte, des établissements francs se maintenaient. Cette fois, les Mongols eux-mêmes arrivaient. Une autre forme de croisade s’esquissa, qui ne put empêcher les dernières places franques de tomber. Désormais, le but de la croisade serait d’assurer la défense du monde chrétien face à l’expansion des Turcs.

Epopée exaltant la foi et l’héroïsme pour les uns, temps de ténèbres pour les autres, les croisades ont bien été l’un des épisodes majeurs de l’histoire du monde. Au-delà de toute polémique, Jean Richard nous livre un récit magistral de cette aventure qui, deux siècles durant, mit en contact les Occidentaux avec l’Orient et leur ouvrit la connaissance des autres.

Jean Richard, membre de l’Institut, est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Orient latin sur lequel il a publié de nombreux travaux. Il est aussi l’auteur d’une biographie de Saint Louis.

 

Les empires normands d’Orient 

Pierre Aubé

Paris, Tempus Perrin, 2006. 352 pages.

 

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La fabuleuse aventure de ces Nordmen francisés partis conquérir les rives de la Méditerranée.

L’action se passe aux XIe, XIIe, XIIIe siècles. La foi, la soif de richesse, l’appétit du pouvoir, le courage, l’azur du ciel sont les passions qui animent les héros de cette fabuleuse aventure. Ces Nordmen francisés, seigneurs du Cotentin partis conquérir les rives de la Méditerranée, sont devenus prince d’Antioche, rois de Naples et de Sicile. Frédéric de Hohenstaufen fut un de leurs prestigieux héritiers.

Médiéviste, Pierre Aubé a déjà écrit plusieurs ouvrages remarqués, dont Baudouin IV de Jérusalem (1980), Godefroi de Bouillon (1983) et Thomas Becket (1988), traduits en plusieurs langues. Sa monumentale biographie Saint Bernard de Clairvaux a reçu le Grand Prix de la biographie historique de l’Académie française.

4

LES GUERRES DE RELIGION

Les Valois : De François Ier à Henri III, 1515-1589

Georges Bordonove

Paris, Pygmalion, 2010. 1005 pages.

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Franchissons les siècles, et nous voici en pleines guerres de religion. Il est délicat, ici, de conseiller un ouvrage grand public, fruit de la réflexion d’un universitaire. Le sujet est complexe et encore soumis aux passions. Alors, on peut aisément se plonger dans l’ouvrage rédité en 2020 : en un seul volume, des biographies des Valois de François Ier à Henri III, par Georges Bordonove. La plume est alerte, comme toujours chez Bordonove, et une certaine objectivité est respectée par l’auteur dans ce thème difficile. Par la vie et l’œuvre de nos rois, vous traverserez, avec un certain panache, les épisodes sombres des guerres de religion.

Quatrième de couverture

La dynastie des Valois-Angoulême nous plonge au cœur d’une période éblouissante, celle de la Renaissance que symbolisent aujourd’hui les merveilleux châteaux de la Loire. De la bataille de Marignan, qui consacre le Roi-Chevalier, à l’avènement de Henri IV, c’est tout un siècle à la fois glorieux et tragique qui défile à travers cinq règnes : ceux de François Ier, Henri II et ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III, sans oublier l’omniprésente reine Catherine de Médicis. Car les crimes politiques abondent, la lutte entre catholiques et protestants fait rage au point de mettre en péril l’unité du pays. Mais, au-delà de ces conflits dont les traces ont subsisté pendant des siècles, ces souverains, mécènes et protecteurs des arts sous toutes leurs formes, parviennent à jeter les bases d’une puissante monarchie absolue qui hissera bientôt la France à la tête de l’Europe des Lumières. Cinq rois, cinq personnalités contrastées et investies de leur haute mission sacrée.

Biographie de l’auteur

Lauréat de l’Académie française et de la Bourse Goncourt du récit historique, grand prix des libraires, officier de la Légion d’honneur, George Bordonove conte la superbe épopée des rois qui ont fait la France. Refusant les facilités d’une vulgarisation simpliste de l’Histoire, il la clarifie afin d’en mieux traduire les palpitations vraies et les étonnantes analogies avec notre époque.

 

5

LE GRAND SIÈCLE DES SAINTS

Pour le Grand Siècle, fort heureusement, nous avons sous la main un auteur hors du commun, avec François Bluche, dont le Louis XIV, publié chez Fayard, demeure l’incontournable pour connaître le XVIIe siècle et le règne du Grand roi. Pour une vision plus large de ce XVIIe qu’on appela « Le siècle des saints », il faut absolument lire Le Grand règne, recueil regroupant quatre ouvrages de François Bluche ; La vie quotidienne au temps de Louis XIV, Louis XIV, Louis XIV vous parle, Le « mécénat » de Louis XIV. Publiée en 2006, cette somme se lit avec plaisir, tant son érudition est servie par une plume agréable et dépouillée des lourdeurs d’un appareil de notes rejeté en fin d’ouvrage.

Louis XIV – François Bluche

François Bluche

Paris, Fayard/Pluriel, 2012. 1056 pages.

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François Bluche, historien spécialiste de l’Ancien Régime et professeur émérite à l’université de Paris, a aussi publié dans la collection « Pluriel » Le despotisme éclairé et Les Français au temps de Louis XVI.

Dans l’imaginaire collectif, le personnage de Louis XIV est synonyme de guerres, d’intolérance religieuse, de disettes, de frivolité ou à l’inverse d’austérité, selon la partie du règne à laquelle on s’intéresse. François Bluche a souhaité rompre avec cette historiographie et renouveler la démarche du biographe en l’ouvrant davantage sur l’entourage et le contexte politique, économique et culturel. Il accorde ainsi une large place à l’éducation du jeune souverain et à un événement tel que la Fronde qui conditionna ensuite toute la stratégie politique du monarque. Car Louis XIV ne fut pas qu’un guerrier, il fut également un grand réformateur.

 

Le Grand Règne: La vie quotidienne au temps de Louis XIV – Louis XIV – Louis XIV vous parle – Le  »mécénat » de …

François Bluche

Paris, Fayard, 2006. 1280 pages.

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Depuis la publication, en 1986, de la désormais classique biographie du Roi-Soleil par François Bluche, le jugement de Voltaire, pour qui le temps de Louis XIV (1643-1715) fut « le siècle le plus éclairé qui fut jamais », est très largement partagé. Ce livre fameux est ici complété par La Trie quotidienne au temps de Louis XII ; qui évoque avec vivacité les travaux et les jours de tout un peuple, et par Louis XIV vous parle, qui reproduit, met en scène et analyse les propos et écrits du Roi tels que nous les ont transmis les textes les plus variés. La somme de ces trois ouvrages de référence dessine de Louis XIV, de son règne et de son royaume une fresque grandiose.

6

SUR LES ORIGINES DE LA RÉVOLUTION

Faisons encore un petit bond et abordons la Révolution française. Sur elle, tout a été écrit ou presque. Mais on peut aborder cette période sous un aspect peu abordé de la Révolution, celui de ses origines religieuses et celui du jansénisme. Pour cela, l’ouvrage  de Catherine Maire, publié chez Gallimard en 1998, De la cause de Dieu à la cause de la Nation, le jansénisme au XVIIIe siècle est à conseiller. À la suite de cette grande historienne, vous plongerez dans un autre XVIIIe siècle ; non pas celui des philosophes, mais celui d’une chrétienté en mutation, déchirée, où se mêle le religieux et le politique, et de laquelle sortira la Révolution de 1789.
De la cause de Dieu à la cause de la Nation: Le jansénisme au XVIIIᵉ siècle

Catherine Maire

Paris, Gallimard, 1998. 710 pages.

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Quatrième de couverture

Connaissez-vous l’abbé d’Etemare ? Connaissez-vous l’avocat Le Paige ? Probablement pas. Pourtant, ces deux inconnus de l’histoire ont sûrement été parmi les plus importants acteurs du XVIIIᵉ siècle français. Ils ont été, l’expression mérite pour une fois d’être employée, les «chefs d’orchestre clandestins» de l’agitation janséniste qui, de la résistance contre la bulle Unigenitus en 1713 à l’expulsion des Jésuites en 1764, en passant par les convulsions de Saint-Médard, n’a cessé d’occuper le devant de la scène publique. Ce livre s’emploie à tirer leurs œuvres et leurs entreprises de l’ombre. Il fallait, pour percer à jour l’énigme de ce mouvement qui a déconcerté des générations d’historiens et pour saisir la cohérence de ses différents visages, commencer par dégager son originalité en regard de ses illustres ancêtres du Grand Siècle. Elle repose sur deux piliers : une théologie de l’histoire, le «figurisme», à base de correspondances entre l’Écriture sainte et la suite des temps, et une doctrine de la résistance dans l’Église, le «Témoignage de la vérité», à base d’appel au jugement des fidèles. On comprend, à partir de là, la dynamique du phénomène dans ses trois grands moments. On comprend comment la protestation d’un petit groupe de clercs contre la condamnation pontificale d’un livre suspect, à l’instigation de Louis XIV, a pu déboucher sur l’organisation d’une formidable machine de propagande clandestine, la première du genre, sans doute, et la première, en France, à faire intervenir l’«opinion publique». On comprend la teneur de l’étrange flambée convulsionnaire, nourrie d’un enseignement figuriste qui échappe à ses promoteurs. On comprend enfin la curieuse stratégie des parlements dans leur opposition à Louis XV, transposition dans l’État de la démarche de résistance préalablement élaborée et testée dans l’Église. C’est tout un pan du siècle des Lumières qui s’éclaire de la sorte, grâce à l’exhumation des réseaux et des menées de ces théologiens-hommes d’action, acharnés à se cacher. Mais plus largement, ce sont les voies par lesquelles a cheminé l’ébranlement pré-révolutionnaire du trône et les rapports entre religion et politique dans le cadre de l’absolutisme, qui en acquièrent une nouvelle intelligibilité.

7

UN AUTRE XIXE SIÈCLE

Les bouleversements de la Révolution et de l’Empire franchis à grands pas, on peut se ploinger dans ce XIXè siècle qui vit tant de bouleversements internationaux et de changements dans les sociétés. Si l’on ne se plonge pas dans les récits des révolutions et des guerres on peut prendre le temps de découvrur un prince en exil que l’histoire a fini par oublier ! Ne dit-on pas que : « Malheur aux vaincus ! ». Là aussi, c’est un autre XIXe siècle qui s’ouvre à vous, avec ce livre de Daniel de Montplaisir, Le Comte de Chambord, dernier roi de France, publié chez Perrin en 2008, et qui donne un autre éclairage sur la vie politique française et européenne de ce temps, en s’appuyant largement sur des archives découvertes au début du XXIe siècle.

 

Le Comte de Chambord (Français) Broché – 29 mai 2008

Daniel de Montplaisir

Pris, Perrin, 2008. 748 pages.

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Pour l’histoire, l’homme reste le  » comte de Chambord « . Pour les royalistes, qui l’ovationnèrent comme  » duc de Bordeaux  » puis le reconnurent comme  » Henri V  » il fut le  » roi « , le dernier roi de France.

Il le fut doublement : le 2 août, lorsque son grand-père Charles X abdiqua en sa faveur, et le 24 août 1883, lorsqu’il mourut sans enfants, laissant béante une succession de France qui demeure irrésolue à ce jour.
L’alternance de ses silences et e ses prises de position souvent mystérieuses, passionnèrent les historiens. Pourquoi avait-il refusé la couronne que la chute du Second Empire lui offrait sur un plateau ? Son obstination à n’accepter de Restauration qu’avec le drapeau blanc cachait-elle un prétexte pour échapper à son destin ou bien un manque consternant de sens politique ?
Faute de réponse, l’histoire oublia le comte de Chambord. Jusqu’à ce que ses archives privées, que l’on croyait perdues, soient récemment retrouvées. Leur exploitation permet de redécouvrir le roi Henri V et sa raison d’être : se préparer à assumer la charge de la France. Elle permet aussi de dépeindre l’homme qui, loin des cercles royalistes qui en firent une icône, mena la vie quotidienne d’un haut personnage de son sens politique ?
Le présent ouvrage dissipe le mystère politique et humain. Mais l’héritage du dernier monarque continue de planer comme une ombre sur l’histoire de France.

Daniel de Montplaisir, conseiller de l’Assemblée nationale et historien est notamment l’auteur de La Monarchie (Le Cavalier Bleu, coll.  » Idées reçues « , 2003)

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8

UN PAPE DU XXE SIÈCLE

Voici le dernier siècle. L’histoire du XXè siècle n’a pas fini de raviver les passions tant il est encore proche de nous. Les conflits d’hier ne sont pa encore apaisés et il en est de même dans l’histoire de l’Eglise.  Puisque le pape François a décidé d’ouvrir les archives secrètes du Vatican correspondant au temps de son pontificat on peut profiter de cette occasion pour découvrir (ou redécouvrir)  Pie XII à travers la biographie que lui consacra Andrea Tornielli et que publièrent les éditions Tempora en 2009. C’est sans doute, pour le néophyte, la plus complète et la plus accessible des biographies au sujet de ce pape méconnu et calomnié. Vous n’y revivrez pas que la vie du pontife, mais surtout toute son œuvre publique, comme nonce apostolique sous Benoît XV, secrétaire d’État sous Pie XI, puis comme pape. Là encore, c’est tout le XXe siècle avec ses crises politiques et sociales qui se dévoilera devant vous, mais avec d’autres lunettes, celles du successeur de Pierre.

Pie XII 

Andrea Tornielli

Paris, Jubilé/Tempora, 2009. 812 pages.

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Par la durée de son pontificat, l’ampleur de son enseignement qui a inspiré une bonne partie des textes du concile Vatican II et la diversité des questions qu’il a traitées, Pie XII a véritablement fait entrer l’Église dans la modernité. Le pape Pacelli a du faire face aux idéologies modernes les plus meurtrières que furent le nazisme et le communisme et mener l’Église dans une période particulièrement troublée. Ce pape exceptionnel, admiré de ses contemporains, méritait un portrait plus fouillé que les habituels raccourcis médiatiques.

L’ouvrage d’Andréa Tornielli est un document décisif porté au dossier du pape.
Refusant tout a priori, cette biographie d’Eugenio Pacelli, n’est pas une hagiographie. De nombreuses sources dont une partie inédite constituée des archives privées Pacelli, et les témoignages du dossier de béatification ont permis d’établir une biographie historique des plus sérieuses.
L’auteur n’esquive pas les questions brulantes des relations du pape avec le IIIème Reich et le nazisme. Dans son intervention et son action autour de la Shoah, Pacelli est suivi pas à pas, ses écrits sont disséqués, ses démarches confrontées à ses contradicteurs.
La vérité des archives pour un portrait inédit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ACTES DES APÔTRES, ACTES DES APOTRES, ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT JEAN, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE LETTRE DE SAINT PIERRE, PSAUME 32, TEMPS PASCAL

Dimanche 10 mai 2020 : 5ème dimanche de Pâques : lectures et commentaires

Dimanche 10 mai 2020 : 5ème dimanche de Pâques

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Commentaires du dimanche 10 mai

 

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Actes des apôtres 6, 1-7

1 En ces jours-là,
comme le nombre des disciples augmentait,
les frères de langue grecque
récriminèrent contre ceux de langue hébraïque,
parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées
dans le service quotidien.
2 Les Douze convoquèrent alors l’ensemble des disciples
et leur dirent :
« Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu
pour servir aux tables.
3 Cherchez plutôt, frères,
sept d’entre vous,
des hommes qui soient estimés de tous,
remplis d’Esprit Saint et de sagesse,
et nous les établirons dans cette charge.
4 En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière
et au service de la Parole. »
5 Ces propos plurent à tout le monde,
et l’on choisit :
Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint,
Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas
et Nicolas, un converti au judaïsme, originaire d’Antioche.
6 On les présenta aux Apôtres,
et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains.
7 La parole de Dieu était féconde,
le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem,
et une grande foule de prêtres juifs
parvenaient à l’obéissance de la foi.

« En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque ». Si je comprends bien, le problème de la nouvelle communauté chrétienne vient paradoxalement de son succès : « Le nombre des disciples augmentait » et il augmentait si bien que l’unité devenait difficile ; tous les groupes en expansion sont affrontés à cette question : comment rester unis quand on devient nombreux ?… Nombreux donc différents.
Au fond, si on y réfléchit, cette difficulté était déjà en germe le matin de la Pentecôte. Vous connaissez le récit de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres : « A Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. » Dès ce matin-là, il y eut des conversions, trois mille, paraît-il, et d’autres dans les mois et les années qui suivirent ; ces nouveaux convertis sont tous des Juifs, (la question de l’admission de non-Juifs ne s’est posée que plus tard) mais, très probablement, un certain nombre d’entre eux sont justement des Juifs venus d’un peu partout à Jérusalem en pèlerinage ; ils sont ce qu’on appelle les Juifs de la Diaspora (c’est-à-dire dispersés dans tout l’Empire Romain) ; leur langue maternelle n’est pas l’hébreu ni l’araméen, mais le grec, car, à l’époque, c’était la langue commune dans tout le bassin méditerranéen.

Si bien que la jeune communauté toute neuve va être affrontée à ce que j’appellerais « le défi des langues ». Nous savons d’expérience que cette barrière de la langue est beaucoup plus qu’une difficulté de traduction : langue maternelle différente veut dire aussi culture, coutumes, compréhension de l’existence, manières différentes d’envisager et de résoudre les problèmes. En tête d’un Nouveau Testament en grec, j’ai trouvé cette formule : « Une langue est un filet jeté sur la réalité des choses. Une autre langue est un autre filet. Il est rare que les mailles coïncident ».
Pour revenir à la jeune communauté de Jérusalem, il y a donc un problème de cohabitation entre les frères de langue grecque et ceux de langue hébraïque ; très concrètement, la goutte d’eau qui va faire déborder le vase c’est l’inégalité flagrante dans les secours portés quotidiennement aux veuves ; on n’est pas étonné que la communauté ait eu à coeur de prendre en charge les veuves, c’était une règle du monde juif ; mais il faut croire que ceux qui en étaient chargés (logiquement recrutés dans le groupe majoritaire donc hébreu) avaient tendance à favoriser les veuves de leur groupe.
Ce genre de querelles ne peut que s’envenimer de jour en jour, jusqu’au moment où le bruit revient aux oreilles des apôtres. Leur réaction tient en trois points :
Premier point : ils convoquent toute l’assemblée des disciples : et c’est en assemblée plénière que la décision sera prise ; il y a donc là, semble-t-il, un fonctionnement traditionnel de l’Eglise… on peut se demander pourquoi cette habitude s’est perdue ?
Deuxième point : ils rappellent l’objectif : il s’agit de rester fidèles à trois exigences de la vie apostolique : la prière, le service de la parole et le service des frères.
Troisième point : ils n’hésitent pas à proposer une organisation nouvelle ; innover n’est pas un manque de fidélité ; au contraire : la fidélité exige de savoir s’adapter à des conditions nouvelles ; être fidèle, ce n’est pas rester figé sur le passé (ici, par exemple, ce serait confier la totalité des tâches aux Douze puisque ce sont eux que Jésus a choisis…) ; être fidèle c’est garder les yeux fixés sur l’objectif.
L’objectif, comme dit Saint Jean, c’est « Qu’ils soient UN pour que le monde croie » ; c’est certainement pour cela que les apôtres n’ont pas envisagé de couper la communauté en deux, les frères de langue grecque d’un côté, ceux de langue hébraïque de l’autre ; l’acceptation des diversités est un défi pour toute communauté qui grandit ; (et je connais telle ou telle équipe qui préfère ne pas s’agrandir pour ne pas risquer les désaccords …). Mais quand les différends surgissent, la séparation n’est certainement pas la meilleure solution. C’est l’Esprit-Saint qui a suscité ces conversions nombreuses et diverses ; c’est lui aussi qui inspire aux Apôtres l’idée de s’organiser autrement pour en assumer les conséquences.
Les Douze décident donc de nommer des hommes capables d’assumer ce service des tables puisque c’est cela qui pose problème. « Cherchez, frères, sept d’entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d’Esprit-Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche. Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole ». On notera que les sept hommes désignés portent des noms grecs ; ils font peut-être partie du groupe des chrétiens de langue grecque puisque c’est dans ce groupe qu’il y avait des récriminations.
Voilà donc une nouvelle institution qui est née ; ces nouveaux serviteurs de la communauté n’ont pas encore de titre ; je remarque que le mot « diacre » n’est pas employé dans le texte ; n’assimilons donc pas trop vite nos diacres d’aujourd’hui à ces hommes chargés du service des tables à Jérusalem. Retenons seulement que l’Esprit saura nous inspirer à chaque époque les innovations qui seront indispensables pour assurer fidèlement les diverses missions et priorités de l’Eglise.

 

PSAUME – 32 ( 33 )

1 Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
2 Rendez grâce au SEIGNEUR sur la cithare,
Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.

4 Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR,
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5 Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

18 Dieu veille sur ceux qui le craignent
qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

J’ai envie de commencer par là où nous avons terminé la lecture de ce psaume, parce qu’il me semble que nous avons là une clé de l’ensemble. Je vous rappelle l’avant-dernier verset (le verset 18 pour ceux qui ont le psautier entre les mains) : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Nous découvrons ici une belle définition de ce que l’on appelle « la crainte de Dieu ». Craindre le Seigneur, c’est tout simplement mettre notre espoir en son amour. Le croyant au sens biblique, c’est quelqu’un qui est plein d’espoir ; et s’il est plein d’espoir, quoi qu’il puisse arriver, c’est parce qu’il sait que « la terre est remplie de l’amour de Dieu » comme dit un autre verset que nous venons d’entendre.
En hébreu, la formule est plus belle encore : ce n’est pas « Dieu veille » sur ceux qui le craignent, mais « L’oeil du SEIGNEUR est sur ceux qui le craignent ». Savoir que le regard plein d’amour du Seigneur est en permanence penché sur nous est la source de notre espérance. Encore faut-il préciser que, dans le texte hébreu, toujours, ce nom de SEIGNEUR est celui qu’il a révélé à Moïse dans l’épisode du buisson ardent : ce fameux mot de quatre lettres YHVH que, par respect, les Juifs ne prononcent jamais, et qui signifie quelque chose comme « Je suis, je serai avec vous, depuis toujours et pour toujours, à chaque instant de votre histoire. » Ce simple nom rappelle toujours à Israël la sollicitude avec laquelle Dieu a entouré son peuple tout au long de l’Exode. La traduction « Dieu veille » dit bien cette vigilance.
C’est ce qui nous permet de comprendre le verset suivant : « pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine ». Ce sont également des allusions à la sortie d’Egypte : en permettant à son peuple de traverser la mer à pied sec, à la suite de Moïse, le Seigneur l’a fait échapper à la mort certaine programmée par Pharaon ; puis, en lui envoyant du ciel la manne chaque jour, pendant toute la traversée du désert, le Seigneur a réellement gardé son peuple en vie aux jours de famine.
Alors la louange jaillit spontanément du coeur de ceux qui ont fait cette expérience de la sollicitude de Dieu : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! »
Cette expression « hommes justes » peut nous surprendre ; elle est très habituelle pourtant dans la Bible. On sait que est considéré comme « juste » dans la Bible celui qui entre dans le projet de Dieu, celui qui est accordé à Dieu, au sens où un instrument de musique est bien accordé. C’est ce que l’on dit d’Abraham, par exemple : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et pour cela il fut considéré comme juste » (Gn 15,6). Il eut foi, c’est-à-dire il fit confiance à Dieu et à son projet. Si bien qu’on pourrait traduire « hommes justes » (en hébreu les « hassidim ») par « les hommes de l’Alliance », ou « les hommes du dessein bienveillant de Dieu » c’est-à-dire ceux qui ont entendu la révélation de la bienveillance de Dieu et y répondent en adhérant à l’Alliance. Donc, ne prenons pas pour de la prétention ces titres « hommes justes »… « hommes droits » : il ne s’agit pas de qualités morales ; le « hassid » (pluriel hassidim) est un homme comme les autres, pécheur comme les autres, mais il est celui qui vit dans l’Alliance du Seigneur, qui vit dans la confiance envers le Dieu fidèle ; parce qu’il a découvert le « Dieu de tendresse et de fidélité », très logiquement, il vit dans la louange : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. Chantez-lui le cantique nouveau. »
Cet appel à la louange qui résonne ici était le chant d’entrée d’une liturgie d’action de grâce. Au passage, nous relevons une indication sur la mise en oeuvre des psaumes et sur l’un au moins des instruments de musique utilisés au Temple de Jérusalem. Ce psaume était probablement prévu pour être accompagné à la harpe à dix cordes.
Je continue : « Chantez-lui le cantique nouveau ». Le mot « nouveau » dans la Bible ne veut pas dire du « jamais vu » ou « jamais entendu » ; le chant est « nouveau » au sens où les mots d’amour, même les plus habituels sont toujours nouveaux. Quand les amoureux disent « je t’aime », ils ne craignent pas de répéter les mêmes mots et pourtant, la merveille, c’est que ce chant-là est toujours nouveau.
« Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait ». Contrairement aux apparences, il n’y a pas là deux affirmations distinctes, l’une concernant la parole de Dieu, l’autre portant sur ses actes, ce qu’il fait ; car la Parole de Dieu est acte ; « Il dit et cela fut » répète le récit de la création au chapitre 1 de la Genèse.
Ou encore, rappelez-vous Isaïe au chapitre 55 : « La parole qui sort de ma bouche ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’avais envoyée ».
Et ce n’est pas un hasard si ce psaume comporte exactement vingt-deux versets, (qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu) : c’est en hommage à la Parole de Dieu, comme pour dire, elle est le tout de notre vie, de A à Z. Et ce n’est pas un compliment en l’air, si j’ose dire : c’est l’expérience d’Israël qui parle : depuis la première parole de Dieu à son peuple, celui-ci a expérimenté à la fois la parole qui est promesse de libération et dans le même temps l’oeuvre libératrice de Dieu : à chaque époque de l’histoire de son peuple, la parole de Dieu l’appelle à la liberté, et c’est la force de Dieu qui agit le bras de l’homme pour conquérir sa liberté ; liberté par rapport à toute idolâtrie, liberté par rapport à tout esclavage de toute sorte.
« Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour ». C’est la vocation de la création tout entière qui est dite là : Dieu est amour et la terre entière a vocation à être le lieu de l’amour, du droit et de la justice. Rappelez-vous le prophète Michée : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR attend de toi : rien d’autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6,8).

 

DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Pierre apôtre 2, 4-9

Bien-aimés,
4 approchez-vous du Seigneur Jésus :
il est la pierre vivante
rejetée par les hommes,
mais choisie et précieuse devant Dieu.
5 Vous aussi, comme pierres vivantes,
entrez dans la construction de la demeure spirituelle,
pour devenir le sacerdoce saint
et présenter des sacrifices spirituels,
agréables à Dieu, par Jésus Christ.
6 En effet, il y a ceci dans l’Écriture :
Je vais poser en Sion une pierre angulaire,
une pierre choisie, précieuse ;
celui qui met en elle sa foi ne saurait connaître la honte.
7 Ainsi donc, honneur à vous les croyants,
mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit :
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle,
une pierre d’achoppement,
8 un rocher sur lequel on trébuche.
Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole,
et c’est bien ce qui devait leur arriver.
9 Mais vous, vous êtes une descendance choisie,
un sacerdoce royal,
une nation sainte,
un peuple destiné au salut,
pour que vous annonciez les merveilles
de celui qui vous a appelés des ténèbres
à son admirable lumière.

C’est le même verbe en hébreu qui signifie « construire une maison » et aussi « fonder sa famille », ou « fonder une société ». Et donc, dès l’Ancien Testament, les prophètes, employaient volontiers le vocabulaire du bâtiment pour parler de la société humaine. Isaïe, par exemple, avait inventé une parabole sur ce thème et il comparait le royaume de Jérusalem à un chantier mal dirigé. Sur ce chantier, il y avait un bloc de pierre admirable qui aurait dû devenir la pierre angulaire du monument. Mais les architectes méprisaient ce bloc de pierre, et préféraient utiliser des pierres de mauvaise qualité. C’était une manière pour Isaïe d’accuser les autorités d’abandonner les vraies valeurs et de fonder la société sur de fausses valeurs.
Plus tard, avec le temps, on avait pris l’habitude d’appliquer ce terme de pierre angulaire au Messie : lui saurait reprendre et restaurer le chantier de Dieu. Pierre, à son tour, développe cette comparaison pour parler du Christ. Jésus, le Messie, est bien la pierre la plus précieuse que Dieu a mise au centre de l’édifice ; et à tous les hommes, il est proposé de devenir des pierres du monument ; ceux qui acceptent de faire corps avec lui sont intégrés à la construction, ils deviennent eux-mêmes des éléments porteurs.
Mais, bien sûr, c’est un choix à faire et les hommes peuvent tout aussi bien faire le choix inverse, c’est-à-dire refuser le projet et même le saboter. Tout se passe alors pour eux comme si la pierre maîtresse n’était pas au coeur de l’édifice ; elle est restée par terre, bloc admirable, mais encombrant sur le chantier : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue une pierre d’achoppement, un rocher sur lequel on trébuche. »
Notre Baptême a été l’heure du choix, si j’ose dire ; désormais, nous sommes intégrés à la construction de ce que Pierre appelle le Temple spirituel : par opposition au Temple de pierre de Jérusalem où l’on célébrait des sacrifices d’animaux. On sait bien que depuis le début de l’histoire, l’humanité cherche à rejoindre Dieu en lui rendant le culte qu’elle croit digne de lui ; au fur et à mesure de son expérience historique, le peuple élu a découvert le vrai visage de Dieu et a appris à vivre dans son Alliance. Et peu à peu, à la lumière de l’enseignement des prophètes on a découvert que le vrai temple de Dieu est l’humanité et que le seul culte digne de lui est l’amour et le service des frères et non plus des sacrifices d’animaux.
Mais voilà qui nous engage terriblement : le Temple de Jérusalem était le signe de la présence de Dieu dans son peuple… désormais le signe visible aux yeux du monde de la présence de Dieu, c’est nous, l’Eglise du Christ. La phrase de Pierre résonne donc à nos oreilles comme une vocation : « Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle. »
Encore une précision : il s’agit bien d’un choix, qui met en oeuvre notre liberté, il ne s’agit pas de prédestination. Pierre distingue entre ceux qui donnent leur foi au Christ et ceux qui refusent de croire. « Donner sa foi », « refuser de croire » sont deux actes libres. Pierre ajoute : « Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver » ; cette dernière phrase dit seulement la conséquence de leur choix libre mais pas une prédestination par décision arbitraire de Dieu : le Dieu libérateur ne peut que respecter notre liberté.
Lors de la Présentation de Jésus au temple, Syméon l’avait annoncé à Joseph et Marie : « Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël » (Luc 2,34). Syméon ne dit pas là une nécessité exigée par Dieu, mais les conséquences de la venue de Jésus. Effectivement, sa présence a été pour certains occasion de conversion complète, tandis que d’autres se sont endurcis.
Pierre conclut : « Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal ». Au jour de notre baptême, nous avons été greffés sur le Christ : le rituel du Baptême dit : « Vous êtes devenus membres du Christ, prêtre, prophète et roi ». Cela ne veut pas dire que chacun de nous est désormais prêtre, prophète et roi. Le Christ est le seul prêtre, prophète et roi, et nous, nous sommes greffés sur lui, nous sommes membres de son Corps. Par le Baptême, nous avons été agrégés à ce peuple saint, « naturalisés » si vous préférez. Nous avons acquis ce jour-là une nouvelle nationalité, celle du peuple de Dieu ; notre hymne national, désormais, c’est l’Alleluia ! Pierre termine en nous disant « Vous êtes donc chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ».

 

EVANGILE – selon Saint Jean 14, 1-12

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
1 « Que votre cœur ne soit pas bouleversé :
vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
2 Dans la maison de mon Père,
il y a de nombreuses demeures ;
sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ?
3 Quand je serai parti vous préparer une place,
je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi,
afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi.
4 Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas.
Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
6 Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ;
personne ne va vers le Père sans passer par moi.
7 Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père.
Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
9 Jésus lui répond :
« Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe !
Celui qui m’a vu a vu le Père.
Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ?
10 Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père
et que le Père est en moi !
Les paroles que je vous dis,
je ne les dis pas de moi-même ;
le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.
11 Croyez-moi :
je suis dans le Père, et le Père est en moi ;
si vous ne me croyez pas,
croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
12 Amen, amen, je vous le dis :
celui qui croit en moi
fera les œuvres que je fais.
Il en fera même de plus grandes,
parce que je pars vers le Père »

Si Jésus commence par dire « Ne soyez donc pas bouleversés »… c’est que les disciples ne cachaient pas leur angoisse et on les comprend ; ils se savaient cernés par l’hostilité générale, ils savaient que le compte à rebours était commencé.
Cette angoisse se doublait, pour certains d’entre eux au moins, d’une horrible déception : « Nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël (sous-entendu des Romains) » diront les disciples d’Emmaüs quelques jours plus tard ; les apôtres partageaient cette espérance politique ; or leur chef va être condamné, exécuté… finies les illusions.
Et donc, Jésus s’emploie à déplacer leur espérance : il ne va pas combler l’attente que ses miracles ont fait naître ; il ne va pas prendre la tête du soulèvement national contre l’occupant ; au contraire il n’a cessé de prêcher la non-violence. Mais la libération qu’il apporte se situe sur un autre plan. S’il ne comble pas l’attente terrestre de son peuple, il est pourtant celui qu’on attendait.
Il commence par faire appel à leur foi, à cette attitude fondamentale du peuple juif que nous lisons dans tous les psaumes par exemple. L’espérance ne peut s’appuyer que sur la foi et Jésus revient plusieurs fois sur le mot « croire » « Ne soyez donc pas bouleversés (puisque) vous croyez en Dieu… »
Seulement, une chose est de croire en Dieu, et cela c’est acquis, une autre est de croire en Jésus, au moment précisément où il semble avoir définitivement perdu la partie. Pour accorder à Jésus la même foi qu’à Dieu, il faut, pour ses contemporains, faire un saut formidable. Et donc il faut qu’il leur fasse percevoir l’unité profonde entre le Père et lui ; et c’est la deuxième ligne de force de ce texte :
« Je suis dans le Père et le Père est en moi » (et, cette phrase-là, il la dit deux fois)… « Celui qui m’a vu a vu le Père »… Cette dernière phrase résonne tout particulièrement lorsqu’on sait ce qui est arrivé quelques heures plus tard : cela veut dire que la révélation du Père culmine sur la croix ; et que fait Jésus mourant sur la croix ? Il continue à aimer les hommes, tous les hommes, puisqu’il pardonne même à ses bourreaux.
Il faudrait avoir le temps de s’attarder sur chaque phrase de ce dernier entretien de Jésus avec ses disciples, sur chacun des mots lourds de toute l’expérience biblique : « connaître », « voir », « demeurer », « Aller vers »… la Parole qui est en même temps oeuvre… l’expression « Je suis » qui pour des oreilles juives ne peut pas ne pas évoquer Dieu lui-même. Oser dire « Je suis la vérité et la vie » c’est s’identifier à Dieu lui-même. Et en même temps ces deux personnes sont bien distinctes, puisque Jésus dit « Je suis le chemin » (sous-entendu vers le Père).
« Personne ne va vers le Père sans passer par moi » : autre manière de dire « Je suis le chemin » ou « Je suis la porte » comme dans le discours du Bon Pasteur ; ce n’est certainement pas une mise en garde ou une sorte d’obligation qui est dite là : il me semble que c’est beaucoup plus profond que cela : il s’agit du mystère de notre solidarité en Jésus-Christ ; c’est vraiment un mystère, nous avons bien du mal à nous en faire une idée… et pourtant c’est l’essentiel du projet de Dieu ; le « Christ total », comme dit saint Augustin, c’est l’humanité tout entière.
Cette solidarité en Jésus-Christ est dite à toutes les pages du Nouveau Testament ; Paul, par exemple, la dit quand il parle du Nouvel Adam et aussi quand il dit que le Christ est la tête du Corps dont nous sommes les membres. « La création tout entière gémit dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Rm 8,22) : l’enfantement dont il parle, c’est celui du Corps du Christ justement. Jésus lui-même a très souvent employé l’expression « Fils de l’Homme » pour annoncer la victoire définitive de l’humanité tout entière rassemblée comme un seul homme.
Si je prends au sérieux cette phrase « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » et que j’y entends la solidarité de toute l’humanité en Jésus-Christ, alors il faut aussi dire la réciproque : « Le Christ ne va pas vers le Père sans nous ». C’est le sens des phrases du début : « Là où je suis, vous y serez vous aussi » … « Quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi ». Paul le dit encore autrement : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » (Rm 8,39).
Jésus termine par une promesse solennelle : « Celui qui croit en moi accomplira les mêmes oeuvres que moi » ; après tout ce qu’il vient de dire sur lui, le mot « oeuvres » ne veut sûrement pas dire seulement miracles ; dans tout l’Ancien Testament, le mot « oeuvre » en parlant de Dieu est toujours un rappel de la grande oeuvre de Dieu pour libérer son peuple. Ce qui veut dire que désormais les disciples sont associés à l’oeuvre entreprise par Dieu pour libérer l’humanité de tout esclavage physique ou moral. Cette promesse du Christ devrait nous convaincre tous les jours que cette libération est possible.

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Michel Pastoureau et l’histoire des couleurs

 

Michel Pastoureau et l’histoire des couleurs

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Michel Pastoureau est né en 1947, il a publié notamment au Seuil, dans « La Librairie du XXIe siècle » : L’Étoffe du diable (1991), Une histoire symbolique du Moyen-Âge occidental (2004) et L’Ours. Histoire d’un roi déchu (2007). Son autobiographie Les Couleurs de nos souvenirs a reçu le prix Médicis Essai en 2010.

Il est professeur à la Sorbonne et à l’école pratique des Hautes Etudes où il est titulaire de la chaire d’Histoire de la symbolique occidentale.
Historien de la symbolique occidentale mondialement connu pour ses travaux sur l’histoire des couleurs en Occident, il a également publié une dizaine d’ouvrages sur les significations de l’héraldique, sur les blasons et les armoiries.

 

Le Petit livre des couleurs

Michel Pastoureau, Dominique Simonnet

Paris, Points, 2014. 144 pages

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Ce n’est pas un hasard si nous voyons rouge, rions jaune, devenons verts de peur, bleus de colère ou blancs comme un linge. Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des tabous, des préjugés auxquels nous obéissons sans le savoir, elles possèdent des sens cachés qui influencent notre environnement, nos comportements, notre langage, notre imaginaire. Les couleurs ont une histoire mouvementée qui raconte l’évolution des mentalités.

L’art, la peinture, la décoration, l’architecture, la publicité, nos produits de consommation, nos vêtements, nos voitures, tout est régi par ce code non écrit. Apprenez à penser en couleurs et vous verrez la réalité autrement !

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Bleu : Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2000

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L’histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d’un complet renversement : pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu ; elle est même désagréable à l’œil. Or aujourd’hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge).

L’ouvrage de Michel Pastoureau raconte l’histoire de ce renversement, en insistant sur les pratiques sociales de la couleur (étoffes et vêtements, vie quotidienne, symboles) et sur sa place dans la création littéraire et artistique, depuis les sociétés antiques et médiévales jusqu’à l’époque moderne. Il analyse également le triomphe du bleu à l’époque contemporaine, dresse un bilan de ses emplois et significations, et s’interroge sur son avenir.

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Noir. Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2008. 216 pages.

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Couleur de la mort et de l’enfer, le noir n’a pas toujours été une couleur négative. Au fil de son histoire, il a aussi été associé à la fertilité, à la tempérance, à la dignité. Et depuis quelques décennies, il incarne surtout l’élégance et la modernité.

Du noir des moines et des pirates au noir des peintres et des couturiers, Michel Pastoureau retrace la destinée européenne de cette couleur pas comme les autres. Il s’attache à cerner sa place dans les faits de langue, les pratiques sociales, la création artistique et le monde des symboles. Couleur à part entière jusqu’à ce que l’invention de l’imprimerie puis les découvertes de Newton lui donnent le statut particulier de non-couleur, le noir dévoile ici une histoire culturelle extrêmement riche, depuis les mythologies des origines jusqu’à son triomphe au XXe siècle.

Longtemps, en Occident, le noir a été considéré comme une couleur à part entière, et même comme un pôle fort de tous les systèmes de la couleur. Mais son histoire change au début de l’époque moderne : l’invention de l’imprimerie, la diffusion de l’image gravée et la Réforme protestante lui donnent, comme au blanc, un statut particulier. Quelques décennies plus tard, en découvrant le spectre, Newton met sur le devant de la scène un nouvel ordre des couleurs au sein duquel il n’y a désormais plus de place ni pour le noir ni pour le blanc : pendant presque trois siècles, ce ne seront plus des couleurs. Toutefois, dans le courant du XXe siècle, l’art d’abord, la société ensuite, la science enfin redonnent progressivement au noir son statut de couleur véritable.

C’est à cette longue histoire du noir dans les sociétés européennes qu’est consacré le livre de Michel Pastoureau. L’accent est mis autant sur les pratiques sociales de la couleur (lexiques, teintures, vêtements, emblèmes) que sur ses enjeux proprement artistiques. Une attention particulière est portée à la symbolique ambivalente du noir, tantôt pris en bonne part (fertilité, humilité, dignité, autorité), tantôt en mauvaise (tristesse, deuil, péché, enfer, mort). Et comme il n’est guère possible de parler d’une couleur isolément, cette histoire culturelle du noir est aussi, partiellement, celle du blanc (avec lequel le noir n’a pas toujours fait couple), du gris, du brun, du violet et même du bleu.

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Vert : Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2013. 240 pages.

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Aimez-vous le vert ? À cette question les réponses sont partagées. En Europe, une personne sur six environ a le vert pour couleur préférée ; mais il s’en trouve presque autant pour détester le vert, tant chez les hommes que chez les femmes. Le vert est une couleur ambivalente, sinon ambiguë : symbole de vie, de sève, de chance et d’espérance d’un côté, il est de l’autre associé au poison, au malheur, au Diable et à ses créatures.

Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n’est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable : l’enfance, l’amour, la chance, le jeu, le hasard, l’argent. Ce n’est qu’à l’époque romantique qu’il est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de l’hygiène et enfin de l’écologie. Aujourd’hui, l’Occident lui confie l’impossible mission de sauver la planète.

 

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Rouge, Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, LE Seuil,  2016. 216 pages

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Le rouge est en Occident la première couleur que l’homme a maîtrisée, aussi bien en peinture qu’en teinture. C’est probablement pourquoi elle est longtemps restée la couleur « par excellence », la plus riche du point de vue matériel, social, artistique, onirique et symbolique.

Admiré des Grecs et des Romains, le rouge est dans l’Antiquité symbole de puissance, de richesse et de majesté. Au Moyen Âge, il prend une forte dimension religieuse, évoquant aussi bien le sang du Christ que les flammes de l’enfer. Mais il est aussi, dans le monde profane, la couleur de l’amour, de la gloire et de la beauté, comme celle de l’orgueil, de la violence et de la luxure. Au XVIe siècle, les morales protestantes partent en guerre contre le rouge dans lequel elles voient une couleur indécente et immorale, liée aux vanités du monde et à la « théâtralité papiste ». Dès lors, partout en Europe, dans la culture matérielle comme dans la vie quotidienne, le rouge est en recul. Ce déclin traverse toute l’époque moderne et contemporaine et va en s’accentuant au fil du temps. Toutefois, à partir de la Révolution française, le rouge prend une dimension idéologique et politique. C’est la couleur des forces progressistes ou subversives, puis des partis de gauche, rôle qu’il a conservé jusqu’à aujourd’hui.

Soutenu par une abondante iconographie, cet ouvrage est le quatrième d’une série consacrée à l’histoire sociale et culturelle des couleurs en Europe. Rouge.Histoire d’une couleur fait suite à Bleu. Histoire d’une couleur (2000), Noir. Histoired’une couleur (2008) et à Vert. Histoire d’une couleur (2013).

 

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Jaune – Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2019. 240 pages

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Aujourd’hui, en Europe, le jaune est une couleur discrète, peu présente dans la vie quotidienne et guère sollicitée dans le monde des symboles. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les peuples de l’Antiquité voyaient en lui une couleur presque sacrée, celle de la lumière, de la chaleur, de la richesse et de la prospérité. Les Grecs et les Romains lui accordaient une place importante dans les rituels religieux, tandis que les Celtes et les Germains l’associaient à l’or et à l’immortalité. Le déclin du jaune date du Moyen Âge qui en a fait une couleur ambivalente. D’un côté le mauvais jaune, celui de la bile amère et du soufre démoniaque : il est signe de mensonge, d’avarice, de félonie, parfois de maladie ou de folie. C’est la couleur des hypocrites, des chevaliers félons, de Judas et de la Synagogue. L’étoile jaune de sinistre mémoire trouve ici ses lointaines racines. Mais de l’autre côté il y a le bon jaune, celui de l’or, du miel et des blés mûrs ; il est signe de pouvoir, de joie, d’abondance.

À partir du XVIe siècle, la place du jaune dans la culture matérielle ne cesse de reculer. La Réforme protestante puis la Contre-Réforme catholique et enfin les  » valeurs bourgeoises  » du XIXe siècle le tiennent en peu d’estime. Même si la science le range au nombre des couleurs primaires, au même titre que le rouge et le bleu, il ne se revalorise guère et sa symbolique reste équivoque. De nos jours encore, le jaune verdâtre est ressenti comme désagréable ou dangereux ; il porte en lui quelque chose de maladif ou de toxique. Inversement, le jaune qui se rapproche de l’orangé est joyeux, sain, tonique, bienfaisant, à l’image des fruits de cette couleur et des vitamines qu’ils sont censés contenir.

Michel Pastoureau poursuit son histoire des couleurs : après Bleu (2000), Noir (2008), Vert (2013) et Rouge (2016), il invite à une observation de l’usage et de la symbolique du jaune à travers un parcours iconographique extrêmement riche (plus de 230 illustrations). Le médiéviste s’attache à la perception de cette couleur ambiguë, symbole un temps de l’hérésie, en explorant des champs aussi variés que la philologie ou l’héraldique. La perception du jaune est mise en lien avec l’évolution artistique (le clair-obscur) et sociale (le protestantisme). Cette couleur, délaissée par la Bible, mal aimée, connut un regain d’intérêt par une invention technique, le jaune d’argent utilisé dans les vitraux du XIVsiècle, et par des apports non occidentaux, comme les « chinoiseries ». Ce caractère ambivalent forge également le pouvoir d’évocation politique du jaune, comme le montre sa place dans les mouvements contemporains de contestation.

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Les couleurs de l’Occident: De la Préhistoire au XXIᵉ siècle 

Hervé Fischer

Paris, Gallimard, 2019. 512 pages.

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Quatrième de couverture

Nos couleurs d’aujourd’hui ne sont plus qu’une question de goût, dans un grand désordre que ne gouverne aucune règle. Pourtant, ce moment de leur longue histoire n’est qu’une exception.Toujours, les sociétés ont régi les significations de la couleur et ses usages magiques, religieux, politiques, sociaux selon des systèmes chromatiques qui ne se transgressaient pas sans risque et ne variaient qu’avec l’évolution des structures et des idéologies sociales. Hervé Fischer, en artiste et en sociologue, scrute l’oscillation permanente de la vision et de l’usage des couleurs en Occident entre deux pôles – rationalisation et irrationalité, contrainte et liberté – et dégage de leur tension les fondements d’une sociologie de la couleur, pour mieux en bâtir l’histoire. De la gamme rouge-jaune-noir-blanc des cavernes jusqu’aux fausses couleurs qui font voir l’univers invisible, des premières icônes jusqu’à la publicité et aux modes contemporaines en passant par le cercle de Chevreul, depuis les cathédrales colorées jusqu’au blanc des murs modernes, l’auteur dégage un chemin qui va du symbolisme des couleurs pures à l’invention du réalisme des couleurs, du clair-obscur de Rembrandt à la couleur lumière des impressionnistes et à l’anarchisme fauviste faisant écho aux crises sociales du temps. Vient alors l’idée du rôle moteur des grands artistes de l’Occident dans la trajectoire apparente des couleurs. On ne sait plus, au bout du compte, de la société ou de l’individu, qui agit sur l’autre pour bouleverser l’ordre établi – tout ce qui fait d’un Léonard, d’un Delacroix, d’un Van Gogh, d’un Matisse un révolutionnaire. Eux le savaient, et les citations de leurs écrits qui émaillent le texte de ce livre, en accord avec la pertinence des images, nous conduisent à mesurer, par leurs questionnements et leurs certitudes, la hauteur des débats et la puissance des enjeux qui se nouent autour de la couleur.

Biographie de l’auteur

Artiste, philosophe, sociologue, Hervé Fischer a publié plus de vingt ouvrages, est intervenu dans de multiples lieux du monde et a bénéficié de nombreuses expositions, dont une rétrospective mémorable au Centre Pompidou, à Paris, en 2017, dont on peut consulter le catalogue, Hervé Fischer et l’art sociologique.

Analyse dans la revue Etudes (avril-juin 2020)

Hervé Fischer, artiste et sociologue, relie les couleurs à leur symbolique sociale et construit des outils « sociochromatiques », grâce auxquels il aborde des domaines que ne traite pas Pastoureau, comme l’architecture. Il propose ainsi une archéologie de la couleur (dans le sens étendu que lui a donné Michel Foucault). Selon Fischer, le langage social des couleurs prend son sens à la fin de la période médiévale. Sa symbolique s’établit dès lors parallèlement à l’affermissement des institutions, jusqu’à l’explosion colorée du baroque. L’auteur montre qu’il existe une concordance entre le désordre chromatique et l’organisation sociale autour d’un État absolu. La couleur prend une dimension morale (ce qu’il appelle l’« éthique chromatique ») qui n’est pas sans rapport avec l’avènement de la bourgeoisie. L’usage intensif de la couleur la dote d’une valeur idéologique pleinement exploitée par le XXsiècle, sur lequel se concentre Fischer. À la « couleur pour la couleur » d’un Robert Delaunay s’oppose la conscience politique de la violence chromatique des Fauves. La subjectivité des couleurs apparaît alors comme une idée moderne, pensée comme une revendication de la liberté individuelle.

 

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Trois jours dans la vie de Paul Cézanne

Trois jours dans la vie de Paul Cézanne

Mika Biermmann

Toulouse, Editions Anacharsis, 2020. 96 pages.

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Présentation de l’éditeur

L’oeil chafouin, le poil hirsute, Paul Cézanne crapahute par les collines, suant sous son melon, le dos courbé sous le poids du chevalet. Apparaît la bottine d’une femme gisant sur un talus, et c’est le drame. Trois jours dans la vie de Paul Cézanne suffisent à Mika Biermann pour faire sauter les écailles de peinture, gratter la trame, ajourer jusqu’à l’os le portraitiste de la Sainte-Victoire. Un vilain fait divers transformé en une odyssée de garrigue sur une mer de peinture, dans le sillage du peintre bourru, vaniteux et obsédé par des chimères grotesques qui n’engendrent pas la mélancolie. On en termine la lecture l’oeil fringant et les doigts maculés de couleurs fauves

 

Critique dans la revue Etudes (mai-juin 2020)

Mika Biermann concentre en un court roman l’essence du peintre d’Aix-en-Provence, sans fioriture mais avec une écriture sensorielle et réaliste. Revenu de tous les honneurs, Paul Cézanne (1839-1906) est ici un vieil homme rustre, un ours mal léché qui vit en ermite dans sa bastide, se nourrissant d’un morceau de pain et d’un oignon. Pendant des heures, sous la chaleur printanière, il arpente la garrigue avec sa mallette à peinture et son chevalet de campagne à la recherche de son motif. Au cours de ces trois jours, il reçoit la visite du docteur Paul Gachet, de son fils Paul et de son ami Pierre-Auguste Renoir ; le premier lui rebat les oreilles avec son Hollandais, l’autre vient pour une histoire de placement d’argent, tandis que celui qui est surnommé le « peintre du bonheur » s’extasie sur les progrès techniques de leur temps. Cézanne, lui, ne pense qu’à son art, mais le lieu qu’il a élu pour son tableau, une crête au-dessus d’un bois avec la montagne pour horizon, est le théâtre d’une scène de crime où gît le cadavre d’une pauvresse. Ce meurtre le confronte à la misère de ses semblables, ébranle un peu plus sa foi en l’humanité, mais ce n’est pas pour autant qu’il préfère la compagnie des muses et autres figures mythologiques croisées ici ou là, pauvres hères en fin de carrière mendiant un peu d’attention. Délaissant les portraits et les grands sujets, Cézanne s’abîme dans la représentation de la nature, avec la couleur comme instrument de la lumière et de la vie crue, dérisoire et essentielle. Humant l’odeur des sentiers provençaux, du café et des pommes pourries, écoutant le bruit des insectes, observant les animaux et les hommes, il poursuit sans trêve la vérité de la peinture.

https://www.revue-etudes.com/article/trois-jours-dans-la-vie-de-paul-cezanne-de-mika-biermann-22581

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Paul Cézanne

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Peintre français (Aix-en-Provence 1839-Aix-en-Provence 1906).

Peintre postimpressionniste, Paul Cézanne n’exécuta rien qui ne fût conforme à son authentique sentiment intérieur et s’évertua à transposer la sensation visuelle dans une construction purement plastique. Son influence fut capitale sur tout l’art moderne.

  1. UN ENFANT D’AIX

Fils d’un chapelier devenu banquier en 1847, Paul Cézanne fait des études classiques au collège Bourbon d’Aix-en-Provence, où il se lie d’amitié avec Émile Zola. Bachelier en 1858, il entre à la faculté de droit, mais la quitte en invoquant sa vocation picturale (les Quatre Saisons, 1860) et rejoint Zola à Paris, en 1861.

Il y travaille à l’académie Suisse (un atelier privé) et fréquente le Louvre. Il échoue cependant au concours d’entrée aux Beaux-Arts et, au cours des années 1862-1869, passe de Paris à Aix puis d’Aix à Paris.

  1. LA PREMIÈRE MANIÈRE

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Paul Cézanne, le Nègre Scipion

Cézanne traduit ses débordements et ses angoisses dans ce qu’il appelle sa « manière couillarde », aux couleurs épaisses et souvent sombres, qu’il s’agisse de scènes macabres (la Douleur ou la Madeleine, vers 1867;l’Autopsie, 1868), de portraits traités au couteau à palette (le Nègre Scipion, vers 1867 ; Paul Alexis lisant un manuscrit à Zola, 1869-1870) ou encore d’une scène d’inspiration religieuse comme la Tentation de saint Antoine (vers 1867-1870).

Toutefois, cette manière s’atténue dans les natures mortes – exécutées au pinceau –, où commencent à s’exprimer de façon purement picturale les relations de la surface, des formes et de l’espace (la Pendule noire, vers 1870). Cézanne aborde ensuite le travail sur le motif en peignant des paysages audacieusement composés (Neige fondante à l’Estaque, 1870).

  1. SOUS L’INFLUENCE IMPRESSIONNISTE

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Paul Cézanne, Vue d’Auvers

Prêt à assimiler les recherches des impressionnisme, Cézanne – accompagné de sa maîtresse, Hortense Fichet, et de son fils qui vient de naître – va s’installer auprès de Camille Pissarro, à Pontoise, en 1872, puis, en 1873, auprès du docteur Paul Gachet (collectionneur et peintre lui-même) à Auvers-sur-Oise, où il se retrouve aux côtés de Vincent Van Gogh.

Alors, il éclaircit sa palette, raccourcit sa touche et commence à substituer l’étude des tons au modelé (la Maison du pendu, Auvers-sur-Oise, 1873), réservant l’analyse psychologique aux autoportraits et la rigueur constructive aux portraits (la Femme à la cafetière, v. 1895 ; Madame Cézanne au fauteuil rouge, 1877).

À travers ses recherches, Cézanne met au point une touche orientée qui unifie les éléments de la composition et qui « module » les passages d’ombre et de lumière, en particulier dans les paysages et les natures mortes (dont ses célèbres pommes).

En 1874, il présente trois œuvres à la première exposition des impressionnistes qui se tient dans les anciens ateliers du photographe Nadar ; puis seize toiles et aquarelles à l’exposition de 1877. Mais, blessé par les réactions de la presse et du public, il s’abstiendra désormais d’exposer avec ses amis.

  1. L’ÉMANCIPATION PLASTIQUE

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Paul Cézanne, les Joueurs de cartes

Instable, l’artiste fait des séjours à Paris, mais il se rend aussi à Médan chez Zola (1880), à Pontoise chez Camille Pissarro (1881), à La Roche-Guyon avec Auguste Renoir, puis à Marseille (1883), à l’Estaque avec ce dernier et Claude Monet (1884).

Son travail apparaît alors comme un dépassement de l’impressionnisme, notamment dans les paysages immobiles et intemporels que lui inspire la nature méditerranéenne (le Golfe de Marseille vu de l’Estaque, 1885). Dans des œuvres où la réalité n’est plus que prétexte, on perçoit une tendance à l’abstraction qui s’accentue dans le traitement géométrique du sujet (le Village de Gardanne, 1885-1886).

Tandis que des événements majeurs marquent sa vie privée (la même année 1886, il se brouille avec Zola et son père meurt), Cézanne combine ses diverses expériences. Il joue librement des oppositions entre rigueur et lyrisme, stabilité et mouvement, exactitude et déformation (Vase bleu, 1889-1890). Il approfondit la recherche d’un espace pictural totalement autonome à travers quelques grands thèmes : les paysages de la montagne Sainte-Victoire (la Montagne Sainte-Victoire au grand pin, 1887), les natures mortes (Nature morte au panier, vers 1888-1890), ses séries sur le thème des baigneurs et des baigneuses intégrés dans le paysage, et les cinq versions des Joueurs de cartes des années 1890-1895.

  1. CÉZANNE ET LA PROVENCE

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Paul Cézanne, le Golfe de Marseille vu de l’Estaque

Cézanne apprend dès son adolescence à s’approprier la Provence lorsqu’il part, en compagnie de Zola, se promener des journées entières dans les garrigues jouxtant la montagne Sainte-Victoire. Celle-ci, qu’il peignit tant de fois, est comme le centre de gravité de son imaginaire personnel, que jalonnent aussi les noms de Château Noir, belle demeure au milieu des pins, de Bibémus, site des carrières de la ville d’Aix, ou de Bellevue, colline située entre Aix et le proche village des Milles.

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Paul Cézanne, la Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves

Entre 1859 et 1899, Cézanne décore la propriété familiale du Jas de Bouffan de fresques immenses. L’atelier du quartier des Lauves, dominant Aix au nord, est sa création. Il faut également mentionner, un peu plus éloignés, l’Estaque, dans la baie de Marseille, et Gardanne, à mi-chemin d’Aix et de Marseille.

  1. VERS L’ART MODERNE

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Paul Cézanne, les Grandes Baigneuses

Annoncée par l’éclatement de la couleur (Jeune Garçon au gilet rouge, 1888-1889), l’exaltation lyrique caractéristique de la dernière période du peintre se nourrit d’une nouvelle liberté de la touche qui s’exprime de manière exemplaire dans de somptueuses natures mortes (Pommes et oranges, 1899). L’art de Cézanne culmine tant dans ses ultimes toiles provençales que dans ses Grandes Baigneuses, où le nu féminin n’a plus d’autre raison d’être que de concourir à l’édification de l’œuvre en tant que système rythmé de formes et de couleurs.

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Ambroise Vollard

Incompris de la plupart de ses contemporains, hormis de jeunes artistes comme Émile Bernard, qui lui rendent visite et recueillent ses propos sur l’art, Cézanne rompt avec son isolement en exposant au Salon d’automne de 1903, trois ans avant sa mort.

L’œuvre qu’il laisse – faite de quelque 900 toiles et 400 aquarelles – est revendiquée par les fauves, puis annexée par les cubistes, quitte à la transformer. En Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, elle ne cesse pas d’irriguer les courants auxquels s’identifiera l’évolution de l’art moderne.

  1. CITATIONS

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Paul Cézanne, Rideau, cruchon et compotier

« Je suis le primitif d’un art nouveau. »

Paul Cézanne

« Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude. »

Paul Cézanne

« La nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu’en surface, d’où la nécessité d’introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l’air. »

Paul Cézanne, dans une lettre à Émile Bernard du 15 avril 1904.

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Paul_C%C3%A9zanne/112455

 

IAM-WHA-051-0911 - © - World History Archive/Ann Ronan Collection

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KARINE TUIL, LES CHOSES HUMAINES, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, ROMANS FRANÇAIS

Les choses humaines de Karine Tuil

Les choses humaines

Karine Tuil

Paris, Gallimard, 2019.

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Quatrième de couverture

Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir. Mais une accusation de viol va faire vaciller cette parfaite construction sociale. Le sexe et la tentation du saccage, le sexe et son impulsion sauvage sont au cœur de ce roman puissant dans lequel Karine Tuil interroge le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et nous confronte à nos propres peurs. Car qui est à l’abri de se retrouver un jour pris dans cet engrenage ?

Biographie de l’auteur

Karine Tuil est l’auteure de L’invention de nos vies et de L’insouciance, traduits en plusieurs langues. Les choses humaines est son onzième roman.

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Fiche de l’Observatoire Foi et culture (OFC) du mercredi 29 janvier 2020 sur l’ouvrage :  » Les choses humaines » de Karine Tuil.

Le jeudi 14 novembre 2019, à l’hôtel de ville de Rennes, le 32e prix Goncourt des lycéens a été attribué à Karine Tuil pour son roman Les Choses humaines. C’est un roman difficile parce qu’il aborde la question de la maltraitance faite aux femmes, de l’agression sexuelle et du viol. Le jury a aimé ce livre par la force et la finesse de son écriture. Le thème d’actualité est abordé de façon originale ainsi que la réflexion profonde sur la complexité des choses humaines. Le titre est, à ce sujet, très bien choisi.

La page 244 résume le propos du roman. Claire, la mère d’Alexandre accusé du viol d’une jeune fille appelée Mila, exprime ce qu’elle ressent au moment où le procès va avoir lieu : « Quelques semaines avant le début de l’audience, Claire avait assisté à des procès d’assises pour se préparer à ce qui les attendait. Après avoir vu quatre ou cinq procès, elle avait la conviction que l’on pouvait déterminer l’état d’une société au fonctionnement de ses tribunaux et aux affaires qui s’y plaidaient : la justice révélait la fragilité des trajectoires, les fractures sociales, les échecs politiques – tout ce que l’État cherchait à occulter au nom d’une certaine cohésion nationale ; peut-être aussi pour ne pas être confronté à ses insuffisances. Les itinéraires des victimes comme des accusés étaient le plus souvent des récits pleins d’épouvante, matière éruptive et contagieuse, où chaque détail narratif vous renvoyait à la fragilité des choses ; des existences tranquilles avaient soudain basculé dans l’horreur, et pendant plusieurs jours, jurés, auxiliaires de justice et juges essayaient de comprendre ce qui s’était joué, à un moment donné, dans la vie d’un être. »

Le basculement dans l’horreur ? C’est ce que raconte ce roman. Les Farel forment un couple préoccupé de notoriété et de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses écrits féministes. Leur fils, Alexandre, est étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble réussir dans cette famille jusqu’au jour où une accusation de viol va faire écrouler ce parfait édifice social.

La première phrase du roman, l’incipit, annonce le chaos qui va se produire : « La déflagration extrême, la combustion définitive, c’était le sexe, rien d’autre – fin de la mystification » (p. 15). Ce roman éclaire en effet sur ce que produit une sexualité mal régulée. La domination sur l’autre peut provoquer d’importantes catastrophes. Le sexe et son impulsion sauvage saccagent les relations familiales, la vie personnelle et sociale. Karine Tuil interroge alors le monde contemporain : « Un chagrin d’amour pouvait-il être considéré comme la plus grande épreuve d’une vie ? Tout amour était-il une illusion ? L’amour rendait-il heureux ? Était-il raisonnable d’aimer ? L’amour était-il un jeu de hasard ? Qui aimait-on dans l’amour ? Pouvait-on vivre sans amour ? Comment se remettre rapidement d’une rupture amoureuse ? » (p. 71).

C’est un roman magistralement construit ! Les quatre premiers chapitres décrivent les quatre principaux personnages. Ils font entrer dans la psychologie des personnages. Ils dévoilent peu à peu leurs failles éventuelles. Un autre intérêt du livre est de démonter la mécanique impitoyable de la machine judiciaire. C’est cependant l’aspect le plus pénible de la lecture : les interrogatoires des enquêteurs sont exprimés avec des mots réalistes, dérangeants et choquants. La question du consentement dans la relation sexuelle est abordée. Mila, la jeune fille qui a été agressée a-t-elle accepté cette relation ? Ce qui s’est passé entre Alexandre et elle, est-il la conséquence d’une soirée entre étudiants où l’on a consommé de l’alcool et des drogues ? L’actualité est aussi évoquée : les agressions sexuelles du 12 janvier 2016 à Cologne ; l’affaire Weinstein…

Le lecteur ne peut qu’être profondément questionné sur son positionnement face à l’affaire. Par exemple, les hommes sont-ils violents par nature ou à cause de la violence sociale ? Que produit une éducation obnubilée par la performance, l’excellence. Alexandre semble en effet prisonnier de la situation professionnelle de son père. Au passage sont soulignés également les dégâts que peuvent provoquer les prises de paroles sur les réseaux sociaux.

Ce roman devrait permettre des échanges avec des jeunes au sujet des abus sexuels. Comment respecter le corps de l’autre ? Comment faire comprendre qu’un désir ne s’impose pas par la force (p. 246) ? Comment prendre en compte le retentissement typique des suites que l’on peut observer chez les victimes de viol (p. 243). Le roman fait découvrir la complexité de la société française, la décrit, la décrypte, la décortique, oblige à réfléchir, mais sans jamais tomber dans la caricature ou la leçon de morale. Tout au long du livre, le lecteur se demande s’il y a vraiment eu viol. Le verdict arrive enfin : Alexandre sera condamné à cinq ans de prison avec sursis (p. 330).

Karine Tuil s’est expliquée sur son travail d’écriture : « J’écris pour comprendre ce qui me dérange, me choque. L’inspiration, cette nécessité impérieuse, naît de la discipline et du travail. Le romancier est un observateur et un témoin de son époque et le roman l’espace où l’on peut tout dire, sans tabou. » Karine Tuil donne peu de place à une vision optimiste de l’être humain. Les dernières phrases du livre laissent le lecteur sur un sentiment de fatalisme et de cynisme : « C’était dans l’ordre des choses. On naissait, on mourait ; entre les deux, avec un peu de chance, on aimait, on était aimé, cela ne durait pas, tôt ou tard, on finissait par être remplacé. Il n’y avait pas à se révolter, c’était le cours invariable des choses humaines » (p. 342).

 

Fiche de l’Observatoire Foi et culture (OFC) du mercredi 29 janvier 2020 sur l’ouvrage :  » Les choses humaines » de Karine Tuil.

+ Hubert Herbreteau

 

https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/culture/492221-karine-tuil-choses-humaines/

 

 

ACTES DES APÔTRES, ACTES DES APOTRES, EVANGILE SELON SAINT JEAN, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 22, TEMPS PASCAL

Dimanche 3 mai 2020 : 4ème dimanche de Pâques : lectures et commentaires

Dimanche 3 mai 2020 : quatrième dimanche de Pâques

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Actes des apôtres 2,14a.36-41

Le jour de la Pentecôte,
14 Pierre, debout avec les onze autres Apôtres,
éleva la voix et fit cette déclaration :
36 « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude :
Dieu l’a fait Seigneur et Christ,
ce Jésus que vous aviez crucifié. »
37 Les auditeurs furent touchés au cœur ;
ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres :
« Frères, que devons-nous faire ? »
38 Pierre leur répondit :
« Convertissez-vous,
et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ
pour le pardon de ses péchés ;
vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.
39 Car la promesse est pour vous,
pour vos enfants
et pour tous ceux qui sont loin,
aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. »
40 Par bien d’autres paroles encore,
Pierre les adjurait et les exhortait en disant :
« Détournez-vous de cette génération tortueuse,
et vous serez sauvés. »
41 Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre
furent baptisés.
Ce jour-là, environ trois mille personnes
se joignirent à eux.

Nous continuons la lecture du discours de Pierre à Jérusalem au matin de la Pentecôte ; parce qu’il est désormais rempli de l’Esprit-Saint, il lit « à livre ouvert », si j’ose dire, dans le projet de Dieu : tout lui paraît clair ; il se souvient du prophète Joël qui avait annoncé « Je répandrai mon Esprit sur toute chair » (Jl 3,1) et pour lui, c’est l’évidence, nous sommes au matin de l’accomplissement de cette promesse : c’est par Jésus, rejeté, supprimé par les hommes, mais ressuscité, exalté par Dieu que l’Esprit est répandu sur toute chair.
Ces gens qui sont en face de lui, ce sont des pèlerins juifs venus de tous les coins de l’Empire Romain : ils sont partis de chez eux, parfois de très loin, du fin fond de la Mésopotamie, ou de la Turquie, ou d’Egypte et de Lybie, par obéissance à la Loi de Moïse ; et ils ne sont pas venus faire du tourisme ; ils sont venus en pèlerinage pour célébrer la fête de la Pentecôte, la fête du don de la Loi ; pendant tout le trajet, et encore une fois arrivés au Temple de Jérusalem, ils ont chanté les psaumes et prié Dieu de faire venir son Messie.
La tâche de Pierre, ce matin-là, c’est donc de leur ouvrir les yeux : oui, le Messie dont vous n’avez pas cessé de parler ces jours-ci, c’est bien lui, qui a été exécuté ici même à Jérusalem, il y a quelques semaines. « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. »
Pour des auditeurs juifs, ces titres de « Seigneur » et « Christ » décernés à Jésus sont très osés : le mot « Christ » est la traduction en grec du mot hébreu « Messie » ; quant au mot « Seigneur », il était appliqué tantôt à Dieu tantôt au Messie ; dans le psaume 109/110, par exemple, vous connaissez la phrase « Le SEIGNEUR a dit à mon Seigneur »… qui voulait dire « Le SEIGNEUR Dieu a dit à mon Seigneur, le roi (sous-entendu le Messie) ».
Pierre ne l’emploie certainement pas encore au sens de « Jésus est Dieu », c’était par trop impensable pour des Juifs, lui compris. Mais il veut bien dire par là, ce qui est déjà considérable, que l’homme de Nazareth est le Messie attendu : c’est donc faire reposer sur Jésus toute l’espérance d’Israël ; or si, de très bonne foi, des quantités de contemporains de Jésus ont pu vouloir la mort de Jésus, c’est que son caractère de Messie n’était pas du tout évident.
Les auditeurs de Pierre furent « remués jusqu’au fond d’eux-mêmes », nous dit Luc ; là on touche le mystère de la conversion : ils étaient venus à Jérusalem en pèlerinage, donc le coeur ouvert, certainement. Et Pierre a su toucher leurs coeurs.
Ils posent la même question très humble qu’on posait à Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain : « Que devons-nous faire ? » (verset 37) ; et la réponse est la même également, tout aussi simple : « Convertissez-vous » (verset 38)… et un peu plus tard, Pierre reprend une formule analogue : « Détournez-vous de cette génération tortueuse » ; se convertir, dans le langage biblique, c’est précisément se retourner, faire demi-tour ; l’image qui est derrière ces expressions, c’est celle de deux routes (on disait deux voies) : on peut se tromper de chemin ; « génération tortueuse » veut dire « qui n’est plus sur la route droite ». Dans cette expression « génération tortueuse », il ne faut certainement pas lire du mépris : Pierre fait une simple constatation. La génération contemporaine du Christ et des apôtres a été affrontée à un véritable défi : reconnaître en Jésus le Messie qu’on attendait malgré toutes les apparences contraires ; et elle a commis une erreur de jugement, elle s’est trompée de chemin. Et cette constatation de Pierre est un appel pour ses auditeurs, un appel à se convertir, à faire demi-tour.
Concrètement, se convertir, c’est demander le Baptême « au nom du Christ » ; et nous avons là une petite catéchèse du Baptême tel que les apôtres en parlaient dès le début de l’Eglise. « Que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit ».
Car, dit-il, « la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Ici, il rapproche, pour des auditeurs juifs, donc familiers des Ecritures, deux textes de l’Ancien Testament ; d’abord l’annonce du prophète Joël citée plus haut (« Je répandrai mon Esprit sur toute chair ») ; et puis une phrase d’Isaïe qui était bien connue : « Paix pour ceux qui sont loin (sous-entendu les païens) comme pour ceux qui sont proches (le peuple élu) » (Isaïe 57,19). Le peuple d’Israël se sentait proche de Dieu, grâce à sa vie dans l’Alliance : il était le peuple choisi, le fils, comme disait le prophète Osée. Les autres peuples lui paraissaient étrangers à Dieu, éloignés de Dieu. Et quand Isaïe dit « la paix est aussi pour ceux qui sont loin », il rappelle ce que le peuple élu a retenu de la promesse faite à Abraham : à savoir que l’humanité tout entière est concernée par ce qu’on pourrait appeler « le plan de paix de Dieu ».
Ce jour-là ils furent trois mille à se faire baptiser, trois mille Juifs qui devinrent Chrétiens ; ils faisaient partie de ceux que Pierre appelait les « proches ». Mais peu à peu, au long du livre des Actes, puis de l’histoire de l’Eglise, ceux qui étaient loin vont rejoindre les appelés de Dieu. C’est à eux que Paul dira dans la lettre aux Ephésiens : « Maintenant, en Jésus-Christ, vous qui jadis étiez loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ. C’est lui, en effet, qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité « (Ep 2,13-14).

 

PSAUME – 22 (23)

1 Le SEIGNEUR est mon berger :
je ne manque de rien.
2 Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
3 et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

4 Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi,
ton bâton me guide et me rassure.

5 Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

6 Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du SEIGNEUR
pour la durée de mes jours.

Nous avons déjà rencontré ce psaume 22/23 il y a quelques semaines pour le quatrième dimanche de Carême, et j’avais insisté sur trois points :
Premier point : comme toujours dans les psaumes c’est d’Israël tout entier qu’il est question, même si la personne qui parle dit « JE » .
Deuxième point : pour dire son expérience croyante, Israël utilise deux comparaisons, celle du lévite qui trouve son bonheur à habiter dans la Maison de Dieu et celle du pèlerin qui participe au repas sacré qui suit les sacrifices d’action de grâce. Mais il faut lire entre les lignes : à travers ces deux comparaisons, il faut entendre l’expérience du peuple élu, vivant dans l’émerveillement et la reconnaissance l’Alliance proposée par Dieu.
Troisième point : Les premiers Chrétiens ont trouvé dans ce psaume une expression privilégiée de leur propre expérience de baptisés ; et ce psaume 22/23 est devenu dans la primitive Eglise le chant attitré des célébrations de Baptême.
Aujourd’hui, je vous propose de nous arrêter tout simplement sur le premier verset : « Le SEIGNEUR est mon berger, je ne manque de rien ». Dans le même esprit, le prophète Michée exprimait cette prière : « Fais paître ton troupeau sous ta houlette, le troupeau, ton héritage » (Michée 7,14)… Je remarque au passage que c’est le peuple qui est l’héritage de Dieu ; dans le psaume 15/16, nous avions rencontré l’expression inverse : « SEIGNEUR, mon partage et ma coupe, de toi dépend mon sort. La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même le plus bel héritage. » (Ps 15/16,5-6).1 C’est bien la réciprocité de l’Alliance qui est dite là.
Dans un pays d’éleveurs, un troupeau c’est la richesse d’une famille et le livre des Proverbes donne des conseils pour l’entretien de ce patrimoine : « Connais bien l’état de ton bétail et porte attention à tes troupeaux. Car la richesse n’est pas éternelle et un trésor2 ne passe pas de génération en génération ! » (Pr 27,23). Ce qui veut dire que quand on compare Dieu à un berger et donc Israël à son troupeau, on ose penser que le peuple élu est un trésor pour son Dieu. Ce qui est une belle audace !
L’emploi d’un tel vocabulaire est donc une invitation à la confiance : Dieu est représenté comme un bon pasteur : c’est-à-dire celui qui rassemble, qui guide, qui nourrit, qui soigne, qui protège et qui défend… en un mot, c’est celui qui veille sur tous les besoins de son troupeau. Tout cela, on le dit de Dieu : je vous en cite quelques exemples :
le berger qui rassemble, je le trouve encore chez le prophète Michée : « Je vais te rassembler, Jacob tout entier, je vais réunir le reste d’Israël, je les mettrai ensemble… comme un troupeau au milieu de son pâturage… » (Mi 2,12) ; et encore : « En ce jour-là je rassemblerai ce qui boite, je réunirai ce qui est dispersé » (Mi 4,6). Et Sophonie reprend le même thème : « Je sauverai les brebis boiteuses, je rassemblerai les égarées ». (So 3,19). Ce qui veut dire, au passage, que chaque fois que nous faisons œuvre de division, nous travaillons contre Dieu !
le berger-guide et défenseur de son troupeau, nous le retrouvons souvent dans les psaumes : en particulier dans le psaume 94/95 qui est la prière du matin de chaque jour dans la liturgie des Heures : « Nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main ». (Ps 94/95,7). De même dans le psaume 77/78 : « Tel un berger, il conduit son peuple, il pousse au désert son troupeau, il les guide et les défend, il les rassure. » (Ps 77/78,52 ) ; et le psaume 79/80 commence par cet appel : « Berger d’Israël écoute, toi qui conduis Joseph, ton troupeau… révèle ta puissance et viens nous sauver » (Ps 79/80,2).
Evidemment, c’est dans les périodes difficiles, quand le troupeau (traduisez Israël) se sent mal dirigé, délaissé, malmené ou pire maltraité, que les prophètes recourent le plus souvent à cette image du vrai bon berger, pour redonner espoir ; on ne s’étonne donc pas de retrouver ce thème chez le deuxième Isaïe, celui qui a écrit le livre intitulé « Livre de la Consolation d’Israël ».
Par exemple : « Comme un berger, il fait paître son troupeau, de son bras il rassemble ; il porte sur son sein les agnelets, il procure de la fraîcheur aux brebis qui allaitent. » (Is 40,11) ; et encore : « Le long des chemins ils auront leurs pâtures, sur tous les coteaux pelés leurs pâturages. Ils n’endureront ni faim ni soif, jamais ne les abattront ni la brûlure du sable, ni celle du soleil ; car celui qui est plein de tendresse pour eux les conduira, et vers les nappes d’eau les mènera se rafraîchir. » (Is 49,9-10).
J’ai gardé pour la fin ce magnifique texte d’Ezéchiel que vous connaissez : « Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin. De même qu’un berger prend soin de ses bêtes le jour où il se trouve au milieu d’un troupeau débandé, ainsi je prendrai soin de mon troupeau ; je l’arracherai de tous les endroits où il a été dispersé un jour de brouillard et d’obscurité… je le ferai paître sur les montagnes d’Israël, dans le creux des vallées et dans tous les lieux habitables du pays. Je le ferai paître dans un bon pâturage, son herbage sera sur les montagnes du haut pays d’Israël. C’est là qu’il pourra se coucher dans un bon herbage et paître un gras pâturage, sur les montagnes d’Israël… La bête perdue, je la chercherai ; celle qui se sera écartée, je la ferai revenir ; celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage ; la malade, je la fortifierai … » (Ez 34,11s).
A notre tour, nous chantons ce psaume 22/23 parce que Jésus s’est présenté lui-même comme le berger des brebis perdues ; il nous invite à mettre notre confiance dans la tendresse du Dieu-pasteur ; mais, plus largement, en un moment où tant d’hommes traversent des jours de brouillard et d’obscurité, nous sommes invités également à contempler l’image du bon Pasteur, pour nous comporter en imitateurs du Père et en continuateurs du Fils.
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Notes
1 – Voir le commentaire de ce psaume au Troisième Dimanche de Pâques – A.
2 – En hébreu, le mot employé signifie « diadème ».
Complément
Le rassemblement du troupeau de Dieu réparti dans le monde entier annoncé par les prophètes voit un début de réalisation au matin de la Pentecôte : Pierre s’adresse à une foule de tous horizons.

 

DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Pierre apôtre 2, 20b-25

Bien-aimés,
20 si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien,
c’est une grâce aux yeux de Dieu.
21 C’est bien à cela que vous avez été appelés,
car c’est pour vous que le Christ,
lui aussi, a souffert ;
il vous a laissé un modèle
afin que vous suiviez ses traces.
22 Lui n’a pas commis de péché ;
dans sa bouche,
on n’a pas trouvé de mensonge.
23 Insulté, il ne rendait pas l’insulte,
dans la souffrance, il ne menaçait pas,
mais il s’abandonnait
à Celui qui juge avec justice.
24 Lui-même a porté nos péchés,
dans son corps, sur le bois,
afin que, morts à nos péchés,
nous vivions pour la justice.
Par ses blessures, nous sommes guéris.
25 Car vous étiez errants
comme des brebis ;
mais à présent vous êtes retournés
vers votre berger, le gardien de vos âmes.

Dans ce passage, Pierre s’adresse à une catégorie sociale toute particulière : ce sont des esclaves (on sait que l’esclavage existait encore à son époque) ; or, en droit romain, l’esclave était à la merci de son maître, il était un objet entre ses mains. Il arrivait donc que des esclaves subissent des mauvais traitements sans autre raison que le bon plaisir de leurs maîtres ; et être un esclave chrétien chez un maître non chrétien exposait certainement à des brimades supplémentaires.
Pierre leur dit en substance : imitez le Christ : lui aussi était esclave à sa manière, puisqu’il a mis sa vie tout entière au service de tous les hommes. Or, comment s’est-il comporté ? « Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. »
Je reprends le raisonnement de Pierre au début : « Si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. » Ce qui est une grâce, ce n’est pas de souffrir, c’est d’être capables de se conduire comme le Christ lorsqu’on est dans la souffrance. On ne redira jamais assez qu’il n’y a pas de vocation du Chrétien à la souffrance ; mais, dans la souffrance, un appel à tenir bon à l’exemple du Christ. Suivre les traces du Christ, suivre son exemple, ce n’est pas souffrir pour souffrir, c’est tenir bon dans la souffrance comme lui : « C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. »
Pierre en profite pour rappeler le Credo des chrétiens : « Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. »
Voilà bien ce qui est au coeur de notre catéchisme et en même temps la chose la plus difficile du monde à comprendre ! Nous affirmons « Dieu nous sauve… Christ est mort pour nos péchés », mais comment aller plus loin ? Comment expliquer ? De quoi nous sauve-t-il ? Comment nous sauve-t-il ?
Pour commencer, il me semble que nous entendons ici une définition du salut : être sauvés, c’est devenir « capables de vivre pour la justice ». Nous sommes guéris de nos blessures, comme dit Pierre. Nos blessures à nous, ce sont nos incapacités d’aimer et de donner, de pardonner, de partager ; c’est une humanité déboussolée : au lieu d’être centrée sur Dieu, l’humanité a perdu sa boussole, elle est désorientée ; Pierre dit « Vous étiez errants comme des brebis ». « Mourir à nos péchés », pour reprendre l’expression de Pierre, c’est être capables de vivre autrement, de vivre pour la justice, c’est-à-dire dans la fidélité au projet de Dieu.
Reste à savoir comment la croix du Christ a pu opérer ce salut : d’après Pierre, « c’est par ses blessures que nous avons été guéris ». Or les blessures du Christ, n’oublions pas que ce n’est pas Dieu, ce sont les hommes qui les lui ont infligées. Le Christ est mort parce qu’il a eu le courage de porter témoignage à son Père, de se comporter en homme de prière et de paix, de s’opposer à toute forme de mépris ou d’exclusion. Mais le Père dont il parlait ne répondait pas à l’image que s’en faisaient la majorité de ses contemporains ; Jésus, lui, malgré les menaces, n’a pas changé de ligne de conduite : « Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité », disait-il (Jn 18,37). Alors on l’a supprimé. Mais, même sur la croix, il a continué à rendre témoignage à son Père en révélant jusqu’où va le pardon de Dieu. Ses derniers mots sont encore des mots d’amour : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Alors, cette croix qui était le lieu de l’horreur absolue, de la haine humaine déchaînée est devenue, grâce au Christ, le lieu de l’amour absolu dans ce pardon du Christ à ses bourreaux.
Et, désormais, il nous suffit de contempler la croix, de croire à cet amour de Dieu pour l’humanité, révélé dans la croix du Christ, pour être transformés, convertis, réorientés ; comme le disait Zacharie « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Za 12,10). Alors nous sommes guéris, sauvés, c’est-à-dire rendus capables à nouveau d’aimer et de pardonner comme lui. Si nous voulons bien nous laisser attendrir par cette attitude d’amour absolu de Jésus et de son Père, nos coeurs de pierre deviennent coeurs de chair. Et nous devenons capables de vivre comme lui. Et d’autres, alors, pourront se laisser transformer à leur tour. C’est comme une contagion qui doit se répandre.
Car l’oeuvre de transformation de l’humanité tout entière n’est pas terminée ! Il faut donc encore des témoins de l’amour et du pardon de Dieu : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups », disait Jésus. Quand Pierre dit : « le Christ vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces », il nous rappelle que, à notre tour, nous devons prendre sa suite pour, avec lui, continuer l’oeuvre du salut de l’humanité.

 

EVANGILE – selon Saint Jean 10, 1-10

En ce temps-là, Jésus déclara :
1 « Amen, amen, je vous le dis :
celui qui entre dans l’enclos des brebis
sans passer par la porte,
mais qui escalade par un autre endroit,
celui-là est un voleur et un bandit.
2 Celui qui entre par la porte,
c’est le pasteur, le berger des brebis.
3 Le portier lui ouvre,
et les brebis écoutent sa voix.
Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom,
et il les fait sortir.
4 Quand il a poussé dehors toutes les siennes,
il marche à leur tête,
et les brebis le suivent,
car elles connaissent sa voix.
5 Jamais elles ne suivront un étranger
mais elles s’enfuiront loin de lui,
car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
6 Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens,
mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait.
7 C’est pourquoi Jésus reprit la parole :
« Amen, amen, je vous le dis :
Moi, je suis la porte des brebis.
8 Tous ceux qui sont venus avant moi
sont des voleurs et des bandits ;
mais les brebis ne les ont pas écoutés.
9 Moi, je suis la porte.
Si quelqu’un entre en passant par moi,
il sera sauvé ;
il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage.
10 Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr.
Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie,
la vie en abondance. »

La cohérence des textes de ce dimanche est particulièrement frappante ! Le psaume, puis la deuxième lecture et maintenant l’évangile nous transportent dans une bergerie. Le psaume comparait la relation de Dieu avec Israël à la sollicitude d’un berger pour son troupeau ; il disait « le SEIGNEUR est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. » Dans la deuxième lecture, saint Pierre comparait les hommes qui n’ont pas la foi en Jésus-Christ à des brebis perdues : « Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. » Et, ici, dans l’évangile de Jean, Jésus développe son long discours sur le bon pasteur.
Une bergerie, ce n’est pas un spectacle habituel pour une bonne partie d’entre nous, il faut bien le dire. Il faut donc que nous fassions l’effort d’imaginer le paysage du Proche-Orient, le troupeau regroupé pour la nuit dans un enclos bien gardé ; au matin le berger vient libérer les brebis et les emmène sur les pâturages.
Si nous avons un effort d’imagination à faire, en revanche ce genre de réflexion était très familier aux auditeurs de Jésus : parce que, tout d’abord, il y avait de nombreux troupeaux en Israël, et ensuite parce que les prophètes de l’Ancien Testament avaient pris l’habitude de ce genre de comparaisons. Nous en avons relu certains passages à propos du psaume. Je ne retiens qu’une phrase du prophète Isaïe qui insiste sur la sollicitude de Dieu envers son peuple : « Celui qui est plein de tendresse pour eux les conduira, et vers les masses d’eau les mènera se rafraîchir. » (Is 49,9). Enfin, du futur Messie on disait volontiers qu’il serait un berger pour Israël.
En même temps, les prophètes ne cessaient de mettre en garde contre les mauvais bergers qui représentent un véritable danger pour les brebis. C’est évidemment une affaire de vie ou de mort pour le troupeau. Jésus, à son tour, s’inscrit bien ici dans le même registre : il dit à la fois la sollicitude du berger pour ses brebis et le danger que représentent pour elles les faux bergers.
Ces thèmes familiers, il les reprend dans l’évangile de ce dimanche, sous la forme de deux petites comparaisons successives : celle du berger, puis celle de la porte. Il prend la peine de les introduire l’une et l’autre par la formule solennelle : « Amen, amen, je vous le dis ». Or cette expression introduit toujours du nouveau ; mais, justement, le thème du berger était bien connu, alors où est la nouveauté ? D’autre part, Jean précise que ces deux paraboles sont adressées aux Pharisiens : Jésus leur a raconté la première, mais, nous dit Jean, « ils ne comprirent pas ce que Jésus voulait leur dire. » Alors Jésus enchaîna sur la deuxième.
Pourquoi les Pharisiens n’ont-ils pas compris la première ? Peut-être tout simplement parce que, de toute évidence, Jésus laisse deviner qu’il est lui-même ce bon berger capable de faire le bonheur de son peuple ; et eux se voient ravaler du coup au rang de mauvais bergers. Ils ont donc parfaitement compris ce que Jésus veut dire, mais ils ne peuvent l’accepter. Ce serait admettre que ce Galiléen est le Messie, l’Envoyé de Dieu, or il ne ressemble en rien à l’idée qu’on s’en faisait. C’est peut-être la raison pour laquelle Jésus a pris soin de dire « Amen, amen, je vous le dis » ; chaque fois qu’il introduit un discours par cette entrée en matière, il faut être particulièrement attentif ; c’est l’équivalent de certaines phrases que l’on rencontre souvent chez les prophètes de l’Ancien Testament : quand l’Esprit de Dieu leur souffle des paroles dures à comprendre ou à accepter, ils prennent toujours bien soin de commencer et parfois de terminer leur prédication par des formules telles que « oracle du SEIGNEUR » ou « Ainsi parle le SEIGNEUR ». Même ainsi mis en garde, les Pharisiens n’ont pas compris ou pas voulu comprendre ce que Jésus voulait leur dire.
Mais il persiste ; Jean nous dit « C’est pourquoi Jésus reprit la parole » ; on devine la patience de Jésus qui lui inspire cette nouvelle tentative pour convaincre son auditoire : « Je suis la porte des brebis ; si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ». C’est une autre manière de dire qu’il est le Messie, le sauveur : par lui, le troupeau accède à la vraie vie. « Moi je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » C’est presque une confidence : Jésus nous dit pourquoi il est venu.
Pour terminer je retiendrais volontiers une leçon de cet évangile : Jésus nous dit que les brebis suivent le berger parce qu’elles connaissent sa voix : derrière cette image pastorale, on peut lire une réalité de la vie de foi ; nos contemporains ne suivront pas le Christ, ne seront pas ses disciples si nous ne faisons pas résonner la voix du Christ, si nous ne faisons pas connaître la Parole de Dieu. J’y entends une fois de plus un appel à faire entendre par tous les moyens « le son de sa voix ».

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Complément
A plusieurs reprises dans l’évangile de Jean, Jésus révèle sa mission dans des termes qui sont tout à fait clairs ; tantôt, il insiste sur le fait qu’il est l’envoyé du Père : un jour, à Jérusalem, par exemple, il a dit « Je suis venu au nom de mon Père » (Jn 5,43) ; tantôt il dit le contenu de sa mission : à Pilate, il affirme : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37) ; ailleurs il parle de sauver le monde : « Je ne suis pas venu juger le monde, je suis venu sauver le monde. » (Jn 12,47). Ou encore : « Moi, la lumière, je suis venu dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. » (Jn 12,46).

CALVAIRE BRETON, LE CHRIST DE PAUL GAUGUN, LE CHRIST JAUNE, LE CHRIST VERT, PAUL GAUGUN (1848-1903), PEINTRE FRANÇAIS, PEINTRES, PEINTURE

Le Christ de Paul Gaugun

Le Christ de Paul Gaugun

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Le Christ au Jardin des Oliviers. Paul Gaugun

 

Le Christ vert

Calvaire breton

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Le Christ vert, ou Calvaire breton, est un tableau que Paul Gauguin réalise en 1889 à Pont-Aven, représentant un calvaire breton, de couleur verte, à proximité de la mer, au-dessus des dunes, avec une Bretonne assise au premier plan. Ce tableau est conservé aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles.

Le Christ vert ou Calvaire breton est réalisé par Paul Gauguin en 1889 pendant son séjour à Pont-Aven, peu avant de peindre le Christ jaune.

Il fait partie des quelques toiles à thématique religieuse de cette période, qui se distinguent et constituent selon Manuel Jover le noyau originel du symbolisme en peinture, comprenant notamment le Christ jaunele Christ vert, l’Autoportrait au Christ jaune.

Il figure dans la collection de M. Jos (Joseph) Breckpot à Bruxelles en 1922, propriétaire de la galerie Breckpot, lorsqu’il est acquis par les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

 

Description

Le tableau est une huile sur toile, de 92 cm de haut sur 73,5 de large. Il est signé et daté « P Gauguin 89 », en bas sur la gauche.

Il représente un calvaire breton, de couleur verte, plus précisément la pietà ou Vierge de pitié, Marie portant le Christ mort, descendu de la croix, le bras droit pendant verticalement, paume ouverte. La pietà comporte aussi deux autres saintes femmes, de part et d’autre de Marie. Juste derrière Marie est représenté le début du fut portant la croix du calvaire.

Juste devant le calvaire, au premier plan, une Bretonne assise, l’air fatigué, semble sur le point de se lever, un panier à la main.

Derrière le calvaire, et en contrebas, de hautes dunes jaunes sont représentées sur la gauche du tableau. Légèrement verdoyantes, elles s’ouvrent sur la mer d’un vert sombre. Deux petits personnages marchent entre les dunes. Le ciel, nuageux, est d’un bleu grisâtre.

La pietà reproduite est celle qui figure sur le calvaire à côté de l’église de Nizon, près de Pont-Aven. Gauguin a représenté le calvaire transposé devant les dunes du Pouldu, au bord de la mer de couleur entourés d’un cerne (qui les cloisonne), stylisées à la façon de motifs ornementaux, des couleurs pures, bref un type de représentation n’ayant plus qu’un lointain rapport avec les choses représentées.

Leurs sujets sont empruntés à la vie quotidienne des populations locales, un mode de vie apprécié non pour son pittoresque, mais pour son « authenticité » : loin de la vie agitée et corrompue des grandes villes modernes, ignorant la société industrielle, les Bretons mènent une existence régie par leurs traditions ancestrales, ils offrent l’image d’une humanité plus proche des origines, accordée à la nature et pétrie de religiosité.

Symbolisme obscur et subtil

Peintre autodidacte, formé dans l’orbe des impressionnistes, et voyageur toujours en quête d’horizons lointains, Gauguin trouve en Bretagne les conditions propices à l’éclosion de son génie. « J’aime la Bretagne, écrit-il : j’y retrouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le son sourd, mat et puissant que je cherche en peinture. »

Dans l’abondante production bretonne de Gauguin, une série de toiles à thématique religieuse se distingue, elles conjuguent la recherche formelle très poussée à une dimension « idéelle » qui les a fait percevoir comme le noyau originel du symbolisme en peinture. Ces œuvres sont célèbres, il s’agit du Christ au jardin des Oliviers, de la Vision après le sermon (La Lutte de Jacob avec l’ange), du Christ jaune, du Christ vert, de l’Autoportrait au Christ jaune. La Vision montre les personnages du sermon (Jacob et l’ange) tels que les auditrices peuvent se les figurer mentalement, mais projetés devant leurs yeux ; le Christ vert montre une Bretonne assise au pied d’un calvaire sculpté. Ici, on ne sait exactement quelle est la nature de ce Christ. Est-ce un crucifix avec des Bretonnes en prière ? Est-ce le « vrai » Christ, transposé en Bretagne, avec les saintes femmes à ses pieds ?

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Le peintre définissait son tableau comme « un mélange inquiétant et savoureux de splendeur barbare, de liturgie catholique, de rêverie hindoue, d’imagerie gothique, de symbolisme obscur et subtil ». Le charme pénétrant de l’œuvre tient en partie à l’ambiguïté du sujet. Il tient au travail de la couleur, ce bain chromatique de jaunes et d’orangés. Il tient au cadrage inhabituel, le patibulum de la croix rivé au bord supérieur de la toile. Et il tient au détail : la minuscule silhouette du Breton enjambant le muret dans les champs. Cette amusante note de quotidienneté, de chose vue, épinglée dans l’instant, rehausse par contraste le grand geste éternel du Crucifié embrassant tout l’espace, le silence des prières sanctifiant le paysage entier. On a l’impression d’un monde, d’un « pays » littéralement infusé par le sentiment religieux.

 

 

Le Christ Jaune

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En 1889, Paul Gauguin (1848-1903) est à Pont-Aven, petite ville bretonne du Finistère, où s’est installée une colonie d’artistes. Il y avait séjourné plusieurs fois, depuis 1886, formant, avec ses camarades Émile Bernard, Paul Sérusier et quelques autres, ce que les historiens ont depuis appelé l’« école de Pont-Aven » : un style de peinture, fondé sur le cloisonnisme de Bernard et le synthétisme de Gauguin, qui privilégie les formes traitées en aplats

 

Paul Gauguin, Le Christ jaune, 1889 (92 × 73 cm), Buffalo, Albright-Knox Art Gallery.LA COLLECTION

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En 1889, Paul Gauguin (1848-1903) est à Pont-Aven, petite ville bretonne du Finistère, où s’est installée une colonie d’artistes. Il y avait séjourné plusieurs fois, depuis 1886, formant, avec ses camarades Émile Bernard, Paul Sérusier et quelques autres, ce que les historiens ont depuis appelé l’« école de Pont-Aven » : un style de peinture, fondé sur le cloisonnisme de Bernard et le synthétisme de Gauguin, qui privilégie les formes traitées en aplats

htps://www.la-croix.com/Journal/Christ-jaune-2017-05-26-1100850446

 

Portrait de l’artiste au Christ jaune

Réalisé à la veille de son premier départ pour Tahiti, le Portrait de l’artiste au Christ jaune constitue un véritable manifeste. Il s’agit en réalité d’un portrait au triple visage, dans lequel l’artiste révèle différentes facettes de sa personnalité. Alors méconnu, incompris, abandonné par sa femme qui est rentrée au Danemark avec leurs enfants, Gauguin peine à obtenir une mission officielle pour s’établir dans les colonies.

Dans la figure centrale, le regard fixe que Gauguin adresse au spectateur exprime le poids de ses difficultés, mais également toute sa détermination à poursuivre son combat artistique. Il représente derrière lui deux autres de ses œuvres , réalisées l’année précédente, qui se confrontent d’un point de vue esthétique et symbolique.

A gauche se trouve Le Christ jaune, image de la souffrance sublimée, auquel Gauguin prête ses propres traits. Mais le bras étendu par le Christ au-dessus de la tête du peintre évoque également un geste protecteur. Le jaune de ce tableau, couleur fétiche de l’artiste, s’oppose au rouge du Pot autoportrait en forme de tête de grotesque, posé à droite, sur une étagère. Ce pot anthropomorphe que Gauguin décrivait lui-même comme une « tête de Gauguin le sauvage » porte la trace du grand feu qui en a pétrifié la matière. Avec son masque grimaçant et sa facture primitive, il incarne les souffrances et le caractère sauvage de la personnalité de Gauguin.

Entre l’ange et la bête, entre synthétisme et primitivisme, Gauguin anticipe l’importance et la gravité de la grande aventure artistique et humaine qu’il s’apprête à vivre.

 

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