ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES DUBY (1919-1996), HISTORIEN FRANÇAIS, LIVRES

L’historien Georges Duby (1919-1996)

Georges Duby

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Georges Duby (né le 7 octobre 1919 à Paris et mort le 3 décembre 1996 au Tholonet) est un historien français. Spécialiste du Moyen Âge, il est professeur au Collège de France de 1970 à 1991.

 

Biographie

 Famille et études

Georges Michel Claude André Duby est issu d’une famille d’artisans parisiens. Son père était teinturier et travaillait notamment pour le cinéma.

Il fait ses études secondaires à Mâcon et est lauréat du Concours général de dessin. Il fait ensuite des études supérieures d’histoire et de géographie à la faculté de lettres de Lyon et est reçu 9e (sur 12) à l’agrégation d’histoire et géographie en 1942.

 Carrière universitaire

Il commence sa carrière dans l’enseignement secondaire, puis est nommé assistant à la Faculté de lettres de l’université de Lyon à la Libération, enseigne quelque temps à Besançon, puis obtient la chaire d’histoire du Moyen Âge à la Faculté de lettres d’Aix-en-Provence en 1951. Il se fixe alors dans cette région.

Le samedi 21 juin 1952, Georges Duby soutient à la Sorbonne sa thèse de doctorat ès lettres, réalisée sous la direction de Charles-Edmond Perrin et intitulée La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise (thèse qui sera ensuite publiée en 1953) ; sa thèse complémentaire étudie Les pancartes de l’abbaye cistercienne de la Ferté-sur-Grosne, 1113-1178. Outre Perrin, le jury est composé de Robert Fawtier et Pierre Petot, respectivement professeur d’histoire médiévale à la Sorbonne et professeur d’histoire du droit à la Faculté de droit de Paris. Dans sa thèse, Duby utilise la masse considérable des documents de l’abbaye de Cluny pour expliquer « à fond » un espace particulier, le Mâconnais, reprenant l’exemple des monographies régionales produites alors par l’école géographique française

En 1970, il est élu à la chaire d’histoire des sociétés médiévales du Collège de France, qu’il occupe jusqu’en 1991.

Les archives (manuscrits et tapuscrits) qu’il a constituées au cours de sa carrière sont réunies dans le « fonds Duby » déposé pour l’essentiel par sa veuve Andrée Duby depuis 20035 à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine. Madame Andrée Duby est décédée le 19 août 2016 à l’âge de 96 ans.

 

Distinctions et hommages

Les honneurs officiels récompensent son enseignement et ses nombreuses publications, dont le rayonnement dépasse très largement le cercle des spécialistes.

En 1974, il est élu membre ordinaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Le 18 juin 1987, il est élu à l’Académie française, où il succède à Marcel Arland au 26è  fauteuil. Il est reçu sous la Coupole en 1988 par Alain Peyrefitte. La cérémonie est filmée intégralement par la télévision française et diffusée par la chaîne FR3.  Il fut également membre étranger de la British Academy, de la Royal Historical Society, de la Medieval Academy of America, de la Société américaine de philosophie, de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, de l’Accademia nazionale dei Lincei, de l’Académie royale espagnole, de l’Académie hongroise des sciences et de l’Academia Europaea.

En 1973, il est récompensé par le Prix des Ambassadeurs pour son livre Le dimanche de Bouvines. En 1977, il est aussi lauréat du Grand prix Gobert de l’Académie française pour son livre Le temps des cathédrales.

Apport à l’histoire du Moyen Âge

Georges Duby a su dès le début de sa carrière renouveler la perception du Moyen Âge en adoptant des points de vue originaux. Sa rencontre avec la géographie est importante dans sa formation d’historien. Elle est alors, à la fin des années 1940, selon ses mots, une discipline où l’on est « le plus attentif à ce qui se produisait de plus neuf parmi les sciences de l’homme ». Cette filiation (André Allix, Roger Dion) l’amène à étudier l’histoire médiévale, mais, plus encore, à prendre en compte les paysages et les sociétés rurales de cette époque.

Plus particulièrement spécialiste des Xè, XIè, XIIè et XIIIè siècles en Europe occidentales, Duby contribue tout au long de ses ouvrages à renouveler les méthodes et les objets de la discipline historique. Auteur de vastes études (Guerriers et Paysans en 1973, L’Europe au Moyen Âge en 1979), il pousse encore plus loin ses recherches sur la société médiévale en reprenant la célèbre trifonctionnalité de Georges Dumézil (Les Trois Ordres ou l’Imaginaire du féodalisme en 1978), tout en renouvelant l’archétype de l’événement historique dans un livre aujourd’hui célèbre par le paradoxe apparent qu’il affirme dans son titre : Le Dimanche de Bouvines, sur la Bataille de Bouvines, publié en 1973, est une célébration de l’événement, certes, mais surtout une analyse magistrale de son environnement et de ses conséquences.

Grand admirateur de Fernand Braudel, il appartient cependant à la troisième génération d’historiens de l’école des Annales, fondée en 1929 par Marc Bloch et par Lucien Febvre, notamment par ses apports à l’histoire des mentalités, constitutive de cette troisième génération.

Outre son intérêt non démenti pour la géographie relevé plus haut, Georges Duby s’illustre également par sa maîtrise de la langue française et par des apparitions à la télévision, dans le cadre d’émissions de vulgarisation inspirées par ses écrits, comme Le Temps des cathédrales (1976), ou dans le cadre de débats. Il a été président de la chaîne de télévision Arte France depuis sa création en 1986 jusqu’en 1989.

Georges Duby a beaucoup apporté au renouvellement de la compréhension de l’Histoire grâce au concept de représentation mentale. Avec d’autres penseurs, comme Marc Augé en anthropologie, il a reconnu et explicité la fonction de la représentation dans la constitution des ordres et des rapports sociaux, l’orientation des comportements collectifs et la transformation du monde social. À propos de l’imaginaire de la féodalité, Georges Duby parle de la représentation comme « membrure », « structure latente », « image simple » de l’organisation sociale assurant le passage vers différents systèmes symboliques.

 

Œuvres (sélection)

Note : une liste exhaustive des œuvres de Duby est disponible sur le site de l’Académie française

 Ouvrages universitaires

La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1953. Thèse de doctorat d’État.

L’Économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Paris, Aubier, 1962, 2 volumes.

Hommes et structures du Moyen Âge, Paris, Mouton, 1973; rééd. en deux volumes : Seigneurs et Paysans et La Société chevaleresque, Paris, Flammarion, 1988.

Guerriers et Paysans, viiexiie siècles : premier essor de l’économie européenne, Paris, Gallimard, 1973.

Les Trois Ordres ou L’Imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, 1978

Le Chevalier, la Femme et le Prêtre : le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, 1981

Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Paris, Fayard, 1984 Biographie de Guillaume le Maréchal, qui s’élève dans la hiérarchie féodale par ses dons jusqu’à devenir l’un des hommes les plus puissants du royaume d’Angleterre.

Mâle Moyen Âge : de l’amour et autres essais, Paris, Flammarion, 1988, réédition de 2010,

Dames du xiie siècle, Paris, Gallimard, 1995-1996, 3 volumes:

  1. Héloïse, Aliénor, Iseut et quelques autres
  2. Le souvenir des aïeules

III. Ève et les prêtres

Les Femmes et le pouvoir au xiie siècle, conférence donnée au Collège de France le 17 février 1994, CD audio, Houilles, Le Livre qui parle, 2009.

 

Ouvrages grand public

L’An mil, Paris, col. « Archives », Julliard, 1967 (rééd. Gallimard, 1980

Le Dimanche de Bouvines (27 juillet 1214), Gallimard « Trente journées qui ont fait la France », Paris, Gallimard, 1973 Duby y montre qu’un historien des Annales peut aussi, à l’occasion, traiter d’un événement : la bataille de Bouvines.

Avec Andrée Duby, Les procès de Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1973.

L’Europe au Moyen Âge (art roman, art gothique), Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1981.

Histoire de l’art

Adolescence de la chrétienté occidentaleL’Europe des cathédrales et Fondement d’un nouvel humanisme, Genève, Skira, 1966-1967, 3 volumes ; repris en un volume sous le titre Le Temps des cathédrales : l’art et la société (980–1420), Paris, Gallimard, 1976 (Grand Prix Gobert de l’Académie française 1977) (

Saint Bernard : l’art cistercien, Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1976.

 

Compilations

Féodalité, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1996

L’Art et la société. Moyen Âge – XX siècle, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2002

Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2019

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 Participation à des ouvrages collectifs

(dir.) Atlas historique, Paris, Larousse, 1978. Nombreuses rééditions revues et augmentées.

Avec Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, Paris, A. Colin, 1958, 2 volumes.

(dir.) Histoire de la France, Des origines à nos jours, Paris, Larousse, 1970-1971, 3 volumes; rééd., Paris, Larousse, 2007, coll. « Bibliothèque historique »,

(codir. avec Armand Wallon) Histoire de la France rurale, Paris, Le Seuil, 1976, 4 volumes.

(dir.) Histoire de la France urbaine, Paris, Le Seuil, 1980-1985, 5 volumes

(codir. avec Philippe Ariès) Histoire de la vie privée, Paris, Le Seuil, 1985-1987, 5 volumes

(codir. avec Michelle Perrot) Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1990-1992, 5 volumes.

 Divers

Avec Guy Lardreau, Dialogues, Paris, Flammarion, 1980 (rééd. Les petits Platons, 2013

L’Histoire continue, Paris, Odile Jacob, 1991,

Mes ego-histoires (livre édité à titre posthume par Patrick Boucheron et Jacques Dalarun), Paris, Gallimard, 2015.

 

Bibliographie

Maurice Agulhon, « Duby Georges (1919-1996) » sur Encyclopædia Universalis.

Patrick Boucheron, « La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France, à travers le témoignage des manuscrits conservés à l’IMEC », Le Moyen Âge, De Boeck, t. CXV,‎ 2009, p. 487-528 ).

Patrick Boucheron (dir.) et Jacques Dalarun (dir.), Georges Duby, portrait de l’historien en ses archives : colloque de la Fondation des Treilles, Paris, Gallimard, 2015, 472 p.

François Bougard, « Genèse et réception du Mâconnais de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Laurent Feller, « Georges Duby et les Études d’histoire rurale », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Jean-Claude Helas, « Le vocabulaire de Georges Duby dans L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval », dans Benoît Cursente et Mireille Mousnier (dir.), Les Territoires du médiéviste, Presses universitaires de Rennes, 2005 p. 45-70.

Jacques Le Goff, « Georges Duby (1919-1996) », Cahiers de civilisation médiévale, no 158,‎ 1997 (40e année), p. 199-209 (

Florian Mazel, « Pouvoir aristocratique et Église aux xe-xie siècles : retour sur la « révolution féodale » dans l’œuvre de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

(en) Leah Shopkow, « Georges Duby (1919-1996) », dans Philip Daileader et Philip Whalen (dir.), French Historians, 1900-2000 : New Historical Writing in Twentieth-Century France, Chichester / Malden (Massachusetts), Wiley-Blackwell, 2010, XXX-610 p. ,  p. 180-201.

Source : Wilipédia

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

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Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960

ANCIEN TESTAMENT, DEUXIEME LETTRE DE SAINT PAUL A TIMOTHEE, EVANGILE SELON SAINT LUC, LIVRE DU PROPHETE HABACUC, PSAUME 94

Dimanche 6 octobre 2019 : 27ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

dimanche 6 octobre 2019

27éme dimanche du Temps Ordinaire

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

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1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – livre du prophète Habacuc 1, 2-3 ; 2, 2-4

1,2 Combien de temps, SEIGNEUR, vais-je appeler,
sans que tu entendes ?
crier vers toi : « Violence ! »,
sans que tu sauves ?
1,3 Pourquoi me fais-tu voir le mal
et regarder la misère ?
Devant moi, pillage et violence ;
dispute et discorde se déchaînent.
2,2 Alors le SEIGNEUR me répondit :
Tu vas mettre par écrit une vision,
clairement, sur des tablettes,
pour qu’on puisse la lire couramment.
2,3 Car c’est encore une vision pour le temps fixé ;
elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas.
Si elle paraît tarder, attends-la :
elle viendra certainement, sans retard.
2,4 Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite,
mais le juste vivra par sa fidélité.

Le prophète Habacuc n’est plus très à la mode aujourd’hui, mais il l’était certainement à l’époque du Nouveau Testament, puisqu’il y est cité plusieurs fois. Par exemple, la phrase de la Vierge Marie dans le Magnificat : « Je bondis de joie dans le Seigneur, j’exulte en Dieu, mon Sauveur » se trouvait déjà, des siècles auparavant, dans le livre d’Habacuc (Ha 3,18) ; c’est de lui également que Saint Paul a retenu et cité à plusieurs reprises une phrase si importante pour lui, qui fait partie de notre lecture d’aujourd’hui : « Le juste vivra par sa fidélité » (Rm 1,17 ; Ga 3,11) ; ce petit livre vaut donc la peine d’être ouvert ; ce n’est qu’un tout petit livre en effet, trois chapitres seulement, d’environ vingt versets chacun, mais quelle palette de sentiments ! De la complainte à la violence, de l’appel au secours à l’exultation pure ; ses cris de détresse font penser à Job : « Combien de temps, SEIGNEUR, vais-je t’appeler au secours, et tu n’entends pas, crier contre la violence et tu ne délivres pas ! » Mais l’espérance ne le quitte jamais : quand Saint Pierre invite ses lecteurs à la patience, lui aussi reprend une expression inspirée d’Habaquq : « Non, le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse… » (2 P 3,9).
Les premiers versets ressemblent au livre de Job : « Combien de temps, SEIGNEUR, vais-je appeler sans que tu entendes ? crier vers toi : Violence ! sans que tu sauves ! » C’est un cri de détresse, d’appel au secours, devant le déchaînement de la violence ; mais aussi et surtout le cri de la détresse suprême, celle du silence de Dieu. Ce cri-là est toujours d’actualité. Et ici, comme dans le livre de Job, comme dans beaucoup de psaumes, la Bible ose dire des phrases presque impertinentes, où l’homme se permet de demander des comptes à Dieu. « Combien de temps, SEIGNEUR, vais-je t’appeler au secours, et tu n’entends pas, crier contre la violence, et tu ne délivres pas ! »
La violence dont parle Habacuc ici, c’est celle de l’ennemi du moment, Babylone. Il l’appelle « Les Chaldéens », traduisez les armées de Nabuchodonosor. Nous sommes vers 600 avant Jésus-Christ : l’ennemi numéro un, il n’y a pas longtemps encore, c’étaient les Assyriens de Ninive. Mais ils ont été écrasés à leur tour par Babylone qui est désormais la puissance montante au Moyen-Orient. Depuis que le monde est monde, les mêmes horreurs de la guerre se répètent ; on les devine ici : « Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent. »
Mais Habacuc ne perd pas la foi pour autant. Dans un autre verset, il ajoute : « Je guetterai ce que dira le SEIGNEUR Dieu » ; dans cette expression, il y a au moins deux choses : d’abord c’est le guet du veilleur, assuré que l’aube viendra ; c’est le thème du psaume 129/130 : « Mon âme attend le Seigneur, plus sûrement qu’un veilleur n’attend l’aurore ». Et ce verbe « attendre » veut dire attendre tout de Lui. Dans la phrase « Je guetterai ce que dira le SEIGNEUR Dieu », la première chose, c’est donc la confiance ; la deuxième chose, c’est la conscience que son interpellation est un peu osée : le prophète Habacuc a demandé des comptes à Dieu et il s’attend à être rappelé à l’ordre : « Je guetterai ce que dira le SEIGNEUR Dieu ».
Or, chose intéressante, Habacuc ne se fait pas rappeler à l’ordre. La réponse de Dieu ne lui fait aucun reproche ; il l’invite seulement à la patience et à la confiance ; les heures de victoire de l’ennemi ne dureront pas toujours : « Le SEIGNEUR me répondit : Tu vas mettre par écrit une vision, clairement sur des tablettes, pour qu’on puisse la lire couramment. C’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard. » Pour l’instant, Habacuc ne décrit pas la vision elle-même, ce sera l’objet du chapitre suivant ; mais, on s’en doute déjà, il s’agit de la libération de ceux qui, actuellement, sont opprimés.
Pour autant, Dieu n’a pas vraiment répondu à la question ; il n’a pas dit pourquoi, à certains moments, il semble devenu sourd à nos prières. Il a seulement réaffirmé une fois de plus qu’il ne nous abandonne jamais… Si bien que le message d’Habacuc semble bien être : dans les épreuves, même les plus terribles, la seule voie possible pour le croyant c’est de garder confiance en Dieu : accepter de ne pas comprendre, mais ne pas accuser Dieu. Toute autre attitude nous détruit : la méfiance à l’égard de Dieu ne nous fait que du mal. C’est probablement l’un des sens de la formule finale de ce texte : « Le juste vivra par sa fidélité » ou, pour le dire autrement, c’est la confiance en Dieu qui nous fait vivre ; le soupçon ou la révolte nous détruit. En revanche, il est permis de crier notre souffrance : si la Bible (dans le livre de Job, comme dans les psaumes), nous fait lire les cris de détresse et même les reproches faits à Dieu, c’est qu’un croyant a le droit de crier sa détresse, son impatience de voir cesser la violence qui l’écrase.
Reprenons la dernière phrase : « Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité ». L’insolent, c’est Babylone qui s’enorgueillit de ses conquêtes et qui croit fonder sur elles une prospérité durable ; le juste, lui, sait que Dieu seul fait vivre. A ce sujet, l’exemple le plus célèbre dans l’histoire d’Israël, c’est Abraham : quand il a quitté son pays, sa famille, sur un simple appel de Dieu, il ne savait pas bien où Dieu le conduisait, vers quelle destinée. Quand, encore sur un appel de Dieu, Abraham s’apprêtait à offrir son fils unique, il ne comprenait pas, mais il a continué de faire confiance à celui qui lui a donné ce fils… Et, là encore, sa foi les a fait vivre, lui et son fils (Gn 22). Le texte biblique dit de lui « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et cela lui fut compté comme justice » (Gn 15, 6).
Dernière remarque : quand Habacuc parle de Babylone, il dit « les Chaldéens » (entre parenthèses, c’est l’Irak d’aujourd’hui) mais, souvenons-nous, Abraham lui-même était un Chaldéen… or Abraham est qualifié de « juste » par la confiance qu’il a manifestée envers Dieu alors que les Chaldéens, ses compatriotes, quelques siècles plus tard, sont traités d’insolents qui n’ont pas l’âme droite. On peut en déduire que la justice n’est pas une affaire d’origine, de race, ou de circoncision, donc de religion, mais seulement d’attitude du coeur. Nous ferions peut-être bien de nous en souvenir quand nous rencontrons des croyants d’autres religions … ?
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Compléments
– « Tu vas mettre par écrit la vision, bien clairement sur des tablettes » : on écrivait sur des tablettes les textes que l’on souhaitait conserver ; on peut comprendre ici comme une insistance de Dieu : « Mes petits enfants, n’oubliez jamais ». Dieu est silencieux, mais il n’est pas absent, il reste à nos côtés
– « Je guetterai ce que dira le SEIGNEUR » : Le rôle du prophète est d’être un guetteur. Ezéchiel emploie le même mot pour dire sa vocation : « Fils d’homme, je t’établis guetteur pour la maison d’Israël ; quand tu entendras une parole venant de ma bouche, tu les avertiras de ma part. » (Ez 3,17 // 33, 7).

PSAUME – 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9

1 Venez, crions de joie pour le SEIGNEUR,
acclamons notre Rocher, notre salut !
2 Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

6 Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le SEIGNEUR qui nous a faits.
7 Oui, il est notre Dieu :
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
8 « Ne fermez pas votre coeur comme au désert
9 où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

Nous sommes au temple de Jérusalem, les pèlerins se pressent sur les marches du temple pour une grande célébration ; « Venez, crions de joie pour le SEIGNEUR, acclamons notre Rocher, notre salut ».
« Notre Rocher », cette formule, à elle toute seule, est une profession de foi : Israël a choisi de s’appuyer sur Dieu et sur lui seul, comme aux premiers jours de l’Alliance. La Bible compare souvent l’histoire du peuple d’Israël à des fiançailles avec son Dieu. Après l’élan et les promesses, sont venues les questions, les infidélités. Dieu, lui, restait toujours fidèle, et après chaque orage, chaque infidélité, Israël revenait toujours, comme une fiancée repentante et reconnaissante pour l’Alliance toujours offerte. « Allons jusqu’à lui en rendant grâce ». Le mot hébreu, ici, c’est « tôdah » : il désigne un moment précis du culte de l’Alliance, le sacrifice de tôdah, qui exprime à la fois toute cette palette de sentiments : la reconnaissance, l’action de grâce, la louange, le repentir, le désir d’aimer… En hébreu moderne, « merci » se dit encore « tôdah ».
Un mot français caractériserait bien ce psaume : le mot « reconnaissance » ; reconnaître Dieu, connaître qui Il est, connaître ce que nous sommes, et alors la reconnaissance nous envahit.
Reconnaître Dieu, d’abord : notre Créateur mais plus encore, notre libérateur. « Adorons le SEIGNEUR qui nous a faits »… Nous lui devons la vie, mais surtout d’être un peuple : « Il est notre Dieu, nous sommes le peuple qu’il conduit… » Cette expression est un rappel de l’Exode : « Nous sommes son peuple », c’est la formule même qui désigne l’Alliance ; chaque fois qu’on rencontre cette formule dans la Bible, c’est un rappel très explicite de l’Alliance : « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple »…
Tout semble si simple : si simple de faire confiance à ce Dieu qui nous conduit et nous protège, à ce Dieu qui nous a délivrés de l’esclavage en Egypte. C’est si simple tant qu’il n’y a pas de problème. Mais quand viennent les épreuves, viennent les doutes. C’est dans l’épreuve justement que se vérifie notre confiance.
« Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » C’est très exactement la question de confiance qui est posée : « écouter », dans la Bible, veut dire justement « faire confiance » ; « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? », cela veut dire, « aujourd’hui, lui ferez-vous confiance, quoi qu’il arrive ? Comme Abraham, n’oubliez pas que seule la confiance en Dieu vous fera vivre… rappelez-vous la phrase d’Habacuc dans la première lecture : Le juste vivra par sa fidélité ».
« Ecouter sa parole » c’est aussi le contraire de « fermer son coeur » : je reprends le psaume « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, (le texte hébreu dit comme à Meriba, comme au jour de Massa), où vos pères m’ont tenté et provoqué… et pourtant ils avaient vu mon exploit »… (Massa et Meriba, justement, cela veut dire tentation et provocation )… et là le psaume rappelle un épisode très célèbre de l’histoire du peuple pendant l’Exode dans le désert du Sinaï après la sortie d’Egypte. L’exploit, c’est cela précisément, la sortie d’Egypte ; le peuple a reconnu là, dans sa libération miraculeuse, l’exploit de Dieu ; mais à peine fini le cantique de la victoire, après la traversée de la Mer, les difficultés de la vie au désert ont commencé et alors la confiance du peuple a été mise à rude épreuve.
L’épisode de Massa et Meriba est resté célèbre dans la mémoire d’Israël comme l’exemple type de notre tentation de soupçonner Dieu dès la première difficulté. Je vous rappelle cette histoire. Cela se passait à Rephidim en plein désert ; après la traversée de la Mer des Joncs, Israël s’est retrouvé libre, certes, mais dans le désert… avec tout ce que cela comporte : faim, soif, dangers de toute sorte… Saurait-il faire confiance à son libérateur ? Si Dieu a pris la peine de libérer son peuple de l’esclavage, ce n’est pas pour le laisser mourir dans le désert…
Mais, dès la première soif, dès le premier manque, cela a mal tourné. Le peuple s’est mis à regretter son esclavage : sa liberté toute neuve était bien peu confortable : en Egypte, on était esclaves, peut-être, mais on survivait… et puis de loin, maintenant, l’Egypte n’apparaissait plus aussi terrible ; l’éloignement atténue les mauvais souvenirs, c’est connu.
Dans le désert, le peuple a eu soif : cet épisode de Massa et Meriba est raconté au chapitre 17 du livre de l’Exode. En voici juste quelques lignes : « Là-bas, le peuple eut soif ; le peuple murmura contre Moïse : Pourquoi nous as-tu fait monter d’Egypte ? Pour me laisser mourir de soif, moi, mes fils et mes troupeaux ? Cette phrase a deux sens, je crois : d’abord ils disent à Moïse « tu t’es bien mal débrouillé, c’est POUR en arriver là ? » Mais le deuxième sens est bien pire : « Peut-être après tout était-ce une machination POUR qu’on meure tous ici, dans ce désert ? » Si on avait voulu se débarrasser d’eux, ce désert c’était l’idéal… et on s’est mis à faire un véritable procès d’intention à Moïse et à Dieu. Après tout « Le SEIGNEUR, il est avec nous ? Ou contre nous ? »
Et la révolte a grondé. Le texte dit que le peuple « murmure »… mais ce mot est certainement plus violent que dans notre français d’aujourd’hui puisque Moïse dit à Dieu : « Si cela continue, ils vont me lapider ! »
Alors Dieu intervient et l’eau jaillit du rocher (nous retrouvons l’expression Dieu, mon Rocher)… Mais il eût été plus juste de faire confiance. Dans la souffrance, nous l’avons vu avec le livre d’Habacuc dans la première lecture, nous pouvons crier, supplier, interpeller Dieu… mais jamais douter de lui… Massa et Meriba, ces deux mots signifient ce soupçon qui risque à tout instant de resurgir.
Chaque jour, ce psaume nous rappelle le choix de la confiance sans cesse à refaire : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit » : chaque jour est un jour neuf, aujourd’hui, se décider à faire confiance est de nouveau possible.

 

DEUXIEME LECTURE – deuxième lettre de Saint Paul à Timothée 1, 6-8. 13-14

Bien-aimé,
6 je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu
ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains
7 Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné,
mais un esprit de force, d’amour et de pondération.
8 N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur,
et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ;
mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances
liées à l’annonce de l’Évangile.
13 Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides
que tu m’as entendu prononcer
dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus.
14 Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté,
avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous.

Quand Paul écrit sa deuxième lettre à Timothée, il est en prison à Rome, peu avant son exécution ; il dit lui-même qu’il est « enchaîné comme un malfaiteur » et il demande à Timothée de ne pas rougir de lui, comme d’autres l’ont fait. Il sait très bien qu’il n’en a plus pour longtemps et il se sent très seul. Cette deuxième lettre à Timothée est donc une sorte de testament. Timothée va avoir à prendre la relève et Paul lui fait des recommandations dans ce sens.
Il faut savoir que, pour des raisons de style, de vocabulaire et même de contenu, on pense généralement que les lettres à Timothée seraient non pas de Paul mais de l’un de ses disciples après sa mort. La communauté concernée traversait une crise grave (des faux docteurs s’étaient introduits et, avec eux, des querelles et des discussions interminables) : alors un disciple de Paul aurait pris la plume pour remettre son petit monde dans le droit chemin, en se réclamant de l’exemple de Paul qui faisait encore autorité. Nous n’avons pas les moyens, par nous-mêmes, de trancher cette question difficile ; et pour être fidèles à l’enseignement de ces lettres, n’allons pas à notre tour nous perdre en discussions interminables. Pour des raisons de commodité de langage, nous continuerons donc à parler de Paul et de Timothée.
D’ailleurs, qu’il s’agisse de Paul et de Timothée ou de leurs disciples futurs n’a plus guère d’importance pour nous aujourd’hui, ce qui compte c’est le contenu de ces lettres : il s’agit des recommandations faites à un jeune responsable chrétien, elles nous concernent donc au plus haut point.
La première recommandation est peut-être la plus importante : « Ravive le don gratuit de Dieu » ; ce don de Dieu, si nous lisons la suite du texte, c’est bien évidemment l’Esprit-Saint. « Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, dit Paul, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. » Et, visiblement, Timothée va avoir besoin de tout cela ! Paul, enchaîné pour l’Evangile, ne le sait que trop bien. Ce don de l’Esprit, Timothée l’a reçu par l’imposition des mains : les mots « confirmation » et « ordination » n’existaient pas encore, mais on sait que, dès le début de l’Eglise, le geste de l’imposition des mains signifiait le don de l’Esprit. Dans le cas présent, on sait de quoi il s’agit par la première lettre à Timothée : « Ne néglige pas le don de la grâce qui est en toi, qui te fut conféré par une intervention prophétique, accompagnée de l’imposition des mains par le collège des Anciens ». Il s’agit ici de la célébration au cours de laquelle Timothée a été ordonné comme ministre (on dirait aujourd’hui prêtre) au service de la communauté.
Formule étonnante : « Réveille en toi le don de Dieu » ; c’est donc que les dons de Dieu peuvent « dormir » en nous ! Ailleurs Paul dit « N’éteignez pas l’Esprit »… Là encore, nous pouvons entendre un message très encourageant : nous portons en nous le feu de l’Esprit et même si nous avons l’air de l’avoir plus ou moins recouvert de cendre, il est encore en nous, il couve sous la cendre… Rien ne peut l’éteindre. On a là un écho au mot « aujourd’hui » que nous avons entendu dans le psaume 94/95 : chaque jour est un jour neuf où nous pouvons laisser jaillir en nous l’Esprit que nous avons reçu. Chaque jour, nous pouvons ranimer, raviver la flamme.
Cet esprit, comme dit Paul, n’est pas un esprit de peur, mais un esprit de force, d’amour, de maîtrise de soi (selon la Traduction Oecuménique de la Bible). Ce n’est donc pas en nous qu’il faut chercher force, amour et maîtrise de soi : c’est dans cette source inépuisable que Dieu a installée au plus intime de nous-mêmes au jour de notre baptême. Timothée, le premier, qui passait pour bien jeune et bien chétif, a su déployer des trésors de foi et de persévérance en puisant dans cette source de l’Esprit. D’ailleurs, Paul dit bien : « Avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Evangile » ; ces souffrances dont il parle, c’est la persécution inévitable ; mais Paul ne dit pas « rassemble tes forces », il dit « avec la force DE DIEU ».
Ici, nous retrouvons un thème cher à Paul : celui de la transmission de la foi ; Paul a transmis à Timothée ce dépôt précieux, que Timothée doit transmettre à son tour et ainsi de suite : « Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. » Ailleurs, dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul écrivait : « je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu… ».
Cela fait penser à une course de relais dans laquelle les coureurs se transmettent un objet-témoin… à ceci près que cet objet, justement, est inchangé d’un bout à l’autre de la course ; alors que le dépôt de la foi, lui, s’exprime inévitablement dans des termes différents au long des siècles. Car la foi n’est pas un objet, justement, un objet bien ficelé, bien emballé, auquel personne ne pourrait toucher…
Paul rappelle donc à Timothée l’enseignement solide qu’il lui a donné, à charge pour Timothée de le transmettre à son tour. Solidité, ici, ne veut pas dire « rigidité » : être fidèle à la foi reçue commande au contraire de l’approfondir sans cesse et parfois de la reformuler au fur et à mesure que « l’Esprit-Saint conduit l’Eglise vers la vérité tout entière » selon l’expression de Jésus lui-même dans l’évangile de Jean. Et d’ailleurs l’expression de Paul « Garde le dépôt de la foi avec l’aide de l’Esprit Saint » ouvre bien la porte à des formulations nouvelles à condition que ce soit un développement fidèle au dépôt reçu. Car Paul ne dit pas « répète fidèlement ce que je t’ai enseigné sans changer une virgule » il dit « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint » ; ce qui indique bien que la vraie fidélité ne se contente pas seulement de répéter. Les évangélisateurs ne sont pas des perroquets. La foi c’est un art de vivre en présence de Dieu, dans la confiance.
Tout le problème, évidemment, est de savoir si cette transmission est vraiment fidèle. Bien des querelles au long des siècles sont nées des divergences entre les Chrétiens sur le contenu du dépôt de la foi. Mais, en fait, nous ne sommes pas nous-mêmes les garants de cette fidélité : c’est l’Esprit-Saint qui est le gardien suprême du dépôt de la foi ». Pour transmettre fidèlement le flambeau aux générations suivantes, il nous suffit donc de « réveiller », raviver, en nous le don de Dieu, le feu de l’Esprit que rien ne peut éteindre.

EVANGILE – selon Saint Luc 17, 5-10

5 En ce temps-là,
les Apôtres dirent au Seigneur :
« Augmente en nous la foi ! »
6 Le Seigneur répondit :
« Si vous aviez de la foi,
gros comme une graine de moutarde,
vous auriez dit à l’arbre que voici :
‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’,
et il vous aurait obéi.
7 Lequel d’entre vous,
quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes,
lui dira à son retour des champs :
‘Viens vite prendre place à table’ ?
8 Ne lui dira-t-il pas plutôt :
‘Prépare-moi à dîner,
mets-toi en tenue pour me servir,
le temps que je mange et boive.
Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ?
9 Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur
d’avoir exécuté ses ordres ?
10 De même vous aussi,
quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné,
dites :
‘Nous sommes de simples serviteurs :
nous n’avons fait que notre devoir’ »

Voilà bien des versets qui se suivent et ne se ressemblent pas ! Il semble qu’il y ait deux parties dans ce texte : première partie, un dialogue entre Jésus et ses apôtres sur la foi, avec cette formule un peu terrible de Jésus : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi. » Deuxième partie, une espèce de parabole sur le serviteur, et elle encore se termine par une formule très forte de Jésus : « Quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : ‘Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’ »
Pour commencer, il faut se répéter que Jésus ne cherche certainement pas à nous décourager ; et que, d’autre part, si ces versets se suivent d’aussi près, sans aucune coupure, dans l’évangile de Luc, c’est qu’il y a un lien entre eux. Reprenons le texte au début : « Les apôtres dirent au Seigneur » ; le mot « apôtre » signifie « envoyé » : c’est donc un dialogue entre le Christ et ses envoyés ; cela veut dire que cette phrase de Jésus concerne les activités d’évangélisation ; les apôtres, les envoyés disent à celui qui les envoie « Augmente en nous la foi » ; cette prière, c’est la nôtre bien souvent. Quand nous prenons conscience de notre faiblesse, de notre impuissance, et qu’il nous semble que si nous étions plus riches de foi, nous serions plus efficaces. Mais comment harmoniser ceci avec la phrase de Paul : « Quand j’aurais la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. » (1 Co 13,2) ? Dans son langage à lui, Jésus répond qu’il ne s’agit pas de chercher à évaluer notre foi, le problème n’est pas là. Il s’agit de compter sur la puissance de Dieu ; c’est lui qui agit, ce n’est pas notre foi, petite ou grande. Jésus accentue volontairement le paradoxe : la graine de moutarde était considérée comme la plus petite de toutes les graines, et le grand arbre dont il parle (en grec, sycomore) était réputé indéracinable. La phrase de Jésus veut donc dire : « Pas besoin d’avoir beaucoup de foi, rien qu’une graine de moutarde, minuscule, suffirait pour faire des choses apparemment impossibles » : on peut traduire « Quand vous agissez au nom de l’évangile, souvenez-vous que rien n’est impossible à Dieu ».
On connaît le slogan « le mot impossible n’est pas français » ; après cette lecture d’aujourd’hui, il faudrait plutôt dire « impossible n’est pas chrétien ». Concrètement, cela veut dire que rien ne doit nous décourager, qu’aucune situation n’est définitivement perdue ; et donc qu’il n’est pas question de rendre notre tablier, ce qui nous amène tout droit à la parabole du serviteur.
L’expression employée ici est « serviteurs quelconques » (selon d’autres traductions, on peut lire « serviteurs inutiles ») : ce qu’on peut traduire « vous n’êtes que des subalternes », c’est-à-dire au service d’une tâche qui vous dépasse. Et heureusement ! Qui de nous se sentirait les reins assez solides pour porter la responsabilité du Royaume de Dieu ? Ces phrases de Jésus ne sont donc pas dures ou inquiétantes, elles sont au contraire encourageantes ! Oui, nous ne sommes que des subalternes, la responsabilité ne repose pas sur nous. Quel soulagement !
Nous ne sommes pas « inutiles » pour autant : si le serviteur était vraiment inutile, aucun maître ne le garderait ! Si Dieu nous prend comme serviteurs, c’est qu’il veut avoir besoin de nous ; si Jésus a choisi des apôtres, si sa parole « les ouvriers de la moisson sont trop peu nombreux » continue à résonner depuis deux mille ans, c’est qu’il veut avoir besoin de notre collaboration. Nous sommes quelconques, mais avec notre petit travail quelconque, il fait sa moisson. Dieu nous associe à son oeuvre… Cela peut nous remplir de fierté! Mais sans nous inquiéter : il nous demande seulement d’être ses serviteurs : le responsable, c’est lui !
Presque toujours, quand on contacte une maman pour faire le catéchisme, ou des jeunes parents pour aider à la préparation des baptêmes, et on a d’autres exemples sous les yeux… presque chaque fois, la personne contactée commence par dire « mais, je ne suis pas capable ! » Ce qui est la pure vérité ! Aucun de nous n’est capable. Ce sont ceux qui se croiraient capables du Royaume qui seraient dangereux ! Il nous suffit d’un peu de foi… Le Seigneur fera le reste. C’est le sens de la dernière phrase : « Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : Nous sommes de simples serviteurs, nous n’avons fait que notre devoir » ; par là, Jésus nous suggère deux attitudes : premièrement, il nous invite une fois de plus à sortir de la perspective des mérites ou des récompenses ; mais surtout il nous invite à rester sereins dans l’exercice de notre mission. C’est lui le maître de la moisson, pas nous.
Alors on comprend mieux le lien entre les deux parties de ce texte : le message est bien le même ; il suffit d’un peu de foi, si peu que nous en ayons, cela suffit à Dieu pour faire des miracles. Encore faut-il la mettre à son service.

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, LA BIBLE : LIVRE PAR LIVRE, NOUVEAU TESTAMENT

La Bible : une approche livre par livre

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

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Les 73  livres de la Bible forment un ensemble cohérent. Quand on la lit d’un bout à l’autre, se dégage une unité au niveau du contenu. Deux grandes parties sont facilement discernables: l’Ancien Testament, reconnu comme Ecriture sacrée par les juifs, et à leur suite par les chrétiens, et le Nouveau Testament, reconnu uniquement par les chrétiens.

 

L’Ancien Testament :

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L’ordre des livres de l’Ancien Testament change selon que l’on suit le classement hébreu ou celui, plus traditionnel en milieu chrétien, de la traduction grecque (la version des Septante).

Ordre traditionnel (grec)

Pentateuque: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.

Livres historiques: Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, 1 et 2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith, Esther, 1 et 2 Maccabées.

Livres poétiques: Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des cantiques.

Livres prophétiques:

Grands prophètes: Esaïe, Jérémie, Lamentations, Ezéchiel, Daniel.

Petits prophètes: Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habakuk, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

 

Le Nouveau Testament:

Livres historiques: Matthieu, Marc, Luc, Jean, Actes

Epîtres:

Epîtres de Paul: Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Timothée, Tite, Philémon.

Epîtres catholiques ou générales: Hébreux, Jacques, 1 et 2 Pierre, 1, 2 et 3 Jean, Jude.

Apocalypse

 

Pentateuque

Genèse

50 chapitres

La Genèse (littéralement «origine»), c’est le livre des origines du monde, de l’humanité et du peuple juif. Le nom hébreu est Bereshit, «au commencement». Dieu crée le monde, puis le premier homme, Adam, et la première femme, Eve, qu’il installe dans le jardin d’Eden.
Dieu chasse Adam et Eve du jardin d’Eden suite à leur désobéissance. C’est le récit de la fameuse Chute (« ils croquèrent la pomme », qui n’en est pas une dans le texte biblique).

L’humanité se développe, mais dans le mauvais sens d’un point de vue moral, et Dieu décide d’envoyer le déluge, lors duquel Noé est épargné (grâce à son bateau, l’arche de Noé). La terre est repeuplée par les descendants de ce célèbre patriarche. Les hommes décident de former un projet auquel Dieu décide de mettre fin par la dispersion linguistique: c’est l’épisode de la tour de Babel. Enfin, Dieu fait alliance avec un individu, appelé Abram et auquel il donne le nom d’Abraham, en lui promettant un pays (le pays de Canaan) et une descendance, malgré le fait que sa femme est stérile. Cette alliance est scellée par le rite de la circoncision.
Deux enfants naîtront à Abraham: Ismaël, auquel se rattachent les Arabes, et Isaac, dont le fils Jacob aura douze fils, eux-mêmes ancêtres des douze tribus d’Israël. La Genèse se termine par l’histoire de Joseph, un des fils de Jacob, et la venue en Egypte de toute la famille dudit Jacob.

 

Exode

40 chapitres

Exode signifie «sortie» en grec. Il prend la suite de la Genèse: la famille de Jacob s’est développée et multipliée en Egypte, au point d’être ressentie comme une menace par le pharaon. Celui-ci applique une tactique qui n’est pas nouvelle pour tenter de maîtriser la croissance du peuple hébreu: l’oppression, le travail forcé, la purification ethnique (élimination des bébés de sexe masculin). Dans ce contexte, Dieu se révèle à un certain Moïse (épisode du buisson ardent) et l’utilise pour faire sortir d’Egypte les descendants de Jacob (épisode des dix plaies d’Egypte, de l’institution de la Pâque, des eaux qui s’ouvrent pour laisser passer le peuple). On se situe alors, selon les datations, au 15e ou au 13e siècle av. J.-C. Dans le désert, sur le mont Sinaï, Dieu conclut une alliance avec le peuple d’Israël et lui donne les dix commandements.
Dieu donne des lois de type civil, moral ou religieux au peuple d’Israël. Après une révolte des Israélites qui se fabriquent un veau d’or et le présentent comme leur dieu, il leur indique aussi les plans et le mobilier d’un sanctuaire portatif qu’ils doivent réaliser et dans lequel ils peuvent lui rendre un culte. On l’appelle couramment «tabernacle».

 

Lévitique

27 chapitres

«Lévitique» signifie «de Lévite» et reprend le nom de la tribu chargée du culte et des sacrifices au sein d’Israël. Autant le dire tout de suite, ce livre composé presque exclusivement de règles et de lois diverses suscite rarement les passions, d’autant plus que les premiers chapitres sont consacrés à la description des sacrifices à offrir à Dieu, que ce soit en signe de reconnaissance ou pour le pardon de péchés (c’est-à-dire des violations de la loi de Dieu) commis involontairement. Suivent de nombreuses règles civiles et morales, des prescriptions relatives au pur et à l’impur ainsi que des lois liées au culte, scandées par le refrain: «Vous serez saints, car je suis saint, moi, l’Eternel, votre Dieu.»

 

Nombres

36 chapitres

Le livre tire son nom grec des deux recensements du peuple d’Israël mentionnés dans le livre. Le peuple d’Israël n’a en effet toujours pas bougé du mont Sinaï, un an après y être arrivé. Il en repart pourtant au chapitre 10, en prenant la direction du pays promis à Abraham. Une mission de reconnaissance menée par 12 espions convainc le peuple qu’il n’aura pas la force de conquérir la terre promise et qu’il aurait mieux fait de rester en Egypte. En guise de sanction, Dieu annonce la mort de toute cette génération au cours de 40 années d’errance dans le désert.
Mais ce n’est pas la seule fois où Dieu punit son peuple: on dénombre pas moins de sept révoltes dans ce livre !

 

Deutéronome

34 chapitres
Littéralement «deuxième loi», le Deutéronome a une forme apparentée à celle des traités de suzeraineté hittites du 2e millénaire av. J.-C., qui réglaient les rapports entre un peuple conquis et son nouveau souverain (le souverain étant ici Dieu). Il répète l’ensemble de la loi sous la forme de discours adressés par Moïse au peuple d’Israël juste avant l’entrée dans le pays promis, le pays de Canaan. Le peuple est appelé à toujours adorer son Dieu et à ne pas imiter les autres peuples ni adopter leurs dieux. Le chapitre 6 contient le deuxième commandement le plus célèbre de la Bible ainsi que le fameux Shema (Ecoute, Israël) répété aujourd’hui encore par les juifs.
Après l’énoncé d’un certain nombre de bénédictions rattachées au respect de la loi, et de malédictions liées à son non-respect (parmi elles figure la sanction de l’exil), le livre se termine sur la mort de Moïse, à qui Dieu ne permet pas d’entrer dans le pays promis, mais seulement de le voir depuis le sommet d’une montagne. Ce sera son assistant, un dénommé Josué, qui lui succédera à la tête d’Israël.

 

Livres historiques

Josué

24 chapitres

Le livre de Josué, du nom de son personnage principal, relate l’entrée d’Israël dans le pays promis après la mort de Moïse. Le texte contient donc essentiellement des récits de conquête et de répartition du territoire entre les différentes tribus, sur une durée d’environ 25 ans. Une conquête restée fameuse est celle de la ville de Jéricho, qui est chantée par un non moins fameux gospel: «Joshua fit the battle of Jericho». Au début du livre, Josué est invité par Dieu à prendre courage et à respecter la loi laissée par Moïse; à la fin, juste avant de mourir, c’est lui qui invite le peuple d’Israël à rester fidèle à son engagement de servir l’Eternel plutôt que les autres dieux.

 

Juges

21 chapitres

La mort de Josué a laissé les Israélites quelque peu orphelins. Bien vite, ils oublient leur engagement de servir l’Eternel et se mettent à adorer d’autres dieux. Le corps du livre des Juges est formé de sept cycles similaires: les Israélites se détournent de l’Eternel; des ennemis les oppriment; les Israélites appellent à l’aide; l’Eternel leur envoie un libérateur (le juge). Douze de ces chefs sont mentionnés, les plus connus étant Samson (avec ses cheveux longs et la perverse Dalila), Débora (une femme) et Gédéon. Cette période de quatre siècles environ prépare l’instauration de la monarchie en constatant par quatre fois, dont une à la toute fin du livre: «A cette époque-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon» (Juges 21.25).

 

Ruth

4 chapitres

Le livre de Ruth était lu lors de la fête juive de la Pentecôte. Plutôt court (4 chapitres), il porte le nom de son personnage principal: une jeune femme moabite – c’est-à-dire issue d’un peuple exclu de toute possibilité d’entrer dans le peuple de Dieu – qui devient la grand-mère de David, le célèbre roi d’Israël.

 

1 et 2 Samuel

31 et 24 chapitres

1 et 2 Samuel constituaient à l’origine un seul volume. C’est la version des Septante qui a procédé à la division en deux. Là aussi, le livre porte le nom de l’un de ses personnages principaux, en commençant avec sa naissance: Samuel, prophète et juge, qui procède à l’onction (forme de consécration) des deux premiers rois d’Israël: Saül (intronisé en 1050 av. J.-C.) et David (oint en 1025 av. J.-C.). Le récit du règne de Saül, rejeté par Dieu et en lutte quasi incessante contre David, se termine à la fin de 1 Samuel. 2 Samuel commence avec le début du règne de David sur la tribu de Juda (1010 av. J.-C.), puis, sept ans plus tard, sur l’ensemble d’Israël. Le dernier chapitre le voit acheter le terrain sur lequel sera érigé plus tard le temple de Jérusalem. Malgré les fautes dont cet homme se rend coupable (adultère, meurtre, négligence vis-à-vis de ses enfants), il bénéficie d’une relation particulière avec l’Eternel, et celui-ci lui fait la promesse d’une royauté éternelle de sa famille. Cette promesse a été quasi unanimement interprétée comme annonçant le Messie-roi à venir, ce qui a donné lieu au titre messianique «fils de David».

 

1 et 2 Rois

22 et 25 chapitres

Les deux livres des Rois n’en formaient qu’un à l’origine. Le texte commence avec la désignation du successeur de David (970 av. J.-C.): Salomon, au règne d’abord flamboyant, qui construit le temple de Jérusalem. Il se poursuit avec l’histoire de 20 rois de Juda et 19 rois d’Israël. En effet, dès le règne de Roboam, le fils de Salomon, un schisme intervient, et les dix tribus du nord d’Israël se séparent de celles de Juda et Benjamin, qui seules restent fidèles à la dynastie davidique. Les divers règnes successifs des deux royaumes sont passés en revue avec un critère de jugement: le roi a fait ce qui est bon, ou au contraire ce qui est mal, aux yeux de l’Eternel. L’idolâtrie récurrente des Israélites du nord conduit à la prise de leur capitale, Samarie, par les Assyriens et à la déportation de la population (722 av. J.-C.). Le royaume de Juda connaît le même sort quelque temps plus tard, mais sous les coups des Babyloniens: prise de Jérusalem en 586 av. J.-C., destruction du temple et déportation d’une partie de la population en trois vagues successives.

 

1 et 2 Chroniques

29 et 36 chapitres

Appelés «Paroles des jours» dans la Bible hébraïque, «Paraleipomena» (c’est-à-dire «omissions») dans la Septante, les livres des Chroniques doivent leur nom français à la Vulgate. Certains attribuent leur rédaction à Esdras, au 5e siècle av. J.-C. Ils récapitulent toute l’histoire d’Israël, depuis Adam jusqu’au décret de Cyrus autorisant la reconstruction du temple de Jérusalem. L’intérêt de l’auteur porte essentiellement sur les aspects cultuels de cette histoire: les rois et les prophètes mentionnés avec force détails sont ceux qui ont contribué à la célébration d’un culte conforme aux exigences divines. L’objectif est probablement de rappeler aux exilés de retour de Babylone que leur Dieu est fidèle à ses promesses et souverain sur l’histoire et qu’il continue à agir pour les siens, pourvu qu’ils lui obéissent.

 

Esdras

10 chapitres

Pendant longtemps, le livre d’Esdras a été couplé avec celui de Néhémie. Plusieurs passages sont à la première personne du singulier, et le récit concerne le retour des exilés en Juda, avec la reconstruction du temple puis le rétablissement de l’ordre politique et religieux par Esdras, un scribe. On se situe donc entre 537 et 458 av. J.-C.

 

Néhémie

13 chapitres

Ecrit à la première personne, le livre a pour thème principal la reconstruction des murailles de Jérusalem, entre 444 et 431 av. J.-C., malgré l’opposition des peuples voisins, et la restauration civile et politique de la communauté rapatriée.

 

Livre de Tobie

Le Livre de Tobie, parfois appelé Livre de Tobit (Tobie étant le fils de Tobit dans la Septante), est un livre deutérocanonique de l’Ancien Testament. Il raconte l’histoire d’un Israélite de la tribu de Nephthali nommé Tobie (le texte latin de la Vulgate donne le même nom au père et au fils, Tobias). Déporté à Ninive, il devient aveugle après avoir reçu de la fiente d’oiseau dans les yeux et envoie son fils Tobie recouvrer une dette en Médie auprès de leur parent Gabaël.

Le texte est écrit en grec et figure dans la Septante. Rédigé sans doute initialement en hébreu ou en araméen, l’original a été perdu, mais un fragment en araméen avec un texte correspondant en grec a été retrouvé dans les années 1950, dans la grotte no 4 près des ruines de Qumrân parmi les manuscrits de la mer Morte. Ce livre ne figure pas au canon des Écritures hébraïques Il est déclaré canonique par l’Église au concile de Carthage III en 397, mais il était déjà largement utilisé par les différentes communautés chrétiennes.

 

Livre de Judith

Le Livre de Judith est un livre deutérocanonique de la Bible. Il relate comment la belle et jeune veuve Judith ( « Louée » ou « Juive ») écarte la menace d’une invasion assyrienne en décapitant le général ennemi Holopherne, et restaure du même coup la foi du peuple juif en la puissance salvatrice de son Dieu.

Il en existe trois versions en grec dans lesquelles on distingue la trace linguistique de l’original hébreu, plusieurs versions latines dont celle de la Vulgate  « hâtivement traduite » de l’araméen selon l’aveu de saint Jérôme – et plusieurs versions tardives en hébreu, dont une dans laquelle l’ennemi est séleucide et non assyrien.

Sa date de rédaction est en général située au iie siècle av. J.-C.. Il ferait partie des textes inspirés par la révolte des Maccabées3

Livres des Maccabées

Les livres de Maccabées sont des écrits juifs en langue grecque dont le thème est lié à la révolte des Maccabées qui eut lieu dans la Judée de l’époque hellénistique. Les Maccabées doivent leur nom à Judas Maccabée dont le frère Simon fonda la dynastie hasmonéenne qui régna sur la Judée de 140 à 37 av. J.-C.. Malgré le nom qui leur est traditionnellement appliqué, ces livres sont indépendants. Leurs dates de composition et leurs styles sont différents.

Le livre I couvre une période s’étendant du déclenchement de la révolte des Maccabées à l’accession au pouvoir de Jean Hyrcan. Ce récit constitue une épopée dynastique à la gloire des Hasmonéens. Il s’agit d’une traduction grecque d’un livre en hébreu.

le livre II se veut un abrégé d’une chronique de Jason de Cyrène. Il s’étend de la grande prêtrise d’Onias III à la victoire de Judas Maccabée contre Nicamor Il donne une large part au miraculeux et aux considérations théologiques.

le livre III relate une crise subie par les Juifs d’Égypte sous le règne de Ptolémée IV Philopator.

le livre IV est un ouvrage philosophique produit par le milieu juif d’Antioche .

 

Esther

10 chapitres

Le livre d’Esther était lu lors de la fête juive dont il relate l’origine: la fête des Pourim. Il porte le nom de son héroïne, une jeune Juive devenue l’épouse de Xerxès, souverain de l’Empire perse (486-465 av. J.-C.). Sa position lui permettra d’éviter le massacre des Juifs. L’une des particularités de ce texte est l’absence totale de mention de Dieu.

 

Livres poétiques

Job

42 chapitres

«Pauvre comme Job»: qui n’a jamais entendu cette expression? L’histoire de Job, c’est celle d’un homme juste qui est accablé par le malheur. Le thème du livre est donc celui de la souffrance, qui paraît difficilement conciliable avec la bonté de Dieu. Après un prologue qui présente les épreuves de Job comme le fruit d’une sorte de pari entre Dieu et Satan, la majeure partie du livre se compose de dialogues entre Job et trois de ses amis (auxquels vient s’ajouter un quatrième) qui ne parviennent pas à résoudre le problème de la souffrance. Il apparaît clairement qu’elle n’est pas nécessairement le fruit d’un péché. Dans l’épilogue, Dieu s’adresse à Job sans lui expliquer le pourquoi de son malheur, mais en montrant sa propre grandeur.

 

Psaumes

150 chapitres

Appelés Tehillim («louanges») en hébreu, les 150 Psaumes sont autant de cantiques ou prières de louange, de supplication ou d’imprécation. Composés entre les 15e et 6e siècles av. J.-C. dans des circonstances très diverses et par des auteurs différents (Moïse, le roi David, Asaph, Koré, Héman, Ethan et des anonymes), ils pouvaient être utilisés dans le culte familial ou au temple, parfois lors de fêtes religieuses. Certains sont appelés messianiques parce qu’ils contiennent des prophéties relatives à ce libérateur annoncé (Psaumes 22; 69; 110 par exemple).

 

Proverbes

31 chapitres

Trois auteurs sont mentionnés dans les Proverbes: le roi Salomon, Agur et Lemuel, ce qui implique une époque de rédaction qui va du 10e au 7e voire 5e siècle. La recherche de la sagesse était répandue dans l’Antiquité, sagesse qui consiste dans l’art de profiter de ses connaissances pour les appliquer dans la vie courante. Ces maximes touchent donc à tous les domaines de la vie. Elles prennent souvent la forme de pensées à deux vers.

 

Ecclésiaste

12 chapitres

L’Ecclésiaste était lu lors de la fête juive des Tabernacles (aussi appelée fête des Huttes, des Cabanes ou encore des Tentes). Son auteur se nomme Qohéleth, peut-être le chef de l’assemblée ou l’enseignant, et est assimilé par la tradition au roi Salomon. Le ton du livre surprend: l’auteur affirme et répète que tout manque de consistance sous le soleil; les différents objectifs que les hommes se fixent sont sans valeur, qu’il s’agisse des richesses, des plaisirs, de la sagesse ou de la moralité. Ils ne font pas le sens de la vie. L’homme doit penser à son Créateur.

 

Cantique des cantiques

8 chapitres
Ce livre controversé était lu lors de la fête juive de la Pâque. Il est attribué au roi Salomon (10e siècle av. J.-C.) et se compose de dialogues entre un homme et une femme, avec l’intervention d’autres personnages. On peut l’interpréter, au sens littéral, comme un texte qui chante les divers aspects de l’amour: joie de la présence de l’être aimé, jouissance partagée de la nature, attrait physique mutuel. Diverses interprétations allégoriques ont été proposées. La principale voit dans cette sorte de pièce théâtrale une évocation de l’amour entre Dieu et le peuple d’Israël.

 

Livre de la Sagesse

Le Livre de la Sagesse (appelé en grec Sagesse de Salomon) est un livre de l’Ancien Testament.

Ce livre de rédaction grecque fait partie du canon des Ecritures dans le canon catholique et orthodoxe mais ne figure pas chez les protestants ni chez les Juifs.

Présentation

Le livre a reçu anciennement le titre de Sagesse de Salomon parce que les chapitres 7-9 font parler ce roi que la tradition juive considérait comme « le sage » par excellence.
Sa date est incertaine. Divers indices, tirés du vocabulaire et d’une allusion aux revendications contemporaines des Juifs d’Égypte à l’égalité civique (Sg 19, 16), invitent à ne pas remonter au-delà des années 50 av. J.-C. et même à descendre en période romaine, à partir de la prise d’Alexandrie par Auguste (30 av. J.-C.). Par sa date probable (ier siècle av. J.-C.), c’est sans doute le dernier en date des écrits de l’Ancien Testament. Il se compose de deux principales parties : le thème sapientiel de la sagesse (thème du juste souffrant, la sagesse pour épouse), et un long midrash des plaies d’Égypte.

Contenu

Le Livre de la Sagesse cherche à répondre au défi de la sagesse païenne (notamment, la philosophie) par rapport à la Révélation divine. On y trouve notamment, reprises de la philosophie grecque, les quatre vertus cardinales : « Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et force. » (Sg 8,7).

Dans une optique chrétienne, le livre est lu comme abordant, de façon cryptée, le thème de la résurrection de la chair, de la création nouvelle. De la même façon, ce livre comprend des affirmations qui préparent le Nouveau Testament, comme celle-ci : « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité » (Sg 2,23). La Sagesse divine y est personnifiée au point de fournir aux apôtres Paul et Jean des formules théologiques que l’on retrouve, notamment, dans l’Épître aux Colossiens.

 

 

Siracide

Le Siracide, appelé aussi l’Ecclésiastique ou encore La Sagesse de Ben Sira, est l’un des livres sapientiaux de l’Ancien Testament écrit vers 200 av. J.-C. Le Siracide tient son nom de son auteur, Jésus Ben Sira (Ben Sira, Ben Sirakh, Ben Sirach).

L’ouvrage est un mélange de deux genres littéraires : tantôt des « proverbes », tantôt des développements structurés qui proposent des réflexions sur un sujet. Il s’agit toujours de la « Sagesse », représentée comme une personnification de la Sagesse divine. Elle est pour le disciple une mère, une épouse, une sœur. La rechercher, c’est atteindre Dieu. Vivre avec elle, c’est vivre avec Dieu.

La fin de l’ouvrage exalte des personnages historiques, comme le font les Livres des Maccabées. Vers la fin du ier siècle, il est exclu du canon biblique par les rabbins pharisiens. Il est cependant populaire parmi les Juifs et il est cité dans le Talmud et dans la littérature rabbinique qui en approuve certains passages.

 

Livres prophétiques

Les prophètes, des porte-parole de Dieu, sont mentionnés tout au long de l’histoire d’Israël, en particulier dès l’instauration de la monarchie. Ils invitent régulièrement le peuple à revenir à Dieu, parfois conseillent les rois. Certains ont laissé des écrits, de sorte que nous avons accès à leurs oracles. Ils nous permettent d’avoir un autre regard sur la période qui va du 9e au 5e siècle av. J.-C.

 

Grands prophètes

 

Esaïe

66 chapitres

Homme du 8e siècle avant J-C , Esaïe avait ses entrées à la cour royale, Il est l’un des plus grands prophètes, par la taille de son livre mais aussi par la conscience qu’il avait à la fois de la sainteté de Dieu et de son amour, de son salut. Il annonce la naissance d’un enfant-roi destiné à s’asseoir sur le trône davidique.
Esaïe annonce l’exil à venir pour le peuple de Juda en raison de l’immoralité, de l’injustice et de la violence qui règnent en son sein. Plusieurs de ses oracles concernent un personnage nommé le «serviteur de l’Eternel». L’un d’eux prédit son œuvre en rapport avec les péchés des hommes et le salut.

 

Jérémie

52 chapitres

Le prophète Jérémie est connu surtout pour ses lamentations (voir le livre qui porte ce nom), d’où le terme de «jérémiades». Après un temps d’influence à la cour de Juda, son ministère (entre 625 et 580 av. J.-C.) est en effet caractérisé par les brimades et le rejet. Il met sans cesse son peuple en garde contre les alliances avec l’Egypte, l’Assyrie et la Babylonie, les grandes puissances de l’époque. Il fustige aussi l’idolâtrie et la déchéance morale de ses compatriotes. Son message le plus original est celui dans lequel il annonce la conclusion d’une nouvelle alliance.
Jérémie connaîtra la chute de Jérusalem en 586 av. J.-C. et sera contraint par plusieurs de ses compatriotes de fuir en Egypte, non sans avoir prédit la venue et la durée de l’exil.

 

Lamentations

5 chapitres

Le livre des Lamentations de Jérémie était lu le neuvième jour du mois d’Ab, anniversaire de la destruction du temple de Jérusalem par les Babyloniens. Anonyme, il est attribué au prophète Jérémie par la tradition juive, y compris la version grecque des Septante. Le texte compte 5 élégies qui évoquent le siège de Jérusalem, la famine, la fuite du roi, la destruction du temple et des murailles, les massacres et les déportations, soit des événements survenus lors de la chute de la capitale du royaume de Juda en 586 av. J.-C.

 

Livre de Baruch
Le livre de Baruch se présente comme l’oeuvre du secrétaire de Jérémie (début du VIe siècle avant J.-C.), mais il n’a pas été rédigé avant le IIe siècle. Son attribution à Baruch est un procédé littéraire, d’ailleurs fréquent à cette époque.

L’ouvrage comporte quatre parties indépendantes, qui ne sont pas nécessairement du même auteur:

1) une introduction précisant dans quelles conditions ce livre, envoyé de Babylone par les déportés, devait être lu à Jérusalem lors d’une cérémonie de confession des péchés (1.1-14) ;

2) le texte même de cette confession des péchés (1.15-2.10), inspirée par celle de Daniel 9; elle est suivie d’une supplication (2.11-3.8), émaillée de nombreuses citations bibliques;

3) une méditation sur la Sagesse (3.9-4.4);

4) enfin un discours d’encouragement adressé à Jérusalem (4.5-5.9).

 

Ezéchiel

48 chapitres

Emmené en exil en Babylonie, Ezéchiel exerce son ministère prophétique de 593 à 571 av. J.-C. Il prononce des oracles de jugement contre les Judéens restés au pays, puis contre les nations qui contribuent à la chute de Jérusalem, avant d’ouvrir des perspectives d’avenir (retour au pays, restauration du temple).

 

Daniel

12 chapitres

Membre de l’aristocratie juive emmené en déportation à Babylone en 605 av. J.-C., Daniel y occupe des postes à haute responsabilité. Le livre qui porte son nom contient des récits narrant la vie de Daniel et de ses amis juifs à la cour babylonienne, puis perse, ainsi que des visions prophétiques relatives notamment aux divers Empires mondiaux successifs ou encore au Messie. Les chapitres 2 à 7 présentent la particularité d’être écrits en araméen, et non en hébreu comme le reste de l’Ancien Testament et du livre.

 

Petits prophètes

Osée

14 chapitres

Seul prophète né dans le royaume du nord, Osée exerce son ministère entre 786 et 724 av. J.-C. Son message est principalement dirigé contre l’idolâtrie qui accompagnait la prospérité matérielle en Israël. Les cultes païens de Baal et d’Ashéra étaient particulièrement marqués par la corruption: prostitution sacrée, violence, ivrognerie. Osée compare la relation entre Israël et son Dieu à une relation entre un mari et son épouse volage et adultère.

 

Joël

4 chapitres (3 dans certaines versions)

Particulièrement difficile à dater (entre les 9e et 4e siècles selon les commentateurs), Joël voit dans un fléau qui s’est abattu sur Juda (invasion de sauterelles et sécheresse) une manifestation de la colère de Dieu, un «jour de l’Eternel». Il annonce le jour où l’Esprit sera répandu sur toute créature.

 

Amos

9 chapitres

Paysan de Juda, Amos dénonce avec vigueur les injustices sociales qui voient les riches s’enrichir et les pauvres s’appauvrir dans une période de prospérité (entre 765 et 750 av. J.-C.).

 

Abdias

1 chapitre

Située entre les 9e et 6e siècles selon les commentateurs, la prophétie d’Abdias, très courte, porte essentiellement contre les Edomites. Il prononce leur condamnation en raison de l’attitude hostile dont ils ont fait preuve contre les Judéens.

 

Jonas

4 chapitres

Peut-être le plus connu des prophètes en raison de son séjour dans le ventre d’un grand poisson, Jonas présente la particularité d’adresser un appel à la repentance à des ennemis des Israélites, les habitants de Ninive, et de le faire de très mauvais gré! Ce livre prophétique contient plus de récits que d’oracles.

 

Michée

7 chapitres

Contemporain d’Esaïe et d’Osée (8e siècle), Michée est le seul prophète qui s’adresse à la fois à Israël et à Juda. Il dénonce leur mauvaise situation morale, sociale et spirituelle tout en encourageant les pauvres et les faibles à regarder à Dieu. Il annonce que le lieu de naissance du libérateur à venir, le Messie, sera Bethléhem.

 

Nahum

3 chapitres

Prophète du 7e siècle av. J.-C., Nahum nous a laissé un message centré sur l’annonce de la chute de Ninive, la capitale du tyrannique et cruel Empire assyrien. C’est le seul prophète dont le message ne se termine pas sur une parole de consolation ou d’espérance.

 

Habakuk

3 chapitres

La courte prophétie contenue dans le livre d’Habakuk semble dater de 609-608 av. J.-C. Elle prend la forme d’un dialogue entre le prophète, perplexe devant l’apparent silence de Dieu face au mal, et ce Dieu qui va utiliser les cruels Babyloniens pour punir son peuple.

 

Sophonie

3 chapitres

Sophonie est le premier des prophètes de Juda (vers 626-625 av. J.-C.) à inviter ses compatriotes à se repentir afin de ne pas connaître le même sort que l’Israël du nord. Il annonce le jugement contre Juda, mais aussi contre les autres nations, et les fruits positifs que ce jugement apportera: purification, joie.

 

Aggée

2 chapitres

Prononcées entre septembre et décembre 520 av. J.-C., les prophéties d’Aggée sont autant d’invitations adressées aux Judéens de retour d’exil pour qu’ils reprennent la construction du temple de Jérusalem.

 

Zacharie

14 chapitres

Probablement né en exil à Babylone, Zacharie commence de prophétiser en novembre 520 av. J.-C., en compagnie d’Aggée. Il rapporte une série de visions pour encourager les Judéens à la reconstruction du temple et les inviter à la purification, mais il annonce surtout la venue du Messie, d’abord dans l’humilité puis en gloire. C’est le prophète le plus souvent cité dans le Nouveau Testament après Esaïe.

 

Malachie

3 chapitres (4 dans certaines versions)

La prophétie de Malachie se situe au 5e siècle av. J.-C., à une période où l’Empire perse domine le Proche-Orient. Le temple de Jérusalem a été reconstruit et le culte y a repris, mais Malachie doit dénoncer le formalisme religieux et le relâchement de la moralité régnants. Sa prophétie se présente sous la forme de questions-réponses entre Dieu et son peuple.

 

 

Le Nouveau Testament

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Alors que la rédaction de l’Ancien Testament s’est étalée sur plusieurs siècles, le Nouveau Testament date tout entier du 1er siècle apr. J.-C. Il commence par quatre Evangiles – d’un mot grec signifiant «bonne nouvelle» – qui portent le nom de leur auteur. Tous les quatre relatent la vie d’un homme né au sein du peuple d’Israël, Jésus, en le présentant comme le Messie annoncé par l’Ancien Testament. Les trois premiers Evangiles, Matthieu, Marc et Luc, sont dits synoptiques car ils ont une perspective commune. Le quatrième, celui de Jean, semble avoir été écrit pour compléter les trois autres.

Livres historiques : Matthieu , Marc , Luc , Jean , Actes

Epîtres:
Epîtres de Paul : Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Timothée, Tite, Philémon.
Epîtres catholiques ou générales : Hébreux, Jacques, 1 et 2 Pierre, 1, 2 et 3 Jean, Jude.

Apocalypse

 

Livres historiques

 

Evangile selon Matthieu

28 chapitres

Etant l’un des douze disciples de Jésus, Matthieu était bien placé pour faire le récit de sa vie. Son texte contient de nombreuses allusions à l’Ancien Testament et plusieurs discours importants (dont le fameux sermon sur la montagne). Il utilise souvent l’expression «royaume des cieux» là où les autres Evangiles parlent de «royaume de Dieu», probablement pour respecter la coutume juive qui veut que l’on évite de prononcer le nom divin.

 

Evangile selon Marc

16 chapitres

L’Evangile de Marc est le plus court des quatre. Alors que Matthieu s’adressait plutôt à des Juifs, il vise apparemment plutôt un public romain. Le texte a probablement été rédigé sous l’autorité de l’apôtre Pierre. Il met l’accent sur ce que Jésus a fait plus que sur ce qu’il a dit. Un mot revient fréquemment: aussitôt.

 

Evangile selon Luc

24 chapitres

L’Evangile de Luc, écrit par un médecin non juif, est la première partie d’un ouvrage en deux volumes adressé aux Grecs et Romains cultivés. Il cherche à montrer que Jésus est venu pour être le Sauveur de tous les hommes, qu’ils soient juifs ou non, en relatant ses œuvres aussi bien que ses paroles.

 

Evangile selon Jean

21 chapitres

Apparemment écrit après les trois autres Evangiles pour les compléter, et ce par un disciple de Jésus, l’Evangile de Jean propose une sélection d’actes du Maître et contient de larges extraits de ses discours, et surtout l’un des versets les plus célèbres de la Bible:
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

 

Actes des apôtres

28 chapitres

Deuxième volume de l’ouvrage écrit par Luc, les Actes constituent le dernier texte historique du Nouveau Testament. Ils relatent les événements consécutifs à la mort et l’ascension de Jésus: les débuts de l’Eglise, avec deux apôtres particulièrement en vue, Pierre puis Paul. Deux de ces événements ont donné lieu à des fêtes chrétiennes: l’Ascension et la Pentecôte, respectivement 40 et 50 jours après Pâques.
L’Evangile est annoncé à Jérusalem, puis dans toute la région, avant de gagner le reste de l’Empire romain, notamment grâce à l’important réseau routier existant. Le texte se termine avec les deux années de détention de l’apôtre Paul à Rome (vers 62-63 apr. J.-C.).

 

Epîtres de Paul

 

Epître aux Romains

16 chapitres

L’apôtre Paul est l’auteur de treize lettres qui ont été incluses dans le Nouveau Testament par ordre dégressif de grandeur. Sa lettre aux chrétiens de Rome, écrite avant sa visite chez eux, expose les raisons d’être de la venue et de la mort de Jésus-Christ: apporter le salut offert par Dieu. Elle montre qu’on n’obtient pas ce salut en accomplissant des œuvres, mais seulement en croyant au Christ.

 

Première épître aux Corinthiens

16 chapitres

Fondée par Paul en 51 apr. J.-C., l’Eglise de Corinthe, en Grèce, était marquée par les désordres et avait posé un certain nombre de questions à l’apôtre. Cinq ans après, absent de Corinthe, il cherche à montrer à ces jeunes chrétiens comment la doctrine de la croix de Christ devrait être appliquée à leur vie.

 

Deuxième épître aux Corinthiens

13 chapitres

2 Corinthiens a été écrite quelques mois après 1 Corinthiens (fin 56-début 57 apr. J.-C.). Certains lançaient des attaques contre l’apôtre Paul dans l’Eglise de Corinthe. Il se défend donc contre ces attaques afin de rétablir son autorité.

 

Epître aux Galates

6 chapitres

Adressée à des chrétiens d’Asie Mineure (leur localisation précise est discutée) par l’apôtre Paul, l’épître aux Galates oppose le véritable Evangile à un faux évangile prêché par les judaïsants. Certains voulaient en effet imposer le respect des rites juifs et de la loi juive aux chrétiens, même lorsqu’ils étaient d’origine non juive. Paul rappelle qu’on accède au salut par la foi.

 

Epître aux Ephésiens

6 chapitres

Probablement lettre circulaire destinée aux Eglises d’Asie Mineure, l’épître aux Ephésiens expose le plan de Dieu, d’avant la création jusqu’à l’éternité, en mettant l’accent sur l’Eglise. En prison à Rome, Paul montre que la venue de Jésus-Christ a fondé un nouveau «peuple» formé de Juifs et de non-Juifs: l’Eglise.

 

Epître aux Philippiens

4 chapitres

Fondée par Paul, l’Eglise de Philippes (en Macédoine) avait envoyé un don à l’apôtre en prison. Il écrit à ces chrétiens pour les remercier et, paradoxalement vu les circonstances qu’il rencontrait, il mentionne à de nombreuses reprises la joie.

 

Epître aux Colossiens

4 chapitres

Ecrite en même temps que l’épître aux Ephésiens, la lettre adressée par Paul aux Colossiens met un accent particulier sur la personne de Christ et sur l’œuvre de salut qu’il a accomplie, ainsi que sur les répercussions que cela a (ou devrait avoir) dans la vie des chrétiens.

 

Epîtres aux Thessaloniciens

5 et 3 chapitres

Fondée par Paul, l’Eglise de Thessalonique bénéficie, avec ces deux lettres que l’apôtre lui adresse à quelques mois d’intervalle (en 51 ou 52 apr. J.-C.), d’enseignements sur le retour de Christ.

 

Epîtres à Timothée

6 et 4 chapitres

Adressées par Paul à l’un de ses proches collaborateurs (d’où le nom d’épîtres pastorales qu’elles portent avec l’épître à Tite), les deux épîtres à Timothée contiennent des avertissements sur les dangers que court l’Eglise, en particulier du fait des fausses doctrines, et des instructions sur la manière de l’organiser et de se conduire en tant que responsable. Timothée était en effet responsable de l’Eglise d’Ephèse.

Epître à Tite

3 chapitres

Responsable de l’Eglise de Crète, Tite était un collaborateur de Paul. L’apôtre lui demande de le rejoindre tout en lui donnant des directives pour la vie dans l’Eglise, la vie en famille et la vie dans la société.

Epître à Philémon

1 chapitre

Brève missive de l’apôtre Paul à un membre de l’Eglise de Colosses, l’épître à Philémon traite des rapports entre le maître et l’esclave chrétiens. Un dénommé Onésime s’était en effet enfui de chez son maître Philémon avant de devenir chrétien au contact de Paul à Rome. L’apôtre invite Philémon à accueillir l’esclave fugitif comme un frère.

 

Epîtres catholiques ou générales

Epître aux Hébreux

13 chapitres

Ecrit anonyme, l’épître aux Hébreux s’adressait à des Juifs convertis au christianisme et peut-être tentés de retourner au judaïsme. Elément par élément, l’auteur montre que Christ et son œuvre sont supérieurs aux anges, à Moïse et à tout le système de sacrifices instauré par la loi de l’Ancien Testament. Le fait qu’il parle de ce système au présent indique que la lettre date d’avant la prise de Jérusalem et la destruction du temple par les Romains, événements survenus en 70 apr. J.-C.

 

Epître de Jacques

5 chapitres

Frère (ou plutôt demi-frère) de Jésus, Jacques montre dans sa lettre qu’une foi véritable est une foi qui se traduit dans des actes et qui ne reste pas au simple niveau d’un savoir théorique.

 

Première épître de Pierre

5 chapitres

Le disciple et apôtre Pierre écrit aux chrétiens de diverses provinces d’Asie Mineure pour les encourager à tenir ferme dans l’épreuve et à se comporter de manière conforme à l’appel que Dieu leur a adressé. Il montre que la souffrance n’est pas anormale et que le chrétien peut glorifier Dieu en son sein même.

 

Deuxième épître de Pierre

3 chapitres

La deuxième lettre de Pierre contenue dans le Nouveau Testament est un écrit d’avertissement contre la menace des faux docteurs et de leurs enseignements erronés. Il invite les chrétiens à s’appuyer sur la Parole de Dieu transmise par les apôtres et à vivre dans l’attente du retour de Christ.

 

Première épître de Jean

5 chapitres

Bien qu’anonyme, cette épître est unanimement, et dès le 2e siècle apr. J.-C., attribuée au disciple de Jésus nommé Jean. Dans un contexte (fin du 1er siècle) où les hérésies commencent à fleurir en Asie Mineure, il réaffirme l’identité de Jésus-Christ ainsi que le rôle de Dieu le Père et du Saint-Esprit, tout en définissant les critères d’une vie chrétienne authentique. L’amour pour les frères et l’obéissance aux commandements de Christ y figurent en bonne place.

 

Deuxième épître de Jean

1 chapitre

Très brève, la deuxième lettre de Jean, le disciple et apôtre, s’adresse à une dame. Certains y ont vu une personne en chair et en os, d’autres le symbole d’une Eglise. Toujours est-il que l’apôtre invite des chrétiens à faire preuve de discernement dans l’accueil qu’ils réservent aux prédicateurs itinérants: certains sont de faux docteurs. Le chrétien doit vivre dans la vérité et dans l’amour.

 

Troisième épître de Jean

1 chapitre

Très brève elle aussi, la troisième lettre de Jean est adressée à un certain Gaïus, responsable d’une Eglise d’Asie Mineure. L’apôtre félicite Gaïus et le met en garde contre un dénommé Diotrèphe, un homme au comportement dictatorial dans l’Eglise.

Epître de Jude

1 chapitre

Probablement demi-frère de Jésus, Jude met en garde ses destinataires, peut-être des chrétiens d’Asie Mineure ou d’Egypte, contre l’infiltration des hérétiques dans les Eglises. Dans ce bref écrit, il dénonce la conduite immorale des faux docteurs et le jugement qui les attend, en invitant les chrétiens à rester attachés à la foi transmise par les apôtres.

 

Apocalypse

22 chapitres

Souvent assimilée à des catastrophes et à des jugements, l’Apocalypse est avant tout une révélation de Jésus-Christ mise par écrit par l’apôtre Jean. Elle présente Christ dans sa position actuelle: non plus couché dans la crèche ou cloué sur une croix, mais dans le ciel à la droite de Dieu. Même si la question de l’interprétation de ce texte reste discutée, il est clair qu’il expose l’affrontement entre Dieu et Satan et la victoire finale de Dieu, après une série de jugements contre l’humanité révoltée contre lui. Les derniers chapitres dévoilent la fin de l’histoire, avec un nouveau ciel et une nouvelle terre.

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ANGES, JOHN HNERY NEWMAN (1801-1890), PRIERE, PRIERE DU CARDINAL NEWMAN A SON ANGE GARDIEN, PRIERES

Prière du cardinal Newman à son ange gardien

La Prière du Bx Cardinal J H Newman à son ange gardien 

« Mon plus vieil ami » :

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« Mon plus vieil ami, ami depuis mon premier souffle de vie  ; mon ami fidèle, tu le seras, sans trahir, jusqu’à ma mort.

Tu as toujours été auprès de moi  ; mon Créateur à ta garde confia mon âme, dès qu’Il forma l’enfant tiré de la poussière.

Ni la ferveur du cœur dans la prière, ni la foi droitement formée, ne m’ont donné pour tuteur Joseph, ou la puissance conquérante de Michel.

Nul saint patron, ni l’amour de Marie, le plus cher, le meilleur, ne me connais, moi, comme tu me connais, et m’a béni, comme tu m’as béni.

Tu me portas sur les fonts baptismaux  ; et toi, chaque année, allant croissant, tu as murmuré les rudiments de la vérité dans mes oreilles d’enfant.

Et quand l’adolescence fut dépassée, et que mon esprit rebelle eut cédé, Ah ! Oui, tu as vu, et tu tremblais aussi, et cependant supportais ce qui mène en Enfer.

Alors, quand le jugement venait, et que la frayeur me reprenait, ton souffle doux s’empressait d’apaiser et de sanctifier toutes mes peines.

Oh ! Qui de tes labeurs et de tes soucis peut faire entièrement le récit, toi qui m’as placé sous le sourire de Marie, et conduit aux pieds de Pierre !

Et tu te pencheras sur mon lit, à l’heure où de la vie les ombres s’allongent  ; toi, du doute, de l’impatience et de la tristesse, l’ennemi vigilant et jaloux.

Mon ami, moi devant le Juge  ; mon ami, si, épargné, je peux demeurer dans le feu de la mort dorée, le temps que mon péché tout entier soit consumé.

Mon ami, ô frère de mon âme, quand le jour de ma libération sera arrivé  ; alors tes bras doucement me relèveront, tes ailes me porteront à mon foyer d’éternité.

Amen. »

Cardinal John Henry Newman (1801-1890)

APERUIT ILLIS, DOCUMENTS PONTIFICAUX, FRANÇOIS (pape), LE DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU, MOTU PROPRIO APERUIT ILLIS

Motu Proprio Aperuit illis

François Motu Proprio

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LETTRE APOSTOLIQUE EN FORME DE «MOTU PROPRIO»

DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS

APERUIT ILLIS

PAR LAQUELLE EST INSTITUÉ LE DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU

 

  1. « Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures » (Lc24, 45). Voilà l’un des derniers gestes accomplis par le Seigneur ressuscité, avant son Ascension. Il apparaît aux disciples alors qu’ils sont rassemblés dans un même lieu, il rompt avec eux le pain et ouvre leur esprit à l’intelligence des Saintes Écritures. À ces hommes effrayés et déçus, il révèle le sens du mystère pascal : c’est-à-dire que, selon le projet éternel du Père, Jésus devait souffrir et ressusciter des morts pour offrir la conversion et le pardon des péchés (cf. Lc24, 26.46-47) et promet l’Esprit Saint qui leur donnera la force d’être témoins de ce Mystère de salut (cf. Lc 24, 49).

La relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité. Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables. De manière juste, Saint Jérôme pouvait écrire : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ » (In Is., prologue : PL 24, 17)

 

  1. En conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’avais demandé que l’on pense à « un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu, pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient de ce dialogue constant de Dieu avec son peuple » (Misericordia et misera, n. 7). Consacrer de façon particulière un dimanche de l’Année liturgique à la Parole de Dieu permet, par-dessus tout, de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable. À cet égard, les enseignements de Saint Éphrem me viennent à l’esprit : « Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite » (Commentaires sur le Diatessaron, 1, 18).

Par cette Lettre, j’entends donc répondre à de nombreuses demandes qui me sont parvenues de la part du peuple de Dieu, afin que, dans toute l’Église, on puisse célébrer en unité d’intentions le Dimanche de la Parole de Dieu. Il est désormais devenu une pratique courante de vivre des moments où la communauté chrétienne se concentre sur la grande valeur qu’occupe la Parole de Dieu dans son quotidien. Dans les diverses Églises locales, de nombreuses initiatives rendent les Saintes Écritures plus accessibles aux croyants, ce qui les rend reconnaissants pour un tel don, engagés à le vivre quotidiennement et responsables de le témoigner avec cohérence.

Le Concile œcuménique Vatican II a donné une grande impulsion à la redécouverte de la Parole de Dieu par la Constitution dogmatique Dei Verbum. De ces pages, qui méritent toujours d’être méditées et vécues, émerge clairement la nature de l’Écriture Sainte, transmise de génération en génération (chap. II), son inspiration divine (chap. III) qui embrasse Ancien et Nouveau Testament (Chap. IV et V) et son importance pour la vie de l’Église (chap. VI). Pour accroître cet enseignement, Benoît XVI convoqua en 2008 une Assemblée du Synode des Évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », à la suite de laquelle il publia l’Exhortation Apostolique Verbum Domini, qui constitue un enseignement incontournable pour nos communautés[1]. Dans ce document, le caractère performatif de la Parole de Dieu est particulièrement approfondi surtout, lorsque dans l’action liturgique, émerge son caractère proprement sacramentel[2].

Il est donc bon que ne manque jamais dans la vie de notre peuple ce rapport décisif avec la Parole vivante que le Seigneur ne se lasse jamais d’adresser à son Épouse, afin qu’elle puisse croître dans l’amour et dans le témoignage de foi.

 

  1. J’établis donc que le IIIeDimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. Ce dimanche de la Parole de Dieu viendra ainsi se situer à un moment opportun de cette période de l’année, où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence temporelle : célébrer le Dimanche de la Parole de Dieuexprime une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide.

Les communautés trouveront le moyen de vivre ce dimanche comme un jour solennel. Il sera important, en tout cas que, dans la célébration eucharistique, l’on puisse introduire le texte sacré, de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu. En ce dimanche, de façon particulière, il sera utile de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur. Les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat ou confier un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie. Il est fondamental, en effet, de faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion. De la même manière, les prêtres en paroisse pourront trouver la forme la plus adéquate pour la remise de la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina.

 

  1. Le retour du peuple d’Israël dans sa patrie, après l’exil babylonien, fut marqué de façon significative par la lecture du livre de la Loi. La Bible nous offre une description émouvante de ce moment dans le livre de Néhémie. Le peuple est rassemblé à Jérusalem sur la place de la Porte des Eaux à l’écoute de la Loi. Dispersé par la déportation, il se retrouve maintenant rassemblé autour de l’Écriture Sainte comme s’il était « un seul homme » (Ne8, 1). À la lecture du livre sacré, le peuple « écoutait » (Ne8, 3), sachant qu’il retrouvait dans cette parole le sens des événements vécus. La réaction à la proclamation de ces paroles fut l’émotion et les pleurs : « Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre. Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. […] Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » (Ne 8, 8-10).

Ces mots contiennent un grand enseignement. La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés. Elle appartient, avant tout, au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette Parole. Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi. La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple.

 

  1. Dans cette unité générée par l’écoute, les pasteurs ont en premier lieu la grande responsabilité d’expliquer et de permettre à tous de comprendre l’Écriture Sainte. Puisqu’elle est le livre du peuple, ceux qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté.

L’homélie, en particulier, revêt une fonction tout à fait particulière, car elle possède « un caractère presque sacramentel » (Evangelii Gaudium, n. 142). Faire entrer en profondeur dans la Parole de Dieu, dans un langage simple et adapté celui qui écoute, permet au prêtre de faire découvrir également la « beauté des images que le Seigneur utilisait pour stimuler la pratique du bien » (Ibid.). C’est une opportunité pastorale à ne pas manquer !

Pour beaucoup de nos fidèles, en effet, c’est l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne. Il faut donc consacrer le temps nécessaire à la préparation de l’homélie. On ne peut improviser le commentaire aux lectures sacrées. Pour nous, comme prédicateurs, il est plutôt demandé de ne pas s’étendre au-delà de la mesure avec des homélies ou des arguments étrangers. Quand on s’arrête pour méditer et prier sur le texte sacré, on est capable de parler avec son cœur pour atteindre le cœur des personnes qui écoutent, pour exprimer l’essentiel qui est reçu et qui produit du fruit. Ne nous lassons jamais de consacrer du temps et de prier avec l’Écriture Sainte, pour qu’elle soit accueillie « pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu » (1Th 2, 13).

Il est également souhaitable que les catéchistes, par le ministère dont ils sont revêtus, aident à faire grandir dans la foi, ressentant l’urgence de se renouveler à travers la familiarité et l’étude des Saintes Écritures, leur permettant de favoriser un vrai dialogue entre ceux qui les écoutent et la Parole de Dieu.

 

  1. Avant de se manifester aux disciples enfermés au cénacle et de les ouvrir à l’intelligence de l’Écriture (cf. Lc24, 44-45), le Ressuscité apparaît à deux d’entre eux sur le chemin qui mène de Jérusalem à Emmaüs (cf. 24, 13-35). Le récit de l’évangéliste Luc note que c’est le jour de la Résurrection, c’est-à-dire le dimanche. Ces deux disciples discutent sur les derniers événements de la passion et de la mort de Jésus. Leur chemin est marqué par la tristesse et la désillusion de la fin tragique de Jésus. Ils avaient espéré en Lui le voyant comme le Messie libérateur, mais ils se trouvent devant le scandale du Crucifié. Discrètement, le Ressuscité s’approche et marche avec les disciples, mais ceux-ci ne le reconnaissent pas (cf. v. 16). Au long du chemin, le Seigneur les interroge, se rendant compte qu’ils n’ont pas compris le sens de sa passion et de sa mort ; il les appelle « esprits sans intelligence et lents à croire » (v. 25) « et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (v. 27) Le Christ est le premier exégète ! Non seulement les Écritures anciennes ont anticipé ce qu’Il aurait réalisé, mais Lui-même a voulu être fidèle à cette Parole pour rendre évidente l’unique histoire du salut qui trouve dans le Christ son accomplissement.

 

  1. La Bible, par conséquent, en tant qu’Écriture Sainte, parle du Christ et l’annonce comme celui qui doit traverser les souffrances pour entrer dans la gloire (cf. v. 26). Ce n’est pas une seule partie, mais toutes les Écritures qui parlent de Lui. Sa mort et sa résurrection sont indéchiffrables sans elles. C’est pourquoi l’une des confessions de foi les plus anciennes souligne que « le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre » (1Co15, 3-5). Puisque les Écritures parlent du Christ, elles permettent de croire que sa mort et sa résurrection n’appartiennent pas à la mythologie, mais à l’histoire et se trouvent au centre de la foi de ses disciples.

Le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond. Puisque la foi provient de l’écoute et que l’écoute est centrée sur la parole du Christ (cf. Rm 10, 17), l’invitation qui en découle est l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle.

 

  1. Le « voyage » du Ressuscité avec les disciples d’Emmaüs se termine par le repas. Le mystérieux Voyageur accepte l’insistante demande que lui adressent les deux compagnons : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc24, 29). S’assoyant à table avec eux, Jésus prend le pain, récite la bénédiction, le rompt et le leur donne. Alors, leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. (cf. v. 31)

Nous comprenons de cette scène, combien est inséparable le rapport entre l’Écriture Sainte et l’Eucharistie. Le Concile Vatican II enseigne : « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table de la Parole de Dieu et de celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles » (Dei Verbum, n. 21).

La fréquentation constante de l’Écriture Sainte et la célébration de l’Eucharistie rendent possible la reconnaissance entre personnes qui s’appartiennent. En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous parle et nous nourrit. Ce jour consacré à la Bible veut être non pas « une seule fois par an », mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité, qui ne cesse de rompre la Parole et le Pain dans la communauté des croyants. C’est pourquoi nous avons besoin d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés, frappés comme par d’innombrables formes de cécité.

Écriture et Sacrements sont donc inséparables. Lorsque les sacrements sont introduits et illuminés par la Parole, ils se manifestent plus clairement comme le but d’un chemin où le Christ lui-même ouvre l’esprit et le cœur pour reconnaître son action salvifique. Il est nécessaire, dans ce contexte, de ne pas oublier l’enseignement qui vient du livre de l’Apocalypse. Il est dit ici que le Seigneur est à la porte et qu’Il frappe. Si quelqu’un entend sa voix et lui ouvre, Il entre pour dîner avec lui (cf. 3, 20). Le Christ Jésus, à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous.

 

  1. Dans la deuxième lettre à Timothée, qui constitue en quelque sorte son testament spirituel, saint Paul recommande à son fidèle collaborateur de fréquenter constamment l’Écriture Sainte. L’Apôtre est convaincu que « toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (cf. 3, 16). Cette recommandation de Paul à Timothée constitue une base sur laquelle la Constitution conciliaire Dei Verbum aborde le grand thème de l’inspiration de l’Écriture Sainte, une base dont émergent en particulier la finalité salvifique, la dimension spirituelleet le principe de l’incarnation pour l’Écriture Sainte.

Rappelant tout d’abord la recommandation de Paul à Timothée, Dei Verbum souligne que « les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consigner dans les Lettres sacrées pour notre salut » (n. 11). Puisque celles-ci enseignent en vue du salut pour la foi dans le Christ (2 Tm 3, 15), les vérités qu’elles contiennent servent à notre salut. La Bible n’est pas une collection de livres d’histoires ni de chroniques, mais elle est entièrement tournée vers le salut intégral de la personne. L’indéniable enracinement historique des livres contenus dans le texte sacré ne doit pas faire oublier cette finalité primordiale : notre salut. Tout est orienté vers cette finalité inscrite dans la nature même de la Bible, qui est composée comme histoire du salut dans laquelle Dieu parle et agit pour aller à la rencontre de tous les hommes, pour les sauver du mal et de la mort.

Pour atteindre ce but salvifique, l’Écriture Sainte, sous l’action de l’Esprit Saint, transforme en Parole de Dieu la parole des hommes écrite de manière humaine (cf. Dei Verbum, n. 12). Le rôle de l’Esprit Saint dans la Sainte Écriture est fondamental. Sans son action, le risque d’être enfermé dans le texte serait toujours un danger, rendant facile l’interprétation fondamentaliste, d’où nous devons rester à l’écart afin de ne pas trahir le caractère inspiré, dynamique et spirituel que possède le texte sacré. Comme le rappelle l’Apôtre, « la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Le Saint-Esprit transforme donc la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint.

 

  1. L’action de l’Esprit Saint ne concerne pas seulement la formation de l’Écriture Sainte, mais agit aussi chez ceux qui se mettent à l’écoute de la Parole de Dieu. Elle est importante l’affirmation des Pères conciliaires selon laquelle l’Écriture Sainte doit être « lue et interprétée à la lumière du même Esprit par lequel elle a été écrite » (Dei Verbum, n. 12). Avec Jésus Christ, la révélation de Dieu atteint son accomplissement et sa plénitude ; pourtant, l’Esprit Saint continue son action. En effet, il serait réducteur de limiter l’action de l’Esprit Saint uniquement à la nature divinement inspirée de l’Écriture Sainte et à ses différents auteurs. Il est donc nécessaire d’avoir confiance en l’action de l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle. Dans ce sens, nous pouvons comprendre les paroles de Jésus quand, aux disciples qui lui confirment avoir saisi le sens de ses paraboles, Il dit : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Mt13, 52).

 

  1. Dei Verbum précise enfin que « les paroles de Dieu, passant par les langues humaines, sont devenues semblables au langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes » (n. 13). C’est comme dire que l’Incarnation du Verbe de Dieu donne forme et sens à la relation entre la Parole de Dieu et le langage humain, avec ses conditions historiques et culturelles. C’est dans cet événement que prend forme la Tradition, qui elle aussi est Parole de Dieu (cf. Ibid., n. 9). On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture Sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation. Le caractère écrit de la première ne diminue en rien le fait qu’elle soit pleinement parole vivante ; de même que la Tradition vivante de l’Église, qui la transmet sans cesse au cours des siècles de génération en génération, possède ce livre sacré comme la « règle suprême de la foi » (Ibid., n. 21). D’ailleurs, avant de devenir un texte écrit, l’Écriture Sainte a été transmise oralement et maintenue vivante par la foi d’un peuple qui la reconnaissait comme son histoire et son principe d’identité parmi tant d’autres peuples. La foi biblique se fonde donc sur la Parole vivante et non pas sur un livre.

 

  1. Lorsque l’Écriture Sainte est lue dans le même esprit que celui avec lequel elle a été écrite, elle demeure toujours nouvelle. L’Ancien Testament n’est jamais vieux une fois qu’on le fait entrer dans le Nouveau, car tout est transformé par l’unique Esprit qui l’inspire. Tout le texte sacré possède une fonction prophétique : il ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole. Jésus lui-même l’affirme clairement au début de son ministère : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc4, 21). Celui qui se nourrit chaque jour de la Parole de Dieu se fait, comme Jésus, contemporain des personnes qu’il rencontre ; il n’est pas tenté de tomber dans des nostalgies stériles du passé ni dans des utopies désincarnées vers l’avenir.

L’Écriture Sainte accomplit son action prophétique avant tout à l’égard de celui qui l’écoute. Elle provoque douceur et amertume. Rappelons-nous les paroles du prophète Ézéchiel lorsque le Seigneur l’invite à manger le rouleau du livre, il confie : « dans ma bouche il fut doux comme du miel » (cf. 3, 3). Même l’évangéliste Jean sur l’île de Patmos revit la même expérience qu’Ézéchiel de manger le livre, mais il ajoute quelque chose de plus spécifique : « Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10, 10).

L’effet de douceur de la Parole de Dieu nous pousse à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient (cf. 1 P 3, 15-16). L’amertume, à son contraire, est souvent offerte lorsqu’on saisit à quel point il nous est difficile de vivre la parole de manière cohérente, ou se voit même refusée d’être touchée du doigt parce qu’elle n’est pas retenue valable pour donner un sens à la vie. Il est donc nécessaire de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères.

 

  1. Une autre provocation qui provient de l’Écriture Sainte est celle qui concerne la charité. Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité. La vie de Jésus est l’expression pleine et parfaite de cet amour divin qui ne retient rien pour lui-même, mais qui s’offre à tous sans réserve. Dans la parabole du pauvre Lazare, nous trouvons une indication précieuse. Lorsque Lazare et le riche meurent, celui-ci, voyant le pauvre dans le sein d’Abraham, demande qu’il soit envoyé à ses frères pour les avertir de vivre l’amour du prochain, pour éviter qu’eux aussi subissent ses propres tourments. La réponse d’Abraham est cinglante : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » (Lc16, 29). Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde : c’est un grand défi pour notre vie. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité.
  2. L’un des épisodes les plus significatifs du rapport entre Jésus et les disciples est le récit de la Transfiguration. Jésus monte sur la montagne pour prier avec Pierre, Jacques et Jean. Les évangélistes se rappellent que, tandis que le visage et les vêtements de Jésus resplendissaient, deux hommes conversaient avec Lui : Moïse et Élie, qui incarnent respectivement la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire les Saintes Écritures. La réaction de Pierre, à cette vue, est remplie d’un joyeux émerveillement : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie » (Lc9, 33). A ce moment-là, une nuée les couvrit de son ombre et les disciples furent saisis de peur.

La Transfiguration rappelle la fête des tentes, quand Esdras et Néhémie lisaient le texte sacré au peuple, après le retour de l’exil. Dans un même temps, elle anticipe la gloire de Jésus en préparation au scandale de la passion, gloire divine qui est également évoquée par la nuée qui enveloppe les disciples, symbole de la présence du Seigneur. Cette Transfiguration est semblable à celle de l’Écriture Sainte qui se transcende lorsqu’elle nourrit la vie des croyants. Comme le rappelle Verbum Domini : « Dans la saisie de l’articulation entre les différents sens de l’Écriture, il devient alors décisif de comprendre le passage de la lettre à l’esprit. Il ne s’agit pas d’un passage automatique et spontané ; il faut plutôt un dépassement de la lettre » (n. 38).

 

  1. Sur le chemin d’accueil de la Parole de Dieu nous accompagne la Mère du Seigneur, reconnue comme bienheureuse parce qu’elle a cru en l’accomplissement de ce que le Seigneur lui avait dit (cf. Lc1, 45). La béatitude de Marie précède toutes les béatitudes prononcées par Jésus pour les pauvres, les affligés, les humbles, les pacificateurs et ceux qui sont persécutés, car c’est la condition nécessaire pour toute autre béatitude. Aucun pauvre n’est bienheureux parce qu’il est pauvre ; Il le devient, comme Marie, s’il croit en l’accomplissement de la Parole de Dieu. C’est ce que rappelle un grand disciple et maître des Saintes Écritures, saint Augustin : « Quelqu’un au milieu de la foule, particulièrement pris par l’enthousiasme, s’écria : Bienheureux le sein qui t’a porté. Et lui de répondre : Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. C’est comme dire : ma mère, que tu appelles bienheureuse, est bienheureuse précisément parce qu’elle garde la Parole de Dieu, non pas parce que le Verbe est devenu chair en elle et a vécu parmi nous, mais parce qu’elle garde la parole même de Dieu par qui elle a été créée, et qu’en elle Il s’est fait chair » (Comm. l’év. de Jn., 10, 3).

Que le Dimanche de la Parole de Dieu puisse faire grandir dans le peuple de Seigneur la religiosité et l’assiduité familière avec les Saintes Écritures, comme l’auteur sacré enseignait déjà dans les temps anciens « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14).

 

Donné à Rome, près de saint Jean du Latran, le 30 septembre 2019

En la mémoire liturgique de saint Jérôme, en ce début du 1600e anniversaire de sa mort.

 

[1] Cf. AAS 102 (2010), 692-787.

[2] « La sacramentalité de la Parole se comprend alors par analogie à la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés. En nous approchant de l’autel et en prenant part au banquet eucharistique, nous communions réellement au corps et au sang du Christ. La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous pour être écouté », Verbum Domini, 56.

© Copyright – Libreria Editrice Vaticana

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Le Pape institue le Dimanche de la Parole de Dieu

 

Par un motu proprio publié ce 30 septembre, le Saint-Père institue le Dimanche de la Parole de Dieu, qui sera célébré chaque année le 3e dimanche du Temps Ordinaire. D’une manière plus large, ce texte du Pape François, intitulé “Aperuit Illis”, souligne toute la richesse et le caractère vivant du texte sacré. Il encourage les croyants à une plus grande familiarité à son égard, afin de «vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères».

La publication du motu proprio Aperuit Illis – «Il leur ouvrit»(cf Lc 24, 45) – intervient à une date symbolique: en ce 30 septembre, l’Église universelle fait mémoire de saint Jérôme, qui a consacré la majeure partie de sa vie et de ses forces à l’étude et à la traduction des textes sacrés. Ce docteur de l’Église, l’un des quatre pères de l’Église latine, a élaboré la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction latine officiellement reconnue par l’Église catholique. Cette année s’ouvre le 1600e anniversaire de sa mort.

 Pourquoi ce dimanche spécial ?

Le Pape François choisit donc de mettre la Parole de Dieu au centre de ce nouveau texte magistériel, et de lui accorder une place privilégiée un dimanche de l’année: «J’établis que le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu», écrit le Saint-Père.   

La décision de François trouve son origine lors du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde. Le Pape avait alors «demandé que l’on pense à “un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu, pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient de ce dialogue constant de Dieu avec son peuple” (Misericordia et misera, n. 7)».

«Par cette Lettre, j’entends donc répondre à de nombreuses demandes qui me sont parvenues de la part du peuple de Dieu, afin que, dans toute l’Église, on puisse célébrer en unité d’intentions le Dimanche de la Parole de Dieu», poursuit-il. François inscrit aussi sa démarche dans le sillage de grands textes du Magistère, tels que la Constitution dogmatique Dei Verbum et l’Exhortation apostolique de Benoît XVI Verbum Domini.

 Modalités pratiques

Concrètement, le Pape suggère de «vivre ce dimanche comme un jour solennel». Il s’agira d’ «introduire le texte sacré de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu». Il sera donc utile «de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur». François précise que «les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat ou confier un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie». Il exhorte ainsi à «faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion».

Le Pape propose aussi que les prêtres remettent «la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina».

Ce Dimanche de la Parole de Dieu sera célébré vers la fin janvier, à un moment «où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens». Il a donc «une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide», est-il souligné.

 Quel est l’objectif?

Pour François, ce nouveau jour solennel permettra «par-dessus tout de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable». Il s’agit donc de le prolonger, au-delà d’une simple date fixée dans le calendrier liturgique. Le Saint-Père insiste aussi sur le fait que «la relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité». Deux idées fortes qui sont développées dans la suite de ce motu proprio.

 Devenir familier de la Parole pour évangéliser

François insiste sur le fait que «ce jour consacré à la Bible veut être non pas “une seule fois par an”, mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité». Il est donc recommandé «d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés». Le Pape souligne «l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle». La fréquentation de l’Eucharistie est aussi indiquée, car «Écritures et Sacrements sont inséparables». La foi y trouve son aliment vital, car «le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond», est-il rappelé.

 La Bible n’est pas une «collection de livres pour quelques privilégiés»

La Parole de Dieu rassemble et doit être rendue accessible à tout le peuple de Dieu, explique également François. «La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés». «Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi», avertit le Saint-Père. «La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple».

 Le rôle des ministres de la Parole

Le Pape rappelle alors la responsabilité des pasteurs dans l’annonce et l’explication de l’Écriture Sainte. Ceux «qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté», estime-t-il, avant de donner quelques indications concernant la préparation d’une homélie, ou encore la mission des catéchistes. Pour les fidèles, l’homélie est souvent «l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne», rappelle à cette occasion le Souverain Pontife.

 Écriture Sainte et Tradition sont liées

François met ensuite en valeur la «finalité primordiale» du texte sacré: «notre salut». La Bible possède un «indéniable enracinement historique», mais elle est aussi «entièrement tournée vers le salut intégral de la personne». Et pour «atteindre ce but salvifique», le Saint-Esprit remplit une mission essentielle. Il «transforme la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint». Le Pape invite à «avoir confiance en l’action de l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle».

Une autre idée développée est celle du lien entre l’Écriture Sainte et la Tradition, établi notamment par l’Incarnation du Verbe de Dieu. «On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture Sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation», prévient le Pape, qui souligne que la «foi biblique» se fonde «sur la Parole vivante et non pas sur un livre».

 Ne pas s’habituer à la Parole de Dieu

François conclut sa réflexion en montrant combien la Bible peut et doit nourrir la vie des croyants, jour après jour, jusqu’à transformer leur manière d’être et d’agir, leur permettant par-là de réaliser pleinement leur vocation baptismale. L’Écriture Sainte «demeure toujours nouvelle», et sa fonction prophétique «ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole». Le Pape demande «de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères». Une fois qu’elle a rejoint et envahi le cœur du croyant, celui-ci est alors poussé «à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient».

 Une source de charité et de sainteté

Son caractère performatif s’exprime aussi par des actes, comme l’a lui-même montré Jésus, la Parole incarnée. «Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité», peut-on lire. «Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde: c’est un grand défi pour notre vie, estime le Saint-Père. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité».

Le Souverain pontife donne enfin en exemple la Vierge Marie, à qui semble s’adresser, comme l’a écrit saint Augustin, la béatitude suivante: «Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent»«La béatitude de Marie précède toutes les béatitudes prononcées par Jésus pour les pauvres, les affligés, les humbles, les pacificateurs et ceux qui sont persécutés, car c’est la condition nécessaire pour toute autre béatitude», explique François. L’écoute de la Parole ouvre donc la porte du sentier des Béatitudes, du chemin de la sainteté

https://www.vaticannews.va/fr/taglist.chiesa-e-religioni.Chiesa.fede.html

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Saint Jérôme de Stridon et sa légende

Saint Jérôme

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Saint Jérôme fut l’une des figures religieuses les plus représentées à la fin du Moyen-Age et surtout au cours de la Renaissance. 

Saint Jérôme est le plus souvent accompagné d’un lion (ici le lion est caché dans la pénombre à droite, sous les arcades). Il est également presque toujours : soit entouré de livres ou en train d’écrire, …soit en pénitence dans le désert, bien qu’il s’agisse rarement d’un désert littéral (tout au moins d’un lieu à l’écart des hommes

On remarque également souvent la présence d’une tunique rouge et d’un chapeau de cardinal, d’un crâne et d’un crucifix.

On remarque que chez Caravage ou De la Tour, peintres d’un siècle plus tardif que les précédents, outre les évolutions stylistiques (apparition du clair-obscur), le lion a disparu : l’image s’est épurée de la fantaisie légendaire pour se centrer sur l’homme et les symboliques religieuses essentielles – en simplifiant : la vanité symbolisée par le crâne, la connaissance théologique incarnée par le livre, et la foi symbolisée par le crucifix.

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Mais qui était Saint Jérôme ? Pourquoi toujours est-il versé dans les livres ? Que venait faire ce lion à ses côtés ?

Au XIIIème siècle, le prêcheur dominicain italien Jacques de Voragine écrit La Légende dorée. Ce recueil compilant l’histoire des saints et martyrs du christianisme est destiné à devenir une sorte de bréviaire pour les laïcs qui n’ont pas accès aux textes liturgiques, et acquiert un succès considérable (plus de mille manuscrits et près de soixante-quinze éditions antérieures à 1500). La véracité historique n’est pas le souci premier de ces histoires de saints, très largement versées dans des récits légendaires qui exaltent l’imaginaire populaire tout en servant la propagande chrétienne.

Les artistes furent nombreux à s’être abreuvés à cette étonnante source d’inspiration, et on les comprend !  Voici ce qu’on nous dit de Saint Jérôme, qui vécut au IVème siècle :

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« Jeune encore, il alla à Rome où il étudia à fond les lettres grecques, latines et hébraïques. (…) Il s’adonnait nuit et jour à l’étude des saintes Ecritures. Il y puisa avec avidité ces connaissances qu’il répandit dans la suite avec abondance. A une époque, il le dit dans une lettre à Eustachius, comme il passait le jour à lire Cicéron et la nuit à lire Platon, parce que le style négligé des livres des Prophètes ne lui plaisait pas, vers le milieu du carême, il fut saisi d’une fièvre tellement subite et violente, que son corps se refroidit, et la chaleur vitale s’était retirée dans sa poitrine. Alors qu’on préparait déjà ses funérailles, il se vit soudain conduire devant le tribunal de Dieu qui lui demanda quelle était sa qualité, il répondit ouvertement qu’il était chrétien. « Tu mens, lui dit le juge ; tu es cicéronien, tu n’es pas chrétien car où est ton trésor, là est ton coeur. » Jérôme se tut alors et aussitôt le juge le fit fouetter fort rudement Jérôme se mit à crier : « Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pitié de moi. » Ceux qui étaient présents se mirent en même temps à prier le juge de pardonner à ce jeune homme. Celui-ci proféra ce serment : « Seigneur, si jamais je possède des livres profanes, si j’en lis, c’est que je vous renierai. » Sur ce serment, il fut renvoyé et soudain il revint à la vie. Alors il se trouva tout baigné de larmes, et il remarqua que ses épaules étaient affreusement livides des coups reçus devant le tribunal de Dieu. Depuis, il lut les livres divins avec le même zèle qu’il avait lu auparavant les livres païens. Il avait vingt-neuf ans quand il fut ordonné cardinal prêtre dans l’église romaine. »

 

Suite de  la lecture de La Légende dorée :

« A la mort du pape Libère, Jérôme fut acclamé par tous digne du souverain pontificat. Mais ayant repris la conduite lascive de quelques clercs et des moines, ceux-ci, indignés à l’excès, lui tendirent des pièges. D’après Jean Beleth, ce fut au moyen d’un vêtement de femme qu’ils se moquèrent de lui d’une façon honteuse. En effet Jérôme s’étant levé comme de coutume pour les matines trouva un habit de femme que ses envieux avaient mis auprès de son lit, et croyant que c’était le sien, il s’en revêtit et s’en alla ainsi à l’église. Or, ses ennemis avaient agi de la sorte afin qu’on crût à la présence d’une femme dans la chambre du saint. Celui-ci, voyant jusqu’où ils allaient, céda à leur fureur et se retira chez saint Grégoire de Nazianze, évêque de la ville de Constantinople Après avoir appris de lui les saintes lettres, il courut au désert et il y souffrit pour J.-C. tout ce qu’il raconte lui-même à Eustochium en ces termes : « Tout le temps que je suis resté au désert et dans ces vastes solitudes qui, brûlées par les ardeurs du soleil, sont pour les moines une habitation horrible, je me croyais être au milieu des délices de Rome. Mes membres déformés étaient recouverts d’un cilice qui les rendait hideux ; ma peau, devenue sale, avait pris la couleur de la chair des Ethiopiens. Tous les jours se passaient dans les larmes ; tous les jours des gémissements, et si quelquefois un sommeil importun venait  m’accabler, la terre nue servait de lit à mes os desséchés. Je ne parle point du boire ni du manger, quand les malades eux-mêmes usent d’eau froide, et quand manger quelque chose de cuit est un péché de luxure : et tandis que je n’avais pour compagnons que les scorpions et les bêtes sauvages, souvent je me trouvais en esprit dans les assemblées des jeunes filles ; et dans un corps froid, dans une chair déjà morte, le feu de la débauche  m’embrasait. De là des pleurs continuels. Je soumettais ma chair rebelle à des jeûnes pendant des semaines entières. Les jours et les nuits étaient tout un le plus souvent, et je ne cessais de me frapper la poitrine que quand le Seigneur  m’avait rendu à la tranquillité. Ma cellule elle-même me faisait peur, comme si elle eût été le témoin de mes pensées. Je  m’irritais contre moi, et seul je  m’enfonçais dans les déserts les plus affreux. Alors, Dieu  m’en est témoin, après ces larmes abondantes il me semblait quelquefois être parmi les chœurs des anges. » Il fit ainsi pénitence pendant quatre ans, après quoi il revint à Bethléem, où il s’offrit à rester comme un animal domestique auprès de la crèche du Seigneur. »

Suite de la lecture de La Légende dorée, car de lion pour l’instant il n’y a pas trace :

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« Il relisait (135) les ouvrages de sa bibliothèque qu’il avait rassemblée avec le plus grand soin, ainsi que d’autres livres; et jeûnait jusqu’à la fin du jour. Il réunit autour de lui un grand nombre de disciples, et consacra quarante-cinq ans et six mois à traduire les Ecritures ; il demeura vierge jusqu’à la fin de sa vie. Bien que dans cette légende, il soit dit qu’il fut toujours vierge, il s’exprime cependant ainsi dans une lettre à Pammachius : « Je porte la virginité dans le ciel, non pas que je l’aie. » Enfin sa faiblesse l’abattit au point que couché en son lit, il était réduit, pour se lever, à se tenir par les mains à une corde attachée à une poutre, afin de suivre comme il le pouvait, les offices du monastère. »

Voilà donc pourquoi Saint Jérôme passe son temps à écrire : il traduit la Bible en latin ! Et sa traduction fit autorité, de la part d’un érudit connaissant à fond le latin, le grec et l’hébreu, et par dessus le marché pourvu d’une telle droiture morale...

Voici deux croquis de Dürer (1511)

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Suite de la lecture de Jacques de Voragine :

« Une fois, vers le soir, alors que saint Jérôme était assis avec ses frères pour écouter une lecture de piété, tout à coup un lion entra tout boitant dans le monastère. A sa vue, les frères prirent tous la fuite; mais Jérôme s’avança au-devant de lui comme il l’eût fait pour un hôte. »

« Le lion montra alors qu’il était blessé au pied, et Jérôme appela les frères en leur ordonnant de laver les pieds du lion et de chercher avec soin la place de la blessure. On découvrit que des ronces lui avaient déchiré la plante des pieds. Toute sorte de soins furent employés et le lion guéri, s’apprivoisa et resta avec la communauté comme un animal domestique. »

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« Mais Jérôme voyant que ce n’était pas tant pour guérir le pied du lion que pour l’utilité qu’on en pourrait retirer que le Seigneur le leur avait envoyé, de l’avis des frères, il lui confia le soin de mener lui-même au pâturage et d’y garder l’âne qu’on emploie à apporter du bois de la forêt. Ce qui se fit : car l’âne ayant été confié au lion, celui-ci, comme un pasteur habile, servait de compagnon à l’âne qui allait tous les jours aux champs, et il était son défenseur le plus vigilant durant qu’il paissait çà et là. Néanmoins, afin de prendre lui-même sa nourriture et pour que l’âne pût se livrer à son travail d’habitude, tous les jours, à des heures fixes, il revenait avec lui à la maison. Or, il arriva que comme l’âne était à paître, le lion s’étant endormi d’un profond sommeil, passèrent des marchands avec des chameaux : ils virent l’âne seul et l’emmenèrent au plus vite. A son réveil, le lion ne trouvant plus son compagnon, se mit à courir çà et là en rugissant. Enfin, ne le rencontrant pas, il s’en vint tout triste aux portes du monastère, et n’eut pas la hardiesse d’entrer comme il le faisait d’habitude, tant il était honteux. Les frères le voyant rentrer plus tard que de coutume et sans l’âne, crurent que, poussé par la faim, il avait mangé cette bête; et ils ne voulurent pas lui donner sa pitance accoutumée, en lui disant : « Va manger ce qui t’est resté de l’ânon, va assouvir ta gloutonnerie. » Cependant comme ils n’étaient pas certains qu’il eût commis cette mauvaise action, ils allèrent aux pâtures voir si, par hasard, ils ne rencontreraient pas un indice prouvant que l’âne était mort, et comme ils ne trouvèrent rien, ils vinrent raconter le tout à saint Jérôme. D’après les avis du saint, on chargea le lion de remplir la fonction de l’âne ; on alla couper du bois et on le lui mit sur le dos. Le lion supporta cela avec patience: mais un jour qu’il avait rempli sa tâche, il alla dans la campagne et se mit à courir çà et là, dans le désir de savoir ce qui était advenu de son compagnon, quand il vit venir au loin des marchands conduisant des chameaux chargés et un âne en avant. Car l’usage de ce pays est que quand on va au loin avec des chameaux, ceux-ci afin de pouvoir suivre une route plus directe, soient précédés par un âne qui les conduit au moyen d’une corde attachée à son cou. Le lion ayant reconnu l’âne, se précipita sur ces gens avec d’affreux rugissements et les mit tous en fuite. En proie à la colère, frappant avec force la terre de sa queue, il força les chameaux épouvantés d’aller par devant lui à l’étable du monastère, chargés comme ils l’étaient. Quand les frères virent cela, ils en informèrent saint Jérôme : « Lavez, très chers frères, dit le saint, lavez les pieds de nos hôtes ; donnez-leur à manger et attendez là-dessus la volonté du Seigneur. » Alors le lion se mit à courir plein de joie dans le monastère comme il le faisait jadis, se prosternant aux pieds de chaque frère. Il paraissait, en folâtrant avec sa queue, demander grâce pour une faute qu’il n’avait pas commise. Saint Jérôme, qui savait ce qui allait arriver, dit aux frères : « Allez, mes frères, préparer ce qu’il faut aux hôtes qui viennent ici. » Il parlait encore quand un messager annonça qu’à la porte se trouvaient des hôtes qui voulaient voir l’abbé. Celui-ci alla les trouver; les marchands se jetèrent de suite à ses pieds, lui demandant pardon pour la faute dont ils s’étaient rendus coupables. L’abbé les fit relever avec bonté et leur commanda de reprendre leur bien et de ne pas voler celui des autres. Ils se mirent alors à prier saint Jérôme d’accepter la moitié de leur huile et de les bénir. Après bien des instances, ils contraignirent le saint à accepter leur offrande. Or, ils promirent de donner aux frères, chaque année, une pareille quantité, d’huile et d’imposer la même obligation à leurs héritiers. »

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Voilà ce que dit La Légende dorée sur Saint Jérôme. Pour en savoir plus  le texte intégral de Jacques de Voragine est en ligne à cette adresse : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/.