Dans la forêt de Jean Hegland

Dans la forêt

Jean Hegland

Editions Gallmeister, 2017. 300 pages.

 

 

 Le livre

C’est à vivre une étrange aventure à laquelle Jean Hegland nous convie. Dans ce livre paru en 1996 aux Etats-Unis et qui vient de paraître en France seulement cette année il ne se passe apparemment rien de sensationnel.  Seulement le livre s’ouvre sur un Noël qui ne ressemble à aucun autre pour les deux sœurs Nell et Eva : pour une raison que l’on ne connaîtra jamais (guerre ? catastrophe naturelle ?) le monde d’hier a disparu : la ville voisine s’est vidée de ses habitants, il n’y a plus d’essence, plus d’électricité, plus d’avions dans le ciel ! Rien !

« Pas de dinde à déguster, pas même la certitude qu’on soit le 25 décembre et, surtout, pas de parents à embrasser. Mère s’est éteinte la première, après avoir acheté les derniers bulbes de tulipes rouges disponibles dans le pays. Père n’a pas tardé à suivre, la cuisse pulvérisée par sa tronçonneuse, au cours d’une imprudente sortie en forêt ».

Pour ce Noël Nell reçoit un cahier, Eva une paire de chaussons de danse. Alors Nell raconte cette nuit pas comme les autres ! On apprend sa vie d’avant la catastrophe, ses rêves de rentrer dans la grande université de Harward, les rêves de sa sœur Eva d’intégrer une grande école de danse. On connaît leur vie d’avant avec leurs amis, leurs parents avant que la mère de meure d’un cancer, puis que le père soit tué en coupant des arbres avec sa tronçonneuse<. Alors la vie s’organise dans cette forêt où elles se retrouvent seules pour survivre.

Pendant un temps indéterminé les deux sœurs vont vivre  en se nourrissant de ce que leurs parents leur ont laissé et aussi en poursuivant leurs rêves : Nell entreprend la lecture complète de l’encyclopédie afin de pouvoir intégrer un jour Harward tandis qu’Eva danse  espérant devenir une grande danseuse.

Par nécessité elles vont apprendre à ne rien gaspiller, à faire attention aux mille choses de la vie quotidienne que la civilisation moderne a oublié. Peu à peu elles vont apprendre aussi  à connaître la forêt, ses mystères, ses richesses : ce qu’il n’y a pas dans les livres, ce qu’Internet n’apprend pas elles l’apprendront à son contact.

Ce livre, plein de poésie, nous apprend beaucoup sur nous-mêmes, sur notre civilisation coupée du monde réel, sur notre mode de fonctionnement. Quand notre quotidien s’effondre, quotidien fait de mille et un gadgets, il faut réapprendre à vivre au rythme de la nature, il faut réapprendre à vivre non dans le superflu mais avec l’essentiel. Dans ce roman d’anticipation nous apprenons que notre monde est fragile et qu’il est mortel.

Le « personnage » principal de ce roman c’est la forêt. La forêt est partout présente : tantôt menaçante, tantôt accueillant ; elle finit par devenir comme une mère qui seule sait faire vivre ses enfants et les nourrir.

« — Quand l’homme est-il apparu ?
— Quoi ?
— Quand a-t-il évolué ?
— Homo sapiens sapiens est apparu à la fin du Pléistocène moyen, ai-je
répondu, citant l’encyclopédie.
— C’est-à-dire ?
— L’homme est apparu il y a au moins cent mille ans. Peut-être même deux ou trois fois ça.
— L’homme est apparu il y a au moins cent mille ans. Et depuis quand
l’électricité existe ?
— Eh bien, Edison a inventé la lampe incandescente en 1879.
— Tu vois ? Tout ça… (et d’un ample mouvement du bras, elle a

désigné les pièces de la seule maison que j’avais toujours connue) n’était que… comment l’as-tu appelé ? Une fugue dissociative.
Elle a montré ensuite l’obscurité qu’encadrait la porte ouverte.
— Nos vraies vies sont là-bas.
— Mais que se passera-t-il si on a n’a plus à manger, ou si on tombe malade ?
On pourrait mourir.
— On peut se retrouver sans plus rien à manger ou tomber malade ici.
(Elle a éclaté de rire). Nellie, l’homme meurt depuis au moins cent mille ans.
Ce n’est pas important de mourir. Bien sûr qu’on va mourir. » (p. 296)

 

L’auteur

dans la forêt3Jean Hegland  est née en 1956 dans l’État de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur en Caroline du Nord. À vingt-cinq ans, elle se plonge dans l’écriture, influencée par ses auteurs favoris, William Shakespeare, Alice Munro et Marilynne Robinson. Son premier roman Dans la forêt paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Elle vit aujourd’hui au cœur des forêts de Californie du Nord et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture.

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